‹ Traité des névrosesChapitre 26 sur 89 · D. — VISCÉRALGIES DES VOIES URINAIRES · texte numérisé non relu

D. — VISCÉRALGIES DES VOIES URINAIRES

Nous ne pouvons être que très-bref sur ces affections dont Tiiistoire est pleine d'obscurité.

Xévralgie du rein. — L'une des moins connues est assurément la névndgie du rein ou névralgique. Indiquée parSydenham (3) comme se rencontrant dans les formes graves de l'hystérie, elle serait caractérisée par une vive douleur lombaire, qui parait parfois se propager le long de l'uretère^ ^accompagne de vomissements, et cède à l'emploi des narcotiques et des antispasmodiques. Hais ni la description de Sydenham, ni celle donnée par les auteurs qui l'ont suivi, ne suffisent pour établir l'existence d'une névralgie du plexus rénal, et encore moins pour en faire 'onnaître les cai-actères particuliers. L'analogie, il est vrai, conduit à admettre l'hyperesthésie de ce plexus comme pouvant se produire même à rélat de complet isolement; mais, pour énoncer à ce sujet autre chose qu'une simple présomption, il faudrait d'abord que Ton eût consUité l'absence de toute altération matérielle de l'appareil urinaire, et plus particulièrement de toute concrétion dans les calices, bassinets, uretères, etc., sous peine de tomber dans l'incertitude que nous avons

(i) Loe. df., p.

(2) Luc. eU., p. 505, t. UI.

(3) Op. omnia. Gtnèxt, 1769, l. I, p. 13S.

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si^alée plus haut dan< l'hisloiiv d»^ rin-palal^ni». Eu s»*cond lieu, il firiudrail avoir prouvé que, chez !«•> fnalad('> >u|ipo<rs atteints de névraljîie.s rénales, on ne s'est pas lai.>>é Iroiuprr par un»» douleur niusculair»' des lombes, ou par une névral{rie du ple\ii< loniliaire.

[Cependant, tout dernièrement, M. Maurire Itaynaud a sij^alé rexi>lence de crise* néphréliques chez un malade atleinl d'alaxie locomotrice (1).

Dans le cas si bien observé par cet auteur, <*es crises avaient pour camctéres : de survenir bnisquement, presque instantanément, dr durer plusieurs jours, parfois de cinq â huit joui-s, et de se terminer avec la même brusquerie qui avait marqué le début ou au contraire d<' cesser d'une façon lente et projrressive; la doub»ur était extrèmemenl vive, anjioissante, expulsive, s'accompagnani d'une sensation de barn* et de pesanteur intolérable; elle avait pour foyer principal tout l'espan* compris entre la réj^non lombaire gauche et la région épigastrique, aver irradiations d'une pail vers l'épaule droite, d'autre part vers la pailir inférieure de l'abdomen, dans la direction de Turelère et de faniiean inguinal gauche. F*endant ces crises, le malade souflVant cruellement, s»* pelotonnait sur lui-même, en fléchissant les cuisses sur le bassin, b> jambes sur les cuisses, et contractait violemment ses muselés abd<uuinaux. De plus, le testicule subissait une rétraction tell<* du côté affecté, qu'il s'appliquait assez fortement contre Tanneau inguinal; il y avait enfin des vomissements ré[)étés, des troubles dans l'émission des urinc^ avec ténesme vésical et une anurie |)lus ou moins complète.

Sans doute, on pourrait même penser à la coexistence sur le mèiin' individu, de l'ataxie locomotrice et de la gravelle urinaire donnant lien a ces syuïplômes douloun.'ux. Mais, dans le fait que nous analysons, Tautopsie a été pratiquée et a jjermis de constater l'intégrité absolue df^ reins, des calices, des l)assinet> et des uretères. Par conséquent ce ea^ doit être assimilé aux crises ga^tralgiques de la sclérose des faisceaux radiculaires. Du reste, en étudiant bien, comme l'a fait M. Maurice Ra>naud, les différents sym|)tômes qui ont caractérisé ces accidents douloureux, on [)Ouvait soupçon uer qu'il ne s'agissait pas de véritables colique> néphrétiques. Ainsi, dans ces dernières, la durée desdouleui's est ordinairement moins longue; elle est le plus souvent de vingt-quatre vu quarante-huit heures, très-rarement de quatre ou huit jours; les acccrevienn(»nt moins fréquemment, et il est exceptionnel de les voir se renouveler j>endant plusieurs mois, pendant six mois, à des intervalles tldeux ou trois jours seulement ; enlin, dans la lithiasi' rénale, on obser^»toujours, en dehors de l'anurie, des tioubles caractéristicpies de la sniv-

