HOCHSTETTER
2"* Le plomb réduit en éponge ou dans un grand état de division est exposé humide à la seule action de l'air atmosphérique.
3° On précipite par un courant d'acide carbonique une solution d'acétate basique de plomb obtenue en dissolvant du massicot dans de l'acétate neutre. (Procédé de Clichy.)
Nous parlerons sommairement de la préparation du blanc de plomb par les méthodes les plus usitées. Le lecteur désireux d'approfondir cette question pourra consulter les sources indiquées dans la note (A).
Procédé hollandais, — Des lames de plomb obtenues par coulage (le plomb coulé est plus oxydable que celui, qui est
(A) Payen, Précis de chimie industrielle, p. 799, 3* édiL — Mnspratt et Stohmann, C hernie in Anwendung auf Kûnste^ 2** Auflage, 1. 1, p. 980* — Procédé de M. Saxelbye de Derby, in Repertory of Arts and Manufactures, février 1805, et Bulletins de la Société (f encouragement, 1805, p. 49. — Sur la fabrication du blanc de Krems, par Marcel de Serres, in Annales de chimie.
laminé) et roulées en spirales , sont placées dans des pots contenant du vinaigre. Les pots sont couverts avec d'autres lames et enfouis entre deux couches de fumier de cheval. On superpose ainsi plusieurs lits de pots. Au bout de quarantehuit jours environ, on démonte les fosses et on détache par des procédés mécaniques plus ou moins parfaits la céruse en écailles. Celle-ci est broyée à sec ou avec de Teau; dans ce dernier cas, la pâte est fortement exprimée, puis séchée. Au lieu de fumier, M. Bezançon emploie de la tannée. L'opération est plus longue (90 à 100 jours), mais on évite la formation d'hydrogène sulftiré et la coloration de la céruse. Le métal est coulé en grilles ou en treillages et non en plaques. La chaleur et l'acide carbonique nécessaires sont développés par la fermentation du ftimier. M. Dall'armi remplace les fosses par un souterrain, dont la température est à 40** et qui reçoit de l'air par le haut, et il ne dispose qu'un seul lit de pots entre deux couches de fumier.
Procédé autrichien. Blanc de Krems. — Les produits fabriqués autrefois à Krems en Autriche, puis plus tard à ' Klagenfurt en Carinthie, à Feldmuhl près de Vienne, et à Vienne même, ont joui d'une réputation particulière, qu'ils devaient à leur éclatante blancheur. On se sert à cet effet de plomb très-pur quivient de Bleiberg en Carinthie, il est
t'« série, t. LXXn, p. 225, et Bulletins de la Société d'encouragement, 1809, p. 313 et 355. — Procédé de M. Dairarmi, Bulletins de la Société d* encouragement, 1813, p. 179, et 1817, p. 96.
Procédé Torasse et Walker Wood , Bull, de la Soc. cTencour,, 1835, p. 358. . Procédé de M. J. Wooirich, — 1840, p. 40G.
Procédé de M. Serve! , — 1841, p. 459.
Procédé de M. Gaimal, — 1843, p. 216.
. Procédé de M. MuUias, — 1844, p. 154.
Procédé de M. Cheoot, — 1853, p. 147.
Procédé de M. Bezançon, à Ivry, — 1852, p. 458.
Procédé de l'usine de Portillon à Fours. — 1856, p. 746.
Rapport de M, A. W. Hofonann sur V exposition internationale de 1862, p. 75^ procédés divers. — Gentele^ Lehrbuch der Farbenfabrikation, p. 141 et suivantes. — Hochstetter, Sur la formation de la céruse , m Antiales de chimie et de physique, 3* série, t. Vn, p. 144, et in Erdmann's Jwmal, t. XXVI, p. 338.
coulé en lames minces. Ces lames, pliées en deux, sont suspendues au moyen de petites lattes en bois dans des caisses contenant du vinaigre fort et du marc de raisin ou de l'extrait de raisin desséché. Les caisses elles*mèmes sont disposées dans un atelier chauffé artificiellement. La fermentation alcoolique qui se développe fournit Tacide carbonique. Le blanc formé est détaché du plomb non attaqué, et lavé avec soin dans une grande caisse divisée en compartiments égaux, dont les cloisons vont en diminuant de hauteur ; de sorte qu'en mettant la céruse et en faisant arriver de l'eau dans le premier, les parties les plus fines mises en suspension se déversent d'une auge à l'autre, et se déposent dans les compartiments suivants. Les produits obtenus se divisent en blanc d'argent (carbonate de plomb pur et très-fin), ou blanc de Krems employé pour la peinture fine, en blanc de Venise (mélange de parties égales de carbonate de plomb et de sulfate de baryte), en blanc de Hambourg (mélange de 1 partie de céruse et de 2 parties de sulfate de baryte), en blanc de Hollande (mélange de 1 partie de céruse et de 3 parties de sulfate de baryte).
Montgolfier, le célèbre inventeur des aérostats, avait imaginé de faire arriver, dans une chambre contenant des feuilles de plomb suspendues, de l'air, des vapeurs acétiques et de l'acide carbonique formé par la combustion du charbon.
