CHAPITRE
IIYPERESTHESIES DES NERFS SENSITIFS DE LA VIE ORGANIQUE • NÉVRALGIES DES VISCÈRES. — VISCÉRALGIES.
■iMtosrApMe. — On consultera particulièrement avec fruit le travail de M. Jollt, Sur les névralgies du système nervetuc ganglionnaire {Nouvelle Bibliothèque médicale^ 1828; t. II, p. 310); Tarticle névralgie du même auteur, dans le Dictionnaire de médecine et dechir, prat. (t. Xll); les articles : uyperasthesien des vagis
et HYPER ASTHESIEN DER SYMPATHISCHEN NERVENBAHNEN du livrc de ROMBERG (Lehl-
buch der Nerven Krankh. Berlin, 1851, t. I, p. 118 et Oil); Tarticle névralgie du Compendium de médecine (t. VI, p. 185); le chapitre hvpekestiiésie du Traité df pathologie générale de Monneret (Paris, 1851, in-8, t, I, p. 4!^); Tarlicle névralgies, t. II, du livre de Sandras (déjà cité).
L. Feury. — Réflexions et observatimis pour servir au diagnostic des névralgiti viscérales {Jour, de médecine, avril 1843, p. 27).
A. Laboulbéne. — Des névralgies viscérales {Thèse pour l'agrégation, Paris, 1860).
L'existence des névralgies viscérales ou viscéralgies est aujourdliui un fait acquis à la science et qui n'a plus besoin d'être long^uement démontré. Les connexions analomiques du système neneux cérébro-spinal avec le système nerveux {^lan^^lionnaire sont si multipliées et si intimes; les fonctions de ces deux systèmes, considérées dans leur ensemble, sont tellement analogues, pour ne pas dire identiques, que à priori ou est porté à admettre une grande ressemblance entre la pathologie de> nerfs extérieurs et celle des neris viscéraux. L'observation ciiniqu»^ vient changer cette présomption en certitude. Malheureusement, ce qu«* nous savons de positif au sujet des névroses splanchniques ne va guèn» au delà de l'adirmation môme de leur réalité, ou de la possibilité de le> distinguer d'autres affections caractérisées par des altérations appréciables de la texture matérielle. A plus forte raison, le temps ne semblt*t-il pas venu de tracer une histoire générale de ces maladies. Nous nous bornerons en conséquence a un petit nombre de remarques fort couiio, que nous présenterons bien plutôt pour signaler une lacune que pour l'ssaver de la combler.
Le siège des névralgies viscérales est la portion sensitive des nerfs qui
se ramifient dans les viscères, et qui proviennent : les uns exclusivement du système gan^onnaire, les autres à la fois de ce système et de Tappareil cérébro-spinal. L'importance que Ton attache généralement à cette distinction parait exagérée, ces différences d'origine se réduisant eo définitive à une relation plus ou moins directe entre les nerfs viscéraux et le système nerveux dit de la vie de relation : le grand sympathique, pris dans sa totalité, ne dérive-t-il pas du centre cérébro-rachidieu et particulièrement de la moelle épinière?
Les STHPTÔMBS des hyperesthésies viscérales se résument quelquefois en un signe unique : la douleur. Que ce phénomène se manifeste même dans des organes dénués de sensibilité à l'état normal, cela n'a rien qui doive surprendre ; car, en supposant même que la physiologie nous en refuse Texplication, la pathologie ne nous démontre-t-elle pas ce fait, que les parties osseuses et fibreuses, par exemple, également itisensibUs à Tétat sain, peuvent devenir et deviennent souvent ivës-dauloureuses sous rinOuence d'une modification morbide de leur tissu? Vérité souvent démonti'ée, que Magendie exprimait si bien en disant : Rien n'est aussi <«nsible que des tissus insensibles lorsqu'ils se trouvent dans des états pathologiques.
La douleur des viscéralgies, très-variable quant à son intensité, offre cependant quelque chose de caractéristique, A savoir le nuHie spécial de la sensation accusée par les malades. 11 est vrai que c'est là un caractère difficile à décrire et qui ne peut être que très-imparfaitement traduit par les expressions de : douleur vague et profonde, syncopalc, avec sentiment d*anéantissement, etc.
