LE TRÉSOR D^AURIOL
désigne sous le nom de Trésor d'Auriol, près de Marseille. Or, Texamen détaillé de tous ces trésors trop hâtivement dispersés^ autant qu'on peut le faire aujourd'hui, permet d'y constater l'existence des deux catégories de pièces que nous avons définies tout à l'heure : les unes, généralement assez frustes et ayant beaucoup circulé, doivent être classées aux villes grecques dont elles sont originaires : les plus nombreuses de cette catégorie sont de Phocée et de Mytilène dans l'île de Lesbos; or, c'est de ces villes qu'étaient originaires les colons phocéens de la Méditerranée occidentale, et nous savons que Phocée et Mytilène étaient commercialement et monétairement associées ^
L'autre catégorie, de beaucoup la plus considérable, se compose de pièces d'argent qui ne sont que des imitations des premières ; nous y retrouverons même assez souvent les types des hectés d'électrum que Phocée et Mytilène frappèrent en association et en si grande abondance durant la plus grande partie du v* siècle. Ces imitations sont parfois irrégulièrement étalonnées; elles sont le plus souvent à fleur de coin, c'est-à-dire n'ayant presque pas circulé; leurs types, tantôt se rapprochent assez habilement du prototype originaire, tantôt ils s'en éloignent de telle sorte que l'image initiale est presque méconnaissable ; il est même quelques pastilles informes et sans lypes, analogues à celles de l'Egypte, et qui restent les lémoins attardés de la période durant laquelle les métaux s'échangeaient à l'état de lingots.
On comprendra, en présence de ces constatations qui seront précisées par notre
i. Voyez ci-dessus, p. 342.
description et que Ton contrôlera mieux encore par l'examen de nos planches, qu^il soit difficile de répondre à cette quesUon souvent posée : Quelles sont les premières monnaies de Marseille? Il faut évidemment les reconnaître dans ces pièces d'imitation qui forment la seconde catégorie; voilà le monnayage fabriqué sur place par les colons grecs d'Occident. Mais ces pièces ne portent pas de types spéciaux puisqu'elles ne sont que des pastiches de monnaies grecques d'origines diverses : c'est par là r.ue s'explique la multiplicité et la variété de leurs types; d'autres part, elles sont anépigraphes. Ce n'est qu'à une époque relativement tardive, — un peu avant le milieu du v* siècle, — que la colonie de Massalia frappe officiellement un numéraire qui a sa marque distinctive très caractérisée : je fais allusion aux petites pièces d'argent qui ont, au droit, une tête de femme (Artémis?) les cheveux striés et granulés, et au revers, un crabe accompagné de la lettre Mi initiale du nom de la ville * : le style de ces pièces les place dans le v® siècle avancé et nous n*avons pas à nous en occuper dans le présent volume. Nous nous bornerons donc à l'examen des trouvailles qui se rapportent, dans leur ensemble, à la période antérieure.
1. Trésor d'Auriol. — Dans le courant de février 1867, on trouva, au lieu ailles Ban^en^ à deux kilomètres d'Auriol, près Marseille, un trésor « de 2,130 monnaies d'argent, toutes anépigraphes, dont 16 indéterminables à cause de leur mal venue à la frappe ou de leur frai, ou de leur mauvaise gravure, 98 à double type et 2,017 ayant an
1. H. de La Tour, Atlas de monnaies gauloises, pi. II, no* 510, 511 ; J. A. Blanchet, Traité des mon» naies gattloises, t. I, p. 227, fig. 13.
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revers un carré creux plus ou moins régulier ' »• Les pièces étaient renfermées dans un vase en terre recouvert d'une pierre plate; elles paraissaient de style grec archaïque : « Où avaient été frappées ces énigmatiques monnaies? Avait-on là des spécimens du monnayage primitif de Marseille ou des villes de sa dépendance ; ou bien, en raison de la diversité des types de ces monnaies, dont plusieurs présentaient les symboles des villes de TAsie ou de la Grèce, fallait-il supposer qu'elles avaient été apportées par le commerce sur le sol de la Gaule grecque, soit en totalité, soit en partie * ».
