‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 149 sur 177 · MÉDICATION PURGATIVE. 761 PRÉPARATIONS, DOSES · texte numérisé non relu

MÉDICATION PURGATIVE. 761 PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (feuilles) : 30 à 45 gr. par 50 gr. d’eau ou de lait, comme purgatif, anthelminthique, ete. — [fleurs sèches) : 15 à 30 gr. par 500 gr. d’eau.

Sirop [de fleurs) : c’est un purgatif doux très employé chez les enfants à la dose de 15 à 30 gr.

On a vanté la poudre de noyaux de pêches contre la fièvre intermittente, par suite du besoin qu'ont certains hommes de courir au merveilleux, à l’obscur, dès qu'ils touchent à la vérité, au simple, au naturel.

PIGAMON. Thalictrum flavum, L.

Pigamon jaunâtre, Fausse-Rhubarbe, Rhubarbe des pauvres, Rue des prés, Pied-de-Milan,

C’est une Renonculacées (300 , G; pl. Lvir, 5) qui croît dans les prés tourbeux ou marécageux, les endroits humides et ombragés.

Plante herbacée, vivace, à tige dressée, sillonnée, de 60 à 150 cent. de hauteur ; feuilles alternes bi-tripinnatiséquées, à pétiole élargi à sa base, à segments 2-3-lobés ; feuilles supérieures à segments étroits, linéaires.

Fleurs jaunâtres, en bouquets compactes au sommet des rameaux, dressées (juin-juillet). Calice à 4 ou 5 sépales colorés, caducs ; corolle nulle ; étamines en grand nombre, dépassant le calice, dressées ; 4-10 carpelles sur un réceptacle étroit ; style court, persistant.

Propriétés. La racine de Pigamon, qui est jJaunâtre, rampante, inodore, d'une saveur douce mêlée de quelque amertume, ayant quelque rapport avec celle de la rhubarbe, est estimée purgative ; les feuilles sont laxatives. C’est un médicament peu employé d’ailleurs , quoiqu'on l'ait encore prescrit comme diurétique, apéritif, désobstruant. — D'un autre côté, Tournefort dit que, de son temps, les racines étaient usitées contre la diarrhée. —Cette plante sert pour les teintures en Jaune.

« J'ai employé, dit M. Cazin, la décoction des racines à la dose de 25 gram. dans 500 gram. d’eau en décoction : elle a provoqué de trois à cinq selles sans coliques. Ce purgatif doux peut trouver son application dans la médecine rurale. »

” POLYPODE. Polypodium vulgare, L.

Polypode de chêne, Polypode commun.

Cette Fougère (159, A) se rencontre sur les vieux murs, le tronc des vieux chênes. Ses feuilles , longues de 20 à 50 cent., sont longuement pétiolées, pinnatipartites, à lobes alternes, oblongs-lancéolés, obtus, presque entiers ou finement dentés, un peu confluents à la base, etc. Sa racine, qui est noueuse, cassante, d'une saveur sucrée, est réputée purgative , désobstruante et vermifuge depuis Hippocrate , mais à peu près abandonnée de nos jours. Suivant M.Cazin, elle convient parfaitement pour purger les enfants, qui la prennent sans répugnance en décoction à cause de sa saveur sucrée ; elle est aussi de quelque utilité dans les affections catarrhales pulmonaires. — 60 à 100 gram. par kilogr. d’eau.

PRUNIER. Prunus domestica, L.

Nous ne voulons point parler de cet arbre ni de ses variétés que tout le monde connaît, et dont les caractères génériques ont, d’ailleurs, été indiqués aux Rosacées (264-68, A). Nous devons dire seulement qu'il fournit un médicament laxatif dans ses fruits séchés au four, lesquels sont connus sous le nom de pruneaux.

Les pruneaux constituent un aliment léger, agréable, qui, de plus, a l'avantage de rendre le ventre libre lorsqu'on les mange cuits. Le jus de pruneaux, c'est-à-dire l'eau qui les a fait cuire, est purgatif pour certaine personnes, à la dose d’un demi-verre. Quelquefois on y ajoute un peu de séné ou de jalap pour augmenter son action. On ne se sert pas des beaux fruits pour cet usage : on préfère ordinairement les petits pruneaux noirs (pruneaux à médecine), qui fournissent un jus plus foncé en couleur, et d'une propriété relâchante et purgative plus marquée. Mais souvent on prépare une tisane plus légère en faisant bouillir 6 à 10 pruneaux dans une livre d'eau qu'on édulcore avec du miel ou du sucre. Moyen très con-

venable chez les personnes irritables, les enfants, les femmes, et dans les irritations gastro-intestinales.

