‹ Traité des plaies de tête et de l'encéphaliteChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

PAnALYSXES QUI SUCCEBEIST; AI7X rivUZS CE TETE»

Considérations générales.

L'impossibilité d'exécuter les mouvemens volontaires résulté toujours d'une altération , qui a intercepté la communication établie entre les centres nerveux et les» portions extérieures du système. Mais r puisque ce sont toujours les parties situées au dessous de la lésion qui ressentent les effets de l'interruption de l'action nerveuse, il faut nécessairement remonter jusqu'au cer~ veau pour arriver au centre unique de tous les mouvemens. L'opinion contraire serait en opposition avec les lois les mieux connues de l'organisme. Il est manifeste que les parties nerveuses inférieures à l'encéphale, telles que la moelle et ses expansions, ne sont que des moyens de transmission des volitions cérébrales. Les communications des ganglions spianchniques avec l'encéphale n'ont pour objet que d'entretenir les influences nerveuses centrales qui rayonnent a toutes les distances, el sans lesquelles le grand sympathique lui-même serait inutilement répandu dans les viscères et dans la texture de tous les appareils. On peut affirmer, en un mot , qu'il n'existe pas plus de mouvement

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vital sans cerveau, chez les èlres qui en sont pourvus , qu'il n'existe de circulation sans cœur ou sans ce qui en tient lieu dans quelques espèces animales.

En poussant plus loin cette analyse, on pourrait être conduit à penser que l'altération d'une partie déterminée du cerveau fait perdre à des organes plus ou moins éloignés la faculté de remplir leurs fonctions, et que les nerfs de ces organes ont dans la masse nerveuse une place fixe qui correspond au point que la lésion affecte. Mais ces localisations ne sont point démontrées *, les observations de MM. FovilLe et Pinel- Grandchamp, qui en avaient particulièrement parlé, ont été trouvées inexactes, et des faits pathologiques pareils à ceux qu'ils avaient invoqués ont précisément donné des résultats contraires. L'expérience journalière semble amener forcément à cette conclusion , qu'aucune fonction nerveuse n'a de partie cérébrale qui lui soit propre.

Si nous consultons encore l'expérience, nous serons convaincus que les fonctions du cerveau résultent de son ensemble organique, et que les grandes divisions de sa surface peuvent seules être considérées comme, appartenant plus spécialement à nn ordre de fonctions particulier. Toutefois, cette division est même arbitraire , car il y a un tel accord entre les différentes parties cérébrales , que Tune n'agit jamais sans le concours des autres. S'il n'en était ainsi, cette admirable harmonie que nous observons entre toutes les actions vitales n'aurait aucune cause d'existence. Les lobes antérieurs cependant , par la même raison qu'ils nous donnent la conscience des besoins que nous éprou^ vous, des dangers auxquels nous sommes exposés.^

expriment aussi les désordres que leur lésion provoque, tandis qu'une même altération intéressant le restant de l'organe demeure la plupart du temps ignorée. Mais il faut faire attention que ces troubles concernent seulement les actes de l'intelligence , et que les autres lésions des lobes antérieurs se confondent avec celles qui peuvent exister plus profondément dans l'organe et entraîner les paralysies. Les symptômes n'ont alors plus de certitude, .l'évidence a fait place à lobscurité. Ainsi, malgré l'attention que j'ai pu y apporter, dans tous les cas qui se sont présentés à mon examen , et ils sont assez nombreux , je n'ai jamais rien remarqué qui pût me faire présumer avec vraisemblance qu'une paralysie eût sa cause sur une partie plutôt que sur une autre de l'intérieur d'un hémisphère ; la douleur locale n'est même pas un indice certain. Quand la lésion est de nature à développer consécutivement un appareil de symptômes , ceux qui proviennent de la part que les lobes antérieurs prennent à ce nouvel état sont encore les seuls que l'on puisse distinguer; les autres restent vagues, en ce sens qu'ils n'indiquent pas positivement à quelle partie cérébrale ils appartiennent. J'ajouterai enfin que nies recherches ne m'ont jamais démontré qu'une paralysie fût résultée des lésions les plus profondes du cervelet.

Mais la cause de la perte des fonctions , quand elle agita l'insertion des nerfs de la moelle allongée ou du prolongement médullaire, est quelquefois susceptible d'être indiquée ; nous prouverons par quelques exemples qu'il est possible alors de préciser le point de l'altération nerveuse au milieu des symptômes qui

