‹ Traité des membranes en général et de diverses membranes en particulierChapitre 29 sur 40 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Déterminer le trajet et la forme de ï arachnoïde sur les organes qu'elle enveloppe.

XXI. Nous avons démontré, dans le Traité des membranes en général, que toute surface séreuse représente un sac sans ouverture, replié et sur les organes auxquels elle appartient, et sur les parois de la cavité où se trouvent ces organes, fournissant à leurs vaisseaux une gaîne qui les accompagne, et ne s-'ouvrant jamais pour les laisser pénétrer : en sorte que rien n'est contenu dans la cavité qu'elle forme, et que s'il étoit possiblcde l'enlever distinctement par la dissection, cette cavité resteroit dans son intégrité.

XXII. Or, si l'on compare îflhintenant à cette conformation celle de l'arachnoïde, et que l'on suive son trajet, il est facile de démontrer, le scalpel à la main, que, de même que ces membranes, elle se replie et sur le cerveau qu'elle embrasse sans le contenir, et sur la face externe de la dure-mère qu'elle tapisse, et sur les nerfs et les vaisseaux qui partent du cerveau ou qui s'y rendent, de manière qu'au-

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cun de ces organes n'est contenu dans la cavité, que remplit seule l'humeur qui la lubrifie. XXIII. Pour suivre le trajet de cette membrane, considérons-la, i° sur le cerveau, 2° sur la moelle épinière, 5° sur la dure-mère, 4° dans les ventricules; car quoique partout continue, elle ne puisse s'isoler, cependant sa disposition deviendra plus sensible en l'examinant à la fois sur un moins grand nombre de parties. De la connoissance partielle des diverses régions de cette membrane résulteront des nolions plus distinctes sur son ensemble.

§ V. Trajet de V arachnoïde sur le cerveau.

XXIV. Considérée sur la convexité du cerveau, l'arachnoïde y est très-sensible, surtout par l'insufflation. i°. Elle revêt l'un et l'autre hémisphère, fournit à chaque veine allant au sinus longitudinal supérieur une gaîne, qui se continue ensuite sur la dure-mère, embrasse à peu près de la même manière les corpuscules blanchâtres de Pachioni, qui se trouvent ainsi hors de sa cavité. 2°. Elle descend de l'un et l'autre coté sur la surface des hémisphères correspondante au sillon qui les sépare, tapisse

le corps calleux, dont l'écartent les artères du même nom, et fournit aux veines du sinus longitudinal inférieur des enveloppes qui se réfléchissent ensuite sur la faux.

XXV. De la convexité du cerveau , l'arachnoïde se porte en arrière et en devant. Voici son trajet dans le premier sens : 1° sa portion correspondante aux hémisphères se prolonge sur leurs lobes postérieurs qu'elle revêt, passe sur la rainure qui les sépare du cervelet, où elle est très-distincte, se déploie sur la partie supérieure de ce viscère > y fournit des gaines aux veines du sinus droit, descend sur sa circonférence, y accompagne plusieurs vaisseaux des sinus latéraux , et vient recouvrir sa face inférieure, où une large portion de son étendue se trouve isolée vis-à-vis la rainure qui sépare ses deux lobes. 2°. Quant à la portion correspondante au corps calleux, elle se prolonge aussi en arrière sur le cervelet , mais concourt auparavant à former autour des veines de Galien une ouverture dont je parlerai bientôt.

XXVI. D'après ce qui vient d'être dit, on conçoit le trajet de l'arachnoïde sur le cervelet, les lobes potérieurs et la convexité du ccr-

