Méthode générale de Ranvier au nitrate d'argent
Nous empruntons au Traité technique de Ranmer (p. 105) les généralités suivantes sur l'emploi du nitrate d'argent.
Le nitrate d'argent peut être employé en solution ou à l'état solide. Ce dernier procédé, qui est le moins usité, est cependant d'une application simple, et fournit de bonnes préparations. On s'en sert avec avantage pour la cornée et le tissu fibreux ; il ne convient pas pour les épithéliums.
Pour la cornée par exemple, voici comment on procède : l'œil étant enlevé, un morceau de nitrate d'argent est passé rapidement sur la surface antérieure de la membrane restée en place. La cornée est détachée et placée dans l'eau distillée ; l'épithélium est chassé avec le pinceau. Le nitrate d'argent, dissous par le liquide qui baigne la
cornée, a Iraversé la couche épithe'liale et est venu se réduire sur le tissu fibreux, qu'il colore après l'action de la lumière. Les cellules, au contraire, sont ménagées par Targent et restent incolores.
Le nitrate d'argent est plus fréquemment employé en solution. On fait généralement usage de la solution à 1 centième, à laquelle cependant on ajoute 2, 3 ou 4 parties d'eau, selon les cas. Pour se servir de ces solutions, il y a plusieurs méthodes; il faut les suivre exactement et employer toutes les précautions indiquées, si l'on veut éviter les erreurs.
Ainsi pour une membrane telle que l'épiploon, il faut la tendre, comme la peau d'un tambour, sur un baquet de porcelaine (ou, ce qui est mieux, sur les < anneaux histôlogiques > des Hoggan*), et l'arroser avec une pipette remplie d'eau distillée pour la nettoyer des albuminates et des globules blancs qui peuvent être à sa surface ; puis on l'arrose avec une solution de nitrate d'argent. Pour obtenir des imprégnations vives, il est nécessaire que cette opération se fasse au soleil ou du moins à une lumière éclatante. Dès que le tissu blanchit et qu'il commence à passer au gris noirâtre, la membrane est détachée et portée dans l'eau distillée ; après avoir été lavée, elle est placée immédiatement sur la lame de verre et peut être examinée ou Innontée en préparation définitive selon les méthodes connues.
Si on la laissait séjourner dans l'eau distillée, les cellules se détacheraient et on ne les verrait plus.
Si la membrane n'était pas bien tendue, l'argent se déposerait non seulement dans les espaces intereellulaires, mais partout où il y aurait le plus léger pli, et l'on ne pourrait plus se rendre compte de la forme des cellules.
Enfin, si la membrane n'était pas arrosée avec de l'eau distillée avant de l'imprégner, partout où il y aurait eu un fragment d'albuminate, il se formerait un dépôt d'argent, et l'on croirait voir quelque disposition normale du tissu. C'est ainsi bien souvent que des stomates ont été décrits, tandis que ce n'étaient que des impuretés de la préparation.
* Les anneaux ou tambours histôlogiques imaginés par les IIoggan sont des anneaux de caoutchouc légèrement coniques qui entrent à frottement Tun dans l'autre et permettent facilement de pincer et maintenir tendue une portion de membrane pendant toutes les manipulations. On trouvera une description de ce petit appareil très utile dans le Journal de VAnatomie de Robin, 1879, p. 54. L'appareil est fourni par Burge and Warrex, 42, Kirby street, Hatlon Garden, London, E. C, à raison de 10 shillings les douze paires. On en trouvera également, construits d'après les indications d'ETERNon (Zeit. f, wiss. Mik., IV, 1, 1887, p. 39) chez Demaurex, bandagiste, Fusterie, Genève*
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On peut modifier la marche à suivre pour les imprégnations, à condition d'observer les précautions nécessaires pour éviter les causes d'erreurs que nous avons indiquées. Ainsi, au lieu de tendre un tissu et de Tarroser, on peut l'imprégner par immersion, en ayant soin de Yagiter continuellement dans la solution et en faisant bien attention qu'il ne se forme pas de plis dans la préparation.
Ces imprégnations ne réussissent qu'avec des tissics frais, c'est-àdire qui n'ont été traités par aucun réactif.
