‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 148 sur 177 · PLANTES PURGATIVES · texte numérisé non relu

PLANTES PURGATIVES

Actéc, racine. Fusain, fruits. |Momordique , fruit, ra- Anagsre, feuilles. Globulaire, feuilles. | cine. Bagucnaudier, feuilles. -| Hellébore, racine, , ‘Nerprun, fruits. Belle-de-Nuit, racine. Hellébore blanc, racine. ‘Pêcher, feuilles, fleurs. Boursène, écorce. Hièble, racine, écorce, Pigamon, racine. Bryone, racine. fleurs. |Polypode.

Coloquinte, fruit. Iris, racine. |Prunier, pruneaux. Coronille, feuilles. Lierre grimpant, baies , | Rhapontic, racine. Eupatoire, racine, feuilles. | feuilles. à Ricin, fruits uw Euphorbe, semences, suc,| Lin purgatif. Soldanelle. racine. Liseron, feuilles, racine. |Tam.

Faux-Ebénier, pousses, | Mercuriale, herbe. |IVelyote.

Un grand nombre d’autres végétaux fournissent des médicaments purgatifs : ce sont entre autres la Moutarde blanche, l'Agaric blanc, le Genét à balai, la Gratiole, la plupart des plantes irritantes, celles de la classe des émétiques, ete. y Las

es de

ACTÉE. Actœa spicata, Li.

Aclée en épi, Herbe de Saint-Christophe, Christophoriane, Herbe aux poux, Plante vivace de la famille des Renonculacées [300 , |;

pl. v, 2), de 40 à 80 cent., dressée, à tige le plus souvent simplé; nue en bas, portant 1 à 3 feuilles supérieurément;

feuilles 2-3-pinnatiséquées, à long pétiole, segments du premier ordre longuement pétiolulés, ovales-incisés-dentés, d’un vert foncé en dessus, blanchâtre en dessous. :

Fleurs blanches, petites, régulières, en 1-2 grappes compactes, la principale opposée à la feuille supérieure, l’autre axillaire souvent avortée {1} [mai-juin). Calice à 4 sépales pétaloïdes caducs ; pétales 4, atténués en un long onglet ; étamines nombreuses; 1 carpelle. Fruit bacciforme noir, à la maturité.

Propriétés. Cette plante est d'une saveur âcre et amère ses feuilles froissées entre les doigts répandent une odeur désagréable. Sa racine, dont l'âcreté est très prononcée, est un purgatif violent, comparé à l'hellébore noir pour son action sur les organes digestifs. Ses baies sont un poison pour les chiens : elles paraissent agir à la manière des narcotico-âcres, ar Linné les a vues exciter un délire furieux suivi de mort. La Diane fraîche tue les poules et les canards. On a pourtant exagéré son action toxique, car Orfila a souvent administré sa décoction à la dose de 4 à 6 onces [125 à 185 gr.) sans produire le moindre accident. Mais il paraît que l’Actée ne cause des effets toxiques qu'à l'état frais et à haute dose.

Cette plante est peu usitée en médecine, du moins à l'intérieur, à cause de l'incertitude où l’on est relativement à ses véritables effets. Si l'on en croit Lejeune, de Verviers, elle calme la toux des phthisiques. On peut s’en servir pour guérit la sale ct faire périr les poux.

C l’est dans les Dôisstouffus et montueux que croît l’Actée ; on peut récolter sa racine vivace en toute saison pour l’employer fraîche.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (racine sans doute?) : 2 gr. pour 500 gr. d’eau ; elle calme la toux opiniâtre des phthisiques ; et, sans affajiblir les sécrétions comme l'opium, elle leur cause un bien-être qui n’est point à dédaigner » [Lejeune].

Décoction : 30 à 60 gr, par kilog. d’eau, pour lotions antipsoriques et antipédiculaires.

{1} La figure ne représente qu'une grâppe de fleurs épanouiéS et de boutons.

ANAGYRE. Anagyris fætida , L,

Bois puant, Anagyre fétide.

Arbrisseau de la Provence et du bassin de la Méditerranée, appartenant aux Légumineuses (272). Son bois, son écorce surtout, ont une odeur désagréable lorsqu'on les frotte (Bois puant), et toute la plante partage cette odeur quand on la secoue. :

Les anciens lui attribuaient une grande énergie. Ses semences font vomir suivant Dioscoride et Pline. Elles purgent aussi d'après Peyrilhe. Loiseleur-Deslongchamps a expérimenté les feuilles, qui sont un purgatif doux, à la dose de 12 à 30 gr. en décoction.

BAGUENAUDIER. Colutea arborescens, L.

Colutier, faux Séné, gens d'Europe, Séné vésiculeux, Arbre à vessies,

Arbrisseau du midi de l'Europe, cultivé pour l'ornement dans tous les jardins, à cause de son port agréable, de ses feuilles composées de 11 à 12 folioles, imparipinnées, oblongues-arrondies, d'un vert blanchâtre, subpubescentes en dessous ; stipules libres.

Fleurs jaunes ou veinées de rouge, disposées en grappes axillaires (juin-juillet}, composées comme il a été dit à la famille des Légumineuses (272-753, N). 10 étamines dont 9 enveloppant le pistil ; style à stigmate crochu. Légume vésiculeux, glabre, fermé au sommet, éclatant avec bruit par la pression ; semences noirâtres.

Propriétés, usages. Les feuilles de Baguenaudier, dont la saveur est un peu âcre, sont purgatives. Boerhaave, Gesnér, Bartholin, Garidel, les considèrent comme très propres à remplacer le séné, mais celui-ci a l'immense avantage sur elles de produire autant d'effet à une dose six ou sept fois moindre. Leur usage toutefois ne peut être suivi d'aucun accident, et, suivant Coste, ilne laisse pas de faiblesse dans le canal intéstinal après l'effet purgatif.

La récolte de ces feuilles se fait au milieu de l'été ou en septembre. On les monde et les sèche à l'ombre. Souvent on les mêle avec le séné dans un but de sophistication qui n'a d’ailleurs pas d’inconvénients pour la santé. Les gousses du Baguenaudier ont été proposées comme succédané des follicule du séné; mais elles sont encore moins purgatives que les feuilles.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [feuilles) : 30 à 90 gr. pour 500 gr. d’eau. Suivant Coste et Wilmet, l’infusion purge mieux que la décoction. — Bodard ajoutait à cette préparation : racine de réglisse verte effilée, 30 gr.; semences de fenouil sucré d'Italie, 2 pincées: à prendre 3 verres chaque matin à 2 ou 3 heures d’intervalle pendant deux jours de suite,

Fumées avec la pipe ou en cigarrettes, les feuilles du baguenaudier font couler une grande quantité de sérosités nasales [Coste et Wilmet).

BELLE-DE-NUIT. Mirabilis jalapa , L.

Faux Jalap, Nictage du Pérou, | Te

Plante vivace de 40 à 60 cent., abondamment cultivée dans nos jardins où elle fleurit depuis le mois de juin jusqu'à la fin de la belle saison et se resème seule très facilement. Genre type des Nyctaginées, ayant les fleurs rouges [pl. xv, 1), jaunes, blanches ou panachées, grandes, rassemblées plusieurs ensemble en espèces de bouquets axillairés etterminaux, présentant les caractères spécifiés au $ 187.

Propriétés. Les feuilles de la Belle-de-Nuit sont inodores, d'une saveurun peu vireuse et piquante; la racine, qui est fusiforme, noirâtre en dehors, blanche en dedans et que l’on recueille au commencement de l'hiver pour la conserver, est seule employée en médecine comme purgative. On l'a proposée comme succédané du jalap, mais son action est beaucoup moins sûre, quoiqu'elle excite fortement les intestins et qu’elle réunisse en sa faveur des expériences concluantes. Le jalap est d’un prix si peu élevé que tout le monde pourrait s’en procurer facilement; mais l'imprévoyance sera toujours si grande à l'endroit de la santé, qu'il est bon de faire con-

naître toutes les ressources que nous offrent les plantes, mêmes les plus humbles et les moins actives. “.«

PRÉPARATIONS, DOSES

Poudre (racine) : 2 à 4 gr. dans un verre d’une boisson quelconque. — On l'a quelquefois employée à titre de désobstruant et de vermifuge.

BOURGÈNE. Rhamnus frangula, L.

Bourdain, Aune noir, Bois noir, Nerprun-Bourdaine

Arbrisseau de la famille des Rhamnacées, genre Nerprun (256, À ; pl. xx, 1), très rameux, à écorce noirâtre tachetée de blanc ; feuilles obovales-elliptiques, entières, pétiolées, glabres et lisses surtout en dessous.et d'un vert clair.

Fleurs d'un blanc verdâtre, petites, hermaphrodites, en fasciceules peu fournis dans l’aisselle des feuilles {août-septembre). Calice tubuleux à 5 divisions pointues ; pour corolle 5 pétales petits, comme écailleux, concaves, alternant avec les sépales et opposés aux 5 étamines qui sont comme logées dans leur concavité ; style indivis. Baie arrondie, rouge d'abord , noire à la maturité, contenant 3 noyaux coriaces-cartilagineux.