RICIN. Ricinus communis, L.

Palma-Christi, Kiki.

Le Ricin est originaire de l'Inde et de l'Afrique où 1l se montre à l’état d'arbre de 10 à 15 mètres ; cultivé en Europe, il n’est plus qu'herbacé et annuel, présentant les caractères génériques des Euphorbiacées (175, B) et les spécifiques dont suit l'exposé (pl. Lvur, 1).

Plante de 1 a 2 mètres, à tige dressée, cylindrique, fistuleuse, rameuse, glabre ; feuilles alternes, palmées , à 7-9 lobes :ovales-lancéolés, dentés et glabres ; pétiole long, gros et creux, stipulé à la base.

Fleurs monoïques, disposées en épis allongés terminauxqui portent les fleurs femelles au sommet, les mâles à la base juillet-août). Méles : calice à 5 divisions ovales-aiguës, réfléchies ; étamines extrêmement nombreuses dont les filets forment plusieurs faisceaux grêles et rameux dans leur partie supérieure {1}; pas de rudiment d’ovaire. Femelles : calice à 5 divisions étroites, laneéolées, caduc: ovaire globuleux, libre, chargé de tubercules terminés par une pointe extrêmement fine et acérée ; style court terminé par 3 stigmates profondément bifides, velus, plumeux. Capsule globuleuse, à 3 côtes saillantes, arrondies, glauques et chargées d’'épines, 3 loges monospermes ; graine ovale-oblongue, dure, grisätre, ombiliquée, luisante, tachetée de rougeâtre, du volume d’un petit haricot.

Propriétés, usages. La plante est sans odeur, sa saveur.est un peu amère et vireuse. Les semences fournissent une huile grasse quiestlaseule partie de ce végétal dont on fasse usage. Convenablement préparée et fraîche, cette huile est un pur-

(1) La figure détachée montre 9 petits faisceaux qu’il faut considérer comme formés chacun de plusieurs filets; à chacun d'eux correspond un groupe d'anthères qui en cachent les divisions.

gatif doux, dénué d’âcreté, qui ne produit pas de coliques. On l'administre dans tous les cas où l’on veut provoquer des évacuations alvines sans produire d’irritation dans le canal intestinal, et surtout sans augmenter celle qui existe déjà. Elle convient dans la péritonite, la métrite, la hernie étranglée, l'inflammation de l'estomac et des intestins accompagnée de constipation opiniâtre ; pour procurer la liberté du ventre, évacuer les vers lombrics après l'administration du vermifuge, outre qu'elle est elle-même anthelminthique; pour décider la convalescence sur la fin des maladies aiguës avec tendance à la constipation, etc. Mais, nous le répétons, elle ne convient dans ces divers cas qu'autant qu’elle est récente, douce, de bonne qualité enfin.

Les fruits du Ricin agissent plus énergiquement : ils produisent souvent des vomissements en même temps que des selles. — Les feuilles sont émollientes, et non vénéneuses ou âcres comme on l’avait cru.

Récolte. On prépare l'huile de Ricin par le moyen de l’expression ou par l’eau bouillante ; par ce dernier procédé elle perd un peu de son âcreté ; mais elle devient, avec le temps, rance, irritante et drastique. La meilleure est celle qui a une saveur douce, une odeur nulle, qui est incolore, limpide, peu visqueuse. Quand elle est rougeñtre, d'une odeur nauséabonde et d’une saveur très âcre, c’est qu’elle est vieille ou sophistiquée. Comme l'alcool la dissout facilement à froid et ne dissout pas les autres huiles fixes avec lesquelles on la mélange, on se sert de ce liquide pour s'assurer de sa pureté. Nous donnons le conseil de ne s'adresser, pour ce médicament, que dans les pharmacies qui peuvent en avoir le plus grand débit.

PRÉPARATIONS, DOSES

L'huile de ricin se donne à la dose de 15 à 60 gr., soit pure, soit dans du bouillon, ou du thé, ou de la tisane de fougère, « La meilleure manière de la faire prendre consiste à en préparer une sorte d’émulsion dans un jaune d'œuf ou avec de la gomme, un sirop ou toute autre substance capable de la rendre miscible au liquide aqueux qui lui sert de véhicule; en outre, pour empêcher le vomissement qu’elle produit quelquefois, on ajoute à la préparation de l’eau

de menthe ou de fleurs d'oranger » (Gauthier).