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teau; mais comment se comporte-t-elle sur la base de ce viscère? Le voici : i° de la partie supérieure des hémisphères, elle s'avance sur les lobes antérieurs, les entoure, fournit une gaîne aux nerfs olfactifs , une autre aux nerfs optiques, laquelle se prolonge dans leur enveloppe fibreuse, et ne se réfléchit sur elle que dans l'orbite. 2°. Elle embrasse, par sa portion qui descend du corps calleux, la tige pituitaire en manière d'entonnoir, dont l'extrémité s'épanouit sur la glande du même nom. et se trouve séparée par elle de la dure-mère, qui s'enfonce dans la fosse et en forme le périoste. 5°. Elle entoure d'un canal transparent la carotide, à son entrée dans le crâne, se porte sous la protubérance annulaire, y est entièrement isolée, ainsi qu'au niveau de ses prolongements antérieurs et des rainures qui la bornent, fournit en même temps des gaines à la troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième paires. 4°- 0° la v°it se diriger sur les parties latérales du cervelet, sur le commencement de la moelle épinière, sur les prolongements postérieurs de la protubérance annulaire ; elle est entièrement libre à l'endroit de l'échancrure. accompagne dans ces espaces les

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quatrième, huitième, neuvième, dixième paires, recouvre la vertébrale, et se continue ensuite dans le canal vertébral, où nous l'examinerons.

XXVII. Ces nombreux replis de l'arachnoïde à la base du crâne se voient facilement, lorsqu'après avoir mis sans secousse le cerveau à découvert, on le soulève avec précaution en avant et sur les côtés. Les diverses gaines paroissent alors plus larges du côté du cerveau, plus étroites vers la dure-mère , sur laquelle toutes se réfléchissent à l'endroit où elle est percée, pour laisser passer le nerf ou le vaisseau. L'optique et le moteur externe font exception à cette règle. Toutes sont lâches, sans adhérence avec l'organe qu'elles entourent, se rompent très-facilement, surtout celles de la première et de la quatrième paires, ce qui sans doute a empêché jusqu'ici qu'on ne les ait. décrites avec exactitude, se trouvent presque toujours dépourvues de la pie-mère, qui disparoît insensiblement très-près du cerveau et du cervelet.

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§ VI. Trajet de l'arachnoïde sur (a moelle épinière.

XXVIII. Nous venons de voir l'arachnoïde enveloppant, sans les contenir, le cerveau, ses nerfs et ses vaisseaux, se continuant ensuite en arrière et en devant sur la moelle épinère. Arrivée là , elle forme une espèce d'entonnoir par lequel est embrassé ce prolongement médullaire, et qui descend jusque sur les faisceaux nombreux qui le terminent. Dans ce trajet , voici comment elle se comporte: i° libre du côté de la pie-mère, elle ne lui tient que par un petit nombre de faisceaux vasculeux (i); 2° elle

(1) L'arachnoïde rachidienne tient à la pie-mère, non-seuleinent par de petits vaisseaux qui se trouvent ça et là dans son trajet, mais encore par une cloison cellulo-vasculaire qui règne sur la ligne médiane en arrière de la moelle et forme une séparation presque complète entre le côté droit et le gauche de la cavité sous - arachnoïdienne. Cette espèce de médiastin s'étend depuis la hauteur de la troisième ou quatrième vertèbre cervicale jusqu'à l'extrémité inférieure de la moelle; au-delà il n'y a plus qu'une cavité unique qui contient le liquide céphalo-spinal et les nerfs de la queue de cheval.

fournit sur les côtés , au niveau de chaque nerf qui s'échappe par le trou de conjugaison, une enveloppe conique , qui l'accompagne jusqu'au canal fibreux que lui fournit la duremère , et qui, au lieu de s'y introduire, se réfléchit sur la surface interne de cette membrane : cette réflexion est rendue très-apparente . en coupant à son origine ce canal fibreux , lequel devient alors un trou bouché par l'arachnoïde, qui y est rendue sensible par sa transparence; 5° en devant et en arrière, l'arachnoïde envoie aussi à la dure-mère des gaines membraneuses qui s'y épanouissent, et contiennent les vaisseaux de la pie-mère, lesquels se trouvent, ainsi que les nerfs vertébraux , hors de la cavité que lubrifie la sérosité ; 4° inférieurement l'arachnoïde se termine par une foule de replis, accompagnaut jusqu'à leur sortie les nombreux faisceaux qui terminent la moelle épinière , revenant ensuite sur la dure-mère, et formant ainsi en bas un culde-sac qui empêche la sérosité de s'infiltrer dans le tissu cellulaire , et sans lequel on ue pourroit concevoir les hydropisies du canal vertébral.

