‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 122 sur 177 · AS · texte numérisé non relu

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opposées, très petites, nombreuses, ovales-pointues, éntières, blanchâtres, surtout en dessous.

Fleurs purpurines , disposées en épis allongés , terminaux (juillet-août); calice recouvert d'un duvet blanchâtre, campanulé , à 5 dents; corolle dont la lèvre supérieure est nulle, la lèvre inférieure grande, dressée, à trois lobes terminaux et deux dents pointues à sa base ; 4 étamines remplaçant la lèvre supérieure; style à stigmate bifide. %

Propriétés, usages. Le Marum est doué d’une odeur aromatique agréable, pénétrante , qui rappelle celle de la mélisse ou de la citronnelle, et d’une saveur amère, âcre et piquante. C’est un excitant à la manière de la sauge, du romarin , de la menthe, des Labiées, en un mot. (220), mais beaucoup moins employée. Cependant on a célébré ses merveilleuses propriétés. « Cette plante, dit Bodard, mérite le premier rang parmi les cordiaux. Son parfum suave et doux la rend supportable à presque toutes les constitutions ; on peut donc la considérer comme un médicament nervin, diaphorétique, diurétique, emménagogue, selon les organes atteints plus particulièrement de la faiblesse à laquelle il remédie. Succédané du camphre, dont 1l recèle une grande quantité, il s'oppose à la putridité, augmente la sécrétion de la bile, favorise les fonctions digestives, ranime l'appétit et remédie à la lenteur du système circulatoire. »

Le Marum a, de plus, été considéré par quelques médecins, au nombre desquels se trouve Hufeland, comme propre à guérir les polypes des fosses nasales, et surtout à en prévenir le retour, étant prise en poudre. « Une jeune paysanne de onze ans, rapporte J.-H. Kopp, qui en prit 3 à 5 prises par Jour, vit son polype disparaître le treizième jour; ayant reparu à quelques mois de là, le même moyen le fit disparaître de nouveau; mais le Marum fut continué cette fois après pour qu'il ne revint plus, ce qui arriva. » Reste à connaître la nature du polype, qui sans doute était muqueux.

Récolte. On peut recueillir la Germandrée maritime pendant toute la belle saison; sa culture n’a lieu que dans les jardins. botaniques, où on la recouvre d’un grillage, afin de la préser-

ver des ravages que lui causent les chats, animaux qui se roulent dessus { comme sur la cataire) avec une sorte de volupté furieuse. Sèche, cette plante ne perd rien de ses qualités et elle excite encore les chats à se vautrer dessus. Comme ses feuilles tombent en cet état, on la trouve presque toujours, chez les herboristes, réduite à des paquets de tiges fermes et ligneuses dans leur partie inférieure.

à PRÉPARATIONS, DOSES.

Infusion (feuilles) : 8 à 30 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 1 à 2 gr. dans du vin, du miel ou un électuaire. — On la prise

comme sternutatoire ou pour guérir les polypes muqueux des fosses nasales, Extrait: 1 à 2 gr., en pilules ou dans du vin.

MATRICAIRE. Matricaria parthenium, L.

Matricaire officinale, Espargoutte.

La Matricaire {pl. xz, 2) croît dans les champs, dans les décombres et le long des murailles, où elle est simple ; cultivée dans les jardins, elle s'y montre double.

Plante bisannuelle, de la famille des Synanthérées, tribu des Corymbifères (2357-40, O), ayant 30 à 60 cent. de hauteur environ, des tiges dressées, rameuses, cannelées, pubescentes ou glabres suivant la culture; des feuilles alternes, pétiolées, larges, pinnatiséquées, à segments ou lobes oblongs, obtus, inégalement incisés, dentés.

Fleurs en capitules nombreux, disposés en corymbe terminal (juin-août). Fleurons du centre jaunes et hermaphrodites à 5 dents ; demi-fleurons de la circonférence blanes, femelles, à 3 dents : dans les premiers, 5 étamines et 2 styles, etc. Involucre à folioles étroites ; réceptacle convexe.

Propriétés, usages. La Matricaire répand une odeur aromatique forte, désagréable, et sa saveur est amère-piquante très prononcée. C’est un médicament tout à la fois tonique, fébrifuge, stimulant-antispasmodique, emménagogue, antiventeux. Ses usages sont ceux de la camomille; mais lorsqu'il faudra agir plus particulièrement sur l'utérus, dont les fonctions seront ralenties ou suspendues par défaut de ton ou de vitalité générale, lorsqu'on aura à combattre les néyroses, telles que

l'hystérie, l’hypochondrie, la migraine, les spasmes, ete., on devra la préférer à cette plante. Le temps où l’on considérait chaque végétal comme possédant des propriétés spéciales pour telle maladie ou tel symptôme est passé; cependant il ne faut pas trop généraliser non plus ; et quand Chomel nous dit que, employée en cataplasmes, la Matricaire fait cesser ou calme la migraine, cela vaut au moins que nous expérimentions ce moyen avant de le condamner. — Selon Pauli, pour se mettre à l'abri des piqûres d’abeilles, il suffit de se munir d’un bouquet de cette plante odorante.

Récolte. L'époque de la floraison est celle de la récolte. On cueille les sommités en conservant une partie des tiges et des feuilles. La Matricaire simple est préférable à la double, qui cependant est, pour ainsi dire, la seule que l’on trouve dans le commerce. On la sèche comme la camomille.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [fleurs vertes) : 2 ou 3 piacées par kilog, d’eau. — (fleurs sèches) : 4 à 16 gr. et plus pour même quantité de liquide. Poudre : 1 à 4 gr. dans du vin, du miel, etc.

MATRICAIRE-CAMOMILLE. Matricaria chamomilla, L.

Camomille ordinaire.

… La Camomille ordinaire | pl. xz, 3 ) est donc une espèce du genre Matricaire, famille des Synanthérées, tribu des Corymbifêres (2357-40, O}, qui croît dans les moissons, les lieux pierreux, aux bords des chemins, etc.

Plante de 2 à 6 décim., à tige dressée , très rameuse supérieurement ou même dès la base, glabre; feuilles bi-tripinnatiséquées à segments étalés, plus épais et plus larges que ceux de la camomille romaine.

Fleurs en capitules nombreux, solitaires au sommet des rameaux ; fleurons jaunes, tubuleux, hermaphrodites, à limbe 5-lobé au centre du réceptacle, qui est conique-aigu et creux {1}; demi-fleurons blancs, femelles fertiles à la circon-

{1} Le fleuron représenté sur la figure est grossi d’une manière disproportionnée par rapport au demi-fleuron qui se voit à côté,

férence {mai-juillet). Involucre à foliolés oblongues, etc.

Propriétés, usages. Ce sont ceux de la camomille romaine. L'usage de cette plante comme stomachique , antispasmodique, fébrifuge et anthelminthique, remonte aux temps les plus reculés : c'était la camomille des anciens ; mais aujourd’hui elle est oubliée pour la camomille noble, dont l’arôme est plus prononcé et agréable et l’action plus marquée.

MÉLÈZE. Pinus larix, L.

Le Mélèze est un grand arbre qui croît dans les parties élevées des Alpes ; son tronc, droit, peut atteindre 25 mètres d'élévation. « Ses feuilles sortent par faisceaux de bourgeons écailleux et globuleux; elles deviennent alternes par l’allonsement du jeune rameau renfermé dans chaque bourgeon ; elles sont linéaires, pointues, assez molles , et tombent de bonne heure, caractère remarquable qui ne s’observe, parmi les Conifères, que dans ce seul genre, » auquel nous r'envoyons pour la disposition générale des organes fructifères (165, C).

Le Méléze fournit la térébenthine de Venise ou de Briançon, qui suinte des entailles que l’on pratique à son écorce, et dont nous parlerons lorsque nous ferons l’histoire du pin, qui produit, de son côté, une autre espèce de térébenthine, celle dite de Bordeaux.

La manne de Briançon provient aussi du Mélèze. Nous renvoyons à la médication purgative ce que nous avons à en dire.

MÉLISSE. Melissa officinalis, L.

Mélisse des jardins, Citronnelle, Citronade, Herbe dé citron, Piment des ruches, Ponchirade,

La Mélisse (pl. xuv, 2) croît dans le midi de la France, quelquefois aux environs de Paris, dans le voisinage des habitations ; mais on la cultive dans la plupart des jardins. C’est un genre de plantes de la famille des Labiées (449, J}, qui diffère du thym par son calice, dont l’intérieur est nu; de l’origan par ses fleurs, qui sont accompagnées de bractées et

réunies en tête.

Plante vivace, plus où moins pubescente ; tiges de 6-8 déc., dressées, rameuses, carrées et cassantes ; feuilles opposées, pétiolées, pslempeinites crénelées en scie, moins von en dessous qu'en dessus, un peu pubescentes.