Propriétés, usages. Odeur et saveur nulles dans les fleurs et les feuilles ; écorce intérieure un peu amère et nauséeuse. Celle-ci est un purgatif assez violent qui n'est guère mis en usage que par les campagnards dans l’hydropisie, les fièvres intéermittentes , les affections vermineuses: Les baies sont purgatives comme celles du nerprun, mais beaucoup moins ; les habitants de la campagne s’en servent aussi pour se procurer des évacuations. — C'est avec le bois de la Bourdaine qu'on prépare le charbon employé à la fabrication de la poudre à canon, — On retire une teinture jaune de l'écorce.

Récolte. C’est pendant la floraison que l'on sépare l'écorce moyenne pour la faire sécher. Verte, cette écorce agit, diton, comme vomitif, celle de la racine est plus actives On trouve la Bourgène dans les endroits humides des bois, Mis, rochers.

PREPARATIONS , DOSES,

Infusion [écorce sèche) : 15 à 30 gr pour 500 gr. d’eau. LE

Décoction : voici la préparation qu’emploie dti : écorce sèche et vieille, 45 gr.; écorce d’orange coupée menu, 8 gr.; eau commune, 2 litres; faites bouillir pendant 2 heures, et vers la fin de la décoction ajoutez : écorce d'orange, 12 à 15 gr.; semences de cumin concassées, 12 gr. À prendre 60 gr. environ de cette décoction le soir en se couchant, pour obtenir 2 ou 3 évacuations alvines le lendemain matin. On augmente la dose si l’on veut produire plus d’effet.

La décoction en Lotions guérit la gale, suivant Coste et Wilmet. e

L'ArATERNE (Rhamnus alaternus) est un arbrisseau très voisin du précédent, fréquemment cultivé dans les pares, où il se distingue à ses feuilles épaisses, coriaces, alternes, entières ou dentées, épinetées toujours vertes ; à ses fleurs dioïques en panicules très courtes, axillaires, ete. Ses baies, dont les oiseaux sont friands, sont purgatives ; ses feuilles, que les merles picotent l'hiver, sont un peu astringentes. — Son bois sert dans l’ébénisterie. |

BRYONE. Bryonia alba, L.

Bryone blanche, Bryone dioïque, Couleuvrée, Navet du diable, Navet galant, Vigne

blanche,

La Bryone (pl. 1v, 5) est une Cucurbitacée (251, D) très commune dans les haies, les buissons, se confondant avec eux et en remplissant les vides par ses feuilles, et ses tiges volubiles dirigées en tous sens.

Plante vivace, à racine pivotante, grosse, blanche et char: nue; à tige grêle, grimpante, herbacée , anguleuse, glabre, rude , longue de 2 à 4 mètres, munie de vrilles très longues tournées en spirale et Pine avec les pétioles. Pauiles al- , (ERÉRpenolées, palmatilobées à 5 lobes anguleux- sinués, dont j'impair est le plus grand, rudes et hérissées de poils courts.

Fleurs d'un blanc verdâtre, assez petites, dioïques, en orappes pauciflores sur un pédoncule axillaire assez long pour les mâles, pius court pour les femelles (juin-juillet). Mâles : 10 à 12, calice campanulé soudé avec la corolle, excepté dans sa partie supérieure qui offre 5 dents aiguës ; corolle campa-

nulée à 5 divisions profondes, ovales-obtuses ; ati S. réunies en 3 faisceaux par leurs filets; anthères linéaires. Femelles : 4-5, ovaire globuleux, infère ; style court profondément tripartit, dont les divisions s’élargissent supérieurement en stigmates subbifides. Baie globuleuse, rougeñtre , pisiforme ; 3-6 graines.

Propriétés, usages. La plante est insipide et inodore, mais la racine est douée d’une saveur extrêmement amère, nauséabonde. Cette racine, qui est la seule partie employée, renferme une grande quantité de fécule, une huile volatile concrète, de la résine, quelques sels et de la bryonine, qui est le principe actif. C’est un purgatif énergique très anciennement connu, car Hippocrate en fait mention. De notre temps les médecins le négligent, mais en revanche les habitants de la campagne l’emploient souvent, soit pour eux ou leurs bestiaux : selon Vittet, ils purgent avec la Bryone les bœufs qu'ils veulent engraisser. Il ne paraît pas, néanmoins, qu'on soit parfaitement édifié sur le degré d'énergie de cette plante, car les uns disent qu'elle irrite fortement le canal intestinal, d’autres, au contraire, tels que Burtin, Loiseleur-Deslongchamps, Mérat et Delens, la regardent comme exempte de danger, et expriment le regret qu'elle ne soit pas plus usitée par les hommes de l’art, qui seuls peuvent apprécier les indications de son emploi.

Quoi qu'il'en soit, on cite parmi les maladies que guérit la Bryone, l'hydropisie, les obstructions du bas-ventre, l'épilepsie, l’hystérie, les paralysies atoniques, lerhumatisme chronique, les fièyres intermittentes, etc. ; mais combien d'observations cite-t-on pour chaque cas ! est-on sûr que la guérison ait été l'effet du médicament! le diagnostic de ces maladies était-ilrigoureusement établif n’a-t-on pas causé dans d’autres circonstances analogues plus de mal que de bien! c'est ce qu'il serait important de savoir. Encore une fois, la Bryone peut être utile, mais à condition d'être maniée par des mains prudentes et exercées. — Pour M. Cazin, c'est de plus un diurétique, ou un incisif et expectorant selon les cas.— Appliquée fraiche sur la peau, elle larubéfieet peut causer la vésication.

MEDICATION PURGATIVE. 735

Récolte. La racine de Couleuvrée étant vivace peut être employée fraîche toute l’année. Pour la conserver il faut la recueillir à l'automne ou dans l'hiver : on la coupe par fragments que l’on enfile en chapelet pour la faire sécher à l’étuve. Elle conserve une très grande amertume après la dessiccation, mais son volume a considérablement diminué.

PRÉPARATIONS, DOSES

Poudre (racine sèche) : 1 à 2 gr, — Burtin l’administrait aux hydropiques à læ dose de 50 cent. à 1 gr. 60 cent.; il la trouvait, comme le jalap, exempte de danger, — Onl’administre encore pour faire vomir, d’autres fois pour faciliter l’expectoration, comme l’on fait de l’ipécacuanha et du kermès (Cazin).

Dnfusion : 4 à 8 gr. pour 125 gr. d’eau. — Boerhaave considère ce médicament comme émétique et purgatif. Il faisait macérer une demi-once à 1 once (15 à 30 gr.| de la racine sèche dans 2 litres de vint « Si, dit-il, on prend une once de ce vin, on purge par haut et par bas, et de cette manière on guérit souvent l’hydropisie. »

« Poiret dit qu’en Allemagne et en Suède les paysans creusent la racine de bryone fraîche et y versent de la bière, qui devient émétique et purgative dans l’espace d’une nuit. »

COLOQUINTE. Cucumis colocynthis, L.

Concombre-Coloquinte.

La Coloquinte est originaire de l'Orient, naturalisée et cultivée en France. Elle appartient à la famille des Cucurbitacées, genre Cucumère (251, B; pl. zvi, 1).

Plante annuelle, herbacée, à tige couchée, ou grimpante sur les corps élevés auxquels elle s'attache au moyen de vrilles, eylindrique, charnue, cassante, couverte de poils très rudes ; feuilles à long pétiole poilu, à 5"lobes dentés, obtus (celui du milieu plus grand), offrant des poils rudes sur les nervures.

Fleurs d’un jaune orangé, monoïques, solitaires et axillaires. Müles : calice hérissé de poils rudes et blancs, à 5 divisions étroites et libres : corolle campanulée, ouverte , à 5 lobes terminés en pointe, ayant le fond tapissé d’un bourrelet jaunâtre; 5 étamines dont 4 soudées 2 à 2 et 1 libre. Femelles : ovaire infère, ovoïde; style trifide à son sommet avec 3 stigmates

736 PLANTES MEDICINALEFS.

bifides; calice et corolle (1). Fruit globuléux, jaune, de la grosseur d'une orange, recouvert d'une écorce dure, coriace, glabre ; graines nombreuses au milieu d’une pulpe blanche et spongieuse.

Propriétés. Ce fruit est d'une saveur extrêmement amère, comme Chicotinl'on peut bien dire, puisque ce nom est celui qu'il portait autrefois. On le trouve dans le commerce dépouillé de son enveloppe crustacée. C’est un des plus violents purgatifs à cause de la grande quantité de matière résineuse qu'il contient. Les anciens en ont connu la puissante énergie, car on lit dans Dioscoride que les lavements préparés avec cette substance donnent lieu à des déjections sanguinolentes.

