XVI. La moelle est presque toujours intacte
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dans les maladies qui, affectant les articulations, altèrent l'humeur qui les lubrifie. Réciproquement la synovie ne prend point un caractère différent dans les affections de l'intérieur des os, qui portent sur l'organe médullaire leur influence spéciale. Une expérience m'a confirmé ce fait, que démontrent d'ailleurs les diverses maladies des os. J'ai ouvert sur les côtés deux os longs d'un des membres postérieurs d'un chien , de manière à y faire parvenir un stylet rougi, qui, ayant été porté à plusieurs reprises, a détruit complètement les deux systèmes médullaires. La nécrose a été le résultat assez prompt de cette expérience , faite déjà par Troja , mais qui m'a offert un résultat qui lui est échappé ; c'est l'intégrité de l'articulation qui unissoit tes deux os nécrosés. Ce phénomène, constaté par plusieurs expériences, lève tous les doutes sur la non-transsudation de la moelle pour former la synovie. Ce fluide n'auroit-il pas en effet cessé d'humecter l'articulation à la suite de la destruction de l'organe médullaire, si cette transsudation étoit réelle pendant la vie?
XVII. Desault, pour expliquer la manière dont la synovie se sépare du sang, ajoutoit à cette prétendue transsudation de la moelle un
suintement fourni par toutes les parties contenues dans l'articulation , telles que les ligaments capsulaires et inter- articulaires, les graisses internes, les cartilages, etc. Une comparaison suffira pour apprécier cette hypothèse. Que diroit-on d'un système où, pour expliquer la production de l'humeur séreuse du bas-ventre, on en placeroit la source dans le foie, la rate, les intestins, et en général dans tous les organes de cette cavité? Sans doute on répondroit qu'un fluide identique par sa nature ne sauroit être fourni par des parties de structure si différente, qu'il est bien plus simple d'en chercher la source unique dans l'unique membrane qui revêt tous les viscères gastriques. L'application est exacte, et l'analogie complète pour la cavité articulaire.
XVIII. Nous pouvons, je crois, sans crainte d'erreur, conclure de tout ce qui a été dit ci- Jessus, que la synovie n'est point transmise par transsudation aux surfaces articulaires (1). Je
1) Il y a une raison plu» forte que toutes celles, d'ailleurs excellentes, que vient de donner Bichal; c'est que la synovie est un fluide dont la composition chimique est très - différente de celle de la moelle.
passe au dernier mode, indiqué pour la séparation de la synovie.
§ III. La synovie est-elle transmise far exhalation aux surfaces articulaires ?
XIX. La solution des deux problèmes précédents semble naturellement amener celle de la question que nous nous proposons ici. En effet, voici deux données sur la certitude desquelles on peut, je crois, compter : i° la sécrétion , l'exhalation et la transsudation sont les seuls moyens par lesquels un fluide différent du sang peut être transmis à un organe; -2° la sécrétion et la transsudation sont étrangères à la transmission de la synovie. Or, de ces deux données certaines ne peut-on pas tirer cette conséquence certaine aussi : l'exhalation est le mode par lequel la synovie est apportée aux articulations? Mais ajoutons a ces preuves négatives des considérations qui établissent positivement cette proposition.
