PARTIE ly CHAPITRE V
Cette manière de prouver le développement d'un courant électrique dans la substance musculaire, ne doit pas se confondre avec celle qu'Aldini em-* ployait dans ses expériences^ en tenant la grenouille préparée avec la main , et en touchant avec les extrémités du nerf lombaire de la grenouille l'intérieur d'un muscle blessé sur un animal vivant. Les contractions que ce physicien observait dans quelques cas , étaient évidemment dues au courant propre que nous verrons appartenir à la grenouille ^ et qui peut circuler dans le même temps par la grenouille , par le corps de l'observateur, par le sol et par l'animal touché. En effet, Aldini dit,t, P% p. t7 de son Essai sur le Galvanisme y en rendant compte de la seule expérience dans laquelle il s'était isolé, qu'il n'obtint plus les contractions de la grenouille.
Au contraire, dans l'expérience que j'ai décrite, la jambe de la grenouille galvanoscopique est toujours isolée, et on n'emploie jamais pour fermer le circuit que deux points différents de son filament nerveux.
L'expérience réussit , quel que soit le muscle et quel que soit l'animal dont le muscle est touché. On obtient également des contractions dans la grenouille galvanoscopique en agissant sur des muscles séparés de l'animal depuis quelque temps. J'ai vu des muscles pris sur des grenouilles, sur des poissons, sur des anguilles , prolonger pendant plusieurs heures les signes de leur courant. Quand même ces muscles ont cessé de se contracter, en stimulàht d'une manière quelconque le nerf qui y est ramifié, ils peu-
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rent encore agir sur la grenouille galvanoscopique. Une fois que les signes du courant mudculaire ont cessé, on ne parvient plus à les obtenir tout en mouil* lant les lèvres de la blessure du muscle avec de l'eau pure ou légèrement salée* Quelquefois on réussit en renouvelant la blessure > mais cela ne dure pas longtemps.
J'ai également observé, sur un animal à sang chaud , un phénomène de la même nature que ceux que j'ai décrits. J'ai coupé les deux cuisses d'un vieux et robuste lapin; j'ai promptement préparé une portion assez longue du nerf crural de ces deux cuisses et mis les muscles à découvert* En soulevant ce nerfavec un tube de verre et en le faisant ensuite tomber sur lasurface du muscle de la jambe , j'ai vu le membre entier se contracter. J'ai réussi avec les deux cuisses ; le phénomène a été reproduit pendant deux ou trois minutes.
Afin de mettre hors de toute espèce de doute l'existence du courant électrique développé dans le muscle d'un animal vivant ou récemment tué, il fal«lait employer le galvanomètre, en suivant toutes les précautions que j'ai décrites dans le second Chapitre.
Il fallait pour cela plonger les deux lame^ de platine dans un même liquide, en communication avec ies parties différentes du muscle, et dans le même temps trouver le moyen d'augmenter l'intensité du courant musculaire. Voici de quelle manière on peut faire l'expérience qui prouve l'existence du courant musculaire, indépendamment de toute cause étrangère introduite par l'expérience.
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J'ai fait creuser sur une planche en bois {fig. 12) , assez épaisse, à des distances différentes, plusieurs petites cavités : j'ai couvert d'une couche de vernis toute Ja planche et ses petites cavités. On pourrait employer également de petites capsules en foncées dans l'épaisseur de la planche. L'expérience est très-facile à faire avec une telle disposition. Je suppose qu'on ait placé la planche tout près du support du galvanomètrcy dont les deux extrémités en platine sont préparées de la manière que j'ai décrite. Ces deux lames du ^vanomètre doivent être depuis longtemps plongées dans l'eau qui devra être distillée, si le galvanomètre est très-sensible. Avec un galvanomètre moins sensible il faut employer de l'eau légèrement salée. Avant de commencer l'expériencei il faut toujours attendre que le galvanomètre soit arrêté au zéro, et il doit y rester tout en soulevant les deux lames du liquide et en les replongeant après toutes les deux dans le même temps.
On prépare alors cinq ou six grenouilles , et un plus grand nombre encore, si l'on veut obtenir des déviations très-grandes; on coupe à moitié ces grenouilles préparées à la manière de Galvani , et ensuite on enlève toutes les jambes , en ayant soin de faire la désarticulation le mieux possible, de manière à ne pas blesser la masse musculaire.