XXIX. dette disposition de l'arachnoïde dans le canal vertébral est rendue très-sensible de

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la manière suivante : enlevez au canal vertébral sa portion osseuse antérieurement et pos térieurement * ; mettez ainsi à découvert la moelle épinière encore entourée de sa triple enveloppe ; incisez longitudinalement et avec précaution en avant et en arrière la dure-mère, qui sera ensuite repliée sur les côtés; soufflez en haut de l'air avec un tube entre la pie-mère et l'arachnoïde : celle-ci se soulèvera en totalité, abandonnera la pie-mère sur toute la moelle épinière, et vous aurez ainsi un tube distendu par l'air, fournissant à chaque nerf et vaisseau une gaîne aussi distendue, et dont les parois transparentes vous laisseront voir au milieu la moelle épinière, la pie-mère, le ligament dentelé , etc. Quelquefois cette expérience ne réussît que des deux côtés , et l'arachnoïde reste collée en devant et en arrière à la pie-

* Dans cette préparation, il arrive un phénomène qui établit bien évidemment la contraclililé des ligaments jaunes et inter-épineux. C'est une forte rétrac lion de la colonne épinière, qui se recourbe en demi cercle lorsqu'après l'avoir dépouillée de tous ses muscles, on enlève en devant la colonne qui résulte des corps de toutes les vertèbres, et par conséquent l'appareii ligamenteux antérieur.

mère On fait presque ainsi par insufflation ce que l'on pratique par la dissection , lorsqu'on enlève , sans l'ouvrir, le péritoine de dessus tous les organes qu'il recouvre (1).

§ VII. Trajet de l'arachnoïde sur la dure-mère.

XXX. D'après ce que nous venons de dire, il est évident que la totalité de la masse cérébrale est embrassée par l'arachnoïde, comme le cœur, le poumon, le foie, la rate, etc., par leurs membranes séreuses respectives , avec cette différence qu'ici les replis sont plus nombreux par rapport au nombre beaucoup plus grand de nerfs et de vaisseaux. Il me reste , pour compléter l'aualogie , à démontrer que de même que chaque membrane séreuse, après avoir tapissé son organe, se réfléchit

(1) L'auteur aurait dû faire la remarque importante que l'arachnoïde a des dimensions beaucoup plus grandes qu'il ne faut pour contenir la moelle épinière , et qu'ainsi celte membrane devrait être plissée durant la vie. Mais il n'en est point ainsi ; la membrane est séparée de la moelle par le liquide céphalo-spinal. (Voyez mon Mémoire sur ce liquide, Journal de Physiol. , ïom. VII. )

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ensuite sur les parois de la cavité où il est contenu ; de même l'arachnoïde, après avoir recouvert le cerveau et ses prolongements, revient sur la dure-mère, dont elle revêt toute la face interne.

XXXI. Psous avons vu les gaines nombreuses qui accompagnent les nerfs et les vaisseaux jusqu'à leur sortie ou leur entrée par les trous du crâne et du canal vertébral , se réfléchir ensuite et se porter sur la dure-mère; là ils s'unissent tous et forment une membrane générale , recouvrant et la dure-mère et ses prolongements , tels que la faux , la tente du cervelet , qui se trouvent ainsi hors de la cavité du crâne , formant avec la portion qui revêt le cerveau le sac sans ouverture , que j'ai dit être représenté par l'arachnoïde , laquelle présente ainsi une portion cérébrale et une portion crânienne , comme la plèvre a sa portion costale et sa portion pulmonaire.

XXX1L Cette manière d'envisager l'arachnoïde paroîtra sans doute paradoxale d'après l'opinion commune desanatomistes , etd'ap. es les difficultés que l'on éprouve ordinairement à isoler par la dissection ce feuillet interne de la dure-mère. Mais je crois que les réflexions

suivantes lèveront sur ce point toute espèce de donte.

