‹ Traité des matières colorantesChapitre 76 sur 124 · YERT DE SCHWEINFURT OU. DE SCHWEINFURTH. — YERT DE VIENNE · texte numérisé non relu

YERT DE SCHWEINFURT OU. DE SCHWEINFURTH. — YERT DE VIENNE

C'est la plus belle couleur verte de la série cuivrique. Son éclat, sa richesse, sa résistance à la lumière artificielle (vert lumière), lui ont valu de nombreuses applications dans la décoration des papiers, Timpression des tissus, la peinture à Thuile, la coloration des feuilles artificielles. Son plus grand défaut est de renfermer, comme le vert de Scheele, deux principes vénéneux; aussi a-t-on signalé beaucoup d'accidents provoqués par l'emploi de ce produit dans la décoration des papiers et des tissus. Dans beaucoup de localités son usage est interdit.

D fut découvert en 1814 par MM. Rusz et Sattler, à Schweinfiirt. Leur procédé resta longtemps secret.

MM. Liebig(l), Braconnot (2) et autres publièrent depuis des méthodes qui permettent de l'obtenir facilement.

M. Eugène Ehrmann (3) a établit la composition de ce corps. D'après ses analyses très-concluantes, le vert de Schweinfurt est un acéto-arsénite de cuivre, représenté par la formule

3(AsOX \ C*H»0 [ 0*

cu^, ;

Préparation, — On n'obtient, en eSTet, ce vert qu'en mettant en présence l'acide arsénieux, l'acide acétique et l'oxyde de cuivre ou des [corps qui renferment les éléments de ces trois composés.

La préparation de la couleur est fort simple, mais sa formation est accompagnée de circonstances intéressantes.

Lorsqu'on mêle ensemble parties égales d'acétate de cuivre et d'acide arsénieux en dissolutions concentrées et bouillantes, il se produit à l'instant un précipité volumineux,

(1) Annales de chimie et de physique, (2), XXIII. p. 4i2, et Repertorium fur Pharmacie de BuchneTy avril 1822.

(2) Annales de chimie, XXI, (2), p. 53.

(3) Bulletins de la Société industrielle de Mulliouse, VIT, 68.

d'un vert olivâtre ; la liqueur prend en même temps une réaction fortement acide, due à de Tacide acétique mis en liberté. Dans cet état le précipité est encore de Tarsénite de cuivre ; mais si on le fait bouillir dans la liqueur acide au sein de laquelle il a pris naissance, on le voit bientôt changer de couleur et d'agrégation, et il se dépose un composé nouveau, sous forme d'une poudre pesante, grenue, d'un vort magnifique.

La-transformation est d'autant plus rapide que la température, après le mélange des deux liquides, est maintenue plus élevée. Si on a soin d'abandonner les deux solutions à elles-mêmes après le mélange, et même de refroidir avec de l'eau, le produit vert ne se forme qu'au bout de quelques heures, mais il est beaucoup plus intense et plus brillant.

Cette différence de teinte ne dépend que de la grosseur des cristaux d'acéto-arsénite ;' réduits à un même degré de finesse, sur le porphyre, ils sont ramenés à la même nuance.

Dans le procédé ordinaire de Scliweinfurt (1) on emploie tantôt le sous-acétate de cuivre et l'acide arsénieux, tantôt l'acétate neutre cristallisé. Dans ce dernier cas le résultat est plus beau, puisqu'on évite les impuretés du vert-de-gris ordinaire.

Les proportions sont 70 parties de vert-de-gris ou 100 parties de verdet cristallisé, pour 100 parties d'acide arsénieux.

L'arsenic est dissous dans 1 500|livres d'eau bouillante, le vert-de-gris est délayé dans 800 livres d'eau à 83* et les deux liqueurs passées à travers un tamis sont réunies dans une cuve et bien agitées ensemble.

M . Liebig se sert de solutions acétiques bouillantes de vertde-gris et d'acide arsénieux.

M. Braconnot forme d'abord du vert de Scheele par

(l)Kastner, Repertorium^ XUI, 469. — Greuzburg, Ka8iner*s Arch. XVn« 2S5. — Gentele, Lehrbuch der Farbenfabrik, 254.

la méthode ordinaire, et le convertit, encore humide, en vert Schweinfurt, en le chauffant avec'de Tacide acétique.

Quelques fabricants remplacent le verdet ou le vert-de-gris par des mélanges de sulfate de cuivre et d'acétate de soude ou de chaux.

Au fond cela revient au même, car ces mélanges donnent de Tacétate de cuivre. On peut aussi dissoudre Tacide arsénieux dans la soude, ajouter deTacide acétique et du sulfate de cuivre.

Ces modifications du procédé primitif n'ont qu'une importance économique.

M. Cam. Kœchlin obtient une couleur beaucoup plus fine, moins cristalline, et par conséquent plus convenable pour l'impression au rouleau, en laissant digérer, à froid, un mélange d'arsénite de soude *et d'acétate de cuivre dissous, et en remuant de temps à autre, pendant plusieurs jours.

