MÉDICATION DIURÉTIQUE. | 589 PRÉPARATIONS, DOSES
Baies fraîches et mûres : de 6 à 20 gr. par jour; — leur suc jusqu'à 30 gr.
Infusion (baies) : 15 à 60 gr. par kilog. d'eau.
Poudre | tiges, capsules, baies] : 4 à 16 gr. en une seule ou en plusieurs fois, dans de l’eau ou du vin, comme fébrifuge. C’est la préparation qu’emploie M. Gendron.
Vin (30 gr. de feuilles, tiges ou fruits, qu’on fait macérer pendant 8 jours dans 1 kilog. de vin) : 15 à30 gr. comme diurétique; — 60 à 100 gr. comme fébrifuge.
Décoction [plante entière} : 60 à 120 gr. par kilog. d’eau, pour lotions, fomentations, injections calmantes.
ARRÊTE-BOEUF. Ononis spinosa, L.
Bugrane, Bugrane épineuse, Bougrane, Bougraine, Ononis.
C'est une Légumineuse [272-73, D; pl. xivit, 2) qu'on trouve dans les champs incultes, les lieux stériles, les pâturages médiocres, etc.
Plante vivace à tiges de 30 à 60 cent., couchées-étalées et rameuses , à rameaux avortés-épineux , pubescentes et légerement visqueuses; feuilles trifoliées, pétiolées, les supérieures souvent unifoliées, stipulées et finement dentées. Souche ligneuse longuement traçante.
Fleurs roses, axillaires, brièvement pédonculées, disposées en grappes feuillées terminales {juin-septembre). Calice velu à 5 divisions linéaires ; corolle à étendard très ample, rayé de lignes plus foncées, dépassant les aïles ; carène prolongée en bec; étamines monadelphes; style ascendant vers son tiers supérieur. Légume renflé, pubescent, dépassé par les divisions du calice.
Propriétés, usages. La racine de Bugrane a très peu d’odeur, une saveur douce et sucrée; le reste de la plante est inodore et presque insipide. Dès les temps les plus reculés, la racine a été employée comme diurétique, apéritive. Galien et Dioscoride parlent de ses avantages dans les calculs vésicaux. Bergius dit lavoir administrée avec le plus grand succès dans l'ischurie provenant de la présence des calculs dans la vessie, comme si les diurétiques, quels qu’ils soient, pouvaient quelque chose contre la pierre! D'autres médecins ont prétendu
s’en être bien trouvés dans le traitement de l’hydrocèle, quoique cette hydropisie soit, de toutes, la plus rebelle aux médications internes ; Plenck, Meyer, Schneder, en ont conseillé l'usage dans l'engorgement du testicule. Son emploi doit être circonscrit aux cas d'épanchements séreux, d'engorgements du foie, de jaunisse, de chlorose, ete.
Récolte. On peut arracher la racine d'Arrête-Bœuf en tout temps. Elle est longue, de la grosseur du doigt, blanche en dedans, si forte et si tenace qu'elle arrête, dit-on, la charrue, d'où le nom de la plante.
Décoction (racine) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 4 gr.
Cette racine fait partie des cinq racines apéritives.
ASPERGE. Asparagus officinalis, L.
Cette plante, qui croît spontanément dans les terrains légers, est cultivée dans tous les jardins potagers et, par suite, connue de tout le monde. Elle appartient à la famille des Asparagacées, à laquelle elle a donné son nom (156, A).
Fleurs d’un jaune verdâtre, petites, unisexuées et presque toujours dioïques; 6 étamines incluses, 1 pistil avorté : voilà pour les mâles ; dans les femelles, ovaire à 3 loges biovulées, style trigone et 3 stigmates.
Propriétés, usages. Les racines de l'Asperge sont vivaces, et donnent naissance chaque année à de jeunes pousses, appelées turions, qui constituent un aliment recherché. Ces parties sont utilisées en médecine. — Les racines sont mucilagineuses, un peu amères, et s’emploient comme diurétiques et apéritives, dans les obstructions des viscères abdominaux, la jaunisse, etc.
