‹ Traité des méthodes techniques de l'anatomie microscopique; histologie, embryologie et zoologieChapitre 21 sur 138 · ALCOOL FORT A DILUER · texte numérisé non relu

ALCOOL FORT A DILUER

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88. Alcool absolu. — Se trouve dans le commerce. Difficile à préparer, il est également difficile à conserver, parce qu'il est très hygrométrique. Fol recommande de le conserver dans des flacons à double fermeture, et d'y ajouter quelques morceaux de chaux vive. L'addition de cette substance serait utile, non seulement pour maintenir le titre de l'alcool en absorbant à mesure l'eau qui peut s'y introduire, mais aussi pour neutraliser les acides qui se trouvent presque toujours présents dans l'alcool du commerce. Je crois devoir ajouter à cela que l'alcool du commerce, s'il est souvent acide, est aussi très souvent alcalin.

Nous avons rencontré la recommandation d*y suspendre des bandes de gélatine, ce qui sufûrait non seulement à le maintenir absolu, mais même à le rendre tel. C'est possible, mais il ne faudrait pas oublier que par ce moyen on risquerait de le rendre en même temps acide.

Ranvier a introduit dans son laboratoire la méthode suivante pour préparer soi-même un alcool suffisamment < absolu » pour tous les usages pratiques. On prend un flacon à large goulot et de la contenance d'un litre, et on le remplit aux trois quarts d'alcool ordinaire fort. On y verse alors une certaine quantité de sulfate de cuivre calciné, en poudre, on ferme vite le flacon et Ton agite. On laisse en contact pendant un jour, en agitant de temps à autre. Puis on décante et Ton répète l'opération avec une nouvelle dose de sulfate de cuivre. Dès qu'en ajoutant une nouvelle portion de sulfate de cuivre calciné, on n'obtient pas de bleuissement de ce sel, et qu'en mêlant une goutte de l'alcool à une goutte de térébenthine on n'obtient pas de gouttelettes d'eau visibles au microscope, on peut estimer que l'alcool est suffisamment anhydre pour tous les usages ordinaires.

Pour préparer le sulfate de cuivre, on prend du sulfate de cuivre ordinaire (CuSO^ + 5Aq), on le réduit en poudre, et on le chauffe au rouge pour chasser l'eau de cristallisation.

Nous faisons observer que pour les fixations on fait bien d'être extrêmement exigeant quant au titre de l'alcool.

Pour les fixations, il faut avoir soin d'employer une proportion très grande d'alcool. Les pièces fixées ne doivent pas être conservées dans l'alcool absolu, qui les rendrait cassantes, mais dans l'alcool à 90 p. 100 environ. Et il est même bon de ne pas les laisser trop longtemps dans ce dernier, si Ton veut obtenir de bonnes colorations nucléaires. Comme colorant des objets traités par l'alcool absolu, on peut employer le picro-carminou le carmin à l'alun, ou le vert de mélhyle.

Ce réactif est naturellement très pénétrant. Cette propriété fait qu'il est fort utile pour la conservation de certains organismes qui se trouvent être parmi les plus imperméables. Ainsi Mayer trouve que l'alcool absolu et bouillant est le seul réactif qui permette de flxer

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certains Arthropodes assez rapidement pour éviter la macération des parties internes, macération qui a lieu lorsqu'on emploie Talcool ordinaire et froid, qui pénètre avec une trop grande lenteur (surtout chez les Trachéates). Pour les Spongiaires et les larves de ce groupe, c'est apparemment l'alcool absolu qui fournit les pièces le mieux conservées.

89. Alcool au tiers {allemand: Drittelalcohol ; Ranviersche Alcohol dllutus; anglais : One-third alcohol ; italien : Alcool al terzo). — (Ranvier, Traité technique d'Histologie, 241 eipassim.) Cet alcool est composé de 2 parties d'eau et de 1 partie d'alcool à 36** Cartier (= environ 39^ Baume). Puisque l'alcool à 36*^ Cartier ou 39® Baume contient 89, 6 p. 100 d'alcool absolu, il s'ensuit que l'alcool au tiers contient un peu plus de 30 p. 100 d'alcool absolu. Nous recommandons de le titrer soigneusement, car les eflets peuvent dépendre en grande partie du degré de dilution. (Voy. le tableau du numéro 87.)

