‹ Traité des névrosesChapitre 19 sur 89 · XII. — Hyperesthésie musculaire · texte numérisé non relu

XII. — Hyperesthésie musculaire

Voyez Irntation spinale. Hystérie. Rhurnatisme. mMitosTAipiiie. — Briquet. — De V hyperesthésie hystérique et notamment de Vhih

peresthésie des muscles. {Union médicale, IH^'iS, p. 82.) Th. Insian. — Hemarks on myalgia uith cases {British med. Journal, avril i8o8,

p. -408; octobre, p. 80G.)

L'hyperestbésie musculaire, désignée également sous les noms d»' myodynie, de myosalgie (Piorry), de myalgic (Inman), a été assez }»eu étudiée. Outre les douleurs, quelquefois très-persistantes, ressenties

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dans les muscles après la déchirure de leurs fibres charnues ou aponévrotiques dans un effort; outre les tiraillements pénibles qui caracténsent la courbature, suite d'un exercice violent, ou qui se produisent spontanément dans une foule de maladies générales i'éhriles, on connaît encore les douleurs musculaires du rhumatisme ; celles-ci peuvent tire considérées comme des myosalgies produites par l'impression du froid, et, à ce titre, prendre place à côté de la dermalgie, dont la cause (*<t si souvent la même. Leur descrii)tion rentre dans celle du rhima- TisME, et les principaux points de leur diagnostic difTérentiel ont été ilt'jà indiqués dans l'histoire des névralgies. Des douleurs musculaires s'observent également chez les sujets cachectiques, chez ceux qui sont en proie à l'intoxication saturnine. Enfin rien n'est plus fréquent que <robserver celle sorte de souffrance chez les sujets névropathiques. Briquet a fait des douleurs musculaires dans riiyslérie une étude détaillée ilonl nous allons reproduire les principales parties.

Ces douleurs, dit l'auteur, sont l'une des formes les plus rommunes dePhyperesthésie hystérique, et qui cependant ont le moins fixé l'altenlion. On s*était assez généralement accordé, jusqu'à ces derniers temps, à les considérer comme douleurs neneuses, sans en dire plus. Ilenrot, <^lève de Gendrin, est le premier qui ait avancé que, parmi les hypereslhésies des hystériques, quelques-unes étaient des douleurs des musses; mais ces palhologistes placent les oi*ganes de la locomotion au rang des pallies qui sont le moins souvent atteintes de cette augmentation de la sensibilité. Or, sur 400 hystériques, Kriquet en a rencontré tout au plus une vingtaine qui fussent exemptes de douleurs musculaires au moment ou il les a obsenées.

Symptômes. — a. Voici les caractères à l'aide desquels on constate que la douleur n'occupe ni la peau ni les viscères, mais réside dans les muscles eux-mêmes.

1° La douleur siège toujours dans les lieux occupés par la portion Wiarnue des muscles ;

i^ Comme l'hyperesthésie intéresse le plus ordinaircMiient les muscles superficiellement placés, la douleur se fait sentir immédiatement sous la peau ;

lY Si l'on presse. légèrement avec le bout d'un doigt le muscle hyperesthésié, et surtout si l'on agace ses fibres en les grattant très-légèn»ment avec ce même doigt, en ayant bien soin de ne pas agir sur les par* lies plus profondément situées, on fait naître de la douleur si elle n'était pas sentie auparavant, ou bien on l'exaspère si elle existait déjà;

4* La douleur ainsi produite est très-vive : ou elle fait faire des contorsions à la malade, ou elle lui fait jeter des cris, quelquefois même <îUe provoque l'apparition d'une attaque hystérique. Les malades arrô-

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lent presque toujours la main qui les presse. On a la certitude que celle douleur ne vient pas des parties plus profondes, d'abord en raison des précautions prises pour n'agir que sur les parties superficielles, puis Ijarce que la douleur est la même quand on presse le muscle à l'endroil de son passage sur un os inflexible, et enfin parce qu'elle est souveni plus forte à l'endroit des attaches du muscle que partout ailleurs;

5° Le mouvement et surtout la distension des libres des muscles hvperesthésiés provoquent ou exaspèrent cette douleur ;

6** Le repos absolu et l'absence de mouvement la calment et la foni disparaître plus ou moins complètement;

7** Les courants électriques d'intensité moyenne, auxquels on lait traverser toute la longueur d'un muscle à l'état normal, y occasionnent une sensation qui n'est presque pas pénible. Lorsqu'au contraire, ou leur fait traverser des muscles byperesthésiés, ils provoquent une douleur très-difficile à supporter, quelque faibles qu'ils soient, et, s'ils sont forts, la douleur devient bientôt intolérable;