210. Solutions àr employer. — Les solutions de nitrate d'argent doivent être d'une certaine concentration, qui peut varier selon les cas, mais qu'il est important de connaître. < Si la solution est trop faible, par exemple à 1 p. 800 ou 1 p. 1000, ou si la lumière n'est pas vive, il se produit une coloration plus ou moins forte de l'ensemble des tissus, et tout autrement répartie que l'imprégnation. Ce sont les noyaux des cellules qui sont le plus colorés, puis le protoplasma, tandis que la substance intercellulaire ne contient que très peu d'argent. » (Ranvier.)
Les solutions employées par Ranviër varient entre 1 p. 300 et 1 p. 500. La concentration de 1 p. 300 sert pour l'épiploon, Tendothélium pulmonaire, le cartilage et les tendons, tandis que la solution à i p. 800 s'emploie pour le centre phrénique et pour Tépithélium intestinal. Pour l'imprégnation de l'endothélium des vaisseaux sanguins par voie d'injection, Ranvieu prend des solutions de 1 p. 800 ou 1 p. 800.
Y. Reorlinguausen prenait, pour la cornée, une concentration variant «ntre 1 p. 400et-4 p. ^00 (I>ie Lymphgefœsse, etc., Rerlin, 18(52, p. 8).
RoBïNSKi {Arch, de Physiol., 1869, p. 481) se sert de solutions variant entre 0,1 et 0,2 p. 100, qu'il laisse agir pendant trente secondes.
Reicu {Siizher, d. Wien. Acad,, 1873,111 Abth, Aprilheft: Gïerrk, ZeiLf, Wiss, Mik., I, p. 397) emploie, pour l'étude de Fendothélium des vaisseaux par injection, des solutions de 1 p. 600 à 1 p. 400.
Rouget {Arch. de PhysioL, 1873, p. 603) employait des solutions diluées jusqu'à 1 p. 780 ou 1 p. 1000, qu*il faisait agir à plusieurs reprises pendant trois à cinq secondes, en lavant par l'eau après chaque immersion.
Les Hertwig prennent, pour les animaux marins, une solution à 4 p. 100 {Jen. Zeitsch. f. NaL, XVI, p. 313 et 324: Gierke, loc. cit.).
Les Hoggan [Jowm. of Anal, and Physiol., XV, 1881, p. 477) prennent, pour les lymphatiques, une concentration de 1 p. 100.
TouRNEuxet HERMANN(yott^7iaZrf<?i'.lna/omee,1876, p. 200) se sont
servis, dans leurs belles recherches sur les épithéliums des Invertébrés, de solutions à 3 millièmes ; quelquefois de solutions plus faibles. Ils laissaient les tissus dans les solutions pendant une heure, puis les lavaient avec de Talcool à 36 degrés B.
DuvAL {Précis, p. 229) recommande, pour l'emploi général, des solutions de 1 centième, de 2 centièmes et quelquefois 3 centièmes.
HoYER {Arch. f. Mik. AnaL, 1876, p. 649) recommande de prendre une solution de nitrate d'argent d'une concentration connue, et d'ajouter de Tammoniaque jusqu'à ce que le précipité s'y redissolve à peine, puis d'allonger la solution jusqu'à ce qu'elle contienne 0,78 à 0,5 p. 100 de nitrate.
Cette solution sert principalement pour les imprégnations de l'endothélium des vaisseaux par injection, mais elle peut aussi servir pour l'imprégnation des membranes par arrosage. Elle a l'avantage de n imprégner absolument que Fendothélium ou épithélium; le tissu conjonctif y demeure incolore. Elle donne, d'une manière générale, des localisations plus nettes que les solutions ordinaires.
Dekhoysen {A7iat. Anz., IV, 1889, p. 789; ZeiL /*. wiss, Mik,, VII, 3, 1890, p. 381) a trouvé utile d'appliquer aux animaux terrestres la méthode imaginée par Harmer (N^ 213J pour les. animaux marins. On lave une portion de mésentère de grenouille dans une solution de nitrate de potasse à 1. 3 p. 100, puis on la met pour 3 à 6 minutes dans une solution de nitrate d'argent à 0.28 p. 100 additionnée de 3 p. 100 d'acide nitrique. On la met ensuite pour quelques minutes dans de l'acide nitrique pur à 3 p. 100, puis on passe par l'alcool à 96 p. 100 à l'essence de girofle, dans laquelle la réduction s'efl*ectue en quelques minutes à la lumière diffuse.