Telle est la question que se posèrent immédiatement les numismates, pendant qu'une partie de la trouvaille, comprenant un choix de presque toules les variétés, entrait au Cabinet des Médailles et que le reste allait enrichir le médaillier municipal de Marseille, la collection F. de Saulcy et
1. Louis Blancard, dans la Tribune artistique et littéraire du Midi, mars 1867, p. 271 (Marseille, 1867, in-8*); Je même, Mémoires de VAcad. des sciences ^ lettres et beaux-arts de Marseille, années 1896-1899 (Marseille, 1899, in- 8»), p. 443 et suiv. Il règne une lég(^re incertitude sur le nombre exact des monnaies dé la trouvaille d'Auriol : M. Blancard dit tantôt 2137 et tantôt 2130. Sur le trésor d'Auriol, voir surtout: A. Chabouillet, dans la Revue des sociétés savantes, juillet-août, 1869, p. 348-360 et 4* série, t. X, p. 117 à 127; 5« série, t. II, 1870, p. 420 à 421 ; Rev. numism.^ 1874-1877, p. 164; E. Hucher, dans les Mélanges de numismatique, t. I, p. 12; J. Laugier, dans lai?ei;. de Marseille et de Provence^ 1886, p. 338; L. Blancard, Le trésor d'AuHolet les dieux nègres de la Grèce, Marseille, 1870, in-8o ; Iconographie des monnaies du trésor d'Auriol, Marseille, 1870, in-8v; E. Muret, Ca/a/. des monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale^ p. 1 à 9, no" i à 473; H. de La Tour, Atlas de monn, gauloises (Paris, 1892, in- fol.)* Pour la bibliographie complète, voyez J. A. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 545.
2. Chabouillet, Revue des sociétés savantes, n® de juillet-août, 1867.
quelques autres médailliers privés. La trouvaille ne fut malheureusement pas étudiée dans son ensemble avant sa dispersion.
D'après ce que nous pouvonsen juger, le dépôt d'Auriol a été enfoui un certain temps après 480, probablement vers 470 ou 460. Les pièces les plus récentes sont celles (p. ex. ci-après, n"2390 et 2412) qui ont, au revers, un type en creux analogue à certaines hectés d'électrum de Mylilène et de Phocée dont l'émission ne débute qu'après 480 *.
2. Trouvaille de Saint-Bemy de Pro^ vence, — Saint-Remy est l'ancienne colonie roassaliète de Glanum, Dans les années antérieures à 1834, on y exécuta des travaux qui amenèrent la découverte sporadique d'un certain nombre de petites pièces d'argent archaïques, de style grec. Le marquis de Lagoy les publia en les considérant comme des échantillons du monnayage primitif de la colonie phocéenne de Massalla *.
Ce savant remarque judicieusement que les trouvailles de pièces isolées qu'il a faites à maintes reprises à Saint-Remy, à Marseille et dans les environs, prouvent, à n'en pouvoir douter, que ces pièces ont circulé de main en main parmi les colons grecs de la région. Mais cette observation juste n'entraînait pas, comme il l'a cru, la conclusion que toutes ces pièces étaient les
1. Voyez en particulier les hectés d'électrum de 480-440, reproduites dans le Catal. du Brit. Mus., TroaSyAeolis and Usbos^^X, XXXI. Nous aurons plus loin Toccasion de préciser ces comparaisons.
2. Il y avait aussi, dans ces découvertes de pièces isolées, des monnaies de Massalia, d'époque plus récente. Lagoy, Descript. de quelques médailles inédites de Massilia, de Glanum, des Cœnicenses et des Auscii (Aix, 1834, in*4*); aussi, Rev» numism,, 1846, p. 83; L. de La Saussaye, Numism, de la Gaule Sarbonnaise, p. 9.
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produils de Tatelier de Massalia ^ Il fallait faire, d'après les principes indiqués plus haut, la distinction entre le numéraire importé d*Orient et celui d^mitation qui fut fabriqué sur place par les colons d'Occident.
3. Trouvaille de Cavaillon. — Comme à Saint-Remy, on a ramassé à diverses reprises, à Gavaillon, notamment sur la colline Saint-Jacques, des monnaies primitives; mais à notre connaissance, il s'y est surtout rencontré des pièces du v* siècle avancé et caractérisées comme monnaies massaliètes, c'esl-à-dire portant en légende la lettre M ^ ou MAZZ*- Je ne connais guère qu'une exception, pour une pièce à la tête de Pallas '; il se peut qu'il y en eut d'autres, les trouvailles isolées ayant lieu dans toute la région et ne pouvant guère, à distance, être contrôlées.
4. Trouvaille de Volterra. — En 560 ou 550, les Phocéens installèrent sur la côte de l'île de Cyrné (la Corse) leur comptoir d'Alalia*; vers le même temps, ils s'établirent sur le littoral même de TËtrurie, à Tembouchure de l'Arnooù ils fondèrent Pise '. Il n'est donc pas surprenant qu'on ait fait en Étrurie, des trouvailles de monnaies semblables à celles des côtes de Provence et des environs des autres emporta phocéens. Outre ces trouvailles isolées sur la côte d*Étrurie, on a découvert à Volterra en 1868, un lot de 65 pièces d'argent de
{ . Les conclusions du marquis de Lagoy furent adoptées par L. de La Sanssaye, loc cit.
2. Muret, no»509, 522, 526; J. A. Blanchet, Trailé des monnaies gauloises, p. 597.