8" L'h\7)en»sthésie bysiérique des muscles est l'une de celles que la faradis;ttion fait disparaître le plus facilement à l'instant même où Ton applique ce moyen de traitement.

b. La myosalgie hystérique n'affecte pas indifféremment tous les muscles du corps, elle se porte de préférence sur les muscles superficiels, en occupant ceux du tronc bien plus souvent que ceux de< membres. Au tronc lui-même elle a ses lieux d'élection sur lesquels on la trouve avec une constance et une régularité telles qu'on peut s'en servir pour en faire Tun des caractères de l'hystérie.

Nous renvoyons au travail de Briquet pour l'étude détaillée des principales variétés de celte hypercsthésie, qui sont : la céphalalgie, ivhcommune, occupant la partie charnue des muscles du crâne; — Yepigaslralgicj également très-fréquente, siégeant dans les muscles droiu et grands obliques; elle peut être et a été bien souveni prise pour un<* gastralgie, une gastrite, etc.; — la rachialgie, presque caractérisliqur de l'hystérie, occupant les muscles des gouttières vertébrales, soit <li*> deux côtés, soit, et beaucoup plus souvent (dans le rapport de 5 à h, le côté gauche ; elle peut en imposer pour une maladie de la moelh*; — hpleuralgie, souvent prise pour une névralgie intercostale ; — la cœlialgie, douleur des parois abdominales, douleur dont l'épigaslralgi'.' est une dépendance et qui tantôt fait admettre des lésions profondt-^ qui n'existent pas, d'autres fois simule des névralgies splanchniqu**^. lombo-abdominales, etc. (I); — la thoracalgie, occupant les muscles

(!) Dans un travail intituU* : Études sur la colique de plomb oX communiqué à l'AcaJeiti ^

\e raédrcinc {Bullet. de l'Acad., 1857-I8.*i8, l. XXlll, p. iHi), Hriqurt s'est cfforc»» tif di-

lontrer cl a Irès-liabilcmeiit défendu celte proposition : i\uv. Ii's douleurs abdominales **«"^

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des parois pectorales, plus rare que les pnWvdenle<: — enfin la tuel^lgie localisée dans les muscles dos membres supérieurs et inftVieurs. Toules ces myosaJpes parta<rent avec les autres douleurs hy<tr*rique> nue prédilection singulière et bien connue pour le coté «niuclie du corps.

r. La mTOsaI«:ie bystêrique a parFois une fixité et une ténacité des plus remarquables: elle ne se déplace pas avec autant de facilité que le Terait supposer Topinion ^énéi*alement admise sur la mobilité df*s douleui^ oenreuses. Sa durée est, en quelque sorte, indéfinie quand on Taban* •l'Anne à elle-même. Briquet est dis|K>sé à attribuer à la longue pt*rsistance et i Tintensité de ces douleurs une influence considérable sur IVtat physique et moral des femmt'S hystériques; mais combien il est diflicile de déterminer la part de cette influence au milieu des symplûmes si variés qui se succèdent et se remplacent chez les malades de C4^Ue espèce! •

Causes. — La myosalcrie se déclare quelquefois à la suite d*une attaque d'hystérie, et peut-être la fatijrue, résultat de la contraction conwlsise des muscles, est-elle alors Tune des causes de leur endoloris>emoDt. Cependant^ des douleurs semblables s'obsenenl aussi dans le> muscles non convulsés et même chez les sujets qui n*ont pas d\illa<]ue^ ronvulsives, dans l'hystérie vaporeuse, dans la névropathie simple, etc.

[Enfin, nous avons aussi à noter, dans la chloi*ose et Tanémie, Texisteoce de douleurs vagues que jusqu'à présent on avait repai-dées toujours comme des névralgies, mais qui, d après M. Gennain Sée, ne sont auti-e chose que des douleurs musculaires, que des fatigues musculaires doulùureuses (1). En eOel, dans un ceiiain nombre de cas, la douleur Q affecte pas le trajet des nerfs, mais elle occupe la portion charnue du muscle qu'elle suit jusqu'à ses attaches osseuses ou a|K>névrotique>; «*lle est exaspérée par une pression modérée sur des poinLs qui ne sont pa> ^n rapport avec la distribution neneuse; elle augmente par les mouvemeots, la fatigue, diminue pai* le repos, ce qui n'a pas lieu pour les né- M'algies. Parmi les muscles qui sont le plus souvent atteints, se placent en premier lieu ceux qui maintiennent la rectitude du tronc; les muscles de la nuque, du dos, du thorax, de Tépigastre, des lombes; de là vt^s fausses céphalalgies occipitales, ci's douleurs dorsab's et intercostales prises pour des névralgies.