XX. Les rapports les plus frappants s'observent entre la synovie et le fluide qui lubrifie les parois des membranes séreuses. i°. Rapport de composition. Ces deux fluides sont essentiellement albumineux ; l'albumine prédomine
2~S MEMBKAiNE
dans tous deux, quoiqu'un peu différente dans l'un et l'autre. Havers avoit déjà indiqué cette analogie; il savoit que ces deux fl uides sont coagulables par l'alcohoi, les acides, le calorique, sans connoître le principe auquel est due cette propriété (1). 2°. Rapport de fonctions. Tous deux sont destinés à lubrifier des surfaces où s'exerce beaucoup de mouvement, à diminuer le frottement qui en est l'inévitable effet, à prévenir les adhérences funestes; tous deux sont dans le même état sur leurs surfaces respectives : c'est une rosée qui se répand sur ces surfaces, et qui bientôt y est reprise. 3°. Rapport d'affections. L'inflammation tarit la source de l'un et l'autre, et détermine des adhérences plus communes dans les membranes séreuses, plus rares dans les articulations , où elles produisent l'a-nkylose ; tous deux sont sujets à des augmentations contre nature, qu'un mot commun désigne, celui dliydropisic. 4° Rapport d'absorp-
(i^.De semblables rapprochemens étaient permis ii l'époque où écrivait Bichat; mais les progrès de l'analyse chimique animale ne les permettraient plus aujourd'hui. Nous savons en effet qu'il existe de grandes différences de composition entre la synovie et la sérosité.
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tion. Le système lymphatique est pour tous deux la voie par laquelle ils rentrent dans la circulation, après avoir suffisamment séjourné sur leurs surfaces respectives (1).
XXI. Ces divers rapprochements, qui, à quelques différences près dans la composition, associent si visiblement la synovie à l'humeur des membranes séreuses, ne nous mènent-ils pas à cette conséquence bien simple; savoir, que ces deux fluides étant analogues sous tous les autres rapports, doivent l'être aussi par la manière dont ils sont séparés de la masse du sang? Or, c'est un point de physiologie aujourd'hui généralement reconnu , que l'humeur des membranes séreuses y est apportée par exhalation; donc nous sommes évidemment conduits d'induction en induction à celle-ci, qui répond à la question proposée ci-dessus : La synovie est transmise par exhalation aux surfaces articulaires.
Cette induction précise, rigoureuse, tirée de
(i) Ceci est encore une erreur où personne ne tomberait plus. Chacun sait en effet que le système lymphatique joue un rôle très-restreint dans l'absorption , et que cette fonction est essentiellement exercée par les veines.
faits palpables et constants, deviendra, je crois, une vérité démontrée , si aux analogies précédemment établies nous ajoutons celle de l'organe membraneux , siège essentiel de l'exhalation de la synovie. Nous allons nous occuper de cette membrane dans l'article suivant.
ARTICLE II
De la Membrane synoviale, considérée en général.
XXII. Nous avons vu , dans le Traité des membranes en général , toutes les grandes cavités tapissées d'une membrane séreuse, qui forme , par ses replis , une espèce de sac sans ouverture , lequel embrasse et les organes et les parois de la cavité. Il existe dans toutes les articulations mobiles une membrane exactement analogue, dont les usages sont les mêmes , dont la nature n'est point différente, et que j'appelle synoviale, parce que ses parois exhalent et absorbent sans cesse la synovie.
§ 1". Organisation extérieure de ta Membrane synoviale.
XXI II. On doit donc concevoir toute mem-
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brane synoviale comme une poche non ouverte , déployée sur les organes de l'articulation , sur les cartilages diarthrodiaux , sur la face interne des ligaments latéraux et capsulaires , sur la totalité des ligaments inter -articulaires lorsqu'ils existent, sur les paquets graisseux saillant dans certaines cavités articulaires, etc. C'est d'elle que ces divers organes empruntent l'aspect lisse , poli, reluisant, qui les caractérise dans ces cavités , et qu'ils n'ont point ailleurs. De même qu'en disséquant exactement les organes gastriques , on pourroit enlever le péritoine, son sac restant intact ; de même on concevroit la possibilité de séparer et d'isoler cette membrane , sans les intimes adhérences qu'elle contracte en quelques endroits. Toutes les parties qu'elle embrasse sont hors de la cavité articulaire , quoique saillantes dans cette cavité , comme le poumon se trouve à l'extérieur du sac formé par la plèvre , le foie à l'extérieur de la poche péritonéale , etc. etc. (1).
