LA BÉOTIE
turé qu'il était probablemeot le bouclier d'Alhéna Itonia dont le temple, auprès de Coronée, était le lieu de réunion de la ligue béotienne '. Il y avait dans ce sanctuaire une statue en bronze de la déesse, qui était l'œuvre d'Agoracrite, élève de Phidias; mais Pausunias ne nous en décrit pas les allributs dans le détail. Aussi, il est peutêtre préférable de penser que le bouclier échancré de Béotie est un attribut non pas d'Athéna mais de THéraclès Thébain, le héros national qui, à partir du milieu du V' siècle, parait souvent sur les monnaies de Thèbes. Héraclès est parfois représenté sur les peintures de vases armé du bouclier échancré ^ ; il est donc logique d'admettre que les Thébains et par eux, tous les Béotiens, choisirent pour blason Tarme particulière de leur dieu national ', et Ton conçoit du même coup, qu'il ne ûgure pas sur les monnaies d'Orchomène puisqu'Héraclès combattit particulièrement les Orchoméniens.
Cette hypothèse va être confirmée par une autre observation. Lorsqu'à partir du milieu du v' siècle environ, parait un type de revers sur les monnaies béotiennes, ce type est tantôt Héraclès ou ses attributs, tantôt Dionysos ou l'amphore dionysiaque. L'amphore fait pendant au bouclier; or, nous avons dit tout à l'heure que Dionysos est aussi essentiellement un dieu thébain et ses légendes ont, comme celles d'Héraclès, pour principal théâtre la Béotie. On conçoit donc que les Béotiens aient placé sur leurs espèces à la fois les attributs
1. Pausanias, IX, 34, 1 ; cf. B. Head, Hist. numor.^ p. 291 ; E. Curtius, Hist, grecque, t. I, p. 126.
2. Ch. Lenormant et J. de Witte, Élite des monuments céi'amograpkiques, t. I, p. 8 et pi. II.
3. B. Head, Num. Chron., 1881, p. 186; Catal. Central Greece, Introd.,p. xxxvi.
essentiels de leur Héraclès et ceux de leur Dionysos. Enfin, le bouclier béotien avait l'avantage de rappeler comme galbe général, la tortue éginéenne, type de la monnaie la plus répandue sur le marché même des villes de Béotie.
Le carré creux du revers des premières monnaies de la Béolie est identique à celui des monnaies primitives d*Ëgine. H suffit, pour s'en assurer, de comparer les fig. i à 4 de notre pi. XLI avec les pièces d'Égine reproduites sur notre pi. XXIX. De part et d'autre, c'est un carré creux partagé par des cloisons en huit triangles alternativement creux ou pleins. Plus tard, le carré creux des monnaies béotiennes s*é1oigne graduellement de celui des statères d'Ëgine. Tandis qu'à Ëgine nous voyons la forme primitive devenir, d'abord, une sorte de croix de Malte (pi. XXIX, fig. 9, 12, 15,18), puis s'acheminer par échelons à la forme spéciale à Ëgine et indéfinissable, qui présente cinq compartiments creux séparés par de larges bandes H (pi. XXX), sur les monnaies béotiennes, nous nous arrêtons dans cette évolution à la croix de Malte ornée, en son centre, d'un disque ou d'une lettre variable. Seule, la ville d'Orchomène avec son type du grain de blé au droit, pousse plus loin l'imitation servile du carré creux éginéen : elle a des oboles dont le carré creux a la forme B (pi. XLI, fig. 22 et 23j.
Au demeurant, l'influence de la monnaie d'Egine en Béolie, depuis les origines jusqu'en 480, ne se manifeste pas seulement par Timilation du carré creux; elle éclate aussi dans le système de taille des monnaies béotiennes. L'étalon est l'éginétique qui persiste en Béotie jusqu'à la restauration de Thèbes par Cassandre en 315 av.