L'action de ce réactif est très peu énergique et partant laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la conservation. Les noyaux surtout sont conservés d'une façon tout à fait insuffisante. Il ne durcit même pas toujours suffisamment pour permettre aux tissus de résister au ratatinement causé par l'emploi subséquent d'alcools plus forts. C'est donc surtout pour les préparations exteynporanées, et comme moyen commode de préparer des organes pour la dissociation, qu'il peut rendre des services. On peut laisser les objets jusqu'à vingtquatre heures dans cet alcool, mais pas davantage, à moins qu'on ne désire produire la macération des tissus. On peut colorer avec le picro-carmin, le carmin aluné ou le vert de méthylë.

90. Alcool acidulé (Paul Mayer, Mitth. Zool. Stat. Neapei, II, 1881, p. 7). — On ajoute 3 volumes d'acide chlorhydrique pur à 97 volumes d*alcool à 90 degrés dans lequel on a préalablement fait dissoudre un peu d'acide picrique. On ne doit y laisser les objets que juste le temps nécessaire pour assurer la pénétration de Talcool. Ensuite on lave dans de Talcool pur à 90 degrés jusqu'à ce que la coloration jaune de Tacide picrique ait disparu, ce qui est un signe que facide chlorhydrique a également élé éloigné.

Ce mélange ne remplit pas l'office d'un fixateur histologique proprement dit, vu qu'il ne conserve pas suffisamment bien les éléments ; il sert pour la préparation des pièces qu'on désire conserver dans l'alcool pour Tétude et la dissection macroscopiques. L'addition de l'acide chlorhydrique a pour bot de prévenir le collage des organes par les liquides périviscéraux qui est la suite ordinaire de l'action de l'alcool pur ; et aussi de prévenir la précipitation à la surface des organes des sels de l'eau de mer, circonstance qui met obstacle à la pénétration de l'alcool lui-même, puis à celle des liquides destinés à la coloration.

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Whitman fail observer que ce mélange perd ses propriétés après avoir été gardé quelque temps, la présence de Tacide donnant lieu à la formation de certains éthers. Il ajoute qu'on peut prendre de Talcool à 10 degrés pour les lavages.

91. Alcool pour les durcissements. — Pour la manière d'employer Talcoolpour les durcissements prolongés, voy. au numéro 33.

L^alcool qu'on emploie le plus souvent pour les durcissements est soit à 90, soit à 98^. L'alcool absolu est en général moins avantageux sous le rapport de la bonne conservation des tissus. Il ne faut pas négliger de commencer par des alcools faibles, pour passer ensuite graduellement aux degrés plus forts. Pour des objets bien fixés, l'alcool à 70 p. 100 est un excellent liquide à employer en premier lieu. De petits fragments de tissus perméables, comme les muqueuses, peuvent être durcis suffisamment en vingt-quatre heures; la moelle et le cerveau demandent de longues semaines.

Nous pouvons dire de l'alcool que, employé seul, il est en général de beaucoup inférieur à la plupart des autres réactifs durcissants : mais que, employé pour faire suite à un bon fixateur et en compléter Faction, il rend des services inappréciables.

92. Pyridine (de Souza, Comptes rend. hebd. Soc. de BioL, 8« sér., IV, n^ 35, p. 622). — La pyridine agit en même temps, d'après de Souza, comme durcissant, comme déshydratant et comme éclaircissant. Elle durcit vite. Puisque cette substance est un dissolvant des graisses, il semblerait qu'elle ne puisse avoir en histologie qu'application restreinte.

