PARTIE I, CHAPITRE XVI
« riences. Plusieurs n'étaient que légèrement blessées u à la queue ; d'autres Tétaient grièvement à la tète.
« Les Indiens nous assuraient qu'en mettant les « chevaux deux jours de suite dans une mare rem- « plie de gymnotes, aucun cheval n'est tué le second « jour : il faut à ces poissons électriques du repos t< et une nourriture abondante pour produire ou « pour accumuler une grande quantité d'électri- « cité. »
Le passage que nous avons rapporté établit d'une manière bien évidente que la fonction électrique du gymnote ae diffère pas de celle de la torpille sous tous les rapports.
En effet, il est bien évident, d'après ce que nous avons rapporté de la décharge électrique du gymnote, qu elle est entièrement soumise à la volonté de l'animaL M. de Humboldt va jusqu'à croire que la décharge du gymnote peut être volontairement dirigée sur les différents points de son corps qui sont irrités. Il est pourtant naturel de penser que cette direction volontaire n'est qu'apparente, et peut-être, dans le gymnote, les quatre masses électriques de son organe donneront-elles séparément la décharge : cette décharge partielle pourrait produire des effets semblables à ceux qu'on obtiendrait si l'animal pouvait • réellement avec sa volonté diriger la décharge. De même on trouve pour le gymnote comme pour la torpille, que la fonction électrique s'affaiblit par une excitation violente et renouvelée qui force l'animal à donner dans un court espace de temps un grand
nombre de décharges électriques. Dans cet état, une respiration aisée, une nourriture abondante et le repos sont les conditions à l'aide desquelles le gymnote rétablit sa fonction électrique.
On a observé surtout que, pour conserver la force électrique du poisson, il faut changer souvent la masse d'eau dans laquelle il vit : observation qui nous amène à conclure, comme nous lavons fait pour la torpille, que la fonction électrique est toujours proportionnelle à l'activité de la respiration et de la nutrition ainsi qu'au degré du repos des muscles de l'animal.
L'analogie entre la fonction électrique de ces deux animaux, gymnote et torpille, subsiste encore relativement aux points de leur corps, qui, plus particulièrement les excitent à la décharge, lorsque ces points viennent à être irrités. M. de Ilumboldt dit que les coups les plus énergiques sont lancés par le gymnote lorsqu'il a été irrité aux lèvres, aux yeux et surtout à la peau voisine des opercules des branchies.
L'analogie persiste encore eutre ces deux animaux relativement aux mouvements musculaires qui quelquefois ont lieu en même temps que la décharge électrique. De même que pour la torpille, la décharge du gymnote peut être accompagnée de mouvements musculaires très-forts, et quelquefois se produire sans le moindre mouvement dans l'animal. >f. de Ilumboldt a vu le gymnote lancer son coup sans qu'on eût pu remarquer le moindre mouvement dans le poisson, tandis que, dans un cas, il lui est arrivé de voir
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un gymnote très-grand et nullement blessé se débattre fortement contre lui en courbant son corps comme un serpent, sans éprouver dans le même temps aucune secousse électrique.
Je signalerai encore, comme un point très-important d'analogie entre la fonction électrique du gymnote et de la torpille l'influence qui est exercée sur elle par l'intégrité du cerveau. Nous avons vu qu'il y a dans le cerveau de la torpille un lobe particulièrement destiné à déterminer la déebarge : nous ignorons encore s'il existe dans le cerveau du gymnote un lobe particulier analogue. Le fait est que, d'après les observations de M. de Hurnboldt, nous savons que les déebarges du gymnote cessent entièrement lorsque le cerveau a été enlevé, et qu'on ne réussit pas à l'obtenir, quoique on irrite la moelle épinière. Ce fait me semble d'autant plus important qu'une grande partiedes nerfs qui se ramifient dans l'organe du gymnote vient de la moelle épinière. On devrait conclure de là que puisque l'irritation de la moelle épinière n'excite pas la déebarge du gymnote, lorsque son cerveau a été enlevé, c'est du cerveau même que doit émaner l'acte de la volonté déterminant la déebarge, et qui, dans ce poisson, arriverait dans l'organe par l'intermédiaire d'un gros rameau nerveux composé de la troisième brandie de la cinquième paire , et du nerf bracbial descendant le long delà ligne latérale, et passant au-dessus de l'organe.
(4) Carus, Traité d'Anatomie comparé*, 1. 1, p. 393.
Nous parlerons maintenant des propriétés de la décharge électrique du gymnote, en nous bornant à rapporter les observations faites par M. Faraday dans ces derniers temps. C'est à l'aide de deux plats métalliques réunis aux extrémités du galvanomètre et appliqués sur différents points du corps du poisson, que Faraday est parvenu à déterminer la direction de sa décharge. Les parties antérieures de l'animal sont constamment le pôle positif, et les postérieures le pôle négatif. Le courant est donc toujours dirigé dans le galvanomètre de la tète à la queue. En touchant avec les plats collecteurs sur des points différents de l'animal, on trouve que les mômes points peuvent tantôt être positifs, tantôt négatifs, suivant que les autres points touchés dans le môme temps, sont tantôt plus près de la queue , tantôt plus près de la tète. C'est exactement ce qui arriverait avec une pile à colonne, montée avec le cuivre en bas, dans laquelle le milieu est positif vis-à-vis du premier cuivre, tandis qu'il est négatif vis-à-vis du dernier zinc supérieur. En plongeant les mêmes plats collecteurs dans différents points de la masse liquide dans laquelle est placé le gymnote , on trouve, en supposant que l'animal décharge ses quatre organes à la fois, que toute cette masse est envahie par le courant électrique distribué en lignes droites et courbes, tout autour des extrémités de l'animal, de la même manière que serait distribuée la limaille de fer autour d'un aimant 7 dont les pôles occuperaient la même place que la tète et la queue du poisson.