Fleurs blanches ou jaunâtres, à courts pédoncules, disposées en verticilles ou glomérules axillaires, munies de bractées et regardant toutes du même côté (juin-septembre). Calice tubuleux à 2 lèvres, la supérieure tronquée, bi-dentée, l'inférieure à 2 dents plus longues et aiguës. Corolle à tube grêle, arqué, dépassant le calice; lèvre supérieure bifide, l'inférieure trifide, dont le lobe moyen est arrondi et plus grand que les autres (1); 4 étamines didynames, c’est-à-dire dont 2 sont plus courtes, rassemblées sous la lèvre supérieure ; ovaire quadrilobé, surmonté d’un style filiforme à stigmate bifide. |

Propriétés, usages. La Mélisse est très odorante; l’arôme de ses feuilles est agréable et rappelle celle du citron, surtout lorsqu'elles sont fraîches et qu'on les froisse entre les doigts ; leur saveur est aromatique, chaude, analogue aussi à celle du limon. Cette plante jouit d’une immense réputation comme tonique-stimulante et antispasmodique. Elle ranime les fonctions de l'estomac, remonte les forces générales, excite les actions vitales, et partant est très propre à dissiper les vertiges, la migraine, la défaillance, la syncope, les étourdissements par cause nerveuse, ou qui ne sont pas le résultat de la, pléthore.

À chaque page, pour ainsi dire, l’on trouve dans les ouvrages des auteurs qui ont précédé nos contemporains les mots de nervins, céphaliques et exhilarants. Pour faire comprendre le sens qu'on attachait à ces expressions et celui qu'elles doivent avoir encore aujourd’hui, nous citerons quelques fragments du passage qui à trait à ee sujet dans le Traité de thérapeutique de MM. Trousseau et Pidoux.

« Le mot nervin a constamment servi à désigner les agents

(1) La corolle détachée et ouverte que représente le dessin est privée de ses lèvres ; cette figure est spécialement destinée à faire voir les étamines.

qui refocillent directement et agréablement l'ensemble du système nerveux, ou plutôt encore quelque portion de ce système. Ce sont moins les névroses, l'élément spasme, qui en réclament l'emploi, que les débilités, les atonies des nerfs, surtout des nerfs encéphalo-rachidiens... Les nervins sont donc des médicaments qui ont la propriété de réveiller et de maintenir l'action nerveuse des organes et des appareils de la vie de relation, et c'est surtout en les appliquant directement aux parties débilitées elle-mêmes qu'ils ont la réputation d’être utiles, bien que leur usage interne et les effets qu’ils produisent par l'intermédiaire de la circulation aient très souvent été utilisés dans le même but. Leur emploi externe s'étend aussi à toutes les névralgies des membres et des organes des sens. »

« Sans doute, ajoutent ces auteurs, les progrès de l’anatomie pathologique ont dû considérablement limiter le nombre des cas où l'usage des nervins paraissait autrefois indiqué. C'était surtout dans les paralysies des mouvements volontaires et des organes des sens qu’on administrait ces médicaments, et les recherches modernes n'ont laissé à la plupart de ces paralysies que le rang de symptôme d’affections organiques le plus souvent inamovibles de l’encéphale. Mais il ne faut pas s'autoriser de cet important progrès pour repousser d'une manière absolue les modificateurs du système nerveux.

« Si la qualification de céphalique devait s'étendre à tous les médicaments qu'on peut employer dans les maladies de la tête, il faudrait l’exclure à jamais du langage médical; mais si on veut bien la restreindre à quelques agents thérapeutiques qui, par la voie de l’olfaction, et plus rarement par la bouche, dissipent facilement et d'une manière instantanée et directe bon nombre de céphalalgies, mais surtout qui stimulent rapidement et agréablement le cerveau, en tant surtout qu organe servant à la manifestation des facultés du principe pensant, cette qualification pourra être tolérée sans inconvénient. Or, sans qu'ils aient jamais ainsi formellement énoncé l'espèce de propriétés que nous reconnaissons ici aux médicaments céphaliques, les auteurs qui se sont servis de ce mot lui ont implicitement assigné le sens que nous venons de dire. Il est

évident que, pour agir de cette facon, les céphaliques doivent être doués d’une odeur agréable et en même temps un peu diffusible et pénétrante, et, sous ce rapport, la Mélisse tient un des premiers rangs : l'immense réputation de la fameuse Eau des Carmes en fait foi.

«“ Reste à parler de la propriété exhilarante attribuée à certains médicaments. Cette expression a encore plus vieilli que les deux précédentes. Elle porte avec elle sa définition et équivaut à celle de médicaments réjouissants. Existe-t-il des agents autres que les alcooliques capables de produire la gaîté, de dissiper l'ennui, d'ouvrir à l'imagination un avenir tout plein de délicieuses illusions, etc.! Nous n’oserions pas le prétendre. Tous les remèdes qui soulagent ou rétablissent la santé sont bien suivis de ces heureux effets, et rendent au malade la joie et l'espoir ; maïs il ne s’agit pas ici des moyens quelconques qui dissipent la tristesse en faisant cesser un état morbide qui l'avait produite. Pour mériter le titre d’exhilarant, un médicament doit réjouir l'âme directement, d’une manière comme spécifique, et lorsque les affections tristes, mélancoliques, sont, si on peut ainsi parler, essentielles, idiopathiques. Ces remèdes seraient, par conséquent, principalement applicables au traitement des atrabilaires, des hypochondriaques …

« Quoi qu'il en soit, la Mélisse est annoncée par un grand nombre de très anciens auteurs comme par beaucoup des plus modernes pour un des meilleurs exhilarants. Sérapion prétend « qu'elle ôte toutes inquiétudes et imaginations du cerveau «et principalement celles qui procèdent d'humeurs mélancoli- “ ques; » Avicenne, « qu’elle réjouit le cœur et fortifie Les esprits « vitaux... »

« Ilest au moins sans inconvénient de prescrire l'infusion de Mélisse ou quelques gouttes d'eau des Carmes dans un verre d'eau sucrée contre les divers accidents cérébraux ou hypochondriaques que nous venons de mentionner... Nous croyons aussi par analogie pouvoir en recommander l'usage aux vieillards dont les facultés intellectuelles vacillent et s’affaissent comme les membres, comme toutes les fonctions qui

dépendent de l'encéphale. La mélisse bâtarde, la cataire, le basilic, sont les labiées les plus rapprochées de la Mélisse par leurs propriétés » (Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique).

Récolte. La Mélisse se cueille en mai; si on la récolte plus tard, il faué avoir soin de la choisir encore en fleurs ; dans tous les cas, celle qui est bien garnie de fleurs et qui n'est point trop grande est la meilleure. On la sèche entière, sans les raeines pourtant, après l'avoir mondée et disposée en guirlandes. Après la dessiccation, son odeur à diminué, mais sa saveur citronnée caractéristique reste prononcée.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion : 4 à 12 gr. par kilog. d’eau, — « Des médecins recommandables disent en avoir conseillé avec succès l’usage, le matin à jeun, et en guise de thé, aux vieillards gras et apathiques. »

Eau distillée : 30 à 125 gr. en potion,

Alcoolat [sommités récentes de mélisse, 1; alcool à 80 (31 cart.), 3; eau distillée de mélisse, 1 ; faites macérer pendant 4 jours et distillez pour retirer 5 parties 172 d’alcoolat) : 2 à 8 gr. en potion.

Alcoolat composé (Eau des Carmes) : 1 à 4 gr. en potion ou sur un morceau de sucre imbibé. L'Eau des Carmes est composée de plusieurs autres médicaments plus excitants que la mélisse, et doit être considérée comme un stimulant

beaucoup plus fort que ne pourrait être une préparation de cette plante.

La Méuisse BATARDE (pl. xvu, 5) (Melitis melissophyllum ), Mélisse sauvage, Mélisse des bois ou des montagnes, Mélisse puante, Mélissot, est une plante de 30 cent. au plus, à tige simple, carrée, velue, dressée; à feuilles grandes, ovales-aiguës, crénelées, atténuées en pétiole. — Fleurs blanches, 1-2 à l’aisselle des feuilles ; calice plus grand que le tube de la corolle à 3-4 divisions; corolle tubuleuse {labiée); lèvre supérieure entière, l’inférieure trilobée; 4 étamines didynames, etc. (mai-juin). Racine noueuse, traçante.

Cette plante s'emploie dans les mêmes cas que la précédente, dont elle possède les propriétés à un plus faible degré cependant. Son odeur citronnée est moins agréable, et la saveur de ses feuilles laisse dans la bouche une légère amertume aromatique.

