‹ Traité des phénomènes électro-physiologiques des animauxChapitre 73 sur 118 · PARTIE II 9 CHAPITRB IV · texte numérisé non relu

PARTIE II 9 CHAPITRB IV

un ner^ moteur sur un animal vivant ou récemment tué, et qui continue à passer dans ce nerf pendant un certain temps, en modifie l'excitabilité de manière à s le rendre insensible à son passage , tant qu'il le parcourt dans la même direction; mais l'excitabilité du nerf reparaît sous l'influence de ce même courant, dirigé en sens contraire : lors donc qu'un nerf a été /* modifié par le passage d'un courant, de la manière que nous venons de dire , on peut lui rendre l'-exci- * * tabiljté qu'il a perdue en le faisant traverser pendant quelque temps par un courant dirigé en sen* contraire de celui qui lui a fait perdre l'excitabilité et par lequel on veut la lui rendre. C'est ainsi que, dans l'expérience que nous avons décrite , on voit , à chaque changement dans la direction du courant , le membre qui auparavant ne se contractait que lorsqu'on fermait le circuit, devenir capable de se contracter à l'interruption de ce même circuit.

Marianini, qui a beaucoup étudié le phénomène des alternatives voltianes, a commencé par s'assu- ' rer qu'il était indépendant de la variation qui a lieu dans l'intensité du courant, lorsqu'on tient fermé le- circuit de la pile pendant un certain temps. On sait que le courant d'une pile s'affaiblit toutes les fois qu'on tient son circuit fermé, et qu'ensuite il reprend son intensité lorsqu'on laisse le circuit ouvert. Marianini a vu que les alternatives voltianes se vérifiaient également avec un courant d'intensité constante : l'expérience était très-facile à faire pour

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arriver à ce résultat sans avoir un oouraat de force constante. 11 n'y avait qu'à laisser passer le courant ^ d'une pile pendant un certain temps dans une grenouille ^ jusqu'à ce qu'elle ne donnât plus de contractions, et qu'à faire passer ce courant de nouveau et toujours dans le même sens : on voit alors les cou- ■ *. tractions reparaître, si l'on dirige ce courant dans la grenouille çn sens inverse.

Passons maintenant à l'exposition des lois des alternatives voltianes.

Marianini s'est assuré que la durée, ou le nombre total des alternatives qu'on peut observer sur une même grenouille, est d'autant moindre que le courant électrique employé est plus intense. Ainsi , en comparant deux grenouilles dont l'une est soumise à un courant de quatre-vingts -couples , tandis que pour l'autre ce courant n'est que de huit couples, on voit que la première de ces deux grenouilles ne présente plus le phénomène des alternatives après quatre heures d'expérience, c'est-à-dire que son nerf, modifié par le passage du courant, ne reprend plus son excitabilité par le passage du courant inverse. La seconde grenouille présente le phénomène des alternatives pendant un espace de temps presque double de l'autre. L'influence de la plus ou moins grande intensité sur la durée totale des alternatives, est une conséquence nécessaire d'un autre phénomène que nous avons déjà étudié dans le premier Chapitre : nous avons vu que le passage d'un

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courant par un nerf affaiblissait son excitabilité , et cela d'autant plus rapidement que ce courant est plus intense.

Marianini a fait aussi l'observation importante que sur les grenouilles ou sur les autres animaux vivants 9 le phénomène des alternatives est réduit au seul affaiblissement de Faction du courant , dirigée dans un certain sens sur les nerfs, et à un renforcement de cette action pour le courant dirigé en sens contraire. C'est ainsi qu'après avoir prolongé , pendant trois heures , le passage du courant par une grenouille , elle peut encore se contracterj quoique très-faiblement, par ce même courant; mais si on renverse sa direction, on tfouve que les contractions sont plus fortes , et , en le laissant passer dans ce sens jusqu'à ce que ces contractions soient affaiblies, on trouve qu'en le renversant les contractions ont, de nouveau , une plus grande énergie.