(1) Il y a dans celte description une grande erreurde fait; la membrane synoviale n'existe ni sur les cartilages diarthrodiaux, ni sur les fibro cartilages inter- articulaires : quelque soin que l'on prenne x
XXIV. On trouve la membrane synoviale dans toutes les articulations mobiles , dont le plus grand nombre n'ont qu'elle et des ligaments latéraux. Ce qu'on appel communément capsule fibreuse ne se rencontre qu'autour de quelques surfaces articulaires. Les connexions de l'humérus, du fémur, et de certains autres os dont les extrémités^ se joignent pa; énarthrose , en offrent seules des exemples. On voit dans ces articulations deux enveloppes très-distinctes : l'une, fibreuse, est extérieure, et se trouve disposée en forme de sac ouvert en haut et en bas, embrassant par ces deux grandes ouvertures les surfaces des deux os, et se confondant autour d'elles avec le périoste , qui entrelace ses fibres avec les siennes. L'autre, celluleuses, qui est la membrane synoviale, tapisse la première à l'in-
quelque préparation qu'en leur fasse subir, il est impossible d'y apercevoir la moindre trace de membrane : c'est bien le cartilage lui-même qui est lisse et poli pour se prêter aux frottemens multipli'és dont il est le siège. Les synoviales forment donc des sacs ouverts par les deux extrémités, et ne peuvent sous ce rapport être comparées aux véritables membranes séreuses qui forment des sacs sans ouverture.
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térieur. s'en sépare ensuite lorsqu'elle arrive vers les deux cartilages diarthrodiaux , et se réfléchit sur eux , au lieu de s'unir au périoste. M. Boyer a indiqué cette disposition.
XXV. Dans toutes les articulations ginglymoïdales, comme dans celles du coude, du genou, des phalanges de la main, du pied, etc.. etc. , la capsule fibreuse manque absolument. Les fibres . au lieu de s'étendre et de s'entrelacer en membrane , se ramassent en faisceaux plus ou moins épais, qui forment les ligaments latéraux ; on ne trouve plus que le feuillet interne des articulations énarthrodiales , c'est-àdire la membrane synoviale , laquelle ne contracte non plus ici aucune adhérence avec le périoste , mais se réfléchit sur les cartilages. En la prenant à l'endroit de cette réflexion , on peut la détacher assez avant , et se convaincre ainsi qu'elle offre une organisation externe , toute différente de celle que présente d'abord à l'esprit l'idée d'une capsule articulaire. Cette disposition est extrêmement facile à apercevoir par la moindre dissection : au genou, derrière le tendon du crural et le ligament inférieur de la rotule ; au coude , sous le tendon du triceps ; aux phalanges , sous celui de l'extenseur, etc. Tous les arthrodies ont aussi
une organisation analogue , comme on le verra dans l'article suivant : en sorte qu'on peut assurer que les capsules fibreuses n'existent que dans un petit nombre d'articulations; que presque toutes n'ont que des poches synoviales qui se déploient, se réfléchissent sur les surfaces osseuses, sans s'attacher autour d'elles , comme l'ont écrit tous h s auteurs (1). XXVI. J'ignorois , l'an passé , cette remarquable différence des articulations, lorsque je publiai un Mémoire sur la membrane synoviale. Je l'ai constatée , cet été, par une foule de dissections. Quelques anatomistes étoient sur la voie de la découvrir, lorsqu'ils ont observé que diverses capsules paroissoient toutes formées du tissu cellulaire. C'est en effet la texture de la membrane synoviale qui diffère essentiellement en cela des capsules fibreuses. Que l'on conserve, si l'on veut, le mot de capsule pour toutes les articulations; mais alors
(1) Ce fait est au contraire très-contestable: l'existence d'une lame synoviale sur les surfaces articulaires cartilagineuses est impossible à démontrer, comme nous allons le voir en suivant l'auteur dans ses preuves.