XXXIII. Si l'on dissèque, dans une étendue quelconque, la dure-mère de dehors en dedans , en enlevant successivement ses diverses couches , on remarque que toutes sont distinctement fibreuses, excepté la dernière qui est celluleuse, sans aucune fibre transparente, et telle en un mot qu'on voit l'arachnoïde dans les endroits où elle est libre par ses deux faces.

XXXIV. Dans le fœtus et l'enfant, l'arachnoïde est distincte de la dure-mère, à laquelle elle tient par un tissu cellulaire peu serré. En commençant à la disséquer, i° sur le cerveau , 2° le long d'une des gaines dont j'ai parlé, 5° à l'endroit de la réflexion de cette gaîne, 4° sur la dure-mère, on voit très-manifestement sa continuité sur tous ces points , et elle peut être suivie très- loin sur le dernier. L'adhérence augmente avec l'âge, mais la nature reste distincte : aussi le feuillet séreux du péricarde, très-lâchement uni, dans le premier âge, au centre phrénique du diaphragme, lui devientil par la suite étroitement lié; aussi le -même feuillet séreux et le feuillet fibreux du péricarde , quoique très-fortement adhérents sur

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les côtés , sont-ils essentiellement différents l'un de l'autre.

XXXV. 11 est des endroits où l'arachnoïde est très- distincte de la dure-mère : ainsi, comme je l'ai dit, après avoir fourni uneguîne à la tige pituitaire, elle s'épanouit sur la glande du même nom , tandis que la dure-mère, passant dessous , tapisse la selle turcique. Ces deux membranes se réunissent ensuite.

XXXVI. Le poli de la surface interne de la dure-mère dépend évidemment de la présence de l'arachnoïde. En effet, i° si l'on examine un des conduits fibreux que fournit la dure-mère du canal vertébral à chacun des nerfs qui en parlent, d'un côté on voit l'arachnoïde se réfléchir , comme je l'ai dit , au lieu d'y pénétrer; d'un autre côté, si l'on ouvre ce conduit , on observe qu'il ne présente plus d'aspect poli et luisant. La dure-mère ne doit donc point à ellemême ces caractères , mais à l'arachnoïde qui la tapisse. 2°. Quelquefois l'arachnoïde pénètre en partie dans ces conduits, et se réfléchit au milieu : alors ils sont en partie lisses , en partie rugueux et celluleux au-dedans. 5°. On sait que la dure-mère né présente point cet aspect lisse et poli dans le canal vertébral , à sa face externe , quoique cette face soit souvent libre

et sans adhérences. 4°- ^e Poli qu'on remarque sur certains organes n'est jamais produit que par des membranes séreuses. Ainsi le cœur, le poumon, le foie, etc., doivent leur surface luisante et polie au péricarde, à la plèvre, au péritoine; la surface interne des coulisses tendineuses, à la capsule décrite par Albinus, Jungken, etc.; les articulations, à la membrane que j'y ai démontrée : en sorte que ce caractère extérieur des organes indique toujours une membrane séreuse qui les enveloppe, soit d'une manière serrée, comme les capsules des tendons , la portion de tunique vaginale correspondante à l'albuginée, la membrane synoviale, etc.; soit d'une manière lâche, comme le péritoine , la plèvre , etc. La duremère feroit-elle donc seule une exception à cette loi générale de l'économie animale? Qu'on ne dise pas que la compression déterminée par les mouvements du cerveau peut produire cet effet : j'ai montré ce qu'il falloit penser de cette cause mécanique et des effets qu'on lui attribue.

XXXV11. A la suite des inflammations où la dure-mère présente un épaississement remarquable, effet d'une espèce de membrane accidentellement produite là comme a la plè-

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vre, etc., on ne remarque ce phénomène qu'à la face interne et non à l'e\terne : or l'inflammation a été la même partout ; donc ce changement ne lui est point propre , mais à l'arachnoïde qui la tapisse.

