MÉDICATION EXPECTORANTE. 625 PRÉPARATIONS, DOSES
La décoction de cette plante est béchique-adoucissante lorsqu'elle est peu forte; tonique-expectorante, lorsqu'elle est plus concentrée.
Le siropde capillaire est extrêmement usitépour édulcorer les tisanes pectorales.
CHOU ROUGE. Brassica oleracea, L.
Variété du chou cultivé [299, T}, qui sert à la fois comme aliment et comme médicament.
Propriétés. Le Chou rouge estlégérement stimulant, antiscorbutique, comme toutes les Crucifères (295). Il ne diffère pas du chou ordinaire par ses propriétés; mais comme il est moins commun dans les cuisines et qu'il offre quelques singularités de caractères physiques, cela a suffi pour qu’on l'ait cru doué de plus de vertus. Il passe pour pectoral : on le joint aux bouillons béchiques que l’on donne contre l’enrouement, les catarrhes chroniques, la phthisie; on en fait un sirop non moins employé dans les mêmes circonstances etc.
Les feuilles de Chou sont appliquées fraîches sur les vésicatoires pour les faire suppurer; les campagnards les appliquent encore avec succès sur les points de côté ou les douleurs de tête, après les avoir fait chauffer un peu; elles sont vulnéraires, détersives, dans le pansement des plaies, de la teigne ete. « Tragus affirme que les personnes qui se nourrissent de chou rouge ont une urine capable de guérir les fistules carcinomateuses, et les ulcères rongeants. Camerarius assure que les feuilles de chou, bouillies dans du vin, sont admirables pour les ulcères de la peau, et même pour la lèpre! »
Nous n’ayons pas à parler des usages culinaires de ce légume : il est très substantiel; chacun sait qu'il nourrit le pauvre et souvent leriche, mais il exige une cuisson complète qu'on n'obtient qu'au bout de plusieurs heures. On l’accuse de développer desgaz, ce qui peut tenir à son défaut de cuisson. Les anciens, qui avaient la nourriture végétale en grand honneur, en faisaient encore un plus grand cas que nous.
DOPADILLE, Asplenium.
C'est le nom commun d’un genre de Mousses (159, D) qui étaient vantées autrefois contre une foule de maladies, particulièrementceomme béchiques, expectorantes, ou comme diurétiques etastringentes. Etant sanssayeuretpresque sans odeur, on peut dire qu’elles sont sans propriétés thérapeutiques.
HYSSOPE. Hyssopus ofjicinahs, L. Hysope, Esope officinale,
L'Hyssope (pl. xux, 2) se trouve sur les murailles des vieux châteaux, les fissures des rochers, dans les montagnes et sur les collines des départements méridionaux. On la eultive quelquefois dans les jardins.
Plante vivace, sous-frutescente, de 20 à 50 cent., de la, famille des Labiées (219, G). Tiges,droites, rameuses, re pubescentes et d’un. vert clair, ligneuses en bas, rapprochées en touffe; fewlles opposées, sess ne, souvent munies à leur aisselle F4 fascicules de feuilles plus petites, ovales-oblonguespointues, entières, d'un vert foncé , marquées d’une grande quantité de points glanduleux sur les deux faces. Racine grosse, ligneuse, fibreuse, traçante. #
Fleurs bleues, disposées en verticilles axillaires soutenus par des bractées, lesquels forment épiau haut et sur un seul côté de la tige | juillet-septembre }. Calice tübuleux, allongé, violacé, strié, à 5 dents aiguës ; corolle tujpleusg, bilabiée : lèvre supérieure redressée, un peu échancrée; l'inférieure à 3 lobes étalés, dont 2 latérau* plus. petits, riag celui du milieu plus grand, échancré, à lobes “div ergents ; 4 étamines
didynames, écartées les unes des autres, ne. DFA ainsi que le stigmate, qui est bifide. Quatre akènes.
P'OANEN usages. L' Hyseope est une plante aromatique dont on emploie les sommités à titre de tonique, stomachique, stimulant et surtout d'expectorant, dan l'atonie du canal intestinal, pour activer soit la sécrétion urinaire, soit la mens-« truation, soit la diaphorèse, suivant les circonstances et la direction que l’on veut imprimer ses propriétés stimulantes,
MÉDICATION EXPECTORANTE, 627
le plus souvent pour faciliter l’expectoration chez les catarrheux et les asthmatiques.
La réputation de l'Hyssope comme expectorante, incisive, est pour ainsi dire populaire, et méritée d’ailleurs. Ce médicament agit, dans les bronchites chroniques et les bronchorrhées, soit en excitant les organes respiratoires affaiblis et leur donnant la force de se débarrasser des mucosités qui obstruent les canaux aériens, soit en tonifiant la membrane muqueuse sécrétante, en la modifiant de telle sorte qu'elle cesse
de fournir la matiere des crachats. Mais nous insistons sur “ceci : que son emploi ne peut avoir toute son efficacité lorsqu'il existe dela réaction, une fièvre plus ou moins marquée.
L'Hyssope, de même que le romarin, l’aurone, etc., peut agir comme vermifuge, et Rosenstein cite un cas où son administration détermina l'expulsion d’un grand nombre de vers lombrics. ‘ |
À l'extérieur, cette plante est tonique, résolutive, vulnéraire; elle est excellente, employée en sachet ou en décoction, pourrésoudre les ecchymoses en général, celles des paupières particulièrement.
La récolte peut se faire avant la floraison pour les feuilles, mais on préfère lessommités fleuries. Celles-ci sont reconnaissables encore, à l'état sec, par la manière dont sont tournées les fleurs et par les rameaux un peu carrés du haut. La dessiccation, qui diminue un peu l'odeur de la plante, n’ôte rien à sa saveur un peu amère, piquante et camphrée.
7 / FE PRÉPARATIONS, DOSES
Infusion : 8 à 16 gr. par kilog, d'eau; — 30 gr. par kilog. d’eau, pour lotions, injections, gargarismes.
Eau distillée : 30 à 100 gr.;#comme véhicule de potion.
Sirop : 30 à 60 gr. en potion, Lu LIERRE TERRESTRE. Glecoma hederacea, L.
Glécome, Lierret, Lierrette, Herbe de Saint-Jean, Rondotte, Couronne de (erre, Gondolle, etc,
Dans les haies, les forêts, le long des murs, se trouve cette Labiée (219, P), plante vivace de 30 c. au plus (p£. xux, 8 |,
à tige grêle, un peu carrée, rude et velue, rampante à sa base et jetant des racines, dressée à sa partie supérieure; feuilles opposées, pétiolées, arrondies-cordiformes-obtuses, crénelées, base du pétiole velu. Racines rampantes, stoloniféres, fines, blanchâtres.
Fleurs bleuâtres ou roses, rarement blanchâtres, en verticilles de 2-3 à l’aisselle de chaque feuille {mars-mai). Calice tubuleux, cylindrique, strié, à 5 dents aiguës; corolle beaucoup plus longue, bilabiée : lèvre supérieure courte et bifide; lèvre inférieure à 3 lobes, dont les 2 latéraux sont courts et entiers, le moyen échancré à son milieu {1}; 4 étamines didynames situées sous la lèvre supérieure, à anthères didymes et rapprochées 2 à 2 en forme de croix; style un peu plus long qu'elles, à stigmate bifide. Quatre akènes ovoïdes, finement ponctués. d
Propriétés, usages. Toute la plante répand une odeur aromatique non désagréable, qui devient plus prononcée lorsqu’on l'écrase; sa saveur est un peu amére et légérement acerbe. C’est un tonique stimulant qui porte principalement son action sur les organes respiratoires, et qu'on emploie généralement dans les maladies de poitrine, quoiqu'il soit loin d'avoir toutes les propriétés qu'on s’est plu à lui prêter. Le Lierre terrestre n’est rien de plus qu’un léger excitant, dont l'infusion facilite l'expectoration dans les catarrhes pulmonaires chroniques, les embarras des bronches, l'asthme humide, encore ne convient-il pas tant qu'il y a sécheresse, chaleur, irritation. Quant aux nombreuses guérisons de phthisies qu'auraient obtenues Willis, Morton, Rivière, Sauvage et plusieurs autres médecins recommandables, elles se rapportaient sans doute à des bronchites chroniques. Nous ne parlerons pas non plus des prétendues vertus lithontriptiques, fébrifuges et antidyspeptiques du Glécome.
Récolte. I] faut recueillir le Lierre terrestre avant le mois de Juin pour le conserver, et le choisir peu élevé, bien touffu,
{1} Ce lobe moyen est divisé en deux, sur la figure détachée, pour faire voir
l'intérieur de la corolle etles étamines.