211. La réduction peut s'elTectuer dans bien des liquides autres que l'eau distillée.
Reckunghausen lavait ses préparations dans une solution de chlorure de sodium avant de les exposer à la lumière dans l'eau distillée {Arch. f. paih. Anal,, XIX, p. 481). On se sert encore aujourd'hui très communément de la solution physiologique de sel (0,78 p. 100) pour ces. lavages.
MûLLER {Arch, f.path. Anal., XXXI, p. 110), après avoir imprégné par immersion pendant deux ou trois minutes dans une solution de nitrate d'argent à 1 centième, dans l'obscurité, ajoute à la solution une petite quantité de solution à p. 100 d'iodure d'argent (dissous à l'aide de l'addition d'une faible proportion d'iodure de potassium). Après agitation dans ce mélange, la préparation est lavée à l'eau dis-
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tillée et exposée à la lumière pendant deux jours dans une solution à 0,1 p. 100 de nitrate d'argent. (Nous citons d'après Gierke, dans ZeiL f.wiss. Mik., I, p. 396.)
Legros {Joum. de VAnatomie, 1868, p. î275) lave ses préparations dans une solution d'hyposulfîte de soude, ce qui a pour effet de les empêcher de noircir par la suite. Selon Duval, on doit faire le lavage pendant quelques secondes seulementdans une solution à 2 centièmes, après quoi on lave à Teau distillée.
Rouget {Arch. de PhysioL, 1873, p. 603) fait la réduction dans le glycérine.
Sattler {Arch, f, mik, Anat,, XXI, p. 672) expose à la lumière pendant quelques minutes dans de Teau acidulée par Tacide acétique ou formique. Thanhoffer recommande cette méthode. Il emploie une solution d*acide acétique à 2 centièmes {Das Afikroskop, 1880).
Krausb porte ses préparations, après lavage, dans une solution de permanganate de potasse, qui doit-être d'un rouge clair. La réduction s'y fait très rapidement, même dans Tobscurité. On peut aussi mélanger les deux solutions. La méthode ne réussit pas toujours. (Gierke, ZeiL f. wiss. Mik,, I, 1884, p. 400.)
Oppitz lave ses préparations pendant deux à trois minutes dans une solution à C,25 ou à 0,5 p. 100 de chlorure d'étain. La réduction s'y fait très vite. (Gierke, loc. cit,).
Jakimovitcu {Joum. de VAnat,, XXIII, 1888, p. 142) met ses objets (préparations nerveuses) aussitôt qu'ils sont devenus bruns, dans un mélange de 1 partie d'acide formique, 1 partie d'alcool amylique, et 100 parties d'eau. Les objets étant exposés à la lumière dans ce mélange pendant deux ou trois jours prennent d'abord un ton plus clair ensuite de la dissolution d'une partie de l'argent réduit. 11 faut donc renouveler le mélange de temps à autre. Lorsque tout l'argent est redissous, les tissus prennent définitivement un ton plus foncé. Il faut pour cela de cinq à sept jours.
212. Autres sels d'argent. — Le nitrate n'est pas le seul sel d'argent utilisable pour les imprégnations.
Alferow {Arch, de PhysioL, 1874; Lab, d'Hist, du Collège de France, 1874, p. 258 ; Duval, Précis, p. 230) recommande les sels solubles des acides organiques, tels que le picrate, le laclale, Tacélate et le citrate d'argent, comme donnant de meilleurs résultats que le nitrate. Il se sert de solutions à 1/800, auxquelles il ajoute une faible proportion de l'acide du sel, 40 à 15 gouttes de solution concentrée de l'acide pour 800 ce. de la solution du sel. Le but de l'addition de l'acide libre est de décomposer les précipités formés par Taclion du sel d'argent sur les chlorures, carbonates et autres
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combinaisons existant dans les tissus^ en respectant Talbuminate, qui est un composé plus résistant.
Nous avons déjà parlé de Tiodure d'argent de MiiLLER au paragraphe précédent.