Les jeunes pousses ont aussi une action très p'ononcéé sur la sécrétion rénale, puisqu'elles communiquent à l'urine l'odeur forte et désagréable qui a frappé l'odorat de tous ceux qui ont fait usage de cet aliment. Mais c'est surtout comme sédatives de la circulation qu'elles méritent d’être mention-
nées. Un homme étranger à la médecine, Fourrier, secrétaire de l'Académie des sciences, affecté d’hypertrophie du cœur, se sentant soulagé toutes les fois qu'il mangeait des asperges, conçut l’idée d'en préparer un sirop, ce qui lui procura le même soulagement. Dès lors les médecins s'emparérent de ce fait et expérimentèrent le nouveau médicament, qui parut ralentir les battements du cœur. Broussais en fit un pompeux élogé, parce qu'il agissait comme sédatif puissant, sans irriter l'estomac comme la digitale, ni stupéfier le système nerveux comme l’opium ou l'acide hydrocyanique. Ensuite, le sirop de pointes d’'asperges fut essayé par MM. Piorry, Emery, Fouquier, Andral, Serres, etc., dans les hypertrophies du cœur et les hydropisies qui en dépendent, dans la suractivité des organes, la phthisie pulmonaire et les catarrhes bronchiques, toujours avec des avantages plus ou moins marqués.
PREPARATIONS, DOSES.
Décoction (racine) : 30 gr. par kilog, d’eau, — Cette racine entre dans les
bouillons, les apozèmes dits apéritifs, et dans le sirop des cinq racines apéritives.
Sirop (de pointes d’asperges) : 30 à 60 gr. en potion, comme sédatif de l’action du cœur et comme diurétique.
BOULEAU. Betula alba, L.
Cet arbre, de la famille des Bétulacées (171, B), se trouve dans les terrains les plus secs, les plus sablonneux et les plus rocailleux, sur la cime des montagnes les plus escarpées, où du reste ce n’est plus qu'un arbrisseau rabougri. — $es fleurs (pl. xur, 4) sont monoïques, en chatons mâles, allongés, géminés, pendants au sommet des ramifications de la tige; chatons femelles solitaires placés au-dessus des premiers, etc.
Propriétés. Les feuilles de Bouleau dont la saveur est amére, astringente, ont été prônées comme diurétiques et vermifuges. — La sève, qui découle d’incisions faites au trone au printemps, à été préconisée dans les maladies des voies urinaires. — L'écorce a été administrée contre les fièvres d'accès.
« Dans les régions'glacées du nord de l'Europe et de l'Asie, on fait, avec l'écorce intérieure de bouleau, qui est tendre,
suceulente et d'une couleur rougeâtre des espèces de galettes qui sont, avec le poisson fumé et salé, presque la seule nourriture des habitants pendant les longs hivers qui désolent ces contrées » [Ac. Richard).
BRUYÈRE. Erica vulgaris, L.
Sous-arbrisseau très rameux, à tiges tortueuses, r'approchées en touffe; feuilles persistantes, opposées, étroitement imbriquées sur 4 rangs. — Fleurs d’un rose purpurin, rarement blanches, munies de 6 feuilles florales, imbriquées et formant un involucre régulier appliqué sur le calice; calice scarieux, pétaloïde; corolle petite, cachée par le calice (juinseptembre. [Voir le K 226, D.
Propriétés. « Cet arbrisseau, très connu dans nos bois stériles etdans les Landes, a joui non-seulement de la réputation d'être un bon lithontriptique, mais aussi de guérir les coliques, d'augmenter le lait des nourrices. Rondelet, au rapport de Clusius, se servait avec efficacité d'une huile préparée par infusion avec les fleurs de bruyère, contre les dartres.du visage. Tabernemontanus assurait, en outre, que ses fleurs en fomentation apaisaient la goutte. Tournefort conseillait contre la même maladie un bain de vapeur avec la bruyère » (Mérat et Delens).
BUSSEROLE. Arbutus uva ursi, L.
Arbousier, Bousserole, Buxerole, Raisin d'ours.
Arbuste de 30 à 60 cent. (pl. xxix. L), à tiges faibles, formant une touffe (1), couchées, rameuses, rougeâtres ; feuilles à court pétiole, ovales, mais plus larges au sommet où quelques-unes sont faiblement ébauchées, entières, épaisses, luisantes et solides comme celles du buis, auxquelles elles ressemblent d'ailleurs.
Fleurs blanches, disposées en une sorte de capitule terminal gt incliné, accompagnées de 3 petites bractées (avril-mai).