MÉDICATION EXPECTORANTE. 629
à peine fleuri, croissant dans les lieuxsecs etélevés, plutôt que bas et humides. On sèche la plante entière, que l’on conserve ensuite à l'abri de l'humidité. La dessiceation n'altère pas ses propriétés. # PRÉPARATIONS, DOSES.
Infusion : 10 à 25 gr. par kilog. d’eau.
Suc : 30 à 80 gr.
Sirop : 25 à 60 gr. en potion.
Eau distillée : 30 à 100 gr. en potion.
LICHEN D’ISLANDE. Lichen islandicus , L.
«“ Ce Lichen est foliacé, d'une consistance sèche et comme cartilagineuse , formant des touffes serrées [pl. 1, 1}, composées de plusieurs ramifications dressées et entrelacées. Il est d’un rouge foncé à sa base, d’un gris blanchâtre à la partie supérieure, sa hauteur est de 7 à 10 centim. Il offre quelquefois des cils sur les bords de ses découpures. Les fructifications sont des espèces d’écussons situés obliquement sur le bord’des lobes de la fronde, et d'une couleur pourpre foncée. Il croît sur la terre, les rochers des montagnes, dans les Vosges, les Alpes, en Islande, dans l'Amérique septentrionale, ete. »
Propriétés, usages. Le Lichen d'Islande est inodore, sa saveur est amère. Il contient une très grande quantité de fécule unie au principe amer, plus de la gomme, une matière insoluble amilacée et des sels de potasse et de chaux. Les habitants de l'Islande s’en servent comme d’aliment, après l’avoir dépouillé de son amertume par des lavages répétés, ou par le procédé suivant, dû à Berzélius, qui réussit plus complétement: on verse une solution aqueuse de sous-carbonate alca- En (32 gr. pour 12 kil. d’eau) sur 500 gr. de Lichen d'Islande moulu ; on abandonne le mélange à lui-même pendant 24 heures, on décante, on fait macérer de nouveau dans l’eau pendant le même espace de temps, et l’on fait sécher. On obtient ainsi une pâte entièrement privée d'amertume et très nourrissante.
Le Lichen d'Islande est très employé en thérapeutique soit
privé de son amertume, comme adoucissant, béchique, analeptique, dans les différentes affections de poitrine et d’entrailles; soit associé à son principe amer, comme tonique, expectorant, dans les catarrhes chrôniques, la phthisie pulmonaire, l’hémoptysie, ainsi que dans les diarrhées, les atonies. D'après Murray, il adoucit la toux, améliore l'expectoration, calme la fièvre hectique, diminue les sueurs nocturnes; mais, attendu sa faculté nutritive, 1l ne peut convenir dans la période aiguë et fébrile des maladies. :
Récolte. Rien de particulier à dire, si ce n’est qu'il faut séparer le Lichen des corps étrangers, desmousses,etc.,etqu’en séchant il durcit encore davantage. Dans le commerce, on le mêle souvent à d'autres espèces du même genre. ne
PRÉPARATIONS, DOSES. F
Décoction : 15 à 30 et 60 gr. par kilog. d’eau réduite à 700 gr. Le licfien doit conserver toute son amertume au moment d’être employé; car c’est dans elle que réside toute l’action thérapeutique; par conséquent, il ne faut ni le faire macérer, ni le laver préalablement; une trop longue ébullition décompose aussi le principe amer. aFrs-
Gelée (lichen, 100 gr.; eau de fontaine, 1 kil.; faites bouillir jusqu’à réduire à l tiers; passez, évaporez jusqu’à consistance de sirop épais; ajoutez sucre blanc, 30 gr., et aromatisez).
LICHEN PULMONAIRE. Lichen pulmonarius, L.
Pulmonaire de chêne, Thé des Vosges,
Pour toute description de cette plante, nous renvoyons à la famille des Lichénacées, et au dessin qui la représente (152, B ; pl. 1x, 3). " |
La Pulmonaire croît sur les troncs d'arbres, particulièrement du chône et du hêtre. Elle est inodore, et d'une saveur un peu amère et acerbe. On l'employait beaucoup autrefois dans les catarrhes chroniques, la phthisie, le crachement de sang, mais le Lichen d'Islande l'a fait oublier. Elle se donnait en infusion, en sirop et en poudre: Il convient de jeter la première infusion pour corriger son amertume.
MÉDICATION EXPECTORANTE. 631
MARRUBE. Marrubium vulgare, L
Marrube blanc, Marrube commun, d
Le Marrube (pl. x, 1) est fort commun aux lieux incultes, sur le bord des routes, des fossés, dans les décombres.
Plante de 40 à G0 cent., à tiges rameuses, carrées, velues, blanchâtres ; à feuilles opposées, pétiolées, surtout les inférieures (1}, ovales-aiouës, cotonneuses, épaisses et crépues, blanchâtres en dessous. Famille des Labiées (249, O).
Fleurs bianches, petites, en glomérules serrés aux aisselles des feuilles, accompagnées de bractées subulées, se montrant tout l'été. Calice tubuleux, velu, à 10 dents subulées, dont 5 plus petites alternativement. Corolle bilabiée; lèvre supérieure dressée, bifide, à lobes rapprochés-parallèles ; l'inférieure à 3 lobes obtus, dont les 2 latéraux sont petits, quelquefois nuls par avortement; 4 étamines incluses, parallèles, les 2 inférieures un peu plus longues ; style plus long quoique court aussi; stigmate à 2 lobes inégaux.
Propriétés, usages. L’odeur du Marrube est aromatique, agréable, comme musquée; sa saveur est chaude et un peu âcre. On emploie les feuilles et les sommités fleuries comme un stimulant dont l’action se porte, suivant les circonstances, sur les organes pulmonaires, vers la peau ou la matrice, etc. En effet, cette plante est expectorante, sudorifique, emménagooue, selon qu'au moment de son administration, la nature tend à se débarrasser par les bronches, les sueurs ou les menstrues, de principes dont l'expulsion, qui doit rétablir l'équilibre fonctionnel, ne se fait pas parce qu'il y a manque d'énergie organique: car ce moyen, étant stimulant, serait nuisible dans les cas où les organes seraient dans une disposition contraire, c’est-à-dire le siége d’une véritable inflammation. Le Marrube convient encore dans les cachexies, la chlorose, les scrofules, les fièvres marécageusés, ete. Gilibert l'estime une des meilleures plantes d'Europe.
{1} Elles manquent au dessin, car on n’a représenté qu’une sommité fleurie ou ramcau florifère.
M. le D' Furnari prétend que c'est un des médicaments que l’on peut employer avec le plus de succès contre les affections arthritiques et rhumatismales : il le donne en infusion ou en extrait. Cet extrait est une matière particulière qu'il nomme marrubine.
Bien qu'il convienne dans presque toutes les maladies atoniques, le Marrube est surtout efficace dans les catarrhes pulmonaires chroniques, l’asthme humide, la phthisie même,
-et voilà pourquoi nous lui avons donné place parmi les expectorants.
A l'extérieur, on peut employer son infusion comme tonique, antiseptique et détersive, dans les engorgements œdémateux, les ulcères sordides, la gangrène, etc.
Récolte. Elle peut se faire avant ou pendant la floraison: 1l vaut mieux néanmoins cueillir la plante avant que les tiges florifères se développent. Séchée, elle se reconnaît à ses tiges quadrangulaires, munies de beaucoup de feuilles qui sont alors ridées et courbées en dessus, de manière que leur face inférieure qui est blanche-tomenteuse devient la plus apparente. L'odeur est faible, mais la saveur reste la même.
PRÉPARATIONS ; DOSES
Infusion [sommités ou feuilles) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau; — 30 à 60 gr. pour l'extérieur.
Extrait : 1 à 4 gr.
Poudre : 1 à 4 gr.
Sirop : 30 à 60 gr.
Vin (30 gr. pour 1 kilog. de vin blanc] : 60 à 100 gr.
PHELLANDRE. Phellandrium aquaticum, L.
Œnanthe, Phellandre aquatique, Fenouil d’eau, Ciguë aquatique, Ciguë-Phellandre, Millefeuille aquatique, Persil des fous. | €
Le Phellandre aquatique (pl. iv, 4) habite les lieux humides, les mares, le bord des étangs et des tuisseaux, où il fleurit dans le mois de juillet.
Plante de plus d'un mètre, de la famille des Ombelliféres, genre Œnanthe (248-49, C). Tige dressée, cylindrique, striée, grosse, rameuse, creuse intérieurement, dont la partie infé-
MÉDICATION EXPECTORANTE. | 633
rieure estrenflée, marquée de nœuds d’où naissent des fibres
radicales verticillées. Feuilles pétiolées, décomposées, pin- A 1 C Le 2 , A
nées, à folioles pinnatifides, glabres, d'un vert foncé.