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il faudra lui attribuer nécessairement des idées différentes. Comparez, par exemple, la capsule fibreuse du fémur à la capsule synoviale du genou, vous trouverez, d'un côté, i° un sac cylindrique à deux grandes ouvertures pour les extrémités osseuses , à plusieurs petites pour les vaisseaux; 2° un entrelacement fibreux, semblable a celui des tendons, des aponévroses; 5° un mode de sensibilité analogue à celui de ces organes ; 4° l'usage de retenir fortement en place les os articulés, qui n'ont que ce lien pour affermir leur union. D'un autre côté, vous observerez, i° un sac sans ouverture; 2° une structure celluleuse, identique à celle des membranes séreuses ; 3° une sensibilité de même nature que la leur ; 4° la simple fonction de contenir la synovie et de la séparer , les os étant assujétis par de forts ligaments.
XXVII. L'existence de la membrane synoviale dans toutes les articulations où elle se trouve seule , est mise hors de doute par la plus simple inspection. Dans celles où elle est unie à une capsule fibreuse, on la distingue encore très-bien en différents endroits. Ainsi, au fémur , on la dissèque sur le ligament inter-articulaire . sur le peloton graisseux de la
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cavité cotyloïde, sur le col de l'os , aux endroits où elle abandonne la capsule fibreuse pour se réfléchir sur les cartilages, etc."; mais son adhérence à ces cartilages et à la face interne de la capsule pourroit élever quelques doutes sur sa disposition en forme de sac partout fermé que nous lui avons attribuée; il est donc essentiel de présenter quelques considérations propres à dissiper ces doutes.
XXVIII. i°. Quelque fortes que soient les adhérences de la membrane synoviale , on parvient à les détruire sans solution de continuité par une dissection lente , ménagée avecsoin, et commencée à l'endroit où la membrane se réfléchit du cartilage sur là capsule (1) ; la macération long-temps continuée permet
(1) J'ai essayé bien des fois de faire cette séparation, et toujours je me suis convaincu que la synoviale finit sur la circonférence du cartilage. En supposant que la membrane s'y étende, le moindre frottement des surfaces articulaires .suffirait pour ia détruire , puisqu'on voit dans certains cas les cartilages eux-mêmes entièrement usés, bien que leur organisaiion physique les ronde propres à sup porter des pressions très-fortes et des frottemens répété-s.
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aussi de l'enlever par lambeaux. 2°. A la suite de certaines inflammations, cette membrane prend une épaisseur et une opacité qui permettent de la distinguer de tous les organes voisins, de ceux même auxquels elle est le plus adhérente (1). 5°. Les bourses muqueuses des tendons sont tout aussi adhérentes que la membrane synoviale aux cartilages de leur gaîne et à cette gaîne elle-même; cependant tout le monde leur rcconnoît une existence isolée. 4°- 11 est des articulations à capsule fibreuse, qù les fibres écartées laissent entre elles des intervalles par où la synovie s'échapperoit, si la membrane synoviale ne les tapissoit. Lorsqu'on pousse de l'air dans l'articulation , on voit celle-ci se soulever à travers ces espaces, et présenter une texture toute différente de celle de la capsule. Berlin a fait cette observation ; mais il a cru que ces pellicules
(î) A la suite de certaines inflammations, il se dépose dans l'articulation un fluule aibumîneuxconcrescible, qui s'organise en fausse membrane et simule la synoviale épaissie; mais avec un peu d'attention on s'aperçoit facilement de la non-continuité de la synoviale avec la couche membraniforme qui revêt accidentellement le cartilage.
étoient isolées , et n'a point vu qu'elles dépeiv doient de la continuité de la membrane, qui se prolonge sur toute l'articulation. 5°. Nous avons observé, à l'article des Membranes séreuses, que l'aspect lisse et poli que présente la surface des organes des cavités leur est toujours donné par ces membranes, et que jamais ils ne l'empruntent de leur propre structure : or, nous verrons que la membrane synoviale a la même texture que les séreuses ; donc il paroît qu'aux endroits où les organes articulaires présentent ce caractère, c'est d'elle qu'ils le reçoivent, quoiqu'on ne puisse pas la distinguer aussi bien sur ces organes que %à où elle est libre. D'ailleurs les articulations évidemment dépourvues de cette membrane ne présentent point cet aspect lisse et poli. Telles sont les surfaces de la symphyse pubienne, de la symphyse sacro-iliaque, qui se trouvent, quoique contiguës, inégales, rugueuses, etc. Nous avons prouvé aussi que jamais cette forme organique n'est due à la compression.
