‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 124 sur 177 · LI · texte numérisé non relu

LI

Excitet ut veneri tardos Eruca maritos.

: PT À * ,* À En Italie, dans le midi, ses feuilles servent d’assaisonne-

(1} Le rameau figuré porte des fleurs.et des fruits. PARA +

Poe 47

ment : on comprend que cet usage doive avoir plus d'inconvénients dans les contrées où les ordres monastiques sont nombreux que dans toute autre, si cette plante excite les fonctions génératrices. On l’a conseillée pour la paralysie de la langue ; mais, c’est tout simplement un antiscorbutique actif, tombé dans l'oubli. Elle ne se sèche pas.

La RoQUETTE SAUVAGE (Sisymbrium tenuifolium), fausse Roquette, est une plante vivace de 30 à 60 cent.; tiges rameuses, diffusées, glabres et lisses, comme les feuilles, qui sont longues , pinnatifides , à foliole terminale allongée; fleurs jaunes en grappes terminales allongées, ete. Ses propriétés sont les mêmes; odeur forte et fétide des feuilles froissées, douce et agréable dans les fleurs. On l’a conseillée comme diurétique étapéritive dans l’hydropisie; comme expectorante, incisive dans les catarrhes. Sa graine peut remplacer cellé de moutarde pour sinapismes.

SAPIN, Pinus picea, L.; Abies pectinata, D. C. Sapin commun, Sapin argenté,

Arbre commun dans les Vosges, en Auvergne, dans les Alpes surtout, genre dela famille des Coniféres (165, B), très

rapproché du pin. Ces deux genres différent l’un de l'autre:

1° par leur port: les pins imont le lus souvent une tête tout P P' P P

fue, tandis que les Sapins ont une forme pyramidale ; 2° par .

leurs feuilles : elles sont solitaires dans les Sapins,, et non géminées ou fasciculées comme celles des pins ; 3° par leurs organes reproducteurs : dans les Sapins, les chatons mâles sont 0 simples , et leurs cônes ont des écailles planes,

ices , non renflées à leur sommet comme dans les pins:

Propriétés, usages. Le Sapin fournit les substances résineuses dont nous avons parlé à propos du pin; on en retire la térébenthine dite de Strasbourg. Les usages dans lessarts et l'industrie de ces arbres ont déjà été signalés au $ 166.

En thérapeutique, on emploie les bourgeons de Sapin dans les affections catarrhales des bronches et des voies urinaires

surtout, dans les hydropisies, le sconbut. « L'infusion des E

bourgeons de sapin s'emploie dans les mêmes circonstances que l’eau de goudron, et il est certain qu’elle jouit d’une action antiscorbutique justement célèbre. Ses propriétés diurétiques ne sont pas moins fondées. La bière sapinette ou antiscorbutique, dans la composition de laquelle entrent ces bourgeons, fait suffisamment foi de cette qualité précieuse » (Trousseau et Pidoux).

Récolte. Ce sont les boutons en chatons que l'on cueille avant leur développement, aux mois de février ou de mars. Ils ont la forme de petits cônes pointus, couverts d’écailles rougeâtres, minces, luisantes. Ils contiennent beaucoup de résine qui leur communique une odeur de térébenthine et une saveur amère résineuse. Ils se conservent très facilement secs. Seulement, dans le commerce, on les trouve souvent confondus avec ceux du faux sapin, espèce dont les feuilles sont éparses, nombreuses, presque tétragones, étroites et piquantes, et avec les bourgeons de quelques pins.

L | PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau.

Décoction : mêmes quantités.

SARRIETTE. Satureia hortensis, L.

Sarriette des jardins, Sauriette, Savourée, Sadrée.

C'est une Labiée (pl. xzu, 5) du midi de la France que l'on cultive facilement dans les jardins du Centre et du Nord. Ses . caractères génériques ont été indiqués (219, R).

Plante annuelle de 20 à 30 cent. environ, à tige dressée raide, rameuse au sommet surtout, poilue, d'un vert rou- geâtre ; à feuilles opposées, lancéolées-linéaires, atténuées à la base en un court pétiole, les jeunes pubescentes. ÉER

Fleurs d'un blanc rosé ou lilas ponctué de rouge, assez pe tites, disposées 2-3 à l'extrémité de RTE axillaires" (juillet-août). Calice tubuleux, strié, à 5 dents; corolle tubuleuse et bilabiée, à lèvre supérieure droite, échancrée, l'inférieure étalée à 3 lobes, dont le moyen est légèrement plus

grand et émarginé ; 4 étamines rapprochées par paires sous la "

lèvre supérieure, les 2 inférieures plus longues; style sétacé à 2 stigmates recourbés.

