‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 123 sur 177 · MÉDICATION STIMULANTE. 503 PRÉPARATIONS, DOSES · texte numérisé non relu

MÉDICATION STIMULANTE. 503 PRÉPARATIONS, DOSES

Décoction (racine fraîche ou sèche] : 15 à 40 gr. par kilog, d'eau.

Infusion [semences] : 4 à 8 gr. par kilog. d’eau.

Poudre (id.) : 1 à 2 gr.

Suc (des feuilles) : 120 à 140 gr., comme fébrifuge.— M. Dubois, de Tournai, dit avoir fait cesser des écoulements blennorrhagiques en administrant de ce suc une cuillerée à soupe le matin et autant le soir. — En 1832, plusieurs soldats belges, affectés de l’ophthalmie épidémique régnante, eurent recours aux instillations du suc de persil, qui fit avorter le mal [Cunier).

Huile essentielle : 2 ou 3 gouttes par Jour contre la blennorrhagie; ce moyer a réussi au professeur Lallemand dans des cas où la maladie avait résisté au copahu et à la térébenthine,

Cataplasme : se fait avec les feuilles contuses. Remède résolutif et antilaiteux populaire,

PEUPLIER. Populus nigra, L.

Peuplier commun, Peuplier noir.

Cet arbre est abondant dans nos prairies, nos bois humides, où 1l s'élève à une hauteur de 20 mètres quelquefois. Ses caractères génériques sont ceux du genre qu'il représente, famille des Salicacées (172, B); et, quant aux spécifiques , nous pouvons les passer sous silence, puisque le végétal est connu de tout le monde. Disons cependant que les fleurs qui sont dioïques et en boutons résineux ou gommeux naissent avant les feuilles ; que les mâles sont en chatons allongés avec corolle urcéolée, entière, 16 à 24 étamines ; les femelles éparses sur des chatons plus minces et plus longs, avec un ovaire surmonté d'un stigmate quadrifide, sans étamines, etc.

Propriétés. Le genre populus comprend plusieurs espèces dont les propriétés médicales varient ; elles sont, en effet, diurétiques, sudorifiques, toniques ou expectorantes, ete., en sorte que leur classification devenant impossible à moins de les éloigner les unes des autres, nous les avons placées parmi les excitants généraux, parce qu’elles commencent la série de la longue liste des médicaments qui portent leur action spéciale sur un ou plusieurs organes déterminés.

On a employé les bourgeons du Peuplier noir, qui contiennent beaucoup de résine et sont par conséquent un peu excitants, soit comme sudorifiques dans la goutte, les rhumatismes

chroniques, les maladies de la peau; soit comme diurétiques dans les maladies de la vessie, la gravelle, ou enfin comme vulnéraires balsamiques dans la phthisie pulmonaire, les catarrhes, ete. Aujourd’hui leur usage est subordonné à celui de l'onguent populeum, dont ils font partie et qui doit ses propriétés calmantes et adoucissantes aux feuilles de morelle, de jusquiame et à la graisse qui en font la base active.

On récolte ces bourgeons avant leur épanouissement; leur odeur et leur saveur sont balsamiques. Par la dessiccation ils perdent la première, ainsi que l’enduit gommeux de leurs écailles qui deviennent sèches et luisantes.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion : 30 gr. et plus par kilog. d’eau. Elle convient dans les mêmes cas que l’eau de goudron, dont nous parlerons à l’article Pin.

Onguent populeum : employé en onctions sur les gerçures des mamelles, les hémorrhoïdes douloureuses, les brûlures, les fissures et crevasses aux lèvres, à l’anus, aux mains, ete

Le PEUPLIER TREMBLE | Populus tremula) possède des propriétés toniques, amères, fébrifuges, analogues à celles du saule, et qui résident également dans l'écorce de ses jeunes rameaux, d'où l’on a extrait de la salicine et un autre principe alcaloïde appelé populine.

Les feuilles du PEUPLIER BLANC où DE HoLLANDE | Populus alba) ont été administrées comme fébrifuges. Ses rameaux et sa ra-

cine fournissent une écorce amère qui passe aussi pour antifébrile.

Le PEUPLIER BAUMIER (Populus balsamifera), arbre d'Amérique cultivé dans nos départements du Nord, offre à la thérapeutique ses bourgeons et ses jeunes rameaux, qui sont recouverts d'un enduit résineux d'une odeur agréable, et qui agissent sur les membranes muqueuses à la manière des substances résineuses. Ces bourgeons sont utiles dans les catarrhes de la vessie, l'urétrite et la bronchite chroniques.

Les campagnards considèrent les feuilles de cet arbre comme un vulnéraire souverain. Ils les appliquent entières ou froissées sur les coupures, les ulcères, les plaies, qui guéris-

sent plus ou moins vite, cela ne les préoccupe pas, puisqu'ils ont appris de leurs pères à s’en servir.

PIMENT., Capsicum annuum, L.