uturoins ooi pour Méfe analoinûioe non potot les inlcstins eux-niénies, corom« cela est (^ciirral«neot admis, mais bien les miisries des parois ventrales; la maladie appoU^» C4»Ii(|iie de plomb '^nil, d*après cela, one mtfomUgie d^one espèce particolière et non une enterai gie.. . Dtjà, en \m, BouOiud svait dit {Trmté de mCÊOgnpkie médieaU, t lU, p. 5o8 et ÔT8, : t Je n'oserai point affirmer que dans ceriains ea« les atroces douleurs ooDoues sous le nom de colkqiiÊe de plomh nt fassent pas, en partie dv moMU, produites par une névralpe dca parois abdominales. > 'h ^- Sée. LeçmM de pathologie expérimeatole. Du mng et dee anémiet^ p. SâC, 1866.

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Physiologie patholocioie. — La fibre musculaire n'étant pas mu- <ible par elle-rncme, mais par les nerfs qu'elle renferme, il est évident que c'est à ceux-ci qu'il faut attribuer la douleur caractérisant la myosiiljrie. Déjà, du reste, dans une aflection où cette douleur siège aussi dans les muscles, dans le rburnatisme musculaire, un assez p:mid nombre d'auteurs rejetant la théorie qui adm»*t dans ces cas des lésion^ congestives, inflammatoires ou nutritives des muscles (Oppolzer, Run^^«% Salisbun) pensent avec plus de raison qu'il s'agit plutôt d'une névruM' des neifs intra-musculaires (Rosentlial (I), Ricliter (2), et il y a d<'jà longtemps que Saucerotte avait établi que le rlnimatisme ujusculaire est une variété de névmlgie dans laquelle l'affection, au lieu d'èhv concentrée sur un tronc neneux, s'étend à ses divisions et à ses terminaisons (3). Nous pensons aussi que, dans la myosalgie hystérique, les nerfs intra-musculaires sont primitivement adVoiés. D'autres fois, et surtout lorsqu'un certain degré d'anémie existe aver l'hystérie, il ne nous paraît pas douteux que l'altération du sang, que i'insuflisance globulaire, joue un certain rôle dans la production de ces douleurs. C'est ainsi, du reste, que M. G. Sée explique si bien les fatigues fHusrulaires douloureuses des anémiques. cLes muscles, dit-il, sont constamment sous l'imminence de la fatigue par cela même qu'ils reçoivent peu de sang ou un sang pauvre en globules; ils subissent facilement les effets de Ténenation; les éléments nutritifs leur font défaut; les échanges gazeux ne s'y font plus que d'une manière incomplète; et, pour ce double motif, il suffit du fonctionnement normal pour les surmener, tandis que les muscles qui se nourrissent et respirent selon les lois normales n'entrent dans la phase de l'épuisement qu'après des contractions successives, rapprochées, tétaniformes. Une fois que la fatigue a envahi le muscle, tout en restant volumineux, saillant, il détermine une sensation locale de courbature exactement analogue au sentiment de conliision et d'endolorissement général qu'on éprouve surtout dans les membres, après une marche forcée et un exercice prolongé. Cette douleur résulte, sans doute, de l'effet chimique des produits de la fatijiue, parmi lesquels il faut citer racide lactique, qui est un excitant énergique des nerfs. La présence de cet acide suffit pour provoquer des sensations douloureuses, lesquelles se transmettent aux organes des nerf> sensitifs du muscle et de là aux centres nerveux. > Ce qui achève encore de démontrer l'analogie des inyosalgies hystériques et anémiques, c'est la communauté fréquente du siège de ces douleurs; car souvent, dans ces deux cas, il est possible d'observer que ce sont surtout If's

(1) Rosenlhal, Diagnostic und Thérapie der Nervenkrankheiteriy p. -439, 1870. itj Rirhter, Deutsches Archiv fur A/m. Med., 1875, XVI, p. 308.

i'.i) Sauœiolte, Mémoire* ou obien'atiom critiques sur le siège [du rhumatisme, £«// •'' la Soc. an. de Paris, t. II, p. 120, 1827.)