(1) Une seule tige a été représentée,
Calice très petit, à 5 divisions arrondies, étalées; corolle urcéolée, rétrécie de la base au sommet, limbe à 5 divisions réfléchies en dehors; 10 étamines attachées à la base de la corolle, incluses, plus courtes que le pistil, qui fait saillie hors du limbe; anthères rouges, surmontées de 2 appendices aieus ; ovaire globuleux à 5 loges multiovulées. Baie de la grosseur d'un pois, d’un rouge plus ou moins foncé.
Propriétés, usages. On ne trouve pas d’odeur à la Busserole, mais une saveur amère et styptique. Ses feuilles ont été emplovées tantôt comme diurétiques dans-les maladies des voies urinaires, tantôtcomme toniques-astringentes dans la diarrhée atonique, les flueurs blanches, ete. — La réputation de l’Uva ursi a été très grande comme apéritif, lthontriptique : on lui attribuait la propriété de guérir le catarrhe vésical, les ulcérations des reins, et même de dissoudre les calculs vésicaux. Le docteur Bourne, d'Oxford, a écrit en 1805 qu'il avait guéri seize phthisiques par l'usage de la poudre des feuilles. Tout ce qu’on a dit sur cette plante est empreint d’une exagération très grande: pourtant elle peut être utile dans la cystirrhée, pour diminuer le catarrhe de vessie, augmenter la sécrétion urinaire, et peut-être, comme l’a remarqué Cullen, pour modifier les symptômes de la pierre; mais voilà tout.
Récolte: La Busserole croît principalement dans le Midi, aux lieux stériles et élevés; ses feuilles étant toujours vertes, peuvent être cueillies en toute saison : il faut avoir soin ce- . pendant de choisir les plus jeunes. On les trouve séchées dans
le commerce.
a PRÉPARATIONS, DOSES.
Décoction [feuilles] : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau réduite du quart. Poudre : 2 à 8 gr. — Bourne en donnait aux phthisiques 40, 60, 75 cent, à 1 gr. 3 fois par jour dans du lait.
Baies : on les mange crues et on en fait des confitures dans le Midi.
CERFEUIL. Scandix cerefolium, L.
C'est la plante potagère de ce nom que l'on cultive dans tous les jardins, dont les tiges dressées, rameuses, striées,
glabres. fistuleuses, atteignent 30 à 50 cent. ; et dont les feuil-
les sont plusieurs fois ailées, à folioles pinnatifides, ete.—Aps partenant aux Ombellifères (248-589 ,A), ses fleurs sont blanches, petites, en ombelles latérales et presque sessiles; pas d'involucres, mais involucelles, etc. (mai-juin). & lin
Propriétés. Le Cerfeuil, dont tout le monde connaît l'odeur et la saveur,est légèrement stimulant, diurétique et résolutif, On prescrit le suc de ses feuilles à l’ intérieur, comme apéritif, désobstruant, contre l'ictère, les engorgements du foie, etc. Mais c’est principalement à Fextérieur que cette plante est. employée, soit en cataplasmes ou en lotions contre les hémorrhoïdes, les engorgements laiteux, les démangeaisons des organes génitaux, l'ophthalmie. .
PRÉPARATIONS, DOSES
Infusion : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau ou de petit-lait. s-
Décoction : mêmes proportions. pe
Suc dépuré : 50 à 100 gr., pris seul ou dans du petit-lait.
Feuilles cuites [dans de l’eau ou du lait) : on en fait un cataplaéme qu'on applique sur les tumeurs hémorrhoïdales, les mamelles engorgées. — Ce cataplasme a paru très avantageux à Delval, placé à nu sur les paupières et de lotions avec la décoction de cerfeuil, dans l’ophthalmie. — Le 10yer a le plus souvent réussi à M. Dubois, de Tournai, contre les douleurs héMorrhoï-
dales, c'est d'exposer la partie ot à la vapeur d’une décoction très concentrée de cerfeuil.
Feuilles pilées : l'application extérieure de cerfeuil est un remède dofhestique dans les contusions, les plaies légères, les coupures, mais non très utile.
Le CerreuiL MUSQUÉ (Scandix odorata) ou Cerfeuil odorant, C. d'Espagne, Cicutaire odorante, Fougère musquée, qui a les fleurs un peu plus grandes, les ombelles terminales, les tiges plus fortes, l'odeur plus aromatique et prononcée, peut rt placer le Cerfeuil commun, pourvu qu'on tienne compte de son activité qui est plus énergique.