Propriétés, usages. La Sarriette est très aromatique; son odeur est forte, pénétrante, agréable d’ailleurs, mais sa saveur est piquante, presque caustique. Elle se rapproche du thym, du serpolet, du pouliot par ses propriétés, qui sont stimulantes, toniques. On l’a employée autrefois comme antispasmodique, carminative, expectorante, vermifuge; mais aujourd'hui elle est complétement inusitée, peut-être parce qu'elle est d’un emploi assez fréquent en cuisine. Cependant cette plante paraît devoir être très utile comme vermifuge et antipsorique.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (sommités) : 4 à 8 gr. pour 750 gr. d’eau, à prendre par tasses dans la matinée, contre les vers (F: Dubois). — 15 à 30 gr. pour 1 kilog. d’eau en lotions deux fois le jour contre la gale.

La SARRIETTE DES MONTAGNES (Sat. montana) est une plante sous-frutescente à odeur aromatique pénétrante, qui peut remplacer avantageusement la précédente, mais qui est plus rare.

SAUGE. Salvia officinalis, L.

Sauge cultivée, Petite-Sauge, Sauge franche, Herbe sacrée, Sale, Thé de France. +

La Sauge (pl. xzur, 2) habite les contrées méridionales de la France; mais on la cultive dans les jardins, où elle fleurit en juin-juillet.

Plante sous-frutescente, de la famille des Labiées (219, B), à tige quadrangulaire, pubescente, rameuse; feuilles opposées, oyales-lancéolées , “pétiolées , finement denticulées sur les bords, à surface comme chagrinée; les jeunes tomenteusesblanchâtres.

Fleurs d’un rose lilas ou violacées, disposées en une sorte d'épi formé de verticilles ou glomérules rapprochés (juinjuillet); bractée cordiforme-aiguë à chaque fleur. Celle-ci se compose ainsi : calice tubuleux à 5 dents égales très aiguës ; corolle bilabiée; lèvre supérieure en forme de casque, non

comprimée; l'inférieure à 3 lobes dont le moyen est plus large, émarginé, échancré ; les latéraux courts et réfléchis (1). La gorge est garnie de poils. Étamines 2, à filets très courts, articulées avec un connectif transversal qui porte à ses deux extrémités une loge fertile; 2 étamines supérieures rudimentaires ou nulles (2); style dépassant longuement la lèvre supérieure de la corolle. 4 akènes ovoïdes trigones.

Propriétés, usages. La Sauge est aromatique, chaude, tonique-stimulante, propriétés qu'elle doit à une huile-essentielle, au camphre, à un principe amer, et de l’acide gallique qu'elle contient. Elle agit comme excitante, antispasmodique, emménagogue, diaphorétique, cordiale, céphalique, ete. , suivant les circonstances et les doses.

Les anciens ont célébré cette plante, dont les vertus étaient au-dessus de tout éloge, ainsi que le prouve le vers suivant :

. « . « 2 Cur moriatur homo 'eui Salwia crescit in horto ? LPS.

De nos jours, cette immense réputation est bien ‘déchue : car voici à peu près quels sont les services réels qu’elle peñt rendre. « L'infusion de sauge, dit Deslandes, provoque de la chaleur dans l'estomac, exeite notablement la sécrétion urinaire, modifie le système nerveux, etc. » La Sauge était considérée comme un aleæipharmaque ou chasse-poison, c'est-àdireun agent préservatif des maladies putrides ou infectieuses. Elle peut, en effet, être employée utilement dans les ‘affections typhoïdes à forme muqueuse. « L'infusion de sauge ou teucrium, disent MM. Trousseau et Pidoux, imprime plus de résistance et de stabilité au système nerveux frappé de stupeur et d'ataxie, active en mêmetemps la circulation et rend de la fièvre aux malades, fièvre nécessaire, indispensable dans une certaine mesure, sous peine de décomposition prématürée de l'organisme, et de mort par-empoisonnemérit miasma-

{1} La petite figure détaché: représente la corolle fendne dans toute sa longueuxéntre le Jobe moyen et le lobe latéral gauche. (2) Ones aperçoit sur la figure,

tique et défaut de réaction, ou sous peine de prédominance exclusive des accidents nerveux et de mort par réaction vicieusé. »

La Sauge a donc une action marquée sur le système nerveux. ù

Salvia confortat nervos manuwmque tremorem tollit.