Propriétés., — Le vert de Schw^einfurt résiste bien à l'action de l'air et de la lumière ; il est complètement insoluble. Les acides minéraux le décomposent facilement avec élimination d'acide acétique.

L'acide acétique concentré et en excès le détruit également ; il en est de même des alcalis caustiques, de la chaux et de la baryte. L'ammoniaque le dissout avec une coloration bleue intense.

Il n'est pas impossible de se placer, sur tissu, dans les conditions de production du vert de Schweinfurt ; par exemple en fixant du vert de Scheele et en foulardant ensuite en acide acétique chaud ; ou bien encore en imprimant un mélange d'acétate de cuivre et d'acide arsénieux et en soumettant le tissu à l'action de la vapeur d'eau.

Mais on préfère de nos jours fixer le vert Schweinfurt par l'albumine. Nous avons déjà parlé de cette application.

Les verts mitis sont des verts de Schweinfurt jaunâtres, mal réussis, ou des mélanges de verts de Scheele et de Schweinfurt.

Le vert au borate de cuivre, proposé par M. BoUey, a été reconnu, par le comité de chimie de la Société industrielle, peu solide à l'impression, d'une couleur vert-olive de peu d'éclat, et par conséquent de nul avenir pour la fabrique d'indiennes.

M. Kuhlmann indique la formation d'une couleur verte, lorsqu'on fait réagir, à chaud, 2 équivalents de chaux sur une dissolution de 3 équivalents de chlorure de cuivre (celui-ci devant rester en excès).

Cette couleur (oxychlorure de cuivre), quoique moins foncée et plus terne que le vert de Schweinfurt, est plus stable. Elle acquiert plus d'éclat, vue à la lumière artificielle, et surtout, elle ne permet pas les accidents dus aux préparations arsenicales.

Des composés analogues sont obtenus, d'après Proust, Berzelius et Brunner, quand les oxydes de cuivre et de zinc précipités par la potasse ou l'ammoniaque, sont mis en présence du sulfate de cuivre, et, d'après Kuhn, lorsqu'on abandonne à l'air une solution de sulfate de cuivre ammoniacal (oxy sulfates).

1** Bleus d'outremer ;

2° Bleus dérivés des cyanogènes et des ferrocyanures ;

3* Bleus de cobalt. Bleu de Thenard. Smaltou azur.Phosphate de cobalt ; caeruleum.

4* Oxydes bleus des métaux rares. Bleus de molybdène, de tungstène, etc.

OUTREMER (l).

La belle matière colorante bleue connue dans le commerce sous le nom d'outremer artilSciel est une des plus remarquables conquêtes que l'industrie doit à la chimie. Cette importante découverte date de 1826. Elle a eu pour résultat la création d'une branche de fabrication qui se développe d'année en année. Elle n'est pas due au hasard', mais elle fut la conséquence de recherches dirigées dans un but déterminé et appuyées sur des bases scientifiques solides. Depuis des siècles en effet on employait, mais dans la peinture fine seulement, une poudre d'un bleu pur magnifique, préparée en pulvérisant un minéral naturel extrêmement rare, le lazulite

(1) Bibliographie de Poutremer. — Rapport de M. Stass, Sur Vexposition internationale de 1855.— Rapportée M. A. W. Hofmann, Sur l'exposition de Londres, 1862, p. 70. — Dictionnaire des sciences naturelles, édité par M. Levrault, article Outremer, — Dictionnaire des arts et manufactures^ article Outremer, — Gmelin, Traité de chimie^ t. U, p. 423, et Annales de chimie et de physique, (2), t. XXXVII, p-[409. — Dufrénoy, Minéralogie {traité dé), t. III, p . 674. — Brunner, Âtmalen der Chem. und PAarm., LXVII, p. 35. Bulletins de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, années 1823, p. 125; 1824, p. 7 et 6; 1825, p. 307; 1827, p. 22; 1826, p. 24; 1828, p. 217, 346, 349; 1831, p. 227; 1837, p. 496; 1842, p. 236; 1845, p. 263, 387; 1849, p. 325, 386; 1850, p. 264, 345; 1853, p. 327; 1855, p. 840;|]864, p. 558. Annales de chimie, (I), [XXI, p. 150;LVII. p. 317; XXXIV, 65; LXXXIX, p. 88. Note sur une couleur bleue artificielle analogue à routremer^ par M, Vauquelin.] (2), [XL, p. 439. XLVI, p. 431]. (3), [XLVIII, p. 64]. Brenlin, Comptes rendus, XIV, 76 i. Bulletins de la Société industrielle, t. XXII, p. 38 — Gentele, Dingler's Polytechnisches Journal, CXL, p. 223 et 2 14; CLX, p. 453. Lehrbuch der Farbenfabrik, p. 228. — Wilkens, Annalen der Chemie und Pharm., XCIX, p. 21. — Ritter, Répertoire de chimie appliquée, 1861, p. 15. -^ BOckroann, Annalen der Chemie und Pharm., GXVUI, p. 312. — Scheurer-Kestner, Répertoire de chimie appliquée^ 1861, p. 420. — R. Hofmann, Zeitschrift der Chemie und Pharm., 1861, p. 485. — Guigtiet, Ré* pertoire de chimie appliquée, 1861, p. 427. Moniteur scientifique, du docteur Quesneville, t. IV,'p. 105. Ding 1er* s Polytechnisches Journal, XII, 433; XLIV, 79; L, 298. LXVIII, 236; LXXXIII, 461; LXXXIV, 467; LXXXV, 53; CXXVil. 137; CXXXU, 277; CXXXIV, 373; CXXXV, 464; CXXXVI, 467; CXLI, 116; CXLII, 351; CXXXIX, 28; XCIV, 386; G, 266; CXIV, 395; CXLIII, 295; CXLIX, 291; GLIX, p. 63; Procédé de M. Robiquet, Annales de pharmacie, t. X, p. 91.