£nfin on coupe les cuisses à moitié , et l'on obtient ainsi un certain nombre de demi-cuisses {fig. 43). Il faut maintenant commencer par poser sur la planche que j'ai décrite une de ces demi-cuisses, de
manière qu'elle soit couchée sur les bords d'une des petites cavités creusées sur la planche. Alors, à la suite de cette première demi-cuisse, on dispose toutes les autres , toujours de manière que chaque demi-cuisse touche la suivante et qu'on ait tourné du même côté la face interne obtenue en coupant la cuisse à moitié. On aura ainsi à la fin de cette série, une de ces demi-cuisses, qui devra être comme la première, couchée sur les bords d'une autre cavité de la planche. On voit {fig. 13) ladis* position de cette pile de demi-cuisses. On voit que dans chaque point du contact des deux demicuisses voisines, c'est d'une part l'intérieur du mus* cie, et de l'autre la surface, qui se touchent ensemble; de même il arrive, par cette disposition, qu'une des extrémités (B) de la pile est formée par l'intérieur du muscle, tandis que l'autre (A) est formée par la surface d'un muscle. On verse dans les deux cavités, avec une pipette, de l'eau ^ ou bien une solution semblable à celle dans laquelle sont plongées les deux lames du galvanomètre. Qn soulève ces deux lames du liquide, et on les porte ensemble sans qu'elles se touchent dans le liquide d'une des deux cavités de la pile musculaire. Si, après cette opération, l'aiguille reste à zéro , on doit soulever de nouveau les deux lames , et ensuite les replonger en même temps dans les deux cavités extrêmes de la pile, de manière à fermer le circuit. A l'instant la déviation de l'aiguille a lieu , et l'on s'aperçoit bientôt que cette déviation varie suivant le nombre des demi-
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cuisses , M des éléments de la pile. C'est ainsi que j'obtiens à mon galvanomètre, 15*», 20% 30*, 40*, GO"", ete.^ selon le nombre des deminsuisses, et en supposant d'avoir employé des grenouilles également vivaces; j'obtiens 3* ou 4** avec deux éléments, 6^ à 8' avec quatre éléments, 10'' à 12'', avec six éléments, et ainsi de suite.
Le courant .est toujours dirigé dans la pile de la partie interne du muscle à la surface. Les nombres que j'ai donnés sont obtenus en employant de l'eau distillée pour le liquide des cavités extrêmes, et pour y tenir plongées les deux lames du galvanomètre. Ces nombres deviennent beaucoup plus faibles, si l'on tient les lames du galvanomètre qui sont plongées dans les cavités extrêmes, éloignées des parties musculaires de la pile. 11 faut que l'épaisseur de la couche liquide entre les lames et les extrémités musculaires de la pile soit la plus petite possible. Si l'on emploie au lieu d'eau distillée, cette même eau, après y avoir ajouté quelques gouttes d'acide sulfurique, les déviations, avec le même nombre d'éléments, augmentent considérablement; c'est ainsi que huit demi-cuisses qui me donnent 15® avec l'eau distillée, en donnent 50 avec la solution acide.
Avec une solution légèrement alcaline , ce même nombre d'éléments me donne 35'' ; c'est à peu près le même nombre que j'obtiens avec de Teau légèrement salée. La direction du courant est dans tous les cas la même, et les différences observées doivent évi-
demment être rapportées à la différence de conductibilité des liquides employés.
En laissant le circuit fermée 1 aiguille du galvano* mètre se fixe à une déviation de 5% 6% 10% 12"", selon le caS| et dans une certaine proportion avec la première déviation. L'aiguille continue à descendre , en tenant toujours le circuit fermé y et ce n'est qu'après un certain temps qu'elle revient à zéro.
Je crois inutile de dire que j ai répété ces expériences quelques centaines de fois ^ etque les résultats ont été constamment les mêmes.
Nous exposerons dans le Chapitre suivant les lois du courant électrique musculaire , et on verra alors suivant quelles circonstances l'intensité de ce courant varie.
