‹ Traité des plaies de tête et de l'encéphaliteChapitre 20 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

S Y£3!? ATHEES MOEBÏSSS CERS3J HAIES .

dérations générales.

Tous les mouvemens qui se passent en nous , sans en excepter les derniers phénomènes de la nutrition, ont leur principe dans le système nerveux. L'ensemble de ces mouvemens et des instrumens qui les exécutent constituent l'organisme , c'est-à-dire l'organisation animée. Mais l'appareil nerveux n'a pas la puissance de rester doué de la vie qu'il communique , sans le secours d'un autre système qui sert à son entretien , et qui, étant comme lui dominateur, partage ses prérogatives. Celui-ci est le système sanguin, qui serait a son tour bientôt épuisé , si de nouveaux matériaux ne réparaient les pertes qu'il éprouve incessamment. Nous avons encore à remarquer que l'appareil digestif, destiné à préparer ces élémens réparateurs , n'est point indépendant des deux autres, mais son importance n'en est pas moins grande , puisqu'il peut seul les mettre dans les conditions indispensables à la régularité de leurs fonctions.

Les trois systèmes , nerveux , sanguin et digestif r

ont des organes principaux qui en forment [es centres ou les foyers, où aboutissent (i) B pour les deux premiers , des nerfs et des vaisseaux , et d'où se prolonge , pour le troisième, le canal intestinal, auquel sont annexés latéralement des organes dont l'action est subordonnée à la sienne. Ce trépied vital, formé par l'encéphale , le cœur et l'estomac , est le pivot sur lequel roulent toutes les actions organiques; l'étude des lois qui le régissent sert de base à la physiologie entière. Chaque organe a , dans l'économie , sa vie , sa circulation , sa nutrition , comme le système général. Mais l'état normal ne nous montre qu'une continuité d'influences dont nous ne distinguons pas l'origine; il faut, pour l'apercevoir, se placer dans les circonstances où l'action d'un organe central manque aux autres-parties. Chez lesêtres privés de cerveau , par exemple , la circulation ne se continue pas au delà de leur séjour dans l'utérus, où ils vivaient sous l'empire de leur mère; elle cesse chez les animaux auxquels on a coupé la moelle , aussitôt que l'influx cérébral , qui était parvenu au cœur et à la

(i) Cette expression ne doit être prise ici que dans un sens figuré , car l'organisation des animaux dont on comprend que je veux parler, ne se fait ni de la circonférence au centre, ni du centre à la circonférence. Les éiémens organiques se rencontrent originairement dans le lieu où ils se développent, et la réunion centrale des parties latérales n'est que le terme de l'accroissement de l'individu. Toutefois , les organes ne se trouvant dans une parfaite relation, entre eux qu'après cette réunion , il est plus exact de considérer les nerfs et les vaisseaux comme aboutissant au cerveau et au cœur, que de les en faire partir.

périphérie , est épuisé. D'un autre côté , Rentière interruption du cours du sang dans un membre est suivie de froid, d'insensibilité, de désorganisation; les nerfs restés intacts ne peuvent seuls y entretenir les plus faibles phénomènes vitaux. La nutrition ellemême est détruite par les atteintes portées aux deux autres systèmes ; mais iî est des états où le résultat de la digestion est rendu impossible , indépendamment de l'innervation ou de la circulation : en effet , l'imparfaite élaboration des substances ingérées , leur qualité viciée ou délétère, le défaut d'absorption des particules alibiles privent les parties du tribut qui devait leur être assimilé : elles se détériorent et meurent , entraînant dans leur ruine l'organisme entier.

Mais ces triples fonctions, si étroitement unies entre elles , s'influencent-elles d'ans tous leurs effets ? et les réseaux capillaires surtout ont-ils de l'action sur les extrémités nerveuses dans la production des sympathies? Nous devons remarquer que les phénomènes de ce nom résultent du mouvement. Or, le mouvement appartient exclusivement au système nerveux. On peut donc considérer le cerveau comme le foyer d'où irradient toutes les sympathies , et en particulier les sympathies morbides ; celles-ci constituent , dans les différens appareils , des affections d'origine nerveuse, mais qui peuvent s'associer les systèmes dont le cœur et l'estomac sont les organes centraux. Certaines sympathies morbides se distinguent cependant sous d'autres rapports. Ainsi , après une forte commotion , l'encéphale communique aux autres organes, une sorte d'abirritation, dont la disparition ne s'opère qu'avec le retour à l'activité normale du cerveau lui-même. Une

même impression semble résulter de i'invasion des apoplexies , ou même des congestions cérébrales les plus ordinaires ; elle n'est dans ces cas qu'un symptôme de l'oppression de l'encéphale , tandis qu'à la suife des plaies de tête , la commotion en est la principale cause. Quels que soient au reste la durée de ce symptôme d'abirritation et les organes sur lesquels il se manifeste , son apparition est constante dans les affections cérébrables récentes ; il ne doit pas être confondu avec la suspension passagère de l'exercice des fonctions , qui suit immédiatement l'ébranlement du cerveau.

Dans la recherche de ces différentes lésions , il faut tenir compte de l'état dans lequel se trouvaient les organes au moment de l'invasion des maladies cérébrales ; c'est ainsi que la surexcitation de l'estomac, effet de l'ivresse, rend plus facile le développement des irritations que l'encéphalite tend à déterminer après les plaies de tête. D'anciennes gastrites disposent aussi les organes abdominaux à recevoir une réaction cérébrale plus dangereuse , et il est souvent difficile alors de distinguer ce qui appartient à la maladie antérieure de ce que la lésion nouvelle a provoqué.

Lorsque les encéphalites consécutives aux altérations de structure du cerveau , et spécialement aux contusions, provoquent des irritations viscérales sympathiques, il importe de saisir l'instant du début de celles-ci ; car de les arrêter promptement , en même temps que l'on attaque l'irritation d'où elles tirent leur origine , dépend presque toujours le salut des blessés, On s'opposera toutefois efficacement à leur manifestation , en maîtrisant à sa naissance l'irritation

cérébrale et en prévenant ses irradiations dans les viscères : cette méthode de traitement compte même de plus nombreux succès.

ARTICLE I

Sympathies dirigées sur l'appareil digestif.

Les communications des nerfs de l'estomac avec l'encéphale , constituent les intermédiaires par lesquels ce viscère participe si promptement et si sûrement aux troubles survenus dans le cerveau. A l'instant où une commotion cérébrale un peu forte a lieu, l'estomac et le gros intestin entrent convulsivement en action , et expulsent les matières qu'ils contiennent. Mais bientôt ces organes tombent dans un anéantissement proportionné à celui de l'encéphale, et tandis que la vessie continue de se débarrasser du liquide qui la distend , soit involontairement , soit par l'effet de la volonté , le canal intestinal demeure sans nouvelle évacuation. 11 paraît ressentir avec plus d'intensité que le réservoir de l'urine les effets de l'ébranlement du cerveau.

Les mouvemens péristaltiqucs des intestins au dessus du rectum sont donc dépendans de l'intégrité cérébrale ; et l'on ne peut, après les lésions de la tète, accuser leur membrane muqueuse de l'inaction qui les frappe, puisque cette membrane, qui n'est d'ail-

ET DE L'ENCÉPHALITE. 3fif

leurs qu'une partie dans la composition du canal digestif, et a laquelle on fait à tort jouer le rôle des tissus contractiles, n'est jamais irritée que plus tard, hors les cas d'affection antérieure, et ne l'est jamais seule à l'époque du développement de l'encéphalite. L'absence de la bile pour exciter le canal alimentaire, n'est pas davantage une cause que l'on puisse invoquer, puisque le défaut de sa sécrétion est lui-même le résultat de la participation du foie à l'inertie du reste de l'appareil dont il fait partie. Enfin, la constriction permanente des sphincton de l'anus ne saurait expliquer la constipation ; car ils céderaient à l'afflux des matières fécales , s'il s'en présentait , comme ils le font aussitôt que le mouvement péristaltique se rétablit.

Cette immobilité dans laquelle sont plongés les organes abdominaux , a paru autoriser l'ingestion des substances stimulantes et révulsives, destinées à réveiller le canal intestinal ; mais ces moyens , inutilement mis en contact avec des tissus qui n'en ressentent point l'impression , sont d'ailleurs toujours dangereux. Après avoir été pendant quelque temps insensibles, les viscères , en effet, finissent par réagir, ainsi que le fait le cerveau lui-même , qui rétablit sur eux son influence ; et si alors des stimulans y ont préparé dans le silence les élémens d'une forte irritation , celle-ci se développe avec intensité, domine celle de l'encéphale à laquelle elle communique une plus grande violence, ou la fait même renaître lorsque déjà elle était presque éteinte.

L'influence cérébrale qui dispose les viscères à la réaction , se porte de prime abord dans tout l'épigas-^

tre et Phypochondre ; la membrane muqueuse gastrointestinale , les tuniques musculaires du tube digestif et le foie en éprouvent en même temps les effets. L'une de ces parties peut s'irriter plus vivement que les autres, mais jamais isolément; et il est inexact de penser que l'irritation du duodénum parcourt le canal cholédoque pour arriver dans le parenchyme biliaire, ou que celle de l'estomac entre dans l'intestin. Cette simultanéité d'affection des viscères abdominaux résulte de la synergie vitale qui existe entre eux , et qui les rend susceptibles de recevoir les mêmes impressions. D'ailleurs, l'inflammation du foie est quelquefois d'une gravité bien plus grande que la gastrite qui Paccompagne, et d'un autre côté le canal cholédoque a été trouvé parfaitement sain chez des sujets qui avaient succombé à des duodéno-hépatites.

Les hypothèses émises par Bertrandi, Pouteau , et même M. Richerand , au sujet de l'invasion des phlogoses du foie après les plaies de tête, ne sont pas satisfaisantes. Il faut adopter des idées plus conformes aux lois organiques, et revenir, en les perfectionnant, à celles de Desault et de Bichat. L'extension de la lésion vitale à l'estomac et au canal intestinal dans les commotions du cerveau, jointe à la similitude d'affection et de fonction des organes épigastriques entre eux, aux liens qui les unissent les uns aux autres et n'en forment qu'un système commun, permet de croire que le foie éprouve , après les ébranlemens cérébraux , un état de stupeur analogue à celui qui tient immobiles les fibres contractiles du canal digestif. Il est alors exposé, comme le cerveau , à des congestions passives ; et quand la réaction survient, l'inflammation

et de l'encéphalite. 34g

peut se développer dans des parties surchargées de liquides stagnans qui les ont déjà irritées , avec autant de facilité qu'elle se développe dans les tuniques gastro-intestinales. C'est alors que se préparent, sur des points plus ou moins multipliés de la substance hépatique , ces dépôts purulens toujours si tardifs à se prononcer. Suivant cette théorie , que toutes les analogies physiologiques justifient, le foie serait directement en rapport avec le cerveau ; il partagerait, comme le reste de l'appareil digestif, sa stupeur, sa réaction consécutive et sa phlogose.

Quoi qu'il en soit, l'époque du réveil de l'activité du foie est marquée par un afflux plus abondant de la bile , qui prend la voie de l'intestin , si les évacuations sont rétablies, ou qui, dans le cas contraire, est rejetée par le vomissement. La conjonctive et les ailes du nez prennent en même temps une teinte jaunâtre, la langue se couvre d'un mucus de même couleur, la bouche est pâteuse et amère ; en un mot, l'état bilieux se caractérise. On lui opposait autrefois les évacuans , tant dans la crainte de retenir la bile dans l'économie, que parce que l'on avait observé que le rétablissement de la liberté des selles était ordinairement accompagné de la diminution des symptômes de l'encéphalite. Mais les mauvais effets attribués à la rétention de la bile sont à peu près imaginaires, et l'amélioration qui coïncide avec le rétablissement des selles, doit être rapportée moins à cette circonstance qu'à la diminution de l'affection cérébrale, qui permet au canal intestinal de reprendre ses fonctions. Cette observation est générale dans toutes les maladies qui se compliquent de l'inflammation du cerveau

35o TRAITÉ DES PLAIES DE TÊTE

et qui sont ordinairement accompagnées de la même inertie de l'appareil digestif; elle prescrit de moins s'occuper des stimulans intestinaux que des moyens opposés à la congestion encéphalique , dont la disparition ramène plus sûrement les évacuations qui étaient suspendues par l'absence de Faction nerveuse sur l'abdomen.