Piment annuel, Piment des jardins, Poivre long, Poivre d’Inde, Corail des jardins,

Originaire de l'Inde, cette plante est cultivée dans nos jardins pour l’usage culinaire. Les caractères de son genre, qui appartient aux Solanacées, sont énoncées au $ 209, L. Quant à son port, elle offre une tige dressée, cylindrique; des feuilles alternes, à long pétiole, ovales, lancéolées-aiguës, entières ; des fleurs blanches, petites, solitaires, pédonculées, latérales; des fruits ovoïdes, globuleux, lisses, d'un rouge vif ou jaunâtres, variés de forme et de grosseur, à 2 loges plurispermes. |

Le Poivre long est un puissant excitant dont la saveur est extrêmement âcre et piquante. Dans les contrées méridionales, on en fait un fréquent usage comme assaisonnement ; en France, on les met dans le vinaigre pour accompagner les cornichons, ete. — On pourrait l'utiliser en médecine en le réduisant en poudre et en préparant des cataplasmes rubéfiants. — Il paraît qu'en Angleterre on l'emploie quelquefois dans les fièvres éruptives-languissantes pour activer l'éruption.

Le PIMENT ENRAGÉ (Capsicum minimum) est une espèce à petits fruits, cultivée dans le midi de la France, qui a une force beaucoup plus grande encore que le Piment ordinaire. Le gosier est emporté lorsqu'on le mäche, et plusieurs Jours après on le ressent encore.

PIN CULTIVÉ. Pinus pinea, L.

Pin à pignons, Pin pignier, Pin de pierre, Pin d'Italie.

Arbre extrêmement commun en Italie, aux environs de Rome, qui croît dans les contrées maritimes du midi de la France. Appartenant à la famille des Coniféres, genre dont il porte le nom, il en offre les caractères (165, A).

Parvenu à un certain âge, il présente la forme d'un vaste parasol. Tronc simple divisé supérieurement en un grand nombre de branches qui, par leur disposition, figurent comme une espèce de dôme de verdure; car cet arbre a des feuilles toujours vertes, géminées, longues, étroites, pointues, fermes, formant touffe aux extrémités des rameaux. Chatons de fleurs mâles réunis plusieurs ensemble et formant une sorte de grappe dressée ; chatons femelles réunis 2 ou 3 ensemble, au-dessous des précédents. En maturité, ils sont volumineux, ovoïdes, obtus ; à la base interne de leurs écailles sont fixés 2 fruits ovoïdes, durs, osseux, appelés pignons doux, qui renferment une amande blanche [amande de pin), laquelle n’est en maturité que deux ou trois ans après la fécondation.

Propriétés, usages. Les amandes de Pin sont d'une saveur agréable qui rappelle celle de la térébenthine; elles contiennent beaucoup de fécule, une huile douce facile à rancir, et sont nourrissantes, recherchées des classes peu aisées en Italie. Leur usage et leur réputation en médecine remontent à la plus haute antiquité pour la guérison des maladies de poitrine. Elles agissent comme béchiques, balsamiques, sont, par conséquent, légèrement stimulantes dans la phthisie, les catarrhes pulmonaires chroniques, la leucorrhée, le catarrhe de vessie, etc., lorsque les muqueuses sont dans un état de relâchement, d'atonie complet, et que leur sécrétion semble se perpétuer avec cet état.

Récolte. « Le Pin à pignons fleurit au mois de mai; cependant les fruits, qui sont produits entre les écailles des cônes, appelés pomme de pin, mettent souvent plusieurs années à mûrir. Pour recueillir ces fruits, on étend les cônes à terre sur des toiles. On choisit le commencement du printemps et le temps qui précède le lever du soleil. Au bout de peu de jours, les écailles s'ouvrent par la chaleur, et en secouant un peu les pignons sortent » (Gauthier).

PRÉPARATIONS, DOBSES.

Emulsion (d'amande de pin) : on la prépare comme celle avec les amandes douces.

Décoction (fruits entiers récents) : 30 à 60 gr. par kilog. d'eau; préparation peu usitée,

Infusion (bourgeons) : 20 à 30 gr. par kilog. d’eau.

Sirop (de bourgeons de pin] : 30 à 125 gr.en potion.

Le pin fournit des substances résineusee dont il est parlé plus loin.

PIN MARITIME (Pinus maritima), Pin de Bordeaux. Cette variété du genre Pin (165, A) est commune sur les bords de la Méditerranée, dans les provinces méridionales, les terrains sablonneux des Landes, ete. Son tronc est élevé, rameux; ses feuilles sortent par paires d’une même gaîne, offrant à leur base une écaille dont le sommet est réfléchi. — Les cônes sont ovoïdes, allongés, courtement pédonculés, souvent opposés 2 à 2; le sommet des écailles est renflé et se termine par une sorte de pointe ou crochet.

Ce que nous venons de dire sur les propriétés et usages du Pin à pignons s'applique entièrement au Pin maritime. Nous devons ajouter seulement que les amandes de ce dernier sont plus petites, moins dures, mais qu'elles ont une odeur térébenthacée bien plus prononcée et très désagréable, qui les fait très rarement employer.

PIN sauvaGE (Pinus sylvestris). 11 est très répandu dans toutes les parties montagneuses de la France. Feuilles d'un vert glauque; cônes pendants, coniques, assez petits, etc.

Les trois variétés de Pins dont il vient d’être question, et quelques autres encore, tels que le Pin mugho, le Pin de Venise (V. Mélèze), produisent, ainsi que les sapins (V. ce mot), et la famille des Térébenthacées, des matières résineuses connues sous les noms de térébenthine, goudron, poix, colophane, baumes, dont il nous reste à faire l’histoire importante.

T'érébenthine.

La térébenthine est une substance demi-liquide, visqueuse, d'une odeur résineuse forte et pénétrante, d’une saveur amère et âcre, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et les huiles, qui découle, sous forme de suc résineux, volatil, soit spontanément, soit d'incisions faites aux pins, aux

sapins, au mélèze et autres végétaux de la famille des Térébenthacées.