MENTHE POIVRÉE, Mentha piperila, L.

Menthe, Menthe anglaise.

La Menthe poivrée (pl. xt, 5) est originaire de la Grande- Bretagne; elle croît naturellement dans quelques parties des Pyrénées, quelquefois dans le voisinage des habitations, mais elle est fréquemment cultivée dans les jardins. Genre de la famille des Labiées (249, H), elle présente les caractères spécifiques que voici :

Plante de 40 à 60 cent., légèrement pubescente, à tiges droites, quadrangulaires et fermes, à rameaux opposés et axillaires (1); feuilles opposées, oblongues-lancéolées, pétiolées, dentées en scie, d'un vert foncé en dessus, plus pâle en dessous.

Fleurs violacées ou rougeâtres, disposées en glomérules munis de bractées étroites, petites, et formant un épi court et serré à la partie supérieure de la tige (juillet-septembre). Calice campanulé-renflé à 5 dents linéaires ; corolle infundibuliforme à 4 divisions égales, la supérieure un peu plus large et échancrée; 4 étamines divergentes plus courtes que la corolle, quelquefois la dépassant un peu. Ovaire à 4 lobes, style à 2 stigmates. |

Propriétés, usages. « La saveur de cette labiée est très aromatique, chaude, poivrée et camphrée, laissant dans la bouche une sensation de frais très prononcée et fort agréable ; son odeur est très diffusible, balsamique, intense, et cette propriété lui reste entière après la dessiccation: La Menthe poivrée contient une huile essentielle extrêmement abondante et une quantité considérable de camphre. »

On peut l’employer avantageusement comme tonique, stimulante, antispasmodique, emménagogue, vermifuge, carminative, etc., suivant les cas. Ainsi elle ranime les fonctions digestives dont la lenteur et la débilité ne dépendent pas de l'inflammation: elle combat les fièvres nerveuses primitives (maladies d’ailleurs rares et d’un diagnostic difficile), ainsi

{1} On n’a représenté qu’une sommité fleurie,

que les fièvres typhoïdes revêtant la forme nerveuse; elle est recommandée surtout comme antispasmodique et médicament diffusible dans les gastralgies, les palpitations, les tremblements nerveux, les migraines, etc., chez les jeunes filles chlorotiques, dans les cas de menstruation difficile avee coliques, frissonnements, spasmes; enfin la Menthe est indiquée dans les flatuosités, les météorismes nerveux de l'hystérie et de l’hypochondrie, et son usage procure quelquefois l'expulsion des vers intestinaux. ;

Quelles sont les propriétés qu'on n’a pas attribuées à cette plante? Son infusion chaude est encore excellente dans la période du froid des fièvres intermittentes, au début du choléra, dans tous les flux excessifs qui paraissent être dominés par un état spasmodique et nerveux grave et profond, et au milieu desquels surviennent rapidement la réfrigération, la petitesse et l'irrégularité du pouls, une grande inertie des fonetions respiratoires, l'extinction de la voix, le sentiment d'une chaleur brûlante concentrée dans quelque cavité splanchnine, des contractures ou des convulsions partielles, etc. (Trousseau et Pidoux).

La Menthe est anaphrodisiaque, selon Hippocrate, Aristote, ete., et la grande quantité de camphre qu'elle contient légitime cette opinion. Mais pourquoi Dioscoride et, après lui, Galien, en ont-ils parlé plus tard comme d’une plante qui incite au jeu d'amour ? Ces deux manières de voir, quoique opposées, ont quelque chose de juste; car Hippocrate dit qu’elle diminue les désirs vénériens lorsqu'on en fait souvent usage, cas qui permet, en effet, au camphre de porter son action sur l'appareil génital; d'un autre côté, si on n'en prend qu'en passant ou qu'à de longs intervalles, elle peut exciter cet appareil par ses propriétés naturelles et par l'effet de l'idiosyncrasie du sujet.

Dès la plus haute antiquité, la Menthe a été signalée comme diminuant la sécrétion laiteuse. Suivant Desboïs de Rochefort, prise en infusion et appliquée en fomentation sur les seins, elle empêche une nouvelle sécrétion de lait et s’oppose aux accidents des affections dites laiteuses, accidents

mal déterminés et maladies non généralement admises. Linné et plusieurs autres auteurs affirment que les vaches qui mangent de la Menthe dans les pâturages ont un laït plus séreux. Ce qu'il y a de certain, disent MM. Trousseau et Pidoux, c'estque la coagulation du lait est retardée lorsqu'on y dépose quelques feuilles de Menthe. On peut donc conseiller cette plante aux nourrices à l’époque du sevrage, pourvu toutefois qu’elles ne satisfassent pas l'appétit que ce médicament ne manquera guère de développer par son action tonique et stomachique.

On a proposé des lotions avec une infusion très chargée de Menthe poivrée pour guérir la gale : ce moyen n'est pas à dédaigner. Nous avons mentionné d’autres usages, qui lui sont communs avec la plupart des Labiées (220-214).

Récolte. Le moment de la faire est le mois de juillet. On

emploie la plante beaucoup plus souvent sèche que fraîche. On"

doit opérer sa dessiccation promptement. Il faut rejeter cette

plante sèche si les épis ne sont plus rouges ni les feuilles vertes, si l'odeur et la saveur, qui se conservent parfaitement, sont équivoques ou faibles.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (sommités sèches) : une pincée chaque fois pour 1 ou 2 tasses d’eau chaude et sucrée. — Infusion plus chargée pour fomentations contre la sécrétion laiteuse, la gale, sur les contusions, les ecchymoses.

Eau distillée : 30 à 125 gr. pour véhicule de potions

Sirop 30 à 60 gr. comme édulcorant.

Huile essentielle : 1 goutte sur un morceau de sucre qu’on fait prendre aux femmes dans les accès d’hystérie, — Le Dr Duval prétend que le meilleur moyen de faire cesser la syncope est de frictionner les gencives avec quelques

gouttes d’essence de menthe.

Pastilles de menthe : tout le monde sait qu’elles doivent leur saveur à l'essence

de cette plante.

La Menthe estun genre de plantes nombreuses en variétés, qui toutes possèdent les propriétés de la Menthe poivrée, mais à un degré moindre. Elles lui sont d’ailleurs très voisines par leurs caractères physiques.

La MENTHE sauvAGE (Mentha sylvestris) où Baume, Menthe

ee” 482 PLANTES MÉDICINALES.

vulgaire, estune plante tomenteuse-soyeuse, feuilles at 4 blanches à la face inférieure ; glomérules de fleurs nombreux, axillaires et soutenus par des bractées linéaires Monts en épis cylindriques allongés très compactes. Corolle d’un rose pâle, s'ouvrant en juillet-septembre.

La MENTHE ÉLÉGANTE (| Mentha safe) est une plante à odeur très pénétrante , glabre ou ne présentant que quelques poils épars sur les nervures des feuilles. Tige raide, rougeâtre.

Croîtle long des chemins, sur le bord des champs; est cultivée dans les jardins , et fleurit en juillet et août. bai

La MENTHE VERTE (Mentha viridis) ou Menthe de Notre- Dame, M. à feuilles étroites, ete., est presque glabre, très odorante , à feuilles vertes sur les deux faces, plus étroites ; à épis plus allongés, plus pointus.

Ya «

La MENTHE CRÉPUE où FRISÉE (Mentha crispa) a 60 centim. environ, des tiges dressées , rameuses, velues; des feuilles assez grandes , cordiformes , ondulées et très crépues ; racines fibreuses à jets rampants. On la vend souvent pour la Menthe poivrée qu’elle remplace assez bien, sauf qu'elle est moins CARRE et antispasmodique.

La MENTHE AQUATIQUE | Mentha aquatica), où Baume d'eau, se trouve dans les lieux humides et marécageux, où elle est vivace; ses tiges, hautes de 45 à 50 cent., sont carrées, velues ; ses feuilles pétiolées , ovales , dentées , aiguës, d'un vert pâle; ses fleurs plus grandes, pourpres ou d'un violet air, disposées en têtes terminales arrondies.

MEUM. Athamentha meum, L. :

Fenouil des Alpes, Æthuse à feuilles capillaires.

C’est une Ombellifère (248) à tiges cannelées, un peu rameuses, hautes de 30 centim. environ; feuilles tripinnatiséquées, à découpures capillaires plus fines que celles du fenouil. Racine grosse comme le doigt. — Fleurs blanches petites , en ombelles terminales, avec involucreetinvolucelles de plusieurs folioles linéaires, Chaque tige porte 3 ou 4 ombelles dont une

seule est fertile, celle du milieu, les autres étant mâles et” se 6 stériles,par avortement du pistil.