se manifestent, À la vérité, ces insertions font pour ainsi dire encore partie de la continuité des nerfs , puisqu'elles n'en sont point les terminaisons ; pourtant il est impossible de suivre ensuite les traces des cordons dans l'intérieur des masses nerveuses. Les nerfs entrent donc tout à coup dans une texture nouvelle; mais puisqu'ils conservent néanmoins des fonctions isolées , il parait exact de dire qu'ils se terminent en haut dans le cerveau et le cervelet , et en bas dans les organes qu'ils animent. C'est à ces deux points opposés que se rencontrent les deux grandes sphères de leur activité. Bans les premiers momens d'un accident, on est exposé à prendre pour des paralysies véritables divers états qui n'en ont que l'apparence. Le diagnostic doit presque toujours se fonder sur l'étendue des facultés intellectuelles dont le blessé conserve l'usage, et spécialement sur la puissance de la volonté. En effet, les . paralysies, à la suite des lésions cérébrales, ne peuvent être bien reconnues qu'autant que celui qui en est atteint conserve ou a recouvré son intelligence au degré nécessaire pour essayer de commandera ses organes, et ce n'est que lorsque ceux-ci refusent d'obéir qu'ils doivent être réputés paralysés. Ces remarques tendent à prévenir une erreur fort commune que l'on commet en qualifiant de paralysie une immobilité dont la durée n'est quelquefois que de peu d'instans. Si les blessés restent plongés dans l'état comateux, on pourra encore apprendre, en pinçant ou en piquant la peau , que la puissance musculaire est intacte ou à peu près , et ces indices mêmes annoncent ordinairement un retour assez prompt des fonctions intellectuelles j mais dans des cas plus graves la dou-

leur qui doit suivre cette excitation peut ne pas être perçue , et alors les membres irrités demeurent immobiles, bien que la faculté de se mouvoir n'y soit pas abolie. D'après ce qui vient d'être dit, il est facile de voir que les paralysies sont bien différentes des effets de la torpeur cérébrale avec lesquels on peut facilement les confondre ; elles ne demandent pas moins d'être distinguées des raideurs musculaires et des contractures qui simulent quelquefois la perte de l'action nerveuse. Cependant le coma, à raison de l'insensibilité qu'il détermine, devient un obstacle souvent, insurmontable au diagnostic de ces accidens.

On a voulu rapprocher les vivisections des paralysies accidentelles, dans l'espoir de parvenir à déterminer, par un plus grand nombre d'observations, les usages des nerfs ; mais ces comparaisons ont été jusqu'à présent peu utiles à la physiologie de l'homme. En divisant sur un point essentiel la continuité du tissu nerveux, les vivisections détruisent inévitablement la synergie qui existe entre toutes les parties du système, et il est impossible, au milieu du désordre que l'on provoque, de rapporter exactement quelques phénomènes à un organe particulier. Les propriétés particulières des nerfs ne peuvent être appréciées qu'en opérant sur eux isolément; encore doit-on alors s'éloigner beaucoup des masses centrales très exposées à ressentir les effets des blessures expérimentales. L'impression de l'air seule frappe souvent d'inertie la pulpe rachidienne, au moment où Ton vient de la dépouiller des parties dures qui la protégeaient pour la soumettre à l'action des instrumens. Dans cet état,, quelle conclusion peut-on tirer de la section de cette

substance? Les cris, les convulsions, la paralysie ellemême ne sont point, dans ces circonstances, des phénomènes dont on puisse faire la moindre application à l'homme, mais des effets de la violence que l'on exerce pour interroger tour à tour les organes, et qui est telle quelquefois que la mort partielle de plusieurs d'entre eux a lieu immédiatement. L'appareil nerveux est, plus que tous les autres, le champ des illusions, et il est d'autant plus facile de s'y égarer, qu'on est moins disposé à rapporter à un principe unique l'universalité des actes de la vie.

L'observation a paru constater l'existence indépendante des paralysies au sentiment et du mouvement. Sprengel nous apprend (i) que la distinction des nerfs destinés à l'exécution de l'une ou de l'autre de ces fonctions, déjà connue du temps d'Érasistrate , avait été rejetée par Torrigiano , médecin du XIVe siècle. Cette hypothèse, souvent admise, aussi souvent combattue dans ia suite, a été reproduite, il y a quelques années, par des hommes dont le savoir égale la réputation. Devons-nous, à leur exemple, l'adopter, et soutient-eîlc l'épreuve du raisonnement? je ne saurais le penser. Et d'abord l'action nerveuse qui constitue la sensibilité, ne me semble pas pouvoir être séparée de l'action nerveuse qui préside au mouvement : Tune ne va pas sans l'autre, ou plutôt toutes deux sont identiques. Les nuances variées des sensations ou des perceptions, et celles non moins variées

(i) Histoire de la Médecine, t. 2 , p. 445-

du mouvement, se confondent partout dans les organes. Cabanisavait observé que toute impression perçue produit du mouvement. Avant lui , d'autres médecins s'étaient exprimés non moins clairement , en disant qu'on ne saurait concevoir sans mouvement la durée des effets nerveux (i). Aucune ligne de démarcation n'existe entre les mouvemens mécaniques ou contractiles , et les mouvemens qui sont inséparables des sensations : la nature passe des uns aux autres par des gradations insensibles. ïl n'existe dans notre organisation qu'un principe vital, d'où naît la sensibilité, et partout les actes de la vie consistent en des effets de la sensibilité , accompagnés de mouvemens plus ou moins étendus, rapides, et susceptibles de frapper les sens de l'observateur. Nous crovons donc pouvoir conclure que les paralysies sont toutes des lésions d'une même propriété nerveuse.