La Coloquinte est donc un médicament dont il ne faut user qu'avec une très grande prudence. Cependant on a vanté ses heureux effets dans les hydropisies passives, les maladies soporeuses, la léthargie, l'apoplexie, la manie, la colique saturnine, toutes les fois qu'il faut agir énergiquement pour produire des évacuations qu'on n'obtient pas par d'autres moyens, où pour agir révulsivement. On s'en est servi aussi comme vermifuge, emménagogue, désobstruant, antigoutteux, et il y a des auteurs qui en font le plus grand éloge, ce qui prouve qu'on a tort peut-être de l'oublier.

PRÉPARATIONS, DOSES

Poudre (pulpe ‘bien pulvérisée) : 20 à 60 cent. soit seule on associée à la gomme adragante. of

© Teinture : 20 cent. à 1 gr. dans un véhicule approprié.

Extrait : 5 à 40 cent. en pilules.

On applique la pulpe sur l’ombilie comme purgative et vermifuge.

CORONILLE, Coronilla emerus, 1.

Cette plante, comme ses voisines (272-735, O), qui sont vivaces, et qui ont des feuilles imparipinnées, stipulées, des leurs disposées en ombelles portées sur de longs pédoneules axillaires ou terminaux, jouit d'une propriété purgative. « Les

{1} Le dessin représente une fleur épanonie, une flear en bouton et le fruit en maturité

gens de la campagne se purgent avec les folioles de la coronille {séné bâtard, faux séné). Je puis assurer, dit M. Cazin, qu'elles font autant d'effet que le séné, en augmentant la dose d’un tiers environ. » |

EUPATOIRE. Eupatorium cannabinum, L.

Eupatoire d'Avicenne, Eupatoire commune, Eupatoire à feuilles de chanvre, Hérbe de Sainte-Cunégonde,

Joli végétal vivace (pl. xvir, 3) commun aux lieux humides, aux bords des eaux tranquilles, de la famille des Synanthérées, tribu des Corymbifères (2537-40, A).

Plante de 80 cent. à 1 mètre 20, à tiges dressées, pubescentes, souvent rougeûtres; feuilles opposées, divisées en 3 segments lancéolés et dentés, pubescentes. Racine oblongue, blanchâtre, un peu fibreuse.

Fleurs purpurines, en capitules cylindriques-oblongs , très nombreux, disposés en un corymbe terminal serré (juillet-septembre). Fleurons peu nombreux avec un involure commun imbriqué, tous tubuleux, 5-fides et hermaphrodites; style très saillant, bifide (1). Akènes presque cylindriques, à 4-5 côtes, surmontés d’une aigrette à soies disposées sur un seul rang.

Propriétés, usages. Odeur à peu près nulle, à moins qu'on n’écrase la plante; saveur très amère et persistante. Les auteurs sont loin d’être d'accord sur les propriétés médicales de l'Eupatoire, qui est diurétique, apéritive pour ceux-ci, purgative pour ceux-là, tonique et stimulante pour d’autres. Mais 1l faut tenir compte des parties employées et de l'époque où à été faite la récolte. Il paraît démontré aujourd’hui que les feuilles agissent à la manière des toniques, et que les racines sont évacuantes à la manière de la rhubarbe, e’est-àdire qu’elles purgent sans débiliter. Néanmoins, cette plante paraît être tombée dans un oubli qui ne semble pas prêt de fuir, et cela parce que les opinions ont été trop contradictoires

{1) Le dessin consacré à cette plante représente une extrémité de tige portant un corymbe de capitules en fleurs, accompagné de fruits sur d’autres rameaux ; un Capitule de 5 fleurons détaché, un fleuron seul et enfin une graine surmontée d’une aigrette.

sur son compte. Au demeurant, ce n’est pas un grand dommage, puisqu'on peut la remplacerpar d’autres végétaux mieux connus et plus certains dans leur action, tels que la fameterre, la centaurée, comme amers et toniques, ou l'hellébore, la gratiole, etc., comme purgatifs.

On doit récolter la plante un peu avant la floraison, et la racine au printemps. Cette racine se trouve rarement dans le commerce ; elle est de la grosseur du petit doigt au plus, entourée de beaucoup de radicules ; son odeur est nulle, maïs sa saveur amère et piquante persiste après la dessiccation.

PRÉPARATIONS, DOSES

infusion ou décoction (feuilles) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Tonique; et comme apéritive dans les engorgements abdominaux, la chlorose, l’hydropisie, etc. (Tournefort et Bocrhaave].

— (racine) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau, de vin ou de bière. — Chambon de Moutaux dit s'être procuré plusieurs évacuations avec quelques coliques assez modérées, en prenant une infusion à froid d’une once environ {30 gr.) de racine fraîche coupée par tranches, dans 4 onces {125 gr.] de vin.

EUPHORBE ÉPURGE. Euphorbia latyris, L.

Épurge, Catapuce, Purge, Catherinette.

Plante annuelle, lactescente, de 60 à 120 cent. : tige raide, dressée, robuste, rameuse au sommet, se divisant en 4 rameaux plusieurs fois dichotomes {p{. xiv, 1}, formant une ombelle qui a 4 feuilles pour involucre ou collerette (1). Feuilles opposées, les paires alternant en croix, sessiles, oblongues-lancéolées, entières, glabres, fermes, vertes et luisantes en dessus, glauques en dessous ; feuilles de l’involucre de même forme que les caulinaires (2), celles des rayons constituant des bractées ovales-aiguës, cordées à la base, opposées.

Fleurs d’un jaune verdâtre, monoïques : plusieurs mâles et une femelle renfermées dans un involucre caliciforme mono-

(1) La figure représenté la naissance de l’ombelle, dont 3 rayons sont coupés, et un seul est conservé,

(2) On ne peut les voir sur la planche,

er

phylle, globuleux, placé dans les bifurcations des rayons de l'ombelle (juin-juillet). Feurs mâles 10-20, constituées chacune par une seule étamine et insérées vers la base de l'involucre, étamines inégales; fleur femelle longuement pédicellée au centre de l'involucre{1}'et entourée par les fleurs mâles; pédicelle élargi au-dessous de l'ovaire, à élargissement lobé (calice!); 3 styles à stigmate bifide. Capsule saillante hors de l'involucre, subglobuleuse, trilobée, à 3 coques monospermes.

Propriétés, usages. Toutes les parties de la plante sont à peu près sans odeur et sans saveur, sauf la racine qui a de l’âcreté. Mais on n'emploie que les graines, qui, grosses comme le chènevis et rugueuses, contiennent une huile blanchâtre, transparente, inodore et presque insipide, et sont fortement purgatives, propriété que Dioscoride avait déjà signalée. Les paysans seuls en font usage, parce qu’elles setrouvent sous leur main pour ainsi dire, et que les médecins répugnent à employer un médicament aussi actif, qui devient en outre infidèle si on prive les graines de leur capsule.

Il n’en est pas de même de l'huile d'épurge. Plusieurs expérimentateurs, Calderini, Barbier, d'Amiens, entre autres, assurent qu'elle purge sans coliques ni ténesme, et qu'elle peut remplacer l'huile de croton tiglium, surtout chez les sujets délicats et les enfants. M. Dieu voudrait que son usage fût plus répandu, car, dit-il, le prix en est si peu élevé que, dans les hôpitaux, chaque purgation coûterait à peine un quart de centime.— La racine et l'écorce sont purgatives, mais 2 un moindre degré.

A l'extérieur, l'huile d'épurge détermine une éruption à la peau comme celle du croton tiglium. (V. ce mot.) Les feuilles fraîches avec lesquelles on frotte cette membrane produisert de la rubéfaction. Les usages externes appartiennent surtout à l'Euphorbe des marais dont il est parlé ci-dessous.

L'Euphorbe épurge croît le long des routes, des haïes des

(1} La figure détachée montre cet involuère ouvert et développé pour faire voir cette fleur et les étamines.

jardins, au voisinage des vieux châteaux, dans les lieux ombragés, etc.

PRÉPARATIONS, DOSES

Semences : 6 à 12, comme cathartique ou drastique. Elles ne conviennent qu'aux sujets robustes et exempts de toute irritation gastro-intestinale, dans l'hydropisie surtout. — Les paysans qui veulent produire un grand effet, dit M. Cazin, les mâchent longtemps sans les avaler. C’est un remède dangereux s’il n’est employé avec prudence.

Huile d'épurge : 20 à 75 cent. — M. Martin-Solon l’a administrée avec succès à la dose de 1 gr. 25 cent. jusqu’à 4 gr. et plus dans plusieurs cas d’albuminurie chronique; mais nous ne conseillerons à personne d’imiter cette pratique, à moins d’une surveillance attentive.

Pour frictions révulsives, 1 à 2 gr. dans les névralgies sur le trajet du nerf

douloureux, sur la partie supérieure de la poitrine, dans la coqueluche, ete.

