‹ Traité des phénomènes électrophysiologiques des animauxChapitre 86 sur 187 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DES CAUSES INTÉRIEURES ET EXTÉRIEURES QUI INFLUENT SIR LA DÉCHARGE DE LA TORPILLE.

J'entends par causes extérieures celles qui ne détruisent pas sensiblement l'organisation du poisson; c'est l'inverse pour les causes intérieures. J'en ferai l'exposition dans deux sections séparées.

Première Section. — Causes extérieures.

La vie de la torpille se prolonge plus ou moins, suivant : 1°. la masse d'eau de mer dans laquelle on la tient; 2°. la température de cette eau ; 3°. enfin , le degré de l'irritation qu'on fait souffrir à l'animal et par laquelle on l'oblige à se décharger très-souvent. J'ai réussi à prolonger la vie de la torpille jusqu'à trois jours dans ma chambre, en réunissant d'une manière favorable à l'animal les trois circonstances ci-dessus mentionnées. 11 faut pourtant observer que les causes qui prolongent la vie de la torpille ne sont pas les mêmes qui accroissent l'activité de sa fonction électrique. Nous verrons dans cette section que la fonction électrique et le prolongement de la vie de l'animal varient par l'effet des mêmes causes qui agissent d'une manière opposée. ^Parlons d'abord de la chaleur.

Dans une masse d'eau de mer, haute de presque 1 mètre et contenue dans un vase de 30 centimètres de diamètre, dont la température est à -f 18* R., la torpille ne vit ordinairement que cinq ou six heures au plus, en conservant toujours sa force électrique avec une activité plus ou moins grande. Si la température vient à s'abaisser, la fonction électrique cesse presque en même temps. J'ai pris deux torpilles femelles, pêchées au même instant, et d'une grosseur moyenne. L'expérience a commencé trois heures après que je les avais prises. On les a mises dans des quantités d'eau de mer égales, mais de température différente, l'une étant à 18° R. et l'autre à + 4° R. Au bout de cinq minutes, la torpille plongée dans l'eau froide ne donnait plus de décharges électriques quoiqu'on l'irritât, et ne faisait aucun mouvement; cinq minutes plus tard, on ne voyait presque plus de mouvement dans ses branchies : on l'aurait crue morte. L'autre torpille était parfaitement dans son état ordinaire. J'ai retiré la première de l'eau et je l'ai mise avec l'autre. Une dizaine de minutes s'étaient à peine écoulées qu'elle avait déjà sa première force tout à fait comme l'autre. J'ai répété sur le même poisson quatre fois de suite la même expérience , toujours avec le même succès, si ce n'est qu'il demandait pour se rétablir un temps d'autant plus long qu'on l'avait plus longuement refroidi. Je vis une petite torpille mâle, large de six centimètres, transportée de nuit pendant dix heures dans une très-petite quantité d'eau de mer à la température

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