I. — Hyperesthésie de la peau. — Dermalgie
ou dennatalgie.
'. — J.-M. CHAUsrr. — Considérations sur les affections pajmleuses p^rserdr à l'histoire des névivses de la peau. Thèses de Paris, 1849, in*4. L'£ <UxuET. — De rinfluence du système nerveux dans les maladies cutanées.
Jhhn de Paris, 1855, in-4.
Im' .— Soie sur les dermalgies. (Arch. gén. de méd.y 3'* série, 18ii, t. II, p. 120.) Vk^t:. ~ Des altérations de la sensibilité (Tkèses du concours pour Vagrégation. ^uts. 1860, iQ-4).
L hyperesthésie de la peau peut se manifester sous des formes di- '.♦T-ies : !• Tune de ces formes souvent mal appréciée est le prurit, ac- ••mpa«nié ou non d'éruptions papuleuses; dans bien des circonstances, "D offet, ces éruptions sont simplement consécutives à l'altération de la - "Dsibilité et paraissent jouer le même rôle que les congestions ou les -• rrtHions anormales dans le cours des névralgies. C'est ce qu'enseigne •vpuis bien des années M. Gazenave, à qui nous devons tant d'impor- 'jot^s recherches sur la localisation rationnelle des affections cutanées; la même idée se trouve exposée avec d'intéressants développements par XM. Chausit (!) et Canuet (2); on la trouve très-nettement formulée ^s le livre de Rombei^, et c'est elle encore qui évidemment a guidé Requin lorsqu'il a envisagé le prurigo comme une altération de l'élénit'nt sensitif de la peau, et qu'il l'a décrit comme une hypertrophie des Hpilles <:i).
i* l ne autre forme d'hyperesthésie cutanée est celle qui se manifeste ) T une impressionnabilité exquise de la peau au contact des objets où A U température des corps ambiants ; rarement isolée, encore plus rare-
1 Tbbe. ioaii^. Paris, 1849.
• TbèM iuog. Paris, 1855.
••î l«c. cil, t U» p. 23i.
m NÉVROSES DE LA SENSIBILITÉ.
ment limitée à telle ou telle perception particulière, celte forme deThyperesthésie de la peau se rencontre presque toujours confondue avec la suivante :
3° La dertnalgie ou névralgie de la peau est caractérisée à la fois par une susceptibilité morbide du tégument externe et par une douleur spontanée. Cette affection, considérée à l'état idiopathique, n'est pas très-fréquente.
Causes. — Suivant Beau, la dermalgie est bien évidemment de nature rhwnalisînale; ou, plus simplement, la douleur nerveuse de la peau survient souvent chez des personnes qui présentent des douleurs musculaires.
D'après Beau encore, cette maladie se rencontre le plus souvent dans l'âge adulte, et plus fréquemment chez les hommes que chez les femmos.
Le même auteur a vu l'impression du froidy surtout le corps étant en sueur, produire cette affection. Il a cité des cas où une douleur vive du tégument a suivi de près le refroidissement causé par une pluie froide; mais il faut remarquer, avec Valleix, que cette dermalgie était d'une espèce particulière : c'était, en effet, une dermalgie fébrile, et il reste toujours à savoir si les douleurs de la peau qui se produisent sans aucune réaction reconnaissent la même cause.
Les causes suivantes sont encore indiquées par Beau : la dermalgie s'observe habituellement, selon lui, au commencement du printemps, par suite d'un simple changement de temps ; elle se présente souvent chez les sujets affectés de paraplégie.
Le clou hystérique serait une simple dermalgie (pour Valleix ce serait une dépendance de la névralgie de la cinquième paire, pour Briquet une myosalgie temporale) ; la douleur cutanée que l'on observe parfois chez les paraplégiques n'est que l'un des éléments des névralgies sjTnptomatiques d'une affection spinale; cependant, dans certains faits de cette dernière catégorie, la douleur est si exactement limitée à la peau et occupe une étendue si petite qu'il faut y reconnaître une véritable dtTmalgie. C'est ce que Valleix a noté en particulier chez une femme paraplégique qu'il a observée pendant très-longtemps. Chez cette femme, qui avait fini par perdre complètement l'usage de ses membres inférieurs, il suiTcnait parfois une chaleur très-vive, siégeant ordinairement sur le cou-de-pied, et telle que la plus légère friction y était insupportable. L'exploration attentive des nerfs de la jambe et de la cuisse ne faisait reconnaître aucun point douloureux sur le trajet des nerfs.
Enfin Beau reconnaît que la dermalgie se développe parfois sans cause appréciable.