XXTX. Si l'on ajoute à ces diverses considérations l'analogie indiquée de la synovie avec le fluide séreux, analogie qui prouve celle qui existe entre les deux sortes d'organes d'où s'écoulent ces fluides, on se convaincra facilement,
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je crois, que, malgré l'adhérence de la synoviale sur divers points, elle doit être considérée d'une manière exactement analogue à celle des membranes séreuses , c'est-à-dire comme une véritable poche sans ouverture, partout continue et déployée sur tous les organes de l'articulation (1). D'ailleurs , n'avons-nous pas vu les membranes fibro-séreuses présenter de semblables adhérences , quoique l'existence isolée des deux feuillets qui les composent soit Généralement avouée?
XXX. D'après l'idée que nous nous sommes formée de la membrane synoviale, il est facile de concevoir comment certains organes traversent l'articulation sans que la synovie s'échappe par l'ouverture qui les reçoit, ou par celle qui les transmet au-dehors. La membrane synoviale, alors réfléchie autour de ces organes , leur forme une gaine qui les sépare du fluide et les isole de l'articulation. Aussi le
(1) Encore une fois, la forme de poche sans ouverture ne peul donc, d'après ce que nous avons dit, s'appliquer aux synoviales; ces membranes présentent, au contraire , deux larges ouvertures au moins, dont le contour est adhérent intimement à ia circon
férence du cartilage articulaire.
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tendon du biceps n'est-il pas plus renfermé dans l'articulation du bras avec l'omoplate, que la veine ombilicale, l'ouraque , etc. , dans la cavité péritonéale. Avec la moindre attention , on parvient à 1 isoler de la portion de membrane qui forme sa gaine.
XXXI. Les considérations précédentes nous mènent aussi à trouver une identité parfaite entre les capsules muqueuses des tendons et les bourses synoviales. Dans l'exemple précédent , ces deux sortes de membranes sont évidemment continues ; car la capsule de la coulisse bicipitale est de même nature que celle des tendons, qui en ont une isolée, comme les fléchisseurs, par exemple.
§ II. Organisation intérieure de ta membrane synoviale
XXXII. Nous venons de voir que , par sa conformation extérieure, la synoviale appartient essentiellement à la classe des membranes séreuses ; elle doit aussi y être rangée par son organisation interne. Cette organisation est toute cellulaire, comme le prouvent la dissection, l'insufflation, et surtout la macération. La poche qui forme les ganglions n'est évidem-
ment qu'une production de l'organe cellulaire : or, on sait que cette poche exhale et contient un fluide semblable à la svnovie. Partout où la membrane synoviale est libre , elle tient en dehors à cet organe et se confond avec lui d'une manière si immédiate , qu'eu enlevant successivement ses différentes couches , on les voit se condenser peu à peu et s'unir enfin étroitement entre elles pour la former. De même que dans les membranes séreuses , aucune fibre n'y est distincte. Elle devient transparente lorsqu'on l'isole exactement des deux côtés, ce qu'il est aisé de faire au genou, dans une très-grande étendue.
XXXIII. Je ne reviendrai pas sur les diverses preuves qui ont établi la structure cclluleuse des membranes séreuses ; toutes ces preuves sont applicables aussi à la synoviale , qui paroît n'être qu'un entrelacement d'absorbants et d'exhalants. D'après cela , il est facile de concevoir ce que sont les paquets rou*geâtres et graisseux disséminés autour des articulations. Ils remplissent , à l'égard de cette membrane, les fonctions du tissu cellulaire abondant, qui enveloppe le péritoine, la plèvre 5 etc., etc. C'est là que les vaisseaux sanguins se divisent à l'infini avant d'arriver à la
membrane où leurs ramifications, succesivement décroissantes, se terminent enfin parles exhalants (1).
