‹ Traité des névrosesChapitre 31 sur 89 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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Des A!IESTHÉSI£S ES GÉNÉRAL. 361

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Dans la plupart des régions du système nerveux, les éléments sensitifs et moteurs sont intimement mélangés; de sorte qu'une lésion, ou plus généralement une modification morbide venant à abolir les fonctions nerveuses, il en résulte le plus communément une paralysie simultanée du mouvement et du sentiment, ou si Ton veut, une acutè^ jointe à une anestJmie. Cependant il peut arriver aussi que cette modification respecte complètement les fibres ou les faisceaux de fibres affectés à la motilité, et donne lieu à la seule perte du sentiment : c'est aux fîuts de cette catégorie qu'on réserve plus spécialement le nom d'a«fôthésie{a privatif; MoQriaiç, sensibilité). Ces paralysies exclusives du sentiment étaient bien connues des médecins de l'antiquité. Arétée en pari»» avec une précision remarquable : Paralysis autemniotus iantumfere est actionisque defectio. Quod si nonnunquam solus tactus déficit {raro autem idevenit) potius anœsthesia, id est sensus abolitio^... nominatur (1). Mais, il est juste de le reconnaître, c'est aux observateurs modernes, et surtout aux médecins contemporains, que revient le mérite d'avoir mieux apprécié le degré de fréquence de l'aneslhésie et d'avoir fait de ce phénomène une étude analytique approfondie. Toutefois, h plupart de leurs recherches ont eu pour objet l'histoire de l'anestlu^^* de la peau ; nous étudierons également celle-ci en la faisant précéder, dans ce chapitre, de remarques sommaires sur l'ensemble de la clas>'' des névroses dont nous abordons maintenant l'exposition.

Si, pour nous rendre compte du développement de ces états pathologiques, nous essayons de pénétrer le mode de production des sensations normales, nous voyons que celles-ci exigent le concours de trois sortps

{i) De causis et signis diut. morborumy lib. I, cap. vu.

doi^:anes, oifancs à la vérité coDtinuSy mais cependant distîocts et jusqu'à un certain point isolables :

V les extremiiés nerveuses^ dont le rôle consiste à recevoir certaines impressions résultant, soit du contact des agents extérieurs avec Foi^nUme, soit des modifications spontanées que subissent les diverses par* lies da corps;

j* Les jut/s eemiripèieSf chargés de propager cette impression jusqu au sensorium ;

o' Le sensorium^ qui la recueille et la perçoit, ou en d*autres termes, la transforme en sensation proprement dite.

Ainsi : extréaiités nerveuses sensibles, nerfs conducteurs sensitifs, parties sentantes des centres nerveux, tels sont les trois instruments de toute sensation, les trois étapes qu'elle parcourt successivement.

Voyons maintenant ce qui arrive dans Tétat de maladie :

a. Si la perception est détruite dans le sensorium, Timpression aura Wa avoir lieu, les nerfs auront beau la transmettre jusqu*à certaines |tarti^s des centres nerveux, la sensation sera nulle; et c'est là un pnniier mode de production de Tanesthésie. Il s'observe dans les cas de l«^sion organiquede Tencéphale (apoplexie, ramollissement, tumeurs), dans ceux oà les fonctions de cet- organe sont affaiblies ou détruites par divers agents stupéfiants, tels que les narcotiques ou le chloroforme, pendant le sommeil, ou quand une vive préoccupation détermine une inattention extrême.

b. Lorsque Fétat du sensorium est tel qu'il ne s'oppose en rien i la perception, mais que la continuité des conducteurs nerveux se trouve interrompue, il en résulte un deuxième mode de production de l'anesthé>ie. On en voit des exemples à la suite de la section des nerfs dans les opérations chirurgicales ou dans les accidents traumatiques, de Tatrophie ou de la compression des nerfs par des tumeurs, etc.

c. Enfin, les centres nerveux et les nerfs étant à l'état normal, si l'organe où se distribuent les extrimités des nerfs sen^ibles vient à éprouver quelque modification morbide, il y aura encore anesthésie. Telle est la cécité qu'entraînent les altérations de la rétine ; l'anosmie du coryza ; ] insensibilité de la peau, suite d'applications réfrigérantes.