XXX VIII. La surface interne de la duremère est le siège évident de l'exhalation de la sérosité cérébrale , puisque si on la met à découvert dans un animal vivant et que l'on essuie cette sérosité dans une étendue quelconque , elle y est bientôt reproduite. Or, jecrois avoir prouvé évidemment plus haut qu'il répugne à la structure de la dure-mère d'être l'organe de cette exhalation ; donc c'est l'arachnoïde réfléchie à la surface interne de cette membrane qui est cet organe.

XXXIX. Tout tend donc à nous persuader que la dure-mère est recouverte en dedans par un feuillet séreux venant de l'arachnoïde. L'adhérence seule peut ici jeter des doutes faciles à lever, si l'on considère que la conjonctive adhère aussi à la cornée , la tunique vaginale à l'albuginée, la capsule du tendon à sa gaîne , etc. , et que cependant ou ne révoque pas en doute l'existence de ces membranes. Je crois donc pouvoir établir comme un fait analomique bien constaté, que l'arachnoïde, sem-

blable en tout aux membranes séreuses , a sa portion cérébrale et sa portion crânienne partout continues entre elles , séparées par la sérosité, et continues seulement par les gaines qui contiennent les vaisseaux et les nerfs aux endroits où ces nerfs et ces vaisseaux sortent du cerveau , ou y pénètrent.

XL. Au reste, quand je dis, en décrivant le trajet de l'arachnoïde, que du cerveau elle se porte sur les nerfs, de là sur la dure-mère, etc. . cette expression n'est destinée qu'à s'accommoder à notre manière ordinaire de concevoir. Sans doute elle se forme en même temps sur tous ces organes, et se développe sur tous dans les mêmes proportions. Si cette manière de présenter la disposition de l'arachnoïde répugne, surtout par rapport à la dure-mère, changeons nos expressions; disons qu'elle embrasse seulement le cerveau , qu'elle fournit aux nerfs et aux vaisseaux des gaines qui se réfléchissent sur la dure-mère, comme l'inspection le prouve évidemment , et se perdent ensuite sur cette membrane . dont la face interne, essentiellement différente par son organisation, du reste de sa substance, est entièrement semblable sous ce rapport à l'arachnoïde. C'est là le point essentiel que cette iden-

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tité d'organisation entre la face interne de la dure-mère et l'arachnoïde , identité qui résulte -évidemment des faits exposés ci-dessus. Quant à la manière de présenter la chose, elle est indifférente. Que la dure-mère change d'organisation au-dedans et prenne celle de l'arachnoïde, ou que celle-ci se prolonge pour la tapisser, c'est la même idée présentée sous deux phases différentes.

§ VIII . Trajet de V arachnoïde dans (es ventricules.

XLI. J'ai renvoyé à un article particulier l'examen de l'arachnoïde dans les ventricules . parce que ce fait, encore inconnu, mérite une attention particulière. En effet, tous les anatomistes ont dit que la pie-mère seule pénètre dans ces cavités pour les tapisser, après y avoir donné naissance aux plexus choroïdes. Je soupçonnois depuis long-temps que cette assertion est fausse, d'après les considérations suivantes : i°. La membrane qui revêt les ventricules et leurs diverses éminences, présente le même caractère, la même texture apparente que l'arachnoïde (1) , quoique plus mince en-

(1) Ce qu'on peut appeler la membrane des ven-

core que celle-ci; elle en a l'aspect lisse et poli; elle recouvre les vaisseaux sanguins, sans en contenir sensiblement dans son tissu , qui se trouve, excepté aux plexus choroïdes, essentiellement différent de celui de la pie-mère; 2° une rosée lymphatique s'en exhale sans cesse et y est sans cesse absorbée ; 3° il y survient de fréquentes hydropisies; 4° à la suite des inflam-

tricules est bien loin d'avoir les mêmes caractères que l'arachnoïde. D'abord elle n'est visible qu'en certain point, comme la partie latérale des ventricules latéraux, encore faut-il procéder de dehors en dedans, et enlever successivement par couches la matière médullaire pour arriver à une dernière lame mince, qu'on peut à la rigueur regarder comme une membrane, mais qui pourrait être aussi une lame médullaire mince, résistante et polie. Dans beaucoup de poinls des ventricules, tels que les commissures antérieures ou postérieures, l'aqueduc de Sylvius, le quatrième ventricule, etc., il est absolument impossible de découvrir une membrane. Il est un point où l'on voit distinctement dans certains cas une apparence membraneuse , c'est a la partie postérieure de la commissure des couches optiques, particulièrement .s'il y a eu durant la vie une accumulation de sérosité qui a distendu le troisième ventricule et allongé la commissure.