(I) M. n:iynau4l, Descr.xes néphréliques tlnns l'iitanc Incitinolricf j.rojrcusire i.Wad. dan»-*' . l"^»" aoùi 1870 et Arch. tjén. de uml., u; l. 187«» .

CYSTALGIE. 209

tioD urinaire, tels que hématurie, présence de calculs, de graviers, parfois de pus dans les urines. — Ainsi donc, pour nous résumer, la longue durée des crises, la fréquente répétition des accès dans un temps relati- Temeot court, labsence de sang, de gravelle dans les urines, sont, en dehors des symptômes concomitants, les trois éléments qui permettent, non pas sans doute d'afTirmer, mais de soupçonner la nature purement névralgique de ces accidents douloureux.]

Cystalgie, — La cystalgie ou douleur nerveuse de la vessie forme une espèce mieux connue, mais à la description de laquelle nous consacrerons d'autant moins de développements, que cette affection est, en grande partie, du domaine de la chirurgie.

La névralgie de la vessie parait avoir pour siège principal le col de cet oipme; quelquefois, elle coïncide avec la névralgie anale, ou en amène le développement à sa suite. Elle s'accompagne fréquemment aussi de dou* leurs uréthrales. Ses causes locales échappent le plus souvent ; Vel peau ( 1 ) dit seulement que la maladie lui a paru dépendre fréquemment de l'état hémoiThoîdaire de la fin du rectum ; Ev. Home pensait qu'elle était occasionnée par une ulcération superficielle de la portion prostatique de Turèthre; elle s'observe, à titre d'épiphénomène ou d'accident consécutif 'hez un certain nombre de sujets affectés de blennorrhée, de rystite ou de catarrhe vésical. Mais, l'espèce de cystalgie qui mérite le nom d'idtopdthique ou d'essentielle se rencontre surtout chez les sujets névropalliiques et les femmes hystériques.

[Du reste, la cystalgie qui s'accompagne le plus ordinairement d'un <^lat de contracture du col, est d'origine centrale ou de cauie réflexe. Dans le premier cas, elle peut être liée à des troubles cérébraux ou à des aflections encéphaliques, ou encore survenir dans les maladies de la moelle et dans les névroses. Sans doute, on observe beaucoup plus souvent la paralysie vésicale et l'incontinence d'urine dans les affections cérébrales, surtout dans celles qui donnent lieu à l'ictus apoplectique ; mais parfois aussi, la contracture cystalgique, peut, en l'absence bien constatée de toute hypertrophie prostatique ou de cystite, survenir conséculivement à certaines lésions du ceiTeau. — De plus, on a vu survenir «et accident, comme Ambroise Paré en cite un exemple, chez les individus faisant de violents efforts pous s'abstenir de mictions.

Dans les maladies de la moelle, par exemple dans la myélite par compression lente, surtout quand la lésion siège très-haut, mais principalement dans Tataxie locomotrice, on observe des douleui's vésicales et uréthrales se manifestant quelquefois au moment des crises fulgurantes, — Dans rhystérie, il s'agit, comme dans tous les cas que nous venons

(t) Dkt. de médecine, loni. Uf, p. 3S8

AUHrfLft. U

de passer en revue, de contracture avec douleur, et l'on peut toujours se demander quel est, de ces deux symptômes si souvent réunis, celui qui engendre l'autre, si la douleur a précédé et produit la contracture, ou si c'est au contraire celle-ci qui donne lieu à la douleur.

