CHAPITRE VI DES TEINTURES
94. Des diverses sortes de teintures. — Les colorations hîstologiques peuvent se diviser en deux groupes : les colorations générales (ou diffuses), et les colorations électives (ou sélectives).
Nous appelons coloration générale, une coloration qui intéresse également dans leur totalité tous les éléments anatomiques d^une préparation.
Nous appelons coloration élective, une coloration qui n'intéresse que quelques-uns de ces éléments, les autres demeurant incolores ou se colorant d'une autre façon que les premiers. C'est cette différenciation des éléments hislologiques par la couleur qui est le but principal pour lequel on emploie des réactifs colorants dans la pratique de Tanatomie microscopique.
Les colorations électives se laissent diviser en deux groupes : il y a l'élection histologique et l'élection cytologique. Dans l'élection histologique, la coloration se porte avec élection sur tous les éléments appartenant à un tissu donné, les autres éléments histologiques de la préparation demeurant incolores, ou du moins se colorant d'une autre façon ; exemple : coloration des terminaisons nerveuses par le chlorure d'or ou par le bleu de méthylène. Les colorations de cette sorte s'appellent aussi colorations spécifiques.
Dans l'élection cytologique, au contraire, la coloration se porte avec élection sur l'un des éléments cytologiques des cellules de tous les tissus de la préparation, c'est-à-dire qu'elle choisit soit les noyaux en général ou un élément des noyaux, soit le cytoplasme ou un élément du cytoplasme, son réticulum, son enchylème, ses granulations ou autres enclaves. La première de ces colorations cytologiques s'appelle coloration nucléaire, la seconde, coloration plasmatique. Ce sont les teintures nucléaires qui sont, en anatomie
microscopique générale, la classe la plus importante de colorations. Car, la plupart du temps, c'est surtout en vertu de leurs propriétés d'élection pour la substance nucléaire que les teintures rendent des services à Tanatomiste. Il s'en sert quelquefois à titre de réactifs chimiques, comme cela arrive, par exemple, lorsqu'il fait usage du vert de métbyle pour déceler la présence de la nucléine, ou pour constater son absence, dans une structure quelconque ; de semblables réactions jouent un rôle considérable dans les études cytologiques. Mais, le plus souvent, le point de vue chimique est relégué àTarrièreplan, et tout ce que l'anatomiste demande aux teintures, c'est de lui fournir des jalons indiquant les centres histologiques des tissus. Ces jalons, qui sont des noyaux vivement colorés, attirent le regard, qui peut ensuite déchiffrer avec aisance les contours et les rapports des éléments auxquels ces centres appartiennent ; et Ton préfère en général que tout ce qui est en dehors des noyaux reste incolore pour ne rien enlever à la transparence des préparations. Les colorants à action diffuse, que nous avons dit être ceux qui se portent sur la totalité des éléments des tissus aussi bien que sur les noyaux, sont aujourd'hui de plus en plus abandonnés. Ainsi, Téosine, qui fut jadis un colorant extrêmement en vogue, ne s'emploie guère plus comme réactif normal, parce qu'elle fournit des colorations diffuses et inacceptables. De pareils réactifs ne s'emploient plus que dans ces cas tout à fait spéciaux, soit pour teindre fortement des membranes qui resteraient invisibles par suite de leur grande ténuité si on ne les colorait pas, soit, quelquefois, en combinaison avec un colorant nucléaire, pour rendre le même service à l'égard d'autres éléments des préparations.
Les colorants plasmatiques électifs, au contraire, sont de la plus grande utilité pour certaines recherches spéciales et il devient tous les jours plus évident que pour les études cytologiques ils sont indispensables.
95. Les deux méthodes de teinture. — Dans la pratique, on cherche à réaliser des colorations électives de deux manières qui reposent sur des principes opposés. Ce sont la méthode directe^ ou méthode de la teinture progressive; et la méthode indirecte, ou méthode de la teinture régressive. Dans la première, on fait usage de teintures électives, c'est-à-dire de couleurs qui ont une affinité spéciale pour les éléments qu'on désire mettre en relief et les colorent plus rapidement que les autres éléments de la préparation ; on interrompt la coloration et on procède au lavage et à la fixation de la cou-
leur au moment où celle-ci a été suffisamment absorbée par les éléments à colorer sans avoir encore envahi les autres. G*est la méthode ordinaire des colorations histologiques. Elle présente deux grands avantages : elle permet de colorer en bloc des pièces volumineuses, car le progrès de la teinture n'exige pas un contrôle minutieux ; et elle permet l'emploi des couleurs les plus stables. C'est la méthode des colorations ordinaires par le carmin et l'hématoxyline. Nous indiquerons plus loin les couleurs dont l'emploi rentre dans cette catégorie.
Dans l'autre manière de réaliser des colorations électives, ou méthode régressive, on ne cherche pas à produire une localisation directe de la couleur sur les éléments à colorer, en faisant usage de couleurs qui teignent ces éléments plus rapidement que ceux que l'on désire épargner ; mais on produit d'abord une coloration générale de tous les éléments et l'on cherche ensuite à enlever par des lavages la couleur absorbée par les éléments que l'on désire épargner. C'est la méthode de coloration suivie de décoloration, que nous pratiquons si souvent sous forme de teinture au carmin boracique ; c'est aussi la méthode connue sous le nom de procédé de Flemming. C'est le contre-pied exact de la première méthode ; dans celle-ci, on interrompt la teinture avant qu'elle ait intéressé les éléments à épargner ; dans l'autre, on interrompt les lavages avant qu'ils aient intéressé les éléments dont on désire conserver la coloration. On pourrait appeler la première la méthode de coloration interrompue ; la seconde, la méthode de décoloration interrompue. Celle-ci s'emploi surtout pour la coloration de coupes. Elle ne s'applique que dans des cas plutôt exceptionnels (carmin boracique) aux pièces volumineuses, car elle exige en général que la décoloration soit surveillée de près ; elle trouve son application la plus importante dans les recherches cytologiques. Elle a Tavange de fournir des colorations nucléaires d'une extrême précision, et, ce qui est encore plus important, de permettre d'utiliser des couleurs produisant leur effet sur des tissus qui ont été fixés par des réactifs, tels que l'acide chromique, qui font obstacle à la coloration directe par les colorants ordinaires. Nous donnerons dans le chapitre ix des instructions détaillées pour l'emploi des couleurs d'aniline en teinture régressive.
Ces deux méthodes peuvent se combiner. Si, par exemple, nous avons cherché à arriver à une coloration nucléaire par voie directe avec le picro-carmin, et que, n'ayant pas interrompu la coloration à temps, nous avons laissé s'établir une coloration diffuse, nous pouvons cependant arriver à la localisation voulue en procédant à la
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décoloralion des éléments extra-nucléaires par le lavage avec une solution faible d'acide chlorhydrique, lavage que nous aurons soin d'interrompre avant qu'il ait intéressé les noyaux.