PARTIE I, CHAPITHB VI
le courant musculaire des grenouilles auxquelles on n'avait pas fait subir l'action de ces poisons.
J'ai dit que l'intensité des deux courants musculaires était à peu près la même, ayant toujours observé un très-petit courant différentiel dans le sens des grenouilles qu'on n'avait pas empoisonnées : j'ai vérifié sur les pigeons ces mêmes faits.
L'influence de l'hydrogène sulfuré sur l'intensité du courant musculaire est au contraire plus remarquable et mérite d'être signalée. Il est inutile de dire que j'ai opéré avec ce gaz comme avec les autres. J'aî .. opposé deux piles dont chacune était de douze éléments, formés de demi-cuisses de grenouilles. Douze !' de ces demi-cuisses appartenaient à des grenouilles . ^ ordinaires, et les douze autres de la seconde pile appartenaient à des grenouilles tuées dans l'hydrogène sulfuré. Le courant différentiel de ces deux piles opposées , a été de 26° dans le sens des grenouilles ordinaires : la pile de ces grenouilles donnait 30"^, et l'autre des grenouilles tuées dans l'hydrogène sulfuré donnait 5** àô**, qui étaient toujours dans le sens du courant musculaire. Dans une autre expérience , ♦ avec deux piles dont chacune était formée de huit éléments, j'ai obtenu 15*^ de courant différentiel dans le sens de la pile des grenouilles ordinaires.
Dans une troisième expérience, avec deux piles chacune de sept éléments, j'ai obtenu 12° de courant différentiel, et toujours dans le sens de la pile composée de grenouilles qui n'avaient pas subi l'action de l'hydrogène sulfuré. J'ai déterminé le courant de
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ces deux piles séparément , quinze minutes après leur préparation : la pile des grenouilles ordinaires ma donné encore IS"", tandis que l'autre a produit une déviation à peine sensible.
En opérant sur des pigeons , je suis parvenu à des résultats tout à fait semblables. J'ai mis un pigeon sous une cloche dans laquelle j'ai fait entrer un peu d'hydrogène sulfuré ; l'animal est mort presque instantanément, et dans le même temps j'ai tué un autre pigeon; j'ai préparé rapidement ces deux pij^eons de manière à former des piles musculaires que j'opposais l'une à l'autre, en opérant suivant la méthode que j'ai décrite bien des fois. J'ai obtenu dans tous les cas un courant différentiel trèsHsensible. Avec deux piles, chacune de sept éléments, j'ai obtenu successivement 15% 10**, 8° de courant différentiel dans le sens du pigeon qui n'avait pas subi l'action de l'hydrogène sulfuré.
Nous pouvons résumer dans les termes suivants les résultats principaux rapportés dans ce chapitre : l'intensité du courant électrique musculaire varie pour les animaux à sang froid proportionnellement à la température du milieu dans lequel ils ont vécu pendant un certain temps : la durée de ce courant après la mort est d'autant moindre, que l'animal est plus élevé dans l'échelle des êtres : l'intensité du courant musculaire varie avec le degré de nutrition du muscle , et il est toujours plus fort dans les mus* clés qui sont engorgés de sang et enflammés : ce courant est tout à fait indépendant de l'intégrité du sys-
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tème nerveux moteur et sensorial, et de l'activité de ce système ; l'influence des poisons narcotiques est nulle ou très-faible sur ce courant : parmi les différents poisons gazeux, l'hydrogène sulfuré seulement agit d'une manière remarquable pour affaiblir l'intensité du courant musculaire : la direction du courant musculaire est constante dans tous les cas.