EUPHORBE DES MARAIS (Euphorbia palustris) ou Tithymale des marais, Grande-Esule [1), Cette espèce, très voisine de la précédente et qui habite les lieux marécageux, les prairies tourbeuses, etc.,aune racine très épaisse, une tige d'un mètre environ, donnant naissance à un grand nombre de rameaux la plupart stériles ; l'ombelle est irrégulière, à rayons nombreux 1-2 fois bi-trifurqués, souvent dépassée par les rameaux stériles. Feuilles oblongues-lancéolées, atténuées à la base, éparses : celles de la collerette ou involucre en verticille 1rrégulier; celles des rayons ([bractées) oblongues-obtuses, colorées en jaune lors de la floraison, qui a lieu en mai-juillet. Capsule profondément 3-lobée, chargée de tubercules, etc.

La Grande-Esule est sans odeur, mais sa saveur est âcre, très irritante, due au suc qu'elle contient en abondance et qu’elle laisse écouler à la moindre incision ou confusion; suc gommo-résineux qui, appliqué sur la peau, l'irrite, l'enflamme et produit des boutons, des pustules, et même la vésication si le contact est prolongé : aussi bien s’en sert-on quelquefois pour produire l’action des vésicatoires et des sinapismes, ou

{1} Cette plante avait été désignée au crayon du dessinateur; mais quoique sa figure manque, on la reconnaîtra facilement en comparant sa description avec celle de la précédente qui a été représentée,

MÉDICATION PURGATIVE. 741 pour donner de l’activité à ces préparations. On l'a aussi conseillée pour détruire les verrues, cautériser les surfaces teigneuses et les plaies de mauvaise nature, etc.; mais cet usage externe demande une certaine prudence, car de l’inflammation et des abcès peuvent en résulter. — Quant à l'emploi de cet Euphorbe à l’intérieur, il offre encore plus d’inconvénients : il peut causer un véritable empoisonnement à la manière des caustiques , si la dose est trop forte ou le remède mal administré : il vaut donc mieux s’en abstenir.

EUPHORBE CYPARISSE (Euphorbia cyparissias) ou E. à feuilles de cyprès, Tithymale. Plante vivace qui croît aux lieux arides, parmi les rochers des bois, et dont le port a de la ressemblance avec celui du cyprès. Tiges de 20 à 50 cent., rapprochées en touffes, donnant naissance au-dessous de l’ombelle à des rameaux la plupart stériles. Feuilles linéaires éparses, entières, glabres , celles des rameaux stériles, très étroites, rapprochées en pinceau. Ombelle à rayons nombreux, grêles, 1-2 fois bifurqués ; feuilles de l'involucre de même forme que les caulinaires ; bractées libres, plus large que longues, capsule à lobes finement chagrinés sur le dos. Floraïson en juin-septembre.

Cet Euphorbe est un purgatif irritant comme ses congénères. La poudre de l'écorce de sa racine, à la dose d’un gramme , produit plusieurs vomissements et plusieurs selles (Loiseleur-Deslongchamps).

Eupnorre-Ésuze (E. Esula), d'esu, âcre, en celtique. L'Esule a de 30 à 80 cent. ; tiges dressées donnant souvent naissance, au-dessous de l’ombelle, à des rameaux la plupart florifères ; feuilles oblongues-lancéolées, sessiles, éparses. Ombelle à rayons nombreux, 1-2 fois bifurqués ; feuilles de l’involucre oblongues; bractées ovales-triangulaires, souvent jaunes lors de la floraison, etc. — Cette espèce est rare : la linaire lui ressemble, mais elle manque de suc laiteux, de là cette phrase :

Esula lactescit, sine lacte linaria crescit.

EUPHORBE RÉVEIL-MATIN (E. helioscopia). Le Réveil-Matin,

encore appelé Tithymale, est une plante annuelle de moins de 30 cent., à tige dressée, ronde, lisse; à feuilles alternes, en spatule, finement dentées, glabres. Ombelle à 5 rayons 2-3fides ; involucre à 5 folioles ovales, dentées, grandes ; bractées opposées ou ternées , ete. (floraison en juillet). Son nom lui vient de ce qu’en se frottant les yeux avec son suc, il en résulte de la douleur, de l’inflammation qui cause l'insommie, Son emploi contre les verrues et les poireaux est populaire. Il ne faut cependant pas en abuser.

FAUX ÉBÉNIER. Cytisus laburnum, L.

Cytise des Alpes.

Arbre ou arbrisseau de la famille des Légumineuses (272-753, F), planté dans les promenades publiques, quelquefois naturalisé dans les bois et les haies, à feuilles trifoliées, pétiolées, folioles ovales-oblongues. — Fleurs jaunes en grappes axillaires pendantes qui se montrent au printemps. — Les pousses sont purgatives, et même vomitives suivant MM. Tollard et Vilmorin. Les graines contiennent une matière (eytisine) qui, à la dose de 40 cent., agit fortement sur le système nerveux en produisant des vertiges, des convulsions spasmodiques, ete.

FUSAIN. Evonymus europœus, L.

Bonnet de prêtre, Bonnet carré,

Arbrisseau de nos haïes et taillis, très rameux, à rameaux opposés; feuilles oblongues, acuminées, finement dentées, à court pétiole, glabres; famille des Rhamnacées (256). — Fleurs blanchâtres, petites, en cymes pauciflores au sommet de pédoncules axillaires {mai). Calice à 4 divisions étalées, arrondies; 4 pétales oblongs ; 4 étamines insérées sur un disque épigyne.

’apsule à 4 lobes obtus, quadrangulaire et dont la forme imite un bonnet carré, rose à la maturité qui a lieu en aoûtseptembre.

Propriétés. « Ilexiste dans l'écorce, les feuilles et les fruits du Fusain un principe âcre éméto-cathartique et drastique.

Si les médecins ont différé d'opinion sur les effets de ectte plante, c'est parce que son énergie est plus ou moins prononcée suivant la saison où elle est recueillie. Au printemps, il n’en faut qu'une petite dose pour provoquer le vomissement, tandis que dans d’autres saisons elle est moins active. Les Jeunes pousses, surtout, sont drastiques à un tel degré qu’on ne les emploie presque jamais à l’intérieur : elles sont mortelles pour les moutons, les chèvres et même les vaches, quand elles produisent une vive inflammation sans évacuations ou qu'elles superpurgent jusqu'à déterminer une violente inflammation du tube digestif » (Cazin). — On prépare avec le bois de ce végétal le crayon qui porte son nom, et aussi du charbon pour la poudre à canon.

PRÉPARATIONS, DOSES

Fruits : les Anglais en prennent 3 ou 4 pour se purger [Coste et {Wilmet).

Décoction [jeunes tiges) : employée à l'extérieur comme détersif sur les ul. cères sordides, atoniques, gangréneux, On peut la mêler avec la décoction de noyer.

— (fruits) : 15 à 30 gr. par kil. d’eau; elle est d’un usage populaire contre la gale.— Les vétérinaires font cette décoction dans du vinaigre pour guérir la gale des chiens et des chevaux.

Poudre (fruits) : répandue sur la tête, elle fait périr les poux.

GLOBULAIRE TURBITH. Globularia alypum, L.

Globulaire, Globulaire purgative, Turbith blanc, Séné des Provençaux.

Cette plante {pl. 1vr, 4) est assez commune dans les lieux arides et pierreux du midi de la France, dans la Provence, le Languedoc, aux environs de Montpellier, etc. Elle a donné son nom à la famille des Globulariacées (195).

Sous-arbrisseau de 70 cent, à 1 mètre au plus; tige dressée, très rameuse, rameaux glabres, anguleux (1); feuilles alternes, peu grandes, en spatule; entières, quelquefois tridentées au sommet, terminées par une petite pointe aiguë, raide, ayant une nervure au milieu, étant d’un vert glauque.

Fleurs bleues, en tête arrondie, solitaire et terminale, sou-

{1} Un seul rameau a été figuré portant un capitule de fleurs

tenue par un involucre de folioles imbriquées , et dont le réceptacle est garni de paillettes. À chaque fieur : calice tubuleux, à 5 divisions aiguës, poilu ; corolle à 5divisions inégales au limbe, comme bilabiée, dont la lèvre inférieure est tridentée (1); 4 étamines! à filets libres, attachés sur la corolle. Ovaire uniloculaire, style filiforme. Akène muni d'une pointe à la base due au style persistant, renfermé dans le calice persistant lui-même (2).

Propriétés, usages. La Globulaire turbith est amère; ses feuilles sont employées comme purgatives. Les propriétés de cette plante paraissent avoir été inconnues des anciens. Bauhin lui donna le nom d'herbe terrible, qu’elle porta longtemps aux environs de Montpellier ; mais on croit qu'il avait confondu avec elle l’alypum de Dioscoride, car, au contraire, elle purge sans produire ni irritation, ni nausées, ni coliques, et peut remplacer avantageusement le séné. On l’a employée comme hydragogue et fébrifuge dans les hydropisies et les fièvres marécageuses, mais elle n’est pas assez active ni d’une façon ni de l’autre pour être très efficace dans ces maladies.