(Il faut bien distinguer ces derniers cas dp ceux où la sensation ne manque que faute des conditions purement physiques nécessaires à son aci-omplissement; exemples : la cécité qui résulte de la présence d'une cataracte, la surdité par accumulation de cérumen dans le conduit auditif, etc.)

Etant admis les trois modes de production de Tanesthésie qui vi^^nnent dètre indiqués, peut-on faire de ces données une application à la patliologie clinique, et déterminersi l'ancsthésie est produite ici par une affection des centres nerveux, ailleurs par une lésion des nerfs ? Peut-on

y puiser des motifs pour agir sur telle partie du système nerveux plutôt que sur telle autre, dans le but de rétablir la fonction altérée? Voici quelques indications qui pourront servir à résoudre ce double problème.

A . Tout d'abord reconnaissons que, s'il est intéressant au point de vue physiologique d'étudier séparément les attributions de la partie épanouie des nerfs qui reçoit l'impression et les fonctions des conducteurs qui la transmettent, une pareille délimitation devient souvent impraticable en pathologie. En effet, à moins que la membrane ou Torpine dans lequel se ramifient les fibrilles périphériques des nerfs sensitifs ne soit atteint de quelque lésion anatomique bien circonscrite, il sera, dans la plupart des cas, difficile ou même impossible de déterminer le siège de l'anesthésie avec une si grande rigueur. C'est surtout dans les anestlîésies dites nerveuses, c'est-à-dire sans lésion locale, qu'une semblable détermination sera souvent embarrassante et même qu'elle pourra paraître oiseuse. L'amaurose sine matèria a-l-elle pour siège le corps du nerf optique ou bien la rétine? Dans l'anesthésie cutanée des hysl*'riques, est-ce aux papilles ou aux nerfs de la peau qu'il faut rapporter le phénomène? Vu l'impossibilité où l'on est souvent de se prononcer à cet égard, nous considérerons comme identiques l'anesthésie par défaut d'impression et celle par défaut de transmission, les désignant indistinctement sous le nom commun d' ixneslhésic périphériqtie.

B. Ainsi comprise, l'anesthésie périphérique peut-elle être dilTérenciée de celle qui a lieu par défaut de perception? Avant d'aborder celle question, quelques éclaircissements sont nécessaires. Quand nous avon5 parlé des fibrines nerveuses centripètes ou sensitives, et que nous les avons envisagées comme distinctes des centres nerveux où s'accomplil la perception, nous avons eu en vue une sorte de système nerveux idéal, où ces deux ordres d'éléments, les uns de transmission, les autres de sensation proprement dite, n'aflecteraient les uns avec les autres qu^ des rapports de continuité. Mais, en fait, il n'en est pas ainsi. D'uue part, dans la moelle épinière, outre les fibres destinées à transmettre les impressions au sensorium et celles qui conduisent à la périphérie les impulsions motrices, on trouve d'autres éléments dits de centralitc, dans lesquels les impressions sensitives peuvent s'arrêter, non pour devenir sensations, mais pour servir d'excitant à certains mouveinenl>. D'une autre part, le cerveau, siège de la perception, n'est cependant pas exclusivement constitué par des éléments sentants : il renferme do phi> la continuation ou la terminaison des conducteurs sensitifs que nou^ avons vus partir de la périphérie. Donc sur ce deuxième point cdcop', nous sommes forcé d'abandonner la vérification immédiate de lalliéorie.

H la queslion ne peut être posée qu'en ces termes : Est-il possible de Ji-tinjruerraneslhésie qui résulte d'une affection des nerfs périphériques <lr' rano>lhésie que détermine un état morbide de la moelle et de celle (|ni provient d'une condition pathologique de l'encéphale lui-même? La réponse est affirmative, du moins pour un grand nombre de faits.

C. In organe est anesthésié, avons-nous dit, lorsqu'il a perdu plus

• Il moins complètement la faculté de faire arriver à notre conscience les riiodilications qu'il subit, soit spontanément, soit quand on y provoque •ii\»'rses excitations.