11 y a donc dans la grenouille, et dans tout animal vivant , une force qui lutte continuellement contre la propriété dont le courant est doué d'affaiblir l'excitabilité du nerf qu'il parcourt dans un sen^ donné. C'est cette force qui est capable, dans l'animal vivant, de rétablir l'excitabilité perdue par le nerf pourvu qu'on le laisse, pendant un certain temps ^ sans le tourmenter avec le courant. Des expériences de Marianini ont bien prouvé cette vérité. En effet, en laissant en repos durant cinq ou six minutes une grenouille vivante, qu'on avait tourmentée asses longtemps avec un courant de vingt à trente couples ,

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et en la soumettant de nouveau au même courant dirigé dans le même sens ^ on obtient des contractions aussi fortes que les premières. Le repos produit donc sur l'animal vivant qui a été soumis au passage du courant^ et dont les nerfs ont perdu par là leur excitabilité , le repos, dis-je, produit le même effet que. le passage du courant dans un sens contraire.

La grenouille employée dans toutes les expériences que nous avons rapportées, a été toujours disposée de manière que le courant parcourait dans le même temps ses nerfs et ses muscles. Mais il n'est pas difficile de prouver que le phénomène des alternatives voltianes a lieu également , et selon les mêmes lois , lorsqu'on agit seulement sur le nerf avec le courant. J'ajouterai de plus que c'est uniquement par l'action du courant sur le nerf que le phénomène des alternatives se produit. En effet , en faisant passer un courant électrique sur un morceau de substance musculaire, privée le plus possible de tout filament nerveux , on ne trouve jamais, en renversant la position des extrémités de la pile appliquées sur cette substance, que la contraction qui avait disparu reparaisse par ee renversement. 11 faut toujours, pour que cela ait lieu, recourir à un courant plus fort, et dans ce cas, on ne gagne rien en changeant la direction du courant.

Pour observer le phénomène des alternatives voltianes, en agissant' avec le courant sur les nerfs, il faut préparer, la grenouille comme nous l'avons déjà

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dit (flg .17), étendre cette grenouille sur un plan isolant, et appliquer les deux extrémités de ta pile sur les deux points a et 6 des deux nerfs lombaires; ce qui peut se pratiquer en liant les deux nerfs avec deux fils de platine très-déliés, ou bien à l'aide d'un petit appareil, facile à imaginer, avec lequel on fixe sur les nerfs les deux extrémités de la pile. En prolongeant le passage du courant pendant un certain temps , en général plus* court que celui qui est nécessaire quand on opère sur la grenouille entière , on finit par n'avoir plus de contraction en ouvrant le circuit ou en le fermant un instant après* Si on renverse alors la positioji des pôles , on verra, comme nous l'avons vu en exposant les résultats obtenus en agissant sur les nerfs et sur les muscles dans le même temps, se contracter le membre au commencement du courant qui ne se contractait d'abord qu'à l'intçrruption, et le contraire avoir lieu pour l'autre membre. En laissant de nouveau le circuit fermé jusqu'à ce que les contractions aient cessé , et en renversant encore le courant, les contractions reparaissent et sont ce qu'elles étaient au commencement de l'expérience. 11 était important d'étudier si le passage du courant dans un nerf diminuait également son excitabilité, quelle que fût sa direction relativement à la ramification du nerf. J'ai apporté tout le soin possible à la recherche de ce point ; j'ai répété bien des fois Texpérience , et je ne crois pas ii>e. tromper dans le résultat que j'ai obtenu. L'altération qui est produite daas le nerf par le

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passage du courant ^ n'est pas indépendante de sa dil^ection relativement à la ramification du nerf» Le courant direct détruit Texcitabilité du nerf beau-« coup plus vite que le courant inverse. Voici une expérience très-facile à faire et qui confirme ce que j'ai avancé : Je prépare une grenouille à la manière de Galvani^ je la coupe à l'union des deux os des cuisses, et je la pose ainsi entre deux verres dans lesquels ses pattes sont plongées (fig. 31 ). En introduisant des extrémités d'une pile de soixante à quatre-vingts couples dans les deux verres, je fais passer par la grenouille un courant qui est direct pour un des membres et inverse pour l'autre ; il faut , dans les premiers instants, empêcher que la grenouille ne saute hors des deux verres. Les contractions de la grenouille se prolongent pendant quelques secondes, quoique le circuit soit fermé, et ordinairement on remarque que le niertibr-e parcouru par le cour^mt direct palpite pendant un certain temps. Après quinze, vingt, vingt-cinq ou trente minutes, Buivant le degré de vitalité de la grenouille , je fais communiquer les liquides des deux verres où sont plongées les deux pattes de grenouiUe avec un arc formé d'un gros fil de cuivre ou de platine. C'est l'expérience de Marianini que nous avons déjà rapportée , et qui prouve que les contractions à Tinter^ ruption du circuit peuvent avoir lieu , si l'on oblige Une grande partie du Courant à abandonner la grenouille. Dans l'expérience que nous décrivons, lorsque Tare métallique est introduit ^ jbn voit se oon-