La Globulaire est tout simplement un purgatif ordinaire qui exerce en même temps une action tonique, comme la rhubarbe et le séné. Nous nous étonnons, du reste, qu'elle ne soit pas plus connue et demandée dans le commerce des plantes.

Decoction [feuilles sèches) : 12 à 30 gr. par kilog. d’eau. L’ébullition doit durer 8 à 10 minutes afin que l’eau puisse s'emparer de toutes les parties ac-

tives de la plante.

La GLOBULAIRE VULGAIRE (Globularia vulgaris)(pl.xv, 4), Glob. commune, Marguerite bleue, Boulette, est très commune sur les pelouses sèches, les coteaux calcaires, les clarières des bois montagneux, dans toute la France. C’est une plante herbacée à tiges solitaires ou peu nombreuses, de 10 à 40 cent,,

{1} La fleur détachée est privée de la moitié supérieure de sa corolle pour faire voir l'insertion des étamines.

(2) L'autre figure détachée montre cette disposition du fruit

dressées, simples ; feuilles radicales nombreuses, en rosette, obovales, mucronées, entières, les caulinaires beaucoup plus petites, lancéolées-oblongues.— Fleurs bleues en capitule solitaire et terminal [mai-juin). Calice hérissé à 5 divisions lancéolées ; corolle à 5 divisions, les 3 inférieures plus longues (1), etc.

On a proposé cette variété pour remplacer la précédente, mais elle est beaucoup moins active. Cependant les avis sont partagés à cet égard, car M. Cazin affirme qu'elle lui a toujours bien réussi, en augmentant toutefois la dose d’un tiers.

HELLÉBORE NOIR. Helleborus niger, L.

Rose de Noël, Rose d'hiver, Hellébore à fleurs roses, Herbe de feu.

Plante vivace de 30 cent. au plus, plutôt moins, composée de hampes florifères (pl. Lvn, 2), de feuilles toutes radicales, longuement pétiolées, grandes, divisées en 8-9 digitations ovales-oblongues, dentées, ouvertes comme une main, coriaces. Racine grosse comme le doigt, noirâtre, se divisant en plusieurs branches.

Fleurs d'un blanc rosé, grandes ou solitaires et terminales, au nombre de deux, sur des hampes nues qui sortent de la racine avant les feuilles et portent supérieurement 1-2 bractées : elles s’épanouissent dès la fin de décembre et se rattachent par leurs caractères à la famille des Renonculacées (500, J). Calice à 5 divisions ouvertes, grandes, colorées ; pour corolle 10-12 pétales en cornets beaucoup plus courts que le calice, d’un jaune verdûtre. Étamines très nombreuses: 6-8 carpelles réunis au centre, autant de styles.

Propriétés, usages. L'Hellébore noir est presque sans odeur, eb sa saveur n'est pas très âcre; cependant c’est une plante vénéneuse à haute dose, dont la racine agit à la manière des purgatifs drastiques les plus énergiques. On l’a vantée considérablement dans l’hydropisie, et l’on connaît la réputation

(1) Cette corolle forme comme 2 lèvres : la supérieure bipartite, l’inférieure tripartite plus grande. (Voir la figure détachée.)

des pilules hydragogues de Bacher, qui doivent leurs vertus anti-hydropiques à cette racine.

L'Hellébore exerce une action particulière sur le système nerveux, outre sa propriété évacuante. Cette action n'est point encore bien appréciée, quoiquelle fût connue des anciens, qui avaient même une grande confiance en elle pour guérir la folie. Les historiens et les poètes ont célébré les cures merveilleuses obtenues par l'Helléborisme [on désignait ainsi l’ensemble de la médication assez compliquée). Si les modernes ont abandonné ce médicament comme infidèle, c'est peut-être parce que l’Hellébore de l'Orient jouissait de plus de vertus, ou que les préparations employées jadis étaient supérieures. Quoi qu'il en soit, il est difficile d'admettre qu'il n’y eût rien de vrai dans tant d'éloges; et de fait, on comprend parfaitement que l’action perturbatrice de l'Hellébore sur le cerveau, jointe à la dérivation qu’il exerce sur le canal intestinal, soit efficace dans certains cas d’aliénation mentale accompagnée d’une sorte de torpeur, d'inertie du tube digestif.

La manière d'agir: de l'Hellébore dans la lèpre, l'éléphantiasis, les dartres rebelles, la chorée, la goutte, l’hypochondrie, la léthargie, l’'épilepsie, les fièvres intermittentes rebelles, ete. (car on l’a employé dans toutes ces affections de nature si différente), lui fait supposer une action complexe qui tient de propriétés à la fois purgatives, excitantes, emménagogues et altérantes. Ce dernier mot, dont il a été donné la définition ailleurs {V. page 669) est là sans doute pour cacher notre ignorance, mais du moins 1l laisse à réfléchir et à espérer.

A l'extérieur l'Hellébore est un irritant énergique et même un vésicant, Suivant M. Dubois, de Tournai, ses fleurs seraient beaucoup plus rubéfiantes que la racine et les feuilles.

Récolte. On peut recueillir la racine d'Hellébore noir en automne; mais cette substance nous est ordinairement envoyée sèche de la Suisse. Sa dessiccation demande beaucoup de soins et de promptitude. Si l'on veut compter sur son efficacité, dit M. Cazin, il faut l’employer à l’état frais ; car, sèche et ancienne, elle est privée de ses principes actifs, outre

que dans le commerce on la trouve souvent mélée avec plusieurs autres racines. Ainsi qu’on le voit, l’action des médicaments varie suivant une foule de circonstances, et son incertitude vient encore compliquer les problèmes thérapeutiques où tant d’inconnues se rencontrent.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion ou decoction (racine) : 2 à 8 gr. par kilog. d’eau. Cette dose peut être mise dans un verre d’eau bouillante que l’on fait prendre en une ou deux fois.

Poudre : 35à 40 cent. comme altérant, diurétique, emménagogue ; — 75 cent. à lgr. 50 cent. au plus comme purgatif, dans de l’eau, du vin, ou un éleetuaire.

Extrait : 60 à 75 cent. en pilules.

Teinture : 20 à 40 gouttes en potion,

Pilules de Baker : 1 ou 2 par jour comme tonique ; 3 à 5 comme drastique,

Les vétérinaires emploient l’hellébore pour entretenir les sétons aux chevaux, guérir le farcin, etc.

HeLLÉBoRE FÉTIDE (H. fœtidus), Pied-de-Griffon, à cause de la forme de ses feuilles. On le trouve dans les lieux pierreux, au bord des chemins, des bois où il est vivace et fleurit en février-mai. Tiges de 30 à 70 cent. qui persistent pendant l'hiver, dressées, robustes, nues inférieurement où elles présentent les cicatrices des feuilles détruites, feuillées supérieurement, se partageant en rameaux florifères. — Fleurs vertes rougeûtres, terminales, penchées, en ombelles, avec des bractées ovales, entières, sessiles, etc. (300, J).

On emploie rarement cette plante, dont l’odeur est fétide et la saveur âcre et amère. Ce que nous avons dit de la précédente lui est d’ailleurs applicable. Ses feuilles sont réputées vermifuges ; on les prescrit fraîches, en infusion, à la dose de 4 gr. pour ! ou 2 verres d’eau; sèche en poudre, 60 à 15 centigrammes.

HecLéBoRE VERT (H. viridis ]. Tiges annuelles de 30 à 50 cent., dressées, un peu rameuses supérieuremeñt, feuillées seulement à partir des rameaux; feuilles radicales longuement pétiolées, celles des rameaux et les florales sessiles, palma-

tipartites. — Fleurs vertes 2-5, un peu penchées, etc. (marsavril).

Suivant Allioni, cette espèce doit être préférée à l'Hellébore noîr comme étant plus active, ayant plus de ressemblance avec l'Hellébore des anciens, et se trouvant plus facilement aux lieux ombragés et pierreux, etc.

HELLÉBORE BLANC. Veratrum album, L.

Vératre, Vératre blanc, Varaire, Vraire, Varasco.

Cette plante (pl. xr, 3) n’est pas de la même famille que les précédentes, quoiqu'elle en porte le nom. Elle croît dans les pâturages des hautes montagnes de l'Auvergne, des Vosges, du Jura, des Alpes, des Pyrénées, ete. Ses caractères indiquent qu’elle se classe parmi les Colchicacées 182, B).

Tige simple, dressée, épaisse, creuse, un peu velue, haute de plus d’un mètre; feuilles engaïnantes, grandes, ovales, entières et plissées. Racine de la grosseur du pouce, fusiforme, peu longue, mais pourvue de radicules grosses et allongées.

Fleurs d'un blanc verdâtre, nombreuses et disposées en panicules ; feuille florale étroite à chaque panicule; petite bractée soutenant chaque fleur qui est pédicellée; floraison en juilletaoût. Périanthe ouvert à 6 divisions oblongues, lancéolées ; 6 étamines; 3 styles courts à stigmate simple sur 3 carpelles distincts qui deviennent 3 capsules allongées plurispermes.