Le CERFEUIL SAUVAGE (Chærophyllum sylvestra) qui croît naturellement dans les prés, et qui ressemble beaucoup à la ciguë, partage les propriétés délétères des poisons âcres et ne peut, sans danger, être substitué aux deux espèces précédentes. s
de CÉTÉRACH. Ceterach officinarum, L.
Doradille, Cétérach.
Cette Fougère (139, E), qui croît sur les murailles humides exposées au nord, à été préconisée par Morand comme diurétique, lithontriptique dans les maladies des reins et de la vessie, la gravelle ; M. Bouillon-Lagrange l'a employée trois fois contre la gravelle, le catarrhe vésical et la dysurie. Cette plante, suivant d’autres, estexpectorante; mais nousla croyons
* plutôt douée de propriétés astringentes,; parce que sa saveur est lécèrement acerbe, laissant un arrière-goût de suif. Nous renvoyons d’ailleurs aux considérations générales sur les usages des Fougères (140).
CHARDON-ROLAND. Eryngium campestre , L.
Panicaut, Chardon-Rouland, Chardon à cent têtes.
C’est une Ombellifère (248-54, pl. xix, 6) qui a beaucoup de ressemblance avec un chardon, et que l’on trouve dans les É lieux incultes, où elle fleurit pendant toute la belle saison.
Plante vivace de 30 à 50 cent. de hauteur; tige dressée, striée, blanchâtre , rameuse dès la base, ce qui loi, donne l’aspect globuleux ; és coriaces, à nervures saillantes, d’un vert glauque ; les radicales pétiolées, trilobées, à lobes pinnatifides et épineux; les caulinaires plus petites, moins incisées, amplexicaules.
Fleurs blanches, en capitules multiflores, serrés, munis d'un involucre de 6-7 longues folioles épineuses, et disposés en corymbe ou ombelle simple {juillet-septembre). Chaque fleur, munie à sa base d’une petite coiffe écailleuse, se compose d’un calice à 5 divisions en pointe, d’une corolle à 5 pétales, de 5 étamines, d’un ovaire infère et de 2-styles. Fruits hérissés de petites écailles imbriquées.
Propriétés, usages. La racine du Panicaut est inodore comme le reste de la plante; sa saveur estaromatique, amère. On l'aemployée à titre de diurétique dans l’hydropisie, la gravelle, l’ictère, et comme désobstruante dans certains engor-
gements des viscères abdominaux. Toutefois son action est très faible. — Comme elle perd sa saveur amère par l'ébulli-
tion, les campagnards, dans certains cantons, en font un aliment. ve |
La récolte se fait en tout temps, lorsqu'on veut enpioftiéé racine fraîche ; au printemps ou à l'automne lorsqu'on veut la sécher. Cette racine.est perpendiculaire, très longue, ni en dehors et blanche en dedans.
PRÉPARATIONS, DOSES
Décoction : 40 à 50 or. par kilog. d’eau.
COLCHIQUE. Colchicum autumnale , 1.
Colchique d'automne, Safran des prés, Safran bâtard, Mort-Chien, Tue-Chien, Veilleuse, Veillote, Chenarde,
Le Colchique {p£. xLvir, 3) est de la famille des Colchicacées, dont il constitue le genre type (152, A); il habite les prairies et les pâturages humides. é.
Plante vivace consistant en un bulbe à tunique d’un brun rougeätre, donnant naissance, en automne, à des fleurs non paccompagnées de feuilles. Ces feuilles ne se développent qu'au printemps suivant ; elles sont grandes, ovales-lancéolées, rassemblées plusieurs en faisceau, amplexicaules à leur base, dressées autour des capsules qui paraissent en même temps qu'elles.
Fleurs d’un lilas tendre, grandes, belles, au nombre de 2-3, s’allongeant en un tube de 6 à 10 centim., mince, blanc, lequel s'ouvre en un périanthe simple, infundibuliforme, à 6 divisions ovales-allongées {août-octobre). 6 étamines insérées à la gorge du périanthe, à filets filiformes et anthères vacillan: tes; 3 styles filiformes surmontant 3 carpelles soudés entre eux à la base et libres au sommet. Capsule triloculaire en maturité aux mois de mai-juin; graines nombreuses, arrondies dans chaque capsule.
