‹ Traité des névrosesChapitre 48 sur 89 · CONTRACTURE D£ LA FACE · texte numérisé non relu

CONTRACTURE D£ LA FACE

après Fautre dans la pai-alysie ihciale, peut, au début de la contracture, do/iner à l'aspect de la face et à la physionomie des aspects variés : la contracture du petit zygomalique arrondit en la creusant la ligne nasolabiale, et donne une expression chagrine ; le grand zygomatique élève la commissure et donne une expression de gaiclé (1), etc. Enfin, quand tous les muscles de la face sont contractures, l'expression de la physionomie est absolument indifférente et incapable même, par suite de son immobilité, de traduire les émotions de Tâme.

Cette contracture affecte en général une marche lente et progressive, elle a une grande tendance à persister indéfiniment.]

Dans certains cas, elle se complique de paralysie des muscles faciaux et d altération dans leur texture; d'autres fois elle est accompagnée de douleursnévralgiques occupant les branches du trijumeau, d'anesthésic cutanée, etc.

Causes. — Quelquefois la contracture se rattache à un refroidisscmen. qui détermine dans Tun des nerfs de la septième paire une sorte d'irritation directe, ou si Ton aime mieux une condition pathologique opposée à relie qui, dans les mêmes circonstances, donne fréquemment lieu aux paralysies rhumatismales.

Plus souvent la contracture est liée à l'existence d'une paralysie : quel que mi le lieu où la continuité physiolop^ique du nerf se trouve interrompue, que ce soit dans sa portion périphérique (paralysie rhumatismale de la face) ou dans sa portion centrale (hémiplégie apoplectique), les muscles du visage, privés de leur mouvement volontaire, peuvent devenir le siège d'une contracture consécutive.

Ducheone a vu cet accident se produire aussi lorsque, dans le but de ramener la contractililé des muscles hémiplégies de la face, on faisait trop longtemps usage de l'excitation électrique, ou Ton employait des excitants trop énergiques. Dans celle circonstance, c'est, comme on le voit, une sorte d'irritation directe des muscles qui devient le point de départ de la contracture.

Cet état de corrugation permanente peut survenir dans la moitié du ^i^a^îp opposée à celle occupée par la paralysie : on sait que dans l'hémiplégie faciale récente, les traits sont tirés vers le côté sain, parce que leur '-ontraclion tonique cesse d'être contre-balancée par celle des muscles du côlé opposé ; dans l'hémiplégie faciale ancienne, on voit quelquefois le même phénomène persister en s' exagérant.

[On peut noter aussi des causes agissant par voie réflexe. Ainsi la contracture des muscles, ou plutôt d'une partie des muscles de la face s'ob-

' t) Voy. à ee sujet l'admirable ouvrage de Ducheone sur U Mécanisme de la physionomie hmine, etc., 1886.

AXERFELD. 31

4fê >É> ROSES DE LA MOTIUTÉ.

serve à la suite de révolution difGcile d'une dent de sagesse, ou encorti d'une alïection de rarliculation lemporo-maxillaire.

Enfin, celte maladie peut suci:-éder à un traumalisme, et M. Dupliy ▼ient de citer l'observation, àpeu près unique dans la science, de conlncture de la face survenue d'emblée, sans paralysie antécédente, et consécutive à un coup violent reçu sur cette partie. Dans ce cas, on ne p 'Ul eipliquer physiologriquement celte contraction par l'inflammation d.s muscles succédant à une violence traumatique ; il est bien plus probaUe qu'il s'afit d'une contracture réflexe déterminée par l'irritation traumatique du trijumeau, répercutée sur le nerf masticateur et les branches du nerf facial.]

Diagnostic. — La contracture de la fare oflre principalement de Tintérêt au point de vue du diagnostic. Elle peut être confondue avec liti-:galilé cotigénilale des deux côtes du visage; mais on observera, loivjU',celte disposition existe, que la face, à cela près d'une légère désharm»»nie, présente d'ailleurs tous les caractères de l'état physiologique et conser\'e la liberté de tous ses mouvements.

Il nous paraît plus important d'insister sur les erreurs auxquelles la contracture peut donner lieu en raison de sa ressemblance ou de sesraj»ports avec la paralysie faciale. Plusieurs cas peuvent ici se présenter:

1' 11 existe une contracture simple, que nous supposerons occuper 1 côté droit. A un examen superficiel, si l'on ne se rend pas bien compte de la déformation des traits, on peut attribuer celle-ci à une paralv>if' du côté droit. De pareilles erreurs sont fréquemment commises; mais ii suffira d'un peu d'attention pour ne pas confondre deux étals si coniplclement opposés.

â"* La même contracture simple du côté droit peut faire penser quo la face est paralysée à gauche. On est tellement habitué à voir la déviaii«»n des traits se faire du côté opposé à l'hémiplégie faciale, que, renconlraLl le premier de ces phénomènes, ou est toujoui^s prêt à supposer revi>tence du second. L'erreur sera facilement évitée si Ton a soin d'exaiuiii' r Tétai du mouvement à gauche et si l'on en constate l'intégrité.

3" Une contracture s'est développée à droite consécutivemenl à un paralysie du même côté de la face; en pareil cas, non seulement on méconnaît facilement la paralysie, c'est-à-dire Télémenl le plus impi^rtant de cet état complexe, mais on s'expose encore à admettre une pai,lysie à gauche là où il n'en existe pas. Il devient dès lors nécessaire •!'. faire une double exploration : pour s'assurer de la molililé persistantr i! . côté gauche ; — pour découvrir la perte du mouvement dans les musi l .* du côté droit; si Ton veut atteindre ce second but, il faudra tenir con'j : ■ ^«s renseignements commémoratifs, de l'examen direct, de l'exploration

ctrique, etc.

Ces quelques développements trouveront leur justification dans 11mportance qu'il y a pour le clinicien à déterminer avec précision le siège de rhémiplégie faciale : des recherches importantes ont montré, en effet, quel parti on peut tirer de la paralysie ntllerne (c*est-à-Kiire occu* pant la face & droite et les membres à gauche, et vice versa) pour le diagnostic des maladies localisées dans la protubérance annulaire.

Pronostic — La contracture faciale ne présente de gravité que celle ' empruntée aui affections dangereuses dont elle est quelquefois le symptôme. Considérée en elle-même, c'est une difformité choquante et souvent irrémédiable.

Traitement. — Il y a une sorle de traitement préventif qui consiste à éviter soigneusement tout ce qui peut surexciter les muscles menacés de cootraclure : ainsi il faudra diminuer remploi de Télectricité, en suspendre Tapplication aux parties paralysées. Duchenne a obtenu des succès en électrisant les muscles du côté sain, comme pour y faire naitre une contsaction rivale de celle qu^il s'agit de vaincre : ces ingénieuses tentatives sont destinées à réussir surtout quand la première cause de la contracture a cessé d'exercer son influence : il s'agit alors de rétablir rhairnooie des traits en opposant à la tonicité en excès des muscles affectés une exagération artificielle de la même propriété dans leurs aniagonistes demeurés à Tétai sain.