OU lapis lazuli, dont Toutremer actuellement en usage n'est que la reproduction artificielle.

Nous devons donc avant tout faire l'histoire du produit naturel dont l'étude analytique a guidé les prévisions de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale et les recherches couronnées de succès des Guimet et des Gmelin.

Outremer naturel. Synonymes (lazulite, lapis lazuli ou simplement lapis, zéolite bleue. Ne pas confondre avec le lazulite du Vésuve et celui de Weber ou de Klaproth). — On ne connaît pas encore les lieux précis d'où s'extrayaient la quantité assez considérable de lazulite importée annuellement en Europe. On cite assez vaguement l'Inde,, la Perse et la Chine. On s'accorde généralement à indiquer la grande Bukharie, l'île de Haï-Nan, dans la mer de Chine, et surtout les environs du lac Baïkal en Sibérie (Laxmann), où il se trouve non en roche, mais en blocs roulés.

Le lazulite se rencontre aussi dans (^es filons accompagnant de la chaux carbonatée blanche ; souvent aussi il est mélangé à de la pyrite de fer, au mica doré et argentin, au sulfate de chaux, au quartz, quelquefois au grenat et à une substance ressemblant au feldspath, dans laquelle plusieurs minéralogistes ont cru reconnaître le lazulite blanc.

D'après Patrin (témoignage d'un marchand qui avait visité l'exploitation dans la Grande-Bukharie), le lazulite y est disséminé dans un granit gris, en petites masses qui ne dépassent pas le volume de la tête. Dans le commerce, la roche plus ou moins riche en lazulite porte le nom de lapis, quoiqu'elle n'en contienne souvent que le tiers ou le quart de sa masse.

Le lazulite proprement dit, bleu, pur et isolé, est presque transparent sur les bords, il est fragile, et cependant sa dureté est égale à 5,5, il raye le verre ; sa cassure est grenue, quelquefois lamelleuse et toujours cristalline. D est rarement en cristaux nets. Ces derniers dérivent du système régulier et présentent la forme de dodécaèdres rhomboïdaux (coUec-

s 00 TftAlTÉ DES MATIÈRES COLORANTES.

tion de TÉcole des mines) ou de prismes hexaèdres provenant non d'un cas de dimorphisme, mais de l'allongement des faces rhombes du dodécaèdre régulier. Sa densité est de 2,989 en cristaux et de 2,76 à 2,96 en poudre, selon sa pureté.

Au chalumeau il fond difficilement en un globule d'abord bleuâtre, mais devenant rapidement blanc ; avec le borax il se dissout avec effervescence et donne un globule transparent. Grillé et jeté dans les acides minéraux, il y forme une gelée assez épaisse. La poudre du lazulite résiste à l'action d'une solution saturée d'alun et aussi à celle de l'acide acétique (vinaigre distillé). Ces deux caractères et surtout le dernier établissent une distinction très-nette entre l'outremer naturel et les produits artificiels bleus qui s'en rapprochent par leur composition.

La composition du lazulite outremer a été déterminée par Klaproth qui n'y a pas trouvé de soude. Margrave qui y a méconnu l'alumine. Clément et Désormes, Varrentrapp et Field.

L'analyse de Clément et Désormes est généralement considérée comme représentant la vraie composition du produit.

Le tableau suivant qui donne les résultats obtenus par les divers expérimentateurs prouve que ce minéral n'a pas une composition constante.

MATIÈRES COLORANTES fiLEUES ET VIOLETTES.

SOIp

Silice

Alumine

Soude

Potasse

Carbonate de chaux.

Sulfate de chaux...

Chaux

Acide sulfurique...

Soufre

Fer

Sesquioxyde de fer..

Chlore

Eau I

Perte

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