La thérapeutique a peu de pouvoir sur les dépôts du foie ; inaccessibles aux instrumens , ces collections paraissent même réfractaires à l'absorption. Elles varient en nombre et en volume chez les différens sujets ; on en trouve depuis une ou deux jusqu'à vingt répandues dans le viscère , les unes grosses comme des noix, les autres plus considérables. Le pus qui les forme est tantôt phlegmoneux et tantôt plus lymphatique ; il offre toujours une teinte jaunâtre , qui rappelle la couleur des produits ordinaires de l'organe qui le fournit. La substance hépatique présente quelquesfois , à côté ou à peu de distance des abcès j des traces d'inflammation ; elle est indurée, grisâtre ou verdâtre. Dans plusieurs cas , l'irritation s'est communiquée au péritoine, qui peut même être largement recouvert d'une couche de pus membraniforme. Un état de langueur des fonctions, la tension et la douleur de Thypochondre , la fréquence du pouls , l'ictère tirant sur ie noir, sont quelques uns des symptômes qui peuvent faire soupçonner l'existence de l'hépatite purulente consécutive aux plaies de tête. On a vu la guérison succéder à l'évacuation de la matière qui s'était fait jour par les canaux biliaires dans l'intestin.

Au reste, les abcès hépatiques à la suite des plaies de tête sont des accidens assez rares ; on ne doit pas

moins chercher à en connaître la véritable origine et h les prévenir par le traitement opposé aux irritations. En leur assignant pour cause déterminante, non simplement la commotion ressentie par les organes abdominaux, ce qui n'eût été que reproduire une idée ancienne, mais les effets plus persistans de l'altération cérébrale qui tendent audéveloppementdes phlogoses dans les viscères , j'ai exprimé une opinion que l'expérience confirme également dans d'autres circonstances où l'irritation épigastrique se fixe spécialement sur le parenchyme biliaire ; ainsi les gastro-entérites ou même les inflammations extérieures, par l'extension qu'elles prennent ou leur communication sympathique , offrent de temps en temps des exemples de collections purulentes dans le foie , dont les accidens consécutifs et la terminaison sont les mêmes qu'après les percussions du crâne.

La réaction cérébrale sur les viscères de l'appareil digestif est , comme on va le voir, quelquefois très tardive, et non moins intense que celle dont l'apparition suit de près l'accident qui lui donne lieu.

Observation XXVIII.

Chute sur la tête ; encéphalite chronique ; gastro-hépatite aiguë consécutive

otite.

D... , soldat au i3e régiment d'infanterie de ligne \ âgé de vingt-deux ans , entra dans les premières jours de mars 1829, à l'hôpital militaire de Metz, pour y

être traité d'un ulcère cutané situé sur le pénis. Le 10 mars, il se plaignit d'éprouver une douleur assez vive dans l'oreille droite où l'on reconnut un léger suintement purulent. Des accidens analogues s'étaient , disait-il-, plusieurs fois déclarés dans son enfance ; mais depuis un certain nombre d'années il n'en avait rien senti. Il ajouta qu'il avait fait une chute sur la tête, trois mois avant son entrée à l'hôpital , et que depuis cette époque il souffrait beaucoup dans tout le côté droit de cette cavité. Quinze sangsues derrière l'oreille ; bain de pieds sinapisé ; injections émolUentes dans le conduit auditif. Le n, outre la céphalalgie qui était devenue insupportable , il offrait les symptômes d'une gastro-entérite aiguë , avec surexcitation des voies biliaires , pouls plein, dur et fréquent ; langue couverte d'un enduit jaunâtre, rouge sur ses bords, vomissemens répétés. Diète ; limonade ; trente sangsues sur Vépigastre. Le 12 , il y a peu de changement dans les phénomènes de nouvelle invasion ; l'écoulement de l'oreille a cessé. La douleur de tête est si violente que Ion redoute dès lors une encéphalite. Saignée de pied ; trente nouvelles sangsues surlépigastre. Vers le soir , les symptômes sont en partie calmés , et le malade est dans un état très satisfaisant. Le lendemain, l'amélioration se soutient pendant toute la journée; mais le 14 ^ quatrième jour, à sept heures du matin, cet homme que, la veille, on regardait comme hors de danger, était dans un état voisin de la mort. On apprit qu'à l'approche de là nuit,, il avait commencé à délirer, et qu'il était promptement tombé dans l'état désespéré où il se trouvait. Des sinapismes et des vésicatoires appliqués sur les jambes et les

cuisses excitèrent un peu le malade, qui recouvra momentanément un faible degré de connaissance. Il mourut le même jour à trois heures de l'après-midi. Aucun symptôme gastrique ne pouvant expliquer la mort , on prédit que le cerveau était probablement le siège de quelque grave lésion.

Autopsie. Plusieurs traces d'inflammation existaient dans les viscères de l'abdomen ; ceux de la poitrine ne présentaient rien de particulier. Le crâne étant ouvert, on aperçoit, à la base de cette cavité, en jetant un peu de côté le cerveau, un épanchement de pus phlegmoneux dont la quantité est évaluée à deux onces. Les vaisseaux de la périphérie du cerveau sont très injectés; l'arachnoïde est opaque supérieurement, et enduite dans sa partie inférieure d'une couche aîbumineuse très épaisse. Toute la substance cérébrale est ferme, fortement injectée; les ventricules sont remplis de sérosité transparente. La dure-mère paraît saine dans toutes ses parties. On découvre à la face supérieure du rocher quelques rugosités , traces de carie qui est plus manifeste dans l'épaisseur de l'os.

L'inflammation viscérale chez ce sujet ne datait que de quelques jours , et marqua l'époque où l'encéphalite passa à l'état aigu; jusque-là, l'appareil digestif n'avait été frappé d'aucune lésion. Moins prompte dans sa marche , elle eût , d'après la tendance qu'ont montrée les symptômes, peut-être provoqué des dépôts hépatiques , mais le foyer cérébral foudroya tous les organes. Ce jeune soldat, soit par incurie de sa part ou par le peu d'attention que parurent mériter ses plaintes , porta pendant trois mois dans son cerveau une lésion simple dans son origine , et qui aurait

S5f TRAITÉ DES PLAIES DE TÊTE

pu céder à un traitement convenable. Combien de fois nevit-on pas de ces tristes résultats de l'imprévoyance ! Remarquons cependant que la carie du rocher a pu disposer le cerveau à l'inflammation dont la chute a été la principale cause. Mais les douleurs de tête constantes après une percussion, sont toujours des symptômes d'encéphalite , et il ne faut pas croire , parce qu'une oreille aura suppuré autrefois, que la phlogose du conduit auditif se réveille tout à coup et prend assez de violence pour pénétrer à travers le crâne jusque dans l'intérieur : l'otite a bien plus de tendance à persister dans sa chronicité, et lorsqu'elle s'étend à l'encéphale ce n'est que par une gradation lente.

ARTICLE IL

Sympathies dirigées sur l'appareil génito-urinaire.

Dans les premiers instans des commotions cérébrales, l'urine et quelquefois le sperme sont involontairement expulsés chez beaucoup de sujets; mais aucune brusque influence du même genre ne se renouvelle ensuite. Presque aussitôt que la réaction s'établit, les reins et la vessie ressentent les effets de l'irritation des autres organes abdominaux , sans jamais paraître excités eux-mêmes directement par l'encéphale; cependant ils peuvent présenter des symptômes négatifs plus ou moins durables , qui peignent assez bien l'intensité de l'affection cérébrale et les désordres sur-

venus dans les fonctions nerveuses. Ainsi, dans les cas les plus légers, la vessie transmet encore au cerveau la sensation produite par sa distension , et les mouvemens nécessaires pour l'expulsion de l'urine sont volontairement exécutés. Chez les sujets dont la congestion est plus profonde , le cerveau ne perçoit plus la sensation du besoin ; mais les fibres vésicales conservant leur contractilité, la distension peut, comme dans l'autre cas, les provoquer au raccourcissement, qui est alors involontaire. A un degré plus élevé de la stupeur, ce dernier phénomène n'a plus lieu ; l'urine s'accumule dans son réservoir ou n'en sort que par un mécanisme étranger à toute force d'expulsion. La manière dont l'appareil génito-urinaire exécute ses fonctions peut donc jusqu'à un certain point servir de mesure pour apprécier l'état du cerveau. Quelquefois cet organe cesse entièrement d'agir sur la vessie^ même à une époque où les mouvemens des membres sont encore intacts; alors aussi son influence est sans effet sur les sphincters de l'anus; mais la perte du ressort de ceux-ci laisse toujours un libre passage aux matières qu'ils devaient retenir. Ce fâcheux état, fréquent dans les encéphalites compliquées d'irritation viscérale , semble unir les paralysies d'excrétion à l'altération des fonctions digestives. Quelle que soit au reste la maladie cérébrale dans laquelle la vessie est menacée, on ne doit pas, à l'apparition des premiers symptômes de rétention d'urine, se hâter de sonder les malades; des soins plus simples, tels que l'emploi d'un air frais dirigé sur les membres inférieurs, et les applications froides à l'hypogastre, conviennent d'abord; ces moyens suffisent quelquefois , dans les congestions cérébrales

médiocres, pour réveiller les contractions vésicales, et leur efficacité ou leur défaut de succès peuvent encore servir au diagnostic. Si cependant la distension de la vessie est considérable, l'introduction delà sonde ne peut trop tôt procurer une évacuation qui prévient les dangers delà résorption urincuse, ainsi que les effets locaux que le séjour trop prolongé de l'urine produit souvent sur les parois de la poche qui la renferme.

Il n'est pas inutile de noter que les maladies particulières de l'appareil génito-urinaire , disposent à l'encéphalite ou tendent à l'aggraver. J'ai connu à l'armée un chef d'escadron , homme de sens et de jugement, que la présence de calculs dans les uretères fit tomber dans un état complet d idiotisme , qui persista après la disparition des douleurs et l'expulsion des corps étrangers. Après une opération d'hydrocèle, faite il y a quelque temps au Val-de-Grâee, la présence d'une sonde de gomme élastique dans la tunique vaginale suffit pour occasioner un délire, quise prolongea aussi long-temps que dura l'excitation de cette membrane, en suivant toutesîesphasesdeses progrès et de son décaissement. On sait d'ailleurs quelle influence les sondes laissées à demeure dans le canal de l'urètre ont sur le système nerveux , puisqu'elles déterminent des accès de fièvre intermittente, qu'on est bien obligé de n'attribuer à aucune cause miasmatique contrairement à l'opinion que l'on s'en forme dans d'autres cas.