Propriétés, usages. Poison âcre, susceptible d’enflammer les organes et de donner la mort. On prétend qu'autrefois les Espagnols trempaient leurs flèches dans son suc pour tuer les animaux; Matthiole en a vu périr des moindres blessures faites avec des instruments qui en étaient imprégnés; les poules, les souris, les mouches, etc., périssent s'ils mangent ou boivent de sa décoction, etc. (Mérat et Delens).

La racine du Vératre a fourni à l'analyse chimique une matière grasse, du gallate acide de vératrine, une matière colorante jaune, de l'amidon et de la gomxe. C'est un purgatif et un vomitif d'une extrême énergie, qu'on n emploie

MÉDICATION HURGATIVE. 749

d'ailleurs presque jamais, et avec raison, quoique Roques pense que ses propriétés vénéneuses ne sauraient être un motif de réprobation, lorsque, dit-il, on met en usage tous les jours les poisons métalliques les plus violents.

Mais à l'extérieur ce médicament a des usages plus fréquents, parce qu'il offre de moins graves inconvénients, bien que Gohier rapporte que les frictions faites avec la décoction de la racine du Vératre blanc sur des chiens galeux les aient jetés dans un assoupissement léthargique, avec vomissements et hurlements d’un ton plaintif, etc.

Nous ne dirons rien de la récolte de l’Hellébore blanc, sinon que sa racine nous est envoyée sèche de la Suisse. Faisons remarquer que les auteurs assignent la même origine à l'Hellébore noir du commerce et qu'il y a confusion dans l’histoire de ces deux plantes, qui n’ont de ressemblance pourtant que dans leur redoutable énergie. Les anciens se servaient du Vératre sous le nom d'Hellébore blanc, nom que nous avons eu tort peut-être de lui conserver ; Castilli prétend même que leur Hellébore ordinaire n’était que cette plante.

PRÉPARATIONS, DOSES

Poudre (racine) : 20 à 30 cent. à l’intérieur.

Décoction : 10 à 12 gr. par kilog. d’eau, pour lotions contre la gale, les poux,

Biett préparait une pommade antipsorique avec 4 gr. de poudre de racine d’hellébore blanc, 30 gr. d’axonge et 2 gouttes d’essence de bergamotte ; frictions matin et soir : 40 galeux ont été guéris sans accidents en 13 jours (durée moyenne).

La vératrine est le principe actif de l’hellébore blane comme des autres colchicacées ; il a été question déjà de ses usages. [V. Colchique.]

HIÈBLE. Sambucus ebulus , L.

Yèble, Petit-Sureau, Sureau hièble,

Piante très voisine du sureau et ane à connue, à tiges herbacées de plus d’un mètre de haut, à feuilles glabres de 5-11 segments finement dentés, avec RS foliacées.—Fleurs blanches, purpurines en dedans, en corymbe, à odeur d'amandes amères, etc.

Propriétés, usages. Odéur vireuse plus prononcée que dans

Los 750 PLANTES MÉDICINALES.

le sureau; saveur amère, nauséeuse. Les fleurs sont anodines et diaphorétiques ; la racine, l'écorce et les fruits (semences) sont plus particulièrement employés comme purgatifs. Les feuilles sont également évacuantes, mais on les emploie le plus souvent à l'extérieur, en cataplasmes, sur les engorgements articulaires, glanduleux, les entorses, les contusions pour en amener la résolution. Quant à l’énumération des maladies contre lesquelles on a proposé l’Hièble, elle se trouve à l'histoire du sureau, car l’analogie de ces deux plantes s'étend à leurs propriétés médicamenteuses, sauf pourtant que l'Hièble est plutôt considéré comme purgatif, et le sureau comme émollient résolutif et diaphorétique. Les médecins font d’ailleurs un rare usage de ces médicaments pour purger.

Pour la récolte, nous renvoyons encore au sureau. Les baies s emploient fraîches, converties en rob; elles sont à peu près sans action lorsqu'on les sèche.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (fleurs) : 4 à 8 gr. par kilog. d’eau, Rarement employée.

— [racine ou écorce) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau ou de vin blanc. Elle agit comme diurétique ou comme purgative selon les doses, et est eflicace dans l’anasarque et les autres hydropisies.

Suc [de la racine ou de l’écorce) : 10 à 30 gr,, selon l'effet que l’on veut produire.

Rob préparé avec les baies : 15 à 60 gr.

Électuaire [semences pilées et mêlées avec du miel) : 2 à 4 gr. le matin à jeun.

« Prenez 2 livres de feuilles fraîches, pilez-les, les faites bouillir dans 1 livre de beurre de mai, jusqu'à ce que l’herbe soit sèche et grésillée; passez-les avec expression: vous en faites un onguent excellent pour la goutte » (Chomel).

IRIS. ris germanica, L.

Iris germanique, Iris des jardins, Flambe, Glayeul, Flamme, Zris nostras.

L'Iris germanique (pl. zvnr, 1) croît naturellement sur les vieux murs, les rocailles, les décombres, les toits de chaume; on le cultive dans les jardins.

Plante vivace à tige de 50 à 80 cent., nue, lisse, 2-3 flore, spathes herbacées dans la partie inférieure ; feuilles ensiformes, très aiguës et longues, engaïnantes à la base. Racine

tubéreuse, grosse, charnue, blanchâtre, émettant de sa partie inférieure beaucoup de petites racines creuses.

Fleurs d’un bleu violet veiné, très grandes, 2 à 6 au bout de la tige, la supérieure terminale, les inférieures pédonculées (avril-mai). Les fleurs sont munies à la base de bractées persistantes en forme de spathe. Périanthe à 6 divisions, dont 3 extérieures renversées, portant à leur centre une traînée de poils jaunes pétaloïdes, 3 alternes dressées, plus petites. Étamines 3, dont les anthères sont appliquées contre la face inférieure des 3 stigmates, lesquels sont comme trois lames ressemblant à des pétales oblongs recourbés en dehors. Capsule à 3 angles.

Propriétés, usages. Les fleurs de cette jolie plante ont une odeur douce et agréable ; la racine, qui estla partie employée, est inodore à l’état frais, agréablement odorante étant séchée ; sa saveur est âcre et nauséeuse, diminuant un peu par la dessiccation. Elle est purgative et même émétique. Etmuller, Rivière, Sennert, etc., vantent son suc dans l'hydropisie, mais il est très irritant et cause des coliques assez fortes. Nous ne conseillons pas de l’employer , d'autant que nous possédons beaucoup d’autres purgatifs indigènes.

On peut préparer des pois à cautère avec la racine de l'Iris germanique. — En province on en met dans la lessive pour donner au linge une odeur agréable.

PRÉPARATIONS, DOSES

Suc erprimé (de la racine) : 15 à 60 gr.

Infusion à froid : Storek, de Mayence, conseille de prendre préférablement au séné 4 onces (125 gr.) d’eau macérée pendant une nuit sur 4 onces de sa racine râclée. On peut remplacer l’eau par le vin.

Poudre : comme sternutatoire.

IRIS DES MARAIS ({ris pseudo-acorus), Glayeul des marais, fris jaune, Planche d'eau ou bâtarde, ete. (pl. xn, 3). Cette plante croît dans les lieux marécageux, aux bords des étangs, des rivières, des fossés. Tige de 50 à 90 cent., rameuse, pluriflore, un peu fiéchie en zigzag aux nœuds où les feuilles s’engaînent; feuilles radicales, égalant environ la longueur

de la tige (1), toutes en lame d'épée. — Fleurs jaunes au som met de la tige ou des rameaux ; spathes à bractées lancéoléesaiguës (?), s'ouvrant en juin-juillet. Les divisions du pé-rianthe ne présentent pas de poils au milieu comme dans l’espèce précédente ; stigmates oblongs, élargis au sommet, à lobes incisés, denticulés (3).

La racine du Glayeul des marais est au moins aussi active que celle de l’Iris nostras. Elle est, suivant quelques auteurs, tonique, astringente ou purgative selon les doses, par conséquent on l’a conseillée contre les scrofules, la dyssenterie et les hydropisies. Nous croyons, toutefois, son usage rarement opportun : c'est un médicament irritant, dont les propriétés thérapeutiques n’offrent pas des avantages qui compensent les inconvénients qui peuvent résulter de son emploi. — « En Ecosse, les montagnards font bouillir cette racine dans de l'eau avec de la limaille de fer et en fabriquent une encre assez bonne. » — « Guyton de Morveau a présenté les semences de cette plante comme fébrifuges et susceptibles de remplacer, étant torréfiées, le café. »

Iris FÉTIDE (ris fœtidissima), Iris gigot, Glayeul puant, Spatule. Croît dans les bois, aux bords des chemins herbeux. Tige de 40 à 60 cent., anguleuse d’un côté, pluriflore, feuilles très coriaces , les radicales nombreuses, lancéolées, assez larges, plus longues que la tige, exhalant par le frottement une odeur fétide. — Fleurs bleuâtres veinées, plus petites que dans l’espèce précédente ; périanthe externe ne présentant pas non plus de poils (juin-juillet).