Propriétés, usages. « Lors de la floraison , dit Gauthier, la racine de colchique n’a presque pas d'odeur, et seulement une saveur un peu amère et féculente, tandis que, pendant
l'été, son odeur est forte, piquante, et sa saveur très âcre et presque corrosive. Les autres parties de la plante n'offrent rien de remarquable si on les cueille en automne : mais elles partagent” les qualités de la racine quand on les prend au -printemps ou en été. »
e Colchique est vénéneux. Les animaux le laissent intact ; dass les prairies ; mais s'ils en mangent dans les étables mêlé à d’autres herbes, ils en sont très incommodés ; ils en éprouvent un flux de ventre qui très souvent les fait périr en leur causant une vive inflammation intestinale. Cette plante produit des accidents analogues chez l’homme en bonne santé, des ardeurs d’entrailles et des selles sanguinolentes. On a vu des enfants, séduits par la beauté de ses fleurs, en porter à la bouche, les mâcher et en être très incommodés. Toutes les parties sont douées de propriétés vénéneuses, dues à deux alcalis végétaux, la vératrine et la colchicine. Cette dernière substance, qui se tire principalement des semences, est si active qu'un dixième de grain a suffi pour faire périr un chat de six semaines.
Le Colchique d'automne était employé en médecine dans la plus haute antiquité. Alors on lui attribuait une foule de propriétés qu'il ne possède réellement pas : on le porta même au cou en guise d'amulette, pour se préserver des maladies contagieuses. Le premier qui fit des expériences de quelque valeur sur ce médicament fut le célèbre médecin de Vienne, Storck. Ayant observé qu'il rendait l’urine plus abondante, il l'employa contre l'hydropisie ; et comme cette maladie se lie souvent à des troubles graves de la respiration, il le conseilla dans l'asthme humide, les catarrhes avec embarras des bronches. L'expérience n'a pu sanctionner les essais de Storck dans l'hydropisie par la raison que cette affection dépend de causes trop diverses pour que dans toute circonstance le même médicament puisse lui convenir. Quant à l’asthme et à l'engoûment muqueux des voies aériennes, la scille mérite certainement la préférence dans leur traitement.
Aujourd'hui, ce n'est guère que contre la goutte et le rhumatisme qu'on emploie le Colchique. Les médecins anglais
ont été les premiers à vanter ses heureux effets dans ces affections rebelles et douloureuses. Dans ces derniers +4 encore, le docteur Williams, de Londres, a administré le vin de Colchique à 35 malades, la plupart atteints des formes les plus cruelles du rhumatisme chronique, et il dit avoir été. étonné de | ,merveilleuse promptitude avec laquelle les douleurs ont été enlevées, le calme, le sommeil et la liberté des mouvements sont revenus. En France, on ne partage pas cet engoûment. Soit qu'on redoute l’action irritante et même toxique de ce médicament, soit qu’on doute de ses vertus, toujours est-1l qu'on montre en général peu d'empressement à le mettre en usage. Il est certain cependant que le vin de Colchique a la propriété de conjurer et d’abréger les accès de goutte, ainsi que la durée des rhumatismes ; mais il faat dire que cette préparation est susceptible de varier beaucoup dans ses effets suivant les soins qu'on y à apportés, et surtout le plus ou moins d'activité de la plante, qui diffère beaucoup d'elle-même sous ce rapport.
Ainsi, le Colchique est antigoutteux etantirhumafismal. Il est plus que douteux qu’il s'attaque à la diathèse, qu'il détruise la prédisposition aux nouvelles attaques. Mais n'estpas déjà beaucoup qu'il combatte celles du moment? Maintes nant, que ce soit par une action spéciale, hyposthénisante, selon l'école italienne, ou par un effet révulsif ou purgatif : (le plus ordinairement, d'après M. Walson, l'amélioration” marche parallèlement avec une action très marquée sur le. tube digestif), qu'il produise ce résultat, peu nous importe : il réussit souvent, ne le négligeons pas. Constatons seulement qu'il augmente la quantité d’urée et d'acide urique danse l'urine, et partant qu'il diminue les principes exeitants du sang.
La vératrine est le principe actif du Colchique, poison redoutable qui n’était employé qu'à l'extérieur, en pommade, contre les névralgies. M, Piédagnel a expérimenté cet alcaloïde dans le rhumatisme articulaire aigu, surtout dans le ps teux, avec des succès marqués.