Dans le commerce on en distingue plusieurs espèces, suivant leur origine que nous venons d'indiquer. 1° La térébenthine de Venise est celle produite par le mélèze : c’est la plus rare à l'état de pureté, parce que c'est la plus estimée; comme ses caractères ne sont pas très nettement fixés, la spéculation ne se fait pas faute de la sophistiquer. 2° La térébenthine de Bordeaux provient du pin maritime ; elle est plus colorée, épaisse, d'une odeur désagréable et d’une saveur âcre et nauséuse. 3° La térébenthine de Strasbourg, qui découle du sapin commun, est peu colorée, très fluide, transparente, d’une odeur agréable qui rappelle celle du citron. 4° Les férébenthines de Ohio, du Canada, appartiennent aux Térébenthacées.

Plusieurs auteurs ont analysé les térébenthines; ils les ont trouvées composées d’une résine dissoute dans une huile volatile. Cette huile, qui peut être séparée des principes dissous, est l'essence de térébenthine dont nous faisons l’histoire un peu plus loin. Ses proportions varient de la maniere suivante :

Térébenthine de Venise . . 18 à 25 p. 100.

— de Bordeaux . 12 — — de Strasbourg . 33 —

Propriétés, usages. La térébenthine exerce sur l'économie une action stimulante qui se porte principalement sur les membranes muqueuses des voies urinaires et respiratoires; sur les premières particulièrement. Elle diminue les flux muqueux abondants et quelquefois les suppurations anciennes qui épuisent les malades, effets reconnus dès la plus haute antiquité. A l'extérieur, elle est employée en pommade, en emplâtre, ete. Spécifions davantage.

1° Le catarrhe chronique de la vessie, surtout lorsqu'il ne se complique ou ne dépend pas de calculs, de maladies de la moelle épinière, de rétrécissement de l’urètre, ni d'affection de la prostate, est sinon guéri, du moins toujours amélioré par l'usage de la térébenthine. Sous l'influence de ce médica-

ment, la sécrétion muqueuse caractéristique de ce catarrhe, qui dépose au fond du vase par le refroidissement de l’urine, et qui, lorsqu'on transvase celui-ci, adhère aux parois on s'écoule en formant une colonne non interrompue du mucus, comme du blanc d'œuf (catarrhe muqueux}), ou bien la matière blanchätre, trouble, bourbeuse, qui se mêle au liquide urinaire et offre l'aspect du pus (catarrhe muco-purulent), ces deux produits morbides,.disons-nous, diminuent de quantité. Comment agit la térébenthine pour amener ce résultat! Cette question n'est pas indifférente; car à côté des avantages se trouvent des inconvénients.

Trois circonstances se présentent chez les individus soumis à la médication en question : 1° ou bien la térébenthine développe toute son action physiologique, tous ses effets généraux et particuliers, tels que excitation épigastrique, nausées, éructations, céphalalgie, stimulation de la vessie et augmentation des accidents du côté des voies urinaires; 2° ou bien l’action du médicament reste incomplète et se passe tout entière sur le tube digestif qu’elle se borne à stimuler vivement, provoque de nombreuses évacuations par haut et par bas avec la matière desquelles est rejetée la plus grande partie de ce médicament, qui n'a, pour ainsi dire, pas agi sur la vessie; 3° ou bien-enfin le malade n’éprouve aucun des effets précédents; mais l'odeur de violette des urines atteste que la térébenthine a été absorbée, et, dans ce cas, elle a agi sur la muqueuse de l'appareil urinaire; elle l’a stimulée, en a d'abord augmenté la sécrétion; mais cette stimulation étant de toute autre nature que l'irritation morbide que l’on combat, elle la fait taire et se substitue à elle, ce qui amène bientôt une modification dans l’action sécrétoire muqueuse traduite par une diminution de son produit. C’est ainsi que MM. Trousseau et Pidoux, au livre desquels nous empruntons ces considérations, expliquent l’action de la térébenthine dans le catarrhe vésical, action qu'ils rapportent à la médication substitutive.

D'où il suit : 1° que la térébenthine ne doit être employée que quand les symptômes inflammatoires ont cédé, assez du

moins pour que l'excitation causée par elle ne la ranime pas avec ses caractères propres; 2° qu'il n'en faut pas cesser l'usage dès que les matières catarrho-purulentes ne se manifestent plus dans les urines, parce que les catarrhes vésicaux s'amendant presque toujours dans les temps secs et chauds, cette amélioration peut n'être que passagère, et disparaîtra peut-être au premier temps humide et froid; que d'ailleurs il faut laisser à la térébenthine le temps de modifier la vitalité de l'organe malade. Comme conséquence, on se gardera d’attribuer à ce remède un succès ou une impuissance qui dépendent d'influences toutes différentes.

2° La térébenthine modifie les catarrhes pulmonaires chroniques, mais beaucoup moins efficacement que le catarrhe vésical. C’est surtout dans ces bronchorrhées très abondantes qui épuisent les malades âgés et cacochymes qu'elle convient; dans les catarrhes ordinaires, on préfère les substances résineuses connues sous le nom de baumes. On s'explique maintenant comment les anciens, qui ne savaient pas distinguer les différentes affections de poitrine comme le font les médeeins d'aujourd'hui, depuis la découverte de l'auscultation due à l'immortel Laennec, ont cru que la térébenthine {ainsi que beaucoup d'autres substances d’ailleurs) guérissait la phthisie pulmonaire: c'est que poureux tousles sujets quiexpectoraient abondamment et dépérissaient étaient des tuberculeux.