Propriétés. Cette plante, qui croît dans les Alpes , les Pyrénées , les Vosges , etc., où elle fleurit en juin et juillet , est douée d’une odeur diffusible pénétrante lorsqu'on l’écrase, et d'une saveur aromatique âcre , plus prononcée encore dans les graines. On a employé ses racines comme excitant aromatique , dans les atonies, les flueurs blanches, les fièvres intermittentes ; mais ce médicament est aujourd'hui délaissé -quoiqu'il fasse partie de la thériaque.

MILLEFEUILLE. Achillæa millefoliüm, L.

Herbe aux coupures, Herbe aux charpentiers, aux voituriers, Herbe militaire, Sourcil-de- Vénus, Achilléine. ete.

La Millefeuille (pl. xL, 5) est très commune dans les lieux iucultes, les prés secs et les champs où elle fleurit tout l'été; quelquefois elle est cultivée dans les jardins. Elle appartient aux Synanthérées (2357-50 , T |.

Plante vivace de 60 centim environ, à tiges dressées, raides, cannelées , simples, excepté en haut où naissent les rameaux de l'inflorescence. Feuilles longues et étroites, molles, pubescentes, bipinnatiséquées, à segments trè$ nombreux, linéaires et courts-mucronés. |

Fleurs blanches ou d'un rose lilas sdisposées en capitules très petits et nombreux qui forment es corymbes terminaux compactes (juim-octobre). Fleurons du centre tubuleux , hermaphrodites , très petits, au nombre de 6-8 environ , à limbe 5-lobé ; demi-fleurons de la circonférence femelles et fertiles, à3 dents dont la moyenne.est peu distincte, au nombre de 5 le plus souvent et ayant la languette écartée en dehors , de manière que le capitule a l'apparence d’une fleur à 5 pétales blancs, avec des parties jaunes au milieu, quoique les fleurons et les demi-fleurons soient de même couleur. Involucre allongé (1) composé d'écailles imbriquées ; réceptacle presque plan. Akènes ovoïdes dépourvus d’aigrette.

{1} Qui ne se voit pas sur la figure. :

= Propriétés, usages. La Millefeuille a une odeur aromatique qui n'est pas très agréable; sa saveur est amère , un peu acerbe , plus prononcée dans les fleurs que dans les feuilles. Elle est sur la limite des toniques-amers et des toniques-stimulants; elle peut aussi être considérée comme astringente, antispasmodique ; et, si l’on s’en rapporte aux éloges qu'en ont faitles médecins de l'antiquité , elle serait bonne dans les flux muqueux et sanguins , la phthisie , les suppressions, les maladies nerveuses, les coliques d'estomac, celles de la matrice après l'accouchement , celles qu'occasionne la gravelle , et surtout dans le pansement des plaies.

Au fond de tout cela , la Millefeuille possède-t-elle des propriétés confirmées par l'expérience ? Son action tonique peut être mise à profit dans la débilité des fonctions , les fièvres intermittentes ; elle paraît être efficace dans la leucorrhée , les hémorrhagies utérines , les cours de ventre ; puis comme elle est légèrement stimulante, elle peut, par l'effet de l'idiosyncrasie des malades, agir sur le système nerveux comme antispasmodique, sur la matrice comme emménagogue, tandis que, chez d’autres femmes, elle provoquera peut-être une suppression des menstrues à cause de son astringence.

M. le docteur Richart, de Soissons , a essayé de réhabiliter Ja Millefeuille en publiant le résultat de ses expériences (Abeille médicale, année 1850). H la regarde comme très utile dans les fièvres éruptives , les menstruations difficiles et douloureuses , ete. « Son infusion, dit-il, est un puissant calmant du système nerveux; elle calme la douleur sans augmenter l'inflammation et fait cesser la fièvre symptomatique ; ces heureux effets me l'ont fait adopter comme boisson principale chez toutes les femmes en couches, disposées généralement aux irritations nerveuses et aux inflammations. J'en fais aussi un heureux usage au début des maladies , durant le trouble nerveux qui les précède, et souvent cette infusion a suffi pour rétablir la santé. » Le même praticien ajoute qu'il. a eu beaucoup à se louer de l’usage de l'infusion et de la décoction de Millefeuille, qu'il employait en boissons, lavements,

. . » , L+ 4 S # topiques et bains d'enveloppe, dans une épidémie de dyssenterie très grave.

C’est principalement à titre de vulnéraire et cicatrisante que la Millefeuille à acquis de la réputation , nous ne dirons pas parmi les médecins, mais parmi les campagnards. Appliquées sur les plaies etles coupures, ses feuilles constituent un remède populaire qui certainement a plus contribué à retarder les cicatrisations qu'à les favoriser. Nous ne pouvons trop le répéter, ce n’est qu'exceptionnellement et chez les sujets très Iymphatiques que les plantes de la nature de celle-c1 offrent quelque utilité dans le pansement des solutions de continuité.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [sommités fleuries) : 2 ou 3 fortes pincées par kilog. d’eau.

Feuilles (pilées) : on en applique une quantité voulue sur les coupures et les plaies ; —{cuites) : appliquées de la même manière. Elles neretardent pas asser la guérison pour ne pas conserver leur vieille réputation de cicatrisantes.

« Ces feuilles légèrement pilées et mises dans le trou de l'oreille calment souvent-la douleur de dents : c’est un remède éprouvé par des praticiens dignes de foi » [Chomel).

Décoction : « Simon Pauli assure avoir connu des femmes enceintes qui s’étaient garanties de l’avortement par l’usage de cette décoction. »

Suc : « Six onces, dit encore Chomel, avec autant de celui d’ortie [U. dioica), prisen 2 doses, à 1 heure l’une de l’autre, m’ont réussi plusieurs fois pour arrêter une hémorrhagie survenue par l’ouverture de quelque vaisseau sanguim qui se dégorgeait dans le canal intestinal.

MILLEPERTUIS. Hypericum perforatum, L.

Millepertuis commun ou ordinaire, Herbe de Saint-Jean, Herbe aux piqûres, Trescealan Chasse-Diable.

Cette plante | dont une sommité fleurie est figurée (pl. xxrv, 6), se trouve dans les endroits secs, les lisières des bois, aux bords des chemins où elle est vivace et fleurit en juin-août. Elle constitue le genre type des Hypéricacées (326, A) et présente les caractères spécifiques suivants :

Tiges de 3-8 décim., dressées , fermes , ordinairement rameuses , rondes, avec des entre-nœuds , offrant deux lignes peu saillantes ; feuilles opposées , oblongues , à points trans-

parents nombreux , dus à des vésicules remplies d'huile essentielle , présentant des nervures transparentes.

Fleurs jaunes, en panicules terminales multiflores ; 5 sépales linéaires-pointus ; 5 pétales longs, marqués sur les bords de très petits points noirâtres ; étamines nombreuses, hypogynes, saillantes, dont les filets sont réunis par la base en 5 faisceaux. Ovaire libre à 3 loges ; 3 styles divergents, à stigmate simple ettrès petit. Capsule à 3 loges polyspermes, trivalve. .

Propriétés,usages. L'odeur du Millepertuis estpeuprononcée, à moins qu'on ne froisse les feuilles entre les doigts ; sa saveur est amère, styptique , un peu résineuse et salée. Cette plante est une de celles qui ont reeu le plus d'éloges et auxquelles les anciens se sont plus à accorder une foule de propriétés imaginaires et contradictoires. Il est arrivé ce qui ne manque jamais de se produire en pareil cas : c’est qu’à Fengoûment exagéré a succédé l'abandon complet et peut-être injuste ; car, disent Mérat et Delens, « il serait utile de s'assurer par des expériences nouvelles et bien faites des propriétés réelles de cette plante active et si répandue chez nous. »

Quoi qu'il en soit, le Millepertuis est un stimulant balsamique qui paraît agn: sur le système broncho-pulmonaire et sur l'appareil urinaire , suivant les circonstances. M. Cazin dit l'avoir employé avec avantage en infusion dans les affections catarrhales pulmonaires chroniques, dans l'asthme et même la phthisie ; il l’a souvent mêlé à la racine d’aunée, au lierre terrestre, au lichen pulmonaire ou au lichen d'Islande , dans les maladies chroniques de la poitrine. « Les cas où ces combinaisons sont indiquées , ajoute ce praticien avec raison, ne peuvent s’apprécier qu'au lit des malades ; les principes généraux s'établissent, en thérapeutique, dans les livres; l'application de ces principes subit les modifications suggérées par l'état particulier du sujet, etc est ce qui constituelapratique.»