On l’a placée parmi les céphaliques etles nervins (V. p.475) et on en a éprouvé les bons effets dans les tremblements des membres, les vertiges, les paralysies, les fièvres adynamiques. :

Cette plante est antidiarrhéique, comme la plupart des aromatiques d’ailleurs. Quelques auteurs la regardent presque comme un spécifique contre le muguet des enfants, étant employée en tisane, lotions et gargarismes..:

Elle jouit de la propriété d'activer les fonctions de la peau, d'exciter la sueur, et cependant on l’administre aussi pour arrêter les süeurs débilitantes, immodérées. Cette contradiction n'est qu'apparente : lorsque les forces vitales se concentrent à l'intérieur et qu'il n’y a pas de tendance expan- Sive vers la peau, la Sauge, en activant la circulation, provoque ce mouvement centrifuge des courants ; que si, au contraire, les sueurs trop abondantes résultent d’un état de faiblesse générale, d'un manque de vitalité ou d'harmonie organique, la Sauge, en rétablissant l'équilibre, les fait cesser. M. Cazin, dont le nom revient chaque fois qu’il s’agit d’expérimentations sur les vertus des plantes indigènes, assure que l’infusion de Sauge administrée à froid lui a réussi pour diminuer les sueurs nocturnes et les diarrhées colliquatives des phthisiques ; il La aussi administrée avec succès, édulcorée avec le sirop de coing, dans les diarrhées abondantes des enfants à la mamelle. “

A Fextérieur, la Sauge n’est pas moins précieuse. « Ses vertus cicatrisantes sont indubitables, disent MM. Trousseau et Pidoux, et nous avons vu plusieurs fois les ulcères atoniques des jambes se fermer, se couvrir d’un tissu cutané nou-

veau par l'application dé compresses imbibées de vin cuit avec

la Sauge et le miel, et même d'une simple décoction de Sauge. Les pansements ainsi faits sont aussi fort utiles aux ulcères scrofuleux des joues. Il est encore très certain qu'il suffit de toucher les aphthes des enfants, des femmes grosses, avec un pinceau trempé dans une décoction vineuse de Sauge pour les voir disparaître. »

« Dans les nombreuses maladies contre lesquelles je la recommande, dit Gauthier, il ne faut pas oublier que toutes les fois que les malades sont d’un tempérament sanguin, ou sont excitables, et que la maladie a un caractère inflammatoire, on doit proscrire la Sauge, dont alors les effets seraient fàcheux. Cependant les cas où elle est utile sont si fréquents qu'on peut la considérer comme une des meilleures plantes que nous connaissions. Ses propriétés ont paru si remarquables aux anciens qu'ils lui ont donné le nom de salvus ou salvere, sauver, » d'où celui de Sauge. ;

Récolte. Elle se fait au temps de la floraison pour les sommités fleuries, avant la pousse des tiges florales pour les feuilles. On trouve ces parties dans le commerce, et onles reconnaît aussi bien sèches que vertes, à l'aspect cendré et cha-, griné des feuilles, aux tiges carrées, surtout à l'odeur aromatique qui prend plutôt de la force qu’elle ne diminue après la dessiccation. La Sauge qui croît naturellement dans le Midi est plus active que celle qu'on cultive; cette dernière néanmoins est la seule employée.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [feuilles) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau pour tisane; — 30 à 60 gr. pour même quantité d'eau, en lotions, fomentations, gargarismes toniques, antiseptiques, résolutifs.

Vin : 60 à 100 gr. — Van Swieten le prescriv ait souvent contre les sueurs nocturnes qui affaiblissent les individus convalescents de fièvres. Il l’employait aussi chez les nourrices qui ont sevré pour arrêter la sécrétion du lait. Nous avons vu aussi que la menthe est antilaiteuse,

Poudre : 1 à 4 gr.

Suc : 4 à 16 gr.

Huile essentielle : 2 à 12 gouttes et plus en potion,

Quant aux autres usages externes de ln Sauge; nous renvoyons au $ 290.

