Svoronos, L'Hellénisme primitif de la Macédoine^ p
Eion, elles seraient les seules monnaies d'électrum de cette contrée. En outre, leur fabrique et l'alliage naturel de leur métal m'a semblé ne pas autoriser à les séparer des autres monnaies d'électrum d'Asie Mineure. La parenté des types des pièces d'électrum avec les types des pièces d'argent n'est pas toujours une raison suffisante pour attribuer les unes et les autres au même atelier. Svoronos insiste avec raison sur les rapports suivis des Milésiens et des villes delà côte de l'Epi-Thrace. Mais ceci même expliquerait que ces villes d'Asie Mineure où se frappaient les monnaies d'électrum aient emprunté le type de l'oie aux pièces d'argent d'Eion. Telle a été ma thèse ; je ne demanderais pas mieux que de l'abandonner, quand ce ne serait que pour ne pas continuer à être accusé de « fermer volontairement les yeux au soleil » . Mais encore me faudrait-il quelque preuve en faveur de ces Paioplaiens qu'on me jette à la face avec deux douzaines de peuples barbares auxquels on distribue des séries monétaires d'argent, d'électrum et d'or, sans l'ombre d'un argument tangible à la critique. Toutes les monnaies d'électrum primitives et archaïques de l'Asie Mineure sont ainsi reportées par Svoronos à ces Barbares qui, d'après ce savant regretté, furent le pivot de la culture hellénique avant les invasions perses. Toutes les sources del'histoire protestent contre ce bouleversement numismatique.
3. Notre Descr. hist., t. I, p, 139, no* 211 à 215, pl. V 24 et 25 et 214, vign. ; Svoronos, op. cit., p. 186, pl. IX, 4.
LES VILLES DE MACÉDOINE — AMPHIPOLIS
§ XX. — Amphipolis.
Une fois débarrassés des Perses, les Athéniens, enivrés de leur succès, caressèrent l'ambition de faire la conquête du pays situé entre le Nestos et le Strymon et de déposséder les tribus thraces de leurs mines d'or et d'argent, surtout celles du bassin de l'Angités et du mont Pangée. Mais si les Barbares étaient heureux de faire le commerce avec les Grecs et de leur laisser éta blir des comptoirs le long de la côte ou même de l'embouchure des fleuves comme à Eion et plus tard à Bréa, dans le nord do la Chalcidique, ils n'étaient toutefois nullement disposés à les laisser pénétrer dans l'intérieur du pays et à leur céder l'exploitation de leurs mines Les Athéniens payèrent cher leur imprudente ambition. « Il faut se figurer, dit Heuzey, la fièvre d'entreprises qui s'était emparée d'Athènes, aux merveilles que l'on racontait de ces pays éloignés et de leurs sources de richesses... Dix mille colons répondirent au premier appel : c'était toute une population qui partit du Pirée, rêvant de se partager au cordeau la contrée qui produisait l'or. Non contents de remonter, le Strymon et d'occuper la position des Neuf-Voies ('Evvéa Oôo'), devant laquelle avait naguère échoué Aristagoras, ils ne craignirent pas de s'avancer dans les terres jusqu'au lieu appelé Drabescos, avec l'intention évidente de prendre à revers le Pangée et les exploitations des Thraces. Mais là, subitement enveloppés par les barbares, ils périrent tous les dix mille, dans une lutte furieuse. On racontait même que la foudre était lombée sur eux à coups redoublés, comme pour
arrêter les envahisseurs de ces régions inconnues : tant fut grande l'horreur du désastre et douloureux le souvenir qu'il laissa dans l'esprit des Athéniens » Dans ce désastre, les colons athéniens avaient à leur tête, Sophanèset Leagros. Certains récits le placent à Daton (près de Neapolis) et non à Drabescos -. Ce nom de la ville de Daton mêlé à cet événement paraît attester que les Athéniens ne réussirent même pas à se maintenir au pied du mont Pangée.
Plus tard, cependant, les Athéniens revinrent à la charge à diverses reprises, résolus d'asseoir partons les moyens leur puissance chez les tribus thraces, gardiennes des mines. Ils y réussirent enfin, sous Périclès, en 438 av. J.-C, au temps où les deux rois de Macédoine, Perdiccas et Philippe P', se disputaient le trône; ils fondèrent Amphipolis, à l'embouchure du Strymon {la Stroiima), auprès d'Eion devenue inabordable à cause des atterrissements.
Amphipolis — aujourd'hui Orfano — fut la colonie la plus importante que les Athéniens aient jamais fondée. Sa situation topographique la désignait pour dominer toute la contrée et pour en devenir la capitale militaire et commerciale. Il y avait là un plateau aux contours escarpés que baignait le fleuve, au sortir du lac Cercinitis.
Hagnon, fils de Nicias, fut le chef qui amena les colons d'Athènes et présida à la construction de la nouvelle ville. Son em-