Mais, 1* l'existence de l'anesthésie n'exclut pas la possibilité pour le N n>oriuTn d'avoir des perceptions qu'il rapporte à l'organe même de- •v nu insensible : on entend les paraplégiques accuser des douleurs dans î'Miy membres inférieurs, que l'on peut cependant piquer et pincer Niii< que les malades en aient conscience ; les amaurotiques incapables 'I- «li^linguer le jour des ténèbres, se plaignent de voir des flammes, 'i*- •'Hocelles; les sourds sont tourmentés de bourdonnements d'oreille, ••'• . Ces phénomènes rentrent dans ce qu'on désigne sous le nom 'l'niœMhesia dolorosa, et nous v avons suffisamment insisté dans T'iude des névralgies pour n'avoir pas besoin d'y revenir.

i Les parties anesthésiées, en même temps qu'elles cessent de pouvoir tniDsinettre au seosorium les modifications qui se passent en elles, peu- ^ al avoir perdu ou conservé le pouvoir d'exciter les mouvements dits ' Hxes. Dans tel cas d'anesthésie des membres, le pincement de la peau »■ w perçu par le malade sera suivi d'une flexion ou d'une extension *^D* rgique, dans tel autre la même manœuvre ne provoquera aucune ''ODiraclion musculaire.

5 Les parties anesthésiées tantôt n'éprouvent aucun changement dans tiir nutrition, tantôt en subissent un plus ou moins considérable; quelle diir»*'rence entre l'anesthésie des femmes hystériques dont les membres "•nM'nenl souvent l'aspect le plus normal, et l'anesthésie qui est la con- ^•••iui»nre d'une fracture de la colonne vertébrale et qui se complique si fi^'tnplement d'ulcérations et de gangrènes!

» Enfin, tantôt la moitié des parties ancsthésiées est lésée, tantôt elle i' rM>te dans toute son intégrité; les fonctions psychiques elles-mêmes ^•Qt normales ou altérées.

fl. C'est à l'aide de ces données, et en y ajoutant celles que fournissent ' '»ndue, le siège, le degré de Tanesthésie, qu'on arrive à reconnaître •• M/'<;e probable de la modification morbide dont l'insensibilité est la

♦ •«OMquence ; le tableau synoptique suivant résume les principaux caraa» res différentiels :

(ANESTHÉSIES par suite d'une affection cérébrale. ANESTHÉSIES CÉRÉBRALES.)

Étendue presque toujours considérable; quelquefois rinsensibilité envahit la totalité du corps ;

Siège unilatéral et du côté opposé à celui qu'occupe la légion de l'encéphale ;

Mouvements volontaires presque toujours abolis en même temps que la sensibilité; mouvements réflexes souvent conservés; coïncidence d'un trouble plus ou moins manifeste des facultés intellectuelles et morales; enfin, dans certains cas, altération de la nutrition des parties paralysées, et, lorsque certaines parties de l'encéphale sont lésées (pédoncules cérébraux, capsule interne, etc.), dégénération secondaire des cordons latéraux de la moelle et contracture hémiplégique.

Les malades, tout en ayant perdu la faculté de percevoir les impressions qui ont leur source dans les parties anesthésiées, éprouvent cependant diverses sensations qu'ils indiquent comme ayant lieu dans ces mêmes parties insensibles. Ce caractère est commun à toutes les anesthésies sans perte de connaissance; nous le mentionnons ici une fois pour toutes.

ANESTHÉSIES CONSÉCUTIVES A UNE AFFECTION DE LA MOELLE. (ANESTHÉSIES SPLNALES.)

^/ewdt/e souvent considérable, mais cependant en général moindre que dans les cas d'affection cérébrale;

Siège habituellement bilatérale^ symétrique^ principalement au Ironr et aux membres inférieurs. Quand l'anesthésie est unilatérale, ce qui est rare, elle occupe le côté du corps correspondant au côté affecte du cordon rachidien. Mais il existe aussi des paralysies croisées par lésion unilatérale de la moelle (Brovvn-Sequard).

Mouvements volontaires souvent abolis ou diminués, quelquefois intacts; mouvements réflexes^ tantôt conservés, tantôt supprimes, suivant qu'au-dessous du point lésé il reste ou non un tronçon de moelle saine, conservant ses propriétés excito-motrices; atteinte souvent profonde de la nutrition.

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