Le genre Sauge comprend plusieurs variétés qui jouissent de propriétés analogues. Ce sont :

La Sauce Des PRÉS (Salvia pratensis), dont la tige est herbacée, dressée, haute de 3 à 8 décim.; les feuilles ovales, doublement crénelées, ridées ; les radicales très amples, cordées, en rosette ; les caulinaires plus petites, sessiles. — Fleurs bleues : calice à lèvre supérieure 3-dentée; corolle assez grande, beaucoup plus longue que le calice, ete. (mai-juillet).

La TouTEe-Bonne ou ORvALE (Salvia sclarea) a 4 à 8 décim.; tige dressée, très rameuse, velue, laineuse; feuilles opposées très amples, ovales-oblongues, crénelées-dentées, épaisses et rugueuses, — Fleurs d'un bleu lilas : calice à dents pointues ; corolle grande dépassant le calice, à lèvre supérieure courbée en faulx; style dépassant de beaucoup la lèvre supérieure de la corolle [juin-août).

La SAUGE Hermin (Salvia horminum) a les fleurs bleues ou pourpres , en verticilles soutenus par de larges bractées colorées qui la caractérisent. On lui a attribué des propriétés aphrodisiaques et anti-ophthalmiques qui ne sont qu'imaginaires.

La Sauce pes Bots (T'eucrium scorodonia), Germandrée sauvage, qui est une Germandrée par conséquent, est une plante vivace, à plusieurs tiges rapprochées, de 3-6 décim., herba-, cées, dressées, pubescentes, rameuses en haut; feuilles opposées alternativement en croix, oblongues-cordiformes, ridées, blanchâtres à la face inférieure, dentées. — Fleurs Jaunâtres, solitaires à l'aisselle de bractées opposées, disposées en grappes terminales, nombreuses {(juillet-septembre). Corolle dont la lèvre supérieure est remplacée par 4 étamines purpurines et 1 style à signe bifide; 4 graines nues au fond du calice.

Elle se rapproche du RE dont il est question ci-contre, par ses propriétés. On l’a employée comme antivénésienne et anti-hydropique, mais elle est tombée dans l’oubli.

+ SCORDIUM. Teucrium scordium, L.

Germandrée aquatique,

La Germandrée aquatique (pl. xxxvrr, 5) croît dans les lieux

marécageux, les prairies humides, au bord des étangs, des fossés.

Plante vivace, de la famille des Labiées, genre Germandrée (219, F), à tiges herbacées, de 1 à 6 décim., couchées, radicantes à la base, puis dressées, pubescentes, grisâtres, creuses, carrées, rameuses (1). Feuilles opposées, sessiles, oblongues, fortement dentées, d’un vert blanchâtre qui devient plus tard plus foncé.

Fleurs purpurines ou violacées, au nombre de deux dans l'aisselle des feuilles, s’ouvrant en Juin-octobre. Calice petit, tubuleux, poilu, à 5 divisions lancéolées (2); corolle à lévre inférieure trilobée, dont le lobe moyen est beaucoup plus grand, concave; lèvre supérieure remplacée par 2 dents entre lesue sortent les étamines et le pistil(3)}; 4 étamines rap- P ochées, parallèles. Akènes obovales, glabres.

Propriétés, usages. Le Scordium est amer; ses feuilles froissées entre les doigts répandent une odeur alliacée, ce qui engageait Rusbec à s’en servir dans la peste, ainsi que d’autres médecins dans les fièvres malignes, les typhus, les maladies contagieuses : car cette plante à joui de toute antiquité d'une réputation antiputréfiante. Galien raconte que les cadavres se corrompent moins vite aux lieux où elle croît.

Le Scordium est tout simplement tonique, un peu plus excitant que la germandrée ; il aiguise l'appétit, facilite la digestion; et, stimulant les actions vitales, il peut agir tantôt comme carminatif, emménagogue, ou diurétique, ou anthelminthique, ete., selon les circonstances de son administration

{1} On n’a représenté qu’un rameau fleuri.

(2) On peut les compter sur la petite figure détachée représentant le pistil et le calice,

(3) L'autre figure montre la corolle ouverte par une incision longitudinale du côté de la lèvre supérieure qui manque,

et l'idiosyncrasie des sujets. Cette incertitude dans ses propriétés est sans doute la principale cause de son abandon. Cette plante entre dans la composition du diascordium, électuaire auquel elle a donné son nom et qu’on emploie comme tonique-astringent et légèrement calmant, car il contient un peu d’opium.