Mais on a cru remarquer que l'irritation plus spéciale du cervelet provoque l'érection du pénis, état qui persiste même après la mort. Ces faits, devenus plus communs depuis quelques années par les soins

ET DE l'kNCÉPHALITE. 357

des observateurs, sont cités à l'appui du rôle qui serait réservé au cervelet , d'être l'organe de la propagation. Sans examiner jusqu'à quel point la moelle épinière a pu , chez plusieurs malades , participer à la produc^ lion du phénomène dont il s'agit, on peut observer qu'il n'y a pas d'identité entre cette érection pathologique et celle qui résulte de l'orgasme vénérien. Sans doute l'influence du cervelet est indispensable à la fonction génératrice ; mais celle du cerveau ne lui est pas d'une moindre importance. On peut même dire qu'un équilibre parfait entre les organes de l'économie est une condition physiologique nécessaire à l'ac-* tivité des parties génitales. Lorsque ces dernières de~ viennent le siège d'une excitation extraordinaire , on en trouvera quelquefois la cause dans le cerveau ou dans le cervelet. Ainsi, dans des cas nombreux d'altération du cerveau, l'excitation des parties génitales produit une sensation assez significative pour faire penser que la partie antérieure de l'encéphale est principalement le siège des fonctions que l'on attribue à sa partie postérieure. Les manies erotiques et leurs variétés fourniraient des données favorables à cette opinion. Dans ces aberrations du sens génital , les désirs ne diffèrent de ceux qui naissent au milieu des voluptés, qu'en ce quils sont plus violens, désordonnés , en un mot pathologiques. Mais l'observation nous apprend aussi que la prépondérance sans excès des organes génitaux, surtout des testicules, augmente leurs facultés chez les sujets d'ailleurs bien portans. Ce développement s'annonce dès le bas-âge et ne dé-> pend pas de l'action du cervelet qui peut, a la puberté, 13e prendre que le volume qu'il offre sur d'autres in-*,

358 TRArïTÉ DES PLAIES DE TÊTE

dividus dont les testicules, d'abord presque imperceptibles, restent ensuite sans rénitence et comme atrophiés. L'activité propre à ces organes suffirait seule pour laisser l'hypothèse proposée sans vraisemblance. Pourrait-on nous dire quel rapport physiologique existe entre le nez et les traits grimaces de la face d'un satyre et son occiput? Je ne veux pas pousser plus loin cette comparaison. Que l'on examine d'ailleurs les hommes d'un tempérament ardent, l'énergie génitale qui les distingue coexiste avec une capacité crânienne un peu large en avant aussi bien qu'en arrière; et il est de remarque que les sujets dont le crâne est trop petit, quoiqu'ils aient des organes d'une proportion ordinaire, sont peu propres à la généralion. Cette fonction enfin, dont le besoin se ranime par les souvenirs et tyrannise l'esprit qui veut lui résister , démontre qu'elle n'a point de principe particulier dans l'encéphale , tenant à la vie de relation dans le choix des êtres pour lesquels on a des penchans, et à la vie intérieure chez les individus en état de perpétuer l'espèce. On observe que ses organes immédiats restent ordinairement long-temps dans l'inaction après les lésions graves de la tête.

ARTICLE III

Sympathies dirigées sur Fappareil de la respiration.

La membrane muqueuse bronchique est, comme toutes les tuniques du même ordre, destinée h rece-

voir des impressions. Etendue dans les divisions bronchiques aréolaires , elle obéit à l'expansion et à l'affaissement du parenchyme pulmonaire , et ne paraît pas avoir d'action dans ce double mouvement incessamment reproduit. Chaque fois que les poumons se dilatent, les muscles respirateurs agissent et coopèrent à l'ampliation de la poitrine. Cet ordre de choses est dérangé aussitôt que le cerveau, lésé dans sa vitalité ou dans son organisation ^ cesse de commander les raouvemens respiratoires, ou ne les fait qu'imparfaitement exécuter. A la suite des commotions, par exemple, la respiration est lente, incomplète, entrecoupée. Les mouvemens musculaires du thorax sont surtout irréguliers et saccadés , ce que l'on explique par l'insuffisance ou le trouble de l'action cérébrale.

Après les premiers momens de tumulte, d'anxiété et de fatigue dans les organes de la respiration, le calme se rétablit ordinairement ; les mouvemens nécessaires a l'exécution de cette fonction demeurent même réguliers au début de l'encéphalite consécutive et n'éprouvent aucun trouble nouveau durant ses progrès. Mais lorsque celle-ci devient intense et qu'elle approche du degré où elle compromet l'existence des blessés, la respiration s'accélère singulièrement. Il semble que le cerveau, perdant l'une après l'autre ses facultés, se hâte d'user sur les organes thoraciques le peu d'activité qui lui reste encore. C'est alors que lecœur,dont l'action avait été jusque-là assez régulière, partage la détresse générale et participe à l'agonie commune.

îl est à remarquer que l'encéphalite ne détermine jamais d'irritation sympathique dans le tissu pulmonaire ou dans la membrane muqueuse des bronches.

Le cerveau semble ne communiquer avec le poumon que pour entretenir le mouvement respiratoire, et cette relation, purement vitale, n'est pas susceptible d'acquérir le caractère de celles qui provoquent l'extension des inflammations d'un viscère à d'autres. Les actes respiratoires, toujours homogènes, n'ont de morbide que leur irrégularité ou l'exécution incomplète des mouvemens qui les constituent. Il est cependant assez ordinaire que les malades atteints d'encéphalite soient en même temps tourmentés par une toux plus ou moins fatigante ; mais si cette affection n'existait pas avant la maladie cérébrale, on en reconnaît presque toujours la cause , ou dans l'impression du froid dont on fait usage sur la tête , et qui a étendu son action jusqu'à la poitrine , ou dans l'influence sympathique d'une inflammation concomitante de l'estomac. Dans toutes les affections cérébrales, le catarrhe pulmonaire le plus léger est une complication grave, d'une part, à cause des secousses qu'il détermine vers les parties supérieures et du retard qu'il apporte ainsi au retour du sang veineux; et de l'autre, parce que l'encéphalite, quoique dirigeant spécialement ses influences vers l'estomac, n'en est pas moins exposée à augmenter, par la sympathie très marquée que l'irritation de l'appareil respiratoire établit avec le cerveau.

L'encéphale peut cependant se lier avec les poumons, le cœur et l'estomac, pour constituer des ma** ladies communes ; en voici un exemple.

ET DE L'ENCÉPHALITE. 36ï

Observation XXIX (i).

Invasion subite de dyspnée suffocante ; mouvemens du cœur lents et faibles ; lividité de la face ; froid des membres inférieurs ; guérison prompte. Seconde invasion dont les symptômes ne diffèrent des premiers que par leur gravité ; mort durant l'accès.

M. J., âgé de cinquante-huit ans, d'une constitution originairement bonne , avait vu sa santé décroître

(i) M. Broussais émet [Annal, de la Méd. -phys., septembre i85o) sur la maladie qui fait le sujet de cette observation, une opinion que le lecteur a trop d'intérêt à connaître pour que j'ose la lui taire : il pense que le malade est mort d'une cardo-artérite dont il était atteint depuis long-temps , tandis que j'attribue l'événement à la cessation brusque de l'influence cérébrale sur les poumons dans un accès d'asthme suffocant. Les phénomènes spasmodiques sont si variés , ils dépendent de tant d'états différens de surexcitation du système nerveux, qu'il me semble probable que Tinflammation même de quelques organes principaux , lorsqu'elle existe , n'est pas toujours la cause qui les provoque. Nous ne savons guère à quoi tiennent les convulsions qui, dans des circonstantes fréquentes , agitent tous les membres et même le tronc d'une manière si extraordinaire , pour être remplacées peu de temps après par le calme le plus parfait. Ces spasmes ne sont quelquefois accompagnés d'aucun trouble des fonctions intellectuelles dont la suspension d'ailleurs ne constitue qu'un mode particulier de surexcitation. On ne peut nier que les centres nerveux ne prennent part à ces désordres généraux , que Ton voit dans d'autres cas bornés à un membre ou à quelques muscles, et il est constaté que le cœur, les poumons ou d'autres

sensiblement depuis plusieurs années. Dix mois avant l'accident qui causa sa perte, il fut saisi, en sortant de l'appartement de son épouse, d'oppression el de dyspnée si extraordinaires qu'il craignait de suffoquer. Ce sentiment pénible s'accompagna bientôt de toux et d'expectoration sanguine peu abondante. Les mouvemens de la poitrine, accélérés et exécutés avec les plus grands efforts, ne parvenaient à opérer que des inspirations très imparfaites ; il était évident que l'air ne pénétrait que dans les grosses divisions bronchiques. Un râle muqueux sibilant se faisait entendre , et ne diminuait point par la petite expectoration de mucus et de sang qui était continuelle. Le pouls , faible et lent^ n'offrait aucune irrégularité; la peau était refroidie, particulièrement celle des jambes et des pieds ; la face,

organes peuvent en être spécialement le siège en l'absence de toute phlegmasie. L'interruption de l'acte respiratoire qui en résulte ferait bientôt cesser toutes les autres fonctions, si la réaction tardait à paraître. J'ajouterai que, parmi les altérations organiques chroniques qui entraînent la mort , la cardo-artérite ordinaire est une de celles qui se prolongent le plus. La lenteur de la désorganisation est même remarquable chez les individus en proie à cette affection , et qui , en apparence agonisans , sont condamnés à suivre les progrès de l'infiltration de leurs membres , du froid qui gagne les cavités , des phîyctènes et de la décomposition des tissus cutanés que le défaut de circulation détermine. Mais j'ai besoin d'exprimer ici une autre pensée. J'étais loin de croire que M. Broussais trouverait dans mes recherches assez de mérite pour les signaler avec autant de distinction qu'il l'a fait. Son jugement a même agrandi mes vues sur plusieurs points que j'avais peut-être trop négligés , et que j'ai tâché,, cette fois , de développer davantage.

sans surcroit de chaleur , était livide , surtout le contour et le rebord des lèvres. Un tremblement général, assez semblable à des horripilations , survenait de moment en moment, sans influer sur les autres symptômes. Le malade, couché sur le dos , n'éprouvait aucune douleur de tète ; ses facultés intellectuelles étaient intactes, et toutes ses perceptions distinctes. Friction avec le vinaigre chaud sinapisé sur les membres ; cataplasmes chauds enveloppant les pieds ; jomentations émollientes sur la poitrine et le basventre.

A peine eut-on continué une demi-heure l'emploi de ces moyens, que tous les symptômes graves avaient disparu. Cependant le parenchyme pulmonaire, par l'effet de 3a fatigue qu'il avait éprouvée , se montrait disposé à l'inflammation. Déjà des picottemens se faisaient sentir dans la poitrine, et le pouls avait pris du développement. Des sangsues, au nombre de quinze à vingt, mises sous les clavicules et répétées deux ou trois fois , des boissons théiformes légères et la continuation des fomentations émollientes sur la poitrine, dissipèrent promptement les phénomènes d'irritation , et en moins d'une semaine la convalescence était complète.

M. J. avait repris ses occupations et ses habitudes : peu observateur du régime qu'on lui avait prescrit, et dont il sentait lui-même la nécessité , il eut trop de confiance dans la continuation d'une santé redevenue assez bonne , et dont il se promettait de jouir plus long-temps. Le il\ février 1827, s'étant plus oublié encore qu'à l'ordinaire, il eut l'imprudence de se promener à pied trop légèrement vêtu et en sortant de table , par un temps humide et froid. Il rentra chez

36 j TRAITÉ DES PLAIES DE TETE

lai vers minuit, n'éprouvant encore aucun dérangement, si ce n'est qu'il se plaignait d'avoir soif. Pour apaiser ce besoin , il but un verre d'eau froide sucrée et se coucha. Cinq minutes s'étaient à peine écoulées depuis qu'il était entré dans son lit , qu'un même sentiment de suffocation que celui dont nous avons parlé, l'obligea à se lever précipiiamment et à appeler du secours. Voici ce qu'on a pu observer dans cette seconde et dernière invasion.