UL — Spasmes fonctionnels. — Crampe des éoriTains.

■iMtosnpkto. — GiERL. Ueber ein eigenthuml. Zittern der Finger fier rcchten

ïïand(Salzb. med.-chir, Zeitung, t. II, n» i9, 1832). EiTNER.— {Salzb, med.'Chir, Zeitung, t. III, n* 73, 183:2). DzûSDi. — (.Eiculap. Neue Folge, DJ. I, II. :2). N. Cervello. — Sur les maladies de nalure spasmodique et les antispasmodiques

{Gaz. dinica dello spedale civico di Palermo, 1833). .\lbers. — Veber ein en eigenthiiml. Krampfbeim Schreiben{Med,Zeitunfj v. Vcrein

l Heilkunde in Prcussen, n^" 9, p. 37, 1835). SiEBou). — Beitrag, zu dem von Albert mitgetheiltenAufsatze {Med. Zeitung v. Ve-

rein /. HeiOc. in Preussen, n*> 19, p. Si, 1835). Brick.— Veber die WirkungendesMagnets(nufeland'sJournal,\S2ôySLi,^,^d),

— l'eber den Schreibekrampf {Caspers Wochenschrift, u<* 12, 18il). J.-J. Cazenave. — Gaz. méd. de Paris, n* 33, 1830. — De quelques infirmités de la

min droite. In-8, Paris, 18i5.

Troschel. — SelteneFormenvonNervenubeln{Med. Zeitung, c. Verein f. Heilk. in

Preussen, n« 44, 1836).

Heyfelder. — (Medic. Vereinszeitung iuPr., n" 1, 1835).— S(tt(/i>n im Gebieted.

Heilmssenschaft. Ia-8. Bd.I, p. 169, StuUg., 1838.

GoLDscuMiDT. — Dit krankhafie Unfàhigkeit zuschreiben (Casper's Wockemchrifl,

L. Stromeyer. — Ueber den Schreibekrampf (spasmus habitualis musculi fleiorb

pollicis longi) (Bat/er. Med, Corresp. Blatiy n" 8, 1810). Tr.«ger. — {Casper's Wochenschrift, n° 25, 18i0.)

B. Langenbegk. — Ueber habituelle Fingerkràmpfe (Allgem, Zeitung f. Ckinirgie. Erlangen, 1841).

Fritz. — Ueber Reflexiom Fingerkrampf {Oest. Jahr.y 1844).

Cazenave, de Bordeaux. — De quelques infirmités de la main droite qui s'oppomi

à ce que les tnalades puissent écrire, 1846. RaMBERG. — Schreibekrampf {Lehrb, d. Nerven-Khankheiten, 2* édit. Berlin, 1X51.

2'« abth., p. 59).

Romberg et Henoch. — Klinische Wahrnehmungen. [n-8,p. 61, Berlin, 1851. Clemens. — {ZeUschr.f. rationnelle Medic in, t. X, 1851.) Basedow. — (CflSjpcr's Wochenschrift, n^ 32, 1851.)

Union médicale^ p. 371, 1853. Société médico-pratique de Paris.

C. ZuRADELLi. — Del crampo degli scriltori {Gaz. med. ital. lomb., 1857). Seccamani. — Crampe des écrivains guérie par V électricité (Gaz. méd., 1859). Dlchenne (de Boulogne). — Dm spasme fonctionnel et de la paralysie musculaire

fonctionnelle, in Bulletin de thérapeutique, 1800. Haupt. — Ueber d. Schreibekrampf (Wierb., 18G0).

TuPi^ERT. — Zur Behandl. des Schreib. (Bayr. àrztl. Intelligenzblatt, 1800). Remak. — Ueber Gesichtskrampf (Berl. Klin. Wochens., 18G4). SoLLY. — Lectures on scrivener's polsy {Lancet, 1865 et 1867). Meyer. — Zur Therap. des Schreibekrampf, 1867.

A. Ei'lenburg. — Lehrbuch der functionnellen uervenKrankheiten, p. 684, ISTI. Onimus etLEGROS. — Traite d'électricité médicale, p. 326, 1872. KiPpER. — Ueber Klonische Krdmpfe der Schlingmuskeln {Arch, f. Ohrenhed-

knnde, 1873).

F. RuNGE, de Nassau. — Zur Genèse und Behandlung des Schreibekrampf'^^

{Berl. klin. Wochens., no21, 1873).

Sïicii. — Zwi'i Fàlle von Schusterkramf {Deutsche s Arch. ftir klinische Mcdu^a.

l. XI, 1873).

IUtnge. — Zur Genèse u. Beh. des Schreib. {Berl. klin. Wochen., 1873). L. BiANCiii. — // crampo degli scrittori{ll Morgngni. Napoli, fasc. l*"", p. 36, IHTwi H. FoLET. — Physiologie des convulsions fonctionnelles, etc. {Ann. de la Si>c. d'

méd. de Liège, 1873).

Clignet. — Spasme fonctionnel de la tête et du bras {Bull, méd. du Nord, p. Ji-v

G. -Vivian Poore. — Pathologie et traitement de la crampe des écrivains (the PrncU-

tiofier, 1873). —De V emploi de V électricité dans la crampe des écrivains [Lan<^t,

1875). — Analyse de 75 cas de crampe des écrivains et des troubles delafaruAt

d\>crdre {Med. Times and Gaz., p. 210, 1878). Reubenvance. — De la crampe des écrivains (the Boston med. and surg.joumdf

mars 1873).

Prziiiram. — Crampe des écrivains; guérison par les courants continus {Bohu.

Corr. bl. p. 5, 1873.) RiEGEL. — (Deutsches arch. fiir klinische med., XII, 1874.) T. ScHL'LTZE. — (Berl. klin. Wochens., n" 8, 187i.) Frank Smith. — {The Lancet, "21 mars 18(»9.) — On Hephœstie hemipleijia 'Jf

U immc Palstj {Brit. med. Journ., oct. 1874).

Deietruoes. — De$ VMutemenis contmUifi des muscles rotateurs de la tête, Er-

langen, 1874.

U\GU}i. ^ Affection convutsivCt chez un trusteur, des muscles de V épaule et du brasy autrement désignée sous le nom de spasmes fonctionnels (Soc. de biologie, mai-s 1874, et Gaz, méd. de Paris, p. 182). ScHCLTZE. — Crampe des danseuses (Anz. d. Ges. d. Aerzte in Wien, 1874). O.Nunjs. — Crampe des employés au télégraphe (Gaz. méd, de Paris, 1875). Nemx. — Schmerzhafte Druckpunke d, Wirbelsàule (Berl, klin. Wochens.,

1875). A. Fhby. — Ueber den saltcUorische Reflexkrampf {Arch. f, Psych. u, Nervenk.