Récolte. Elle se fait pendant la floraison. En séchant, la plante perd en grande partie son odeur alliacée, quoiqu’elle se conserve assez bien du reste; s’il n’y a plus trace de cette odeur, il faut la refuser : elle est trop vieille. Le Scordium qui croît dans le Midi a probablement plus d'action que celui des autres parties de la France.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (sommités) : 3 ou 4 pincées par pinte d’eau, à laquelle on peut ajouter un dixième de vin, comme tisane tonique, stimulante. Suc : 15 à 30 gr.

Diascordium : vieil électuaire polypharmaque dans lequel entre le scordium ; 2 à 8 gr. enbols ou potion, comme astringent-calmant contre la diarrhée.

SCROPHULAIRE, Scrophularia nodosa, L.

Scrophulaire noueuse, Scrophulaire des bois, Grande-Scrophulaire, Herbe aux

hémorrhoïdes,

Plante de 60 à 90 cent. (pl. xvir, 1), vivace, à tiges robustes, dressées, glabres, quadrangulaires, rameuses en haut{l); feuilles opposées, pétiolées , ovales-lancéolées , les supérieures moins larges , cordiformes à la base, inégalement dentées , glabres, un peu blanchâtres en dessous.

Fleurs d'un brun rougeâtre ou pourpre foncé, disposées en une panicüle non feuillée formée de petites grappes opposées (juin-août), ayant les caractères assignés aux Scrophulariacées (212, A). Calice petit à 5 lobes arrondis, herbacés ; corolle monopétale à tube court, renflé , dont le limbe est à 4 découpures, comme bilobé : la lèvre supérieure plus longue, bilobée, l'inférieure à 3 lobes plus petits ; 4 étamines très courtes , di-

(1) Un ramean fleuri seul est figuré.

dynames , une cinquième étant avortée(1). Capsule globuleuse acuminée à 2 loges plurispermes.

Propriétés, usages. Cette plante qui est amère et d’une odeur forte, nauséeuse, a joui d’uneréputation populaire très grande dans le traitement des deux maladies suivantes : 1° les scrofules, qui lui ont donné le nom qu'elle porte; 2° les hémorrhoïdes, d’où l’une de ses dénominations vulgaires.— Pour ce qui concerne la première de ces affections , nous dirons avec Gauthier : « Dans le nombre des spécifiques , aujourd'hui très restreint, on ne comprend plus la scrophulaire. Ce n’est pas qu'elle soit dépourvue d'action; elle produit au contraire une excitation n'ayant pas un caractère particulier qui la recommande plus que tout autre amer aussi actif ; il vaut mieux la remplacer par le houblon etlagentiane, dont les effets ne sont pas douteux dans les écrouelles, que de continuer de donner la scrophulaire sur la foi d'un nom ou plutôt d'un titre usurpé. »

« Quant au nom d'herbe aux hémorrhoïdes qui lui est presque aussi souvent donné, continue Gauthier, il n’est pas mieux justifié dans la pratique. Le raisonnement le plus simple, d'ailleurs, suffirait pour l’exclure du traitement des hémorrhoïdes, même en ne la considérant que sous le rapport de son action locale. Ainsi les tumeurs hémorrhoïdales sont douloureuses ou indolentes. Dans le premier cas, la scrophulaire doit être exclue du traitement parce qu’elle est irritante; ou que, si on l'applique en cataplasme ou sous forme d'onguent, l'abondance de la graisse dans celui-ci, ou de l'humidité dans l’autre, fait qu'il n’en résulte que l'effet d'un émollient, et alors ce n’est plus la scrophulaire qui agit. »

Récolte. La Scrophuluire se trouve dans les lieux frais , les bois humides, les fossés, aux bords des rivières et des ruisseaux. On recueille la plante avant la floraison, et on arrache les racines à l'automne ou au printemps pour les sécher. Ces racines sont noueuses , rampantes , etc’est sans doute la ressemblance de leurs tubercules avec les tumeurs hémorrhoï-

(1) Ainsi que le montre la figure détachée,

dales qui a valu à la plante sa grande renommée , à tel point qu’on a assuré qu'il suffisait d'en porter sur soi pour se guérir ou sepréserver des hémorrhoïdes. Sèche, la Scrophulaire reste amère, mais perd son odeur; sa racine elle-même reste peu sapide.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (feuilles) : 15 à 30 gr. par kilog d’eau; — 30 à 60 gr. pour lotions.

Décoction {racine} : mêmes doses.