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muscles du dos, de la nuque, qui sont affectés. Du reste, dans riiystérie, les troubles vaso-moteurs ne sont pas xares, et sans invoquer comme fause Tanémie générale qui vient couvent la compliquer, il nous semble que dans certains cas, on peut expliquer ces hyperesthésies musculaires pr des troubles circulatoires pouvant produire dans certains orf^anes, ou certaines parties du corps, de véritables anémies locales. NVst'<*e pas aussi à peu près par le même mécanisme que les choses paraissent se passer chez les individus atteints d'intoxication saturnine clironiqur*? Eo eflet, chez les saturnins, les parois vasculaires sont affectées d'un €f*rtain état de rigidité, de contracture, bien démontré par Kussmaul et Meyer, et l'on comprend parfaitement que, sous cette influence, Tim- <!;ition sanguine se faisant incomplètement dans les tissus, les muscb^s doivent éprouver plutôt les effets de la fatigue et se contracter douloureusement comme chez les anémiques. Du reste, la colique de plomb s accompagne souvent de vives douleurs dans les membres et la région dorsale (rachialgiey rhumatisme métallique d'Astiiic).

Ainsi donc, Thyperesthésie musculaire peut être primitive, c'est-àdire affecter primitivement les herfs inlra-musculaires; ou elle est secondaire le plus souvent, c*esl-à-dirc consécutive à l'altération du sang ou à certains troubles circulatoires qui peuvent se produire à des dep'és différents chez les hystériques, les anémiques, les saturnins.]

Diagnostic. — La myosalgie hystérique doit être distin^tiée de la niyosalgie rhumatismale; dans l'une et l'autre, la douleur orcupe les muscles, est augmentée par la pression, par les efforts musculaires. Les si^es différentiels se tirent principalement du caractère de la douleur et des phénomènes concomitants. La myosalgie hystérique se fait connaître à l'intensité considérable de la soulTrance provoquée par la pression, à sa coïncidence avec d'autres douleurs, à l'existence antérieure ou actuelle de symptômes hystériques, à l'influence plus manifeste de causes morales.

Les différences entre la myosalgie et la névralgie proprement dite sont souvent assez difficiles à saisir. Hriquet insiste sur la rareté, chez les hystériques, de véritables névralgies localisées dans le tronc des nerfs sensitifs; il fait obsei-ver que le siège de la douleur sur le trajet d'un muscle ou à ses attaches, dans des points différents de vo\\\ que l'on sait êti*e les foyers habituels de la douleur névralgique, est un élément important du diagnostic; une rachialgie^ par exemple, s«» trouvel-elle réunie à une pleuraJgiCf cette réunion simule quelquefois trèsexactement une névralgie intercostale; pour déterminer le véritable siège (musculaire) de la souffrance, on aura égard à cette circonstance que d'une part, les points douloureux rachidiens et, d'autre part, les points intercostaux ou épigastriques sont situés à des hauteurs diffé-

m NÉVROSES DE LA SENSIBIUTÉ.

rentes et ne se correspondent pas comme dans la névralj^ie intercostale ; de plus, les manœuvres précédertiment indiquées comme propres à réveiller les douleurs musculaires (jrrattement superficiel du musrie) sont insuffisantes pour provoquer la douleur névralgique; enfin le succès quelquefois instantané du traitement par la faradisation lèverait tous les doutes et démontrerait au besoin que c'est bien dans 1^ muscle que réside la douleur.

Nous ne ferons à ce sujet qu'une simple rétlexion, c'est que IVxistencv d'une névral}^ie ne paraît en aucune faron incompatible avec aAl' d'une myosalg:ie ; ces deux modes d'hyperesthésie, loin de s'exclure, peuvent se rencontrer concurremment, puisque les nerf^ sensitifs((v qu'on semble perdre de vue) ne se rendent pas exclusivement à la peau, mais se distribuent à la fois et aux muscles et aux téguments.

Un mot encore, relativement à la tuérapeltiql e de Thyperesthésif musculaire. -On y oppose, avec des succès variables, les applications locales narcotiques, antispasmodiques, révulsives, etc., et les médialions internes que réclament, d'un côré, l'hyperesthésie et, d'un autre, l'état morbide général. Briquet annonce qu'il a trouvé dans l'emploi de la faradisation un moyen à la fois très-siir et très-prompt pour débarrasser les hystériques de l'hyperesthésie musculaire : une seule application d'électricité suffirait, dans bien des cas, pour faire cesser des myosalgies opiniâtres et rebelles depuis des années à tout autre mode de ti'aitement.

Cependant, d'après Duchenne de Boulogne, l'hyperesthésie musculaiie hystérique offre beaucoup plus de résistance à l'action thérapeutique de la faradisation cutanée que l'hyperesthésie de la peau.

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