M. Ch. Bell n'est nullement de cet avis , et ses opinions ont surtout fait revivre des questions autrefois jugées. Nous lisons dans son ouvrage (2) , traduit sans doute avec fidélité, qu'outre les nerfs de la vision, de l'odorat et de l'ouïe, il en existe quatre autres ordres entièrement différens par leurs fonctions , et combinés entre eux pour ne former qu'un seul ordre. Ces nerfs sont ceux du sentiment, ceux du mouvement volontaire , ceux du mouvement respiratoire, et enfin tes nerfs qui, parce qu'ils manquent des qualités qui ca-

(1) Sprengel, t. 5, p. 54 1.

(-2) Exposition du système naturel des nerfs du corps humain , traduit de l'anglais, par J. Genest. Paris, 1825, 1 vol. in-8D.

t:t DE I. ENCÉPHALITE. \2$

ractérisent les trois autres ordres, semblent réunir le cojys en un tout, pour V accomplissement des fonctions de lauutrition, de V accroissement^ du décroisse-

ment, etc M. Ch. Bell avait annoncé qu'il allait

débrouiller le système nerveux , mais où en sommesnous déji? Que veut-il dire par ces quatre ordres de nerfs qui ont des fonctions différentes , et qui ne forment ensuite qu'un seul ordre? Quelle idée nous représente le dernierde ces ordres , dont les nerfs, parce qu'ils manquent des qualités qui caractérisent les nerfs des trois autres ordres , réunissent le corps en un tout ? Pourquoi ne pas admettre dans toute sa simplicité la division qu'il défigure ici, celle de la vie de relation et de la vie organique?

Avant cet auteur, on n'avait pas tenté de convertir en théorie régulière la distinction des nerfs en ceux du mouvement et ceux du sentiment. Pour remplir cette tache , il transforma la moelle épinière en un organe multiple , en partie soumis au cerveau et au cervelet , et en partie doué d'une action propre et indépendante. Si l'on suit, dit-il, la colonne rachidienne antérieure jusque dans le cerveau, on reconnaîtra qu'il ne s'élève que des nerfs musculaires sur cette ligne ; la colonne postérieure ne lui parut donner que des nerfs du sentiment, qui correspondraient au cervelet; enfin une colonne latérale serait sans aucune relation avec l'encéphale et destinée aux mouvemens respiratoires. L'idée de celle-ci est évidemment empruntée àLegallois; il en sera plus tard question. Tels sont les fondemens sur lesquels le successeur des Hunter bâtit son système naturel des ne ris , que la renommée, s'il faut l'en croire , publia bientôt dans toute l'Europe. Examinons

cependant ce que les partisans ou les imitateurs du physiologiste anglais crurent, en effet , chez nous, avoir observé.

Lorsque l'on fait la section des racines antérieures des nerfs de l'épine, disent-ils, le membre correspondant est aussitôt frappé de paralysie des mouvemens, mais la sensibilité y est conservée ; celle-ci est détruite, au contraire, et les mouvemens restent libres si l'on divise les racines postérieures. L'irritation simple , sans altérer la structure de la colonne antérieure ou des racines qui s'y insèrent, détermine des convulsions dans le membre et laisse intacte la sensibilité ; la même épreuve répétée sur la colonne postérieure ou les racines qu'on y observe , ne provoque aucun mouvement convulsif , mais l'animal paraît excité par la douleur. Ces assertions, à l'égard de l'organisation de l'homme, ne méritent point de confiance, parce que, d'une part, la physiologie pathologique ne les a point confirmées , et que , d'un autre côté , les expériences, d'ailleurs si trompeuses dont elles sont les conclusions, manquent d'exactitude. M. Ch. Bell divisa sur un lapin les racines postérieures des nerfs lombaires, et ne put prouver que les mouvemens du membre correspondant n'en fussent affaiblis. S'étant contenté, sur un autre sujet de la même espèce, immédiatement après l'avoir tué, d'irriter les insertions nerveuses antérieures , il ne fut pas bien sûr s'il observa des secousses musculaires dans le membre. A l'exception de ces deux expériences , dont chacun sent le peu de valeur, ses autres preuves sont toutes prises dans des explications qu'il suffit de ne pas admettre. Les expérimentateurs françaisne se sont pasapprochés da-

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vantagede la sévérité qu'on était en droit d'exiger d'eux pour condition de croyance aux résultats qu'ils proclamaient. Leurs expériences furent dirigées tantôten haut et tantôt en bas de la moelle rachidienne; cependant celles qu'ils préfèrent se pratiquent sur la région lombaire. On nous permettra d'en faire ici une courte exposition.