On applique les feuilles écrasées en cataplasmes sur les tumeurs scrofuleuses,

On prépare un onguent en pilant les racines avec du beurre frais et en mettant le mélange pendant 15 jours à la cave dans un pot de grès bien bouché, Excellent pour la goutte, les hémorrhoïdes, les dartres, la gale [Chomel).

SCROPHULAIRE AQUATIQUE. Scrophularia aquatica, L.

Herbe du siége, Bétoine d’eau,

Plante vivace (pl. xznr, 3), variété du genre Scrophulaire (212, A), à tiges de 5-10 décim., quadrangulaires, robustes, lisses, glabres ; feuilles opposées pétiolées, ovales-oblongues, légèrement cordées à la base, presque glabres, crénelées, un peu plus grandes que celles de l’espèce précédente.

Fleurs d'un rouge brun ou de couleur de fer, en panicule non feuillée formée de petites grappes opposées {juin-août). Calice à lobes suborbiculaires, membraneux aux bords ; corolle à Embe bilabié, lèvre inférieure trilobée; 4 étamines fertiles, la 5° réduite à un appendice occupant la base de la lèvre supérieure , etc.

Propriétés, usages. L'Herhe du siége, ainsi appelée parce qu'on en fit usage , dit-on, lors du siége de la Rochelle, pour guérir les plaies, est amère et d'une odeur désagréable. Les propriétés sont d'ailleurs analogues à celles de la Serophulaire noueuse, sauf qu’elles sont plus actives. Selon M. de Candolle, ses feuilles sont purgatives , vomitives même à hautes doses. Bouillies avec le séné, elles corrigent sa saveur désagréable, mais en lui en communiquant une autre très amère.

Récolte. La Scrophulaire aquatique habite les lieux humides, les fossés aquatiques : c’estlà qu'ilfaut aller cueillir ses feuilles dans l'été , et ses racines au printemps et à l'automne.

SERPOLET. Thymus serpillum.

Thym-Serpolet, Pillolet.

Plante de 10 à 15 cent., à tiges nombreuses , sous-frutescentes à la base, rameuses et touffues, couchées, puis redressées dans leur partie supérieure; feuilles petites, opposées, ovales, glabres , rétrécies en forme de pétiole en bas,

Fleurs purpurines, petites , verticillées, présentant les caractères du genre Thym, famille des Lubiées (219, K).

Propriétés. Elles ne différent pas de celles du thym, auquel nous renvoyons; elles sont moins actives toutefois. Le Serpolet n’est pas sans avoir été recommandé contre une foule d’affections , soit comme stomachique, antispasmodique, expectorant, emménagogue ou anti-flatulent , etc. Il est tout cela, sans doute, et pourtant son emploi est peu répandu.— C'est un remède populaire contre les flueurs blanches par atonie générale. Linné lui attribue la propriété de dissiper l'ivresse et la céphalalgie qu'elle cause. Enfin, pour citer du merveilleux, « M. Ray, dit Chomel, rapporte qu'elle est merveilleuse pour faire recouvrer la parole aux apoplectiques, sur le témoignage du docteur Soame. »

Le Serpolet sert aux usages extérieurs auxquels on soumet les Lahiées en général (220).

Cette plante se récolte dans l'été sur les pelouses sèches, les collines où elle est vivace. On la sèche entière et fleurie; par la dessiccation elle ne perd aucune de ses propriétés.

PRÉPARATIONS , DOSES

Infusion (sommités fleuries) : 5 à 15 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 2 à 4 gr. dans du vin ou du miel.

SISYMBRE SOPHIE. Sisymbrium sophia, L.

Sagesse des chirurgiens, Thalictron.

Plante de 3-9 décim. (pl. xxn, 1}, à tige dressée, rameuse

en haut; à feuilles bi-tripinnatiséquées, à segments linéaires étroits entiers ou incisés.

Fleurs jaunes, présentant les caractères génériques des

Crucifères (292, F). Pétales plus courts que le calice, parfois nuls par avortement (avril-octobre). Siliques glabres, grêles , ascendantes , à pointe très courte.

Propriétés. « La réputation de cette plante comme vulnéraire l'a fait appeler Sophia chirurgicorum ; on appliquait ses feuilles contuses sur les plaies; on donnait leur décoction contre la diarrhée, le crachement de sang, la leucorrhée , ete. On employait aussi ses graines comme vermifuges, fébrifuges, anti- | néphrétiques, à la dose d’un gros {4 gr.)..... » (Mérat et Delens).