HcGHLiNGS Jackson. — Spatmodic affection of the right Arm and Leg {the Lancet,

E. BiKTKA,^ Traitement de la crampe des pianistes par /e gelsemium sempervirens

{Peterburg med. chir. Press, 1876).

C. Mills. — Des crampes localisées (Phil, med, and Simj. Reporter, août 1877). W. Erb. — Handbuch der krankheiten des Nervensystnns, t. I, p. 319, 1877. S. Weir Hitchbll. — Des spasmes fonctionnels (American Journal of médical

sciences, 1876, et trad. in Progrès méd., n»* 12 et 13, 1877). Gallaro. — Crampe des écrivains (Progrès méd,, 1877, et Clinique médicale,

G.-J. Pi'TNAM. — Spasme fonctionnel (Boston med, and surg. journal, 1877). Choltpe. — Contraction des membres inférieurs provoquée parla marche (Soc. de

biologie et Gaz. méd, de Paris, 1877).

G. Beard. — Du traitement de la crampe des écrivains (Philadelphiamed. Times,

féTrier 1877 et Journal de thérap., p. 838, 1877). W.-R. GowERS. — Bemarkson two cases of Writer^s cramp (Med. Times and Gaz,,

RosEîfTHAL. — Traité clinique des maladies du syslhne nerveux (trad. par î.ii-

bao^ki, p.614, 4878).

Grasset. — Leçons sur les maladies du système nerveux (t. 11, 1878). R- Wilde. — D^ la aampe des écrivains et des états analogues (Diss. inaug.,

Breslau, 1875).

H.vj(»oND. — Voy. Traité des maladies du système nerveux, p. 943, ch. x, sur la

Paralysie anapéiratique.

y Sinon. — Nouveau Dict, de méd. et chir. pratiques, art. crampe.

[Définition. — Comme on le verra par la suite, le mot c crampe •les écrivains », employé exclusivement dans la première édition do ai ouvrage, est compris dans un sens trop restreint et ne répond pas toujours aux groupes symptomatiques qui constituent cette afleclion.

Le mot € crampe i est défectueux, parce qu'il ne s'agit pas toujours d'un spasme; de plus, ce ne sont pas seulement les écrivains qui peuvent être atteints. C'est pourquoi il convient mieux d'employer les désignalions de spasmes fonctionnels ^ d'impotence fonctionnelle pour décrire une série de troubles de la motililé produits par un fonctionnement musculaire exagéré. Néanmoins nous décrirons toujours comme

i>6 VÉTBOSES DE U MOTIUTÉ.

type la crampe des éerÎTains, noas réserranl de passer eo reme plos loin les autres faits d'impotence fonctionnelle].

Symptômes. — Chaque fois, dit Romberg, que le malade essaye d'écrire, des mouTements convulsifs sunrienneol dans le poace, Tindei et le médias; la plume s'échappe par en haut el par en bas, et ne trace qu'on ^ffonnage informe.

Canstatt distingue une crampe des extenseurs, qui est rare (les doigts s'»'cartent el la plume tombe), et une crampe des fléchisseurs qui meuvent les trois premiers doigts on un seul d'entre eux : souvent le pouce seul est fléchi ou agité de tremblement.

Plus le malade s'opiniâtre dans ses tentatives pour écrire, moins il y réussit, car aux contractions des muscles du pouce s'ajoutent celles des muscles de Tavant-bras et même du bras. Il se manifeste dans la main des sensations pénibles de pression, constriction, ou des douleurs qui s'étendent du bras vers le dos de la main.

Un sijme pathognomonique, c'est la cessation instantanée de ces accidents par le repos; en outre, la main devenue impropre à l'écriture reste capable d'exécuter toute autre combinaison des mouvements; enfin les fonctions neneuses du membre demeurent à l'état normal. Il est cependant des malades chez lesquels, même en dehors des mouvements spéciaux que l'écriture exige, on obsene le tremblement des doigts, de petites con\'ulsîons des mains ou même quelques secousses choréiformes dans d'autres parties du corps.

[Les difl*érentes formes qu'aflecte la crampe des écrivains sont du reste très variables. Le plus ordinairement, la contraction des muscles est indolente, et dans certains cas extrêmement rares il s'agit d'une vérilabl»* crampe, c'est-à-dire d'une contraction douloureuse des muscles. Ain^i» M. Gallard cite le fait d'un individu atteint de crampe, surtout de l'indicateur, qui se contractait sur le porte-plume de façon à le briser ou à le tordre, et qui accentuait parfois le mouvement de flexion de ce doijrt à tel point que l'extrémité de l'ongle marquait son empreinte dans la paume de la main (1).

Non seulement les muscles de la main peuvent être atteints, niaL^ aussi ceux du poignet, et Duchenne (de Boulogne) parle de deux malades dont la niain exécutait un mouvement de supination, sitôt qu'ils avaioni tracé un mot; de sorte que le bec de leur plume regardait en Tair sans qu'ils pussent s'y opposer (2).

D'autres fois, il s'agit plutôt d'un simple tremblement ou de mouvements choréifoïTncs. Ainsi im avocat, au moment d'écrire, éprouvait un

(1) Gallard. -- ainique médicaie, p.4S3.

{i) Ducheone, de Boulogne. — De l'Electrltatian locaUsée,

3" édit., p. lOii.

tremblement irrésistible dans le petit doigt ; le mouvement commençait par les fléchisseurs de l'afant-bras, il envahissait la main et augmentait en raison mémede Tinsistanee que le malade mettaiti écrire (Duchenne). Un antre traçait des caractères assez nets dès qu'il commençait à écrire, mais rapidement la fatigue survenait, des mouvements irréguliers et désordonnés se passaient dans les doigts, et à un certain moment la plame était projetée sur le papier contre la volonté du malade et sans qu'il pût bien s'expliquer le iàit (Gallard). Il s'agit donc plutôt, dans ces faits, de mouTements choréiformes {chorea scriptorum).

Enfin, à côté de ces formes spasnhodique et choréiquej il existe une forme paraljfli^ue. Duchenne cite même deux cas où ï impotence fonc* tioonelle était des plus accusées. Un secrétaire avait commencé par ressentir d'abord de la fatigue dans Fépaule droite dès qu'il commençait à écrire; puis, raffection faisant des progrès, on vit survenir les symptômes suivants : Les doigts dirigeaient d'abord parfaitement la plume; mais dès que la fatigue sui'venait après avoir écrit un ou plusieurs mots, lamain et l'avant-bras semblaient cloués au bureau. Un certain temps de repos rendait au malade le pouvoir d'écrire quelques lignes , puis bientôt apparaissaient les mêmes troubles fonctionnels ; il était dès lors impossible à cet homme de iaire tourner son bras de dedans en dehors, et en conséquence, de mouvoir dans la même direction son avant-bras fléchi sur le bras. Aussi devait-il, après chaque mot, tirer avec sa main gauche le papier de droite i gauche pour écrire le mot suivant, il s'agissait bien dans ce cas d'une paralysie du muscle sous-épineux (1). — Dansnnauti*e cas, observé toujours par Duchenne, un teneur de livres présentait une paralysie de Tadducteur du pouce ; après avoir ti*acé une on deux lignes, il laissait tomber sa plume des mains, et ne pouvait plus écrire qu'en la plaçant entre le médius et l'index.