Le Millepertuis peut encore être très utile dans les catarrhes de vessie, du vagin et de l'urètre, lorsque l’eau de goudron et la térébenthine ont l'inconvénient de eauser un surcroît d'imitation : cette action favorable s'explique par ses

propriétés résineuses. Dioscoride, Etmuller et une foule d'autres considéraient cette plante comme un puissant diurétique propre à guérir l'ischurie, la néphrite calculeuse , mais ces vertus touchent au côté fabuleux de son histoire, ainsi que celles prétendues vulnéraires et cicatrisantes. — Dirons-nous enfin qu'on à prescrit la tisane de Millepertuis pourrappeler l'écoulement menstruel, et même pour ranimer le travail de l'enfantement et favoriser la délivrance.

Récolte. Il faut choisir les sommités qui n’ont pas les fleurs complétement ouvertes. On sèche la plante entière, privée de ses racines seulement; après la dessiccation, on lui retrouve toutes ses propriétés. En vieillissant les feuilles jaunissent et les fleurs perdent de leur couleur.

PRÉPARATIONS , DOSES

Infusion [sommités fleuries) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Eau distillée : 30 à 125 gr. en potion.

Huile d'hypericum [de fleurs de millepertis) : employée à l'extérieur à dose

volontaire dans les cas de contusions, de plaies : remède autrefois très vanté, mais qui est réellement sans effet.

Les feuilles et les fleurs macérées dans l’huile d’olive passaient jadis pour un excellent vulnéraire, très propre à favoriser la cicatrisation des plaies simples et des ulcères.

Suc : Haller dit que ce suc tiré de l’herbe broyée et infusée dans le vin lui paraît mériter la préférence comme vulnéraire-cicatrisant,.

MOUTARDE NOIRE. Sinapis nigra, L.

Sénevé,

On rencontre cette plante dans les lieux incultes un peu humides, dans les terrains arides et pierreux, les décombres dans les îles de la Marne, aux environs de Paris, etc. Elle est bisannuelle, cultivée pour l'usage culinaire et pour les besoins de la médecine. Elle appartient aux Crucifères, et constitue un genre de plantes dont nous avons indiqué les caractères (292, K).

Tige dressée, rameuse , de 60 à 90 cent. d'élévation, glauque et glabre ; feuilles grandes , sessiles, lyrées , les supérieures entières, lancéolées. — Fleurs jaunes, petites, en

488 PLANTES MEDICINALES.

longues grappes terminales, s'ouvrant en juillet et août. Siliques grêles, dressées et appliquées contre la tige.

Propriétés, usages. Les semences sont les seules parties employées. Entières, elles sont inodores, mais lorsqu'on les brise elles répandent une odeur assez forte, pénétrante. Elles fournissent une farine d’une couleur jaune verdâtre, mêlée de petits points noirs provenant de l'enveloppe et dont l'aspect est huileux, etc.

Les graines de moutarde contiennent pour éléments principaux de leur composition : sinapisine, matière blanche cristallisable particulière ; huile fixe, albumine, matières colorantes, ete. Aucun de ces produits ne possède l'âcreté si remarquable qu’on leur connaît,|parce qu'en effet cette àâcreté est due à l'huile volatile qui se développe par la réaction des divers éléments les uns sur les autres, lorsqu'on y ajoute de l'eau surtout.

La Moutarde noire est tonique, stimulante , antiscorbutique et purgative, selon les doses ; mais son emploi est presque exclusivement consacré à la médication externe, où elle agit comme rubéfiante. — Cependant on a reconnu que ces semences produisent quelquefois de bons effets dans les fièvres intermittentes, les fièvres putrides, les atonies, les affections scorbutiques, les engorgements atoniques , les hydropisies , certains catarrhes chroniques du poumon. En parlant des préparations et doses de ce médicament, nous reviendrons sur ce sujet; mais nous dirons de suite que , suivant Ray, la Moutarde pulvérisée et mêlée dans du vin blanc sauva la vie à un grand nombre de malheureux atteints du scorbut pendant le siége de La Rochelle. « Je l'ai employée, dit M. Cazin, dans un cas de scorbut très grave, chez un enfant de 14 ans, que Bavre, maire du village de Parenty, me présenta au printemps de 1842. Cet enfant, appartenant à une famille indigente, avait des hémorrhagies nasales continuelles et très abondantes, les gencives engorgées et saignantes, le corps couvert de taches , d'ecchymoses , la face jaune et bouffie, le pouls faible etles pieds œdémateux. Désirant satisfaire à l'indication la plus pressante, celle de modérer les hémorrhagies,

je fis administrer à ce malade une forte décoction d’écorce de chêne par demi-tasses fréquemment répétées. L'écoulement du sang diminua de moitié environ dans l’espace de 5 jours ; mais il fallait attaquer le scorbut. Je préparai à eet effet la bière sinapisée (32 gr. de semence de moutarde concassée dans 1 kil. de bière), que je fis prendre à la dose de 4 à 5 onces par jour. L'amélioration se manifesta dès les premiers jours. Les taches scorbutiques s’effacèrent graduellement, les hémorrhagies s’éloignèrent et cessèrent enfin, et au bout de 40 à 50 jours de l’usage du médicament, l'enfant fut complétement rétabli. »

Les usages externes de la Moutarde sont généralement connus. L'on fait avec la farine de la semence délayée dans l'eau des cataplasmes appelés sinapismes qu’on applique sur la peau pour y appeler la chaleur, un certain degré d’excitation, dans le but d'opérer une révulsion.

Les indications des sinapismes sont très nombreuses. On les applique : 1° sur les points pleurodyniques {affections rhumatismales douloureuses des muscles de la poitrine), et sur les parties quelconques qui sont le siége de douleurs de même nature; 2° aux Jambes , aux cuisses, dans les cas de conges= tion vers la tête, dans la dernière période des maladies pour ranimer les malades, ou lorsqu il est nécessaire de provoquer une éruption qui tarde trop à se faire, d’arracher un malade à l'engourdissement comateux des fièvres typhoïdes graves, de la fièvre cérébrale, de l’empoisonnement par les narcotiques, ete.; 3° on les promène sur la surface du corps pour réchauffer les malades atteints de choléra, pour soulager les asthmatiques dans leurs accès de suffocation, etc., ete.

Les varices, les infiltrations séreuses , les irritations dartreuses de la surface cutanée, ete., sont des contre-indications à l'emploi des sinapismes.

Que si ces topiques, appliqués pendant trop longtemps ou sur des parties trop sensibles, ont occasionné de la rougeur et des douleurs vives, des excoriations, la vésication même, MM. Trousseau et Pidoux proposent l'application d'un cataplasme de mie dé pain délayée dans une décoction concentrée

de plantes nareotiques, ou mieux celle d'un linge enduit d'une couche légère du topique suivant :

Ongaent populeum .,.:. . + . .,,15 gr.

Extrait de belladone . RUN ” Extrait de datura stramonium . . .$de chaque 30 cent

xtrait de jusquiame [La

Récolte. Toute la graine de Moutarde que l’on trouve dans legommerce est due à la culture, qui est très facile. La meil= leure est celle qui est piquante, chaude et amère au goût, pesante et noire. La farine se présente, comme nous Pavons dit déjà, avec une couleur jaune mêlée de points noirs ; elle répand une odeur d'autant plus prononcée qu'elle est plus récente : aussi est-il très important de ne la préparer qu'au fur et à mesure des besoins, ou de la demander dans les pharmacies qui peuvent en avoir un plus grand débit,

PRÉPARATIONS, DOSES

Graines (entières) : 10 à 15 gr. comme excitañtes, stomachiques ; et comme fébrifuge à la dose de 4 à 5 cuillerées administrées dans la pyrexie (Bergius, 1, Boerhaave), moyens infidèles et non sans inconvénients graves, malgré

rité de ces médecins.

. — {concassées) : 15 à 30 gr. comme purgatives. à Décoction (graine concassée) : 15 gr. pour 750 gr. d’eau. Le Dr Savy, de Lodève, l’employait avec succès dans une épidémie de fièvre putride maligne, précédée ou non de vomitifs : les malades en prenaient une demi-tasse à café de demi-heure en demi-heure. — Cette décoction a réussi à M. Cazin contre les vers lombrics.

Bière sinapisée [32 gr. de moutarde dans 1 kilog. de bière) : 125 à 160 gr. par jour comme antiscorbutique puissant [Cazin).

Huile volatile : l'application d’un morceau de flanelle imbibé d'un mélange de 1 partie de cette essence sur 20 d'alcool produit en 2 ou 3 minutes une très vive rougeur à la peau, voire même la vésication.