Les cystalgies réflexes s'observent surtout consécutivement à une affection des organes génito-urinaires (cystite, ulcération de l'urèthre, maladies du rein, des uretères, calculs urinaires),à des Iraumalismes éloignés (redressement d'une ankylose), à l'action du froid, à des maladies des organes voisins de l'appareil génilo-urinaire (fistule, fissures à l'anus, maladies rectales, simple introduction d'une mèche dans le rectum (1), après un accouchement, etc. Mais nous n'avons pas à nous occuper de tous ces cas.]

Les SYMPTÔMES sont ordinairement bien accusés. Souvent la contracture existe sans douleur, et alors le malade ne présente que de la difficulté d'uriner; mais d'autres fois — et ce sont là les cas que nous avons surtout en vue dans cette description, — la douleur est le phénomène principal, il y a réellement cystalgie dans le vrai sens attribué à ce mot, et alors voici ce qu'on observe :

Des sensations pénibles plus ou moins aiguës devenant intoléral)lt^> pendant la miction ; des envies fréquentes d'uriner, avec spasme douloureux quand le malade veut y satisfaire, d'où l'arrêt brusque du y'\ de l'urine, comme dans les cas de pierre vésicale; les souffrances déterminées par l'introduction d'une sonde, tels sont les principaux signes de cette affection à son premier degré. Plus tard, d'après Hamon (2), la paralysie de la vessie et la rétention d'urine qui en est la suite, viendraient se joindre à la cystalgie.

La MARCHE de la maladie est paroxystique, sa durée quelquefois extrêmement longue, sa terminaison n'est jamais mortelle; cependant rll«* exerce, comme d'autres maladies des voies urinaires, une influence fâcheuse sur l'ensemble des fonctions d'innervation.

L'absence de toute lésion importante, la limpidité des urines dans b» plus grand nombre des cas non compliqués, les phénomènes névropathiques concomitants éclaireront le diagnostic de cette affection. Faute d'avoir tenu suffisamment compte de l'absence des signes physiqui's, tels que la collision d'un calcul avec la sonde mélalliciue, et, pour s\^tre contentés des signes fonctionnels, toujours insuffisants, de célèbres chimrgiens ont fait l'opération de la taille à des sujets qui n'avaient quo df simples douleurs nerveuses. On sait que Roux, entre autres, a commis deux fois cette erreur, et, chose singulière! la guérison de la névralgie

(1) Voirrobs. de Blondcau, in Gai. des /idp.,21 janvier 1869.

(2) De la cystalgie et de son liatementt etc. (f/ii. méd. 1859, t. HI, p. 51.)

CYSTALGIE. SM

a eu lieu dans les deux cas. Celte méprise est d'autant plus possible que la flé^Tal^ie du col de la vessie peut survenir à tout âp^e, aussi bien dans la vieillesse que dans Tenfance.

Le TRAiTEME!«T devra consister ici dans l'emploi des calmants de toute sorte; de plus, le cathétérisme, quoique fort douloureux, est souvent réclamé par la rétention d'urine qui complique la cystalpie; Ilamon se loue des cautérisations faites sur la peau du pubis avec l'acide ni* îrique (i). On fera usa$re également à l'intérieur et à l'extérieur des pn)parations belladonées , broraurécs (bromures de camphre , de potassium, etc.).

E. — VISCÉRALCIES DES ORGANES GÉNrTAUX.

I. — Nous ne ferons qu'indiquer la aéwaicie ccMicviaire ou oper- Miti^Mt. C'est à tort que Yalleix a prétendu la localiser dans la branche ilio-scrotale du plexus loraho-abdominal ; il suffit de comparer les observations rapportées par cet auteur avec les faits cités par Astley lx)oper dans son remarquable Traité des maladies du tesUctde, pour .<aisir toute la différence qu'il y a entre l'hyperestliésie du plexus spermatique et celle des nerfs lombo*abdominaux : tout au plus peut-on supposer que les deux états morbides existent quelquefois simultanément. La névralgie testiculaire ou testicule irritable se trouvant décrite dans les traités de chirurgie, nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps.