Fleurs blanches, en ombelles terminales, sans involucre, mais involucelles de 7-8 petites folioles (juillet-septembre), Calice à 5 dents; corolle à 5 pétales cordiformes réfléchis en dedans ; 5 étamines ; fruit ovale, strié, couronné par les 2 stigmates et les dents du calice {1).
Propriétés, usages. Le Phellandre n’est odorant que quand on le froisse entre les doigts; sa saveur est aromatique, chaude, rappelant, ainsi que son odeur, celle du persil. C'est une plante très active, délétère même, qui se rapproche de la grande-ciguë. On la dit très nuisible aux chevaux, auxquels elle cause une paraplégie lorsqu'elle se trouve mêlée dans le foin en proportion quelque peu considérable. Cependant son usage thérapeutique a commencé d’abord dans la médecine vétérinaire. |
# ge
Nous ne pourrions préciser la classe de médicaments où le Phellandre doit trouver sa place : est-il narcotique, excitant, altérant, ou diurétique? Tout ce que nous savons, € est qu’ on l'a employé dans les catarrhes pulmonaires, l'asthme, les sCr0> fules, le scorbut, ccrtaines maladies nerveuses, l'hydropisie, la fièvre intermittente, surtout dans la phthisie pulmonaire. Ce n’est que dans cette dernière affection qu'il a donné lieu à
des essais suivis et de quelque valeur.
Hertz, de Berlin, fut un des premiers à en proclamer l’efficacité. Thuessinck, en Hollande, Franck, à Wilna, Hufeland, Hanin, et une foule d'autres, affirment en avoir obtenu les meilleurs résultats dans les toux chroniques, la phthisie ulcéreuse, les fontes tuberculeuses, la consomption pulmonaire (ce sont leurs expressions, qui ne prouvent certainement pas l’existenée réelle de la maladie incurable qu’elles désignent). Mais Thompson est plus près de la vérité lors-
(1) La tige florifère figurée porte aussi des fruits; l’on voit de plus un fruit détaché.
qu'il dit que ce médicament ne guérit pas la phthisie bien
confirmée, qu'il en arrête seulement les progrès. »
M. Michéa à publié, en 1848, trois faits remarquables à l'appui de l'efficacité des semences de Phellandre dans plusieurs affections de poitrine, telles que la phthisie, l'asthme et le catarrhépulmonaire. M. Sandras, un an après, écrivait ceci : « On ne peut, à cause de l’obscurité des signes réels de la phthisie commencçante, être sûr que c’est bien cette maladie que l’on a enrayée. Comme médecin, j'ai, grâce au phellandre, éprouvé quelquefois une vive satisfaction en voyant revenir à la vie commune des malades qui réunissaient àmes yeux toutes les probabilités de la phthisie commençante; mais, comme homme * science, je me garderais bien de soutenir que mon diagnostic probable ait été posé sur une tuberculisation réelle dans les cas où le phellandre employé au début m'a réussi, » Voilà qui s'appelle parler en homme sage.
En résumé, il paraîtandubitable que les semences de Phellandre retardent les progrès de la phthisie pulmonaire; que, quand cette maladie est à une période avancée, les malades se sentent mieux dès qu’ils en font usage. « Ils se conservent * merveilleusement, dit M.Sandras, sous tous les rapports pendant des mois qui, sans ce traitement, seraient dévolus à la consomption. » Si le Phellandre n’enraie pas la fonte des tubercules, disent MM. Trousseau et Pidoux, au moins il calme la toux et rend l’expectoration plus facile et moins abondante, « Il faut reconnaître, dit le D' Rothe, de Guhran, que ce médicament contient des principes narcotiques doux qui calment comme l’opium, sans donner lieu aux effets conséeu tifs désagréables qui accompagnent l'administration de ce dernier. ”
Nous ne parlerons pas des autres usages du Phellandre, parce qu’on manque de faits capables d'en démontrer les avantages dans les hydropisies, le scorbut, le cancer, l'asthme, la coqueluche, l'hypochondrie, voire même dans la fièvre intermittente, où ce médicament a été mis au-dessus du quinquina par Ernsting.
MÉDICATION EXPE CTORANTE. 635 PRÉPARATIONS, DOSES, L
Infusion (semences) : 4 à 16 gr. par kilog. d’eau, ”
Poudre : 1 à 8 gr. eñ électuaire ou en pilules. M. Sandras de 1 gr tous les soirs, ou matin et soir, suivant les cas ; il n’a pas été au-delà de 2 gr. Quand, elle est prise une heure avant le repas ou deux heures après, cle n6 sn trouble ni les digestions ni aucune autre fonction, et peut être supportée sans fatisue pendant des mois entiers.
Sirop : 2 à 4 cuillerées à bouche par jour. — M. Michéa donne la préférence à cette préparation.
Il convient souvent, dit M. Cazin, d’associer au phellandre les balsamiques, le lichen d'Islande, les fleurs d’arnica, les feuilles d’hyssope ou de marrube blanc, ou bien encore le quinquina, etc.
POLYGALA, Polygala vulgaris, L.
Laitier Herbe au lait, Polygalon.
as
Genre type des Polygalacées (320, À; pl. xxiv, 3), le. Polygala présente les caractères mi: Fu
Plante vivace de 10 à 30 cent., à tiges herbacées, droites ou rampantes, formant touffes ; feuilles alternes, étroites-lancéolées, sessiles, les inférieures plus courtes que les supéricures. "4 Fleurs bleues le plus souvent, disposées en grappes terminales lâches, s'ouvrant en mai-juillet. Calice à 5 divisions, dont 2 très grandes en forme d'ailes, souvent colorées ce, la corolle, et constituant la partie la plus apparente de la fleur, Corolle de 5.pétales soudés en tube à leur base: 2 de ces pétales sont égaux et forment une sorte de levre supérieure bifide; 1 autre pétale, découpé en lanières extrèmement étroites, formecomme une lèvre inférieure; les 2 autres pétales sont latéraux. Étamines 8, diadelphes, renfermées dans une sorte de carène concave formée par le pétale
“inférieur. Style simple, dilaté, à stigmate concave et comme
à 2 lèvres, dont la supérieure est dressée et beaucoup PES longue. Capsule comprimée, cordiforme. e Propriétés, usages. L'odeur du Polygala est presque nulle ; sa saveur est amère, eb comme. sucrée dans les racines et les fleurs (Gauthier). Cette plante a été indiquée éomme pectorale, expectorante : on l’a beaucoup vantée dans lé traitement
de la phthisie pulmonaire. Elle passe aussi pour être sudorifique, stomachique et légèrement émétique. Les anciens pensaient qu'elle augmentait le lait des bestiaux; cependant Rochefort dit qu’on e prescrit dans les maladies laiteuses.…. De nouveaux essais doivent être tentés sur les probfiétés médicamenteuses du Polygala commun, qui a moins de réputation que l'espèce suivante, avec laquelle d'ailleurs il est souvent confondu.
Le PoryaaLa amer (Polygala amara) (pl. xuix, 5] est moins élevé, ses tiges sont nombreuses, étalées-redressées, glabres, ses feuilles inférieuresobtuses, les supérieures lancéolées, alternes, ete. — Fleurs bleues, rarement blanches, en grappes terminales{l), ete. Capsules cordiformes , compri-
mées, s’ouvrant en 2 valves.
Propriétés. Toutes les parties de cette plante, la racine surtout, qui est vivace, rameuse, blanchâtre, sont d'une amertume très prononcée. C? est un médicament tonique dont l'action se porte principalement sur les organes respiratoires ; mais si la dose en est quelque peu élevée, il provoque presque constamment la purgation, ce qui le rend utile dans certaines hydropisies dépendantes d'un embarras de la circulation centrale, surtout quand il y a en même temps embarrastdes bronches, hydrothorax, ete. Coste et Wilmet prétendent qu'ils en ont retiré les plus grands avantages dans la phthisie pulmonaire; mais rien ne prouve qu'ils aient eu affaire à de véritables tuberculeux ; d’ailleurs, 1ls associaient le Polygala au lait, aux mucilagimeux et même à la saignée.
Suivant Gauthier, le Polygala amer, étant le plus actif, ne doit être administré que dans les cas où manque toute la réaction fébrile, tandis que le Polygala vulgaris peut être donnés,
dans les diverses phases des affections de poitrine. cp
MRicolte. Le Polygala est commun sur les pelouses élevées, les coteaux calcaires. dans les bois montueux, les bruyères, les prairies sèches. L'espèce commune fleurit un mois plus
(1) Ces grappes sont constituées sur la planche par des fleurs et des fruits.