3° Les autres catarrhes, tels que ceux de l’urètre et du vagin, sont moins bien modifiés par la térébenthine que par le baume de copahu, qui lui-même agit avec moins d'efficacité dans la vaginite que dans l'urétrite.

4° A l'extérieur, la térébenthine a été mise en usage comme dessiccative, détersive, antipurulente dans les plaies et les ulcères cutanés dont la cicatrisation est retardée ou empêchée par la formation exagérée du pus. C’est même la constatation de cette propriété siccative qui a donné l'idée de l'employer à l’intérieur. Elle entre dans les divers onguents usités dans le pansement des solutions de continuité et dont l'action est excitante, détersive, propre à stimuler favorablement les surfaces blafardes molles et suppurantes.

Appliquée sur la peau, la térébenthine la rubéfie et offre une ressource dans les rhumatismes musculaires, les douleurs locales, les points pleurétiques, dans la bronchite, la coqueluche, ete.— Enfin cette substance a quelquefois été employée en vapeur dans le rectum pour combattre le ténesme qui accompagne la dyssenterie.

PRÉPARATIONS, DOSES

La térébenthine se distingue en molle ou pure, et en cuite ou privée de son huile essentielle.

Térébenthine de Venise (cuite) : 2 gr. en pilules de 20 cent. On les prend une à une toutes les 2 heures dans le catarrhe de la vessie, et on élève progressivement la quantité jusqu’à 4, 8, 12 et 16 gr. de térébenthine par jour. — La térébenthine molle se donne à moitié dos2 à peu près.

En lavement : 4 à 16 gr. délayés dans de l’eau tiède à l’aide d’un Jaune d'œuf.

Onguent digestif : se prépare avec 2 parties de térébenthine, 1 jaune d'œuf et quantité sufisante d'huile d’hypéricum. On le mêle au cérat ou on l’emploie pur dans le pansement des plaies.

Huile essentielle de térébenthine.

Cette essence est le produit de la distillation de la térébenthine. C’est un liquide incolore, d’une odeur forte et pénétrante, inflammable, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, pouvant dissoudre les résines, les baumes, le camphre, les huiles essentielles. Ses usages dans les arts sont nombreux, mais c’est sous le rapport thérapeutique que nous avons à l’étudier.

L'huile essentielle de térébenthine est un médicament très désagréable à prendre, mais très actif, qu'on a recommandé dans un grand nombre de maladies, parmi lesquelles nous citerons les névralgies, la sciatique particulièrement, les convulsions et le tétanos, le ver solitaire, les coliques hépatiques, la fièvre puerpérale, les hémorrhagies, les rhumatismes, etc. — Dès le temps de Galien, l'efficacité de cette substance dans le traitement des névralgies avait été constatée. Récamier la tira de l'oubli dans lequel elle était tombée, en l'expérimentant dans la sciatique; puis M. Martinet publia, en

1824, un travail complet sur ce médicament, d'où découlent les conclusions suivantes :

« 1° C’est dans les névralgies sans altération du nerf que l'on obtient le plus de succès, et particulièrement dans celles qui sont idiopathiques et permanentes.

« 2° Toutes choses égales d’ailleurs, plusles caractères névralgiques sont bien dessinés, plus les douleurs sont vives, quels qu'aient été les manques de succès par d'autres moyens, plus les chances sont favorables ;

« 3° C’est dans les névralgies des extrémités inférieures et dans la sciatique plus particulièrement que ce médicament semble confirmer sa supériorité ;

« 4o Des observations prouvent cependant que l’on peut en retirer de grands avantages dans les névralgies des extrémités supérieures, alors même qu'il y aurait paralysie. » Quant à dire comment agit la térébenthine, si c'est par une action purgative, diurétique, sudorifique ou spéciale, personne n’osera le faire : il y a des faits qu'il faut accepter tels quels, et auxquels toute explication satisfaisante manque.

L'essence de térébenthine a été recommandée comme vermifuge par plusieurs praticiens ; on l’a administrée plus particuliérement contre le tœnia (ver solitaire); mais pour qu'elle réussisse, il faut qu’elle soit donnée à dose élevée [30 à 60 et 90 gr.}. C’est à la pratique anglaise que nous devons les premiers essais de ce tœniafuge, qui constitue un médicament assez efficace, d’un prix minime, et qui conséquemment doit être popularisé dans la médecine des pauvres.

Un autre médecin anglais, le D' Smith, a publié, en 1850, un mémoire sur l'emploi de l'huile essentielle de térébenthine dans le traitement des hémorrhagies, notamment de l'épistaxis et l'hémoptysie; il la donne à la dose de 30 gouttes dans de l’eau édulcorée avec le sirop d'orange ou tout autre sirop aromatique.

Bien antérieurement, nos confrères d'outre-Manche, MM. Kinneir et Douglas, avaient proposé cette substance contre la fièvre puerpérale. Son efficacité est niée chez nous ; MM. Trousseau et Pidoux estiment que ces médecins n'ont

réussi que parce qu’ils n’ont eu affaire qu'à ces engorgements stercoraux du cœcum et de la portion sigmoïde du colon qui occasionnent le gonflement du ventre, des coliques plus ou moins vives, et consécutivement des entérites, des inflammations phlegmoneuses des fosses iliaques, mais non à la péritonite puerpérale proprement dite.