Il résulte donc de la connaissance de tous ces faits, que ce que l'on désigne communément sous le nom de crampe des écrivains correspond à des troubles variés, et que le mécanisme qui préside à cotte singulière affection n'est pas toujours le même ; que rarement il existe une véritable crampe, dans la vraie acception du mot, c'est-à-dire une contraction plus onmoins douloureiAse d'un ou de plusieurs muscles; que le plus souvent il s'agit d'un spasme fonctionnel d'un musrie détruisant par son existence même la synergie des mouvements nécessaire à l'accomplissement de récriture; et que parfois certains muscles, loin de se contracter d'une façon exagérée à l'occasion de ces mouvements, sont frappés d'inertie (impotence fonctionnelle).

Il ne faut pas croire que cette sorte d'asynergie motrice soit limitée

M) Voy. dans la Physiologie des mouvemeîUs, par Duchenne, en IKOr». le luécaaismo des troubles fiMclioimeU oetmkouaéê par la paralysie du muscle soua-épincux.

i^S XEVPiOSES DE U MOTILITE.

seulement à Tacte décrire. Sans doute, dans la plupart des cas, il en -t tonjoursainsi; mais parfois aussi Tinhabileté existe pour d'autres raouvmenls. Ainsi un malade de M. Gallard, qui avait renonof à écrire eld ni les occupations consistaient uniquement à coller des timbres mobil-^s sur des quittances, éprouvait la plus g^rande peine à se servir de la main droite pour ce travail et s'était vu obligé de sesemr de la main gau' h'\ Tous les mouvements qui demandent une contraction régulière et synergique des muscles de la main et des doigts étaient difficiles, sicon impossibles: ainsi il ne pouvait saisir une épingle, jouer aux cartes, tonrner les feuillets d'un livre, faire le nœud de sa cravate, tenir une cuillère on une fourchette, ou passer le peigne dans ses cheveux. Les troubles delà motilité se produisaient surtout dans ceux des mouvem»'!ii> « qui nécessitent la flexion et l'extension alternatives des doigts. Aussi, lorsqu'il s'agissait d'obtenir le résultat voulu, le premier mouvement Ju malade élait-il de supprimer en quelque sorte l'extension et de {•li'T les quatre derniers doigts dans la main, de façon à opposer au pou«\\ non plus l'extrémité de l'un ou de l'autre de ces doigts, mais bien !a face externe des deux premières phalanges de l'indicateur (1). >

r^ndn, il est à remarquer qu'on a vu parfois les mêmes phénoni»''n$ se reproduire lorsque le malade eut appris à écrire de la main pau« h^^.

Les troubles de la sensibilité que l'on a observés dans cette atïorii.n sont variables et très inconstants : douleurs sur le trajet des nerfs du bias ou de l'avant-bras, dans la continuité des muscles contractés; douh^ ji5 à la pression de certainesapophysesépineuses; quelques sensations d'engourdissement et de fourmillement. Millier, atteint lui-même, sentait dan? les doigts de petits chocs analogues à des secousses électriques (2). Erli a noté dans certains cas des mouvements spasmodiques dans d'aulr -s parties du corps, un peu deparésie des extrémités, avec du tremblenv rii et une impressionnabilité nerveuse assez prononcée. Mais il est probal* e que ces faits concernent des aflTections complexes des centres nerveux, comme dans une des observations de M. Gallard, où cet auteur a consinit^ l'existence de troubles ataxiques et d'une anesthésie assez accusée.

L'exploration électrique ne donne lieu àaucun symptôme digne ti'«*-r': noté, malgré les opinions contraires d'Erb et d'Eulenburg.

Jusqu'ici, nous avons eu surtout en vue la description de la crarnpt^ des écrivains; mais, ainsi que Duchenne (de Boulogne) et les auteurs qn l'ont suivi l'ont fait avec raison remarquer, l'impotence fonctionnelle nVît

(1) Gallard. — Loc, cit.., p. .i^i-455.

{J) Cité par Grasset. — Leçons sur les maladies du système nerveux, t. H, p. 415,

SPASMES FONCTIONNELS. iS9

pas seulenoien: spéciale à ceux qui écrivent beaucoup; elle peut aussi se montrer dans une foule de circonstances, et elle a dans lous les cas une étiologie commune : Y excès de fonctionnement de quelques muscles pour raccomplissement de certaines professions. Ainsi, on a observé cette aiïection chez les pianistes, les violonistes, les danseuses, etc., ce qui prouve que cette impotence fonctionnelle est presque toujours liée aux professions {impotence fonctionnelle et professionnelle). Les exemples suivants tiendront lieu de démonstration à cet égard (1) :

Chez les employés au télégraphe^ on a noté Texistence de spasmes fonclionnels sous le nom de mal télégraphique ou de crampe des employés au télégraphey chez ceux qui emploient surtout Tappareil Morse. On sait qu'avec cet appareil les lettres sont représentés par une association de traits et de points. Or, un des malades observés par M. Onirnus, employé au télégraphe depuis dix-neuf ans, avait constaté lui-même qu'un des premiers symptômes consistait dans la difficulté à faire les points et surtout une succession de points ; peu à peu la formation de toute espèce de traits et de points est devenue impossible, et le malade fut obligé d'agir sur le manipulateur avec le pouce seul ; puis, au bout de deux ans, le pouce est pris de crampes, et le malade se sert successivement de l'index et du médius, qui sont pris à leur tour; enfin il se sert du poignet, jusqu'à ce que les mouvements coordonnés soient devenus impossibles, par suite de la raideur des doigts et des mouvements rapides convulsifs de l'avant-bras, qui survenaient dès qu'il voulait lancer une dépêche. De plus, s'il cherchait à surmonter ces difficultés, il ressentait des frémissements dans le bras et dans la jambe du même ' Oté, une douleur à la nuque, et parfois un sentiment de vertige et d*insomnie.

Les symptômes généraux que l'on observe chez les individus atteints de mal télégraphique, et qui sont caractérisés par l'excitabilité nerveuse, rabattement, une atonie physique et morale, des palpitations, des vertiges etc., doivent être attribués en grande partie à la grande contention d'esprit à laquelle sont soumis ces employés (2).

Un maître d'armes voyait son bras, du côté qui tenait l'épée, tourner sur son axe en dedans, et l'avant-bras s'étendre vivement dès qu'il se mettait en garde.

