PARTIE I, CHAI'ITRE XV
de 4- 8° à + lô" R»; elle arriva engourdie et presque morte. L'état où je la voyais me la lit retirer de F eau, et mettre sur une table où tombait un rayon de soleil levant. Je la vis alors se mouvoir ; je la remis dans de l'eau qui était à + 16°, et dans un instant, elle me donna la décharge électrique. Elle vécut pendant une heure. J'ai étudié l'action du réchauffement sur une autre torpille; c'était une torpille femelle de dimension moyenne , et qui n'était pas même très-vivace. Je la mis dans de l'eau de mer que je pouvais échauffer à volonté. A mesure que la température s'élevait, j'avais soin de toucher l'animal. Il ne cessa jamais de donner de fortes décharges électriques. La température était à -i- 30° R., lorsque l'animal me donna cinq à six décharges électriques plus fortes qu'auparavant, qui durèrent quelques secondes; après quoi il mourut. J'ai prolongé le séjour d une autre torpille dans de l'eau à -f 2(i° R.; elle continua à donner des décharges , mais elle ne tarda pas à mourir. Si l'on a soin de la retirer tout de suite de l'eau chaude jusqu'à 4- 24° ou 26° R. et de la remettre dans de l'eau à + 1 8° R. , on parvient à la rétablir. C'est une expérience que j'ai répétée plusieurs fois. J'ai tenu pendant un certain temps plongée dans de l'eau froide la moitié d'une torpille vivante et par conséquent un de ses organes, tandis que l'autre était dans l'air à -f 22° R. Au bout d'une dizaine de minutes on pouvait irriter l'organe refroidi de la torpille, sans en avoir la décharge, ce qui n'avait pas lieu pour l'autre.
J'ai reçu très-souvent des torpilles qui avaient voyagé de la mer jusqu'au pays où j'étais, pendant des nuits très-froides. Les torpilles arrivaient sans aucun signe de vie , et il était impossible d'en avoir la décharge : exposées au soleil ou dans de l'eau à
25° ou 30° centigrades, je les voyais très-souvent reprendre la vie et la fonction électrique. On peut très-bien expliquer cette action de la chaleur, sans recourir à des causes inconnues ou à des analogies trop éloignées. Les principes établis dans les grands travaux d'Edwards sur la respiration , suffisent pour faire comprendre ce phénomène. 11 n'y a qu'à admettre que l'activité de l'action électrique est proportionnelle au degré de l'activité de la circulation et de la respiration de l'animal. Le poisson plongé dans l'eau froide a la circulation presque arrêtée à l'instant, et une petite quantité d'air suffit pour entretenir son existence engourdie. Dans l'eau chaude, la circulation et la respiration prennent une trèsgrande rapidité; mais le poisson doit bientôt mourir par l'effet de la diminution de l'air, dont la quantité n'est plus en rapport avec la nouvelle activité de ces deux fonctions.
Avant de commencer l'étude de la respiration de la torpille sous le rapport de sa fonction électrique, j'ai dû procéder à l'analyse de l'air dissous dans de l'eau de mer. Mon appareil était le même que celui employé par M. de llumboldt, dans son célèbre travail sur la respiration des poissons. L'aualysede l'air fut faite par la potasse et par la combustion lente du
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phosphore. J'ai Tépété plusieurs fois cette analyse , et j'ai observé de grandes différences dans les résultats, suivant les lieux de la mer où l'eau était prise , et suivant la température à laquelle elle était exposée. Je donnerai ici la composition moyenne de l'air contenu dans l'eau de mer près de la côte de Ccsenatico, prise à -h 13° H., età un pied au-dessous de la surface. 3500 centilitres d'eau m'ont donné G2,5 dixièmes de pouce cube anglais , équivalant à 1 0 1 ,87 centimètres cubes. La composition pour 100 de ce mélange élait M d'acide carbonique, 00,5 d'azote, '20,5 d'oxygène. Cette composition a été constante, relativement à l'oxygène et à l'azote ; l'acide carbonique a varié de 0,08 à 0,27. La même eau de mer prise près de mon habitation, dans un petit réservoir qui débouchait dans le canal du port, à la température de -h 22° R., m'a donné la composition suivante : 3500 centilitres donnent 45 dixièmes de pouce cube anglais, dont la composition pour 100 du mélange est de 1 7,8 d'acide carbonique, 24>4 d'oxygène, 57,8 d'azote. Voyons maintenant quel est le changement apporté dans cette quantité d'air et dans sa composition, par la respiration de la torpille. J'ai faitdeux expériences en choisissant deux torpilles femelles d'une vitalité presque égale et d'une grandeur trèspeu différente : l'une de ces torpilles a été plongée dans l'eau dont j'ai donné l'analyse; elle a été tranquille pendant quarante-cinq minutes, à la température de 22° H.; l'autre torpille a été dans la même condition , si ce n'est qu'on l'obligeait continuelle-
ment à donner la décharge. Les ayant retirées de l'eau encore vivantes, j'ai passé tout de suite à l'analyse de l'air contenu dans ces deux masses séparées d'eau de mer. Voici les résultats :
Air de l'eau de la lorpillc qui a donne le» décharges.
3500 cent, ont donné 30,5 dixièmes de pouce cube anglais.
Compojifiou.
Acide carbonique. . . M 30,0
Azote 10,5 00, 4
Oxygène des traces
Air de l'eau de la torpille restée tranquille.
3500 cent, ont donné 35,75 dixièmes de pouce cube anglais.
Compost lion .
Acide carbonique. . . 12,50 37,8
Azote 20,25 59,4
Oxygène 1 *2,8
On voit donc que la torpille tourmentée a respiré plus que l'autre. L'oxygène absorbé est à l'azote comme 100 : 59; et à l'acide carbonique produit, comme 100 : 37,2. Dans la seconde torpille , la première proportion est de 100 : 57,50; la seconde de 100 : 45. C'est un résultat bien singulier que