Symptômes. — La description donnée par les auteurs de riijperes-
HYPERESTHËSIE CUTANÉE. 175
thésie douloureuse de la peau, se ressent du défaut de distinction entre la dermaigie idiopathique et celle qui est simplement l*un des phéno^ mènes morbides d'une aflection plus étendue. On rencontre en cflet assez fréquemment des dermalgies symptomatiques, soit d'une névral{^ie proprement dite, occupant non-seulement les filets cutanés, mais encore les rameaux, les branches, le tronc de tel ou tel nerf sensilif, soit d'autres affections plus profondes du système cérébro-spinal; tel est rélal de la sensibilité cutanée, noté par plusieurs obsei^vateurs dans les méniDgites cérébro-spinales, ou à la suite de l'altération toute spéciale de la moelle dans certaines formes de lèpre dite hypercslhèies^ on en^ me, en l'absence probable de toute altération de tissu dans Y irritation spinale, etc.
a. Ladermalgie peut siéger dans tous les points de la peau de la tête, du tronc et des membres; mais elle se rencontre plus souvent aux membres inférieui^s et à la tête que partout ailleurs. La névralgie inter- < oslale étant l'une des plus communes, on pourra trouver fréquemment i(^ parties de la peau du thorax offrant une douleur excessive ; reste à savoir si ces points douloureux se montrent souvent d'une manière indépendante. Les douleurs bornées à la peau ont paru à Valleix plus fréquentes sur les endroits couverts de poils que sur les autres, ce qui rentre dans la manière de voir de Beau.
Quelquefois toute la peau est envahie; mais cela est rare, le plus souvent la dennalgie occupe une étendue qui varie de 2 centimètres à 1 décimètre carré.
b. Quant à la douleur dermalgique, considérée dans le mode qu'elle affecte, on peut dire qu'elle est double : fixe et inter mil tente. Ces deux e>pèces de douleurs peuvent exister séparément, mais le plus souvent «Iles sont réunies.
La douleur fixe présente de nombreuses différences d'intensité et de forme. A son degré le plus faible, elle consiste en une légère exaltation de la sensibilité normale; il semble au patient que la peau aubit le contact fatigant d'une toile d'araignée; ou bien, si le mal est plus intense, la douleur a de l'analogie avec celle que produisent l'ablation de l'épidenne et la dénudation du corps papillaire.
Isidouleur intermittente se jfait sentir toutes les demi-minutes environ. Elle est beaucoup plus vive que la précédente, car elle est souvent portée au point d'empêcher les mouvements de la partie affectée et de priver les malades de sommeil ; c'est une sensation qu'ils comparent à celle qui résulterait d'une étincelle électrique, d'un coup d'épingle, ou bien encore à celle que produirait un clou si on l'enfonçait dans la peau à plusieurs reprises.
La dv J^ejr li\e ^t âu;nr:eaî'^ ••/■:■ u Va r proi-i^jne^t jsir li- frottement
0£i pp>l'jit un»^ s^Dsatl'.'Q r»'ri:t-inib!e à •>•!!•* que l'on d''l»^rTDineraila\Tc ua*- ï'Tff^^ n*W. Four qt;e c^ r^r>ui:.îl >V»}'>^rve, il n'est pas nér^^SNiirf* q 'j *: r^fl'i': ni*rr ti»: !a r'H:*i''Q afl-t:t-V s<»îi iiiin«-é; «ar on fM-ul Toblrnir tii'tL': -ur 1^-^ jioiti'.- o'i r^ j»:J«^'rTii-^ «f^t tiè>-»'*f».ii5, comme à la peau du UjIvO. Si la piiti-' iiiilî'J - est rr-'-niverte d^fMjiî-i ou de ehr*veux, ilsufiil dé p.'i-- T la riiIq -'ir eux à dîstin«e de la pr-au, p*jur qu'il en reMilte une i!iiprf**ioQ d'>;jl our^-u-^-*. — C •> diiTérent< frollemenls, non-seuh> f/iefii aii;:m*'ntent la douleur fixe, mais, de plus, ils déterminent souvenl le iviour ir.iîii»'di.il de la douleur inlermitl»*nle. Quand, au lieu d'un froUem^nt ou d'un >i[nple contaeU on exerce avec la main une pres^ion «'on-itl»''raMe ^ur la partie douloureuse, on fait cesser la douleur fixe, mai* on nempèché pas le relour de la douleur înlenniltente. — Enlin, la d»'nnal;:ie de eau^e rliumati>male e^-l exas[»érêe nolaMemenl pendant la nuil. Celle eiai^péralion porte principalement sur la douleur inlcrmillente.