Chez un tailleur^ dès qu'il commençait son travail , le bras se portait violemment en dedans par suite de la contracture du muscle sous-scapulaire.

(l)Ce$esemplet sont pour la plapart empruntés au travail de Duchrnno (de Boulogne). '^lOnimoi.— Dm Mûl téligrapMque au crampe det employée au teUgraphe {Sociéiv de biologie, 1875 et 1878, et GûUtU médicale de Paris, 1875, p. 176, et 1878, p. 3S5).

{^n ouvrier ferblantier ne pou\sii exercer son métier; car dos qu'il s'apprêtait à placer une plaque de métal, le deltoïde et le biceps da membre qui tenait le marteau se contracturaient doulooreuseHient.

Un 5a '/e(i^ éprouvait des contractures dans le splénius et le deltoïde et dans quelques muscles de la face, dès qu'il se mettait au travail.

Un paveur était pris d'une contracture fonctionnelle des deux sleraomastoïdiens, qui disparaissait dès que sa ^lêLe était appuyée contre un meuble ou le dos d'un fauteuil.

Un étudiant^ qui s'était livré à un travail forcé et continu, éprouvait, à chaque fois qu'il voulait lire, des spasmes dans les muscles de lafac«; ses sourcils étaient élevés par la contracture des muscles frontaux et ses paupières se fermaient par la contracture des orbiculaires. Ce jeune homme, qui ne put guérir, se tua de désespoir. Chez un autre, qui avait abusé de la lecture, la tête se tournait involontairement à droite, parsuite de la contraction des muscles rotateurs, dès qu'il se mettait à lire (Andral). Un savant, qui avait fatigué long^temps sa vue en cherchant à déchiffrer des manuscrits, éprouvait le symptôme suivant dès qu'il lisait ou fixait son regard sur un objet quelconque : il était atteint de diplopie par suite de la contracture spasmodique du droit interne de son ail gauche.

On peut rapprocher encore de ces faits l'exemple suivant, relaté par 0. Ricliey : un employé, depuis quinze ans dans les bureaux du chemin de fer, et qui avait beaucoup travaillé à la lumière artificielle, était atteint de mouvements spasmodiques des paupières, qui se fermaient dès qu'il fixait un objet (1).

Un musicien^ qui jouait de l'ophicléide avec passion, était pris i chaque inspiration d'une contraction spasmodique et douloureuse des muscles de l'abdomen du côté droit, et surtout du grand oblique. Le spasme était si violent, ajoute Duchenne,que le tronc en éprouvait â chaque inspiration un mouvement de torsion de droite à gauche, et que h respiration en était très gênée.

Chez les laitières^ on a noté des contractures qui se produisent, chaque fois qu'elles veulent traire, dans les fléchisseurs des doigts et de la main (Basedow, Eulenburg).

Chez les danseurs, et surtout chez les danseuses solistes, il peut se

( 1 ) s. 0. Richey. — Uneoide spasme clonique des paupières supériaires (Ckkago m«L Jwni Examiner, août 1877, et Revue des sdences médicales, XXi, p. 658.)

SPASMES PONCnONNELS. 4IH

produire aussi des contractions anormales du Oéchisseur du gros orteil et des autres musdes innerrés par le nerf tibial (Scbuitze).

Chez une owtrièn em cigares, Wilde (1) a noté un spasme fonctionnel caractérisé par des contractions clcmiques de tons les doigts.

Enfin, dtei lespumûfes, les violonisiês, les fieuriUeSf elles les karUr gersy les dessimaiewrs y les graveurs , etc., on a obsenré des phénomènes absolument semblables à ceux qui caractérisent la crampe des

écriifaifls.]

MutcHE. Durée. Terioiiaison . — La maladie (crampe des écrivains) affecte presque toujours une marche progressive ; tout au plus observet-oQ dans son cours quelques améliorations passagères. Sa durée est assez souvent celle de la vie du sujet ; la guérison est extrêmement rare: il est arrivé maintes fois que les malades, renonçant à Tusage de Tune de leurs mains, ont essayé de se servir exclusivement de Tautre, qui, à son tour, est devenue le siège des mêmes accidents. Un état semiparalytique succède quelquefois i TafTection convulslve.

Causes. — Jusqu'à présent, la crampe des écrivains proprement dite n'a été observée que chez les honunes ; elle parait aussi épargner assez souvent l'enfimce.

En dehors de la profession (écrivains, employés, avocats, négociants, savants) et de l'exercice excessif des doigts auquel elle oblige, les autrès causes prédisposantes et déterminantes sont i peu près inconnues. On dit cependant avoir noté Tinfluencc d'une constilution irritable, d'un traumatisme accidentel, d'une affection rhumatismale, etc.

[Les causes que nous venons de passer en revue sont au moins banales ; car, s'il est bien démontré que la crampe des écrivains sunient chez les individus qui écrivent beaucoup, il reste i savoir pourquoi l'im* potence fcmctionnelle survient dans un cas et non dans un autre. Si Texcés de travail était seul capable de produire des accidents, il devrait les déterminer bien sûrement chez les petits employés, chez les expédi* tionnaires qui écrivent souvent pendant toute une journée. Et cepen* <iant, ce n'est pas ce qui arrive le plus habituellement; comme l'a dé* nioDtré M. Gallard, dans une administration, ce ne sont pas ces derniers ^\ ont été atteints, mais plutôt les employés d'un ordre plus élevé, ceux qni, obligés de donner un grand nombre d'écritures, sont vivement pré- <)^^pés de leurs aflEadres, de leur responsabilité, et ne suivent pas des yeux la main qui coordonne tous les mouvements pour l'écriture. De là

(t) Diswt BiealM, tS7S (eilé par Euleabtfgj.

une fatigue'plus rapide des muscles, dont la contraction, n'étant pas surveillée ni suivie par la vue, peut prendre plus souvent des habitudes d'irrégularité. Cela est si vrai, que cette impotence fonctionnelle de récriture survient surtout chez une certaine catégorie d'écrivains, comme chez les employés de commerce, les caissiers, les boutiquiers, par exemple, qui sont si souvent sujets à de sérieuses préoccupations et qui sont obligés d'expédier rapidement, fiévreusement, un grand nombre de lettres; cela est si vrai encore, que cette impotence fonctionnelle s'est produite dans un cas chez un employé subalterne et qu'elle a été surtout entretenue par la crainte de ne pouvoir plus gagner sa vie; que cette affection survient enfin plus souvent chez les violonistes solistcsy parce qu'au moment où ils jouent leurs morceaux une préoccupation intellectuelle, agissant vivement sur le centre nerveux au moment où s'accomplit l'acte professionnel, détourne à son profit les excitations destinées aux muscles obUgés de coordonner leurs contractions pour Taocomplissement de cet acte (^Gallard). Ces conditions de préoccupation incessante se produisant au cours de ces mouvements musculaires sf trouvent réalisées au plus haut degré chez les employés au ték*graphe, qui, obligés de recevoir, d'envoyer à chaque instant des dépêches, doivent fair»* exécuter rapidement à leurs muscles des mouvements alternatifs do relâchement et de contraction, au milieu de préoccupations sans nombre. De là un certain degré d'irritabilité nerveuse que l'on observe assez souvent chez les employés au télégraphe et qui agit comme cause prédisposante, presque au même litre que la répétition fréquente des même? mouvements. Du reste, Rosenthal, chez tous les malades qu'il a pu «bseiTer, a constaté une prédisposition à cette affection résultant de l'étal nerveux des sujets, état nerveux qui se caractérisait par des troubles de la sensibilité, des palpitations nerveuses, des symptômes spasraodiquesdaas les différentes parties du corps, par quelques accidents hystériformes. I^ son côté, Fritz, sur ^b cas de crampe des écrivains, a noté 7 fois le strabisme et des mouvements choréiques.