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tracter le membre qui est parcouru par le courant inverse. En enlevant tout de suite Tare qu'on avait introduit^ il n'y a aucune contraction dans la gre« nouille. On peut renouveler plusieurs fois cette expérience , et toujours avec le même résultat. Si la grenouille a été trop affaiblie par le passage du courant^ on peut obtenir les -phénomènes que nous avons décrits en interrompant tout à fait le circuit -et en le fermant un instant après. Pour s'assurer encore mieux que les nerfs des deux membres de la grenouille sont devenus di^éremment excitables , il faut disposer la grenouille autrement^ en la plongeant par ses nerfs dans un verre , et par ses deux pattes dans un second verre. Alors, en y faisant passer un courant , on voit un seul des membres se contracter tantôt au commencement; tantôt à l'interruption/ suivant que le courant est direct ou inverse. Dans les deux cas , le membre qui se contracte est toujours celui qui a été parcouru par le courant inverse dans la première expérience. Lorsque la grenouille est parvenue, par le passage du courant, à n'avoir plus qu'un de ses membres capable de se contracter, il faut renverser la direction du courant , de manière qu'il soit direct pour le membre qui était parcouru par le courant inverse, et vice versa pour l'autre. On obtient alors, en continuant le passage du courant pour un certain temps , que le membre qui n'était plus capable de se contracter le devient de nouveau i tandis que cette propriété cesse pour l'autre. C'est encore , dans ce cas, le membre parcouru par le cou-^

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rant inverse, qui. a gagné davantage au ïjfcnversement du. courant , et qui est resté. plus excitable que l'autre. C'est toujours le phénomène des alternatives, dans lesquelles on a introduit la différence dans la perte qu'éprouve l'excitabilité du nerf, par le passage du courant , suivant sa direction, relativement à la ramification du nerf.

J'ai souvent vu se reproduire trois ou quatre fois de suite , sur la même grenouille, le phénomène des alternatives que nous venons d'étudier. On ne peut conserver le moindre doute sur l'exactitude de cette double conclusion : 4**. le passage du courant électrique à travers un nerf en affaiblit l'excitabilité d'une manière différente, suivant sa direction; 2"*. le passage du courant direct rend le nerf moins excitable par ce courant même que le passage du courant inverse- Nous avons étudié jusqu'ici Tinfluence exercée sur l'excitabilité du nerf par le passage d'un courant électrique continu ; il nous reste à voir quelle est cette influence , lorsque ce courant est au contraire interrompu plusieurs fois de suite, de manière à en reaouveler le passage à de très-courts intervalles de temps.

On peut faire cette expérience très-facilement , en fixant une grenouille préparée sur une planche, avec, de petits clous. On lie une des extrémités de la pile à un de ces clous , et on tient l'autre extrémité avec la main , de manière à toucher un autre clou plusieurs fois de suite, en fermant et en ouvrant ainsi le circuit. Nobili a étudié le premier les phé-

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Domènel qui se produisent dans la grenouille, par ces passages successivement interrompus du courant. La grenouille tend ses membres et semble prise par des convulsions tétaniques. Ces phénomènes ont lieu également, quelle que soit la direction du courant." Le courant direct et le courant inverse , appliqués de cette mahière , peuvent également tétaniser la grenouille.

Après avoir soumis la grenouille à ces passages ré* pétés du. courant, de manière à la tétaniser, on trouve que quand l'expérience a duré un certain temps, l'excitabilité du nerf est très-affaiblie , en comparaison de ce qui serait arrivé sur une autre grenouille, parcourue par le même courant d'une manière continue. J'ai fait plusieurs fois cette expérience comparative , en soumettant deux grenouilles également préparées , l'une au passage d'un courant continu de quarante-cinq couples, et l'autre à un courant d'une pile semblable , mais dont l'action était renouvelée à de très-courts inter^^alles de temps. L'expérience était prolongée^ durant dix à quinze minutes sur les deux grenouilles. Je trouvais alors, en les soumettant séparément au passage d'un courant sur les nerfs lombaires, qu'il fallait un plus grand nombre de couples pour faire contracter la grenouille qui avait été soumise au courant interrompu. Je me suis également assuré de la différence de l'excitabilité de leurs nerfs , en les soumettant dans le même temps à un nouveau passage d'un, courant continu; la perte était plus grande pour.lagre-

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nouille qui avait déjà subi l'action du courant inteîv rompu.

