Léon Heuzey, Mission de Macédoine, p
2. Hérodote, IX, 75 ; Isocrate, de Pace, 86 ; Thucyd., I, 100; IV, 102; Pausanias, I, 29; Scol. sur Eschine, Disc, sur Vambassade, 34.
LES VILLES DE MACÉDOINE AMPHIPOLIS
placement s'appelait antérieurement, 'Ewéa ô§ot, les neuf voies, à cause du nombre des routes qui, venant de la Macédoine ou de laThrace, y aboutissaient ^ Pour fortifier Amphipolis, il suffit d'élever une muraille transversale, flanquée d'un fossé, qui allait d'une extrémité à l'autre du promontoire en fer à cheval, aux trois quarts environné par le cours du Strymon. On transféra sur le plus haut sommet le tombeau du roi thrace Rhésos, qui avait pris part à la guerre de Troie.
Amphipolis fut d'abord une simple station navale ; elle n'eut pas tout de suite un atelier monétaire. Les colons athéniens étaient peu nombreux, pas assez même, comme nous allons le constater. Ils attirèrent dans la ville nouvelle des Macédoniens et des Thraces ; ils rassemblèrent aussi autour d'eux une nombreuse population grecque, mais étrangère à Athènes et de toute origine. La langue même des Amphipolitains était un dialecte grec particulier La ville grandit, prospéra, fut un centre commercial chaque jour plus important.
Puis, tout à coup, Amphipolis, ce joyau de l'empire colonial athénien, afficha des prétentions à l'indépendance ; des deux factions qui se disputaient la prépondérance dans la ville, le parti hellénique qui s'appuyait sur les Lacédémoniens et sur la population indigène, et le parti athénien, ce dernier était le moins nombreux et le plus faible.
En 424, dans les premiers temps de la guerre du Péloponnèse, Amphipolis se donna au général lacédémonien Brasidas
qui venait de s'emparer d'Acanthe, de Stagire, d'Argilos et d'autres villes de la Chalcidique.
C'est à partir de ce moment qu'Amphipolis, en témoignage d'indépendance, ouvre son atelier monétaire ^ Thucydide qui raconte ces événements commandait lui-même la flotte athénienne sur les côtes de Thrace. Il arriva à temps de Thasos pour sauver Eion, le port voisin d'Amphipolis, mais trop tard pour fermer les portes de cette dernière à Brasidas.
La défection d'Amphipolis, la clef de voûte de la domination d'Athènes sur les côtes de Thrace et de Macédoine provoqua à Athènes une grande émotion : Thucydide fut condamné au bannissement. Deux ans plus tard, en 422, les Athéniens envoyèrent Cléon avec des forces considérables pour reprendre Amphipolis. L'expédition échoua; Cléon fut tué, mais Brasidas périt aussi dans la bataille.
Les Amphipolitains qui considéraient Brasidas comme leur libérateur et nouveau fondateur ou xTia-cr^ç, lui rendirent un culte comme à un héros divin, lui dressèrent des autels et célébrèrent des jeux périodiques en son honneur ^
(( Tous les alliés en armes, raconte Thucydide, suivirent la pompe funèbre de Brasidas et l'inhumèrent solennellement dans la ville, en face de l'endroit qui est aujourd'hui Vagora. Par la suite, les Amphipolitains entourèrent son monument d'une qx\ ceinte. Ils lui immolaient des victimes comme à un héros et ils instituèrent en son honneur des jeux et des sacrifices annuels ».