II. — L'existence d'une aèmdsie ém Vm^mirm {oophovalgie de queU ques auteurs) ne saurait guère être mise en doute; mais il s'en faut que les caractères propres de cette affection aient été assez bien déterminés pour qu'on puisse en donner une description dogmatique. Les douleurs tantôt sourdes, tantôt lancinantes, que beaucoup de femmes accusent vei*s les parties latérales de l'hypogastre, appartiennent-elles bien réellement à Tovaire frappé de névralgie? Comment les différencier des souffrances occasionnées par une congestion ou une inflammation subaiguë de cet organe? Jusqu'à quel point sont-elles distinctes des points inguinaux de la névralgie lombaire ou des douleurs occupant les parties latérales de Tulérus? Ces questions, ainsi que toutes celles relatives au pronostic et îm traitement spécial de Yoophoralgie, réclament évidemment de nouvelles recherches. Nous aurons cependant à décrire Vht/peresthésie ovanenne dans l'hystérie à laquelle nous renvoyons le lecteur.

il; Voyez aiMsî Névraigie de la vetsk, par Bourfiiîgiion. {Un, méd,^ 1860, t. V, p. 517.)

III. — Névralgie ntérinc. — Celte névralgie a été désignée également sous les noms de métralgie (de p/}T/>a, matrice) d' hystéralgic (vtrrfcov, utérus), à'ulénvs irritable (Gooeh), d'état nerveux de la matrice (Lisfranc ), et appeléepar quelques auteurs allemands rhumatisme de Vuténis, Celle affection, un peu mieux connue que la précédente, serait rare, au dire de certains médecins; mais une pareille appréciation pourrait bien dépendre simplement de la méthode que Ton a suivie jusqu'à présent dans l'étude de la métralgie, rejetant à tort les faits où celte névralgie se rattache comme épiphénomène à quelque lésion utérine (inflammations légères, ulcérations, déplacements divers), rangeant dans une classe a part les phénomènes spasmodiques qui viennent compliquer la souf-^ france hystéralgique, localisant enfin dans le plexus lombo-sacré bon nombre de névralgies propres à la matrice, qui ont dans cet organe leur point de départ et leur principal siège. Quoi qu'il en soit de sa fréquence, la névralgie de l'utérus peut être observée soit pendant la vacuité de cet organe, soit dans l'état gravide.

a. A Vétat de vacuité^ la métralgie se reconnaît aux signes suivante ; douleurs spontames , d'intensité variable, quelquefois extrêmement violentes et rappelant celles de l'enfantement, se faisant sentir d'une iiwnière continue, plus souvent rémittentes ou intermittentes, subissant de^' exacerbatious irrégulières; douleurs provoquées par la pression, ayant pour foyer un ou plusieurs points plus ou moins étendus du col ou du corps de l'utérus, et surtout (Bassereau, Valleix, Beau) de la moitié gauche de l'organe, irradiant fréquemment au vagin, à la vulve, à la vessie, au rectum (et s'accompagnant alors d'un ténesme pénible), aux. membres inférieurs, aux parois de la cavité abdominale et pelvienne (voy. Névralgie lombaire). Quelques auteurs donnent le nom de névral-gie xUéro-lombaire à cette association de névralgies de la matrice et du plexus lombo-sacré.

[Il est nécessaire de distinguer les cas où les douleurs sont générales et paraissent s'étendre à lout l'organe, de ceux où elles sont pai'tielles et affectent seulement une partie de l'utérus. La métralgie partielle occupe le corps de l'utérus, plus souvent le col, ainsi que l'a démontré Malgaigne (1). Pour cet auteur même, le « caractère de cette affection est la présence d'un point douloureux à la pression sur le col utérin, point douloureux presque toujours unique et presque toujours aussi situé en avant, un peu à gauche. » — D'autres fois, l'hystéralgie partielle affecte la forme unilatérale, occupant le coté droit ou le côté gauche de l'organe, mais plus souvent le côté gauche. A ce sujet, MM. NonatetLinas (2) fonL

(1) Sur la névralgie du col de l'utérus, etc., in Revue méd. chir.^ avril 184&

(âi Traité pratique de$ maladies de l'utérus par Nonat et Usas. 2« éd.» 1860^ p» iJSr-

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