L'inOuence du froid, du rhumatisme, de la goutte a été aussi invoq'k'»^ par certains auteurs, et Ton comprend dès lors, en raison de la iranimission héréditaire des affections goutteuses et rhumatismales, qu'on ait pu faire jouer un certain rôle à l'hérédité pour l'étiologie de celte alïytion. C'est ainsi que M. Gallard a vu l'impotence fonctionnelle de réeriture frapper trois membres de la même famille.

A côté de ces causes générales prédisposantes, il faut en placer d'autP-s encore; ainsi le développement de la crampe des écrivains est favori-»*, d'après quelques auteurs, par l'habitude prise de certaines positions gênantes, par la pression qu'exercent des manches trop élroiles, par l'usage de plumes dures, etc. Quelques médecins anglais auraient m ■ii.* pensé, ce qui est loin d'être prouvé, que les plumes de fer, en rai>*jh tie

leur peu d'élasticité, devraient donner lieu bien plus souvent à la crampe (les écrivains que les plumes d'oie, d'où le nom de sleet pen palsy. Mais 00 peul répondre à cela que chez les personnes qui se servent de ces dernières Timpotence fonctionnelle n'est pas plus rare.

EoGnJes émotions morales, et surtout l'attention Cxée sur les mouvements de la main, augmentent l'intensité des mouvements spasmodiques.]

PHTSioLOGiE PATHOLOGIQUE. — a. La crampc des écrivains n'est pas toujours une convulsion tonique, comme semblerait l'indiquer son nom*; c'est ce que le lecteur aura note dès les premières lignes delà syinptomatologie que nous avons empruntée au livre de Romberg.

6. Bien que le point de départ de cette aflection soit incontestablement périphérique, et qu'on la voie se développer dans les doigts fatigués par uo exercice trop soutenu, néanmoins il parait probable que le singulier vice de la myotilité qui la caractérise a sa raison d'être dans un état morbide des centres nerveux. A l'appui de cette manière de voir, nous rappellerons que non seulement les malades adeclés de crampe des écri* vains conservent le plus souventla sensibilité de leurs mains, mais qu'ils jouissent en outre de l'intégrité de tous les mouvements, à l'exception des seuls mouvements nécessaires pour tenir et diriger la plume, circon* stance qui ne se conçoit guère dans l'hypothèse d'une aflection locale des muscles ou des nerfs musculaires; l'incurabilité ordinaire du mal et les faits de récidive du côté opposé contrarient également cette hypothèse. Quaot au mécanisme par lequel s'accomplit à la longue cette surexcitation des centres (sans doute de la moelle épinière), il nous est complètement inconnu, à moins qu'on ne veuille dire avec Romberg que c l'attitude particulière des doigts agit à la manière d'un stimulant réflexe et détermine uo spasme qui suspend la coordination des nerfs et l'association des muscles > .

[Duchenne (de Boulogne), qui accepte également le siège de la maladie dans le centre médullaire, pose la question en ces termes: cËxisle-l-il un puint des centres nerveux qui, surexcité ou épuisé par l'exercice souvent répété de certaines fonctions musculaires, tantôt ferait une décharge nerveuse trop considérable et produirait la contracture de certains luuscles, tantôt leur enverrait l'excitant nerveux irrégulièrement et occ asionnerail des tremblements ou des mouvements cloniques, tantôt eniin cesserait de leur distribuer la force nerveuse, et tout cela seulement pendant inaccompli ssemenC de ces mêmes fonctions musculaires? Le mécanisme du troubles fonctionnel que je cherche à expliquer doit être l'un des deux derniers. Je penche pour la seconde hypothèse (celle qui lait dépendre les troubles fonctionnels d'un état morbide quelconque d'un point des centres nerveux (1). »

^h Duchenne (de Boulogne), he ctf., p. 10^.

494 NÉVROSES DE LA MOTlLfTÉ.

D'après Rosenlhal (1 ), le siéjre œnlral de ces troubles de coardinaiiin doit occuper un espace restreint, puisque l'affection ne s'élend pas d ordinaire à un grand nombre de muscles. Pour le même auteur, on peut provoquer artificiellement un simulacre de crampe des écriTains par Texcilation laradique. En effet, les deux conducteurs étant appliqués sur les deux premiers interosseux et sur Téminence thénar pendant Tacte d'écrire, il se produit une crampe tonique dans les extenseurs du pouce et de l'index : les caractères deviennent irrég^iliers et la plume quille la main. Par celle expérience, on reproduit une première apparence de la crampe des écrivains, mais on n'éclaire nullement sa physiologie pathologique. Car nous avons dit que tantôt il existe un Téritable spasme (spasnie fonctionnel), tantôt un état paralytique d^ certains muscles {impotence paralytique fonctionnelle), et que dansloiL« les cas ces affections, soit convulsives, soit paraljliques, se relient par un caractère commun, presque pathognomonique : l'apparition du trouble fonctionnel pendant l'exercice de la fonction qui Ta déterminée.

Le même auteur décrit une paralysie fonctionnelle beaucoup moins commune que le spasme, t ne se montrant également que pendani Feicercice de la fonction qui l'a occasionnée > .]

DIAGNOSTIC — Certaines paralysies du membre supérieur, sympiomatiques d'une maladie du cerveau ou de la moelle, débutent quelqueloiî par la main, de sorte que l'incapacité d'écrire est un des premiers phénomènes qui frappent ratlention du malade. Mais cette paralysie n'est jamais bornée à l'action seule d'écrire, elle se manifeste également dics tout autre mouvement des doigls.

Dans le tremblement des mains, dans les cas de paralysie ou d'alrophic des muscles qui meuvent les doigts, on noiera la même circonsLiQ' e, qui est capitale au point de vue du diagnostic.

Celui-ci s'établit avec une égale précision s'il s'agit de quelque maladie des centres débutant non plus par la paralysie, mais par des antractions convulsives dos muscles: le fait caractéristique de la cnur[ des écrivains est, nous le répétons, l'intégrité de tous les mouveiiieaii autres que ceux nécessaires pour un acte musculaire tout spécial.