Les muscles du thorax répétaient leurs mouvemens avec une violence difficile à décrire, sans pouvoir faire pénétrer l'air au delà des premières bronches. Le râle, cette fois, était un mélange de toux et de gargouillement ; aucune expectoration n'était possible ; plusieurs efforts de vomissemens n'eurent aucun résultat. Les mouvemens du cœur , sensibles sous la main , étaient d'une lenteur et d'une faiblesse extrêmes. On a estimé, après une légère exploration, que l'artère radiale , d'ailleurs presque imperceptible , ne pouvait donner qu'environ vingt-cinq à trente pulsations par minute. Les membres supérieurs conservaient de la chaleur , mais les jambes et les pieds étaient glacés. L'anxiété la plus profonde se peignait dans les traits de la face ; les lèvres étaient bleuâtres. Cependant il n'existait aucun désordre dans les idées : le malade pouvait même encore parler, mais avec peine et précipitation ; il donna des renseignemens sur quelques objets à son usage , dont on avait besoin pour le secourir.

Malgré l'effroi qu'inspirait cet appareil de symptômes, il ne paraissait pas impossible qu'il cédât encore aux stimulans de la peau, employés précédemment

et de l'encéphalite. 365

avec tant de succès. Ainsi , on pratiqua à la hâte sur les jambes et les pieds et sur la région du cœur, des frictions, d'abord sèches, puis avec le vinaigre chaud alcoolisé et sinapisé. Une chaleur ambiante assez forte fut communiquée aux membres inférieufs dans la vue de seconder l'effet des frictions. Le pouls , au lieu de se relever sous l'action de ces stimulans , baissa davantage et devint plus lent ; on sentait à peine les contractions du cœur, qui conservaient de la régularité. Le malade , dont la poitrine continuait d'être agitée , ne proférait plus une seule parole. Conduit près de son lit, il y monta seul. Au bout de peu d'instans il n'existait plus : une demi-heure seulement s'était écoulée depuis l'invasion de cet accès foudroyant.

Autopsie. L'estomac fortement distendu par des gaz, contenait une livre et demie environ de matières alimentaires , grisâtres , à demi liquides, à demi altérées, dans lesquelles on reconnaissait des traces de substances végétales, et en particulier de la choucroûte et de la pomme. Ces matières exhalaient une forte odeur aigre et vineuse, semblables à celles que fournissent les substances vomies durant l'ivresse. L'estomac était d'ailleurs fort ample ; les vaisseaux qui rampent dans l'épaisseur de ses parois offraient un développement prononcé. Sa membrane muqueuse présentait çà et là , surtout le long de la petite courbure , des taches irrégulières , brunâtres et grisâtres, produites par des irritations anciennes.

La portion supérieure du jéjunum était fortement injectée et rouge, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les matières qu'elle contenait présentaient une couleur vineuse , et il était facile de constater que la cou-

leur de l'intestin était plutôt due à la présence de ces matières qu'à l'injection propre du tissu intestinal. Quelques portions de truffes , non altérées, étaient mêlées à la bouillie cbymeuse . A mesure que l'on poursuivait l'ouferture du canal digestif, ses parois se montraient plus blanches et plus saines. Le gros intestin était dans l'état normal, ainsi que le foie et la rate.

La poitrine ayant été ouverte , le péricarde contenait deux onces environ de sérosité citrine. Les parois du ventricule gauche du cœur avaient huit à dix lignes d'épaisseur, et sa cavité était d'un tiers à peu près plus ample que dans l'état normal. Le ventricule droit , au contraire , présentait des parois fort minces et très molles, en même temps que sa cavité était rétrécie par la saillie que la cloison faisait de son côté.

Les poumons étaient crépitans dans toute leur étendue , partout exempts d'infiltration et d'engorgement aigu ou chronique. Incisé dans plusieurs points, le tissu du poumon était plus rouge qu'il ne devait l'être, sans que cependant plus de sang le pénétrât. Il s'échappait des surfaces divisées une grande quantité d'un liquide séreux mêlé à de l'air, dont les bronches étaient d'ailleurs remplies.

L'aorte se présentait sans dilatation remarquable , même à la partie supérieure de sa courbure. Ses parois offraient à l'intérieur les traces de l'inflammation la plus vive. Elles étaient d'un rouge écarlate dans toute leur étendue, et surtout dans la partie du vaisseau, qui correspond à la région dorsale. Cette rougeur diminuait d'intensité vers l'endroit de sa bifurcation en iliaques. Dans divers points, sous cette rougeur, existaient des plaques cartilagineuses et os-

ET DE L'ENCÉPHALITE. 3o7

seuses multipliées , qui dépendaient manifestement d'une artérite ancienne. Les artères iliaques, crurales, axillaires , carotides et leurs divisions jusqu'aux extrémités des membres et dans l'intérieur du crâne, étaient grisâtres, friables, cartilagineuses et en partie ossifiées. Ces altérations se remarquaient jusque dans l'artère basilaire, la carotide interne et leurs ramifications entre les lobes cérébraux. Lesjveines caves supérieure et inférieure, et même les veines des membres, offraient une teinte rouge foncée et violette , très intense.

Le crâne ayant été ouvert en dernier lieu , l'arachnoïde qui recouvre la partie supérieure des hémisphères était opaque, épaissie , granuleuse et fortement adhérente à la pie-mère. Celle-ci était très injectée dans toute son étendue. Le cerveau présentait sa densité et sa consistance normales. Les ventricules latéraux ne contenaient que quelques gouttes de sérosité ; les plexus choroïdes étaient sains. Divisée par tranches minces ^ la substance cérébrale ne présenta aucun foyer sanguin ; cependant vers la partie moyenne de la région supérieure de l'hémisphère droit existait, au dessous de la pie-mère et au fond d'une des circonvolutions cérébrales, un caillot sanguin du volume d'une petite noisette.

Le rachis examiné avec attention offrait une injection marquée de la dure-mère , ainsi que de l'arachnoïde qu'elle enveloppe. Les veines propres de la moelle étaientfortement distendues, et leur réseau très serré recouvrait toute la substance nerveuse. Celle-ci n'offrait d'ailleurs aucune trace de ramollissement.

Tout le cadavre , et surtout la cavité abdominale ,

exhalait une odeur d'alcool tellement prononcée qu'elle incommoda un des assistans.

Je crois nécessaire de comparer entre elles l'attaque de suffocation qui s'est déclarée antérieurement, et celle dont la funeste terminaison a été si rapide. L'une et l'autre paraissent être , au premier coup d'œil, une affection convulsive des organes respirateurs, qui se dissipe dans le premier cas , et qui persiste jusqu'à la mort dans le second. Cependant les muscles qui meuvent la poitrine n'ont pas présenté de phénomènes convulsifs ; leurs contractions redoublées n'étaient ni irrégulières ni saccadées , et tendaient a rétablir la respiration à l'exercice de laquelle l'inactivité des poumons étaitun obstacle insurmontable. Maison peut, avec exactitude, caractériser de spasme convuîsif cette inactivité pulmonaire , semblable à celle que les auteurs, Georget entre autres , paraissent avoir confondue avec le spasme des muscles dans certains asthmes. Tous les organes qui jouissent d'une force de contraction ou de resserrement peuvent éprouver un état pathologique identique à la suraction qui, dans différentes irritations nerveuses , tient les muscles raides et immobiles. Cette circonstance exista sans doute chez le malade dont nous parlons. Cela paraît même d'au- ,tant mieux démontré , que les poumons ne furent le siège d'aucun engorgement , et qu'on n'observa point de signe propre à la sidération de leur parenchyme ; le sang que leur apportaient les veines caves ne put les traverser qu'en très faible quantité, parce que l'éréthisme de tout le tissu pulmonaire lui fermait le passage. Ainsi, l'irritation cérébrale qui empêcha les bronches d'admettre et d'expulser Pair, n'eut pas

et de l'encéphalite. 36g

des effets moins marqués sur le réseau vasculaire de ces tissus. Cette similitude entre les phénomènes morbides de la circulation et de la respiration démonlre l'identité de leur principe. Ces systèmes ont été comme frappés du même coup et privés ensemble de l'innervation régulière que réclamait leur exercice. Dans la première maladie, les pasme des bronches, bien moindre que dans la seconde , coïncidait aussi avec les mouvemens du cœur, qui n'avaient ni la même faiblesse, ni la même lenteur. Suivant cette théorie, déduite de l'observation, l'angine de poitrine, affection que l'on a pu reconnaître dans ce qui vient d'être exposé , ne serait pas simplement , comme on l'a prétendu, une névrose de la huitième paire; elle aurait son principe dans le cerveau même. Les apoplexies sanguines pulmonaires , non provoquées immédiatement par les lésions du cœur, non dues à des irritations hémoptoïques , paraissent être , par les dangers qui les accompagnent et la promptitude de la mort dans la plupart des cas , des résultats de la même exaltation des influences cérébrales sur les voies aériennes. Les causes du dernier accident et les lésions que l'autopsie a fait découvrir confirment encore ce raisonnement. On ne doit pas perdre de vue que, chez un homme en proie depuis long-temps à une cardo-artérite intense, les stimulations de l'estomac excitent avec la plus grande facilité le cerveau. Cet organe étant d'ailleurs déjà le siège d'une ancienne phlogose dont l'altération plus apparente de ses membranes a démontré l'existence, se trouvait dans les conditions les plus propres à ressentir les effets d'une digestion rendue laborieuse autant par des excès que par le refroidissement de la

3nO TRAITÉ DES PLAIES DE TETE

surface du corps, et particulièrement des pieds, durant une journée d'hiver. Après l'ingestion intempestive d'un verre d'eau froide , qui acheva de bouleverser l'élaboration d'une masse alimentaire excessivement alcoolique , le cerveau cessa tout à coup son influence régulière sur le cœur et tes poumons, comme dans d'autres circonstances une même sur-excitation gastrique détermine sa congestion apoplectique. Dans cette situation, il fallait, ou qu'une réaction se portât à la périphérie et vers les organes thoraciques , ou que le sujet succombât asphyxié. La réaction avait eu lieu à la première attaque ; l'asphyxie plus complète persista et devint mortelle à la seconde invasion. Au début de celle-ci, des envies de vomir sollicitaient une prompte délivrance de la surcharge de l'estomac, effort naturel dont le résultat eût peut-être été suivi du rétablissement de l'équilibre entre la tête et la poitrine ; mais une profonde inspiration était nécessaire pour servir de point d'appui aux forces musculaires employées dans ces occasions, et elle fut impossible. Au reste, si, à l'ouverture du cadavre, les bronches furent trouvées remplies d'air et les poumons crépitans et légers, on sait que de l'air reste toujours stagnant, chez les asphyxiés, dans le tissu qui a perdu la propriété de le faire sortir; et d'ailleurs il se peut que, dans des cas semblables , lorsque les organes sont sur le point de rompre les liens qui les unissent entre eux, quelques phénomènes d'inspiration marquent les derniers instans de l'existence.

Mais nous allons profiter de ce cas pour expliquer la respiration dans ses rapports avec le cerveau.