Marianini s'est également assuré qu'en comparant deux grenouilles, dont l'une est parcourue par un courant continu , toujours dans le même sens , et l'autre par un courant semblable, dirigé tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, c'est la première qui a le moins perdu d'excitabilité dans ses nerfs par le passage du courant.

Ce grand épuisement dans l'excitabilité du nerf, dû à des courants successivement renouvelés à des intervalles très-courts de temps , a été plus particu- ' lièrement démontré par les expériences de M. Masson» Voici l'appareil avec lequel cet habile physicien est parvenu à exciter un grand nombre de secousses électriques très -rapprochées. Une roue métallique R {fig. 33), fixée à un axe aussi métallique, tourne dans deux coussinets amalgamés , à l'aide d'une manivelle; un des coussinets est en comrnu^ nication avec un des pôles de la pile P, et l'autre pôle est en contact avec un fil qui, après s'être enroulé en spirale autour d'un cylindre M de fer doux, vient communiquer avec un« plaque métallique fixe que les dents de la roue frappent successivement; par cette disposition, en tournant la roue , on ferme le circuit à ôhaque contact de la plaque avec une dent , et il se trouve rompu dans l'intervalle qui sépare deux contacts consécutifs. En mettant les mains humides en contact avec les parties A et B du conducteur, situées de chaque côté

' "PAtittÉ II, CttAPinifi ÏT. S3S

du point où se fait la fermeture et la rupture du circuit, on éprouve une série très-vive de commotions. Quand la vitesse de rotation est très-grande, ces commotions successives font éprouver dans les membres une tension douloureuse dont l'effet, indépendant de la volonté, est celui de né pas permettre à l'expérimentateur d'abandonner le conducteur niétallique qu'il a saisi; au contraire/ les mainà serrent ces conducteurs avec plus de force. Masson a pu ainsi, avec une pile d'un petit nonibre d'éléments, tuer un chat en quatre ou cinq minutes. Un fait trè&-important, et qui a été encore découvert par M. Masson , c'est que , si la vitesse de la roue augmente, la sensation et les secousses finissent par disparaître. Pouillet a trouvé que, lorsque la durée des intermittences est d'environ -^ de seconde , il est impossible de distinguer la discontinuité du passage du courant électrique , c'est-à-dire que l'effet produit est le même que si le courant était continu. §. H. Ligature du nerf .-^On sait ce qu'il arrivé lorsqu'un^ nerf est lié sur un animal vivant ou récemment tué : si on irrite la partie qui est au-dessus de la ligature , c'est-à-dire celle qui est du côté du cerveau,- on n'observe aucune contraction dans les muscles inférieurs, et l'animal ne fait que crier et éprouver de la douleur. Si , au contraire , c'est la partie qui est au-dessous de la ligature qui est irritée, l'aniinal est pris par des contractions trèsfortes dans les* muscles itiférieurs, sans qu'il donné aucun signe de douleur. *

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Voyons maintenant ce qui arrive lorsque le corps stimulant est le courant électrique. On a étudié de«puis longtemps Tinfluence de la ligature du nerf en le soumettant au passage du courant, sofit au-dessous soit au-dessus de la ligature. On avait cru d'abord que la ligature du nerf agissait sur les effets du courant électrique comme pour les autres stimu*lants : ensuite on a changé d avis et on peut lire dans des ouvrages célèbres de Physiologie, que la ligature, du nerf n'empêche pas l'action d'un courant électrique qu'on fait agir au-dessus de la ligature. Aux premiers essais que j'ai tentés, j'avais cra qu'effectivement la ligature n'empêchait pas tout à fait l'action du courant supérieur, car j'avais cru observer encore des contractions, quoique très-faibles, dans les muscles inférieurs. Pour me mettre à l'abri de toute erreur, j'ai opéré de la manière suivante : j'ai pris une grenouille, préparée comme à l'ordinaire, et je l'ai coupée par moitié; j'ai suspendu à un fil de soie, lié autour du morceau de la moelle épinière, une des demi-grenouilles (/{(/. 30); j'ai lié avec un fil quelconque «on nerf lombaire à peu près au milieu, et j'ai serré le nœud jusqu'à ce que j'aie vu des contractions dans la jambe. Alors j'ai, fait passer un courant d'une pile de quinze couples audessus de la ligature, en tenant les pôles le plus éloignés possible l'un de l'autre. Je n'ai observé aucune contraction, quelle que fût la, direction du courant , ni en fermant ,. ni en ouvrant le circuit : ad contraire , les contractions les plus fortes étaient

