‹ Traite des OperationsChapitre 11 sur 70 · ACCIDENTS APRÈS L'OPÉRATION · texte numérisé non relu

ACCIDENTS APRÈS L'OPÉRATION

gane opéré. Parfois aussi les opérés se plaignent d'avoir mal au cœur, envie de vomir, et dans des cas rares il arrive même des vomissements. L'usage du bandeau compressif rend moins dangereux cet accident, que nous combattons en faisant prendre au malade de petits fragments de glace, une potion de Rivière ou en administrant des lavements opiacés. Si les douleurs continuent jusqu'à la nuit et font craindre l'insomnie, nous y remédions par une injection sous-cutanée de morphine, comme nous Tavons déjà indiqué plus haut.

Dans le cas où le malade se plaint du bandage, qu'il le trouve trop serré ou qu'il en est gêné d'une autre manière, il vaut mieux changer le pansement ; mais il faut se garder d'ouvrir inutilement les paupières ou de vouloir inspecter l'œil lui-même, parce que l'on pourrait ainsi déranger le lambeau et empêcher la cicatrisation qui commence. Lorsque le malade indique une forte sensation de chaleur dans l'œil, nous avons coutume de le rafraîchir en appliquant légèrement sur les paupières, pendant quelques instants, une douce éponge trempée dans de l'eau fraîche. Le bandage est appliqué de nouveau soigneusement et de la même manière que la première fois. M. de Graefe conseille de pratiquer dans ces cas, chez les individus pléthoriques, surtout lorsque la marche de l'opération n'a pas été tout à fait régulière, une saignée du bras, en même temps qu'il donne à l'intérieur une solution nitrée. Généralement, les douleurs se calment avec le sommeil ; sinon nous n'hésitons pas à renouveler l'injection de morphine pendant la nuit.

Lorsque le malade, le lendemain de l'opération ou à une époque ultérieure, se plaint de douleurs dans l'œil ou dans le front et la tête du côté opéré, il est indispensable d'en rechercher la cause en examinant l'organe attentivement. Cet examen se fait le mieux à l'aide d'une simple bougie dont nous nous servons très-avantageusement pour l'éclairage latéral direct, ou en concentrant la lumière par un verre convexe sur les points isolés que nous devons soumettre à l'examen.

Le résultat de cet examen est loin d'être toujours le même. Dans un certain noû)bre de cas nous observons une coaptation défectueuse du lambeau, dont le bord peut déjà être le siège d'une infiltration, caractérisée par une coloration blanche jaunâtre et par des stries grisâtres qui, partant du bord du lambeau, se dirigent vers le centre de la cornée. Généralement, cet état s'annonce déjà avant l'ouverture des paupières par une légère tuméfaction de la paupière supérieure, surtout vers l'angle interne de l'œil, et par une sécrétion plus copieuse de larmes, dont on reconnaît, d'ailleurs, l'existence en observant l'hmnidité plus ou moins grande du linge placé sur l'œil, sous le bandeau compressif. Le meilleur moyen pour arrêter ce commencement de suppuration et pour forcer la coaptation du lambeau, est l'application d'un bandeau compressif très-serré. L'emploi de compi*esses glacées sur l'œil ou de sangsues à son voisinage

doit être rejeté de la manière la plus formelle comme étant réellement dangereux. Selon la durée des douleurs, nous renouvelons le bandeau serré plus ou moins souvent, en faisant appliquer sur les paupières, pendant un quart d'heure avant chaque pansement, des compresses imbibées d'une infusion de camomille, à une température qui soit agréable au malade. (Nous commenmençons toujours avec 35 ou A degrés centigrades que Ton doit varier selon la sensation éprouvée.) Les douleurs sont combattues le plus efficacement par les injections sous-cutanées de morphine.

Dans d'autres cas, observés rarement, sauf chez des opérés atteints d'un marasme sénile avancé, nous trouvons, habituellement dans l'espace de vingtquatre à quarante-huit heures après l'opération, la paupière supérieure trèsgonflée et luisante, une sécrétion profuse de masses jaunâtres ou d'un gris sale, presque liquides, dont nous voyons les traces sur les linges du bandeau et que nous trouvons accumulées dans le grand angle de l'œil. En ouvrant les paupières, nous voyons s'échapper ces mômes matières mêlées de larmes, nous constatons l'existence d'un chémosis conjonctival et d'une infiltration générale de la cornée, infiltration plus prononcée dans le lambeau où nous voyons s'établir petit à petit une suppuration diffuse se propageant sur toute la cornée. Lorsque cette suppuration diffuse est très-bien établie, ni les médicaments ni les bandages ne présentent plus une utilité quelconque ; des fomentations chaudes et plus tard des cataplasmes peuvent seuls servir à apaiser les douleurs.

En dehors de ces accidents qui prennent leur point de départ dans le lambeau, nous voyons surgir d'autres dangers du côté de l'iris. Ils ne se manifestent ordinairement que quelques jours après l'opération, sauf dans les cas où ils sont provoqués par des masses corticales retenues dans l'œil. Les malades se plaignent au début de l'iritis de douleurs gravatives dans la région périorbitîdre ; Tœil devient larmoyant, s'injecte et présente parfois un peu de chémosis séreux. L'humeur aqueuse est trouble et la pupille commence à se rétrécir. Dans ces circonstances, nous attachons la plus grande importance aux instillations d'atropine ; nous employons alors une très-forte solution (je vais jusqu'à une solution au centième) dont nous instillons entre les paupières une goutte toutes les cinq mmutes pendant une demi -heure; nous répétons ces instillations plusieurs fois par jour (1). Des injections sous-cutanées de morphine combattent les douleurs et procurent le sommeil, si salutaire dans ces affections. En même temps, nous prescrivons des frictions mercurielles et

(1) Nous avons soin d'exercer pendant ce temps une légère compression af ec la pulpe de l'indei vers l'angle interne de l'œil^ pour éviter l'absorption de Tatropine par les conduits lacrymaux, et, à l'aide d'un compte-gouttes tenu tout près de l'œil ,nous laissons tomber l'atropine sur la surface interne de la paupière inférieure légèrement renversée.

Page 1