XXXIV. Si une rougeur remarquable distingue quelquefois ces pelotons d'avec le tissu cellulaire; c'est que les vaisseaux y sont plus concentrés, plus rapprochés. Par exemple, à l'articulation de la hanche , dont la membrane synoviale, presque partout adhérente, ne correspond que dans Téchancrure de la cavité cotvloïde à du tissu cellulaire, la nature y a entassé presque toutes les ramifications artérielles qui fournissent la synovie ; de là la teinte rougeâtre du paquet celluleux qu'on y rencontre (2).
(1) Celte opinion, dénuée de preuves, n'a aucune valeur scientifique. Les opinions , même celles des hommes d'un grand talent, n'ont d'importance qu'eu ce qu'elles doivent porter à les vérifier par l'expérience, c'est-à-dire les transformer en faits, si elles sont confirmées; ou on les rejette comme des erreurs, si l'expérience les démontre telles.
{9.) Il est facile de se convaincre cependant que ces paquets contiennent de la synovie; si, après les avoir bien essuyés sur un animal vivant, on regarde leur surface avec attention , on en voit sourdre de la
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Au contraire, au genou, où beaucoup de tissu cellulaire entoure toute la face externe du sac synovial, les vaisseaux, plus disséminés, laissent à ce tissu la même couleur qu'à celui de la face externe des membranes séreuses, etc. Cette rougeur de quelques prétendues glandes synoviales, seul caractère qui les distingue , ne leur est donc pour ainsi dire qu'accidentelle ; elle n'indique pas plus leur nature glanduleuse, qu'elle ne la prouve dans la pie-mère, où elle dépend de la même cause.
§ III. Forces vitales de 4a membrane synoviale.
XXXV. La sensibilité organique est le seul partage des membranes synoviales dans l'état ordinaire, comme me l'ont prouvé plusieurs essais sur les animaux vivants , où ces surfaces ont été mises à nu et irritées par divers agents. Mais l'augmentation de vie qu'y détermine l'inflammation, en exaltant cette sensibilité, la transforme en celle de la relation: c'est ce que
synovie. Sur les cadavres, en les pressant légèrement entre les doigts, on en exprime le même li fiuide.
l'on observe, i° dans les plaies où ces membranes sont exposées au contact de l'air ; 2° lors de l'irritation prolongée qu'elles éprouvent de la part des corps étrangers accidentellement développés dans l'articulation ; 3° dans les diverses affections des surfaces articulaires, etc.
XXXVI. Ce mode de sensibilité des membranes synoviales sert à confirmer ce que j'ai déjà établi plus haut ; savoir, que la plupart des articulations, les ginglymoïdales surtout , sont dépourvues de capsules fibreuses. En effet, j'ai fait observer que les capsules, ainsi que les ligaments latéraux, ont un mode de sensibilité de relation , qui se développe dans l'état sain par les tiraillements qu'on leur fait éprouver. Voilà pourquoi, si l'on met à découvert dans un animal une articulation ginglymoïdale, que l'on enlève tous les organes voisins, excepté la synoviale et les ligaments latéraux, et que l'on torde ensuite l'articulation, l'animal donne les signes de la plus vive douleur. Maiscoupe-t-on ensuite les ligaments, en laissant seulement la synoviale , la torsion n'est plus sensible , et l'on peut impunément distendre , déchirer l'articulation. Donc il n'y avoit point de capsule fibreuse jointe à la synoviale.
XXX VII. Cette expérience, facile à répéter
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sur les membres antérieurs ou postérieurs , peut servir à y reconnoître partout les articulations où existe une membrane synoviale seule, et celles où s'y trouve jointe une capsule fibreuse. Celle-ci , étant de même texture que les ligaments latéraux, détermine les mêmes douleurs lorsqu'on la tiraille , comme le prouvent d'ailleurs des expériences faites sur les articulations revêtues de ces capsules.