Récolte. Cette plante est commune dans les décombres, les carrières, sur les vieux murs et le bord des chemins, où il faut la recueillir pendant la floraison, à moins qu’on ne veuille se procurer la graine , partie qui porte plus spécialement lenom de thalictron.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [plante} : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau.

Suc : il est utile, dit-on, pour le crachement de sang, les flueurs blanches

« Semence : on la donne à la dose d’un gros!{4 gr.) pour arrêter les cours de ventre : c’est un remède fort familier aux pauvres, et tous les auteurs conviennent de cette propriété » [Chomel).

« Toute la plante pilée et appliquée extérieurement guérit les blessures et nettoie les ulcères » {id.).

SOUCI. Calendula officinalis, L.

Souci officinal, Souci des jardins.

On trouve le Souci (pl. xum, 4) dans les champs, les lieux cultivés , les terrains remués des départements méridionaux ; mais particulièrement dans les jardins où il est cultivé pour ornement. Appartenant aux Synanthérées (2357-40, M), il présente les caractères spécifiques suivants :

Planteannuelle de 30 à 45 cent., à tige dressée, anguleuse, striée-velue, rameuse; feuilles alternes, sessiles-embrassantes, pubescentes, oblongues-lancéolées, lâchement sinuées-dentées ; racine fusiforme, blanche, chevelue.

Fleurs jaunes , grandes , en capitules solitaires et terminaux sur de longs pédoncules , se montrant presque toute l’année ;

fleurons du centre 5-fides avec 5 étamines synanthèrés etstyle renflé supérieurement, la plupart stériles ; demi-fleurons de la circonférence femelles et fertiles ; involucre à folioles égales bisériées ; réceptacle presque plan, sans paillettes. Akènes irréguliers.

Propriétés, usages. L'odeur de cette plante est aromatique, forte, un peu vireuse, désagréable ; sa saveur est un peu amère et âcre, plus prononcée dans la racine et les feuilles que dans les fleurs. De nombreuses propriétés ont été accordées au Souci, par les habitants de la campagne surtout, qui le considèrent comme propre à pousser les sueurs , les urines, les menstrues, à guérir les scrofules , les pâles couleurs , la fiévre , etc.

Cette plante est stimulante en effet, et comme telle elle peut agir de ces différentes manières, suivant les circonstances particulières de son administration. Elle est emménagogue dans les cas d’atonie générale chez la femme; si cette atonie est locale , elle sera plus efficace étant employée en fumigations dirigées vers ou dans le vagin, que prise en tisane.

On la prescrit encore comme antispasmodique, dans l'hystérie et les affections nerveuses qui en dépendent; comme fondante dans la jaunisse, les serofules; comme fébrifuge , ete.

Le Souci est usité à l'extérieur : pilé et appliqué sur les tumeurs scrofuleuses ulcérées , il a paru les modifier avantageusement. Suivant Hecquet, les feuilles fraîches écrasées sur les verrues font disparaître ces excroissances. — Cependant c'est un médicament abandonné par des médecins.

On peut récolter ses fleurs pendant tout l'été, ainsi que les sommités des tiges, pour les employer fraîches, car la dessiccation leur fait perdre leurs propriétés.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau, Suc exprimé : 100 à 150 gr.

Décoction : pour fomentations, lotions, injections. .… Murhsbeck a rapporté deux cas de vomissements chroniques traités avec suecès par l'extrait de souci à la dose de 20 centig. cinq fois par jour.

Les fleurs macérées dans du vinaigre paraissent réussir à faire disparaître les verrues.

Le Soucr pes champs [Calendula arvensis), où Souci de vigne, se distingue par ses capitules beaucoup moins amples, sa tige moins élevée, ses graines hérissées d’aspérités sur le dos, etc. Ses propriétés et usages sont analogues à ceux du Souci des jardins. Les fleurs passent pour cordiales, sudorifiques. On le trouve dans les vignes, les champs, où il fleurit pendant tout l'été.

THYM. Thymus vulgaris, L.

Ti, Frigoule, Pote,

LeThym commun croît spontanément dansles départements méridionaux de la France, sur les coteaux secs et rocailleux. On le cultive dans tous les jardins comme aromate.

Plante sous-frutescente petite, de la famille des Labiées (219), de 15 à 25 centim., à tiges rameuses , redressées, portant des feuilles opposées , sessiles, petites et roulées sur les côtés, ce qui les fait paraître linéaires-lancéolées, pubescentes en-dessous, ayant souvent à leur aisselle des fascicules de feuilles plus petites.