MÉDICATION EXPECTORANTE. 637
tard que l’amére, et on la récolte pendant la floraison. On arrache la racine de l’autre en hiver et au commencement du printemps. On vend habituellement les deux espèces l’une pour l'autre; comme aussi l’on ne craint pas deles mélangér au Polygala senega (P. de Virginie), dont les propriétés sont plus actives, ce qui constitue une véritable sophistication de ce dernier. Cependant, si l’on en croit Bodart, on peut remplacer la plante exotique par l’indigène. « Pourquoi, dit-il, aller chercher le Polygala en Virginie, tandis que la nature a placé son congénère auprès de nous, le P. vulgaris ? »
PRÉPARATIONS, DOSES
Polygala vulgaris. — Infusion (semences) : 30 à 60 gr. par kilog, d’eau, On coupe cette tisane, préalablement édulcorée, avec le lait.
Polygala amara. — Décoction (racine) : 30 gr. par kilog. d’eau. CN Poudre : 50 cent: à 2 gr., comme purgatif.
On peut faire les préparations dans le lait ou le vin, et y joindre des substances béchiques ou amères, selon que l’on se sert de l’une ou de l’autre variété.
æ 3 PULMONAIRE. Pulmonaria officinalis.
Herbe aux poumons, Herbe de cœur, Herbe au lait de Notre-Dame, Pulmonaire des bois, Pulmonaire officinale,
Plante de la famille des Borraginées (198, G; pl. 1, 2), s’élevant à 30 cent. Tige simple, anguleuse, couverte de poils rudes. Fewlles oblongues-aiguës, marquées de taches ou plaques blanchâtres, surtout en viéillissant ; les radicales sont en rosette, rétrécies en pétiole; les caulinaires plus étroites, sessiles, semi-amplexicaules, toutes velues.
Fleurs bleues {il a une variété à fleurs rouges, une autre à fleurs blanches, une troisième non maculée), réunies plusieurs ensemble en haut de latige, sur.de courts pédonceules, s’'épanouissant en avril. Calice à 5 divisions ; corolle infundibuliforme, à gorge dépourvue d’appendices, à 5 lobes ; 5 étamines. Ovaire 4-carpellaire; 4 fruits agglomérés, uniloculaires, monospermes.
* Propriétés, usages La Pulmonaire est inodore, insipide, ou du moins sa saveur est mucilagineuse, légèrement nitreuse, et à peine styptique. On l'a recommandée comme adoucissante
et béchique {aussi devrait-elle figurer parmi les émollients) dans les inflammations des bronches et des poumons, l’hémoptysie, la phthisie pulmonaire. Ses propriétés sont très peu marquées, niées même par certains auteurs; mais les habitants de la campagne croient qu ‘elle a été donnée à l'homme pour prévenir et guérir les maladies des poumons, par la raison que ses feuilles sont marquées de taches semblables à celles que présentent ces organes. — On dit que cette plante est potagère dans le nord de l'Europe.
Récolte. La Pulmonaire croît sur les hautes montagnes; on la trouve aussi sur le bord des chemins et dans les prairies. . Le moment de la recueillir est celui de la floraison. Séchée, elle devient noirâtre, fragile, un peu plus astringente; tandis que verte, elle est mucilagineuse et émolliente, distinetion qu'il ne faut pas oublier. de
PRÉPARATIONS, DOSES
Décoction [fleurs et feuilles vertes) : 30 gr. par kilog. d’eau, comme pectorale adoucissante. — {plante sèche) : mêmes quantités, comme légèrement astringente dans l’hémoptysie. di
« Les campagnards, dit M. Cazin, composent, avec la pulmonaire, le chou rouge, quelques ognons blancs, du mou de veau et une suflisante quantité de sucre candi, un bouillon que j'ai moi-même employé avée beaucoup de succès dans les affections de poitrine. surtout quand elles sont accompagnées d’un état fébrile, de difliculté d’expectorer, d'irritation Dee, de douleurs, etc. »
SAUVE-VIE, Asplenium ruta muraria, L.
Rue de muraille, Doradille des murs,
C'estune Fougère (139, D) dont les racines chevelues poussent des feuilles nombreuses, en touffe, de,50 cent. à Imètre {compris le long pétiole), pinnatiséquées, coriaces, ressemblant un peu à celles de la Rue: folioles cunéiformes, lobées,
cisées, ayant 2 ou 3 lignes de fructification très petites.
Cétte plante, qui-eroît dans les vieux murs, lés rochers , est inodore et d'une saveur un peu acerbe. Autrefois vantée dansune multitude de maladies, elle est aujourd'hui abañdonnée. Il paraît cependant que son nom menteur lui vaut encore l'honneur d'être récoltée par les herboristes, chez les-
LE
MÉDICATION EXPECTORANTE. 639
quels le peuple va la demander quelquefois. La seule propriété
qu'on puisse supposer à la Rue des murailles c’est d’être légèrement astringente et apéritive.
TUSSILAGE. Tussilago farfara, L.
Pas-d’Ane, Herbe de Saint-Quirin, Taconnet, Procheton.
Le Tussilage {p{. 1, 3) croît dans les lieux humides ou inondés l'hiver, les terrains argileux, les endroits incultes, aux bords des = Qu Il fait partie des Synanthérées (2357-40, H).
» Plante vivace, de 10 à 20 cent., à tiges simples, fistuleuses, cotonneuses, chargées d’écailles rougeâtres, pointues, glabres en dehors. Feuilles très amples, suborbiculaires-cordées, longuement pétiolées, toutes radicales, sinuées-anguleusesdenticulées, tomenteuses-blanchâtres en-dessous, ne paraissant qu'après la floraison. Souche épaisse à rhizomes charnus, traçants.
Fleurs jaunes, en capitules À ee à l'extrémité des tiges, paraissant avantdles feuilles, en mars-avril. Fleurons tubuleux, 5-fides, hermaphrodites au centre, avec 5 étamines synanthères ; demi-fleurons à la circonférence nombreux, sur plusieurs rangs, à languette linéaire ; stigmate bifide. Involutre formé d’un rang de folioles glabres, étroites, longues, vertes, soutenues à la base par-quelques petites bractées courtes, qui sont comme un second rang de folioles étalées ; réceptacle presque plan. Akènes surmontés d’une aigrette à soies capillaires très longues et très fines [1}.
Propriétés, usages. Les fleurs de Pas-d’Ane sont peu odorantes ; toutes les parties de la plante posséden! t une saveur amère et acerbe : le Sulfate de fer communique à leurs diffé
rentes préparations une couleur noire qui décèle laprésence du tannin. Fe ou ».
Les fleurs sont légèrement toi es et expectorantes, em-
{1} Les denx petites figures détachées les représente. On les voit. Aussi, ces aigrettes, formant une tête globuleuse sur le capitule de sa gaughe, après “a fécondation et la disparition des corolles, tandis que le dritite de droite repré-
sente les fleurs épanouies ; le capitule du milieu est vu ayant l'épañôuissement, a#
ployées depuis des siècles dans les maladies de poitrine, surtout dans les catarrhes chroniques, lorsqu'il s’agit de ranimer la vitalité des poumons et de faciliter éspectartios sans craindre de réveiller le mouvement fébrile. Hippocrate faisait usage de la racine.
On a beaucoup vanté le Tussilage dans le traitement des affections scrofuleuses ; Fuller, Peyrilhe, Cullen, Bodard, Baumes, s’en sont très bien trouvés. Selon ce dernier, « c'est un très bon remède contre les obstructions des glandes, les éruptions cutanées et surtout contre la toux scrofuleuse et les affections des poumons, même lorsque la fièvre a commencé à s'établir. » Il paraît cependant qu'Alibert, sous les yeux duquel cette plante a été administrée dans diverses affections scrofuleuses, n’en a obtenu aucun résultat. M. Cazin n’a pas été plus heureux dans deux cas où il a voulu se convaincre, dit-il, consciencieusement de son efficacité dans ces maladies. — En somme, le Tussilage est un expectorant, béchique et tonique qui n’est pas à dédaigner ; mais comme antiscrofuleux, on ne doit lui accorder qu une faible confiance.
Récolte. Elle se fait en mars et avril pour les fleurs; dans l'été pour les feuilles; en automne et au printemps, avant la floraison, pour les racines, qui s'étendent dans les jardins d'une manière incommode. On fait sécher les fleurs à l’étave. « Avant de les enfermer, il faut s'assurer si leur dessiccation est complète, car elles conservent souvent un fond d'humidité qui les PAROLE très promptement,. »
PRÉPARATIONS , DOSES
Infusion (Res) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau.
Suc [des féuilles) : 60 à 90 gr. Baumes l’employait,
Sirop : 30 à 60 gr. 3 comme édulcorant,.
On fait des cataplasmes “noté résolutifs avec les feuilles pilées, crues ou
cuites. s
Les builies sèches se fuments comme du tabac, pour combattre la toux,
j' asthme; étc. 5, " y LA NS [ES FA € %
MÉDICATION EXPECTORANTE. 641
VELAR. Erysimum officinale, L.