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excitées lorsque les deux pôles ou un seul touchaient au-dessous delà ligature. J'ai, dans d'autres expériences, employé des courants d'une pile de soixante couples, et j'ai toujours obtenu les mêmes résultats*

Voici comment on peut se tromper dans l'expérience : si la grenouille à laquelle le nerf est lié, au lieu d'être suspendue, comme je l'ai dit, est posée sur une table ou sur une lame de verre, les contractions peuvent avoir lieu, quand même on netoucherait avec les pôles qu'au-dessus de la ligature. 11 suffit qu'il y ait un peu d'humidité sur le plan en contactdunerf , et que la grenouille soit très-vivace, pour qu'une portion du courant, se répandant dans celte couche -humide , vienne à parcourir une portion du nerf qui est au-dessous de la ligature. Quand le nerf est parfaitement isolé , ce qui arrive en le suspendant, il n'est plus possible qu'il y ait du courant qui passe au-dessouâ de la ligature, et alors il n'y a jamais de contractions.

L'effet de la ligature du nerf est donc le même pour le courant électrique que pour les autres agents stimulants. 11 faut toujours que la ligature soit faite de manière à empêcher l'action supérieure de ces agents; sans cela tous ces agents, comme le courant, peuvent exciter la contraction dans les muscles inférieurs , lors même qu'ils sont appliqués au dessus de la ligature. En répétant plusieurs fois ces expériences . de comparaison, on croit voir qu'il faut, pour empêcher la contraction , que la ligature soit plus serrée si l'on emploie le courant que si l'on fait.

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usage des autres corps stimulants. Quand la ligature a été bien serrée^ on trouve le nerf, dans les points où il est lié , très*aminci et réduit à son névrilème, et alors, en coupant la ligature, on ne parvient pas à exciter de contractions en irritant au-dessus du point qui a été lié.

§. III. Poisons. ^-^ y oi repris Tétude de ce sujet malgré le grand nombre des observations, souvent contradictoires , qu'on trouve à ce propos dans les anciens ouvrages du galvanisme. Je décrirai d'abord comment j'ai fait ces expériences. Je commence par introduire un certain nombre de grenouilles vivantes sous une cloche que je remplis ensuite du gaz ou des vapeurs qui doivent les empoisonner. À peu près dans le même temps, je coupe la tète à un certain nombre de grenouilles destinées à être comparées aux grenouilles empoisonnées. Quand je vois ces dernières grenouilles réduites à ne faire plus aucun mouvement, je les prépare, comme je fais pour les autres , et je les soumets au passage d'un courant électrique. Ce passage a été tenté, tantôt sur les nerfs seulement, tantôt sur les muscles et sur les nerfs à la fois, et enfin sur les muscles seulement. Pour mieux juger de la différence d'excitabilité appartenant aux deux grenouilles, je les fais traverser pendant un certain temps par un courant électrique , et je juge de cette différence par la perte différente qu'elles éprouvent ou par le temps variable dans le passage du courant qu'il faut pour que Texcitabilité de leurs nerfs disparaisse iout à fait.