Ce même médicament a été employé contre le tétanos, l'épilepsie, la fièvre intermittente, toujours par les Anglais. Comme il est très infidèle dans ces affections, nous n’en dirons pas davantage.

A l'extérieur, l’essence de térébenthine est employée comme révulsive dans les névralgies, les rhumatismes chroniques. M. Em. Rousseau dit en avoir obtenu des avantages incontestables dans le traitement des convulsions chez les enfants. Il a publié ‘plusieurs observations qui démontrent son efficacité, étant employée en frictions tout le long de la colonne vertébrale et même sur les membres simultanément. Il ajoute que cette substance lui à été d’un grand secours dans l'épidémie de choléra (1849). Nous engageons donc nos lecteurs à ne pas négliger un médicament si actif et si facile à se procurer, quoique, à la vérité, fort désagréable à prendre.

PRÉPARATIONS, DOSES

Huile essentielle de térébenthine : 50 cent. à 1 gr,; — 2 à 10 gr. comme antinévralgique ; — 10 à 60 gr. comme tœniafuge. On la prend en émulsion, dans du lait sucré ou dans de l’eau aromatisée.

Huile essentielle de térébenthine solidifiée par la magnéste : 75 cent. à 1 gr. dans les catarrhes pulmonaires chroniques, pour remplacer les balsamiques dont le prix est très élevé, e

Formules diverses : essence de térébenthine, 8 gr.; miel rosat, 120 gr.; 3 cuillerées de ce miel par jour contre la sciatique [Récamier).

— Huile essentielle de térébenthine, 30 gr.; sirop de gomme, 30; eau distillée de menthe, 250; contre le ver solitaire (Marc).

— Huile essentielle de térébenthine, 4 gr.; teinture de muriate de fer, 19 gouttes ; à prendre dans un peu d’eau et réitérer toutes les deux heures, mais à dose moitié moindre, contre l’épistaxis chronique {Smith}.

— Huile essentielle de térébenthine, 6 gr.; infusion de roses, 225 gr.; sul-

fate de magnésie, 250 gr.; manne, 16 gr.; ajoutez, suivant les cas, teinture de digitale, 6 gr.; à prendre 2 cuillerées à bouche toutes les 4 heures, dans l’hémoptysie, l’hématémèse, l’entérorrhagie.

(roudron.

Le goudron est un produit résineux, mou, tenace, brunnoirâtre, d'une odeur forte et empyreumatique, d'une saveur âcre, désagréable, qui s'obtient en brûlant les bois des pins épuisés par les incisions, de telle sorte que leur résine puisse s'écouler et être recueillie.

Cette substance est tonique, stimulante à la manière de la térébenthine, et les circonstances où on l’emploie nediffèrent pour ainsi dire pas de celles qui réclament l'usage de cette derniére. Elle s’administre en solution dans l’eau, en fumigations et en pommade. à

L'eau de goudron est fréquemment mise en usage dans. catarrhes pulmonaires, où elle a cet avantage sur la térébe thine, que la période inflammatoire n’est pas une contre-indication à son emploi. Cette boisson est très recommandable dans les flux muco-purulents en général, dont elle diminue l'abondance, modifie la nature, en même temps qu’elle développe l'appétit et augmente les urines. — On emploie l'eau de goudron en injections dans la vessie, pour combattre le eatarrhe vésical, surtout lorsque la térébenthine prise à l'intérieur échoue. Ces injections sont encore très utiles dans 1 trajets fistuleux, les foyers de suppuration, dans le conduit auditif affecté de flux catarrhal à la suite de fièvres éruptives.

Les fumigations de goudron sont d'un emploi très fréquent dans les maladies des bronthes, des poumons et du larynx, et c'est avec raison. Elles ont été très vantées, à Berlin, contre la phthisie pulmonaire; mais, sous ce rapport, elles ne méritent qu'une faible confiance. Cela n'empêche point qu'elles constituent un précieux remède pour les pauvres, qui ne peuvent se procurer les baumes de Tolu, de Benjoin, à cause de leur cherté. #

Le goudron est employé en pommade contre À ie le lichen, le psoriasis, l'eczéma, la gale. « Pour les maladies chroniques de la peau, dit M. Cazenave, l'emploi du goudron, ris

MO

ai | MÉDICATION STIMULANTE. 515 assez souvent en usage, a étésuivi sinonde succès merveilleux, au moins le plus ordinairement de bons résultats. Willan et Bateman l'ont recommandé contre l'ichtyose. Je l'ai vu, dans un assezærand nombre de cas, à l'hôpital Saint-Louis, employé par M. Biet dans le traitement des affections squammeuses et'aussi dans celuitdu prurigo. J'ai vu rarement obtenir par ce moyen seul des guérisons complètes, mais souvent des

améliorations promptes et positives...»

PRÉPARATIONS, DOSES

Eau de goudron : elle se prépare de plusieurs manières : 1° en faisant infuser pendant plusieurs jours 1 partie de goudron sur 8 d’eau, filtrant et conservant dans des bouteilles cachetées; 2° en battant du goudron dans quatre fois son poids d’eau pendant quelques minutes; 30 en faisant macérer pendant 10 à 12 jours 1 partie de goudron sur 16 d’eau, ayant soin de remuer de

[temps en temps le mélange avéce une spatule de bois. La dose à prendre est de 500 à 1000 gr. par jour, coupée avec du lait.