XXXVIII. L'évacuation des hydropisies articulaires du genou, à la suite desquelles la membrane synoviale revient sur elle-même, l'absorption habituelle de ces membranes , prouvent leurs forces toniques , qui d'ailleurs n'ont rien de particulier dans leur développement.
§ IV. Fonctions de la membrane synoviale.
XXXIX. La synoviale paroîtabsolumentétrangère à la solidité de l'articulation ; les capsules fibreuses et les ligaments latéraux remplissent seuls cet usage. La surface lisse que les extrémités articulaires empruntent de cette membrane favorise leurs mouvements ; elle peut même, sous ce rapport, aider à l'action musculaire : ainsi les portions de synoviale qui se trouvent au genou derrière le crural, au coude
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sous le triceps , aux phalanges sous les fléchisseurs , etc. , remplissent à l'égard de ces muscles les fonctions des bourses muqueuses; elles sont à leurs tendons ce qu'est à celui du psoas et de l'iliaque la poche cellulaire, qui la sépare de l'arcade crurale , etc.
XL. Le principal usage de la membrane qui nous occupe est relatif à lasynovie; elleexhale par une foule d'orifices ce fluide, qui y séjourne quelque temps, et rentre ensuite par absorption dans la circulation. Ses parois sont donc le siège de l'exhalation, comme le rein, par exemple , est celui de la sécrétion de l'urine. Le réservoir du fluide exhalé, c'est le sac sans ouverture qu'elle forme, comme la vessie est celui de l'urine venue du rein. Los vaisseaux excréteurs de ce même fluide, ce sont les absorbants, qui les rejettent dans la masse du sang , comme l'urètre transmet au-dehors l'urine de la vessie. Il y a sous ces divers rapports , plus d'analogie qu'il ne le semble d abord , entre la sécrétion et l'exhalation (i).
XLT. Les phénomènes du séjour de la sy-
(1) Je n'ai pas besoin de faire remarquer que celle comparaison est forcée et sans utilité.
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hovie dans ce réservoir membraneux sont relatifs à elle-même ou aux surfaces articulaires. Les premiers consistent dans une altération particulière , mais inconnue , qu'elle subit entre les systèmes exhalant et absorbant. Les seconds concourent à faciliter les mouvements articulaires. L'enduit onctueux et glissant que les surfaces reçoivent de la synovie est singulièrement propre à cet usage.
ARTICLE III
XLII. Après avoir indiqué en général la disposition de la membrane synoviale, il faut en décrire le trajet sur les diverses articulations où elle se déploie. La forme générale indiquée cidessus reste toujours la même; c'est toujours un sac sans ouverture . embrassant les divers organes articulaires. Mais, suivant que ces organes sont plus ou moins nombreux, plus ou moins rapprochés, écartés, etc., elle offre des variétés que nous allons rechercher, il n'est pas inutile, auparavant, de retracer rapidement la classification des articulations, afin de pouvoir distribuer nos descriptions plus méthodiquement.
XL11I. J'observe que je me servirai, pour
exprimer chaque articulation, d'une expression composée du nom des os qui concourent à la former; ainsi, au lieu de cette expression : articulation de l'humérus avec l'omoplate , je dirai : articulation scapulo-kumêrale. Cela évitera des circonlocutions, et la nomenclature nouvelle, qui , dans plusieurs autres parties, surcharge de mots le langage anatomique, servira ici à l'en débarrasser. J'emploierai ici quelquesunes des bases adoptées par M. Chaussier.
§ I". Division générale des articulations.
XL1V. Les articulations peuvent être envisagées sous un double point de vue : 1 ° dans l'ordre de leur position à la tête , au tronc , aux membres ; 2° suivant l'ordre des classifications nombreuses auxquelles on les a assujetties. La seconde méthode me paroît préférable , parce qu'en rapprochant les unes des autres les articulations dont la structure est analogue , elle nous mettra à même de présenter, outre la description de leur membrane synoviale, quelques vues sur les rapports généraux de leurs fonctions.
