CHAPITRE VIF
DES NERFS DANS l'ORGANE ÉLECTRIQUE.
Nous avons vu dans le Chapitre précédent que les nerfs qui vont à l'organe électrique sont : 1'\ Un gros tronc de la cinquième paire ; 2''. trois des plus grands troncs de la huitième; 3"*. une petite ramification de la huitième paire*
Jacopi avait déjà observé les très-gros troncs de la huitième paire.- Carus, le premier, a trouvé la ramification de la cinquième paire ^ et nous avons vu la ramification du quatrième groupe.
Nous avons déjà démontré que tous ces nerfs prennent leur origine par des fibres élémentaires à double contour répandues dans les lobes électriques , lesquelles, réunies dans un nombre correspondantdefai&ceaux à la partie inférieure de ces lobes, traversent les pyramides latérales en sortant de la moelle allongée. Ces fibres m'ont paru au microscope parcourir, sans subir aucune altération, chacun des faisceaux, et se diviser en plusieurs faisceaux toujours plus minces pour se distribuer enfin dans les différents prismes de l'organe. 11 n y a pas de ganglions sur ces nerfs, et ce fait très-intéressant n'est pas seulement démontré par leur homogénéité et par leur apparence nacrée, mais je m'en suis assuré directement par l'observation microscopique. Le défaut de ganglion dans les nerfs électriques est donc leur caractère constant, et en effet toutes les ramifications de la cinquième paire qui vont aux follicules muqueux , comme celles de
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la huitième paire qui sont destinées aux branchies et à Testomac, et à former le uerf latéral, ont toutes des ganglions.
Ces deux premières séries des nerfs de Torgane , après avoir traversé Tenveloppe cartilagineuse cérébrale, et après avoir passé entre les cavités bran* chiales, pénètrent entre le prisme de l'organe électrique^ se resserrant dans le sens horizontal, et s'étendant dans le sens vertical , sous la forme d'un ruban , de manière à ne pas trop se dilater et à laisser la place au prisme de lorgane. Le faisceau secondaire qui se dirige à droite et à gauche de Torgane, a la même forme , et se distribue également en partie en haut et en partie en bas ( PI. I, fig. 2), de manière à distribuer ses fibres sur tous les diaphragmes dont les prismes sont composés. Le seul nerf que nous avons vu se détacher du dernier groupe de la huitième paire, n'entre pas immédiatement dans lor^ gane; avant d'y pénétrer, il le côtoie par un espace assez long. "
Nous avons déjà vu comment les nerfs destinés à l'organe électrique , en pénétrant entre les prismes, parviennent jusqu'à chacun de ceux auxquels ils appartiennent. 11 m'a été impossible jusqu'ici de découvrir comment les filaments nerveux passent sur chacun des diaphragmes dont les prismes sont composés, mais j'ai vu très-nettement qu'il n'y a pas un sejal faisceau nerveux qui pénètre le prisme , et que ce sont aeulement les fibres élémentaires de ces nerfs qui s'y distribuent i et j'ai trè&*bieu observé
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comment ces fibres se comportent. Cette observation est délicate et difficile; aussi je crois devoir décrire la méthode que j'ai suivie pour parvenir à la faire.
Ces fibres élémentaires, s'appuyant sur chaque diaphragme du prisme, il faut avoir sur le porte-objet du microscope un de ces diaphragmes bien isolé. 11 m'a été presque impossible d'y parvenir, à cause de leur trop peu d'épaisseur et de la substance muqueuse qui les enveloppe : lorsqu'on coupe horizontalement une portion de l'organe, la section du prisme n'est jamais plane , mais toujours courbe et gonflée. Il faut donc se contenter d'observer des parties d'un diaphragme en prenant une lame très-mince de ces prismes qui contiennent le moins possible de ces diaphragmes. Je coupe pour cela une tranche très-mince et horizontale de l'organe, en suivant un plan parallèle à sa surface ventrale ou dorsale. On obtient ainsi une section de chaque prisme qui apparaît comme une espèce d'hémisphère , ce qui est dû à la pression supportée. par l'intérieur du prisme; je coupe alors avec une paire de petits ciseaux à lame courbe, un de ces hémisphères, et je le plonge dans de l'eau, où je le laisse pendant quinze à vingt minutes. 11 se gonfle dans ce liquide, et alors je le prends par le bord avec des pinces, et je l'agite fortement. De cette manière, les morceaux du diaphragme qui ont été coupés se séparent les uns des autres, et il arrive toujours que quelqu'un sedétachç, ou. en totalité ou en grande partie. C/est ce morceau détaché que je cherche à porter sur les verres du compresseur
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avec la pointe d'une aiguille, en prenant le soin de ne pas l'amincir, de ne pas le doubler ou le plier. En employant un grossissement très-fort, en réglant convenablement la lumière, et en comprimant légèrement le compresseur, on peut très-bien voir la distribution des fibres élémentaires nerveuses sur les diaphragmes.
Ces fibres forment des mailles ordinairement octogones, dont les cotes sont, pour chacun, composés d'une seule fibre élémentaire nerveuse, laquelle, en se bifurquant, produit les côtés des mailles voisines (PI. 1,/îflr. 3, /•,/•.).