Rien n'est plus facile que de s'assurer de l'existence de ce courant dans toutes les masses muscu*laires prises sur différents animaux à sang chaud ou froid récemment tués. Il n'y a pour cela qu'à dis* poser l'expérience comme nous venons de la décrire, avec les demi-cuisses de grenouilles. J'ai pris une anguille d'eau douce vivante^ je lui ai arraché la peau, et je l'ai ensuite coupée en morceaux longs de trois ou quatre centimètres. Pour n'employer que des masses uniquement musculaires, j'ai choisi, pour composer la pile , les morceaux de la moitié de l'anguille du côté de la queue. La disposition des éléments est la même que celle des demicuisses de grenouilles, c'est-à-dire que la surface
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museulaire d'un des éléments doit toucher la face interne de Télément à côté; les deux extrémités de la pile (fig. 14) seront d'une part l'intérieur du muscle, de lautre la surface. Une fois cette pile étendue sur la planche , il n'y a plus qu'à plonger les deux lames du galvanomètre dans les cavités extrê-* mes. En fermant le circuit d'une pile de cinq éléments , j'ai obtenu 28'' de déviation; avec deux éléments, j'avais 10" dirigés toujours dans le même sens , c'est-à-dire de l'intérieur du muscle à la surface dans la pile. J'ai pris des tanches vivantes , et après leur avoir arraché la peau , j'ai coupé de longues tranches musculaires le long du dos, en ayant soin de n'en pas déchirer la surface. Ensuite j'ai coupé ces tranches en morceaux, que j'ai disposés en pile, exactement de la même manière qu'avec les muscles des grenouilles et des anguilles. Une pile de quatre éléments de muscles de tanche, m'a donné 12'', et une de deux éléments m'a donné 5^" ou 6^. La direction du courant était toujours de l'intérieur-du muscle à la surface dans la pile.
J'ai tué des pigeons , et avec des tranches des muscles pectoraux convenablement coupés, j'ai formé une pile de huit éléments. Cette pile m'a donné IV, et le courant a toujours été dirigé de l'intérieur du muscle à la surface dans la pile. Deux éléments m'ont donné de 2° à 3"", et quatre éléments de G"" à T**, constamment dans le même sens. Des cuisses de pigeon y convenablement préparées et disposées en pile , m'ont toujour» donné ce même résultat.
J'ai encore composé une pile , avec des morceaux musculaires obtenus en coupant à moitié des cœurs de pigeons; le courant obtenu a toujours été dirigé de l'intérieur du muscle à la surface dans la pile» et son intensité a été toujours proportionnelle au nombre des éléments.
Je crois inutile de prolonger ici la description d'un plus grand nombre d'expériences faites avec des muscles de boeuf, de brebis , de poulet et d'autres animaux à sang chaud.
Toutes ces expériences, sans exception aucune, conduisent à conclure que toutes les fois que l'intérieur d'un muscle d'un animal quelconque récemment tué, est, à l'aide d'un corps conducteur, mis en contact avec la surface de ce muscle, il s'établit un courant électrique qui est toujours dirigé dans le muscle de son intérieur à la surfece. Ce courant, dont l'intensité est variable avec des muscles de différents animaux , augmente proportionilellement au nombre des éléments musculaires qui sont disposés en pile.
Je m'arrête un instant sur ce résultat fondamental. Le courant obtenu dans les circonstances dont j'ai parlé, peut-il être dû à une circonstance indépendante de l'action, quelle qu'elle soit, entre la surface du muscle et son intérieur ?
Certainement , si l'expérience est bien faite et si Ton opère de lamanière que j'ai décrite, on nepeutpas attribuer les signes du courant obtenu aux lames du galvanomètre. On se rappeBe, qu'avant de fer-
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iTier le circuit de la pile musculaire , il faut plonger dans le même temps, les deux lames du galvano* mètre dans une des deux cavités extrêmes de cette pile. Si dans cette expérience préliminaire Taiguille reste à zéro , certainement le coui^nt qu'on obtient après f en fermant le circuit de la pile^ ne pourra pas être rapporté à une action quelconque de deux lames. Et quand même on voudrait admettre cette hypothèse y on ne pourrait pas expliquer la constance de. la direction du courant et l'augmentation de son intensité avec le nombre des éléments.
Dans le Chapitre III , j'ai montré qu'un courant électrique très-sensible se développe lorsqu'on fait communiquer ensemble du sang et de l'eau, par un liquide conducteur : ce courant est dirigé dans Tare liquide du sang à l'eau. On pourrait dire que les conditions de cette expérience se trouvent reproduites dans les piles musculaires : en effet , dans une des deux capsules extrêmes de ces piles, il y a le contact entre l'eau et l'intérieur du muscle , qui est mouillé de sang. On pourrait ajouter que les signes augmentent avec le nombre des éléments , quoique le contact entre le sang et l'eau n'ait lieu que dans un seul point; parce que la surface du muscle peut être considérée comme mouillée d'un liquide analogue à l'eau. Cette objection tombe d'elle-même si l'on réfléchit que la direction du courant que l'on obtiendrait dans cette hypothèse, devrait être exac* tement opposée à celle du courant qu'on trouve réellement. En effet, dans les piles musculaires, le
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courant est dirigé de l'intérieur du muscle à sa sur-* face dans la pile, tandis que dans l'hypothèse que nous nous sommes faite, il devrait aller dans le sens opposé.
