VERTS DÉRIVÉS DES SELS DE CHROME INSOLUBLES
Vert Arnaudon {\). — Métaphosphate de chrome.
Cette couleur, assez semblable, pour les teintes, au vert de Schweinfurt, quoiqu'un peu moins vive, se prépare, d'après M. Arnaudon, en mélangeant parties équivalentes de phosphate neutre d'ammoniaque cristallisé et de bichromate de potassium (128 parties de phosphate et 149 parties de bichromate). Les sels sont ou pulvérisés ensemble, ou dissous simultanément dans très-peu d'eau, et le liquide est évaporé jusqu'à ce qu'il se prenne en masse par le refroidissement. Le produit placé dans un vase à fond plat est chauffé au
J) Répertoire de chimie appliquée^ 1. 1, p. 201 .
bain d'huile, à 180*. La masse se boursoufle, dégage de Feau et change de couleur. On maintient la température, en ayant soin de ne pas dépasser 200% autrement la couleur verte disparaîtrait.
On lave ensuite à Teau; il reste une poudre fine dont la couleur se rapproche de celle des feuilles naissantes.
D'après M. Guignet (1), Taltératioii déteinte que subit la matière chauffée trop fortement, est due à la réduction du bichromate en excès, par l'ammoniaque du phosphate. Si on emploie un excès de phosphate d'ammoniaque, on peut atteindre sans inconvénient le rouge vif; seulement alors une partie du métaphosphate de chrome se dissout à la faveur de l'acide métaphosphorique libre, lorsqu'on épuise par l'eau.
Le vert Arnaudon pur est tout à fait inaltérable au rouge vif. M. Guignet le prépare aussi en dissolvant l'oxyde de chrome dans l'acide phosphorique trihydraté et en calcinant le produit évaporé à sec.
Le phosphate acîide de chaux calciné avec du bichromate donne aussi du métaphosphate de chrome mêlé à du phosphate de chaux, et offrant par conséquent une teinte plus claire.
Le pyrophosphate de chrome obtenu par double décomposition et calciné présente des propriétés analogues ; tandis que le phosphate calciné a un ton gris-violet clair.
Il résulte d'essais entrepris à la fabrique de M. Ch. Kestner, que le métaphosphate de chrome, préparé par différents procédés, ne peut servir seul comme couleur, à cause de la faible intensité de sa teinte.
Veri MathieU'Plessy (2). — M. Plessy dissout, pour obtenir un vert au phosphate de chrome, une partie de bichromate de potassium, dans 10 parties d'eau bouillante et ajoute 3 litres de biphosphate de chaux, puis 1 ,250 kilogramme de
(1) Bulletins de la société chimique^ t. II, p. 76. •
(2) Répertoire de chimie appliquée^ t. IV, p. 463.
cassonade. Il se produit au bout de quelque temps un vif dégagement de gaz. Lorsque la réaction est calmée, on abandonne le tout, et du jour au lendemain le vert se dépose. On décante le liquide surnageant qui offre la coloration des sels de chrome, et le précipité, lavé à Teau froide jusqu'à disparition de réaction acide, est mis sur unOstoile essorée et porté à l'étuve. On obtient 2,S00 kilogrammes de produit avec les proportions indiquées ci-dessus.
Ce vert, comme les précédents, ne s'altère pas sous l'influence de l'air, de l'hydrogène sulfuré. Les acides même forts ne l'attaquent que lentement. Pour l'impression des tissus sa teinte est trop pâle, mais il peut être appliqué à la peinture à l'huile et à l'impression des papiers.
Bien que la composition de ce vert n'ait pas été déterminée par l'analyse, on peut admettre, d'après son mode de production, que c'est un phosphate de chrome.
Verts de M. Salvétat (i). — M. Salvétat a adressé à la Société industrielle de Mulhouse, en février 1859, plusieurs échantillons de couleurs vitrifiables, parmi lesquels se trouvent un vert-turquoise et un vert d'herbe, qui n'ont pas encore reçu d'application dans l'impression des tissus, mais qui pourraient, au dire du rapporteur, M. Carlos Kaeklin, servir pour quelques genres riches à la main, oti l'on demande une grande variété de tons d'une même couleur.