C'est dans l'hiver de 1840 que j'ai découvert ce fait; je l'ai communiqué au congrès de Florence au mois d'octobre de la même année et il a été publié dans les actes du congrès. J'ai eu occasion par la suite de répéter cette même observation que j'ai toujours trouvée exacte; de sorte que je n'^ai plus aucun doute sur les mailles nerveuses dont j'ai parlé, et sur la dichotomie des fibres élémentaires nerveuses, à laide de laquelle les mailles sont formées par la ramification successive et par une espèce de soudure d'une seule fibre élémentaire. Les côtés de ces mailles ne sont pas tousëgauxentr'eux, pas plus que les mailles elles-mêmes. La fibre élémentaire de ces mailles offre tout à fait la même structure et le même diamètre que la fibre qui forme les nerfs qui vont à l'organe électrique, et qui se ramifient entre les prismes. 11 est même très-facile de s'assurer que ces Jibres ne èonl qu'une continuation de celles des
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mêmes nerfs , eu observant au microscope une tranche transverse très-mince d'un prisme, à laquelle soit uni un filet nerveux. On parvient alors très-souvent à suivre les fibres de ces nerf» sur les diaphragmes» et on les voit alors se répandre isolément, se divisant ou se dichotomisant toujours pour former les mailles. Si on comprime la pièce qu'on observe, on voit le nerf se décomposer en envoyant successivement les fibres élémentaires dont il est formé sur tous les diaphragmes le long desquels il marche. Ces fibres élémentaires se détachent ordinairement à angle droit du faisceau, pour pénétrer dans le diaphragme auquel elles sont destinées et sur lequel elles s'étendent en mailles. Il est possible, par un faible grossissement, d'apercevoir ces mailles, mais il faut toujours que le pouvoir amplifiant soit fort pour que l'on puisse s'assurer qu'elles proviennent des fibres élémentaires à double contour, qu'elles ne se divisent jamais et qu'elles ne font que se ramifier en se bifurquant.
Cette observation est, comme nous l'avons déjà dit , toujours très-difficile, et il n'est pas rare d'avoir sur le pjarte-objet dans le même temps, deux ou trois diaphragmes qui se superposent, ce qui pourrait tromper r observateur, et lui faire croire que la division de la fibre élémentaire en deux troncs , est due a un dédoublement d'une fibre; mais cette apparence ne serait que l'effet de la superposition des mailles des deux diaphragmes; ce dont il est très-facile de s assurer en changeant légèrement la place de l'objet ou en le comprimant plus ou moins. On est aussi quelq ue.
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fois induit en erreilr, en voyant que fréquemment . ce n'est pas exactement à 1 angle de la maille que les deux fibres élémentaires se réunissent en une' seule; quelquefois elles marchent séparées et ne sont que simplement rapprochées : mais avec de forts grossissements, on ne tarde pas à voir que ces deux fibres se réunissent en une.
Il est donc prouvé que les fibres élémentaires à double contour sont disposées sur le diaphragme des prismes de Torgane, de manière à former avec leur bifurcation des mailles généralement hexagones. Ces mailles, comme nous Tavons déjà dit, ne sont pres^ que jamais toutes égales enti^e elles : de même, leurs côtés ne sont pas tous égaux : j'avais cru d'abord que cette inégalité provenait de la manière de faire l'observation, mais je me suis assuré du contraire^ en observant un diaphragme qui n'était pas com* primé et qui nageait dans une goutte d'eau : toutefois c'est à la compression qu'on doit attribuer les fiexuosités des fibres élémentaires; car on ne les voit pas ainsi lorsqu'on regarde un diaphragme qui nage dans de Teau.
Quant aux rapports qui existent entre les mailles des diaphragmes les plus voisins, je crois, tomme je l'ai déjà annoncé au congrès de Florence, que la disposition de ces mailles est identique , de manière à produire la coïncidence des côtés et des angles de celles qui se trouvent placées soit en dessous soit audessus l'une de l'autre (PI. I, fig. 3}.
]1 n'est pas toujours facile> et quelquefois même
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il est impossible de faire cette observation surtout avec de forts grossissements, parce qu'il n'arrive que très-difficilement que plusieurs diaphragmes se trouvent placés dans la situation naturelle. Ce n'est qu'en renouvelant plusieurs fois les observations qu'on peut réussir, et il faut que la tranche de l'organe qu'on examine ne contienne jamais plus de trois ou quatre diaphragmes. Lorsqu'on a plusieurs fois répété l'observation microscopique de l'organe électrique et qu'on est parvenu ainsi à se faire une idée nette
. de sa structure, et à bien distinguer les fibres élémentaires nerveuses, même avec de faibles grossissements, on peut voir très-aisément la superposition des mailles des différents diaphragmes. H faut pour cela prendre une tranche horizontale d'un des prismes auquel on ait précédemment, à coups de ciseaux,
, ôté presque toute la surface du prisme , excepté sur une face à laquelle restent attachés les différents diaphragmes du prisme. On plonge dans l'eau la pièce ainsi préparée; ce liquide pénètre entre les diaphragmes et les dilate, et on réussit alors, même avec de faibles grossissements , à voir les mailles et leur correspondance entre les différents diaphragmes; il est inutile de dire qu'il faut opérer sur Torgane d'une torpille très-fraîche, et qu'il est bon aussi d'agiter légèrement les morceaux du prisme qu'on a tenus dans l'eau, avant de les observer.
En parlant des mailles des fibres élémentaires nous les avons décrites comme si elles faisaient partie de la substance même du dinphragnie. Eu effets