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mations , on v a trouvé souvent des exsudations muqueuses semblables à celles de l'arachnoïde et des autres membranes séreuses . caractère qui n'appartient point à la pie-mère. XLII. Ces premières considérations me portoient à supposer les ventricules tapissés , comme l'extérieur du cerveau , d'une sorte de membrane en forme de sac sans ouverture , semblable à toutes les autres mrmbranes séreuses , et que sa ténuité déroboit à nos dissections. Une autre réflexion me confirmoit dans cette idée : souvent les hydropisies des ventricules existent isolément, l'eau du sac extérieur de l'arachnoïde n'étant point augmentée; or, s'il n'y avoit pas dans les ventricules une membrane différente de la pie-mère , l'eau qui s'y trouve épanchée refluerait bientôt au-dehors , en s'infiltrant par les prolongements de cette dernière membrane, qui , de la base du crâne, remonte dans les ventricules par de nombreuses ouvertures de communication. Il faut donc que ces ouvertures soient bouchées du côté des ventricules par une membrane : j'examinai en conséquence l'endroit où ces prolongements extérieurs de la pie-mère viennent se confondre avec les plexus choroïdes, et je vis en effet une toile très- mince passant sur eux ,

*j5o membrane

les empêchant ainsi d'être contenus dans les cavités cérébrales , et se perdant ensuite, sur les éniiuences voisines , telles que les couches des nerfs optiques, les corps cannelés, les hippocampes , etc.

XLIII. Je ne doutai plus dès-lors, i° que ce qu on avoit pris dans les ventricule© pour un prolongement de la pie-mère ne fût une véritable membrane séreuse , tapissant les parois dé ces cavités, et se reployant ensuite autour des plexus choroïdes situés véritablement hors de la poche ( i ) ; 2° qu'il n'y eût ainsi au-dehors et au-dedans un organe exhalant la sérosité, lui servant momentanément de réservoir, et la transmettant ensuite dans le torrent circulatoire; 5° que si la dissection ne pouvoit pas

(i) Il faut avouei que Bichat se décide un peu légèrement sur la question qu'il cherche à approfondir, et qu'il se laisse facilement entraîner a son aptitude à généraliser; il aurait dû, ce semble, avant de conclure comme il le fait , s'assurer si la membrane existe dans toute l'étendue des cavités du cerveau; mais au contraire, quelques lignes plus bas, dans le même paragraphe, il convient, avec sa bonne foi ordinaire , que la dissection ne l'a pas conduit dans ce cas pas à pas , et qu'il raisonne par analogie.

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nous conduire ici pas à pas, l'analogie y suppléoit au moins d'une manière évidente. Mais une Question restoit à résoudre : cette membrane a-t-elle une existence isolée , ou est-elle une continuation de l'arachnoïde , dont elle partage la nature? L'inspection décide cette question.

XLIV. J'ai dit qu'après avoir tapissé le corps calleux . l'arachnoïde descend sur le cervelet ; mais , en s'y prolongeant , on la voit s'enfoncer dans les ventricules par une ouverture ovalaire, située entre ces deux parties. Elle y embrasse d'abord , de tous côtés , les veines de Galien et leurs nombreux prolongements, qui, en recevant chacun une enveloppe , ne se trouvent point contenus dans le trou, quoiqu'ils le traversent en tous sens. Elle se prolonge ensuite sous ces veines entre la glande pinéale et les éminences quadrijumelles , et se termine enfin dans le troisième ventricule , en formant un canal distinct (i).