pendant toute la dui êe des douleui's, même les plus vives, la peau m* pr»'>enle rien de remarquable sous le rapj»orl de son épaisseur, d»» s;i coloration et de sa chaleur; quelquefois elle est sèche, d'autres fois o\k est recouverte de sueur.
c, lU^AU a cité trois c;is dans lesquels la douleur de la peau élail accompajrnée d'un mouvement fébrile assez marqué. Le tégument e>l alor> douloureux dans une assez j:rande étendue, et souvent même sur coûte la surface du rorps. La fièvre, qui a existé chez ces malades, n'a pa* duré plus de huit ou dix jours dans les casoùraffeclion s'est leplu^ prolongée. Valleix a vu chez un jeune homme de semblables dotileurs se produire en même tenqis que la lièvre qui annonçait l'invasion d'un mal de gorge de moyenne intensité.
Marche, durée, terminaison. — Suivant Beau, la durée de oHl»^ affection varie d'un jour à deux semaines. Sa terminaison^ de même qu»* son débuts n'a guère lieu d'une manière instantanée : la douleur sedé\»'loppe et se termine par gradations insensibles. Le même auteur a vu la dermalgie gagner de proche en proche comme l'érysipèle ambulant; il a noté la fréquence des récidives.
Physiologie PATHOLOCiQrE. — La dermalgie paraît résider dans h'^
papilles du derme ;.le caractère superficiel de la douleur accusée par It"^
malades, et mieux encore Texaspéralion déterminée par de très-lég^T'^
attouchements, prouvent bien que la souffrance a pour siège la peau
"îllc-mômc, et qu'elle n'y est pas simplement rapportée par lesensoriuin.
HYKRBSTHfiSiE CUTANÉE. 177
C'est la ce qui la disliogue des douleurs ressenties dans les téguments par les sujets affectés de névralgies plus profondes : celles-ci peuvent coîocidery comme cela a été dit plus haut, avec Tanesthésie réelle des téguments, dans les points mêmes ou la souffrance est accusée. La dermalpe qui accompajtne diverses névralgies n*est donc, «^ tout prendre, que lun de leurs symptômes possibles, mais nullement un symptôme nécessaire. Vainement Valleix s'efforce de représenter la plupart des dermalgies comme une simple dépendance d'une affection inaperçue des troncs nerveux; cela est inadmissible, même aujourd'hui que, grâce aux travaux de cet auteur, on sait parfaitement reconnaître les points dou* looreux caractéristiques des vraies névralgies.
Mais cet endolorissement des papilles cutanées, pour être indépen* dant plus souvent peut-être qu'on ne l'a cru, de l'endolorissement des rameaux nerveux qui aboutissent aux portions correspondantes des téguments, n'en est pas moins une affection de nature névralgique, et dès lors il n'y a rien de surprenant à le voir se développer sous tes mêmes influences que les autres névralgies, présenter des symptômes semblables (la douleur permanente et intermittente), exiger une médication analogue; sa coïncidence reconnue avec des douleurs occupant des branches nerveuses plus profondément situées, ne prouve même pas d une manière absolue que la dennalgie soit à l'égard di* ces douleurs dans un état de dépendance et de subordinati(m directe.
On rapprochera avec intérêt de la dormalgie cutanée cette esptre de dennalgie muqueuse qui constitue la névralgie de la conjonctive, affection succédant souvent à l'impression du froid, et que plusieurs chirurgiens signalent comme pouvant simuler une ophthalmie par ses symptômes fonctionnels et comme s'en distinguant par l'absence de tout signe physique dénotant un travail inflammatoire, tel que gonflement, rougeur, etc. (J. Cloquet).
Nous ne quitterons pas ce sujet sans dire un mot des intéressantes observations qui ont été faites par Brown-Séquard sur l'hypercsthésie cutanée. On sait que lorsque les deux pointes émoussées d'un compas sont appliquées simultanément sur la peau, chez un sujet bien poiiant, une sensation distincte des deux endroits touchés se produit seulement lorsque les branches de l'instiument sont suflis^munent é<Mrtées. t)r le degré de cet écartement varie suivant les régions; il esttivs-considérahli' pour certaines parties du corps : dans le dos, par exemple, ce n'est qu'à trente lignes d'intervalle que les deux sensations cessent de se confondre en une seule. Eh bien, dans les cas d'hypereslhésic cutanée, un écarleineut beaucoup moindre suffit pour que la double sensation puisse être nettement perçue. Ces expériences donnent le moyen de mesurer eu quelque sorte le degré de l'hyperesthésie et de la suivre pendant se< phases d'accroissement et de diminution. Elles nous paraissent offrir eu-
AXOirXLD. 12
i78 NÉVROSES DE lA SENSIBILITÉ.