Le Colchique a été administré dans le prurigo, lhystérie,
le tétanos, le choléra, etc. ; mais l'expérience commune n'a pas encore confirmé les résultats annoncés.
Récolte. Le bulbe et le fruit, parties employées, se recueillent à la fin du printemps. Pour être conservé, le bulbe doit être soumis à la dessiccation, qui altère peu ses propriétés, et conservé dans un vase bien clos.
PRÉPARATIONS, DOSES
Teinture alcoolique [bulbes] : on fait macérer pendant quelques Jours 1 partie de bulbe de colchique sec dans 4 parties d’alcool à 56 degrés; on passe et on filtre. — Onsen donne de 50 cent. à 1 gr. et plus chaque jour.
Vin | bulbes | : faites macérer pendant 10 à 12 jours 1 partie de bulbes secs dans 16 parties de vin de Malaga. — On en prescrit 5 à 10 gouttes par jour.
Teinture [semences] : semences, 60; alcool, 500; on fait macérer pendant 8 jours, et l’on filtre. — La dose est de 1 à 5 gr. en potion ou dans de la tisance de bourrache.
Vin (semences) : semences de colchique, 1; vin de Malaga, 16.— On en donne 8 à 10 gouttes dans une tasse de thé ou de tisane plusieurs foispar jour.—Les préparations avec les semences sont les plus actives: aussi, lorsqu'on ne spécifie pas, ce sont celles des bulbes que l’on délivre dans les officines, — « Il est indispensable d’insister sur ce point important, que le colchique, comme la digitale, plus qu'elle peut-être, est un médicament dont il faut se défier, dont il faut craindre la brusque puissance toxique, et qu’il est indispensable de manier avec réserve et prudence ». (Bouchardat), |
Vératrine : pilules d’un demi-centig. chacune : le premier jour 3, 1 le matin, 1 à midi, 1 le soir; augmenter d’une pilule chaque jour et aller jusqu’à 6. C’estrdonc 5 cent. au plus à prendre par 24 heures [Piédagnel).
GENËT A BALAI. Genisia scoparia, L.
Sous-arbrisseau de 1 à 2 mètres, très rameux , à rameaux dressés, effilés, glabres, munis de feuilles ovales, pubescentes, les supérieures très petites et sessiles, les inférieures plus grandes, pétiolées ettrifoliées. Famille des Légumineuses (272-735, A).
Fleurs jaunes , grandes , axillaires, solitaires, rapprochées en grappes terminales (avril-juin). Calice à 2 lèvres courtes ; corolle à étendard suborbiculaire, réfléchi, dépassant les ailes et la carène ; 10 étamines monadelphes. Légume comprimé, velu-hérissé sur les bords, contenant 8-12 semences.
Propriétés, usages. Le Genêt à balai a peu de saveur et
d'odeur; les jeunes pousses .sont amères. Cette plante est diurétique et purgative; ses semences seraient émétiques, suivant Peyrilhe. Elle était surtout conseillée dans l'hydropisie ; comme elle purge plus sûrement qu'elle n'augmente la sécrétion urinaire , les avantages qu'elle a procurés doivent être rapportés à son action dérivative, qui la fait réussir aussi contre les dartres et d’autres maladies encore. — 15 à 20 gr. de fleurs sèches de genêt bien conservées, infusés dans un demi-litre d’eau, voilà {dit M. Bouchardat) une préparation employée par M. Royer, et qui m'a rendu des services dans quelques cas d'albuminurie » (Ann. de thérap.).
A l'extérieur on peut appliquer, comme résolutif, les branches tendres, les fleurs et les gousses en décoction ou en cataplasme sur les tumeurs scrofuleuses, les abcèsfroids. Levret considérait comme un puissant résolutif la lessive de cendres de genêt ou de sarment, qu ilemployait en fomentations et en douches, pour dissiper les engorgements lymphatiques et laiteux des mamelles. M. Cazin dit avoir retiré des avantages marqués de ce moyen dans tous les cas où les bains et douches alcalins sont indiqués.
Récolte. Le Genêt à balai croît abondamment abs les bois et les pâturages secs; c’est là qu’on peut, aux mois de mai et juin, aller cueillir ses jeunesepousses pour les sécher et les conserver. La dessiccation ne change que la couleur des fleurs, qui se perd un peu. Autrefois on employait toutes les parties de la plante.