Fumigations de goudron : « On met évaporer à un feu doux ‘une livre de goudron auprès du malade, en évitant qu’il ne bouille, parce que les vapeurs empyreumatiques lui seraient plus nuisibles qu’utiles. » Ou bien l’on met tout

* simplement dans la chambre du malade un vase contenant du goudron liquide, que l’on à soin de remuer de temps en temps avec une spatule afin de dégager une plus grande quantité’ de vapeur.

Pommade au goudron : elle se compose de 4 parties d’axonge et 1 partie de Pres ‘on ÿ mêle quelquefois une petite portion de laudanum. Très }em- “ployée contre le psoriasis, l'eezéma, la teigne, la gale, l’herpès. Il faut en continuer l'usage généralement pendant 2 ou 3 mois pour modifier avantageusement le psoriasis.

Sirop de goudron : faites digérer au bain-marie pendant 12 heures, en agitant de temps en temps, 1 partie de goudron et 1 d’éau de rivière ; laissez refroidir, décantez et filtrez; ajoutez à la liqueur le double de‘son poids de sucre, et faites fondre à une douce chaleur, Une cuillerée à bouche de ce siropreprésente un verre d’eau de goudron.

Poix.

La poix commune ou noire est une substance résineuse, molle, odorante, fusible, mflammable, se concrétant par son exposition continue à la chaleur ét perdant alors sa saveur et son odeur, qui se prépare en brülant les entailles faites aux pins et les filtres de paille qui ont servi à la préparation de la térébenthine. On appelle poix blanche ou de Bourgogne

la poix purifiée, fondue au feu, et passée à travers un lit de paille.

La poix de Bourgogne s'emploie à l'extérieur pour exciter la suppuration des furoncles, et comme rubéfiante de la peau, et révulsive dans les cas de douleurs rhumatismales, de lumbago, de toux chronique ou quinteuse. L'emplâtre de poix agit dans les affections catarrhales de la poitrine, non-seulement comme excitant-révulsif, mais encore comme substance” contenant de la térébenthine, laquelle se dégage et est absorbée par la peau sous l'influence de l'application continue et de la chaleur produite.

PRÉPARATIONS, DOSES

On étend sur un morceau de peau de grandeur voulue, à l’aide d’une spa tule, de la poix de Bourgogne préalablement ramollie par la chaleur pour | qu’elle soit plus malléable ; puis on applique l’emplâtre soit sur le point douloureux, soit pour entretenir à la poitrine une excitation favorable chez les catarrheux. Quelquefois on le saupoudre d’émétique afin de le rendre plus révulsif, cas où son application devient douloureuse en 2 ou 3 jours à cause des petits boutons pustuleux que fait naître le tartre stibié. * |

Colophone ou Colophane.

C’est le résidu de la distillation de la térébenthine. Elle entre dans la composition de plusieurs emplâtres. On s’en sert, réduite en poudre, en application sur les piqûres de sangsues, les coupures, comme absorbant des parties aqueuses du sang, et pour faciliter ainsi la coaguiation du cruor et arrêter l'hémorrhagie.

Créosote.

On donne ce nom à une huile volatile pyrogénée que Reichenbach a découverte dans le produit de la distillation du goudron. C’est un liquide un peu gras au toucher, d'abord un peu incolore, mais devenant brun sous l'influence de la lumière, dont la saveur est âcre, brûlante, très caustique, et l'odeur pénétrante, désagréable, qui rappelle celle de la fumée de certains bois. Il possède la propriété de conserver très

longtemps les substances animales, ce qui lui a valu son nom, dérivé de xpsas, chair, cwp:w, conserver; et c’est à la créosote qu’elle contient, selon Reichenbach, que la fumée doit son action conservatrice sur les viandes exposées à son contact. On a cherché à utiliser cette substance pour combattre et arrêter la mortification des os {carie} ou des parties molles (gangrène]); mais on n’a obtenu que des succès douteux. Aujourd’hui elle n’est plus guère employée que contre la carie dentaire; une goutte à peine portée dans la dent creuse à l'aide d’une petite boulette de coton imbibée fait cesser la douleur instantanément. Il faut avoir soin que le liquide ne touche pas à la muqueuse, tant à cause de son action caustique que de sa saveur très désagréable.

POIREAU. Allium porrum , L.

Cette plante potagère, du genre Aïl, famille des Liliacées (154, D), est cultivée dans tous les jardins; on en fait un grand usage comme aliment et comme condiment. « On prépare quelquefois des lavements avec des feuilles de poireau pour les rendre un peu stimulants dans les constipations, ou lorsqu'on veut provoquer une dérivation intestinale légère, » comme dans l’apoplexie ou la congestion cérébrale, etc.

S % RADIS. Raphanus, L.

Genre de plantes Cruciféres (292, N), qui comprend les variétés suivantes : 1° le Radis cultivé (R. sativus), à racine globuleuse ou napiforme d’une couleur rose ou blanche à l’extérieur, toujours blanche intérieurement; — 2° la petite Rave (R. vulgaris), variété de la précédente, à racine globuleuse, déprimée ou oblongue, blanche, rose ou rouge; —3° le Radis noir (R. niger), raifort des Parisiens, à racine volumineuse, dont l’épiderme est noir, rugueux, la chair dure et très piquante. — La Ravenelle|[R. raphanistrum), dont la racine est grêle, pivotante, qui infeste les moissons, et dont les graines, mêlées au blé, causent, en Suède, des épidémies cruelles d'une maladie appelée raphanie.

& v , " 515 PLANTES MÉDICINALES.

