‹ Traité des opérations de bourse et de changeChapitre 3 sur 155 · ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES · texte numérisé non relu

ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

Séance publique annuelle du samedi 3 décembre 1898.

Extrait du discours de M. Arthur Desjardin, président.

L'Académie devait décerner en 1898 le prix Wolowski, de trois mille francs, au meilleur ouvrage d'économie politique, de finances ou de statistique qui aurait été publié depuis le 1er janvier 1891. Elle a fixé son choix sur l'ouvrage de M. Alphonse Courtois, intitulé : Banques populaires, se rappelant que l'auteur avait fait précéder ce dernier volume de livres fort importants : Le Manuel des Fonds publies, les Finances de la France de 1811 à 1870, l'Histoire des Banques en France, et qu'il avait rendu, pendant une longue carrière, des services signalés à la Science économique, par exemple en condensant dans une publication spéciale, en seize tomes, intitulée : Annales de V économie politique, les séances et les travaux de la Société d'économie politique, dont il est secrétaire perpétuel, et en faisant suivre ce grand recueil qui embrasse plus d'un demi-siècle (1846-1897) d'un

bulletin périodique annuel. Vous avez pensé que rien ne vous interdisait de couronner un homme en couronnant un livre.

Rapport verbal fait par M. Jules SIMON, membre de l'Institut,

à V Académie des sciences morales et politiques, séance du 26 novembre 1874, sur le « Traité des opérations de bourse et de change » de M. Alph. Courtois.

I /Académie ne remarquera pas, mais les lecteurs de nos annales remarqueront peut-être que, depuis quelque temps, je présente des ouvrages qui, par leur titre ou par le caractère de leur auteur, semblent faits pour intéresser plutôt notre section d'économie politique, que notre section de morale, à laquelle j'appartiens.

Voici, par exemple, la Traité des opérations de bourse et de change y par M. Alph. Courtois. C'est, si je ne me trompe, un guide très sûr, non seulement pour les spéculateurs proprement dits, mais pour les personnes qui ont à gérer une fortune mobilière. Les diverses opérations sont bien décrites et bien expliquées; les prescriptions légales sont exprimées très clairement, dans un bon ordre, et toutes les fois que cela est nécessaire, accompagnées d'un commentaire judicieux. Ces mérites ont assuré le succès du livre, car c'est une cinquième édition, remaniée et augmentée, que je présente à l'Académie.

Cependant, quelle que soit l'importance d'un manuel de praticien, l'Académie n'aurait pas à s'en occuper, s'il n'y avait, au fond de tout cela, une question qui, à mon avis, doit nous intéresser tous au plus haut point ; et ce n'est rien moins qu'une question de morale. La morale

est une science ; elle repose sur des principes absolus ; elle ne peut pas changer selon les temps et lieux ; mais le mouvement des sociétés humaines produit, dans notre manière de vivre, des modifications auxquelles il n'est pas toujours facile d'appliquer les règles éternelles de la morale. Je prends un exemple bien connu et bien simple : le prêt à intérêt. Aujourd'hui le prêt à intérêt paraît légitime à tout le monde, pourvu qu'il ne dépasse pas le taux légal ; et personne n'ignore, d'une part, que l'Église catholique a longtemps condamné le prêt à intérêt à l'égal de l'usure, et de l'autre, qu'un grand nombre d'économistes regardent la limitation légale de l'intérêt comme peu justifiée en morale, et comme préjudiciable à la fortune publique. Le livre de M. Courtois pose, à chaque page, des problèmes plus difficiles à résoudre; et j'ose dire que tant de personnes à présent prennent part aux opérations de bourse et de change, qu'il devient nécessaire de demander aux moralistes de déterminer avec exactitude ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. La loi civile s'efforce d'établir à son point de vue cette limite ; et quels que soient les efforts du législateur, nous voyons chaque jour, dans l'application, les meilleurs esprits se diviser; et pourtant, la loi civile peut et doit permettre des actes qu'une conscience délicate ne saurait autoriser; en d'autres termes, ce n'est pas être suffisamment honnête que de l'être tout juste assez pour ne rien avoir à craindre de la loi pénale. C'est avec préoccupation que j'ai lu le livre de M. Courtois. Sans être sur tous les points d'accord avec lui, j'y ai trouvé une partie de ce que je cherchais. M. Courtois condamne le jeu avec indignation; il ne condamne pas la spéculation; et.

en effet, il y a des spéculations honnêtes ; il y en a (h nécessaires. Si les capitaux n'avaient pas, eux aussi leur bravoure, l'industrie ne prendrait pas les merveilleux développements dont nous sommes témoins. Ia difficile, je le répète, est de fixer avec précision la limite Les banquiers et les industriels seront toujours préoccu pés de la multiplication des forces par le moyen di crédit. Leur rôle est surtout de développer l'esprit d< spéculation et d'entreprise. Cet esprit crée un dangei dans l'ordre moral. Pour lutter contre ce danger, il n< suffit pas d'exposer les grands principes sur lesqueli tout le monde est d'accord, il faut entrer dans le détai des opérations, en déterminer le vrai caractère, et ai lieu d'un anathème général, qui serait toujours impuissant et souvent injuste, prononcer sur chacune d'elles 1< jugement d'un homme de bon sens, qui sait être de soi temps, mais qui, au-dessus du profit, veut mettr< l'honneur.

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