Après avoir incisé la peau et les muscles , enlevé les lames vertébrales, et mis les cordons racliidiens postérieurs à nu, on les divise avec des ciseaux; l'animal , qui a donné des signes d'une vive douleur, surtout pendant la section du lissu nerveux, est ensuite abandonné à lui-même : il fait des efforts pour fuir, en traînant son bassin, qu'il lui est impossible de relever. On s'aperçoit, en l'examinant dans cette violente agitation, remarquez bien ceci, que les mouvemens sonldevenus inégaux dans ses deux membres postérieurs, moindres du côté de la section. Etant bientôt ramené sur le lieu de son supplice, on lui pince ou on lui pique la patte du côté opéré ; ses sris étaient déjà continueh, comment en aurait-il pour cette nouvelle torture ? Après quelques répétitions de ces manœuvres pratiquées sur un être dont toutes les sensations sont alors concentrées dans la violence confuse de ses tourmens , on affirme aux témoins que le membre qui répond à cette patte est entièrement privé du sentiment : Fiat lux. Mais n'est-il pas aussi privé d^autre chose ? Pourquoi avonsnous vu tout à l'heure les mouvemens affaiblis dans ce membre ? Dans la même séance , l'expérimentateur coupe les cordons racliidiens antérieurs, qu'il parvient à découvrir en violentant plus ou moins la

moelle. Après la destruction de ces nerfs , que Ton dit musculaires, le membre, et il serait impossible qu'il en fut autrement, demeure immobile. Mais les spectateurs, attentifs à cette seconde partie de l'expérience , ont cru s'apercevoir que l'animal a témoigné à chaque coup de ciseaux, autant que ses forces défa épuisées le lui ont permis, les mêmes douleurs qu'à la section des cordons postérieurs.

Ces résultats sont loin de porter dans les esprits non prévenus une conviction favorable aux partisans de la division des fonctions nerveuses. Mais combien la défiance ne s'accroit-elle pas encore , quand l'on sait que, pour les obtenir, on est obligé de se servir de jeunes animaux, comme de petits chiens ou de petits chats ? Ce n'est pas qu'il soit impossible, avec des précautions, de découvrir la moelle sur les animaux adultes ; mais à peine y est-on parvenu qu'il sont déjà paralysés. Au surplus, si une organisation encore voisine de la naissance exprime les sensations douloureuses à peu près de la même manière qu'à l'époque où son accroissement est complet, On observe que, relativement à l'âge, les mouvemens sont loin de se ressembler. Faibles, incertains et peu étendus dans les premiers temps de la vie, la diminution qu'ils éprouvent réellement par la section des cordons raclûdiens postérieurs sur les sujets des expériences, est, par cette raison , rendue moins apparente. Telle est, peut-être, la cause des illusions qu'on paraît s'être faites.

D'ailleurs, il existe peu d'accord entre les auteurs qui ont traité cette matière par des méthodes à peu près semblables. M. Pvolando attribue les mouvemens

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d^extension et ceux de flexion aux colonnes rachidiennes qui, dans le système anglais, seraient les organes de la sensibilité et des mouvemens volontaires. En France, la prétendue découverte força bientôt à des aveux qui lui firent perdre la première importance qu'on lui avait donnée.

Ecoutons l'un de ses plus zélés défenseurs '.Presque toutes les j ois que Ton excite les racines postérieures, dit-il , il se produit des contractions dans les muscles où les nerfs se distribuent. . . Lesjaits semblent établir que le sentiment rfest pas exclusivement dans les racines postérieures, non plus que le mouvement dans les antérieures... 3^ ai obtenu ( du galvanisme) des contractions avec les deux sortes de nerfs (i). Dans tous ces procédés enfin , il existe une lacune immense sur laquelle on a passé légèrement; c'est qu'il est impossible de juger des effets qui peuvent résulter de la section primitive des cordons antérieurs , parce qu'on ne parvient jusqu'à eux qu'après avoir détruit les cordons postérieurs et froissé la moelle.

Ces faits, contraires à ceux qui les invoquent, ne semblent pas seulement prouver, mais prouvent en effet, et sans réplique ., que tous les nerfs sont à la fois sensibles et moteurs; le degré auquel sont portés ces deux attributs de la matière nerveuse est une circonstance dans l'organisation , une dépendance de la texture et de l'usage des parties. Si les nerfs rachidiens postérieurs ont en partage une somme plus considérable de sensibilité, on l'ignore encore, et les expé-

(1) Journal de Physiol. expérim., t. 2 , p. 566 et suiv.

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riences que Ton a tentées jusqu'à présent n'ont pu résoudre ce problème. On ne saurait donc adopter un système qui admet dans l'organisation plusieurs substances nerveuses essentiellement différentes, qui n'en a même pas encore fixé le nombre , car la nature des nerfs immédiats des sens n'y est pas expliquée.

Mais la pathologie a-t-elle pu nous apprendre ce que les expériences nous laissent jusqu'ici ignorer? Consultons sur cela M. Ollivier d'Angers, dont l'opinion n'est point équivoque (i). Dans le nombre des observations qu'il rapporte de paralysies du mouvement ou du sentiment, il en est où la lésion des colonnes médullaires n'a pu être reconnue, et il a fallu qu'on la supposât exister; dans d'autres, elle était évidente; mais ici les symptômes ont exigé que la supposition portât sur des probabilités de désorganisation plus avancée en avant ou en arrière. Tantôt la paralysie du mouvement est dite complète , et cependant les membres entrent convulsivement en contraction. Quelquefois la compression de la moelle dans tout son contour par un liquide paraît causer l'un ou l'autre genre de paralysie : celle du mouvement chez certains individus résulterait (je traduis l'auteur) d'une plus forte compression de la partie médullaire antérieure depuis le corps des vertèbres, tandis que le liquide , occupant un plus grand espace en arrière , serait sans effet sur les colonnes postérieures. On semble ignorer enfin que les symptômes d'une lésion

(i) Traité de la Moelle épiniere et de ses maladies, Paris t 1827 . 2e édition,

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vertébrale extérieure simulent quelquefois la paralysie du mouvement.