S'il vient de nous être démontré que la cessation

ET DE L'ENCÉPHALITE. 3j i

des mouvemens d'expansion et de resserrement du système bronchique a entraîné subitement ta mort , on doit voir dans les nerfs qui animent ce tissu les principaux agens de la respiration, à laquelle les muscles du thorax ne coopèrent qu'accessoirement. D'après la doctrine généralement professée sur cette fonction , les phénomènes de l'hématose et de la revifïcation du sang, la calorification , la sensation du besoin de respirer sont placés dans les attributions de la huitième paire , et l'on confie le mécanisme de la fonction à l'appareil musculaire , puissance qui nous paraît insuffisante pour un si grand effet. Mais les expériences, qui ne sont pas toujours stériles , ont prouvé que les nerfs ganglionnaires excitent les poumons d'une manière peu différente des pneumo-gastriques , et qu'ils peuvent même, dans certaines classes, entretenir seuls la respiration. Des chiens adultes , chez lesquels nous avons vu couper et exciser la huitième paire des deux côtés dans le même moment, ont survécu plusieurs semaines , et quelques uns même se sont entièrement rétablis , n'ayant eu la respiration sensiblement gênée que pendant les premières heures ou pendant quelques jours après l'opération. Chez tous , les poumons s'étaient altérés vers leur partie inférieure; du sang y était comme infiltré et stagnant , combiné avec le parenchyme , d'où l'on a pu conclure que les nerfs vagues, outre leurs fonctions principales , sont nécessaires à la circulation dans ces organes. Un semblable engorgement avait été observé par plusieurs expérimentateurs ; mais ils l'attribuèrent à l'irritation de la portion du viscère où il se rencontrait. Voilà donc deux ordres de nerfs bien différens qui, par cela seu-

lement qu'ils entrent dans la texture des poumons , ont des fonctions identiques. Mais leur parité paraîtra bien plus exacte encore, si Ton considère que les animaux expérimentés perçoivent néanmoins, et on ne saurait se refuser à le croire, le besoin de respirer, qui avait été exclusivement attribué à l'action des pneumo-gastriques.

Avant Legallois (1), les expériences, si souvent tentées et répétées à toutes les époques sur la huitième paire, n'avaient pu que nourrir pendant des siècles l'erreur des physiologistes relativement à l'influence de ces nerfs. L'asphyxie ordinairement prompte des animaux après la section des deux troncs nerveux, semblait^ effet confirmer de plus en plus l'opinion alors incontestée , que les actes respiratoires étaient entièrement dans leur dépendance. Soit que la dyspnée eût été rapportée à la lésion vitale des poumons , ou que les sentimens se soient partages sur la cause de la mort des animaux a laquelle il paraissait que tous les organes dans lesquels se distribue la huitième paire devaient concourir; soit que , de nos jours , on ait vu dans la non-oxigénation du sang , inséparable d'un état de suffocation , l'unique résultat de la cessation de l'influence nerveuse, et dans la qualité délétère du sang noir le principe de l'extinction de la vie ( Dupuytren), tandis que les poumons auraient encore été accessibles à l'air; soit enfin que, d'un autre côté, on

(1) Expériences sur le principe de la vie. Paris, 181 1 , 1 vol. in-8°.

se soit prononcé sur la possibilité de la revivi'fication du sang par la seule impression de l'atmosphère sans la participation des nerfs (Provençal) : ces théories vacillantes , souvent contradictoires , n'expliquaient point le phénomène instantané d'asphyxie. Legallois démontra qu'il ét;ût toujours produit , après la section des pneumo-gastriques , par la paralysie des muscles aryténoïdiens, l'abaissement des cartilages où ils s'insèrent, et le rapprochement des ligamens de la glotte. C'était pour éviter cet accident qu'il avait Sa précaution d'ouvrir le larynx , peu après la section des nerfs, ou avant de la pratiquer. Cette paralysie toutefois n'est que locale, et aucun fait pathologique bien constaté ne prouve qu'elle puisse , chez l'homme , dépendre d'une lésion du cerveau ; tandis que mille exemples confirment l'existence de l'asphyxie déterminée , sous l'empire d'une irritation cérébrale , par l'astriction de la glotte et le spasme des bronches jusque dans leurs subdivisions aréolaires. Comment cet habile observateur n'a-t-il pas vu que, après son expérience de l'ouverture du larynx , ia respiration reprenant sa régularité, il fallait lui reconnaître pour moteur l'action du grand sympathique , celle de la huitième paire étant détruite ? On peut lui reprocher d'avoir découvert, dans l'opération de la section du larynx pour prévenir l'asphyxie, une vérité dont il méconnut l'importance et les applications , prévenu pour l'hypothèse invraisemblable qu'il voulait établir, celle du principe de la respiration placé à l'insertion des pneumo-gastriques.

Parmi les partisans de la mécanique musculaire Fes» piratoire, comme seule active dans la dilatation de la

poitrine , M. Ch. Beli se montre armé d\me théorie qu'il emprunta en partie au physiologiste français dont je viens de parler, et qui est plus exclusive encore. Je vais m'y arrêter, parce qu'il importe de détruire le germe d'une sorte de poljgarchie nerveuse qu'elle renferme.

La colonne latérale de la moelle cpinière, destinée, dit-il , à la respiration , s'arrête dans la moelle allongée j étant indépendante de la raison par la nature même de sa Jonction qu'elle peut remplir sans la participation du cerveau , ou même en étant séparée. Cette colonne, suivant lui, commence de chaque coté aux corps restiformes qui y sont compris, et l'auteur pense, car il ne le démontre pas, qu'elle se prolonge le long de la moelle jusqu'à la région lombaire. Les principaux nerfs respirateurs qu'il en fait naître sont les suivans : i° le pneumo-gastrique ; 2° le facial ; 3° l'accessoire de Willis ; 4° 1° diaphragma-tique ; 5° et le thoracique externe ou respiratoire externe. Ajoutez à ce nombre ceux qui doivent associer le pharynx, la langue et le larynx aux actes de la respiration , savoir : le glosso-pharyngien , l'hypoglosse et les rameaux laryngés supérieur et inférieur de la huitième paire ; supposez ensuite, en attendant qu'on le prouve, que les intercostaux et les lombaires ont leurs racines à la même colonne ; que les muscles volontaires qui concourent à la respiration, tels que le sterno-cléido-mastoïdien, le trapèze et le grand dentelé, ne sont, quand ils agissent dans ce sens, mus que par les nerfs accessoires de Willis , thoracique externe et quelques rameaux du phrénique , et vous aurez à peu près la se-

rie des nerfs respiratoires de M. Ch. Bell, débrouillée , simplifiée, rendue, selon lui, facile à comprendre pour tous les élèves.

Sans avoir moins de confiance qu'un autre dans la conception des élèves , je crois qu'il vaut mieux leur démontrer que les colonnes dont on parle , et sur lesquelles repose la théorie qu'on prétend leur faire adopter, n'existent point, ou que si l'on veut donner le nom de colonne aux cordons qui composent la moelle, il n'y en a qu'une de chaque côté. Remarquons d'abord que toutes les parties de la masse nerveuse centrale où se font les insertions des nerfs sont blanches ou a peu près blanches. Je conclus de cette première observation que l'insertion des nerfs à la substance blanche est une nécessité organique. Or, pour que cette disposition pût exister à la moelle épi— nière, il a fallu que la partie blanche de sa substance fût tournée en dehors. Rien n'est plus aisé que de concevoir le mécanisme d'une semblable direction. Pour cela il suffit de considérer les cordons de la moelle comme étant , ce qu'ils sont en effet , des hémisphères alongés dont la partie inférieure se termine en pointe dans le canal, et de reconnaître que chacun de ces cordons a éprouvé sur lui-même une demi-torsion, d'après laquelle la substance nerveuse grise, au lieu de former la surface des hémisphères spinaux, s'est trouvée pour l'un en contact avec celle du côté opposé. De cette manière les insertions des nerfs dans le crâne et dans lerachis ont pu être semblables, d'où il suit que les colonnes particulières dont on dit la moelle rachidienne formée, sont aussi peu vraies que le seraient celles qu'il plairait de faire entrer dans la composition des>pédon--

cules de l'encéphale ou des autres parties blanches nerveuses de la base des hémisphères cérébraux. Cette organisation est importante à retenir, et je ne doute pas qu'on ne la trouve juste : il paraît qu'elle n'a pas encore été aperçue.

Pour expliquer le jeu de son appareil respiratoire , M. Gh. Bell distingue deux espèces de respiration , l'involontaire ou instinctive , et lavolontaire. Dans l'une et dans l'autre, les nerfs intercostaux, les lombaires, le facial , le diaphragmatique , l'accessoire et le thoracique sont alternativement inspirateurs et expirateurs ; le nerf vague aurait sur eux une espèce de droit de présidence qui consisterait à combiner les mouvemens musculaires avec les fonctions propres des poumons. La respiration volontaire , c'est-à-dire celle que l'on peut accélérer, ralentir ou modifier de toute autre manière, est ainsi appelée par l'auteur, parce qu'il prétend que l'on associe , dans cet acte , tous les nerfs respirateurs avec ceux qui font exécuter la déglutition, la production de la voix et de la parole, le flairer, le rire, les efforts, le vomissement, l'éternuement, etc. C'est alors que seraient en action le glosso-pharyngien, l'hypoglosse et les rameaux laryngés. Cette association comprendrait même quelquefois les nerfs des mouvemens généraux du corps. Ainsi la respiration , à laquelle se lient la circulation , l'hématose , la digestion , les excrétions , etc., aurait des nerfs qui formeraient , pour cette fonction, une sorte de colonie hors de la dépendance du cerveau , auquel les muscles qu'ils font mouvoir ne seraient subordonnés, dans d'autres circonstances, qu'autant qu'ils recevraient d'autres nerfs.

Ce que l'on vient de lire est le résumé des longs dé-

tails dans lesquels Fauteur est entré sur un sujet qu'il n'a évidemment pas compris. Pour démontrer que l'erreur domine dans ses explications , pour prouver que sa théorie a forcé les faits et leurs conséquences, il ne faut que remettre ia respiration dans la position d'où il l'a fait sortir; il ne faut que la rendre ce qu'elle est, une fonction dépendante du cerveau. On voit alors tous ses mouvemens essentiels et accessoires reprendre leur rang, se coordonner sous une même influence , et remplir une destination qui leur est commune. La respiration ne comporte point , dans l'état ordinaire, de division en volontaire et involontaire , car bien que l'on puisse, clans certains cas , en arrêter les mouvemens et se donner ainsi la mort, cette fonction étant, comme la circulation, indispensable à l'existence, se continue toujours, et la seule division que Ton en puisse faire est relative à l'état de veille et à l'état de sommeil. Dans le premier cas, la volonté peut varier l'ordre des mouvemens de la poitrine , qui redeviennent ordinairement plus uniformes dans le second. Sous le point de vue de sa simultanéité avec d'autres fonctions, ia respiration ne présente encore que des différences d'ordre dans les mouvemens qu'elle emploie :; ainsi l'action de flairer , la voix , la parole, etc., en exigent de plus ou moins lents ou rapides, qui modiGent à leur manière l'entrée et la sortie de l'air dans les voies de son passage. Pourquoi dire alors que la respiration s'associe ces fonctions particulières? ïl est évident que c'est tout le contraire. La propriété respîratrice que Fauteur assigne à différens nerfs n'a été constatée jusqu'aujourd'hui que dans le diaphragmatique et les intercostaux. Legallois

en avait placé le siège , comme celui de la vitalité des poumons, dans la moelle alongée et épinière. Cette idée, que les savans de l'époque honorèrent de leurs suffrages , fut accueillie sur le sol britannique ; elle y fut commentée , y subitdiverses métamorphoses qui ne purent la faire méconnaître , et repassa le détroit douze ans plus tard. Mais puisque tous les muscles dont le concours est nécessaire à l'acte respiratoire sont aux ordres de la volonté pour d'autres usages; puisque , d'un autre côté, nous sommes les maîtres d'accélérer ou de ralentir les mouvemens propres a cette fonction , ne devons-nous pas reconnaître que le cerveau règle et domine toutes ces actions musculaires? Cette réflexion paraîtra inexacte à ceux qui se refusent à croire que les fonctions nerveuses sont de la plus grande simplicité , toujours identiques et soumises au même centre d'impression.