Les racines et les semences de l'iris fétide ont été employées à titre de purgatif et d’altérant dans l'hydropisie et les scrofules. Tout ce que nous venons de dire des espèces précédentes est applicable à celle-ci. Les geñs de la campagne se purgent quelquefois avec le sue exprimé de la racine fraîche.

(1} Elles manquent sur le dessin,

{2} La figure représente une fleur encore renfermée dans sa spathe. (3) Ces stigmates ont été figurés extrêmement grossis,

MEDICATION PURGATIVE. 753

LIERRE GRIMPANT. Hedera helix, L.

Lierre grimpant ou commun, Lierre à cautère, Lierre des poètes,

Arbrisseau de grandeur très variable, à tiges sarmenteuses rampantes ou grimpantes ; feuilles toujours vertes, luisantes, coriaces , pétiolées, les inférieures cordées à la base, à 3-5 lobes, celles des rameaux florifères, entières, atténuées, ovales-acuminées (pl. xIx, 5).

Fleurs d'un vert jaunâtre en ombelles sub-globuleuses multiflores {septembre-octobre). Calice très court adhérent par la base à l'ovaire, 5-denté au limbe ; corolle à 5 pétales ouverts ; 5 étamines ; ovaire infère, style très court.

Propriétés, usages. Plante inodore ; feuilles légèrement aromatiques par le frottement, d'une saveur amère, résineuse ; baies acerbes et amères.

Les baies du Lierre ont été conseillées comme émétocathartiques et fébrifuges ; elles sont d’une action violente et abandonnées aujourd'hui.

Les feuilles ont quelquefois été employées comme excitantes, emménagogues, età l'extérieur comme détersives dans le pansement des ulcères atoniques, sanieux. Mais le seul usage qu'on en fasse maintenant, c'est de les appliquer fraîches sur les cautères pour y entretenir de la fraîcheur et en même temps une légère excitation nécessaire à la suppuration. Sous ce dernier rapport, elles ne valent pas les papiers ou toiles préparés qui se vendent dans les pharmacies.

On peut préparer des espèces de pois à cautères avec le bois mou, spongieux et légèrement excitant du Lierre, bois dont les anciens faisaient des vases, propres, suivant eux, à laisser filtrer l’eau mêlée au vin.

Récolte. Les fruits de cet arbrisseau ne sont en maturité qu’en janvier-mars ; les feuilles se cueillent en toute saison.

Infusion (feuilles) : 2 à 6 gr. par 500 gr. d’eau. Elle se donnait plus particulièrement contre le rachitisme et l’atrophie des enfants, — (baies) : 2 à 4er, par 500 gr. d’eau pour purger.

Décoction : 10 à 15 gr. par kilog. d’eau, pour l'usage externe.

Poudre (feuilles et baies desséchées) : 60 à 80 cent. — {feuilles seules) : 1 à 2 gr., comme tonique-excitant,

Baies [entières ou concassées) : on se purge quelquefois dans les campagnes avec 10 ou 12 de ces baies.

Gomme de lierre (résine que fournit le tronc de l’arbre dans le midi de la France) : employée autrefois comme astringente, résolutive, et aussi pour tuer les poux, arrêter la chute des cheveux, la carie dentaire, ete.

LIN PURGATIF. Linum catharticum, L.

Lin cathartique, Lin sauvage, Linet.

Plante annuelle de 15-25 cent. environ, à tige grêle, ronde, glabre, 2-3 fois divisée au sommet ; feuilles opposées, entières, ovales, glabres.— Fleurs blanches, petites, longuement pédicellées, présentant les caractères de la famille et du genre (310, A) (mai-septembre).

Propriétés. Pas d’odeur; saveur amère, nauséeuse, désagréable. Purgatif doux et d’un effet assez sûr, qui n’est que rarement employé en France, ce dont se plaignait Linné, plus usité en Angleterre, en Suède, etc.

Cette plante est assez commune dans les prés secs, les elairières des bois, sur le bord des chemins humides.

Infusion (tiges et sommités] : 8 à 15 gr. par kilog. d'eau ou de petit-lait. Coste et Willemet ont vu survenir des évacuations assez fréquentes chez un homme qui l'avait prise à la dose de 8 gr. pour 125 gr. de véhicule,

Poudre {feuilles sèches) : 4 gr. en électuaire ou dans du vin (Linné).

LISERON. Convolvulus sepium, L.

Liseron des haies, Grand-Liseron, Lisette, Manchette de la Vierge:

Plante vivace, genre type de la famille des Convolvulacées (496, À; pl. xv, 5), à tiges volubiles, grêles , atteignant souvent plusieurs mètres de longueur; feuilles pétiolées, alternes, ovales-acuminées, cordées-subsagittées, à lobes obliquement tronqués-sinués. Racine longue, menue.

Fleurs blanches, très grandes, sur des pédoncules axillaires uniflores très longs (juin-oetobre). Calice à 5 sépales.

soutenu par 2 bractées qui le dépassent ; corolle infundibuliforme, campanulée, à 5 plis; 5 étamines plus courtes que la corolle ; style filiforme, stigmate bifide. Capsule biloculaire, 4-sperme, indéhiscente.

Propriétés, usages. Le Grand-Liseron est sans odeur ; ses feuilles et surtout ses fleurs sont amères ; sa racine un peu âcre. Celle-ci a fourni à M. Chevallier, qui l’a analysée, une résine dont les propriétés sont analogues à celles du jalap et de la scammonée. Déjà Tragus considérait cette plante comme une espèce de scammonée sauvage, moins nuisible que celle des boutiques. Des autorités imposantes l'ont depuis vantée comme préférable à la plupart des autres purgatifs dans l’hydropisie. Cependant de nos jours les médecins n’y ont plus recours.

Récolte. On trouve le Liseron dans les haies, les buissons, où il est commun : c’est aux mois de juillet et d'août qu'il faut le cueillir pour le conserver ou en extraire le suc. « Les feuilles de cette plante séchées à l'ombre, dit M. Cazin , pulvérisées et mêlées avec le miel et le vin cuit, conservent longtemps leurs facultés purgatives, ou du moins une grande partie de ces facultés. »

PRÉPARATIONS, DOSES

infusion (feuilles contuses) : 6 à 12 gr. dans 500 gr. d’eau.

Suc épaissi : 1 à 2 or.

“ Les commères prétendent que, pour faire percer un clou en 24 heures, il

n’y a qu'à broyer entre les daigts quelques feuilles de grand-liseron et de les appliquer dessus. »

Le Penir-Liseron où LisERoN DES cHaMPs (Convolvulus arvensis), Liseron des vignes, Petit-Liset, Clochette, Campanette, paraît doué des mêmes propriétés que le Grand-Liseron. Tiges rampantes ou grimpantes atteignant 1 mètre, anguleuses, minces ; feuilles à pétioles moins longs, hastées, lisses. — Fleurs d’un blanc rosé ; 2 bractées plus petites, éloignées de la fleur, etc.

La SozbANELLE est un autre Laiseron dont nous faisons l’histoire plus loin.

MERCURIALE. Mercurialis annua, L.

Mercuriale officinale ou annuelle, Foirole, Foirande, Foiraude, Caquenlit, Ortie bâtarde, Cagarelle, Rinberge.

La Mercuriale est une herbe dioïque très commune dans les lieux cultivés, les jardins, les décombres, le long des murs, des haies, ete., où elle fleurit tout l'été. Elle appartient aux Euphorbiacées (pl. Lvn, 3).

Plante annuelle de 20 à 50 ou 60 cent. ; tige dressée, herbacée, anguleuse, rameuse à rameaux opposés, glabre et lisse ; feuilles opposées, pétiolées, ovales-lancéolées , lâchement dentées, glabres, molles ; racine blanche, petite, fibreuse.

Fleurs verdâtres, dioïques : dans l'individu mâle elles sont petites, par petits paquets espacés formant des sortes d'épis nus, axillaires, grêles, longuement pédonculés ; calice à 3 sépales concaves, ovales-pointus, étalés ; corolle nulle ; 8-12 étamines, quelquefois plus, à filets libres assez longs, anthères didymes. Dans l'individu femelle fleurs réunies par 2, sur des pédoncules courts et axillaires : calice corolliforme à 3 divisions profondes ; ovaire hérissé de pointes, surmonté de 2 styles frangés en dedans, à stigmate pointu, et accompagné de 1-3 filets d’étamines avortées. Capsule à 2 coques monospermes, hispides (1).