J'ai pu constater , en effet , que la division traumatique peu profonde des vertèbres, la moelle étant respectée, a tenu pendant plusieurs jours les membres inférieurs immobiles et comme sous l'empire de la crainte des plus vives douleurs qui, presque nulles dans l'état de repos, devenaient déchirantes au moindre ébranlement que l'on communiquait à ces parties. Les mouvemens reparurent lorsque les douleurs se calmèrent, et la guérison fut prompte. Je vais extraire de l'ouvrage de M. Ollivier, page 55 1 y un fait qui a quelque analogie avec ces accidens de courte durée.

Obsebvatiow VII.

Paralysie du mouvement des membres inférieurs , avec exaltation morbide de la sensibilité; roideur du cou et du tronc ; roideur et çêne des mouvemens de$ membres supérieurs ; mort du sujet.

« Gabriel François, âgé de vingt-quatre ans, cuisinier, entra à l'Hôtel-Dieu le 19 octobre 1828, se disant malade depuis cinq ou six jours seulement. Sa physionomie était souffrante , ses réponses lentes et vagues; aucun phénomène fébrile appréciable. Deux jours se passent sans apporter de changement dans ^cette situation. Le malade se lève , se promène dans la salle; mais l'urine n'étant pas rendue depuis son entrée à l'hôpital, on pratique le cathétérisme.

« Le cinquième jour on veut soulever les membres

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inférieurs, et le malade pousse des cris, se plaint de souffrir, surtout quand on remue le membre abdominal droit ; le pincement est également perçu dans l'un et l'autre membre ; il lui est impossible de les soulever lui-même ; il ne peut pas même les étendre après qu'on les a fléchis ; ils retombent sur le lit comme des masses inertes , si on les abandonne à leur propre poids , enfin ils sont privés de mouvement et non de sensibilité. Le malade ne peut pas se redresser luimême sur son séant : il souffre à la moindre flexion du rachis ; dans les membres supérieurs le mouvement et là sensibilité n'offrent aucune altération. 11 n'y a pas eu de selles depuis cinq jours, point de roideur ni de convulsion dans les membres inférieurs. »

Cette dernière remarque me frappe. Comment a-t-on pu juger que les membres abdominaux n'étaient ni raides ni convulsés , alors que la douleur les retenait dans une immobilité et une extension continuelles ? Est-ce en soulevant ces membres et en les laissant retomber que l'on a pu s'assurer de l'état des forces musculaires? Est-ce après les avoir forcément fléchis ou étendus avec violence que l'on pouvait dire qu'ils étaient privés de leur puissance contractile ? Nous aurons tout à l'heure l'occasion d'en dire davantage.

« Le 26, huitième jour, grande petitesse du pouls , dont la fréquence est augmentée ; l'urine est très fétide, trouble, rougeâtre. Dans la soirée l'intensité des symptômes augmente. Les membres abdominaux sont toujours sensibles , mais immobiles et très douloureux , surtout le droit. Cette paralysie et cette sensibilité morbides commencent à exister^ mais à un faible degré,

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dans les membres thoraciques qui offrent une légère roideur; le malade serre la main avec moins de force, et se plaint quand on remue le bras , surtout le droit. D'ailleurs le tronc et le cou sont roides, de sorte que si on soulève le malade par la tète seulement ,. il se redresse tout d'une pièce , et accuse alors une douleur assez vive. »

Plusieurs phénomènes tendent à établir que l'affection est plus prononcée à droite qu'à gauche ; je ne m'arrête pas à cette considération. Mais à cette époque de la maladie 9 les membres thoraciques participent à l'état qui contraint les membres abdominaux à l'immobilité : voudrait-on que la roideur plus grande du tronc et du cou, que l'on signale en même temps , ne fût pas, avec celle des membres, un même symptôme inséparable de la douleur? voudrait-on que l'inertie musculaire , dans une maladie de la moelle rachidienne , se prononçât sur les membres et non aussi sur le tronc? Puisque l'on redresse le malade tout d'une pièce , c'est que toutes les parties de son corps sont à la fois roides, douloureuses et immobiles. Je m'en rapporte à cette remarque de l'auteur, pour conclure , contre lui, qu'il n'a existé jusqu'à présent chez ce sujet aucune paralysie.

a Le 28, les symptômes observés les jours précédens n'ont éprouvé aucune amélioration ; la sensibilité persiste toujours dans les membres inférieurs , et lorsqu'on pince le malade , quelques muscles partant du bassin semblent s'agiter. Quant aux membres supérieurs , leur force contractile est évidemment affaiblie ; iïs sont demi-fléchis et dans un état de roideur assez prononcé; tout le tronc et le cou sont roides. >)