Les complications que semblent présenter l'entrelacement et les contours qu'affectent les nerfs dans nos parties ne sont même que des modes d'existence très simples de quelques appareils entre ceux qui forment le système commun. Ainsi, le trajet de l'accessoire de Willis , et les révolutions qu'il décrit , cesseront d'être un sujet d'étonnement , si l'on fait attention que ce nerf, vu de l'extérieur à l'intérieur, résulte de différons rameaux qui animent les muscles du cou et de l'épaule : il était impossible qu'il rassemblât en son chemin tous ces filets s'il ne fût entré dans le crâne , l'un deux étant accolé à la huitième paire qu'il n'abandonne que dans le trou déchiré postérieur ; un autre étant uni par de pareilles adhérences au nerf sous-occipital dont il se détache ensuite également , tandis que

le tronc lui-même s'insère à la moelle sur plusieurs points près des brandies cervicales, dont il est plutôt l'accessoire que celui de la huitième paire. Mais cette considération n'a plus aucune exactitude si l'on persiste à vouloir que les nerfs naissent du cerveau ou de son prolongement; la direction excentrique de l'accessoire se prête alors, avec plus ou moins de vraisemblance, aux hypothèses que M. Ch. Bell a imaginées sur l'action de ce nerf.

Toutefois, l'adoption en France d'une vérité dont les conséquences sont incalculables, celle que toutes les parties de l'organisation ourdissent leur tissu dans le lieu même qu'elles doivent occuper et qu'aucune ne nait d'une autre, n'a jusqu'ici été que peu utile aux progrès de la physiologie. Il est même à remarquer que ces vues nouvelles, telles qu'elles sont exposées, empêchent de renoncer à la théorie des processions d'organes et de fonctions dans l'économie. Vouloir qu'un système , par exemple le système sanguin (M. Serres), soit générateur des autres, c'est au moins n'adopter qu'à demi le principe posé ; tous les systèmes sont générateurs, puisqu'ils concourent simultanément au même résultat. C'est avec aussi peu de fondement qu'après avoir considéré les organes comme provenant d'une force qui leur est inhérente , on cite à chaque mot l'origine ou la naissance des divers tissus qui entrent dans leur composition. S'agit-il d'anatomie? On a peine à concevoir que l'on continue les démonstrations à rebours, tandis qu'il serait si facile de suivre une marche naturelle. Y a-t-il une description plus singulière que celle du péritoine qui se replierait cent fois sur lui-même pour envelopper les viscères abdo-

38o TRAITÉ DES PLAIES DE TETE

minaux, former le mésentère, ses dérivés et les épliploons ? En est-il une plus fausse que celle de l'aorte qui fournirait toutes les artères ? Y a-t-il la moindre exactitude à enseigner que le grand sympathique nait des ganglions ? Mais une distinction que l'on croit heureuse , bien qu'elle s'éloigne comme les autres de la vérité, est celle que l'on a faite de la masse nerveuse en appareil ou axe cérébro-spinal , qui ne doit son admission qu'à une sorte de magie de mots. En confondant sous cette dénomination l'encéphale et la moelle rachidienne, on augmente l'étendue du foyer central d'impression des nerfs , on cesse de considérer la moelle com me un organe de transmission . Dès lors on se voit forcé d'accorder aux nerfs de la vie organique et de la respiration qui s'insèrent à l'expansion médullaire , la même indépendance cérébrale qu'on leur accorderait s'ils y prenaient réellement naissance. Il faut même, ce qu'on a d'ailleurs fait , étendre ce raisonnement aux éminences ganglionnaires de la base du cerveau et qui lient cet organe avec son prolongement rachidien. Des rapports anatomiques mal saisis devenant ainsi des points de départ de fonctions particulières , c'est encore une nécessité de rendre le cerveau pour ainsi dire étranger à la respiration. Aussi les physiologistes des deux opinions assurent-ils qu'un acéphale , pourvu qu'il ait une moelle épinière , peut respirer. Peut-on assez s'étonner de la faveur dont jouit cette doctrine ? Quelques faibles mouvemens du thorax qu'on observe au moment de la naissance chez un être aussi imparfait, et qui ne sont autre chose qu'un restant dé vie utérine qui cherche à s'équilibrer avec l'atmosphère, constituent-ils donc la respiration ?

Faites-vous respirer un animal décapité , en adaptant un soufflet à sa trachée-artère ? Le faites-vous respirer en produisant des secousses électriques dans les muscles de sa poitrine? Le petit chien auquel vous avez enlevé le cerveau exécute encore des mouvemens de ses membres et même des côtes : ne voit-on pas qu'il se trouve dans l'a même condition que le fœtus acéphale au moment de la naissance? Ces mouvemens sont sans coordination , purement automatiques, ou semblables à ceux que l'on provoque dans un membre nouvellement séparé du corps. On ne peut en rien conclure.

Des lésions de la moelle épinière situées à peu de distance au dessous de l'insertion des nerfs phréniques , c'est-à-dire à la partie inférieure des paires cervicales, ayant laissé quelque temps vivre les malades, le physiologiste anglais en infère que la respiration est alors entretenue par le diaphragme et les muscles de la partie supérieure du tronc. Cette conséquence a pour objet de rehausser l'importance des nerfs thoraciques qui tiennent , dit-il , à l'extérieur la place que le phrénique occupe intérieurement. Le mérite d'une comparaison est dans l'exactitude , et celle-ci n'en est pas dépourvue ; mais on ne doit jamais, pour soutenir un raisonnement, négliger une partie des circonstances sur lesquelles il se base : or, il est incontestable qu'on a exclu arbitrairement plusieurs agens nerveux qui participent au mouvement observé dans les cas toujours promptement funestes dont il s'agit. )

Entre les nerfs qui semblent être des divisions des paires cervicales ou des plexus qu'elles forment, ceux-

là qui animent des muscles plus mobiles, plus forts et plus largement attachés à la poitrine , seront , lorsqu'ils devront agir , plus spécialement respirateurs. Chacun serait frappé de la justesse de cette proposition, si l'interprétation la plus naturelle des phénomènes de l'organisme n'était pas précisément celle que l'on croit souvent le plus éloignée de la réalité. On veut , en Angleterre, que dans le grand nombre de nerfs des muscles de l'épaule, deux seulement coopèrent à la respiration , l'accessoire de Willis dont nous avons parlé, et un thoracique externe qu'on lui adjoint, l'un et l'autre étant ainsi exceptés de la règle commune. Mais nous parviendrons peut-être à rendre plus palpable l'invraisemblance de ces idées singulières , en décrivant d'abord l'appareil formé par les diaphragmatiques y appareil qui n'est autre chose qu'une partie de la corrélation de tous ces nerfs entre eux.

Répandus dans le muscle dont ils portent le nom, les nerfs diaphragmatiques droit et gauche apparaissent à sa face convexe sous la forme de rameaux nombreux , entre-croisés sur la ligne médiane qu'ils abandonnent ensuite ; leurs cordons reçoivent bientôt des filets sortis de l'abdomen à travers le centre aponévrotique ; ils en reçoivent aussi du médiastin et des tissus qui entourent la veine cave. D'autres rameaux, formés dans les muscles grand droit antérieur de la tête et scalène, se portent également à leur rencoiatre , les joignent, et en font dès lors partie. Le ganglion cervical inférieur, et quelquefois le supérieur, établissent des communications avec le phrénique, ainsi que l'hypoglosse ; ces rapports se font au moyen de filets accolés et confondus avec chaque tronc ou gan«

et de l'encéphalite. 383

glion , sans que l'on puisse dire qu'ils appartiennent plutôt à l'un qu'à l'autre. Mais les cordons d'insertion centrale des diaphragmatiques suivent les branches cervicales qui répondent à ia deuxième vertèbre jusqu'à la sixième, et peuvent être distingués dans les plexus , comme la plupart des autres nerfs , dont ces entrelacemens sont formés. Cette disposition nous prouve évidemment que les nerfs du diaphragme avec ceux de l'épaule et du bras, entrent dans une même catégorie. Au nombre des cordons correspondant aux deux plexus cervical et brachial , sont les thoraciques de tous les noms, antérieurs ou externes, postérieurs, les clavicuîaires, les sous-scapulaïres, etc. Lorsque la respiration, dans l'état normal, est grande, profonde, et, dans l'état pathologique, laborieuse, haute ou dans le sens vertical , elle exige des contractions que les nerfs que nous venons de désigner provoquent , et on ne peut distraire de ce nombre les accessoires, les thoraciques, ni assigner aux autres un ordre différent de mouvemens. Les nerfs brachiaux eux-mêmes peuvent à bon droit, dans les mêmes occasions , être réputés les auxiliaires des respirateurs : on sait que les asthmatiques sont portés à saisir avec force les corps solides, à s'y cramponner, afin d'offrir aux muscles de l'épaule, dans la fixité de l'omoplate, un point d'appui qui leur permette de se contracter avec plus d'énergie.

Mais cette grave question serait incomplètement débattue, si je négligeais de faire mention ici des cas pathologiques, où la paralysie des muscles employés à la fois aux mouvemens volontaires et à la respiration, paraît favorable à l'hypothèse de l'action des

nerfs accessoires ou d'un système nerveux respirateur particulier. Un examen superficiel des phénomènes de cette fonction chez les hémiplégiques, a seul pu entretenir l'erreur qui domine encore sur ce sujet , bien que plusieurs observateurs aient tenté de la combattre. Il semble, en effet, que les muscles du thorax sont alternativement dans la contraction et le relâchement ; que la poitrine éprouve des deux côtés la dilatation et le resserrement qui caractérisent à la vue l'acte respiratoire dans l'ordre naturel. Eh bien ! portez la main sur cette cavité (Observât. XIÏ), et vous vous convaincrez que tous ses muscles dilatateurs sont frappés de paralysie, en proportion du degré de l'affection des membres, aussi bien ceux qui n'ont pas d'autres usages, que ceux dont la volonté règle ordinairement les autres mouvemens. Le diaphragme semble conserver sa mobilité ; mais en y regardant de plus près, on s'assure que la portion opposée entraîne l'autre dans son action. Appliquez le stéthoscope sur le thorax, et le bruit de la respiration retentira moins à votre oreille qu'il ne le fait à la partie saine. Cette différence peut faire estimer, jusqu'à un certain point, à quel degré les contractions musculaires participent à l'introduction de l'air dans les bronches.

Aussitôt que tous les agens nécessaires au complément d'une fonction ne sont plus employés à son exercice, les effets qu'on observe ne sont que des parties ou des fractions de fonction plus ou moins grandes. Nous venons de voir que l'hémiplégie peut faire perdre à la respiration , sur le même côté, le concours des muscles, et laisser intacte la partie intérieure de la fonction qui suffit alors à l'existence ; elle est donc

la plus considérable. D'autre part, la lésion de la moelle épinière au dessus des nerfs intercostaux, observée même chez l'homme, n'arrête pas le jeu des poumons, ce qui tend encore à prouver que l'action de ces organes constitue principalement la respiration ; car les efforts musculaires de la partie supérieure du thorax, qui ont lieu alors, ne suppléent qu'imparfaitement les muscles intercostaux paralysés. Mais d'autres faits, dont il serait inutile de charger cette explication, rendent les mêmes conséquences rigoureuses. Ainsi, dans certaines lésions cérébrales, auxquelles de nombreuses variétés de l'asthme peuvent être rapportées, l'appareil musculaire redouble ses contractions, et cependant de faibles quantités d'air seulement parviennent dans les voies respiratoires. Dans notre XXIXe Observation , l'agitation extraordinaire des muscles n'a pu retarder la mort que l'asphyxie a rendue soudaine.