TRAITEMENT. — [La maladie que nous venonsde décrire estexlrèmern-n' rebelle à tous les traitements. Dans tous les cas, il faut avant tout < ndamner à un repos plus ou moins prolongé la main qui est le siciv J ces spasmes fonctionnels; mais, comme le repos ne réussit pas souvonîi faire disparaître ce qui a une tendance à durer de longues aimées, n i imaginé des appareils spéciaux destinés à immobiliser les doigts pen Jj:'*

(1) Roscnthal. — Traité clinique des tnaîadits du tytUme nerveux^ p.6l7, I87S.

SPASMBS FDifCTIONNELS. 4»

ractioo d'écrire ou même à empêcher la production des spasmes (appareilsde Cazenave(de Bordeaux), de F. Martin, de Yelpeau, palette roulante de Cazenave, mains à roulette de Duchenne, etc). G. Paul a ?u souvent réussir le moyen suivant: il fait placer dans le creux de la main une balle de caoutdiouc un peu dure, de la grosseur d*un œuf de poule ^ .et adapte no porte*plume à cette balle (1).

L'enroulement de Tavant-bras à Taide d'une bande de caoutchouc a pu dans certains cas aussi, faire disparaître les contractures. Fellon fai* sait faire une compression àraide de deux attelles appliquées exactement sur les côtés radial et cubital de la main et maintenues par une bande élastique.

Notons que Stromeyer a fait avec succès dans un cas la ténotomie des muscles affectés; mais depuis, DielTenback, Langenbeck et Tuppert, d'après Erb, qui ont tenté de nouveau cette opération, ne sont arrivés à aucun résultat appréciable.

De tousles moyens, c'est certainement rélectricilé qu'il faut employer depréférence. Entre les mains de Duchenne (de Boulogne), la faradisation a donné lieu à deux guérisons ; mais les courants continus doivent produire de meilleurs résultats; et s'il est vrai, comme le pense Fritz, que la crampe des écrivains est une névrose réflexe dans laquelle l'excitation des nerfs moteurs part des nerfs sensibles des muscles, il peut être indiqué, pour diminuer l'excitabilité de ces nerfs, d'employer un courant descendant dirigé de la moelle au muscle lui-même (Onimus). C'est ainsi que Niemeyer dit avoir guéri un malade.

Benedickt met en usnge un procédé assez compliqué : il électrise d*Bbord la moelle avec un courant ascendant, puis il fait passer un courant descendant de la moelle aux nerfs et aux muscles pour terminer par la faradisation périphérique. Le D' Althaus, dit, quand on emploie les courants continus, qu'il faut placer le pôle positif au sommet des vert%es et le négatif dans la fosse stylo-mastoîdienne.Quantà G. Bcard, il emploie la méthode suivante : galvanisation locale et permanente des nerfs et des muscles affectés ; courants faibles à travers le nerf, la moelle elle muscle; faradisation douce des muscles, brosse électrique, et de temps en temps, quand le système nerveux est troublé, une galvanisation centrale (2).

On voit donc qu'au sujet de Télectricité les avis sont très partagés. Mais, dans tous les cas, on aura recours au massage, on fera faire à la D^ain des mouvements rhylhmiques, bien coordonnés.

Quant aux injections sous-cutanées de strychnine et d'atropine, préconisées par L.Bianchi et Rcubenvance, elles n'ont produit que des résultats très douteux.

1) Soc. de ihérap., 13 juin 1877.

^; Voy. JùunuU de thérap., p. 836, 1879.

i96 NÉVROSES DE L\ MOIUITÉ.

Dans un cas cité par MM. Dumontpallier et Barq, remploi de la métallothérapie a été suivi de guérison (I).

Certains spasmes fonctionnels analogues à la crampe des écrivains, per exemple celui des muscles moteurs de la tête, peuvent guérir, dit Ductienne, sous Tinfluence d'un exercice gymnastique spécial qui consiste à maintenir aussi longtemps que possible les muscles anta^^unisles de ceux où siège ce spasme dans un état de contraction continue et volontaire, au moyen d'un appareil à résistance élastique.

Le traitement général (hydrothérapie, bains, préparations d'arsenic, quinquina et fer, etc.) devra aussi être sérieusement employé.]

rv. — Contracture des extrémités.

BiMiosraphie. — HiPPOCRATE parait avoir décrit un (ait de contracture des ei-

trédiités dans le passage suivant: c Philisti £râclytis uxori incepil febris acuu,

rubor faciei, sine ulla causa manifesta, paulo post eadem die friguit, non reca-

bescebat; convulsio facta est in digilis manuum et pediim. > Ettmlller en 1708 (Opéra medica), sous le nom de morbui hungaricuSy spasmtiS

extreiiiorum; Wolf en 1717, sous celui de morbo spasmodico epidemico in Sasio-

nia g rassanie; Stusheih (Annales de Hecker, t. XVI, p. 23, 1830) dans our

étude sur ce qu'il appelle le rhumatisme de la portion supérieure de la moclli

epiniere, semblent aussi avoir observé des cas de tétanie. Dance. — Observations sur une espèce de tétanos intermittent (Archives gén. de

médecine, t. XXVI. p. i\H), 1830).

L. ToNNELÉ. — Mémoire sur une nouvelle maladie convulsive des enfants (Gazci*t

med. de Paris, t. III, n? 1, 1834).

Constant. — Observations et réflexions sur les contractures essentielles {GazttU

méd. de Paris, t. III, n* 8, 183i). — Des contractures chez les enfants {LancM

(ninraise, t. X, 1837).

\V. Mci'.DuCH. - Considérations sur les rétractions musculaires spasmodi-if^tf

{Journ. univ. et hebdomad. de med. et de chir., l. Vlll, p. 417, 18-i2). De la IjEkge. — Notes sur certaines retractions musculaires {Journal hebd., 1. 1^.

p. IGl, 1843).

Tessiek et Herjiel. — De la contracture et de la paralysie idiopathiques {Jouihu»

de médecine y mai 1843).

liiBKKT-ijOLhDEYrŒ. — Cuutrnctures des extrémités (Thèses de Paris, 1844. - 1-

biblio^rpaphie jointe à cette thèse donne l'indication de plusieurs observatiosts ai-

cicmit'S).

HÉKAiib. — Contracture des membres par accès {Gazette des hôpitaux^ t. VIÏ, p. i. '

MAfthOTTE. — Journal de médecine^ 1845.

PEiauN. — Cas curieux de contracture partielle intermittente à type octane, i"

irritation violente et épanchement de sérosité dans plusieurs articutations (Jt/« -

nal de médecine, t. III, p. 82, 1845). Vleminok. — Rapport sur une épidémie de contracture en Belgique (Gaz, m :

n«-21, 18 IG).

(1) Soc. med. des hôpitaux, juillet 1879.