core un autre genre d'intérêt, en ce qu'elles contredisent de la manière la plus formelle la théorie généralement admise, d'après E.-H. Weber, des sensations tactiles à l'état normal. Sans entrer, à ce sujet, dans des développements qui nous entraîneraient trop loin, disons seulement que si l'on acceptait la théorie en (juestion (d'après laquelle certains poinUi de la peau seraient insensibles), le résultat des explorations de Brown- Séquard conduirait, à voir dans la dcrmalgie, non-seulement une exagération de la sensation, mais encore une véritable multiplicalion des points chargés de là recueillir; et certes on accordera difficilement que le fait de la maladie vienne de toutes pièces donner la sensibilité à des parties qui en seraient réellement dépourvues à fétat de santé (I).
Diagnostic. — La dermalgie occupant une petite étendue de la peau, ne peut êire confondue avec une névralgie ordinaire où la souffrance suit le trajet d'un nerf; la douleur très-superficielle qui la caractérise la fait de même facilement distinguer de l'hyperesthésie située dans les parties les plus profondes (tissus fibreux, muscles) ; enfin l'absence de tout changement physique éloigne l'idée d'une affection matérielle delà peau.
Le PRONOSTIC de cette affection ne présente aucune gravité; elle cède promptement àdes moyens simples, et fort souvent elle disparaît spontanément, mais elle est très-sujette à se reproduire.
Quant au traitement, dans le plus grand nombre des cas observés par Beau, il a suffi, pour faire disparaître la douleur, d'appliquer localement la chaleur, de faire ingérer des boissons chaudes, de provoquer la sueur. Dans un cas où la douleur était vive et circonscrite, ce médecin eut recours à l'application d'un vésicatoire volant sur le point douloureux, et le mal céda presque instantanément.
On recommande aux malades, pour prévenir les retours de la deiinalgie, de se soustraire à l'action du froid, et surfout du froid humide, en se couvrant le corps de flanelle, etc.
n. — Des autreB hyperesthéûeB sezisorielleB.
Nous ne faisons qu'indiquer l'hyperesthésie optiqiw, caractérisée par des sensations subjectives de lumière ou de couleur {photopsiey chromatopsié)j et qu'il ne faut pas confondre avec l'hyperesthésie des nerls ciliaires, dont le symptôme caractéristique est l'horreur de la lumière,
(1) Brown-Scquard, Sur la sensibilité tactile, etc. [Joum. de pAyt., t. II, p. 34i}.
HYPERESTHÉSIES SENSORIELLES. 179
ou pholaphobie. Ces divers troubles fonctionnels sont étudiés plus complélemeol dans les ii*aités des maladies des yeux.
Les byperesthésies olfactive^ gustative et acoustique ne se présentent ^èi*e à Tobservation comme états morbides isolés; presque toujours elles se rattachent à une névrose générale, telle que l'hystérie, ou dépendent directement de quelque lésion locale des oi'ganes sensoriels. Nous ne croyons par conséquent pas devoir leur consacrer autre chose <iu'une simple mention.
Tout en reconnaissant qu'il n'y a qu'une analogie trés-éloipnée entre les oi^ganes des sens proprement dits et cerUiins points de l'économie dans lesquels on localise à plus ou moins juste titre les sens internes ou besoins^ nous indiquerons à cette place, faute de mieux, quelques ^iais pathologiques qui se rapprochent des byperesthésies sensorielles et qui consistent dans l'exagération insolite de ces mômes sensations internes : la boulimie ou hyperesthésie de la faim, la polydipsie ^hyperi^lhésie de la soif (dont la polyurie est la conséquence), l'une et l'autre ne se rattachant que d'une manière douteuse, dans la généralité des as, aux modifications de la sensibilité gastrique et pharyngienne. Nous <'n rapprocherons encore l'exagération du besoin de respirer^ du besoin sexuely les envies fréquentes d'uriner ou d'aller à la selle, autant de moptômes que l'on voit quelquefois apparaître chez les sujets nerveux en Tabsence de toute autre modification appréciable dans la sensibilité commune des organ(*s respiratoires, génito-urinaires, digestives, etc., et (jue l'on doit dès lors considérer comme des byperesthésies spéciales.