D'autres inductions tirées de l'état pathologique, et dont j'abandonne le soin aux observateurs, feront peut-être sentir davantage encore la nécessité de donner à la physiologie des poumons une direction nouvelle. Mes efforts auront eu assez de succès , si je suis parvenu à ébranler l'opinion timidement attaquée jusqu'ici, que ces organes se laissent passivement distendre et affaisser sous l'influence de puissances extérieures incapables, selon moi, de faire pénétrer dans leurs plus intimes divisions l'air qu'ils digèrent, qu'ils combinent avec des liquides dans des routes qui ne peuvent lui être accessibles qu'autant qu'une action propre du parenchyme les lui ouvre. Il n'est pas vrai que les poumons cessent de se dilater au moment où l'air

pénètre dans la poitrine après la division des muscles intercostaux : cette assertion, déjà démontrée fausse anciennement, est démentie encore par l'expérience journalière des plaies pénétrantes du thorax. Dire avec M. Ch. Bell, que les nerfs de la huitième paire, dont les poumons sont abondamment pourvus, n'ont d'autre usage , dans la respiration , que de former des liens qui unissent ces organes aux muscles extérieurs, c'est mettre avec peu de profit la nature en grands frais : tout n'est-i! pas uni dans l'organisme ? Prétendre , comme il le fait, que les mêmes nerfs remplacent, pour leurs fonctions spéciales, le grand sympathique dont les plexus, jetés autour des bronches, lui paraissent presque inutiles, c'est trancher contre toute règle les explications. Les deux ordres de nerfs qui entrent dans la texture des poumons ont, comme les plus fortes présomptions engagent à le croire, des usages analogues; mais ils ne se remplacent pas, car la perte des uns n'est jamais compensée par une plus grande activité des autres. Ne voir partout enfin que des associations indépendantes de nerfs, de muscles, de fonctions; porter cette espèce de passion jusqu'à faire de la quatrième paire un nerf respirateur , ce n'est point s'armer de preuves , raisonner sur des faits ; c'est abuser des rapprochemens qui, présentés avec modération, ont leur degré d'intérêt. Quand l'on veut déduire de ce genre de recherches la connaissance d'une fonction telle que la respiration , il faut se résoudre , contre son attente peut-être, à la laisser inexpliquée. Le système du nerf vague, ajoute-t-il, est disposé pour l'expression du sentiment, et pour en donner la preuve ; il fait de la poitrine, par l'influence du même agent,

l'organe des passions, ce qui, dans le sens où l'on doit l'entendre, veut dire que les contractions musculaires respiratrices expriment nos penchans et nos plus secrètes pensées. De cette manière, assure-t-il encore, la poitrine est unie aux sentimcns par des rapports sem- * blables à ceux qui lient les organes des sens avec les idées des sensations. Ce langage ne saurait trouver d'approbateurs dans un siècle où la précision, la clarté, la propriété des termes sont, en semblable matière, les premiers besoins de l'esprit. Il est bien vrai que la respiration contribue souvent, par son agitation, à faire connaître les passions violentes, les émotions vives; mais c'est toujours le cerveau qui ressent ces impressions; il peut les communiquer à beaucoup d'autres organes qui les expriment sans Pintermédiaire de l'acte respiratoire.

L'ouvrage qui fait le sujet d'une partie de ces réflexions, est un mélange singulier de vérités et d'erreurs ^ de vues tantôt justes et ingénieuses, tantôt fausses, opposées aux phénomènes de l'organisation, et tout cela exposé sans méthode, tout cela comme jeté sur le papier et entassé confusément. Le lecteur y remarque la concordance établie entre les muscles de la respiration et ceux de quelques autres fonctions particulières; mais l'intérêt qui s'attache à ces considérations disparaît au moment où elles deviennent divagantcs. Les fonctions de la cinquième paire sont mieux expliquées, et sous ce rapport comme sous quelques autres, l'auteur a véritablement fait des découvertes utiles et neuves. Mais quand on donne autant de prise sur soi que je crois l'avoir démontré, on ne devrait pas se permettre de traiterSichat de médecin

populaire et presque d'ignorant; de qualifier les expériences de Legallois de manœuvres grossières ; de refuser à Gall des notions exactes sur les nerfs, le cerveau et le cervelet.

On ne trouvera, j'espère, dans cet examen aucun esprit de nationalité, et pourtant j'ai sur le cœur, je l'avoue, l'insulte faite si gratuitement à nos illustres compatriotes. Si l'auteur avait à se plaindre, comme on le dit, de quelques larcins que d'autres lui auraient faits, il fallait qu'il les nommât, et ne pas se venger sur ceux qui lui ont été plus utiles qu'il ne voudrait le faire croire. Mais nous voilà maintenant, Français et Anglais, tous amis; il ne faut pas conserver de rancune. Je désire même que l'on fortifie cette alliance qui doit faire disparaître les rivalités de nation, pour ne plus admettre dans la hiérarchie des sciences que des compétiteurs et des émules : les plus habiles y gagneront. Si M. Ch. Bell se fût borné à présenter des aperçus vrais, s'il n'eût pas voulu forcer les rapports organiques pour compléter un mécanisme respiratoire prétendu naturel , son œuvre eût été partout accueillie sans opposition. Telle qu'elle est, on devait en montrer les erreurs, combattre les fausses doctrines qu'elle renferme, tout en rendant justice au talent qu'on y reconnaît et au discernement quelque» fois si heureux qui distingue l'auteur.

et de l'encéphalite. 38q,

ARTICLE IV

Sympathies dirigées sur l'appareil de la circulation.

Le cœur possède en lui tous ses moyens d'action ; il n'avait pas besoin du concours de puissances motrices étrangères , de membrane tactile qui, à chaque nouvel abord du sang, fit sentir aux organes voisins l'impression qu'il en recevait; aucun agent conducteur des perceptions ne l'unit directement au cerveau; aucune de ses connexions ne nous fait connaître des relations qui devaient être toutes intérieures La force indispensable à l'exécution de ses mouvemens est tout ce qu'il emprunte à l'ensemble organique. Par la disposition de ses cavités, par ses rapports avec les gros vaisseaux dont elles sont comme le dernier développement, il forme un petit système presque indépendant et qu'animent des nerfs dont les communications centrales sont nombreuses. Cet arrangement des parties constituantes du cœur , pour l'exécution de ses mouvemens, est bien différent de l'appareil digestif, qui se compose d'un grand nombre d'organes ayant l'estomac pour centre ; bien différent aussi des appareils génito-urinaire et respiratoire, qui ont des muscles extrinsèques nécessaires à l'exercice de leurs fonctions.

Cependant le cœur n'est réellement qu'une partie du système circulatoire général, et sa principale fonction est l'impulsion qu'il imprime au sang. Les n -rfs

par lesquels il est mis en action se rendent, comme ceux des poumons, à la huitième paire et au grand sympathique. Ce rapport organique n'est pas le seul qui existe entre les deux viscères, puisque l'un ne peut, en outre, chez les sujets qui ont respiré, remplir ses fonctions sans l'autre. La circulation, à la vérité, appartient plutôt aux nerfs cardiaques qui correspondent au grand sympathique et qui prédominent sur ceux de la huitième paire. Il est même de remarque que la coopération de ceux-ci aux mouvemens de systole et de diastole est, chez certains animaux, assez secondaire pour qu'on n'ait pas observé de désordres bien considérables dans la circulation après la section de ces nerfs, qui sont plus indispensables à la respiration. Mais on ne concevrait pas le mouvement circulatoire, s'il n'était considéré dans tout l'arbre artériel et dans toutes les ramifications veineuses jusqu'à l'insertion de leurs troncs à l'oreillette droite.

Depuis long-temps l'expérience avait démenti l'ancienne théorie d'Harvey, presque adoptée parBichat, et d'après laquelle les divisions artérielles, jusqu'au système capillaire , auraient été des canaux à peu près inertes, transmettant au loin le liquide qui les parcourt en vertu d'un vis à tergo ; mais elle ne confirma pas davantage l'assertion d'Haller , portant que les fibres musculaires du cœur avaient en propre, indépendamment des nerfs , ce qu'il appela leur irritabilité , ou la propriété d'imprimer au sang une force d'impulsion. Il semblait que Legallois devait apporter plus d'exactitude dans la doctrine de la circulation , lorsqu'il essaya, afin de rallier l'action nerveuse à cette fonc-

ET DE t/eNCÉPH ALITE. 39 l

tion, d'entretenir la vie dans des thorax d'animaux r en liant les vaisseaux sanguins et en insufflant les poumons. Prolonger l'impression vivifiante du sang sur la moelle rachidienne par l'intermédiaire du cœur et de l'aorte, était ce qu'il se proposait de faire, mais les thorax qu'il soumettait à ces recherches n'étaient pas plus susceptibles d'être ranimés après la décapitation, que ne l'est toute autre partie séparée du corps. Cet infatigable investigateur, alors qu'il croyait découvrir la source d'où émanent les mouvez mens circulatoires, ne faisait, en effet, qu'assister aux derniers phénomènes vitaux qui s'éteignaient sous ses instrumens, sans qu'il pût en reproduire que par artifice quelques répétitions de plus en plus faibles ; et ses résultats furent même si contradictoires, qu'il se vit forcé d'en déduire la conséquence, que toutes les parties de la moelle peuvent entretenir les contractions du cœur : erreur grave, qui le mit en opposition avec les lois physiologiques , puisqu'elles prouvent que toute action nerveuse ne s'exerce que sur les parties inférieures. Toutefois, Legallois revient souvent sur une vérité que l'on ne doit pas perdre de vue, celle de l'indispensable nécessité de l'abord continuel du sang dans les centres nerveux pour la continuation de leurs fonctions.

L'action du sang sur les nerfs , et celle des nerfs sur les vaisseaux, servent donc également à l'entretien des fonctions. Ce n'est plus pour nous une supposition que l'existence primitive des nerfs dans les organes et leur développement simultané avec celui du cerveau; ce n'est plus une hypothèse douteuse que le même mode de formation des vaisseaux sanguins, artériels

3 p TRAITÉ DES PLAIES DE TÊTE

et veineux, se dirigeant vers le cœur; ou enfin que le perfectionnement des parenchymes sous l'empire de la force primordiale. Mais remarquons que c'est aux dernières limites des vaisseaux et des nerfs que l'impression vivifiante du sang peut atteindre la matière nerveuse, ou celle-ci les fibrilles vasculaires. Si nous examinons l'appareil circulatoire aussi loin que nos injections peuvent pénétrer, partout où des artères apparaissent dans les parenchymes et autres tissus, des veines et des nerfs les accompagnent. Le cerveau, régulateur de tant d'influences, ne fait pas exception à la règle commune, et déjà on a pu suivre assez loin des nerfs dans sa substance. Mais il faut remarquer aussi que les artères et les veines finissent toujours , en se rapprochant du centre, par ne plus former, pour chacun de leurs ordres, qu'un seul canal dont la capacité, quoique considérable, offre une différence immense , comparée à celle des autres canaux réunis. Il en est de même des nerfs qui se rassemblent en cordons et en plexus sur des lignes plus ou moins flexueuses, et parviennent ensuite, sous les plus petites dimensions possibles, au centre de toutes les relations vitales. Ces organes ont en outre cela de particulier , que beaucoup d'entre eux présentent sur leur trajet des renflemens quelquefois considérables, unis les uns aux autres ou sans connexion et destinés sans doute à former comme autant de batteries vitales d'où jaillit l'élément qui anime les parties inférieures. Le grand sympathique est un exemple frappant de cet accroissement de volume de la substance nerveuse, dans lequel différens rameaux inférieurs viennent se confondre , et d'où quelques autres, de moins en moins

et de l'encéphalite. 3g3

nombreux , se dirigent vers la tète jusqu'à ce qu'un seul filet corresponde avec le cerveau. Le même nerf forme le lon^ de la colonne vertébrale comme une chaîne dont les anneaux multiplient son action, chacun d'eux étant armé d'un conducteur qui répond a l'expansion médullaire. Peut-être Fanatomie parviendrat-elle un jour à démontrer que ces insertions rachidiennes communiquent l'une avec l'autre à la manière des ganglions intercostaux, et que l'appareil nerveux sympathique n'a, dans la composition du bulbe rachidien, qu'un rameau ordinaire de communication avec l'encéphale, semblable à celui qui, accolé à la sixième paire dans le canal carotidien, établit antérieurement le même rapport.