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^ J ai trouvé par ces différents moyens d'expéhmen-* tation^ comme M. de Humboldt Tavait fait bien longtemps avant moi^ que le gaz acide carbonique, Tazote et le chlore n'affaiblissent pas l'excitabilité du nerf soumis au courant électrique; on peut en dire autant de l'hydrogène sulfuré. L'uu des poisons qui affaiblit le plus l'excitabilité du nerf, est l'acide hydrocianique. Cet acide commence par excita des contractions tétaniques dans les grenouilles qui, préparées dans cet état et soumises au courant électrique , ont encore des contractions , surtout si le courant parcourt dans le même temps les nerfs et les muscles ou les muscles seulement. Mais si les grenouilles empoisonnées par ce corps sont soumises au courant électrique quand elles ont cessé de montrer les contractions tétaniques dont nous avons parlé , on obtient alors très-rarement les contractions en agissant avec le courant d'un couple sur leurs nerfs lombaires. Un courant plus fort n'y produit que de très-faibles contractions et l'excitsJ^ilité disparaît tout à fait après quelques instants. Quand même on chercherait à agir avec le courant sur des points de ces nerfs plus rapprochés des extrémités , on n'obtiendrait pas de contractions. Mais si, au lieu d'agir avec le courant sur les nerfs seulement, on le fait passer ou par les muscles ou par les nerfs et les muscles , on a encore les contractions. Puisque cet effet manque lorsque le courant n'agit que sur les nerfs ^ il faut bien admettre que les contractions produite» en faisant passer le courant par les nerfs et les mus«>.

des, sont dues à laction du courant sur les fibres musculaires.

La mort par la décharge électrique détruit presque entièrement l'excitabilité du nerf soumis au courant électrique. J'ai tenté souvent l'action du courant sur les nerfs de grenouilles tuées avec un certain nombre de décharges électriques de six grandes bouteilles chaînées à saturation ; je n'ai jamais obtenu aucune contraction, même avec une pile de dix à quinze éléments. Et si quelquefois il y en avait de très-faibleâr, le passage d'un courant par les nerfs, pendant quelques secondes, en détruisait tout à fait l'excitabilité. Les grenouilles ainsi tuées n'avaient pas perdu Tirritabilité de la fibre musculaire : le courant électrique y excitait encore la contraction.

Je n'ai plus qu'à parler de l'influence des poisons narcotiques. J'ai employé pour cela des solutions d'extrait d'opium ou de noix vomique, que j'introduisais dans l'estomac des grenouilles vivantes. L'empoisonnement a lieu , 'et présente une série de phénomènes qui se succèdent plus rapidement pour la noix vomique que pour l'opium. La grenouille narcotisée, après environ quinze, vingt, trente minutes, montre l'état de surexcitation dans lequel, comme on sait, la plus faible contraction suffit pour agiter tout l'animal. Après cet état, viennent les contractions tétaniques; le dos de la grenouille se courbe, ses membres se roidissent et la grenouille reste soulevée du plan , en s'appuyant sur l'extrémité de ses

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quatre pattes^ et quelquefois^ dans la contraction, on la voit rouler. Elle reste ainsi tétanisée pendant quelques minutes, et puis tous les mouvements finissent. Dans ces trois périodes bien distinctes, j'ai essayé laction du courant sur les nerfs ou sur les muscles des grenouilles ainsi narcotisées. Dans la première, le nerf est encore très-excitable, il présente ordinairement le phénomène de la contraction, soit au commencement, soit à l'inteiTùption du courant, quelle que soit sa direction. Les contractions excitées sont très-fortes et d'une nature tétanique. Dans la seconde période, l'action du courant, surtout s'il est prolongé, mérite d'être signalée. En agissant sur les nerfs, seulement après avoir préparé la grenouille et coupé, par conséquent, la moelle épinière, on trouve l'excitabilité du nerf affaiblie. Quelquefois on voit les contractions tétaniques se prolonger encore pendant quelques secondes, lors même que la moelle épinière a été coupée. Mais si, au lieu de préparer la grenouille ainsi tétanisée, on la soumet au passage du courant d'une pile de trente à quarante couples dirigé le long du corps, en touchant avec les pôles audessous de la peau, on voit la grenouille qui, un instant auparavant , était toute tendue, et telle que nous l'avons décrite, éprouver une petite secousse •au commencement du courant, et puis, en laissant le circuit fermé, la tension de ses muscles cesse et se relâche. J'ai remarqué une différence entreraction du courant direct et celle de l'inverse; le courant

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dirigé des pieds à la tête excite au commencement une secousse qui est moins forte que celle qui est produite au commencement du courant direct : cette différence entre l'action des deux courants est d'ao cord avec les lois générales que nous avons exposées dans le premier Chapitre.

Enfin y lorsque les grenouilles sont prises dans la dernière période de Tempoisonnement narcotique, on trouva l'excitabilité du nerf nulle ou .à peu près nulle , tandis que la fibre musculaire montre encore la contraction^ étant soumise au courant électrique.

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