Velar officinal, Herbe au chantre, Sisymbre officinal, Erysimum, Moutarce des haies, Tortelle, Sinapi.
L'Herbe au chantre (pl.1, 4) croît naturellement autour des masures, sur le bord des chemins, au lieux incultes. Appartenant aux Cruciféres, genre Sisymbre (292, F), il offre les caractères spécifiques suivants :
Plante annuelle de 30 à 80 décim., dressée, rameuse supérieutement, rude-velue, rameaux étalés. Feuilles pétiolées : les radicales et inférieures roncinées-pinnatipartites à 5-11 lobes oblongs, dentés, le terminal plus ample; les supérieures hastées à lobes étroits, le terminal oblong-allongé.
Fleurs jaunâtres, très petites, disposées en épis le long des rameaux (mai-septembre). 4 sépales ; 4 pétales en croix plus longs que le calice; 6 étamines dont 2 plus courtes. Siliques velues, oblongues-coniques, étroitement appliquées sur la tige (1). | |
Propriétés, usages. Les feuilles du Velar ne sont point âcres ni piquantes comme celles de la plupart des autres Crucifères; leur odeur est nulle. On les emploie comme toniquesexpectorantes dans le catarrhe pulmonaire chronique, où leur réputation estpresque populaire. Mais c'estsurtout dans les enrouements, les aphonies, que leur propriétés ont été le plus exaltées : de là même le nom vulgaire d’Herbe aux chantres donné à la plante. |
La préparation usitée en pareil cas était le sirop. Dans ses lettres à Boileau, Racine en parle de la manière suivante : « Le sirop d'Érysimum n’est point assurément une vision. M. Dodard, à qui j'en parlai il y a trois jours, me dit et m'assura en conscience que M. Morin, quim'a parlé de ce remède, est sans doute le plus habile médecin qui soit dans Paris et le moins charlatan. Ce médecin m'aassuré que si les eaux de Bourbonne ne vous guérissaient pas {de votre extinction de voix), Ml vous guérirait infailliblement. 11 m'a cité l'exemple du
{1} Aïnsi qu’on les voit sur la figure.
al
chantre de Notre-Dame, à qui un rhume avait fait perdre entièrement la voix depuis six mois, etil était prêt à à se retirer, Ce médecin l entreprit, et avec une tisane d'une herbe qu'on
appelle, je crois, Érysimum, il le tira d'affaire. En telle sorte
que non-seulement 1l parle, mais il chante et à la voix aussi forte qu'il l'ait jamais eue. J'ai conté la chose aux médecins de la cour; ils avouent que cette plante d'Érysimum est très bonne pour la poitrine. »
Vicat prétend, de son côté, avoir guéri par l'usage du sirop d'Érysimum un enrouement qui était survenu chez un prédicateur, et qui avait résisté pendant longtemps à tous les remèdes qui avaient été employés.
On récolte le Velar en mai et juin pour l’employer frais. Cette plante, comme presque toutes les Crucifères, ne devrait point être séchée; mais comme elle est moins suceulente que beaucoup d’autres, elle peut subir la dessiccation sans trop perdre de ses propriétés. Quand on se propose de la conserver, 1l faut la cueillir Le plus tard possible.
PRÉPARATIONS, DOSES
Infusion [feuilles vertes) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Boisson expectorante, antiscorbutique.
Décoction [feuilles sèches) : mêmes quantités et propriétés.
Suc : 15 à 30 gr. &
Sirop simple : 30 à 90 gr., dans les mêmes cas que le suivant,
Sirop de Lobel (sirop d’ FÈR. à composé) : Lobel l’employait contre les enrouements, les aphonies, les maux de gorge.
« Le sirop d’érysimum était très employé dans le siècle dernier ; on l’a abandonné dans la médecine urbaine, comme tant d’autres préparations d’une utilité incontestable, pour le remplacer par d’autres moins efficaces et d’un prix plus élevé, Ne vaudrait-il pas mieux, dit M. Cazin, et nous sommes tout-à-fait de son avis, lui rendre sa place dans nos officines que d'y perpétuer des dépôts coûteux de sirops de Lamouroux, de nafé d'Arabie, ete., que le charlatanisme accrédite, et que l’on emploie autant par habitude que par conviction? »
EMMÉNAGOGUES. û
Les Emménagooues sont des substances médicamenteuses qui jouissent de la propriété d’exciter l'écoulement menstruel, Ces médicaments agissent par une action spéciale sur l'uté-
Pa
MÉDICATION EMMÉNAGOGUE. 643
rus, considéré en tant que centre de l’exhalation des règles ; mais cette action peut être contestée, attendu que cet organe n’a pas, @omme la peau ou les reins par exemple, une fonction
continue qui n° a besoin, pour être excitée, que d’une occasion
légère. ‘
Les Emménagogues ont cela de singulier qu'ils ne s'emploient que dans le sexe féminin; qu'ils ne peuvent être utiles que dans la période moyenne de la vie, c’est-à-dire dans l’âge sexuel, et qu'enfin ils ont pour but de congestionner un or-
gane, d'y appeler le sang, au lieu de l'en éloigner, comme on
s'efforce de le faire dans presque toutes les autres maladies internes. Ces médicaments sont donc appelés à remédier au défaut d'évacuation menstruel; mais il importe, avant de les mettre en usage, de distinguer la véritable cause de l'absence de cette évacuation parmi le grand nombre de celles de toute nature qui peuvent jouerun rôle dans cet état en apparence très simple, mais au fond très complexe. Or, les états morbides qui mettent habituellement obstacle à l'exercice de la fonction en question sont l'éréthisme nerveux soit général, soit local; les états de souffrance de la matrice {inflammation chronique, ulcération, déviations); les affections aiguës ou constitution nelles des,organes importants, la chlorose et T anémie, OU au contraire la pléthore et la trop grande plasticité du sang.
Tant que dure le trouble organique qui dérange la menstruation, c’est en vain qu'on emploie les Emménagogues ; pour que ceux-ci réussissent, il faut que préalablement on ait fait cesser ce trouble. Très souvent la nature se charge de ce soin; mais alors, ne faisant pas les choses à demi, elle provoque aussi l'apparition des règles sans le secours d'aucun médieament stimulant : comme quoi, ici et dans la majorité des cas, les médications sont des superfluités.
Mais lorsque l'obstacle est levé, et que la matrice, restant engourdie ou dans l’atonie, manque dû coup de fouet nécessaire pour réveiller ses habitudes fonctionnelles, les Emménagogues deviennent réellement utiles, pourvu qu'ils n'irritent pas un estomac enflammé ou à peine remis d'un état phlegmasique plus ou moins prononcé.
On distingue les Emménagogues en directs et en indirects. Les premiers sont des excitants qui tendent à fluxionner la matrice par une action spéciale : ils sont moins nombreux
qu'on ne croit. Les seconds sont ceux qui facilitent l’écoule=n
ment des règles sans provoquer de fluxion utérine, mais en faisant cesser le spasme général ou local, la rigidité de l'organe, ou bien en tonifiant l'économie, en redonnant au sang
ses éléments naturels et proportionnels, en un mot en com-
battant précisément les affections morbides énumérées cidessus comme causes de l’aménorrhée. Par conséquent, tous les agents thérapeutiques peuvent être considérés comme des emménagogues, du moment qu'ils tendent à faire disparaître des états morbides dont la présence seule mettait obstacle à l'apparition des règles.
Mais les Emménagogues proprement dits, directs, sont, outre ceux que nous désignons ci-dessous et dont nous allons faire l’histoire spéciale, l'Absinthe, V'Armoise, la Matricaire, le Marrube blanc, la Camomille , V Aristoloche, les Baies de Genièvre, la Nielle, et une foule d’autres plantes qui ont été étu-
diées dans les classes précédentes, principalement parmi les stimulants généraux. .
PLANTES EMMÉNAGOGUES.
Cataire, somumités fleuries. | Rue, feuilles. Safran, stigmates.
Polytric. Sabine, feuilles. Seigle ergoté.
CATAIRE, Nepeta calaria, L.
Herbe aux chats, Chataire, Menthe de chat,
Plante vivace de 60 cent. environ (pl. 11, 1); tige dressée, carrée, rameuse, d'un vert glauque; feuilles opposées pétiolées, ovales-cordiformes , fortement dentées, pubescentesblanchâtresen dessous: Les caractères de la fructification sont ceux des Labiées (219, S).