Quoi qu'il en soit, les radicules du grand sympathique s'élèvent d'une infinité de lieux et notamment des troncs et des branches du système artériel. Nos observations nous montrent la huitième paire plongée avec lui dans plusieurs viscères où. ses usages doivent être les mêmes; mais à la périphérie du corps et dans les membres, la fonction circulatoire semble plutôt le partage des nerfs du mouvement. Les muscles d'un membre paralysé sont fiasques, décolorés, amaigris; la chaleur de la peau y est moindre. La conséquence qui résulte de ces remarques est que la circulation emploie, dans chaque partie, les nerfs quels qu'ils soient qui s'y rencontrent, aussi bien que ses dérivés, la nutrition, les sécrétions et l'exhalation.

De ce Lie manière, le mouvement circulatoire devient une fonction de tout l'organisme. Nous ignorons ce qui se passe au delà des divisions capillaires des artères; mais soit qu'il y ait interruption de canaux r

3'j4 TRAITÉ DES PLAIES DE TÊTE

soit qu'il en existe d'un ordre nouveau, ou des porosités qui les remplacent, la même action nerveuse fait parvenir le sang jusque dans les veines et de là dans leur sinus central qui aboutit au cœur. Ainsi, des nerfs, des vaisseaux partout en mouvement dès les premiers temps de la vie ; des parenchymes, des tissus fibreux, osseux, cellulaires, n'admettant le sa#ng que lorsqu'ils ont préparé les voies qui doivent le recevoir ; une puissance formatrice rassemblant vers le centre ces élémens des organes ; le cœur, qui ne paraît d'abord qu'un point mobile , ayant bientôt plus de volume et des mouvemens plus saillans avant même que l'on distingue ses cavités; tous ces rouages, perfectionnés au terme de la naissance, et trouvant clans les parties, tantôt de nouveaux élémens de force, d'énergie, de célérité, tantôt des causes de modération ou de lenteur : telle est l'histoire abrégée de notre organisation dont le cerveau règle la constante activité.

Quelques idées traduites de la théorie d'Hall er sur le mécanisme de l'impulsion du sang sont une source d'erreurs qui semblent se perpétuer dans les écoles. L'oreillette droite serait, d'après le langage ordinaire, irritée par le sang qu'y déposent les veines caves, puis elle chasserait ce liquide dans le ventricule droit qui , irrité à son tour, le ferait entrer dans l'artère pulmonaire. La répétition de cet effet amènerait le sang des cavités gauches du cœur dans l'aorte. L'invraisemblance de cette hypothèse routinière sur la circulation devrait être signalée depuis long-temps. On n'ignore pas que les liquides animaux n'irritent jamais les parois des cavités qui les renferment ou des

canaux qui leur livrent passage , si ce n'est lorsqu'ils y restent stagnans ou qu'ils s'y altèrent; on n'ignore pas que l'irritabilité hallérienne n'est qu'un rêve des temps où les phénomènes vitaux commençaient à sortir de l'obscurité qui les enveloppait, et Ton continue de tracer sur le même canevas les préceptes d'une plus saine physiologie. On sait que le cœur arraché de la poitrine d'un animal vivant, continue d'exécuter pendant plusieurs secondes ou quelques minutes les mouvemens qui lui sont naturels : dira-t-on que le sang dont il est vide provoque ces mouvemens? Le contact d'une partie de la masse sanguine sur les colonnes cardiaques, pourrait-il faire comprendre comment se produisent les syncopes, les palpitations, beaucoup d'irrégularités du pouls et une foule d'autres affections qui, chez les personnes sensibles, résultent d'une impression morale? Puisque , dans ces cas, le trouble du cerveau agite et désordonné la circulation, suspend même les mouvemens du cœur, malgré la présence du sang dans ses cavités, il est évident qu'il faut le calme de l'action cérébrale pour rétablir le rhythme des contractions artérielles. Après tout ? si les parois du cœur ne se contractaient que parce qu'elles seraient irritées .> comme on le prétend, il faudrait que tout l'arbre artériel, qui oscille en même temps, éprouvât alternativement un semblable effet, afin de donner l'impulsion à une nouvelle quantité de sang. Or celui-ci ne stimule les organes que lorsqu'il s'y incorpore dans des routes dérobées à nos recherches. La circulation est donc un phénomène vital, universel, qui se refuse aux explications mécaniques, dans lequel le cœur, organe principal , partage, sans l'imprimer lui-même^

3oG TRAITÉ DES PLAIES DE TÈTE

le mouvement que tout le système artériel éprouve.

Ces notions nous expliquent pourquoi les irritations de la plupart des viscères et celies de l'extérieur sont si facilement et si promptement portées vers l'encéphale. En effet, cet organe doit participer aux lésions d'un système dont la large base tient de lui sa mobilité. Mais quand le cerveau est lui-même le siège d'une irritation ou d'une congestion , ii n'excite pas avec autant de facilité l'appareil sanguin. Le cœur n'est guère ému que dans les cas où les affections de la surface cérébrale sont accompagnées de douleurs : telles sont les inflammations qui suivent ordinairement les plaies de tète, ou les phlogoses plus circonscrites , lorsque l'individu est encore en état d'éprouver des sensations. La douleur indique toujours l'exercice des perceptions sensoriales ; et dans l'encéphale, comme dans les autres viscères, les irritations trop générales, ou n'éveillent qu'une sensibilité obtuse , ou n'en excitent aucune. Si les lésions sont peu étendues, faibles, lentes et surtout profondes , elles ne provoquent encore aucune douleur et restent apyrétiques.

Il est donc vrai de dire que la mobilité nerveuse est moindre dans les inflammations cérébrales que dans les autres. Les irradiations sympathiques sont alors plus vagues , plus incomplètes, en quelque sorte plus vacillantes que quand, étant d'ailleurs sain , le cerveau est excité par l'irritation de quelque autre organe. Elles deviennent presque nulles si une violente con-^ gestion envahit au loin sa substance et enraie ses fonctions ; et si alors l'influence cérébrale sur le cœur n'est pas négative, si les mouvemens circulatoires n'éprouvent aucune diminution , cela dépend sans doute

et de l'encéphalite. 3o,7

de ce que le cervelet étant intact suffit pour entretenir la force du pouls et l'intégrité de la circulation. Le cerveau ne cesse jamais complètement d'agir sans causer la mort; mais sa coopération aux mouvemens organiques peut être faible sans danger : ainsi notre existence est mise à l'abri des atteintes funestes que lui auraient portées toutes les affections cérébrales, si les mouvemens du cœur avaient été exclusivement soumis à l'action de l'organe atteint.

Le trouble de la circulation, provoqué par les inflammations cérébrales $ est toujours rendu commun à la respiration. Lorsque, aux approches de la mort, le cœur précipite ses mouvemens, on avait cru que cette accélération n'était qu'un effet mécanique produit par le passage plus rapide du sang dans le poumon et par l'augmentation de fréquence des dilatations de la poitrine; mais cette explication ne saurait être admise. La respiration, aux approches de la mort, n'est ni profonde ni complète ; le sang n'arrive plus qu'en médiocre quantité dans le poumon ; il en sort plus difficilement encore, et le cœur n'en reçoit qu'une quantité bien inférieure à celle que ses cavités pourraient contenir. Il n'éprouve manifestement aucune surcharge ; car le pouls devient de plus en plus petit et faible : tout annonce, 2u contraire, que le cœur, le poumon et les muscles thoraciques précipitent leurs mouvemens, parce qu'ils souffrent ensemble, parce que l'action nerveuse ne s'exerce" qu'en désordre dans leur tissu, parce qu'enfin l'encéphale tout entier, qui les tient sous sa dépendance, se détériore de moment en moment davantage et va bientôt cesser de les faire agir. C'est ainsi que s'enchaînent les actions sympathiques

des diverses parties du système nerveux central sur les organes les plus importans à la vie.

ARTICLE V

Sympathies dirigées sur l'appareil cutané.

Toute l'étendue de la peau se montre, dans certaines encéphalites, d'une sensibilité extrême au moindre attouchement , ce que témoignent les malades avec une sorte d'impatience, alors même que la plupart de leurs facultés intellectuelles sont anéanties. Les cas dans lesquels ce phénomène a été observé, ont généralement eu une issue funeste. L'ouverture des corps a semblé montrer à plusieurs personnes le cervelet et le prolongement rachidien , ainsi que leurs membranes, plus ou moins fortement enflammés; mais je pense que la cause d'une douleur aussi répandue provient uniquement de la phlogose de la moelle épinière, et que l'on s'est trop hâté de conclure, d'après quelques apparences peut-être illusoires, que cette exaltation de la sensibilité animale dépend de l'inflammation du cervelet. En effet, les symptômes particuliers que présentent les malades dont nous parlons sont ceux de la spinite, tels que la roideur de la colonne vertébrale, son renversement en arrière, la dureté," la douleur excessive et les convulsions des muscles de la partie postérieure du tronc et des membres. L'irritation de la moelle spinale, loin d'être une complication; peut

ET DE L'ENCÉPHALITE. 3q()

même constituer la lésion essentielle ou primitive d'où procèdent les accidens : en voici un exemple.

Observation XXX.

Coup de baïonnette dans le dos ; lésion de la [moelle; sensibilité excessive des té gumens ; mort le septième jour.

P. Nicolas, brigadier au régiment de dragons du Rhône , faisant partie d'un détachement de remonte , après s'être engagé dans une querelle, voulait échapper à quelques hommes de la garde venus pour l'arrêter. Poursuivi et atteint dans sa fuite, il reçut, entre la douzième vertèbre dorsale et la première lombaire, un coup de baïonnette qui blessa le prolongement rachidien. La douleur qu'il ressentit dans le moment fut si violente , qu'il resta sans se mouvoir sur la place , et qu'on dut le transporter sur-le-champ à l'hôpital de Strasbourg. La position horizontale, des lotions tempérantes, des saignées générales et locales, parurent d'abord calmer les accidens; mais dès le second jour et jusqu'à la mort, cet homme éprouva, dans toutes les parties inférieures à la blessure, des douleurs atroces et des contractures très violentes. La peau des régions inférieures du tronc et de la surface des membres abdominaux était tellement sensible qu'on n'osait la toucher, et que le blessé ne pouvait rester couché sur les côtés ni sur le dos : il était obligé de se cramponner à son lit, de soulever son bassin, de s'appuyer sur les poignets et les genoux, et de con-

server presque constamment cette position fatigante. Il succomba le septième jour, sans avoir présenté de paralysie des membres. Nous pûmes, après îa mort, constater Pexistence de Ja lésion de îa moelle épinière, et reconnaître les traces de l'inflammation à laquelle elle avait donné lieu. La phlogose occupait la substance nerveuse, ainsi que ses enveloppes, dans toute la longueur du canal vertébral; elle s'était même propagée au cerveau, dont les ventricules étaient remplis d'un liquide séreux , et la périphérie recouverte d'une exsudation purulente.

J'ai d'ailleurs rapporté d'autres observations qui prouvent que l'exaltation de îa sensibilité sur les plus larges surfaces appartient fort souvent à la surexcitation de la moelle, et que les mêmes phénomènes se reproduisent dans les cas où des divisions très secondaires du système nerveux sont le siège d'une même altération.

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