Les trois premières variétés sontemployées comme alimen- taires, et regardées, surtout la troisième, comme stimulantes, antiscorbutiques et digestives, pour ceux, bien entendu, dont les voies gastro-intestinales sont dépourvues de toute irvitation inflammatoire.

RAIFORT SAUVAGE. Cochlearia armoracia, L.

Grand-Raifort, Cochléaria de Bretagne, Cranson, Cran, Moutarde des capucins, des Aller mands, Moutardelle, Rave sauvage, etc,

Le Raïfort (pl. x1u, 2) croît naturellement dans les fossés, aux bords des ruisseaux, dans les lieux humides de la France, principalement en Bretagne. On le cultive dans les jardins, où il est connu sous le nom de radis noir.

Plante vivace de la famille des Cruciféres, genre Cochléaria (299, P) ; tige dressée. de près de 1 mètre d'élévation, rameuse en haut {1}, creuse, glabre, cannelée. Feuilles radicales très grandes, dressées, à longs et gros pétioles cannelés, ovales-lancéolées, un peu ondulées et d'un vert brillant; feuilles caulinaires inférieures oblongues, ordinairement pin- à natifides (2) : les supérieures lancéolées, entières ou crénélées. Racine renflée, charnue. æ

Fleurs blanches, en grappes rapprochées en une panicule terminale, présentant les caractères du genre, s'épanouissant

en juin-juillet. 4 pétales en croix, longuement M |

6 étamines tétradynames. Silicules longuement pédicellé subglobuleuses, à valves non earénées.

Propriétés, usages. C’est la racine que l’on emploie ; el] inodore tant qu’elle reste intacte; mais brisée ou div elle répand une odeur vive, ammoniacale, et sa saveur est piquante, chaude, amère, brûlante, qualités qu’elle doit à une huile aussi âcre que celle de la moutarde, et qu'elle perd par la coction et la dessiccation. Cette racine active est antiscorbutique, diurétique et anti-asthmatique dans quelques cireonstances, vomitivé à haute dose, rubéfiante à l'extérieur, mais {1} On n’a dessiné qu'un rameau, qui porte fleurs et fruits. (2) La seule figurée.

avant tout elle est fortement excitante. Les feuilles ent des propriétés analogues, mais à un moindre degré.

Comme antiscorbutique, le Raïfort sauvage jouit d’une réputation justement acquise, qui doit primer celle du cochléaria lui-même : aussi entre-t-il dans la bière, le vin et le sirop antiscorbutiques indiqués au Codex, lesquels sont prescrits journellement aux enfants scrofuleux, rachitiques, dont les actions vitales sont languissantes, ete.

Comme diurétique, cette plante a été employée avec succes par Sydenham, Hufeland et d’autres, dans les hydropisies. Sydenham en conseille particulièrement l'emploi dans les colleetions séreuses qui succèdent aux fièvres intermittentes. C’est un des médicaments qui ont offert le plus d'avantages dans le traitement de la néphrite albumineuse chronique pour combattre le symptôme le plus rebelle, l'infiltration séreuse. « J'ai vu, dit M. Rayer, l'hydropisie diminuer, ou même quelquefois disparaître complétement par l’action diurétique de la tisane de raifort sauvage. Plusieurs malades ont refusé de continuer cette boisson, parce qu'ils la trouvaient désagréable et qu'elle leur fatiguait l'estomac. J'en ai vu d’autres qu maloré la persévérance avec laquelle ils en font usage, n'en ont retiré aucun soulagement. Cependant de tous les diurétiques, c’est celui dont l'usage m'a paru offrir généralement le plus de chances de succès » (Traité des mal. des reins). M. Martin Solon confirme cette opinion : « Nous pensons, dit-il, que le Raïfort sauvage convient surtout dans les * casid'hydropisies accompagnées d’urines albumineuses lorsque | ’on peut attribuer l'affection à un état blafard et atonique des reins, avec tendance au ramollissement. »

Le Rafort,paraît porter quelquefois son action stimulante sur les bronches et agir comme expectorant dans les eatarrhes chroniques, l'asthme pituiteux, l'engorgement des voies respiratoires.

Ilagit comme purgatif et vomitif à dose élevée. Etmuller nous apprend qu'une femme hydropique fut guérie au moyen d’une infusion dans du vin blanc de la racine de Ræfort avec du cresson haché et pilé dans un mortier; ce mélange la pur-

geait par haut et par bas. — Le Raifort serait encore avantageux daus la leucorrhée et l'aménorrhée (Brennecke),. goutte (Bergius), le rhumatisme (Cullen), l'aphonie [Lanzor

Enfin, employée à l'extérieur, la racine de Raïfort sauvage peut remplacer la moutarde lorsqu'il s'agit d'agir révulsivement sur la peau. L'action de ce sinapisme est prompte et peut aller jusqu’à la vésication.

Récolte. Ce n’est qu'après la floraison qu'il convient de se procurer la racine de Raiïfort, dont l’activité est encore plus grande lorsqu'elle a atteint sa deuxième année. Si l'on se servait des feuilles, il faudrait, au contraire, les cueillir avant l'apparition des fleurs. Dans tous les cas, ces parties ne doivent être employées qu'à l’état frais. La racine est renflée, d'un blane jaunâtre à l'extérieur, plus blanche intérieurement et fibreuse : il faut rejeter celle qui est ligneuse.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (racine coupé: par fragments) : 15 à 30 gr. par kilog, d’eau.

Digestion : 30 gr. dans un litre de bière, avec addition de sirop simple. Hufeland a constaté les vertus de ce diurétique dans les hydropisies.