(1) Ici Bichat est tombé dans l'erreur : ce canal n'exisle pas; l'arachnoïde recouvre en effet les veines de Galien , mais elle se replie bientôt pour passer sur le cervelet : quelquefois seulement elle forme un petit cul -de -sac d'une ligne au plus de pro-

XLV. Pour trouver ce conduit , il faut scier le crâne avec précaution , enlever très - légèrement la faux, de peur que les secousses qu'on lui imprime ne se communiquent à la tente du cervelet , aux veines de Galieu et à la portiond'arachnoïdequi vient du corps calleux, ne déchirent cette portion et en même temps ne détruisent l'ouverture; ce qui arrive dans le plus grand nombre des cas où l'on n'a point ces attentions. Le cerveau étant à découvert , on soulève chaque hémisphère en arrière , en l'écartant un peu en dehors. Les veiues de Galien paroissent alors sortant d'un canal qui les embrasse , et dont l'orifice ovalaire est très-apparent ( i ) .

fondeur, el qui pourrait faire croire à 1 orifice d'un conduit. D'ailleurs un canal ne pourrait passer entre la glande pinéale et les tubercules quadrijumeaux; c;ir une lame médullaire, que je nomme la valvule de la glande pinéale, va du rebord de la commissure postérieure jusqu'à la glande , en remplissant tout l'intervalle compris entre ces parties et se confondant avec elles.

(1) Ce qu'on voit alors n'est que l'enlrée du culde-sac dont j'ai parlé: avec la moindre attention, il est très-facile de s'en assurer.

\n VCHNOÏDE. â5â

XLVI. Quelquefois cependant les bords de l'orifice embrassent tellement les veines, qu'on ne peut les distinguer, et qu'on croiroit, au premier coupd'œil, qu'il y a continuité. Glissez alors un stylet le long de ces vaisseaux d'arrière en avant; quand il aura pénétré un peu , faites-le tourner tout autour; il dégagera les adhérences , et l'ouverture deviendra très-sensible (1).

XLVII. Pour s'assurer que cette ouverture mène dans le troisième ventricule , il faut introduire un stylet crénelé , l'engager sous les veines de Galien, le pousser doucement; il pénètre sans peine (2). On enlève en-

(1) Toujours vrai et d'accord avec lui-même, Bichat ne peut s'empêcher de remarquer que souvent on n'aperçoit pas l'ouverture, et le moyen qu'il donne est bien propre à faire douter de son existence, car rien n'est si facile que de faire une apparence d'ouverture en faisant mouvoir un stylet autour des veines de Galien.

(2) Ce moyen est encore très-défectueux? car il est évident qu'on fera, toujours un canal en poussant un stylet à travers des vaisseaux fins et déliés, comme ceux qui avoisinent les veines de Galien; et quand on vient à inciser sur le trajet, rien n'est si facile que de s'en laisser imposer. Encore Bichat convient-il

suite le corps calleux et la voûte à trois piliers , de manière à laisser en place la toile choroïdienne ; on incise sur le stylet , et l'on voit que, dans tout son trajet, la membrane, lisse et polie, n'a point été déchirée pour le laisser pénétrer. Quelquefois on éprouve de la résistance, on ne peut même le faire parvenir : cela tient à ce que les veines qui viennent se dégorger dans celles de Galiens'entre-croisant en tous sens dans le canal, le rendent, pour ainsi dire , aréolaire et arrêtent l'instrument. 11 faut alors le retirer, et, pour démontrer la communication, verser dans le trou extérieur du mercure (1) , qui, par la position inclinée

que quelquefois ou éprouve de la résistance, et que le stylet ne parvient pas; et la raison qu'il en donne est remarquable : les veines qui viennent se dégorger dans les veines de Galien , s'accroissent en tous sens dans le canal, et le rendent pour ainsi dire aréolaire, et arrêtent l'instrument. Il faut conveuir qu'un canal où des veines s'accroissent en tous sens jusqu'au point de le rendre aréolaire, ne ressemble guère h un canal.