Outre la douleur, on observe communément dans les viscéralgies un certain nombre d'autres phénomènes dénotant un trouble de Tinnervation dans la partie hyperesthésiée : ce sont, tantôt des mouvements morbides qui accompagnent la douleur, tantôt des sécrétions anormales, etc. Déjà, à l'occasion des névralgies extérieures, nous avons signalé des symptômes concomitants de cette espèce, et l'on doit s'attendre à les retrouver bien plus fréquemment encore dans l'étude des névraU gîes viscérales : Pisolement des nerfs sensitifs, isolement presque complet pour certains nerfs cérébro-spinaux, telle est la condition qui préside tout à la fois à la circonspection exacte de l'hyperesthésii* dans une région limitée et à l'existence indépendante de cet état morbidiî ; or, une semblable disposition n'existe nulle part dans le système des nerfs sympathiques. En effet, ces nerfs, mixtes dès leur origine, c'est-à-dire à la ibis sensitifs et moteurs, conservent ce caractère depuis leurs racines, à travers lesganglions etles plexus, jusqu'à leur terminaison daûs les organes. Plusieurs viscéralgies peuvent exister ensemble ; d'autres fois ce sont des névralgies externes qui anncident ou qui alternent avec elles.
La MARCHE des né\Tal<ries viscérales est sujette aux mêmes variations que celle des né^Talgies proprement dites; elle fournit l'un des caractères qui établissent le mieux Tanalo^rie entre ces deux groupes d'affections. L'intermittence est, en effet, ici le trait dominant, tantôt et le plus souvent irréguliêre, d'autres fois périodique. — Même mobilité des phénomènes, mêmes variétés dans le début et la cessation des accidents^ même absence d*évolution ûxe, de phases déterminées, soit d'aug:men(, soit de déiToissemenl, et partant même incertitude de la durée; même issue généralement favorable, tout au moins jamais ou pi^sqiie jamais la terminaison mortelle ne sunient pas par le fait si?ul d'une viscéralgie.
Relativement aux cvuses de ces affections, nous ne pourrions que reproduire les considérations déjà développées à Foi^casion de rétiolojri»* des névroses en général. Nous y renvoyons par conséquent, en insistant seulement sur l'extrême obscurité de cette étiolojrie ; car si Ton peut, jusqu'à un certain point, comprendre comment Tinfluence de diverses «causes débilitantes ou directement excitantes engendre un mode vicieux de rinnenation générale {état nerveux)^ il est souvent fort difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer pourquoi c'est tantôt telle partie, tantôt telle autre qui devient le siège de rhj-peresthésie. La part d'action des causes directes, déjà três-reslreinle dans la production des névi'algies exteiTies, diminue singulièrement, on le conçoit, quand il s'agit d'organes placés pour la plupart hoi's de la portée des causes morbifiques locales : tout au plus peut-on invoquer ce genre d'influence pour certains fail^ isolés (névralgie gasiro-inteslinale, utérine).
Le DIAGNOSTIC de toute viscéralgie est difficile, la situation profonde des parties privant le médecin des ressources si précieuses de l'exploration directe. Aussi, n'est-ce souvent qu'après de longs tâtonnements o( par voie d'exclusion que l'on aiTive à résoudi'c ce double problème : 1* quel est l'organe affecté? 3* l'affection consiste-l-elle tout entière ou presque entière dans la douleur même, ou bien doit-on admettre quelque lésion de texture dont cette douleur n'est que le symptôme ou l'épipht**nomènc? On trouvera d;ms l'histoire particulière des viscéralgies le> détails de ce diagnostic; ici nous devons dire seulement que, pour l'établir, on se fonde sur deux ordres de considérations : les unes, que fournit l'explonition aussi attentive que possible delà région hyperesUiésiéo, ce sont celles qui conduisent principalement à déterminer le siège de la souffrance; les autres, puisées dans l'obsenatioii de l'hyperesthésic elle-même (marche irrégulière, coïncidence avec des névralgies externes, etc.), ou des phénomènes concomitants (apyrexie, persistance d'un état relativement satisfaisant de la nutrition générale), et qui servent à reconnaître la îiaficrc névralgique de l'affection.
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Le PRonosnc des riscéralgies ressort suffisamment de ce que nous avons dit plus haut de la marche habituelle de ces étals morbides.
Leur TRAiTE3fE!in' ne diflère de celui des névralgies que par reflicacité souvent moindre de la médication topique ; il comporte d'ailleurs les mêmes indicatioi»; et principalement celle d*agir sur Tétat général de iëconomie (faiblesse irritable) par un ensemble de moyens hygiéniques K pharmaceutiques destinés à calmer et à fortifier.
Nous allons maintenant aborder Tétude des viscéralgies en particulier, en commençant par relies des voies digestives.