XLV. Toutes les articulations se rapportent à deux classes générales. La mobilité est le ca-
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ractère de la première , l'immobilité celui de la seconde. L'une appartient aux os locomoteurs des membres et du tronc, à certains os qui servent aux fonctions internes, tels que la mâchoire et les côtes , etc. L'autre se rencontre spécialement dans les os dont l'ensemble forme des cavités destinées à garantir des organes essentiels. La tête et le bassin en offrent un exemple.
XLVI. La classe des articulations mobiles renferme deux genres, dont les caractères sont tirés des mouvements, tantôt faciles à exécuter en tous sens , tantôt bornés à certains. Ce sont les articulations , 1 ° mobiles et vagues ; 20 mobiles et bornées.
XLVII. Dans le genre des articulations mobiles et vagues se trouvent trois espèces, dont le caractère se tire des surfaces osseuses qui les forment, et qui sont, ou contiguës et libres, ou contiguës et serrées les unes contre les autres , ou continues entre elles par une substance intermédiaire. i°. La mobilité est l'apanage de la première espèce, toujours placée à la partie supérieure des membres , où elle retire de cette situation un double avantage. D'un côté, très-éloignée delà partie du membre immédiatement en butte à l'action des corps extérieurs, file échappe plus facilement aux
JOO MEMBRANE
luxations, auxquelles la dispose son peu de solidité. D'un autre eôté, elle peut imprimer au membre des mouvements généraux, qui suppléent à ceux des articulations inférieures, dont la solidité exclut la mobilité en tous sens. C'est l'articulation non-seulement des os qui la forment , mais encore du membre qu'elle meut en totalité. L'énarthrose du fémur et de l'humérus est un exemple de cette disposition. 2°. La seconde espèce est remarquable par sa solidité; aussi la rencontre-t-on aux endroits du membre où s'exerce immédiatement l'effort des agents extérieurs, tels que le tarse , le métatarse , le carpe, le métacarpe, etc. 5°. La mobilité et la solidité réunies caractérisent la troisième, qui se trouve dans les organes destinés , comme les vertèbres . au double usage de garantir une partie importante et de servir à la locomotion.
XLYIII. Au genre des articulations mobiles et bornées se rapportent deux espèces caractérisées aussi par les surfaces osseuses , qui sont, i° inégales, à éminences et enfoncements réciproquement reçus les uns par les autres ; 2° uniformes et à une seule direction. L'une, destinée à la flexion et à l'extension, occupe le milieu 'les membres , se trouve au coude, au genou ,
SYNOVIALE. )()1
aux doigts, etc. L'autre, plus propre à la rotation latérale , se voit à l'avant-bras, à la seconde vertèbre.
XL1X. La classe des articulations immobiles renferme trois genres, caractérisés par le mode d'union des surfaces osseuses qui se trouvent, i° juxta-posées, 2° engrenées, 5° implantées. Le premier genre se rencontre là où le seul mécanisme des parties suffît presque pour assurer la solidité des os. Ainsi les os maxillaires enclavés entre les pommettes, lesunguis, l'ethmoïde, les palatins, levomer, lecoronal, sont soutenus plus par le mécanisme général de la face , que par les liens articulaires qui les unissent l'un à l'autre, et qui permettroient un facile déplacement. On trouve le second genre là où l'influence du mécanisme général étant moindre, il faut que la solidité de l'articulation y supplée : ainsi les deux pariétaux sont fixés entre eux et par le mécanisme du crâne, dont tous les os s'arcboutent, et par leur engrenure réciproque. Enfin, le troisième genre s'observe là où le mécanisme de la partie étant nul, la solidité de l'os est toute due à l'articulation. Les dents nous offrent un exemple de cette disposition.