93. Formaline ou formol. — L'aldéhyde formique, HGHO, produit de l'oxydation de l'alcool méthylique, est un gaz qui se dissout dans l'eau jusqu'à 40 p. 100. Sa solution concentrée se trouve dans le commerce. Elle est livrée par la maison Schering (adr. Schering's Griine Apotheke, Wittickund Benkendorf, 19, Ghaussée-Strasse, Ber-' lin, N.) sous le nom de c Formaline », et par la fabrique de teintures < vormals Meister, Lucius u. Brûning », à Hôchst am Main, sous le nom de c Formol ».

Il a été découvert d'une façon indépendante par F. Blum (Zeit. f. wiss. Mik.y X, 3, 1893, p. 314) et par Hermann (Anat. Anz., 11 déc, 1893, p. 112) que cette substance possède des propriétés durcissantes et conservatrices remarquables.

Blum a expérimenté avec du formol allongé de 10 volumes d'eau (donc de 4 p. 100 d'aldéhyde formique). Il a trouvé que ce liquide pénétrait très bien et durcissait des pièces volumineuses telles que foie, reins, cerveau, plus rapidement que l'alcool, et qu'après dés-

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hydratation et inclusion à la celloïdine, les coupes se montraient bien conservées et susceptibles de belles colorations par Thématoxyline et par les couleurs d'aniline.

Hermann a employé une solution de 0,5 à 1 p. 100 de < formaline » de Scherîng (je pense qu'il entend dire une solution de formaline allongée d'eaujusqu'àcontenir de 0,3 à 1 p. 100 d'aldéhyde formique). Il a trouvé que cette solution durcit un organe tel qu'un cœur de veau parfaitement en douze à vingt-quatre heures. Les organes durcis conservent à peuprès la transparence de la vie. Un œil peut être durci en vingt-quatre heures de telle sorte qu'avec un rasoir on peut le couper en deux comme une pomme ; et après cinq mois dans la solution on peut encore lire des caractères imprimés à travers la cornée et le cristallin. Les pigments ne sont pas décolorés. Au point de vue de la fixalion proprement dite, Hermann trouve que la formaline ne fixe ni mieux ni moins bien que les fixateurs ordinaires. L'inconvénient qu'il lui trouve pour les travaux histologiques, c'est que le traitement ultérieur par l'alcool agit d'une façon délétère sur les tissus. Il faudrait donc trouver le moyen d'écarter cet inconvénient pour rendre la formaline propre aux travaux histologiques ; il serait d'ores et déjà acquis qu'elle a pour la conservation de pièces destinées aux musées une certaine supériorité sur Talcool ; elle ratatine moins, conserve les couleurs naturelles et elle est meilleur marché (1 kilogramme coûte de 4 à S marks et fournit 40 litres de liqueur conservatrice). (Au sujet de l'emploi pour les musées, voyez aussi J. Blum, ZooL Anz., 1893, p. 450.)

Weigert {Anat. Ergebnisse, 1893, p. 6) a trouvé que des organes de l'axe cérébro-spinal durcis dans le formol peuvent être mordancés avec des sels de chrome et fournir des imprégnations par la méthode de Golgi.

Lavdowsky {Anat. Jlefte, IV, 3, 1894, p. 355 ; Zeit. f. wiss. Mik.y XI, 4, 1894, p. 507) trouve que le formol fixe très bien les noyaux, mais vacuolise le protoplasme. Combiné avec l'alcool, il donne de meilleurs résultats, d'où les deux formules suivantes :

(1) Eau distillée 20 parties.