Poudre où farine : on en met de 50 à 200 gr, dans un pédiluvé où un manuluve pour le rendre irritant,

— On en délaie une quantité voulue dans de l’eau tiède ou même froide pour sinapismes, — Trois choses ont singulièrement retardé la connaissance des véritables effets de ces topiques sur la peau : 1° Ja croyance où l’on était qu'il fallait employer le vinaigre pour rendre la farine de moutarde plus active, ce qui est une erreur capitale; Car cet acide, au contraire, en mitige les propriétés excitantes, 29 la sophistication malhenreusement trop fréquente de cette

MEDICATION STIMULANTE, se 18

‘ précieuse farine avec celle de lin ou avec du son, de la sciure de bois, etc.; 39 sa préparation trop ancienne. Il faut employer l’eau tout simplement dans la préparation des sinapismes, et encore faut-il qu’elle ne soit pas trop chaude : 30 ou 40 degrés, voilà la meïlleure température. — L'application d’un sinapisme ne doit jamais durér plus d’une heure, et le plus souvent l'effet est produit bien plus tôt, lors même que le patient ne se plaint pas d’en éprouver de la douleur. #

La MouTARDE BLANCHE (sinapis alba) est une espèce fort commune dans les champs cultivés, aux environs de Paris. Ses graines sont plus grosses de moitié que celles de la moutarde noire, de couleur jaunâtre, ne fournissant pas d'huile volatile ; ses tiges sont moins élevées; feuilles plus lobées, siliques hérissées de poils, étalées et terminées par une corne longue, ensiforme. |

La graine de Moutarde blanche est devenue depuis quelque temps un remède populaire pour combattre la constipation, développer l'appétit et dépurer le sang, disent les intéressés vendeurs. Elle purge, en effet, sans coliques, et se montre utile à ceux qui ont les digestions laborieuses par faiblesse du canal mtestinal, principalement chez les vieillards qu'une constipation habituelle tourmente. Quant à ses propriétés dépuratives, elles sont plus imaginaires que réelles : ïl paraît cependant que des dartres, des rhumatismes chroniques ont été favorablement modifiés par l'usage longtemps continué de la Moutarde blanche, qui se prendentière, dans un peu d’eau à la dose de 1 ou 2 cuillerées, le soir, comme purgative , ou d'une demi-cuillerée avant le repas, comme stomachique.

La MOUTARDE SAUVAGE ou sANvE (Sinapis arvensis\, qui croît très abondamment dans les moissons, pourrait être prise pour la Moutarde noire, à cause de la couleur de ses graines ; mais leur grosseur tient le milieu entre les deux précédentes, et leurs propriétés sont beaucoup moins actives, outre que la plante est velue et ses siliques horizontales multangulaires , renflées et trois fois plus longues que la corne terminale.

MUFLIER. Antirrhinum majus, L.

Muñe de veau, Gueule de loup ou de lion, Muñiier des jardins,

Plante vivace (pl. xt, 1), de la famille des Scrophulariacées (212, B), à tige de 4-8 décim., dressée, simple ou un peu rameuse, glabre en bas, pubescente supérieurement; feuilles opposées, lancéolées, entières, atténuées en court pétiole,un

. peu épaisses.

Fleurs purpurines, plus rarement blanches, en grappes terminales munies de bractées courtes, se montrant en juin-septembre. Calice à 5 divisions profondes , ovales-orbiculaires très courtes, velues. Corolle grande, irrégulière, à tube large, bossu en dehors à sa base, à limbe en gueule : lèvre supérieure bifide, à lobes un peu réfléchis en dehors; lèvre inférieure à 3 lobes, à la base desquels se trouve une éminence ou palais jaune qui bouche l'ouverture de la corolle ; 4 étamines didynames contenues sous la lèvre supérieure (1), anthères bilobées et jaunes; style simple sur un ovaire ovoïde biloculaire. Capsule oblongue avec des trous au sommet, ayant quelque ressemblance avee une tête de veau.

Propriétés. Le Mufle-de-Veau est inodore, d’une saveur amère. T1 fait l'ornement des jardins, et n’est pour ainsi dire jamais employé en médecine. Ses propriétés sont d’ailleurs mal déterminées : on l’a indiqué comme émollient et résolutif à l'extérieur, mais il paraît être plutôt stimulant. On peut s’en servir tant qu'il est frais pour résoudre certaines tumeurs qui ont besoin d’être légèrement stimulées. — « Vogel dit que, dans quelques pays, le vulgaire attribue à cette plante le pouvoir de détruire les charmes ou maléfices. »

Récolte. On trouve le Muflier sur les vieux murs, dans les lieux stériles, mais on le cultive dans les parterres où l'on peut se le procurer plus facilement.

(1) Cette lèvre étant sur la figure détachée fendue par le milieu dans toute la

longueur du tube, nous permet de voir les étamines,

NIGELLE DE DAMAS. Nigella damascena , L.

Cheveux de Vénus, Patte d’araignée,

Plante annuelle de la famille des Renonculacées (500, K, pl. xui, 2), croissant dans nos moissons, dans les champs sablonneux, maigres et calcaires ; ayant des tiges dressées-rameuses de la hauteur de 1-3 déeim. ; des feuilles bi-tripinnatiséquées à segments très étroits, presque capillaires.

Fleurs d'un bleu clair et cendré, solitaires à l'extrémité des rameaux, entourées d’un involucre multiséqué (1) (juin-août). Calice étalé de 5 sépales unguiculés, colorés et cadues ; 5 pétales unguiculés, présentant au-dessus de l'onglet une fossette nectarifère, couverte par une écaille, au niveau de laquelle ils se coudent brusquement. Ovaire composé de 5 carpelles soudés jusqu'au sommet ; 5 styles recourbés en dehors. Capsule ovoïde, globuleuse, terminée par 5 cornes; graines chagrinées.

Propriétés. « Les semences de la Nigelle de Damas qui ont, dit-on, un peu l'odeur de fraise, passent pour fortifiantes, carminatives, céphaliques, emménagogues, diurétiques, etc., en infusion vineuse à la dose d’un gros (4 gr.). On les emploie en Orient dans les affections catarrhales, l'asthme pituiteux, les vertiges, la céphalalgie, pour rétablir les règles, etc.; elles entrent dans plusieurs médicaments composés, aphrodisiaques ou condimentaires. Cette espèce est souvent confondue avec la N. sativa, végétal de l'Orient, dont on emploie les graines, sous le nom d’Abésodé, comme condiment. Dans le midi de la France, où elle croît et est quelquefois cultivée dans les jardins, on lui donne le nom de Toute-Épice. »

La Niceze DES camps {| Nigella arvensis), improprement Nice, se distingue de la Nigelle de Damas par l'absence d’involucre ou de collerette, par ses carpelles non soudés jus-

(1) Sur la figure on ne voit que 2 feuilles; les linéaments qui entourent la fleur sont précisément ceux de l’involuere qui lui forment comme une collerette.

qu'en haut, ete. Ses semences, réduites en poudre, sont un sternutatoire énergique.

OGNON. Allium cepa, 1.

+ jgnon, Ail-ognon, Ognon commun, Ognon blanc,

Tout le monde connaît cette plante potagère, qui atteint plus d'un mètre de hauteur ét qui appartient aux Liliacées, genre Ail (184, D). Sa racine ést composée d’écailles ou tuniques charnues superposées qui constituent le bulbe, et d'une partie inférieure appelée plateau, d’où naissent des radicules blanchâtres qui sont les véritables racines. Du bulbe naît une hampe fistuleuse, ventrue inférieurement, glabre et nue ; les feuilles sont radicales, également fistuleuses, arrondies, pointues, d’un vert-glauque.

Fleurs blanches, nombreuses, en ombelle globuleuse terminale ; 6 pétales oblongs peu ouverts ; 6 étamines, 3 intérieures beaucoup plus longues, 3 extérieures plus courtes, étalées ; style court (juin-août). |

Propriétés, usages. Le bulbe d'Ognon (Obon proprement dit) répand une odeur piquante qu excite le larmoiement quand on le eoupe ; sa saveur est âcre, alhacée. Il contient une huile volatile irritante, une grande quantité de mucilage et d’autres principes encore. La cuisson lui enlève son principe volatil âcre, et alors il devient alimentaire, émollient, résolutif. Cultivé dans les pays chauds, il est plus doux que dans les contrées froides, à tel point qu'en Egypte, en Italie, en Espagne on peut le manger eru.