Fleurs blanches ou purpurines, ponctuées de rouge, disposées en verticilles ou glomérules rapprochés en épis terminaux serrés (juillet-septembre). Calice tubuleux, 5-denté,
MÉDICATION EMMÉNAGOGUE. 645
multi-nervuré, tomenteux: corolle à tube étroit, mais à limbe brusquement dilaté, bilabié: lèvre supérieure droite, échancrée, un peu concave ; lèvre inférieure étalée, trilobée, à lobe du milieu très grand, arrondi, crénelé ; 4 étamines parallèles sous la lèvre supérieure, les 2 inférieures plus courtes; style à stigmate bifide. Quatre akènes ovoïdes et lisses.
Propriétés, usages. La Cataire a une odeur aromatique forte qui plaît singulièrement aux chats, lesquels se roulent dessus, la vautrent et l’abreuvent de leur urine. Sa saveur est forte, amère, piquante. Cette plante est aromatique, tonique, excitante à la manière de la menthe, du marrube, ete. Elle paraît agir davantage sur le système nerveux, témoin l'effet qu’elle produit sur les chats. On l’a conseillée comme emménagogue, surtout lorsque l'absence des règles dépend du spasme de l'utérus, car ses usages ont été plus fréquents dans l'hystérie, les vapeurs, la chlorose, que dans les autres affections morbides, telles que les catarrhes chroniques, l'asthme, etc, Hoffmann l'estime autant que la mélisse pour les vapeurs hystériques.
Récolte. L'Herbe aux chats croît dans les lieux pierreux et frais, les haies, les buissons, les villages. On en met près des ruches pour en éloigner les rats, qui sont très friands de miel. On peut la récolter pendant tout l'été. Son emploi médical est peu usité.
PRÉPARATIONS, DOSES
Infusion [sommités fleuries) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau, — Infusion vineuse pour l’usage externe, en fomentations, injections vaginales, etc,
POLYTRIC. Polytricum commune, L.
Perce-Mousse,.
Cette Mousse (135; pl. 1x, 5) croît à l'ombre sur les rochers, contre les vieilles murailles, dans les puits, aux bords des fontaines et des ruisseaux.
Propriétés. Cette plante est inodore, d’une saveur presque nulle, et cependant les anciens l’estimaient sudorifique, apéritive, emménagogue, ete. Nous l’eussions passée sous silence,
si, dans ces derniers temps, on n'eût essayé de la tirer de l'oubli dans lequel elle. js tombée. En effet M. Bonnafou
médecin à Confolens, à publié dans la Revue médicale[18
le résultat de ses essais sur l’action emménagogue du Polytric. Entre autres observations, on en trouve une qui tendrait à prouver que la chlorose et même des affections plus graves ne seraient pas un obstacle à la réussite du médicament. « Une demoiselle de 20 ans, dont les règles étaient supprimées depuis une année, était arrivée à un état chlorotique d'autant plus alarmant que le poumon droit était le siége d'une affection fort grave. Elle prit pendant deux mois la décoction de Perce-Mousse, et bientôt ses règles reparurent. L'état du poumon s'était en même temps fort amélioré. »
PRÉPARATIONS, DOSES. ÿ
Décoction : 4 gr. par 500 gr. d’eau, jusqu'à réduction d’un tiers, donnée avec du lait en 3 fois dans la journée. Continuer pendant 1 ou 2 mois. # RUE. Ruta graveolens, ls
Rue odorar.te, Rue commune, Rue des jardins, Rue puante, Rue sauvage. Lt
La Rue (pl. 11, 2) croît naturellement dans les lieux montueu*'et arides des contrées méridionales de la France ; on la cultive dans les jardins.
Arbuste d'environ 1 mètre de hauteur, à tige rameuse dès sa base; rameaux supérieurs herbacés, glauques; feuilles éparses, alternes, 2 fois ailées, glauques, à folioles cunéiformes, un peu épaisses et charnues ; toute la plante estparsemée de points glanduleux contenant une huile volatile très odorante.
Fleurs jaunes, en corymbe paniculé rameux { juin-août) Ses caractères sont ceux des Rutacées (308) : calice à 4 divisions aiguës, étalé; corolle à 4 pétales (quelquefois 5) ovales, à bords sinués, relevés en forme de cuiller; 8 ou 10 étamines saillantes, insérées à la base d’un disque hypogyne jaunâtre (1). Ovaire fendu en 4 ou 5 parties, rugueux et glan-
{1} La figure détachée représente une fleur sans pétales: le calice, les 8 étamines, le disque et l'ovaire 4 ou 5-lohé.
MÉDICATION EMMÉNAGOGUE. 647
duleux à sa surface ; style central plus court que les étamines ; stigmate simple. Capsule globuleuse à 4 ou 5 côtes rugueuses, s'ouvrant par leur partie supérieurétet interne {1}.
Propriétés, usages. La Rue se fait remarquer par Son odeur forte, stimulante, désagréable, et par sa saveur âcre et piquante. On l’a employée dès la plus haute antiquité dans l'aménorrhée, les affections nerveuses et d’autres affections encore que nous allons passer en revue tout à l'heure.
La Rue est emménagogue; elle exerce une action congestive utérine qui peut être très avantageuse dans l’aménorrhée chlorotique ou par atonie, mais qui aurait des effets ficheux dans les cas où la matrice serait le siége d’unétat phlegmasique. Donnée à une doseun peu forte et continuée pendantlongtemps, elle peut d’ailleurs enflammer le canal intestinal, la matrice, et par suite donner la mort. Cette plante est une de celles que certaines filles emploient pour faire disparaître les preuves d’une coupable conduite. Pline connaissait ses propriétésabortives, car il en défendait expressément l'usage aux femmes enceintes. pe
La Rue a été préconisée dans l'hystérie, l’hypochondrie et l'épilepsie ; mais les éloges qu’en ont faits les anciens sous ce rapport n’ont pas trouvé faveur auprès des modernes. — Galien la recommandait contre les flatuosités ; — Hippocrate la considérait comme résolutive, diurétique'et alexitère, etc.
Les usages extérieurs de la Rue se sont multipliés. Des lavements avec sa décoction constituent un bon remède contre les ascarides vermiculaires. — La poudre et la décoction de “cette plante tuent les poux. — De l'huile dans laquelle on a fait infuser de la Rue peut détruire fort bien l'insecte de la gale.
« Les feuilles de Rue, broyées et appliquées sur la peau, produisent une-rubéfaction. C’est ce qui a fait employer cette plante en épithème sur les carpes (poignets) contreles fièvres intermittentes. On s’est servi, dit-on, avec quelque succès de l'introduction du suc de Rue, plus ou moins étendu d’eau, dans
{3} On voit sur la plante figurée un fruit dont les 4 parties se séparent, et d’autres fruits moins avancés.
le conduit auditif, pour remédier à des surdités atoniques ou nerveuses. » Les Romains, vet Rosenstein, après eux, cherchaient à fortifier La vue en faisant arriver sur les yeux la vapeur de la Rue.
Récolte. La Rue sauvage est plus active que celle que l’on cultive. Il faut récolter les tiges munies de beaucoup de feuilles avant que les fleurs soient ouvertes. Leur dessiccation, qui ne diminue en rien pour ainsi dire leurs propriétés, doit être faite avec soin et complétement. — Les semences sont aussi employées.
PRÉPARATIONS, DOSES
Infusion : 2 à 10 gr. par kilog. d’eau; édulcorer et prendre par tasses, — 10 à 30 gr, par kilog. d’eau, pour lotions, fomentations , fumigations, inj2ctions, etc.
Poudre : 50 cent. à 3 gr. en bols ou pilules. — Quantité sufisante pour sau= poudrer les ulcères.
Sirop : 15 à 30 gr. comme édulcorant,
Extrait : 50 cent, à 2 gr.
Huile essentielle : 10 à 50 cent. sur du sucre ou en potion.
SABINE. Juniperus sabina, L.
4 Genévrier, Sabinier, Sayinier.
Le
La Sabine (pl. 11, 3) appartient au genre Genévrier, famille des Conifères (165, E), et croît naturellement aux lieux SCCS et pierreux du midi de la France.
Arbrisseau d'environ 4 mètres de hauteur, à feuilles extré-
mement petites, sonammonnes, dressées, imbriquées sur LB
tige, opposées, oYales-aiguës, non épineuses.
Fleurs dioiques : chatons portés sur de petits pédoneules recourbés et écailleux; organes de la fructification comme dans le genévrier. Fruits pisiformes, ovoïdes, charnus, d'un bleu noirâtre, renfermant un ou deux petits noyaux.
Propriétés, usages. Il y a une analogie de propriétés entre la Rue et la Sabine. Les feuilles de cette dernière sont douées d’une saveur amère et âcre, d'une odeur forte, aromatique, rappelant la térébenthine, parce que, en effet, elles contiennent beaucoup de résine et d'huile volatile. Administrées à
MEDICATION EMMÉNAGOGUE. 649
hautes doses, elles déterminent les accidents des substances irritantes, tels que inflammation de Lestomac, vomissements, coliques, déjections mélangées de sang, accélération du pouls, etc.; à doses modérées, elles portent spécialement leur action sur l'utérus et conviennent dans beaucoup de cas.