(1) Cette expérience ne prouve rien; car si ou a fait une déchirure avec le stylet, nu! doute que le mncure ne coulera dans le ventricule moyen; mais

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de la tête , parvient tout de suite dans le troisième ventricule. En soufflant aussi de l'air, il parvient dans le troisième ventricule, et de là dans les latéraux par les ouvertures antérieures, exactement décrites par Vicq-d'Azyr. Si on enlève avant l'insufflation la voûte à trois piliers, et qu'on mette à nu la toile choroïdienne, elle se soulève chaque fois qu'on pousse de l'air.

XLVIII. L'orifice interne de ce conduit de communication , caché dans la partie inférieure de cette toile choroïdienne, ne se voit que difficilement; et même si l'on verse un fluide dans le troisième ventricule, il ne ressort pas au-dehors, parce que sans doute ses bords s'affaissent sur eux-mêmes et lui font obstacle (1 ).

il faut pour cet essai que les parties soient intactes, et alors jamais aucune parcelle de mercure ne parvient flans le ventricule, à moins d'une rupture.

(1) Bichat convient que l'orifice interne du canal ne se voit que difficilement; il semble même ne l'avoir jamais vu. Cependant si on peut suivre le canal membraneux, et si on peut y introduire un stylet , il ne doit pas être plus difficile de voir l'orifice interne que l'externe. Et comme pour donner des argu-

XLIX. Il paroît donc, d'après ce qui vient d'être dit, i° que la membrane des ventricules, analogue par son apparence et sa nature à l'arachnoïde , en est un prolongement , et que le moyen de communication entre elles est le canal dont j'ai parlé (1) ; 2° que ce prolongement, plus mince encore que l'arachnoïde déjà si lénue, se déploie d'abord sous le troisième ventricule (2) ; 5° descend en arrière par le cala-

mens contre lui-même, poussé par son bon esprit, il remarque que si on verse un fluide dans le troisième ventricule, il ne ressort pas au dehors; sans doute , dit-il , parce que les bords de l'orifice s'aflaissent sur eux-mêmes et lui font obstacle. Cette raison est la plus faible de toutes; car pourquoi les bords de l'orifice s'affaisseraient ils? d'ailleurs, lors des grandes accumulations de liquide dans les ventricules, on ne le voit jamais passer dans la cavité de l'arachnoïde : si le canal dont parle Bichat existait , le liquide accumulé devrait y pénétrer constamment.

(1) Il est au contraire évident, par tout ce qui précède, que si ia membrane qui se voit dans les ventricules ressemble par sa ténuité à l'arachnoïde, elle ne se continue pas avec elle.

(2) Bichat décrit ici d'imagination , car il est impossible de voir de membrane qui revête entièrement

ARACHNOÏDE. 2J~

mus scriptorius dans le quatrième, qu'il revêt et où il bouche les ouvertures par lesquelles pénètre la pie-mère pour apporter les vaisseaux (1) ; 4° se porte en devant à travers les deux trous de communication des ventricules latéraux, trous qu'on ne voit bien qu'en commençant la dissection du cerveau par sa base ; tapisse ces ventricules et leurs éminences; 5° se réfléchit sur les plexus choroïdes, bouche, tout

le troisième ventricule ; dans certains cas seulement il existe une sorte de replis d'apparence membraneuse derrière la commissure des couches optiques.

(i) Je n'ai jamais pu voir aucune trace de membranes dans PaqueducdeSylvius, ni sur la valvule de Vieuseus, ni dans le quatrième ventricule; encore moins voit-on une lame membraneuse qui fermerait «m bas le quatrième ventricule ; il y a au contraire h cet endroit une ouverture normale et libre par laquelle le liquide du rachis peut entrer dans les ventricules du cerveau, et réciproquement, par laquelle un liquide contenu dans les ventricules arrive dans la cavité sous-arachnoïdiennede l'épine. Cette ouverture est constante, et quelquefois assez large pour qu'on puisse y introduire une très-grosse plume. Je l'ai nommée entrée des cavités du cerveau. ( Voyrr mon Journal de Physiologie, tom. VII. )

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