En médecine, l'Ognon s'emploie cru ou cuit. Il est excitant, diurétique, expectorant, incisif. Comme diurétique, lithontriptique, il faut en manger des quantités considérables aux repas, assaisonné de toutes les façons, ce qui paraît avoir réussi à plusieurs graveleux ; ou mieux on en prend le sue à la dose de 60 à 120 gr. Le célèbre Hallé en fit usage inutilement pendant plusieurs mois avant de subir l'opération de la taille à laquelle il succomba.— Cuit, ce bulbe est adoucissant, pectoral ; on en prépare des tisanes béchiques et un sirop que

l'on donne dans les rhumes , les çatarrhes et autres inflammations de poitrine. — Les buveurs croient qu'il dissipe l'ivresse. |

A l'extérieur, l'Ognon s'emploie de plusieursmanières. Pilé eru et appliqué sur l'hypogastre, 1l active les fonctions des voies-urinaires, mais il irrite un peu la peau; on peut s’en servir comme de l’ail, quoiqu'ilsoit beaucoup moins actif, pour opérer une révulsion à la plante des pieds : ee moyen se trouvant partout sous la main, il mérite d'être noté. — Le cœur d’un Ognon employé en suppositoire est un assez bon moyen pour rappeler les hémorrhoïdes supprimées. — L'Ognon euit est très usité, dans les campagnes, en cataplasme émollientmaturatif sur les furoncles, le panaris, les abcès froids, etc.

Nous ne mentionnons pas les vertus imaginaires que les anciens attribuaient à l'Ognon, pour lequel d’ailleurs ils avaient une espèce de vénération.

“PRÉPARATIONS, DOSES

Ognon cru : mangé avec réserve, il stimule les fonctions digestives. — On pourrait mettre à profit son action sur les yeux pour stimuler ces organes dans les cas où on se sert pour cela du baume de Fioraventi ou ded’aleali volatil. — « Fernel et Ambroise Paré assurent qu'un ognon écrasé avec un peu de sel et appliqué sur la brûlure toute récente en apaise la douleur et empêche qu'il ne s’y forme des cloches. — Dans Ia migraine on applique avec succès sur la tête des ognons partagés en deux et imbibés d’esprit-de-vin. — L’ognon pilé et mêlé avee du beurre frais apaise les douleurs des hémorrhoïdes. — Le jus d'ognon dont on a imbibé du coton, mis dans l’oreille, en dissipe le bruissement » (Chomel),

Ognon cuit : M, Cazin dit avoir yu des paysans obtenir les meilleurs résultats de sa pulpe cuite sous la cendre, pilée et mêlée dans une tasse de décoction chaude d'extrait de réglisse. —- On emploie en cataplasme les ognons blancs + cuits sous la cendre, dont on fait une pulpe à laquelle on ajoute parfois du saindoux, de l’huïle, etc., comme maturatifs et calmants.— « Un:ognon coupé par rouelles, infusé dans un demi-setier de vin blanc, pris les trois derniers jours de la lune, est un remède éprouvé pour la néphrétique (gravelle). » C'est encore Chomel qui indique ce remède; rendu singulier par la condition de son administration soulignée par nous, ,

L Ocnon roUGE est plus âcre que le blanc et sans usages en thérapeutique,

ORIGAN. Origanum vulgare, L.

Origan commun, Grand-Origan, Marjolaine bâtarde ou sauvage, etc

L'Origan commun (pl. xzr, 3), qu'il ne faut pas confondre avec l'O. dictame dont nous avons parlé déjà [V. Dictame de Crète) croît dans les bois, les haies, les collines, les montagnes où il est vivace et fleurit au milieu de l'été.

Plante de la famille des Labiées (219) de 60 cent. environ, à tige droite, raide, pubescente, rameuse supérieurement, souvent rougeâtre ; feuilles opposées, pétiolées, ovales, pubescentes surtout en dessous et aux bords. |

Fleurs roses, rarement blanches, petites, disposées en pe tits capitules au sommet de pédoncules qui sont opposés et s’alternent le long et en haut de la tige, et dont l’ensemble forme une panicule serrée (juillet-septembre). Ces fleurs sont munies de bractées ovales, colorées. Calice à 5 dents à peu près égales, tubuleux campanulé, à plusieurs nervures ; corolle tubuleuse beaucoup plus longue, grêle, bilabiée : lèvre supérieure plane, échancrée; l’inférieure étalée à 3 lobes presque égaux, celui du milieu échancré ; 4 étamines divergentes, les inférieures un peu plus longues que la lèvre supérieure.

- Quatre akènes ovoïdes-subglobuleux.

Propriétés, usages. L'Origan a une odeur aromatique qui rappelle celle du serpolet, et une saveur chaude, amère, un peu âcre. C’est un stimulant stomachique et expectorant, auquel les anciens attribuaient beaucoup d'autres propriétés que l'expérience basée sur des faits mieux observés n’a pas confirmées. Cette plante trouve son application tout simplement dans les cas où les aromatiques en général sont indiqués. On peut donc les donner dans les glaires, l’atonie des fonctions digestives, la chlorose, les affections catarrhales, l'asthme, et aussi come diaphorétique, emménagogue

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Les habitants de la campagne en font un fréquent usage tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ils en préparent des cataplasmes, des décoctions pour lotions et fomentations résolutives, des sachets, ete. Naturellement, ce que nous avons dit

sur les propriétés des Labiées s'applique de tout point à l'Origan (220-214).

La récolte de cette plante se fait pendant qu'elle est en fleur. La dessiccation ne change pas ses qualités : on peut toujours la reconnaître à ce que « chaque pied forme une seule branche par le bas qui augmente de volume en montant jusqu’à former une grosse touffe de fleurs pressées, vertes et un peu rougies ou jaunes à l'extrémité de chacune. » Les herboristes la remplacent souvent par la marjolaine qui lui ressemble sous tous les rapports.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [sommités fleuries) : 1 ou 2 fortes pincées pour 750 gr. d’eau. — 15 à 30 gr. dans du vin pour l'extérieur.

Poudre [sommités sèches) : 2 à 4 gr. par jour.

Huile essentielle : un peu de coton imbibé de quelques gouttes qu’on place dans le trou de la dent cariée pour calmer les douleurs.

Les habitants de la campagne sèchent de l’origan nouvellement cueilli, l’é-

chauffent en le remuant à sec dans une poêle sur le feu, et l’appliquent chaudement sur les parties atteintes de rhumatisme musculaire chronique [Cazin).

OSMONDE ROYALE. Osmunda regalis, L.

Fougère femelle, Fougère royale, Fougère fleurie.

Genre de Fougères (439, K} (pl. x1,4) qui habitent les bois marécageux, les fossés des prairies bourbeuses, et dont le nom vient d'Osmunder, synonyme de Thor, divinité celtique à laquelle était dédiée l'espèce dont nous parlons. Sa souche ou racine est épaisse, rampante, donnant naissance à des feuilles toutes radicales, grandes, hautes de 50 cent., bipinnées, à divisions opposées ; folioles stériles allongées, alternes, étroites, ovales-obtuses, glabres, pétiolulées, marquées sur leur face inférieure de nervures assez apparentes (1); folioles fructiféres disposées en panicule terminale, couvertes dans toute leur étendue par les sporanges rapprochés en groupes arrondis (2) (juin-septembre). d

(1) Qui ne se voient pas sur le dessin, {2] On a figuré un sporange grossi laissant échapper les spores.

Propriétés. L'Osmonde ou Fougère royale a été estimée vulnéraire, astringente, diurétique, efficace pour les hernies, les chutes, les blessures, la pierre, ete. Mais ces propriétés, sionalées dans l'antiquité, sont tout aussi imaginaires que celles de la Lunaire (O. lunaria), qui, au temps d'Hermès, passait pour avoir des rapports avec la lune, à cause de la forme de ses folioles en croissant, et pour produire des effets merveilleux. Cependantle D' Aubert, de Genève, a publié, en 1813, un mémoire sur l'efficacité de l'extrait de racine d'Osmonde dans le carreau, l’engorgement des ganglions lymphatiques chez les enfants rachitiques; mais, le croirait-on, plus récemment, Heidenreich a cherché à réhabiliter l'usage de cette plante dans le traitement des hernies.

Décoction [racine] : 30 à 45 gr. par kilog. d’eau contre le rachitisme [Allioni),

Extrait. : 8 à 16 gr. chaque jour pendant 2 ou 3 mois, en plusieurs fois, délayé dans du lait, contre le rachitisme [Aubert).

Pour guérir les hernies, faire digérer pendant 8 jours 8 gr. de racine eoncassée dans 500 gr. de vin; boire le produit de cette digestion en 2 fois dans la même journée; en même temps prendre 2 fois le jour une cuillerée à café de la plante en poudre ct appliquer sur la tumeur herniaire des compresses imbibées de la décoction [Heïdenreich}. Ce médecin rapporte 50 ças de hernies simples guéries radicalement à l’aide de cette médication. (Journ. de chim, médic., 2e série, 1842.)

Les gens de la campagne font coucher leurs enfants noués sur des paillasses faites de feuilles de fougère (140).

PASSERAGE. Lepidium latifolium, L.