Le vert-turquoise est d'un bleu verdâtre particulier que ne donnerait pas facilement un mélange de bleu et de vert.
On l'obtient en calcinant, dans une atmosphère oxydante, 40 parties d'alumine hydratée, 30 parties de carbonate de cobalt, 20 parties d'oxyde de chrome. On lave pour enlever un peu de chromate soluble qui se forme toujours, et cette couleur bien broyée jouit de la propriété d'être très-solide, et très- vive à la lumière artificielle. On peut en modifier la
(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, t. XXIX, p. 483 et 487. Hépertoire de chimie appliquée y t. I, p. 101.
teinte, en ajoutant plus de chrome, ou en en retranchant, pour faire dominer soit le vert, soit le bleu.
L'oxyde de chrome alumineux ou vert d^ herbe s'obtient en chauffant un mélange d'oxyde de chrome et d'alumine hydratée. Ces couleurs peuvent se préparer industriellement au moyen de toutes les méthodes mises'en usage dans la confection des pâtes à porcelaine.
VERT HAVRANECK.
Sous le nom de vert Havraneck ou vert vapeur au chrome, les fabricants de toiles peintes forment sur tissu une trèsbelle nuance verte plus foncée que le vert Guignet et employée simultanément avec lui pour des effets de double teinte. La génération de cette couleur, liée à l'emploi des prussiates, trouvera mieux son explication dans l'article spécial que nous consacrerons aux dérivés du cyanogène.
Ce qui constitue surtout l'avantage des verts au chrome, c'est leur complète innocuité ; ils sont de plus inaltérables à l'air et aux émanations sulfhydriques, et résistent assez bien à l'action des acides et des alcalis.
VERT d'outremer.
Le vert d'outremer se forme comme premier terme de la fabrication de l'outremer bleu artificiel, au moins dans certains procédés, nous en parlerons plus tard à l'article outremer.
VERT ROSENSTIEHL AU MANGANATE DE BARYUM.
La magnifique teinte verte que communique l'acide manganique à la plupart de ses composés salins, a dû attirer l'attention sur son application possible dans la préparation des couleurs. Malheureusement les propriétés oxydantes de ce corps sont si énergiques que, même en combinaison, il se
détruit facilement et à froid sous l'influence des réducteurs et des matières organiques.
Cependant M. Rosenstiehl a fait faire un pas important à la question en réalisant la synthèse d'un manganate de baryum d'une belle teinte verte intense, insoluble dans l'eau et assez résistant à la décoloration par les matières organiques pour pouvoir être appliqué impunément sur papier et sur tissu.
Il obtient ce produit en ajoutant, peu à peu, du bioxyde de manganèse à de l'hydrate de baryum fondu dans un creuset.
La préparation industrielle du vert de M. Rosenstiehl est encoje à l'étude, dans la fabrique de M. Ch. Kestner.
MM. -Ghevillot et Edwards (1) obtiennent une masse verte foncée, insoluble dans l'eau, en calcinant fortement, au contact de l'air, parties égales de baryte et de bioxyde de manganèse.
Forchammer (2) chauffe un mélange de bioxyde de manganèse et de nitrate de baryum, et lave le produit résultant à l'eau bouillante.
D'après Wœhler(3),onpeut aussi préparer le manganate de baryum, en ajoutant de l'hydrate de baryum à du chlorate de potasse fondu, puis en projetant peu à peu du peroxyde de manganèse. On lave à l'eau, le sel reste sous forme d'une poudre verte.
VERT DE RINNMANN (4).
Cette couleur est très-solide, mais de peu d'intensité et d'un prix trop élevé. Elle résulte de la combinaison des oxydes de zinc et de cobalt. Pour la préparer, il suffit de précipiter
(1) Annales de chimie et de phys,^ IV, 287 ; VUI, 337.
(2) Annals of philosophy^ XVI, 130. Schweigger*s Joum. fur Chemie und Phys,, XLI, 267.
(3) Poggendorff's Annalen, XXVII, 628.
(4) Dingler's Polytech, Jour., XX, 476.
par le carbonate de soude, un mélange de sulfates de cobalt et de zinc et de calciner le précipité après lavage et dessiccation ; ou bien encore on évapore à sec une solution de nitrates de cobalt et de zinc, et on chauffe jusqu'à développement de la nuance verte.