XXVJ NOTICE HISTORIQUE
descriptions fatigantes, ce langage apprêté et souvent inintelligible , qui constituoit alors la science anatomique. Bichat. sortit le premier de la route commune; il présenta l'anatomie sous un point de vue nouveau, étudia l'organisation générale de l'homme dans les tissus simples qui le composent, divisa l'économie vivante en plusieurs systèmes; et en pressant les faits , en rapprochant l'observation de l'expérience, il recula les limites de la science, et s'éleva à lui-même un monument qui éternise sa gloire. Il est difficile , en lisant cet ouvrage, de ne pas retrouver à chaque page les traces du génie qui animoit chacune de ses productions : toujours des applications utiles, des vues grandes, des points de pratique discutés avec toute la maturité de l'âge; enfin, des aperçus qui, dans la suite, seroient devenus des vérités fondamentales.
Bichat composa et publia son Anatomie générale dans l'espace d'une année : c'étoit pendant la nuit qu'il confioit au papier les vérités qu'il nous a transmises. Croira-t-on que jamais il ne copia une seconde fois ce qui devoit le lendemain être soumis à l'impression? Croirat-on surtout que les deux derniers volumes aient été composés avant les deux premiers ?
SUR XAV. BICHÀT. XXVlj
Tout chez lui étoit extraordinaire; et certes cette espèce d'abus de facilité naturelle prouvoit en même temps une imagination ardente qui ne peut s'astreindre à aucune règle, et un génie supérieur devant lequel un plan préliminairement conçu se déroule sans omettre le moindre détail.
\JAnatomie générale étoit à peine publiée lorsqu'il fit paroître deux volumes de YAnatomie descriptive. Riche de faits, dégagé du luxe stérile des divisions et subdivisions , cet ouvrage offre un tableau exact et précis de l'aspect extérieur des organes, des considérations étendues sur les tissus particuliers qui les constituent, et des recherches nombreuses sur les propriétés de chacun d'eux.
Le nombre prodigieux de cadavres qu'il a examinés pour faire cet ouvrage, les expériences multipliées qu'il tenta sur les animaux vivants pour observer de plus près la nature dans ses douleurs, ses désorganisations et ses crises, lui firent naître l'idée d'enseigner l'anatomie pathologique.
Toujours lui-même, toujours supérieur aux obstacles, il voyoit dans un fait le germe de mille vérités , et l'instant où on le croyoit occupé de la recherche qu'il avoit méditée, étoit
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celui où son attention se fixoit»sur les conséquences de ce qu'il venoit de trouver, et sur mille objets accessoires. C'est ainsi que pour lui un travail en appeloit un autre, et que tout, dans sa doctrine, porte l'empreinte de cette succession d'études et de cet enchaînement d'idées, qui supposent une tête forte et grandement organisée.
Une circonstance infiniment favorable seconda le projet qu'il avoit , de faire un cours d'anatomie pathologique. Nommé médecin de l'Hôtel-Dieu , il trouva dans cet hôpital toutes les facilités que pouvoit désirer l'activité de son imagination , la bienveillance de ses confrères , le zèle obligeant de ses collaborateurs, et un très -grand nombre de malades. Tous ces moyens , en redoublant son zèle , alimentaient chez lui le besoin de faire tout concourir à son instruction et à l'accroissement de la science.
On sait qu'il ambitionnoit comme une faveur d'être chargé du service des autres médecins ; qu'il recherchoit chaque jour dans la froide dépouille de l'homme les causes du trouble dont il n'avoit pu enchaîner les funestes effets ; qu'il avouoit avec candeur les erreurs qu'il pouvoit commettre , et que , dans