Les propriétés emménagogues de la Sabine sont plus marquéesique celles de la rue. Son action va quelquefois jusqu à déterminer de fortes congestions irritatives de la matrice et de violentes ménorrhagies: son emploi doit donc être proserit non-seulement lorsqu'il y a présomption de grossesse, mais encore lorsque l'absence des règles se rattache à un état d’éréthisme et d’irritation de la matrice Tout le monde est d'accord sur ce point, excepté M. Dieu, qui conteste à cette plante toute vertu abortive (Mat. méd., 1. 3, p. 258).
La Sabine provoque des hémorrhagies utérines ; cependant plusieurs auteurs la regardent comme un remède très efficace contre les ménorrhagies. Il y a là quelque chose de contradictoire sans doute; et pourtant on comprend très bien que dans les cas d’hémorrhagie par inertie de la matrice, la Sabine, comme stimulant spécial, agisse sur cet organe à la maniere du seigle ergoté, c’est-à-dire en faisant cesser l’atonie qui favorise l'écoulement sanguin, et provoquant la contraction des fibres musculaires et par suite l’occlusion des vaisseaux béants. Sauter et MAran sont parvenus à arrêter des pertes au moyen de cette pratique, et à empêcher des fausses couches imminentes. d
La Sabine a été mise en usage par divers médecins contre la goutte chronique (Hufeland), le rhumatisme (Brera), l'ischurie des femmes en couches ([Rau), les fièvres intermittentes (Gilibert), la blennorrhagie passée à l'état chronique (Sauvan), etc. ; mais ces médications n’ont pont été répétées de manière à fixer l'attention sur elles. C’est peut-être un tort.
Cette plante est plus connue comme vermifuge. « Ray donnait le suc des feuilles mêlé avec du lait et un peu de sucre ; Bulliard prescrit les feuilles cuites dans du lait. Un cataplasme de son et de décoction de sabine, appliqué sur l'abdo-
650 . PLANTES MÉDICINALES. Le men, à suffi, chéz un enfant de trois ans, pour obtenir l’expulsion de treize lombries dans l'espace de trois jours. »
A l'extérieur on a employé, en outre, la Sabine en poudre pour raviver les ulcères blafards ; la décoction en lotions, injections ; l'huile essentielle, contre les douleurs névralgiques, ete. +
PRÉPARATIONS, DOSES
Poudre [feuilles) : 50 cent, à 1 gr. en bols, pilules ou électuaire, — Quantité voulue comme cathérétique.
Infusion : 1 à 8 gr. par kilog. d'eau. — 15 à 30 gr. pour lotions antipsoriques {contre la gale).
Extrait : 50*ent. à 1 gr.
Huile volatile : 4 à 10 gouttes en potion.
On prépare une pommade en mêlant 2 parties de poudre avec 5 parties d’axonge ou de cérat,
SAFRAN. Crocus sativus, L.
Safran cultivé.
Le Safran (pl. 11, 4) est de la famille des Jridacées (160, B). — Plante de 15 à 20 centim., formée d'un bulbe arrondi, gros comme le pouce, brun à l'extérieur, blanc et charnu en dedans ; feuilles radicales dressées, étroites , linéaires, creusées en gouttières, vertes en dessus et blanches en dessous.
Fleurs violettes, marquées de vemes purpurines, grandes, portées chacune sur une hampe courte qui sort du milieu des feuilles (septembre-octobre). Périanthe calicinal à long tube et six divisions : à la base des trois externes s’attachent les 3 étamines ; style long, simple en bas, partagé supérieurement en trois divisions portant 3 stigmates renflés, roulés en cornet, de couleur jaune, qui dépassent les étarines. Ovaire arrondi auquel succède une capsule ovale à 3 loges.
Propriétés, usages. « La substance répandue dans le commerce sous le nom de safran du Gâtinais, n'est que la partie supérieure du style et les stigmates du crocus sativus, et peutêtre de quelques autres espèces confondues et cultivées avec lui. Le safran est d'une couleur jaune rougeñtre, d'une odeur forte assez agréable, d'une saveur un peu amère et pi-
La
MÉDICATION EMMÉNAGOGUE. 681
quante.… Il doit être placé parmi les médicaments stimulants ct antispasmodiques. À petite dose, il excite les différentes fonctions, tandis qu'il en pervertit lamarche quand il est administré à des doses un peu considérables, telles que 3à 5 grammes. Il détermine alors tous les symptômes’et tous les aceidents de l'ivresse, une congestion cérébrale plus ou moins forte, le délire, etc. » (A. Richard).
Le Safran passe pour tonique, stimulant, antispasmodique, sédatif, et surtout emménagogue ; toutefois, ses propriétés ont été singulièrement controversées. Il s’administre à petites doses comme stomachique. A doses plusélevées, il devient antispasmodique et sédatif, propre à combattre l'hystérie, les spasmes, les coliques nerveuses, l’hypochondrie, ete. Cette substance exerce une action spéciale sur l'utérus; c'est un médicament en quelque sorte populaire, auquel les femmes ont souvent recours pour rappeler leurs règles. Les considérations auxquelles nous nous sommes livré en parlant de la médication emménagogue sont applicables ici.
Nous n’en finirions pas si nous voulions passer en revue tous ces usages thérapeutiques et économiques auxquels on a#oumis le Safran. On l’a yanté contre la chlorose (M. Dieu); à l'extérieur, comme résolutif, anodin, pour dissiper les engorgements , calmer les vomissements nerveux, guérir les gerçures du sein. Roque a cru luitrouver une propriété aphrodisiaque. — On se sert du Safran pour préparer des couleurs fines, et colorer une foule de produits dans les arts. On à donné le nom de polychroïte à sa matière colorante, qui à été extraite par . Bouillon-Lagrange et Vogel.
Récolte. La plante, originaire d'Orient, est cultivée en grand dans plusieurs départements de la France, surtout en Gatinais. Le Safran (stigmates) est une substance assez chère ; aussi n’est-il pas rare de la trouver sophistiquée dans le commerce. Quand il est de bonne qualité, il est homogène, d'un beau rouge, ni trop mou ni trop sec, d’une odeur aromatique pénétrante, colorant fortement la salive en jauhe doré, etc.
652 PLANTES MEDICINALES,
PRÉPARATIONS, DOSES
Infusion théiforme : une pincée ou 1 gr. pour 1 tasse d’eau; ou bien 2 à 3 gr. par kilog, d’eau bouillante, Poudre : là 2 gr.
V7 = Sirop : 30 gr. en potion, Teinture : on en prépare une très active en faisant digérer pendant 5 ou 6 jours
30 gr. de safran dans 500 d’alcool, +»
On met du safran sur les cataplasmes pour les rendre anodins et résolutifs.
Cérat safrané (2 à 4 gr. pour 32 gr. de cérat) : employé contre les gerçures, les excoriations, dans le pansement des brûlures, etc.
Le safran entre dans le vin d'opium composé [laudanum de Sydenham}, {es pilules de cynoglosse, l'élixir de Garus, l'élixir de longue-vie, les pilules de Rufus ; dans divers emplâtres, etc.
SEIGLE ERGOTÉ. Sphacelia segetum, Léveiucé.
Ergot de Seigle, Seigle ergoté, Clou de Seigle,
L'ergot de Seigle {p{. 11, 5) est un Champignon d'un genre particulier, nommé Sphacélie (130, B). La Sphacélie, suivant M. Fée, se développe à la base de la fleur des Graminées. Elle se présente d’abord sous la forme de filaments qui se dirigent de bas en haut et atteignent bientôt le sommet de l'ovaire : il résulte de là que la masse érgotée est complétement recouverte par le champignon. Selon M. Léveillé, cette production est à la fois formée par le grain malade et par un champignon parasite qui en occupe le sommet.
« Le seigle ergoté se présente sous forme de grains plus ou moins allongés, cylindracés, obtus, marqués d’un sillon longitudinal sur un de leurs côtés, ordinairement plus ou moins arqués, offrant de 1 à 3 cent. de longueur. Leur couleur est brune, violacée, un peu pulvérulents, d’une odeur assez désagréable ; leur texture est compacte. » .