Macération (8 à 16 gr. par 500 gr. de vin blanc ou de bière] : 30 à 100 gr. par jour.

Suc : 15 à 30 gr. dans du vin, comme antiscorbutique.

Sirop : c’est la préparation qui a guéri les deux cas d’aphonie [enrouement ou extinction de la voix] dont parle Lanzoni.

Teinture : 8 à 16 gr. en potion.

Racine crue : coupée par morceaux ou râpée, on en peut faire le même usage que de la moutarde pour assaisonner les aliments.

Sinapisme : racine et feuilles fraîches pilées,

ROMARIN. Rosmarinus officinalis, L.

Romanion, Roumanis, Encensier, Herbe-aux-couronnes, Romarin des troubadours,

Le Romarin (pl. xuit, 2) habite les collines pierreuses, les basses montagnes du Languedoc et de la Provence, les bords de la Méditerranée. On le cultive dans les jardins. Apparte-

nant aux Labices (219, A), il offre les caractères spécifiques

que voici : ” Arbuste dé 2 à 3 mètres {mais plus petit dans les jardins), à rameaux nombreux, anguleux, opposés, droits, minces, de

la

couleur cendrée ; feuilles opposées alternativement en croix, sessiles, étroites, à bords entiers roulés en dessous, blanchâtres à la partie inférieure.

Fleurs d'un bleu pâle, en verticilles ou glomérules axillaires, formant épi au sommet des rameaux , s’épanouissant au printemps. Calice à 2 lèvres, dont l'inférieure est bifide; corolle bilabiée ; lèvre supérieure bifide, relevée ; lèvre inférieure réfléchie, à 3 lobes très profonds, dont le moyen est plus grand, arrondi; 2 étamines plus longues que la lèvre supérieure, attachées au haut du tube de la corolle, redressées et rapprochées l'une de l’autre; ovaire quadrilobé, style plus long que les étamines. Quatre graines nues.

Propriétés, usages. Le Romarin est célèbre dans les chants provençaux ; les anciens en tressaient des couronnes dont ils se couvraient la tête à certaines fêtes. Cette plante est très aromatique, d’une odeur forte, camphrée, agréable; d’une saveur chaude, amère, aromatique et piquante. On peut l’employer avec avantage comme stimulant, antispasmodique et nervin, dans les atonies, les dyspepsies indépendantes de toute inflammation ; dans la chlorose, les scrofules, les affections nerveuses où hystériques, les vertiges, les fièvres typhoïdes avec adynamie et prostration, ete. M.Cazin regarde ce remède comme un des meilleurs excitants antispasmodiques que l’on puisse opposer aux fièvres continues graves ; il dit l'avoir adopté définitivement dans le traitement de ces mala-. dies, lorsque les symptômes ataxiques dominent; il le joint quelquefois à l'écorce de saule ou à la racine d’angélique.

A l'extérieur, on emploie l’infusion aqueuse ou le vin de Romarin comme tonique, résolutif, antigangréneux ; on en prépare des bains fortifiants pour les enfants (224).

Récolte. On cueille les fleurs ou les sommités fleuries avant la floraison; les feuilles en tout temps, parce qu’elles sont toujours vertes. On les monde et fait sécher.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [fleurs] : 1 ou 2 pincées par kilog. d'eau. — {sommités) : 10 à 20 gr. par kilog. d’eau.

Alcoolat où Eau de lu veine de Hongrie : cette temture a été considérée comme une panacée, car la superstition voulait que la reine dont elle porte le nom l’eût préparée elle-même d’après une recette que lui avait remise un ange. Elle était employée à la dose de 4 à 8 gr. en potion, ou à l’extérieur en frictions sur les parties paralysées ou affectées de rhumatisme. L'eau de Cologne l’a remplacée dans les boutiques de parfumerie, l’eau de mélisse dans les phaxmacies.

Huile essentielle : 1 à 8 gouttes sur du sucre ou en potion.

Le romarin fait partie du vinaigre des Quatre-Voleurs, de l’orviétan, de l'alcoolat de mélisse, du sirop de stœæchas, du baume opodeldoch, ete.

ROQUETTE, Brassica eruca, L.

Chou-Roquette,

On trouve ce végétal (pl. xzur, 4) dans les champs incultes, les carrières, les décombres, principalement dans le midi de la France; genre voisin du chou, famille des Crucifères (2992, L).

Plante annuelle de 4 à 8 décim., à tige dressée, cylindrique, rameuse, rude, velue RQ eu feuilles lyrées, pinnatipartites, glabres, un peu charnues, à lobe terminal très ample, ovale-arrondi, denté, les latéraux oblongs.

Fleurs d'un blanc bleuâtre, ou jaunâtre, en grappes termi-

” nales lâches, dressées sur un court pédoncule, paraissant en

iljuin, et une seconde fois en automne. Calice à 4 folioles droles, conniventes, allongées, dont 2 plus courtes; corolle de 4 pétales en croix, longuement onguiculés ; 6 étamines tétradynames , ayant 4 petites glandes nectarifères à leur base. Silique dressée, bivalve et pluriovulée (1).

Propriétés, usages. ni Roquette a une odeur for , Surtout Lorsqu’ on, la froisse entre les doigts; une saveur piquante, âcre. Elle est stimulante, antiscorbutique. Les anciens poètes ol 1 médecins Jui ont fait une réputation d’aphrodisiaque qui

n rest pas solidement établie : sé:

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