COMRACTURE DES EXTRÉMITÉS. 437

A.-L. Delpecii. — Des spasmes musculaires idiopaihiques et de la paralysie ner"

teuse essentielle (Thèses de Paris, IHiG). l. CoRViSART. — Z)e/a contracture des extrémités ou tétanie (Thèse àe Paris, \K>^). F. Flelrot. — De la contracture essentielle des extrémités (Thèses de Paris, 1850). Sadfer. ~ Épidémies de contractures (Arcb. de méd. belge). J. Rahacd. —Recherches sur Vhistorique et les causes prochaines des contractures

des extrémités (Thèmes de Paris, 1857).

Aran. — Note sur une épidémie de contractures rss(*ntieUes observées chez 1rs xft-

jets affectés de fièvre ttfphoide. Discussion: MM. TnoussEAr, Hartiiez, Becqcehel,

Lasldie, H. Roger, Moltaro-Nartin, Hérard, Béiiiër, Maurotte (BulL delà

Soc. méd. des hop. de Paris, p. 568, 1855). Vicu. — Cas intéressant de contracture des muscles {Journal de méd. et chir.

prat., p. 63, 1857).

fdssE.— Delà contracture essentielle (Thèse de Paris, 1800). CRi>ANTa ZuRADELLi. — Divcrses formes de contractures affectant les membres .s«-

pcrieiirs {Gaz. méd. de Paris, 1861).

Van der Espt. — Contracture des extrémités {Journ. de méd. de Bruxelles, !S :i2,

cité par M. Jaccoud).

Truisseau. — (67/n. méd. de l' Hôtel-Dieu de Paris, :y rd., ISfri). \. Comte. —Essai sur la tétanille iThèsc de Paris, 1865). Ojlas. — De la contracture essentielle des extrémités et de ses rapports avec le

rhumatisme (Thèse de Paris, 1868).

J. Simon. — Article contracture in Dict. de méd. et chtr. pratiques, t. IX, 186X. LvLRE.— Étude sur la contracture intermittente des extiémités {Thèse de Paris,

mi).

liEirriiELOT. — Conctracture essentielle des extrémités {(Maz. des I!ôp., 18()î)).

Vovo.v. — Tetany or rémittent Tetanus {Gut/s Hosp. Reports, 1870).

Wius. — Intermittent Tetany {Brit. med. journ., 1870).

Haddox. — On Tetany {Edinh. med. journ., 1870).

ItENzi. — Stt//a tetania {Nuoca Liguriamed., 1871, cité par .M. Jaccoud).

Spritu. — Case ofspasmodic convuUioM resembling Tétanos occurring periodi-

cally {Brit. med. journal, 187*2).

Arvdt.— Ueber Tétanie und Psychose {Allgcmeinc Zeitsch.fiir Psychiatrie, dr/is-

si;:ster Baud, erstes Hcfl, 1873).

Grinewau>. — Die idiopatischen muskelkràmpfe, Berlin, 1873. Erb. — Zur Lehre von Tétanie (.\rch. f. Psych. n. nerv., IV, 1873). F. Simon. — Contribution au diagnostic et au traitement delà tétanie (Thèse inauj^.,

Creslau, 187i).

RiEr.EL. — Étude sur la tétanie {Deutsches Arch. f. ktinische Medicin, 1871). îRrvxicHE. — Et Tilfàlde af tetania {Hosp. Tidende, 1874). '. SciiuLTZE. — Quelques faits de tétanie {Berl. Klin. Wochens., 187-1). }ii\r.KE. — Fait de tétanie {Soc. méd. pharm., 187i). lANr.HoFNER. — Un cas de tétanie {Bohm. Corr. Bl., p. 3, 1875). oiis IUddon. — Quelques cas de tétanie consécutifs à la diarrhée et à la ménor^

rhafjie {Brit. med. journ., p. 220, 1875). .Str.ius. — De< con^radwrfs (Th-^se d'agrégation, 1875). 'fciBRAM. — De la tétanie {Bôhm. arztl. Corresp. Blatt, 1875). ^0cL!IONT. — 065. de tétanie (France méd.^ 1875). r. fjLNGHANS. — Contnbution à Vétude des affections de la moelle {tétanie, lèpre

anesthésique). — Arch. fiir path. AnaL und Phys.^ t. LXIV el Revue des se.

méd., t. YII, p. 517, 1876.

AXCRFELD. 32

408 NEVROSES DE L.\ MOTILITE.

W. Ehd. — De 1(1 Ut mi' ft de fex'Uncn fie rcxciti^'iUté fUr(ri>pi^ des n^vfi »«</ft'Mi-s ^Arch. f. P^i/c, t. IV, p. fTI el /i'^ri*/» i//rj sj\ meiL, p. 114, l. Ml, IxT».

M. Ti^iTO. — R^ch'f'rfi'^ sur qu*'bfH''$ ois de tet*inie surcepi'int itendani la cotit*ilf*sceuce d^^ filtres gnires <Théstî de l'aris, 1xT»»l

^'A^"^fc:L. — C*iHiri''iUion à letnde d^ la UOtnie < Iliv>e de Paris, 1n7»o.

J. bLM'iN el UlôNAÎII». — Dt [* i>id''tni(d* tttanif d' G.tilti >j ,Protj.e< *«<•</., L il'tl

^», I^T»i, fl C"i .'tes rchdtis ./r- la S>j:. */' bLl-'j^c, A-senihrv 1*^76 Di^rus-..»..

MM. Mir.Nvx el Hillviklt^.

DjïVHiT. — Sa tuf'* '/' hi ^/.•M^• iGtiz. d'^s hnp., n* 58. p. 458, I8T5, el n* t'û.

p. Il »5, isTf.i, et P/iri;< med'CaL p. 5*», I^T'.♦^. Do: jr »\. — T^rt'i'ne d'ins le 'uurs d'une /i'€i\ /•#• '«'.»i te tfr'iHce tued., InT'»». A. MaN'»; v-u:/. — fi- h i\\-.< <ur Us ir-inls d- lis hUtbtbt^ d iH.< li Ojh:>'\>

i'ti' »•/*•/ l'Mi/ ' d < 'i''e"t^*'.s ilttill. ht 'f. '■■■>'•', /. lNT«i-IST7i.

T. Il; zz-Ut:.. — De i>t htime*:^' l*»d ttitOiiti\ ]^. II. 1>77».

S:v . :. — p: •' • ■«/;•/' 't t* •»./:*. G' '•••'< i- ••':-- V Pi'r.îV d^'irjcnt •h'Z.

I' 'TiA. — 'J »:• • r<- I :i ; •''.«.<:• •»' < erlre-tti* <. P-ir^ÙK-ùe tf' nenile ef*ui*-%^i'

'M'.'t* E\i."j.:i ■! a.ie iec.».i cli.i;^ i»\ la /liz. ti<r< À />., q :il, |N7îi, el Jo'in^Ji •-•

Page 1