Procédé de Clichy. — Il fut inventé par Thenard et mis en pratique par Roard. Une solution d'acide carbonique obtenue par la combustion du charbon ou, comme le conseille M.Dumas, en décomposant la craie par la chaleur, est dirigée à travers une solution de sous-acétate de plomb. Le précipité qui prend naissance n'exige plus qu'un lavage par décantation, un égouttage et une expression suivie de la dessiccation. Formée dans d'autres conditions que les blancs qui proviennent de l'altération du plomb, la céruse de Clichy doit posséder des qualités différentes : c'est en effet ce que l'expérience a démontré. La céruse des fosses est plus opaque et
.MATIÈRES COLORAKTES BLANCHES. 213
couvre à poids égal des surfaces plus étendues. Cette plus grande opacité et son pouvoir couvrant plus grand tiennent à sa structure et probablement aussi à l'interposition des particules de sulfure de plomb ; par contre, le produit de Clichy donne des peintures d'un blanc plus pur, plus vif et plus frais, il se combine plus intimement à l'huile. On se rapproche des conditions et des résultats de la méthode, hollandaise en opérant, d'après les indications de M. Dumas, à une température plus élevée et avec des solutions très-concentrées. MM. Gossage et Benson, en Angleterre, font un mélange d'acétate de plomb sec et de litharge, et l'exposent, après l'avoir seulement humecté, à l'action d'un courant d'acide carbonique produit par la combustion de la houille.
Méthodes diverses. — MM. Torassa et Walker Wood, J. Woolrich, Gannal,Trommsdorf,Hofmann,Bolley et Ghenot ont publié des procédés fondés sur l'emploi du plomb trèsdivisé. On l'obtient soit par le frottement sur lui-même du métal grenaille, soit par la réduction chimique. du sulfate de plomb humide et acidulé, par le zinc ou le fer. Le métal est ensuite transformé en céruse, par l'action simultanée des acides acétique et carbonique et de l'oxygène ; ou par celle de l'acétate ou de l'azotate de plomb, de l'air et de l'acide carbonique ; ou enfin par l'influence de l'air^ de l'acide carbonique et de l'eau seuls.
Pour terminer cette longue énumération, ajoutons qu'on peut transformer directement le sulfate de plomb en carbonate par l'action d'une solution de carbonate d'ammoniaque ou de soude ; ou bien encore précipiter le chlorure de plomb par une solution de bicarbonate de magnésie. {Procédé Pattinson(l),)
Un grand nombre de perfectionnements introduits dans le travail de la céruse ont un but hygiénique. Préserver les ouvriers du contact délétère du composé plombique, en
(1) Patente n» 9102, 24 septembre 1841.
confiant autant que possible les manipulations à des machines, telle a été la préoccupation louable de beaucoup de fabricants.
L'espace nous manque pour enregistrer tous ces détails, quelle que soit leur importance.
Une des améliorations les plus marquées dans ce genre €st la substitution des pétrins mécaniques et de cylindres, à la main-d'œuvre dans le broyage de la céruse a\ec de l'huile.
Cette opération, autrefois très-dangereuse et abandonnée h la petite industrie, s'exécute aujourd'hui en grand dans les fabriques mêmes de blanc de plomb ; on ne saurait, en effet, apporter trop de soins pour éviter toutes les causes d'insalubrité et préserver un personnel nombreux de l'affection saturnine qui a déjà fait tant de victimes.
La céruse est souvent falsifiée par un mélange de diverses substances blanches, telles que sulfates de baryte (naturel) ou de plomb, spath calcaire, craie, albâtre, os calcinés, argile blanche. On trouve ainsi dans le commerce des produits qui ne renferment que i/8 de carbonate de plomb.
L'aspect physique, la densité et une analyse minérale faite d'après les procédés ordinaires permettent de déterminer facilement la nature et la dose des produits ajoutés.
BLANC A L'OXYCHLORURE DE PLOMB (i).
Pour l'obtenir, on précipite une solution concentrée et bouillante de chlorure de plomb, par une quantité d'eau de chaux, suffisante pour saturer la moitié du chlore. Le chlorure de plomb se prépare lui-même par l'action de l'acide chlorhydrique concentré sur la galène pulvérisée.
M. Brumlen (2) obtient ce môme oxychlorure en précipitant l'acétate basique de plomb par l'acide chlorhydrique.
(1) Pattinson, Bulletins de la Société d* encouragement y 1850, 185. — Rap^ portj de M. A. W. Hofmann, 77.
(2) Dinglei^s Folyt. Joum. CLIX, 237.
MATIÊttES COLORANTES BLANCHES. SI 5
Le produit égoutté, lavé et séché dans une étuve est d'un blanc très-brillant.
BLANC d'antimoine (i).
MM. Hallett et Stenhouse proposent l'emploi du blanc d'antimoine dans la peinture.
L'oxyde naturel assez répandu à Bornéo et en Espagne, est grillé pour détruire le sulfure dont il est imprégné, il se forme en même temps de l'acide antimonieux (Sb^O*) qu'on réduit en poudre impalpable.
On peut aussi griller le sulfure en utilisant l'acide sulfureux pour la fabrication de l'acide sulfurique.
Ce blanc n'est pas dans des conditions convenables pour entrer en concurrence avec le blanc de zinc ou celui de plomb.
Les acides stannique et métastannique, l'hydrate d'oxyde d'étain, l'oxychlorure d'étain, pourraient également servir, mais leur emploi n'a pas passé dans la pratique.