Propriétés, usages. « Le seigle ergoté donne lieu à des accidents très graves lorsqu'il se trouve mélangé en quantité notable dans les farines de seigle ou de froment : ces accidents sont des vertiges, des étourdissements, la gangrène des extrémités, et même la mort. On a donné le nom d’ergotisme à la série d'accidents que provoque le seigle ergoté. Tantôt eette substance agit plus spécialement sur le système nerveux ; de
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là le nom d’ergotisme convulsif. Tantôt, au contraire, l’un des phénomènes prédominants est la gangrène, qui s'empare des extrémités, et particuliérement des extrémités inférieures , c’est à cette variété qu on a donné le nom de ergotisme gangréneux. On trouve dans les auteurs un grand nombre de relations des épidémies que l’usage du seigle ergoté a souvent provoquées. Dans tous les cas, ce sont des accidents graves. qui souvent compromettent la vie des malades. » Nous ne dions rien des épidémies d’ergotisme qui se manifestent quelquefois parmi les populations peu aisées, dans les années très humides, où le seigle est envahi par l’ergot; épidémies dont on a d'ailleurs singulièrement exagéré les effets ficheux. Généralement une substance quelconque jouit de propriétés d'autant plus puissantes que son action physiologique sur les organes est plus marquée : voilà pourquoi le Seigle ergoté est un médicament actif, précieux, héroïque; et, par contre, pourquoi aussi les plantes qui, presque sans odeur ni saveur, ne modifient que faiblement l’action physiologique des organes, ne produisent que des effets thérapeutiques à peu près nuls. De toutes les vertus de l'Ergot de seigle, la plus puissante et la plus incontestable est, sans contredit, celle de solliciter les contractions de la matrice dans le cas d'inertie de cet organe pendant ou après l'accouchement. Elle était bien connue des matrones et de quelques charlatans; mais aucun travail sérieux n'avait été publié sur ce sujet, lorsque, en Amérique, l'attention fut éveillée par le D'Stearns. Presque en même temps Desgranges, de Lyon, puis Chaussier, Goupil, et, en Angleterre, Davies et Clark constatent les propriétés obstétricales du Seigle ergoté, et publiaient des mémoires où tous les faits venaient confirmer les assertions des médecins américains. Aujourd’hui cet agent a remporté
tous les suffrages, sauf ceux de quelquès médecins routiniers etentètés.
La
On emploie ce médicament {que nous ae ici à cause de son action sur l'utérus, et non à cause de ses propriétés emménagogues) dans plusieurs cas qui sont, par rang d'importance au point de vue de l'utilité démontrée : linertie de la
matrice dans l'accouchement, la délivrance tardive, la présence de caïllots dans la matrice, les hémorrhagies utérines, cemfaines paralysies, certaines aménorrhées, leucorrhées, hémorrhagies, céphalalgies, ED. Ti te Les ergoté convient dans le travail de l’ en ufeet lorsque, le col utérin étant suffisamment dilaté, le volume de la tète du fœtus proportionné aux diménsions du bassin, l’enfant dans une position naturelle qui ne fasse pas obstacle à son expulsion, la tête descendue dans le petit bassin, ete., 1h ne manque, pour que l'accouchement se termine, que des douleurs utérines. Alors, en effet, cet agent est tout puissant; son action est prompte, de peu de durée, mais souveraine; au bout de 10 à 15 minutes elle se manifeste, et après une heure ou deux elle est complétement épuisée. Les douleurs provoquées sont vives, longues, presque permanentes. Ayant fait un relevé des observations publiées jusqu'en 1835, le D' Bayle à trouvé que sur 1,176 cas d'accouchements ralentis ou empêchés par l'inertie de la matrice, 1,051 ont été plus ou moins promptement terminés par l'emploi du Seigle ergoté ; dans 11, le médicament a échoué ; dans 14, Le succès a été modéré. ‘à # Mais il s'est élevé une grave question dont a été saisie. l'Académie de médecine il y a peu de temps de par l'autorité supérieure, à Savoir . Si l'administration de l'Ergot est ou non exempte det tout danger pour la mére et pour l'enfant. La première conclusion du rapportque fut chargé de faire M. Danyau fut celle-ci : « Le Seigle ergoté, quels que soient d’ailleurs les avantages attachés à ce précieux médicament, peut, quand il est imprudemment administré, déterminer la mort de l'enfant et des lésions plus ou moins gravesichez la mère.» L'Ergot est encore indiqué lorsque l’arrière-faix (délivre, placenta) tarde à sortir, et que la matrice ne se contracte pas pour l’expulser, ce dont on s'assure par le palper hypo- “gastrique. — Dans ce cas, le délivre devient, par sa présence, cause d'hémorrhagies plus ou moins abondantes, contre lesquelles le même agent est encore administré avec plein succès, parce qu'il resserre les fibres utérines, rapproche les pa-
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rois des vaisseaux béants et favorise l'expulsion des caillots retenus dans l'organe.
Le Seigle ergoté n'agit pas aussi efficacement dans les ménorrhagies indépendantes de la grossesse et de l’accouchement. Cependant son emploi procure des él avantageux, et d'après les expériences tentées par MM. Trousseau et Maisonneuve, dans aucun cas l'hémorrhagie ne s’est montrée rebelle à son action, quel qu ait été, du reste, l’état de l'utérus.
La manière d'agir de l’'Ergot semble éloigner toute idée de propriété emménagogue. Pourtant ce médicament a été recommandé dans l'aménorrhée; on l'a aussi employé contre la leucorrhée; mais ces maladies dépendent de causes trop diverses pour que cet agent, pas plus qu'aucun autre, puisse avoir une action spéciale contre elles.
Le Seigle ergoté paraît être un agent excitatéur la moelle épinière. Ducros, de Marseillé, cite plusieurs cas de paraplégie guéris par l'usage de cette substance ; Barbier, d'Amiens, Payan, ont publié des faits analogues. Allier a ob-
des résultats avantageux de l'administration de l'Ergot dans des cas où la vessie avait perdu sa contractilité par suite, non d’une lésion de la moelle, mais de laëdistension immodéréé de ses tuniques due à l'accumulation de l’urine.
Un agent aussi puissant a dû être essayé dans une foule de maladies ; c'est effectivement ce qui a été fait, avec des résultats très divers, dans les pertes séminales, les fièvres intermittentes, les épistaxis, les hémoptysies, les céphalalgies, l'hystérie, la chlorose, la diarrhée et la blennorrhagie chroniques, ete. — Enfin l'Ergot de seigle a été considéré comme provoquant aux plaisirs de l’amour.
Récolte. Rien de particulier à dire, si ce n’est que l’on fait sécher l'Ergot à l'étuve, et qu'on le pulvérise au moment même de l'administration, sans quoi il perd ses propriétés actives. L’'Ergot entier est lui-même fort altérable; il est nécessaire de le conserver.dans des flacons bien secs et bouchés exactement, Il fant le renouveler tous les ans.
656 PLANTES MEDICINALES.
PRÉPARATIONS , DOSES
Poudre : 30. à 60 centig., 4 à 8 fois par 24 heures, Infusion (ergot concassé) : 4 gr, pour 500 gr. d’eau, à prendre par tasse de 2 en 2 ou de 4 en 4 heures. — La décoction se prépare avec des quantités pareilles et se prend de même, ne être administré sans danger plusieurs jours de suite.
STERNUTATOIRES, ERRHINS, PTARMIQUES.
Ces expressions désignent les corps solides, liquides ou gazeux qui, dirigés dans les fosses nasales, provoquent l'irritation de la muqueuse olfactive, et par suite la sternutation avec sursécrétion de ses follicules. Mérat et Delens proposent de donner le nom de sfernutatoires aux substances qui déterminent l'éternûment; celui de ptarmiques à celles qui se bornent à entretenir une fluxion locale et à produire un flux muqüeux plus ou mBins abondant ; enfin les errhins comprendraient tous les médicaments, irritants ou autres, employés dans les maladies des fosses nasales. Ces distinctions n'ont pas d'importance dans la pratique; car on comprend, en effet, que l'habitude, l'idiosyncrasie du sujet, le plus ou moi de force de l'agent employé, pourront faire de celui-ci tantôt un sternutatoire, tantôt un ptarmique.
On emploie les sternutatoires : 1° pour produire des se-
“cousses brusques, des mouvements subits d'expiration, afin de
combattre l’asphyxie et la syncope, de provoquer la rupture des abcès des amygdales, l'expulsion des fausses membranes, et quelquefois une hémorrhagie nasale. L'effet qu'ils produisent pourrait être fatal aux individus disposés à l'apoplexie, aux épistaxis, à la hernie, ou affectés d'anévrisme du cœur ou des gros vaisseaux, comme aussi ils doivent être évités chez les femmes enceintes, où ils pourraient déterminer l'avortement.
2° Ces agents thérapeutiques sont plus souvent mis en usage pour établir une irritation dérivative sur la muqueuse nasale dans le but de combattre certaines affections chroniques, telles que les céphalées, les fluxions oculaires et auriculaires, l'amaurose : et, dans ces cas, les contre-indications
sus-indiquées n'existent plus, puisque les brusques secousses de l’éternûment ne sont plus produites.