ï 34 TRAITÉ DES PLAIES DE TÊTE

Nous venons de lire qu'en pinçant le malade on provoquait de l'agitation dans quelques muscles da bassin : donnez à cette expression le sens qu'elle doit avoir , et l'agitation observée sera transformée en contractions convulsives. Nous remarquons encore que les membres supérieurs restent demi-fiéchis ; mais les membres abdominaux ne seraient-ils pas demeurés dans cette position , si le malade avait pu se coucher autrement que sur le dos?

a Mort le 29 octobre , dixième jour. »

autopsie. (( Injection et distension assez prononcée dés vaisseaux cérébraux ; membranes saines , point de sérosité ni d'infiltration à leur surface ; les ventricules latéraux contiennent à peu près trois quarts de verre de sérosité légèrement opaque. La substance cérébrale avait sa consistance et sa couleur ordinaires.

« Le canal vertébral ouvert dans toute son étendue*, on vit à l'extérieur de la dure-mère un lacis de vaisseaux injectés de sang. Cette membrane ayant été incisée dans toute sa longueur, la moelle parut recouverte par une couche gélatiniformc, légèrement jaunâtre, de l'épaisseur de quatre à cinq lignes (c'est beaucoup, mais n'importe). Cette couche était très épaisse vers le renflement lombaire de la moelle , et là aussi sa couleur jaunâtre était plus foncée ; elle diminuait graduellement d'épaisseur, en remontant jusqu'au niveau de la troisième ou de la quatrième vertèbre cervicale , où elle cessait entièrement : elle était bien moins épaisse et moins apparente à la face antérieure de la moelle, qu'à sa face postérieure. Cette couche gélatiniforme était située entre la pie-mère et le feuillet araehnoïdiea

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Correspondant. La partie inférieure du canal spinal , au dessous de l'arachnoïde , contenait quatre ou cinq cuillerées de sérosité opaque. Au dessous de cette couche , la moelle épinière avait son aspect ordinaire; sa consistance était un peu molle , mais son tissu n'était point injecté.

« La membrane muqueuse de la vessie était épaissie, rougeâtre , marbrée, ardoisée, évidemment enflammée , et remplie d'urine fétide et épaisse. »

Lorsque l'on n'avait encore sous les yeux que les symptômes-, on pensait que l'inflammation rachidienne , forte à la partie antérieure, n'occupait que légèrement la partie opposée de la tige médullaire. Bans ce raisonnement , qui satisfaisait a la perte des mouvemens et à l'exaltation de la sensibilité , la conséquence se trouvait d'accord avec son principe ■; car une inflammation plus avancée de la substance nerveuse doit en détruire l'action, tandis que celle qui est encore rapprochée de son début surexcite au contraire les organes. Mais l'ouverture du cadavre ne justifia point ce diagnostic : je me dispense de demander s'il serait bien facile de comprendre comment le cordon rachidien , un peu plus gros seulement qu'une plume de dinde, pourrait s'enflammer différemment en avant et en arrière. Ce cordon ayant paru sain dans toute sa longueur , il ne fut plus dit mot de la semi-myélite supposée , et l'on qualifia la maladie de méningite spinale. Ainsi l'exaltation de la sensibilité devenait, après l'autopsie, le symptôme de l'inflammation des. membranes rachidien.nes ; l'exhalation gélatineuse rencontrée dans le canal devait appartenir à cette phlogose^ et comme elle était en plus grande quantité à

t36 traité des plaies de tète

la partie postérieure , l'inflammation , il fallait bien îe croire, y avait été plus considérable. Tout cet arrangement , convenu sur le cadavre , était pour le mieux et à la gloire de la théorie ; mais il restait quelques autres phénomènes attendant leur tour ou leur rang. La méningite spinale antérieure, quoique plus faible, se prêta, par l'influence qu'on lui fit exercer sur la moelle, à l'explication de la gêne des mouvemens des membres thoraciques et des muscles du dos. Toutefois on appela paralysie l'excitation morbide musculaire identique à l'excitation de la sensibilité. Mais il était impossible d'expliquer de la même manière la perte des mouvemens des membres abdominaux , que l'on croyait avoir constatée dès le début de la prétendue méningite. Vous ne devineriez pas où l'on découvrit la cause de l'apparente résolution de ces membres : ce fut dans la compression exercée par l'épanchement séreux que contenaient les ventricules cérébraux. Voilà, du moins il me le semble, le résumé de la consultation posthume d'après laquelle on a dû caractériser la maladie dont on avait à rendre compte.

Combien n'en coûte-t-il pas pour mettre quelque liaison entre dételles idées! De quoi s'agit-il cependant ? d'une inflammation de la moelle rachidienne r qui existait probablement sous la forme chronique, quelque temps avant l'entrée du malade à l'hôpital. Il se plaignait alors d'un malaise qu'il n'a pas su définir ; il se promena avec assez de facilité encore, et n'a été réellement malade que cinq jours. La vio-* lence des symptômes qui se sont déclarés dans ce court espace de temps , l'excessive douleur , la roideur convulsive du tronc , l'impossibilité des contractions vo^

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ïontaires, aussi bien dans les membres abdominaux que dans les parues supérieures, furent l'es effets de l'irritation aiguë ducordon médullaire. Cette substance ne présentait d'autre altération qu'un ramollissement peu sensible; mais l'exhalation dont elle était entourée déposait des désordres qui s'y étaient produits. Dans des cas semblables , la paralysie n'a jamais pour cause directe l'influence morbide des méninges, et ne donne aucune probabilité à la division des fonctionsnerveuses que je combats.