Fleurs roses ou purpurines ;: rarement blanches , en verticilles formant épis terminaux [juin-octobre), présentant les caractères assignés au genre Thym (219, K): 4 étamines didynames recourbées et divergentes; style dépassant la corolle. Quatre petits akènes.

Propriétés, usages. Chacun connaît l’arôme prononcé, agréable du Thym, si recherché des abeilles ; sa saveur aromatique, amère et piquante. Cette plante est très employée dans l’art culinaire ; peut-être est-ce à cause de cela que l’on met si peu d'empressement à s’en servir en médecine. Cependant elle est stimulante, tonique, stomachique, propre à relever les forces, à remonter l'estomac débilité, à remplacer avantageusement le serpolet, dont les propriétés sont moins prononcées.

A l'extérieur, on l’emploie de différentes manières, comme tonique et résolutive. Van Swieten combattait le lumbago au

moyen des fumigations de Thym dirigées sur la partie douloureuse pendant une demi-heure. — M. Cazenave a traité la gale par des lotions avec l'infusion de Thym, et il a eu à s'en louer. — Quant aux bains, litiéres, matelas, préparés avec cette Labiée, nous renverrons le lecteur au $ 224.

Récolte. Elle doit se faire en peine floraison ; on dispose la plante mondée en guirlandes, et on la porte au séchoir.

PRÉPARATIONS , DOSES

Infusion (sommités) : 4 à 15 gr. par 500 gr. d’eau; — 60 gr. par kilog. d’eau, avec addition de 280 gr. de vinaigre, pour lotions contre la gale trois fois par jour (Cazenave).

Huile essentielle : 2 à 5 gouttes en potion pour apaiser la colique venteuse, fortifier l'estomac, pousser les mois et les urines [Chomel). — On en met sur les dents cariées, comme celle de girofle, pour calmer l’odontalgie,

VÉRONIQUE. Veronica officinalis, L.

Véronique officinale, Véronique mâle, Thé d'Europe.

La Véronique (pl. xux, 4) est assez abondante dans les bois, sur les coteaux arides de toute la France.

C’est une plante herbacée, vivace, de la famille des Scrophulariacées (242, J), de 15 à 25 cent. de hauteur, à tiges presque ligneuses, couchées et rampantes à la base, redressées supérieurement ; feuilles opposées, pétiolées, ovales-dentées, molles, très pubescentes et d’un vert jaunâtre.

Fleurs d’un bleu pâle ou blanches rosées, à pédicelles munies de bractées, formant grappes au sommet d’un pédoneule axillaire dépourvu de feuilles (mai-juillet). Calice à 4 divisions velues ; corolle infundibuliforme, à 4 divisions étalées, inégales ; tube court dépassant le calice ; 2 étamines saillantes et divergentes ; ovaire bicarpellaire; style indivis. Capsule en cœur surmontée du style persistant [1).

Propriétés, usages. La plante est peu odorante, mais d'une saveur amère un peu styptique. C’est un léger tonique exci-

(1} La figura représente un épi portant fleurs épanouies en haut, au-dessus des fleurs fécondées n'ayant plus de corolle, plus bas enfin des fruits, c’est-àdire des capsules cordiformes,

tant auquel on s’est plu à attribuer toutes sortes de vertus. On l’a vantée, en effet, contre les affections caleuleuses, les maladies de la peau, le scorbut, les hémorrhagies, les dyspepsies, les flatuosités, et même la stérilité chez les femmes. Hoffmann la recommande dans la phthisie, le catarrhe pulmonaire, l'engoûment des bronches ; et de fat, elle agit plutôt comme expectorante, vulnéraire, que de toute autre manicre ; mais son usage est à peu près abandonné.

La récolte se fait pendant la floraison ou après ; on doit rejeter toutes les feuilles rouges ou noires. La dessiccation ne fait rien perdre à cette plante de ses propriétés,

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau.

Les paysans emploient les feuilles séchées en guise de thé,

La VÉRONIQUE cHAMœDRYS, très voisine de la précédente, est inusitée. Il ne faut pas la confondre avec le teucrium chamædrys, qui est la germandrée petit-chêne, plante que désigne le mot Chamædrys dans le Codex.

La VÉRONIQUE BECCABUNGA est parmi les expectorants.

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