PRÉPARATIONS , DOSES
Décoction (fleurs et herbe) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. — Voici une tisane composée : sommités fraîches de genêt, 15 gr.; baies de genièvre, 15; racine de pissenlit, 15: eau, 750. Faites réduire par l’ébullition à 500 gr.; passez et édulcorez.
Infusion (semences en poudre) : 2 à 4 gr. dans un verre de vin blanc pendant une nuit; elle agit comme diurétique, purgative ou éméto-cathartique, selon la dose administrée.
Vin (cendre de genêt] : 30 à 45 gr. en infusion à froid dans 1 kilog. de vin blane ou de bon cidre. — On en donne 60 à 90 gr. 2 ou 3 fois par jour comme diurétique.
« La lessive de cendre de genét (30 à 45 gr. par kilog. d’eau) se prend par ver-
rées dans l’hydropisie, la gravelle sans irritation phlegmasique des reins, l’albuminurie, les engorgements viscéraux, dans tous les cas, en un mot, où le bi-carbonate de potasse est indiqué » [Cazin).
Scoparine : on donne ce nom au principe diurétique actif du genêt, La dose est de 25 à 30 cent. pour les adultes. Son action diurétique commence à se montrer 12 heures après l’ingestion, et la quantité d’urine rendue est alors doublée. à
Le GENÊT DES TEINTURIERS ((renista tinctoria) ressemble beaucoup au précédent par ses caractères physiques.et médicamenteux. Ses fleurs sont également jaunés, mais en épis droits plus garnis et terminaux, s’épanouissant d’ailleurs un peu plus tard ; ses rameaux sont droits, striés, munis de feuilles alternes, lancéolées, éparses. C’est de cette variété que Peyrilhe a fait l'histoire, en n FA le Genèêt à balai que pour la suppléer.
Le GENêr crioT (Spartium purgans), qui se trouve dans les. départements du Midi, est formé.de tiges dressées très rameuses, à rameaux presque nus, les plus jeunes soyeux ; feuilles alternes, petites, lancéolées; fleurs jaunes, latérales et solitaires. Cet arbuste jouit de propriétés purgatives plus prononcées que les deux précédents, mais n’est pas employé.
GENÉVRIEP. Juniperus communis, L.
Genièvre, Potron, Pétrot.
Le Genévrier(pl. xLvu, 4) appartient aux Conifères (165, A); il croît sur les montagnes pierreuses, dans les terrains montueux, stériles, incultes, et présente les caractères suivantes:
Arbrisseau de 1 à 2 mètres, très rameux-diffus, à écorce rugueuse et rougeàtre ; feuilles verticillées par 3, linéaires, subulées, piquantes, glabres, toujours vertes.
Fleurs dioïques, en petits chatons axillaires solitaires, ovales; les mâles en chatons formés de 3 verticilles à 3 écailles, avec une fleur au-dessous de chaque écaille et une terminale, eomposées chacune de 3-4 anthères sessiles ; fleurs femelles en chatons plus petits, arrondis, composés de 3 écailles concaves, soudée dans leur partie inférieure, et portant ordinaire-
ment chacune à leur base un ovule dressé, atténué en un col ouvert au sommet. Fruit globuleux, charnu {c’est l'involucre qui s'est accru), noir, de la grosseur d'un pois, renfermant 3 petits noyaux triangulaires.