Alcool à 95 p. 100 10 —

Formol 3 —

Acide acétique cristallisable 0,5 —

(2) Eau distillée 30 —

Alcool à 95 p. 100 15 —

Formol 5 —

Acide acétique cristaUisable 1 —

ANAT. MICROSC. £»

GiLSON (m litt,) a trouvé à peu près la même chose. « Jusqu'à présent, m'écrit-il, il a trouvé qu'employé seul (à 2 p. 100, 5 p. 100, 10 p. 100), c'est un fixateur énergique, assez pénétrant, mais qui déforme notablement. »

Strong {Anat. Anz.^ X, n? 15, 1895, p. 494) a trouvé que la formaline peut être substituée avec avantage à l'acide osmique dans le mélange osmio-bichromique de la méthode d'imprégnation de Golgi. (Pour des tissus embryonnaires cependant, le mélange à la formaline serait inférieur au mélange à l'acide osmique, parce qu'il ne durcit pas suffisamment.) Il ajoute à la solution de bichromate 2,5 à S p. 100 de formaline.

Van GiESON {ibid,) a trouvé que la formaline à 4, 6, 10 p. 100 (je pense qu'il veut indiquer le pourcentage d'aldéhyde formique) donne une excellente fixation pour la moelle épinière, le cervelet et l'écorce cérébrale de l'homme. On peut appliquer à du matériel ainsi préparé les méthodes de coloration de Weigert, de Rehm et de Niss'l.

DuRiG (Anat. Anz., X, n** 20, 1895, p. 659) a également substitué la formaline à l'acide osmique dans le mélange d'acide osmique et bichromate de potasse du procédé d'imprégnation au chromate d'argent de Golgi et Ramôn y Gajal. Il recommande un mélange contenant 3 p. 100 de bichromate et 4 à 6 p. 100 d'aldéhyde formique (donc 3 p. 100 de bichromate dissous dans de la formaline allongée de 6 à 10 volumes d'eau). Il pense que la formaline pénètre mieux que l'acide osmique, et ne rend pas les tissus aussi cassants. L'imprégnation paraît être plus certaine qu'avec le mélange de Golgi, et paraît démontrer une plus grande richesse d'éléments nerveux.

HoYERJun. {Anat. Anz,, IX, 1894, Ergànzungshefi, p. 236; Zeit, f, wiss. Mik,, XII, I, 1895, p. 28) a eu avec des solutions diluées (de 1-10 ou 1-100) de mauvais résultats. Avec la solution concentrée, il en a eu de bons, les tissus paraissaient mieux conservés que par le sublimé. Après quelques heures de fixation, il durcissait dans l'alcool et enrobait à la paraffine.

Reimar {Fortschr. d. Med., XII, 1894, n*» 20, p. 773 ; Zeit. f. wiss. Mik. XII, 1, 1895, p. 29) a fait des essais comparatifs avec le formol, le sublimé, l'alcool absolu et le mélange de Hermann. Il a employé des solutions à 10 et à 4 p. 100. Ces deux solutions ont donné des résultats sensiblement identiques. Il a trouvé que de ces quatre réactifs, c'est le formol qui pénètre le mieux, et qui donne en général les fixations les plus fines, surtout du cytoplasme. Il conclut que le formol est un des fixateurs les plus fidèles qui existent. 11 a une action

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très rapide, mais durcit peu ; et il a Tavantage qu*on peut y laisser les pièces très longtemps sans qu*elles soufTreat.

Lachi {Monit. Zool. liai, V, 1895, p. 15 ; Zeit. f. wiss. Mik., XII, 1, 1895, p. 33) a trouvé que le formol, en solution faible ou en solution forte, a une action très délétère sur le tissu conjonctif, dont il dissout la substance fondamentale, et sur les muscles, les muscles striés y perdant leur striation et se ratatinant. (Reimar [L c.) dit au contraire que chez les muscles striés, il y a une absence presque totale de ratatinement.) Mais pour le tissu nerveux et épithélial Laghi trouve que le formol est admirable.

J'ai essayé moi-même de substituer le formol (concentré ou peu dilué) à la solution d'acide osmique des mélanges de Flemmino et de Hermann, et je m*en suis bien trouvé. Je ne Tai pas essayé pur : mais il semblerait déjà que cette substance doive se montrer plutôt utile comme durcissant que comme agent fixateur, et plutôt en mélange que pur.

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