Si le fait suivant ne suffisait pas pour convaincre que la double propriété sensible et motrice des nerfs est un attribut de tout le système , il faudrait renoncer à l'observation et fermer les livres.

Observation VIII.

Corps mou lancé contre la tête ; douleur et raideur du cou ; céphalalgie ; état chronique suivi de paralysie partielle du mouvement et du sentiment, puis de paralysie complète. Mort du sujet. Abcès autour des vertèbres cervicales , altération de la protubérance.

Un soldat du 8e de ligne , nommé G***, d'une constitution irritable, était debout et un peu penché près de son lit à la caserne, lorsqu'un de ses camarades lui lança, en jouant, un traversin rembourré de laine, a la partie postérieure de la tète. Il fut un peu étourdi de ce coup , et ressentit dans le moment, vers la base du crâne à gauche , une douleur extérieure qui lui paraissait devoir se dissiper en peu de temps. Cependant elle persista , et la roideur du cou se joignit bientôt

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au sentiment de douleur qui prit peu à peu plus d'intensité. Ce militaire continua néanmoins de faire son service et resta ainsi environ trois mois , toujours dans l'espoir de guérir avec îe temps , jusqu'à ce qu'enfin, se sentant plus mal , il demanda un billet d'hôpital et entra au Val-de-Grâce le 14 avril 18^4.

A cette époque, la douleur du cou était vive et lancinante , s'étendant aux régions occipitale et temporale du côté gauche; la tête, légèrement inclinée à droite , ne permettait aucun mouvement de rotation , tant le cou était douloureux et roide ; cependant peu de gonflement s'y faisait remarquer , et il n'existait qu'une légère augmentation de chaleur vers les premières vertèbres cervicales. Le décubitus avait lieu à droite ou sur le dos, et quand le malade voulait changer de position, il passait ses deux mains derrière sa tête pour la soulever «t pouvait ensuite rester assis sur son lit pendant quelques instans; le pouls n'offrait que peu de fréquence, mais les douleurs continuelles et leurs redoublemens empêchaient ce malheureux de goûter un instant de repos; l'appétit était par moment assez bon.

Les commémoratifs laissaient des doutes sur le mécanisme de l'accident ; on pensa cependant qu'une distension forcée des attaches des vertèbres avait déterminé l'inflammation des tissus fibreux et par contiguïté celle de la moelle épinière. La violence des douleurs donnait de la vraisemblance à cette opinion ; mais déjà les symptômes indiquaient l'extension de la phlogose à la basede l'encéphale, et plus tard lesdouleurs srétant propagées davantage du côté de la tète , il paraissait assez certain que l'inflammation occupait aussi les lo-

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bcs cérébraux postérieur et moyen gauches. L'événement n'a confirmé qu'en partie ce diagnostic.

On employa dès l'entrée du malade à l'hôpital la saignée du'bras, puis successivement des déplétions locales modérées , mais répétées a des intervalles comvenables et secondées par le régime et les boissons tempérantes. Chaque évacuation capillaire était toujours suivie d'un soulagement momentané ; on crut même pendant quelque temps pouvoir parvenir à éteindre de cette manière le foyer de la maladie. Cependant ce traitement finit par nous convaincre qu'il n'était que palliatif. On le remplaça par les révulsifs et notamment par des moxas qui furent placés en assez grand nombre sur les deux côtés de la colonne cervicale; le succès en fut aussi peu satisfaisant.

Dans les premiers jours de juillet, une exaspération de douleurs se prononça à la région pariétale gauche et s'accompagna de céphalalgie sus-orbitaire intense, mais sans délire ; des symptômes de vive réaction s'étaient aussi manifestés, et on crut même reconnaître de la roideur dans les membres droits. Une profonde incision cruciale des tégumens fut pratiquée jusqu'à l'os sur la région pariétale ; cette opération donna lieu à un écoulement sanguin abondant. Les douleurs qui s'étaient nouvellement déclarées se calmèrent après la saignée , et depuis ce moment même le malade cessa de ressentir ses anciennes souffrances, sans que pour cela le cou reprit plus de liberté. On ne savait trop ce que pourrait amener un changement aussi prompt, lorsque, le troisième jour depuis l'incision, les membres du côté droit se montrèrent frappés de paralysie, avec cette circonstance que le bras , qui était privé db

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mouvement, que le malade ne pouvait même changer de place, avait acquis une sensibilité si exaltée que le moindre contact y causait de la douleur, état que partageait à un moindre degré la peau du tronc jusqu'à la ligne médiane; tandis que l'extrémité inférieure, quoique atteinte de la même manière, avait seulement perdu une partie de ses mouvemens, et que l'exaltation morbide de la sensibilité y était bien moins vive. Cependant quand on pinçait le bras , on y provoquait des contractions, ce qui prouvait que la violence de l'a douleur était en partie la cause de l'immobilité du membre.