Propriétés, usages. Le Genévrier occupe un rang fort distin- :
gué dans la matière médicale indigène; on utilise ses fruits: ses sommités et son bois. — Les baies de genièvre ont une saveur aromatique, résineuse, amère, chaude, et sont employées
1° comme stimulantes-toniques, stomachiques dans les affec-
tions scorbutiques et cachectiques, les débilités de l'estomac, les engoroements des viscères abdominaux ; 2° comme modifiant les sécrétions muqueuses, dans les catarrhes, la leucorrhée, la blennorrhagie, le catarrhe de vessie, etc. ; 3° comme diurétiques surtout, dans les hydropisies, les ART la gravelle, etc. Demangeon à publié, en 1806, deux observations constatant l'efficacité de ces baies sur l appareil urinaire = 1l agissait de deux enfants, l’un de 18 mois, l’autre de 3 ans, qui, affectés de la pierre, rendirent de petites concrétionsaprés deux ou trois jours del usage d'une infusion d’une poignée de
ces baies fraîches dans une pinte de décoction d'orge.« J'ai vu,
dit M. Cazin, des leucorrhées anciennes avec débilité des voies digestiqes, traitées inutilement par divers moyens, céder à Dsage d’une forte infusion aqueuse ou vineuse de baies de
genévrier, dont les propriétés me semblent, au reste, tout-à-
fait semblables à à celles de la térébenthine et des autres résineuses. J'associe souvent à ice médicament la racine d'aunée et celle d’angélique. Dans les hydropisies, les engorgements viscéraux et les cachexies qui suivent ou accompagnent les fièvres intermittentes, je l'emploie seul, ou mêlé avec la gentiane, la bryone, l'absinthe, la petite-centaurée, Leupatoire d'Awicenne, la calcitrape ou la digitale, selon les indications et l'état du malade. » #
On obtient par la distillation des baies une huile essentielle ayant beaucoup de rapportavee l'essence detérébenthine, et dont on mêt 5-20 gouttes dans une potion diurétique, emménagogue où carmimative. — Dans le Nord on distille ces baies préalablement fermentées, pour obtenir une liqueur al-
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Yo | À PR | | MÉDICATION DIURÉTIQUE. És 603 :
coolique d’une saveur et d’une odeur aromatique prononcées, dont le peuple peu aisé fait usage
Ce que nous venons de dire des baies peut s appliquer aux sommités, qui exhalent, ainsi que l’arbre tout entier, une odeur aromatique, résineuse, plus prononéée encore lorsqu'on les brûle, ce qui les à fait employer pour parfumer des lieux insalubres.
Le bois du Genévrier est sudorifique ; on l’a vanté comme pouvant remplacer le gayac dans la syphilis, le rhumatisme, la goutte, les maladies de la peau, etc. — La sandaraque st une résine qui découle du tronc du Cned auquel on à pratiqué des incisions, mais plutôt du thuya, autre arbre de
la même famille.
Ses cendres, infusées dans du. vin blanc, 2 une boisson très diurétique qui, diton, a fait disparaître des
anasarques rebelles aux moyens ordinaires. =
L'emploi extérieur du Genévrier est usité dans plusieurs cas. Les fumigations de baïes sont efficaces pour combattre l'atonie générale, les hydropisies consécutives aux fièvres éruptives. On imprègne des flanelles de leur vapeur pour en faire"des frictions-stimulantes, toniques. La décoction, en lo-
tions, est réputée résolutive, détersive, dk | engorgements froids, œdémateux, Les ulcères Fr our ARE Ve
ques.
Récolte. « Les fruits du genévrier restent verts péflané deux ans ; ce n’est qu’ Ja t disième année qu ils mûrissent et deviennent d'un ts noirätre. C'est à cause de la lenteur de leur maturité qu'on yoit constamment sur les genévriers des fruits verts et des AE La récolte de ces fruits se fait dans les mois d'octobre et de novembre ; on les sèche facilement en les étendant clair-semés dans un grenier et les remuant souvent. On doit choisir lesygraines de genièvre grasses, bien nourries, noires, luisantes, pesantes, # un goût sucré et un peu âcre. Elles doivent être aussi récentes que possible, parce qu'il est prouvé qu'avec le temps elles perdent leur arôme et leurs vertus » (Cazin)}, =, +
Infusion (baies) : 15 L 30 #: ax w Kilog. d'eau. — Cette boisson communique à l'urine une odeur de violette, “Preuve de son action sur les reins.
Ertrait (baies récentes, 1; eau, 4) : 1 à 2 gr. en pilules. €
Décoction (bois ou copeaux] : 60 gr. per kilog. d’eau, comme sudorifique, — On s’en est servi aussi àr extérieur pour déterger les ulcères sordides.
Baies entières : les paysans en avalent souvent 15 ou 20 pour favoriser la digestion et la sécrétion urinaire. En Suède, on en prépare une espèce de bière qui passe pour jouir de propriétés antiscorbutiques. — Chomel a vanté contre la
teigne un onguent préparé avec ces baies bien pilées et de la graisse. — On fait »
des frictions contre la gale avec la poudre de ces baies et les fleurs de soufre. Infusion [cendres du bois): 150 gr. dans 1 kilog. de vin anos comme puissamment diurétique. Li” Fumigations : on met des baïes entières ou réduites en poudre sur des char-
bons ardents ; on imprègne de la vapeur soit une flanelle avec laquelle on fait
des frictions, soit les draps du lit auymoyen de la bassinoire, 4