Schônborn, Ueber das Wesens Apollons (Berlin
DYNASTES DE LYCIE
l'étroite parenté des Lyciens et des Troyens. E. Curtius adopte cette théorie : « La Troade et la Lycie, dit-il, sont deux pays tout à fait semblables; ils honorent les mêmes dieux, comme Triopas et Apollon, les mêmes héros tels que Pandaros; leurs fleuves, leurs montagnes portent les mêmes noms.
Une partie de la Troade s'appelait Lycie du nom de ses habitants, de même que des Lyciens, dans leur propre pays, se qualifiaient de Troyens 1 ».
C'est chez les Lyciens qu'on constate la conception, empruntée aux Troyens à l'origine, de Zeus à trois formes, Zeus Triopas, « un en substance, mais gouvernant le monde sous une triple forme. » L'une de ces formesest Apollon, le dieu de la lumière, les deux autres membres de cette triade sont Héraclès et Persée, et cette triade est effectivement honorée d'un culte spécial jusqu'en Pamphylie et même en Cilicie 2. La triskèle serait donc l'emblème de Zeus Triopien ou de cette triade lycienne ou troyenne.
Une autre hypothèse qui nous séduit davantage est celle de Ludwig Muller, qui a considéré la triskèle comme l'emblème du mouvement circulaire perpétuel 3. M. Curtius en a mieux encore précisé le sens, en y reconnaissant le hiéroglyphe de la vitesse et de la course 4. Ce savant
1. E. Curtius, Hist. grecq., trad. Bouché-Leclercq, t. I, p. 97.
2. Duc de Luynes, Numism. des Satrapies et de la Phénicie, p. 13-14.
3. L. Muller, Det saakaldale Hagekors's Ancendelse og BeLydning, Copenhague, 1877; B. Head, Histor. numorum, p. 571. Voyez aussi sur la triskèle, les Nachtràge pour l'histoire des Lyciens, de Treuber, p. 45-46' (Tubingue, 1888).
4. Den Begriff der Geschwindigkeit. E. Curtius, Die Knieenden Figuren, p. 10.
cite une épigramme de Dioscoride 1 dans laquelle il est parlé d'un homme qui porte un bouclier orné de la triskèle ainsi définie : TptaaoTç tov xayov avSpa ttotiv. L'auteur a
voulu désigner la triskèle à jambes ailées, comme sur des monnaies de Phlionte et de Syracuse 2. Enfin, Edw. Thomas qui a groupé et rapproché tous les emblèmes tournoyants qu'on rencontre dans l'archéologie figurée, est parvenu à démontrer qu'ils sont des symboles du soleil 3. La triskèle lycienne se rapporte donc tout naturellement au dieu du soleil, Apollon Auxtoç. Mais pourquoi deux, trois ou quatre branches? et que signifient ces têtes de coqs, ces têtes de cygnes? Il y a là, toujours, une inconnue qui attend sa solution.
Tout en étant le symbole d'Apollon lycien, la triskèle, diskèle ou tétraskèle peut fort bien avoir été, en même temps, l'emblème du lien fédératif qui unissait tous les Lyciens. En effet, l'étude des types monétaires permet d'affirmer qu'il existe, dès l'époque perse, sinon une ligue lycienne et une organisation fédérative comme celle que Ton voit fonctionner après Alexandre, du moins une sorte d'amphictionie autour du sanctuaire d'Apollon, dans la ville de Xanthos qui jouissait ainsi d'une prépondérance religieuse. La triskèle, emblème d'Apollon lycien, était peut-être le symbole de la ligue et représentait en même temps les trois peuples qui en faisaient partie ; quand il n'y avait que deux peuples associés, le district du Cragos et celui du Masi-