Le lendemain du début de la paralysie du côté droit , un commencement de perte du mouvement et non du sentiment fut remarqué au bras gauche. Dans le même jour, la vessie perdit aussi son action, et on fut obligé de sonder le malade. Insensiblement la paralysie s'étendit au membre inférieur gauche , où l'on ne distingua d'abord, comme au bras, pas de lésion notable de la sensibilité qui aurait été plutôt affaiblie qu'augmentée. Pendant que ces phénomènes s'opéraient sur le côté gauche, les douleurs semblaient encore s'accroître dans le bras droit, et arrachaient des cris au malade. Bientôt la paralysie fît des progrès dans les membres gauches et comprit à la fois le mouvement et le sentiment ; le bras de ce côté fut insensible et immobile le premier. Le neuvième jour depuis l'invasion de la paralysie , le bras droit et l'extrémité inférieure gauche tombèrent progressivement dans la résolution la plus complète; l'extrémité inférieure droite où existait encore un restant de sensibilité et de mouvement ne tarda pas à subir le sort des.

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autres membres. Ce ne fut que le lendemain de cette paralysie générale que les membres se refroidirent et que la circulation s'y arrêta. Jusqu'au dernier moment, l'intelligence du malade s'est conservée absolument intacte , et il a pu rendre exactement compte de toutes ses sensations. Couché sur le dos , et n'exécutant plus d'autre mouvement que ceux de la respiration et de la déglutition , ne se plaignant d'aucune douleur, il semblaitpenser encore à sa guérison , lorsque survint l'agonie.

autopsie. Le cerveau, le cervelet et la moelle épinière étaient intacts; la protubérance cérébrale avait perdu sa couleur naturelle, elle était grisâtre, et sa substance, sans être sensiblement détériorée, avait un aspect qui en indiquait l'altération. Au devant des quatre premières vertèbres cervicales, entre le corps des vertèbres et le pharynx, existait un abcès qui se prolongeait au devant du trou occcipital et sous les muscles des deux gouttières vertébrales où le pus était amassé en plus grande quantité. Le ligament odontoïdien était altéré, ainsi que les ligamens qui maintiennent dans leur position les apophyses articulaires des première et deuxième vertèbres ; celui du côté gauche était comme décollé de la circonférence de ces apophyses.

La rupture de quelques uns des faisceaux fibreux qui entourent la colonne vertébrale, a été, dans le principe, comme nous l'avions présumé, toute la maladie ; il eût probablement été facile alors de prévenir les accidens par un traitement local , qui n'a pu être que sans succès contre des altérations trop anciennes. Sans doute que l'inflammation , dont la douleur permanente du^ou était un indice, avait produit,

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avant l'entrée du malade à l'hôpital , l'abcès dont on a vu les ravages. La présence du pus était une cause sans cesse agissante pour faire pénétrer l'irritation de l'extérieur à l'intérieur du crâne , et il est bien certain que l'altération de la protubérance cérébrale n'a pu provenir que de la phlogose qui lui a été ainsi communiquée, comme il est incontestable aussi que les symptômes n'ont eu d'autre origine que la lésion de cette partie cérébrale. Cette affection a une parfaite anologie avec d'autres ruptures semblables que des efforts déterminent quelquefois vers les dernières vertèbres dorsales , et dont l'inflammation , qui en est une suite fréquente , après avoir traversé ou même détruit les vertèbres, se jette sur la moelle épinière et entraîne la mort.

Les paralysies si variées dont cette observation présente le tableau , ont été , comme on l'a vu, le résultat d'une même cause , d'une même lésion ; mais leur connaissance ne se borne pas à la perte des fonctions. Comme le cas précédent, celui-ci a montré l'exaltation ou la diminution de la sensibilité, ainsi que des mouvemens incomplets ou leur exécution irrégulière. Or, ces désordres indiquent toujours les progrès d'une même altération centrale qui prépare les paralysies. Bans les cas ordinaires des affections de l'appareil nerveux, la sensibilité et la myotilité s'altèrent en même temps, et s'éteignent suivant une progression plus ou moins lente ou rapide, mais uniforme. Bans la maladie dont je viens de parler, l'irrégularité a été remarquée pour toute différence. Be même , dans la marche ordinaire de la maladie vers la guérison, les deux fonctions se réveillent simultanément, et rentrent

ainsi dans leur ancien état. Quelle apparence de vérité trouverait-on à supposer chez notre malade des nerfs du sentiment qui auraient été intacts à gauche et surexcités à droite, ou des nerfs du mouvement continuant à agir dans la jambe gauche et non dans le bras du même côté ? Serait-il vraisemblable que l'excès de sensibilité du bras droit eût tenu à des fibres nerveuses d'un ordre différent de celles qui déterminaient des secousses convulsives quand on pinçait le membre ? La succession de tous ces effets, puis l'invasion d'une paralysie générale complète, montrent assez l'identité des propriétés nerveuses.

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