Propriétés, usages. Saveur herbacée, fade, comme visqueuse etun peu âcre ; odeur faible mais désagréable, fétide. La Mereuriale fait partie des plantes émollientes et relâchantes ; elle est connue surtout pour son action laxative depuis les temps les plus reculés : Hippocrate, dit-on, en recommanda l'usage au roi Antigone pour se purger; Dioscoride, Galien, Oribase, l'employaient habituellement à titre de purgatif, ete. Il est probable, cependant, que son nom aurait disparu des ouvrages de matière médicale, si on n'en avait pas faitun miel (miel mer-

(1) Les 3 figures détachées font voir tous ces détails ; celle de gauche représente une fleur mâle crossie: celle du milieu une fleur femelle: la troisième,

à droite, le fruit.

curial), qui est une assez bonne préparation pour rendre les lavements laxatifs, et qu’on emploie très souvent. Cela ne veut pas dire qu’elle serait oubliée des gens du peuple, qui en font encore un assez fréquent usage en tisane, lavements et cataplasmes.

Les propriétés de cette plante ne sont cependant pas encore parfaitement déterminées, puisque Desbois, de Rochefort, l'indique comme un assez bon diurétique ; Linné , comme un hypnotique ; d’autres, comme un emménagogue, un désobstruant; enfin, dans certaines parties de l'Allemagne on la mange en guise d'épinards. Si nous ajoutons qu'on lui a attribué des vertus imaginaires, telles que de favoriser la conception, de décider le sexe de l'enfant, de guérir les dartres, les hydropisies, etc., nous ferons croire presque qu'elle n’est bonne à rien, précisément parce qu'elle est propre à trop de choses.

Récolte. La Foirole étant une des herbes les plus communes dans les jardins négligés, cela dispense de la faire sécher, d'autant mieux qu'on lui ôterait ses propriétés. Il faut la cueillir avant la floraison, ou toujours rejeter toute celle qui est montée à graine ou qui commence à jaunir.

PRÉPARATIONS, DOSES

Décoction [plante sans la racine] : une poignée pour 1 kilog. d’eau, comme tisane purgative. M. Dubois, de Tournai, dit connaître une dame qui n’a point de meilleur remède pour vaincre la constipation à laquelle elle est sujette que la décoction dont il s’agit. — Cette décoction peut être employée en lavement.

Extrait : 4 à 8 gr. à l’intérieur ; 16 gr. en lavement [Lemolt).

Miel mercurial : on le prépare dans toutes les pharmacies. À la dose de 60 à 120 gr., dans un lavement, il produit un effet assez énergique ; mais comme les pharmaciens y mêlent assez souvent du séné, ceteffet ne peut être rapporté à la mercuriale seule.

La MERCURIALE VivACE (mercurialis perennis) est une plante vivace, à tiges simples, dressées, de 20 à 40 cent. ; feuilles pubescentes sur les deux faces. Fleurs femelles à long pédoncule. Capsule plus grosse que dans la Mercuriale annuelle; floraison en mars-mai. Tels sont les caractères distinctifs de

cette espèce, quil ne faut pas confondre avec la précédente : parce que son action vénéneuse est à craindre.

MOMORDIQUE. Momordica elaterium , L.

Momordique élastique, Momordique piquante, Momordique purgative, Concombre d’âne, Concombre sauvage,

C’est une Cucurbitacée (234, C) (pl. xvur, 5) qui croît aux lieux stériles et pierreux des contrées méridionales de fla France. — Plante vivace, hispide, sans vrilles, dont le nom spécifique veut dire ressort, parce que son fruit indéhiseent, de la grosseur d’une noix, hispide, se détache subitement au point de jonction avec le pédoncule, au moindre contact, lors de sa maturité, en lançant au loin ses graines. On emploie le suc de ses fruits et la racine.

Propriétés, usages. Toutes les parties du Concombre sauvage ont une saveur très amère. Le suc épaissi des fruits, ou extrait connu généralement sous le nom d'Elatérium , est une substance extrêmement amère, âcre, qui agit à la manière des purgatifs les plus énergiques. Ce médicament est peu usité chez nous, mais il parait qu'il n’en est pas de même en Angleterre où le D' Thompson s'en sert comme du meilleur de tous les hydragogoues. Il à procuré entre les mains de Bright deux guérisons de néphrite albumineuse compliquée d'hydropisie. — Gilibert à vu 4 grains (20 centig.)| d'élatérium chasser le ver solitaire.

La racine de Momordique est un purgatif assez doux, suivant Loiseleur-Deslongchamps.—Du temps de Pline, on l'appliquait cuite dans du vinaigre sur les tumeurs goutteuses.

Extrait ou élatérium : 2 à 15 cent. 2 ou 3 fois par jour en observant.ses «æffets (Vaidy).— Gilibert a vu chasser le ver solitaire avec 20 cent. de ce produit.

Racine desséchée : 2 à 3 gr. (Loiseleur).

L’élatérine, principe actif de l’élatérium, serait, suivant Bird, un purgatif bien préférable à l’élatérium lui-même dans tous les cas où les drastiques sont indiqués, tels que les hydropisies essentielles, les maladies cutanées: 3 millig. toutes les 2 ou 3 heures.

NERPRUN, Rhamnus catharticus, I.

Nerprun cathartique, Nerprun purgatif ou officinal, Noirprun, Épine de cerf, Bourg-Épine.

Le Nerprun (pl. Lvu, 4) habite les bois, les taillis humides, les haies, où 1l fleurit au commencement de l'été.

Arbrisseau dioïque de la famille des Rhamnacées (256, A), pouvant s'élever à la hauteur de 2 et 3 mètres ; tige très rameuse, rameaux souvent opposés et terminés en pointe épineuse à leur sommet ; feuilles opposées, pétiolées, ovalesaiguës, dentées, glabres, d'un vert clair en dessous.

Fleurs d'un jaune verdâtre, dioïques, petites, réunies en général plusieurs ensemble le long ou au sommet des rameaux latéraux qui sont courts, et à l’aisselle des feuilles (1), s'ouvrant en mai-juin. Calice tubuleux à sa base, à limbe 5-lobé, étalé ; corolle à 4 pétales dressés, très petits et linéaires ; 4 étamines dans les fleurs mâles ; ovaire globuleux, à style quadrifide au sommet dans les fleurs femelles. Pour fruit, nuculaine noir, globuleux, indéhiscent, contenant 2-4 noyaux durs, ovales.

Propriétés, usages. Le Nerprun n’a pas d' can Ses baies, qui sont seules employées, ont une odeur peu agréable lorsqu'on les écrase, et une saveur âcre, amère et nauséabonde. Elles ont été reconnues comme purgatives par le père de la médecine. Les habitants de la campagne en font un fréquent usage, prises en nature, pour se purger. Les médecins y ont aussi recours très souvent, mais sous forme de sirop, soit dans les hydropisies essentielles, les dartres chroniques, la colique de plomb ; soit pour agir révulsivement sur le canal intestinal dans les cas d'apoplexie, de manie, etc. ; car, en effet, le Nerprun est un drastique d’une action aussi sûre qu'énergique.

Suivant Homberg, les grives qui se nourrissent de ses fruits acquièrent une propriété purgative ; d'après Mizauld,

{1} Le rameau représenté porte des fruits ; mais on peut voir une fleur mâle dans la petite figure détachée de gauche; dans celle de droite un fruit divisé de manière à montrer ses 4 noyaux.

les fruits des cerisiers ou pruniers greffés sur cet abrisseau deviennent évacuants. — La couleur usitée en peinture sous le nom de vert de vessie se prépare avec les baies de Nerprun.

C’est en octobre qu’on récolte les fruits, qui sont noirs, de la grosseur d’un pois, lisses et brillants, et que l’on doit employer à l’état frais.

PREPARATIONS, DOSES.

Sirop (fait avec le suc des baies) : 30 à 60 et 80 gr. dans une potion ou dans de la tisane. Ce sirop est d’un emploi très fréquent, et la seule préparation que prescrivent les médecins.

Suc : 15 à 30 gr.

Décoction : 4 à 12 gr. pour 250 gr. d'eau.

Les paysans se purgent en avalant 10 à 20 baies avec le potage. Il vaut mieux les prendre seules, et, afin de prévenir les coliques qu’elles déterminent habituellement, avaler par-dessus un verre de décoction de racine de guimauve miellée.

Gilibert prétend que 2 baies prises chaque matin éloignent les accès de goutte.

PÊCHER. Amygdalus persica, L.

Arbre originaire de la Perse abondamment cultivé en Europe et connu de tout le monde. Ses caractères génériques se trouvent exposés aux Rosacées (264-68, D).

Propriétés, usages. Les fleurs et les feuilles sont usitées en médecine, principalement à titre de purgatif, quoiqu'elles soient susceptibles de développer une action vénéneuse due à l'acide prussique qu'elles contiennent, si on les prend en trop grande quantité. On a encore conseillé les feuilles comme diurétiques (Dower), anthelminthiques (Willemet), fébrifuges (Burtin}, ete. La seconde écorce infusée dans du vin blanc sert dans les campagnes à couper la fièvre.

“ Les feuilles de pêcher perdent de leur vertu par la dessiccation ; cependant les feuilles à peine développées, récoltées au printemps, séchées avec soin et enfermées ensuite dans des boîtes, ainsi que le pratiquaient Coste et Willemet, ont conservé, dit M. Cazin, une énergie constatée par leur effet purgatif et vermifuge. »

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