Je rappellerai ici que j'ai employé dans les expé-* riences citées, au lieu d'eau distillée, pour remplir lejs capsula extrêmes, de l'eau légèrement salée, de l'eau acidulée, de l'eau alcaline* Le courant ob*tenu a été toujours dirigé dans le même sens et l'in* tensité seulement a varié* Si la cause de ce courant était l'action chimique du sang et du liquide des cap* ftules, sa direction aurait dû changer nécessairement avec les différents liquides.
J'ajouterai enfin, que le courant qu'on obtient par l'action chimique du sang et de l'eau , p^siste sans changer d'intensité, ce qui u'a jamais lieu pour le courant musculaire, qui s'éteint en général trèsrapidement.
On pourrait encore opposer, que dans le liquide de la capsule, dans lequel rintérieur du muscle est plongé 9 il y a du sang qui le dissout, tandis que cela u'a pas lieu pour le liquide de l'autre c^ule dans laquelle la surface du muscle est pk>D(^. Oa pour-* raitdireà la suite de cette hypothèse que le courant musculaire n'est autre chose que le eourant qu'on obtient en réunissant avec un are liquide une eapsuk pleine de Sang, à une essuie remplie d'eau.
En effet, la direction du couiani musculaire s'aeewderait très-bien dans cette hypothèse*
Pourtant il est très*aisé de répondre que l'augm^si*
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tation du courant musculaire est tout à fait inexpli-> cable dans cette hypothèse ; puisque l'action du sang et de Teau n'est toujours que dans un seul points quel que soit le nombre des éléments.
Et du reste comment expliquer dans cette hypothèse la direction constante du courant en employant des liquides différents y acides, alcalins , salins, dans les cavités extrêmes de la pile musculaire? comment expliquer qu'en renversant la disposition des élé^ ments, la direction du courant est à Tinstant renversée, tout en conservant la même intensité qu'auparavant ?
L'importance de la conclusion que j'ai tirée de mes expériences pourra me servir d'excuse pour avoir voulu pousser à bout les objections qu'on aurait pu y faire en les interprétant différemment.
A défaut de toutes les expérfences que j'ai démérites et faites avec le galvanomètre, il y a une expérience que tout le monde peut faire très-facilement, et qui tranche toutes les difficultés. Cette expérience se fait en employant la grenouille galv»^ Qoseopique, au lieu du galvanomètre. Je dispose sur la planche dont j'ai déjà parlé , ou sur tout autre plan isolant, une pile des demi -cuisses de grenouilles d'un certain nombre d'éléments. J'ajoute à chacune des deux extrémités de cette pile une baade de papiar mouillé. 11 faut disposer ces bandes de manière que leurs extrémités libres se trouvent à une distance de 2 ou de 3 centimètres. Si alors on ferme le circuit avec le filament nerveux de la
grenouille galvanoscopique (fig. 4, 5), en touchant avec deux points de son nerf les deux extrémités des deux bandes ^ on verra la grenouille se contracter. Si on attend que la grenouille s'affai-* blisse^ l'indication de la grenouille suffira à montrer la direction du courant. On peut faire l'expérience de manière que l'usage du galvanomètre devient insuffisant^ tandis que la grenouille galvanoscopique persiste encore dans ses indications. Si on fait l'expérience que je viens de décrire, en employant des bandes de papier de la longueur de 8 à 10 centimètres et si l'on touche avec les lames du galvanomètre les extrémités de ces bandes , Tinstrument reste muet , quoique la pile se compose de plusieurs éléments. Au contraire , en fermant le circuit avec le nerf de la 'grenouille galvanoscopique, en touchant dans les mêmes points des bandes sur lesquels on avait porté auparavant les lames du galvanomètre, la contraction ne manque jamais. On voit encore, en employant des bandes plus ou moins longues, qu'il faut un plus grand nombre d'éléments pour faire contracter la grenouille. Ces expériences me semblent tout aussi simples que convaincantes.
Comment le courant musculaire s'affaiblit-il en tenant le circuit fermé?
Lorsqu'on ferme le circuit d'une pile musculaire la déviation de l'aiguille est due d'abord , comme avec toutes sortes de courants, à un mouvement d'impulsion, lequel étant fini, l'aiguille revient sur elle-même, oscille, et enfin s'arrête à un certain