Grande-Passerage, Passerage à larges feuilles, Moutarde des Anglais,

Plante vivace (pl. x1x, 5), de la famille des Cruciféres (292, R), haute de 1 mètre en moyenne, à tige dressée, simple et arrondie en bas, anguleuse et rameuse en haut, couverte, ainsi que les rameaux, d'une poussière glauque ; feuilles glabres d'un vert glauque, éparses, ovales-oblongues, les inférieures plus grandes, pétiolées, dentées en scie, les supérieures plus petites, sessiles, entières.

Fleurs blanches, petites, en grappes denses formant une

panieule terminale, s’ouvrant en juin-août. Calice à 4 folioles ovales-arrondies, eaduques ; corolle à 4 pétales égaux en croix; unguiculés ; 6 étamines étalées, presque égales ; style très court, stigmate en tête. Silicule terminée en pointe à son sommet.

Propriétés, usages. La Grande-Passerage a une saveur âcre, pénétrante, poivrée, plus prononcée dans les feuilles que dans les autres parties. Son odeur est celle des Cruciferes. Elle est fortement stimulante et antiscorbutique ; elle pourrait remplacer le cochléaria et les autres plantes à propriétés analoœues, mais cependant on ne l’emploie que rarement, sans doute à cause de son activité qui pourrait avoir de grands inconvénients si elle était administrée sans précaution.

. Le professeur Williams a constaté les bons effets de cette plante çontre l'asthme, la bronchite, l'hydropisie et surtout l'hypertrophie du cœur. Elle ne diminue pas le nombre des pulsations comme la digitale; mais elle modère leur violence, ce qui la rend très recommandable dans l’hypertrophie avec

hydropisie. Cette opinion est partagée aussi par un autre médecin anglais, le docteur Sylvestre.

Les feuilles et les racines de Passerage appliquées sur la peau ne tardent pas à produire de la rubéfaction. Aussi les anciens les employaient-ils pilées et mêlées avec du beurre, en applications externes contre la sciatique, les névralgies, les douleurs rhumatismales chroniques. On a mis aussi cette pommade en usage pour guérir la gale et faire mourir les poux. +

Récolte. Elle doit se faire dans la saison où la plante est encore couverte de ses feuilles. C’est dans les lieux incultes, à l'ombre, aux bords des rivières, aux endroits herbeux qu'on la rencontre ; il faut toujours l’employer fraîche, car sèche, elle n’a plus de propriétés. La racine, au contraire, peut être utilisée en toute saison, parce qu’elle est vivace.

Le genre Passerage comprend les espèces suivantes, qui jouissent de propriétés analogues, mais moins actives, et qu'à cause de cela on préférera pour l'usage interne.

La PeritTe-PasseRAGE (Lepidium iberis), Chasserage, est annuelle, de 60 cent. environ, commune aux lieux arides, sur le bord des chemins. Tiges dressées, arrondies, glabres, à rameaux écartés ; feuilles sessiles, petites, étroites, surtout au haut de la tige, entières, les radicales pétiolées, en rosette, découpées, caduques. — Fleurs blanches, petites, en panicule très écartée ; 2 ou 6 étamines, etc. (juin, septembre, octobre).

Cette plante est antiscorbutique, comme le cresson dont elle a la saveur. Elle a été annoncée dans plusieurs gazettes, dit Willemet, comme propre à broyer la pierre et à évacuer les graviers. — C’est elle surtout qu'ont employée les médecins anglais dans l'hydropisie.

On doit la cueillir avant la floraison et ne l’employer que verte, Dansle commerce on la confond souvent avec la Grande- Passerage, ce qui est un tort puisqu'elle est beaucoup moins active. Au reste, ni l’une ni l’autre n’est prescrite par les médecins.

La PassERAGE sauvaGE (Lepidium ruderale), Nasitor, Cresson des décombres, est plus petite (10 à 30 cent.), à tige dressée, très rameuse, rameaux étalés ; à feuilles radicales étalées en rosette, pétiolées, pinnatiséquées, les inférieures de même forme, les supérieures sessiles, linéaires ; pétales très courts, souvent nuls (mai-septembre). — Cette variété, qui croît dans les lieux stériles et froids, les ruines, etc., est antiscorbutique comme les précédentes. En Russie, le peuple la considère comme un puissant fébrifuge. #

Le CressoN ALÉNOIS (Lepidium sativum) où Nasitor, dont la tige est dressée, rameuse, glabre, glauque, de 3-6 décim. de hauteur; les feuilles radicales étalées en rosette, pétiolées, pinnatipartites, les supérieures sessiles, linéaires, indivises ; les pédicelles fructifères serrés contre la tige, ete., est cultivé pour ses feuilles alimentaires qui remplacent le Cresson de

fontaine.

PASTEL. Jsatis tinctoria, L.

Pastel des teinturiers, Vouède.

Cette Crucifère (292, U, pl. xzu, 1) se trouve dans les lieux arides, pierreux, les vieux murs, les carrières, les décombres.

Plante de 4-8 décim., à tige dressée, raide, rameuse en haut, glabre, hérissée à sa base, dont les rameaux sont disposés en corymbe ; feuilles radicales oblongues, atténuées en pétiole, entières, ordinairement velues, les caulinaires lancéolées-sagittées, glabres ou à peu près, sessiles-embrassantes.

Fleurs jaunes, petites, en grappes terminales, paraissant en mai-juin. Calice à sépales étalés réfléchis ; pétales en croix ; 6 étamines dépourvues d’appendices. Silicules oblongues-obtuses, atténuées à la base, presque pendantes à l’extrémité de pédicelles allongés-filiformes (1).

Propriétés, usages. « Les feuilles de cette plante sont piquantes et àâcres comme celles des Crucifères en général : aussi les suppose t-on antiscorbutiques. Les paysans provençaux s’en servent dans la jaunisse. Lemery dit que ses feuilles pilées, appliquées sur les poignets, gœuérissent les fièvres intermittentes, ce qui pourrait être vrai dans quelques cas si elles causent de la rubéfaction ; on les présente aussi comme résolutives » (Mérat et Delens).

Le Pastel, soumis à des préparations particulières, donne une couleur bleue analogue à l'indigo, que l'on emploie dans les arts. Les anciens Bretons s'en servaient pour se teindre le corps.

PERSIL. Apium petroselinum, L.

Le Persil appartient aux Ombellifères, tribu des. Pimpinnel lées (248-49, D); il croît spontanément aux lieux stériles dans le midi de la France, et est cultivé dans tous les jardins comme condiment.

(1) Outre la silicule détachée et grossie que représente la planche, on on voit plusieurs sur les rameaux, à côté des fleurs.

Plante de 45 à 60 cent., à tige simple, fistuleuse, striée, glabre, émanant d'une racine conique, blanche, assez grosse, un peu rameuse ; feuilles décomposées, à folioles profondémentincisées en lobes aigus, glabres, les supérieures'devenant de plus en plus simples, etc.

Fleurs jaunâtres, petites, en ombelles de 15 ou 16 rayons (juillet-août). Involucre de 6-8 folioles, ombellules de 8-10, tous linéaires. Fruits ovoïdes, allongés, veinés longitudinalement.

Propriétés, usages. On emploie en médecine les semences, les feuilles et Ja racine, qui ont une odeur et une saveur que chacun connaît, et dont les usages différent un peu. La racine, qui fait partie des cinq racines apéritives, est donnée en décoction comme stimulante-diurétique ou sudorifique, pour combattre l'hydropisie ou faciliter l’éruption de certains exanthèmes. — Les semences sont réputées carminatives ; considérées ainsi, elles agissent à la manière de l’anis, du fenouil, de la coriandre, ete. — Mais ce sont surtout les feuilles qu'on emploie tant à l’intérieur qu’à l'extérieur dans les divers cas que voici :

A l'intérieur, on a proposé le sue de Persil dans la syphilis, la blennorrhagie, la fièvre intermittente, l'hydropisie, l'ictére, les engorgements des viscères abdominaux. L’extrait a surtout été essayé dans l'affection vénérienne par Papin et, après lui, par Cullerier.

A l'extérieur, les feuilles pilées sont appliquées, par le peuple, sur les ensorgements laiteux des mamelles, les contusions, ete. Leur propriété lactifuge n’est rien moins que démontrée ; leur action excitante peut, au contraire, activer la sécrétion des glandes mammaires, tandis qu'elle sera favorable pour résoudre certains engorgements froids, qui restent stationnaires faute d'un coup de fouet qui ranime la vitalité des vaisseaux absorbants.

Récolte. On recueille les semences de Persil à l'automne ; on arrache ses racines au printemps ou à la fin de l'été pour les conserver. Quant aux feuilles, on les emploie toujours vertes, et on s'en procure facilement en toute saison,

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