Cinq ou six semences agissent comme drastiques : on les a recommandées à ce titre dans la goutte, la sciatique, l'hydropisie. On fait des cataplasmes émollients avec les feuilles de riein.

SCEAU DE NOTRE-DAME. Tamnüs communis, L.

Tame, Tamisier ou Tamier, Vigne noire, Couleuvrée noire, Vigne sauvage, Racine vierge

Herbe aux femmes battues.

© Plante vivace à tige grêle, sarmenteuse, volubile, atteigant 20-30 cent.; feuilles alternes, à long pétiole, ovales, cordées,acuminées luisantes. — Fleurs d’un blanc jaunâtre ou verdâtre, petites, en grappes axillaires, grêles , assez lâches (mai-juillet). Le reste comme il a été dit au genre (156, E). Les baies en maturité sont rouges, de la grosseur d’une petite cerise.

Propriétés. La racine de cette plante, qui est tubéreuse, noire, âcre et amère, est réputée purgative et diurétique à petite dose. Nettoyée et écrasée, elle est estimée résolutive, propre à dissiper les traces des contusions, d'où le nom fort peu galant d'herbe aux femmes battues donné à la plante. — Dans certains pays on en accommode les jeunes pousses en salade. « Les guérisseurs de campagne, dit M. Cazin, font manger les premières pousses de cette plante comme les asperges, pour diminuer la rate pendant ou après les fièvres intermittentes. »

Le Sceau de Notre-Dame croît dans les haies, les lieux ombragés, les taillis, buissons, bois humides.

SOLDANELLE. Convolvulus soldanella , L.

Liseron-Soldanelle, Chou marin.

Plante vivace à tiges rameuses, étalées sur la terre, phantes, de 25 cent. de long environ (pl. zvin, 2); feuilles alternes, longuement pétiolées, irrégulièrement réniformes , cordées à la base, lisses, glabres, un peu épaisses et succulentes.

Fleurs d'un rose un peu foncé, rayées de blane, grandes, solitaires sur de longs pétioles axillaires qui se terminent par deux bractées embrassant le calice. Quant aux autres caractères, ce sont ceux du genre Liseron (196, À).

Propriétés, usages. Pas d'odeur, mais saveur âcre, amère et salée. Quoiqu'elle fût connue des anciens pour un bon purgatif hydragogue, cette plante était oubliée des médecins lorsque Loiseleur-Deslongchamps soumit ses feuilles, ses racines et la résine qu'on en retire à une série d'expériences. Toutes ces parties provoquent des évacuations alvines, et ont été proposées pour remplacer le jalap. Néanmoins son usage est négligé, d'abord parce qu'elle ne croît que sur les côtes et dans les plages maritimes, ensuite parce qu'on peut la suppléer par d’autres purgatifs tout aussi sûrs et plus faciles à se procurer.

PRÉPARATIONS, DOSES

Décoction (feuilles sèches) : 15 à 30 gr. par 500 gr. Effet peu constant.

Poudre [racine] : 50 à 60 cent. Préparation plus sûre et même énergique.

Résine de soldanelle : 75 cent. à 1 gr. 20 cent. Effets semblables à ceux des meilleurs purgatifs (Loiseleur-Deslongchamps).

Suc : les habitants des bords de la mer se purgent en en prenant une cuillerée environ dans du bouillon ou une tasse d'eau miellée.

VELVOTE. Antirrhinum elatine, L.

Elatine, Véronique femelle, Linaire auriculée ou bâtarde, Mufiier auriculé.

Plante annuelle de la famille des Scrophulariacées, genre Linaire (212, E), très commun dans les champs. Tiges nombreuses de 20 à 50 cent., couchées, rameuses, poilues ; feuilles alternes, oblongues, entières, velues.

Fleurs jaunes et noirâtres, solitaires et axillaires , pédoncules capillaires, longs, poilus (juillet-octobre). Calice à 5 divisions ; corolle comme dans la linaire, à lèvre supérieure d’un violet foncé en dedans ; éperon légèrement arqué ; anthères noïrâtres. Capsule subglobuleuse.

Propriétés. Plante inodore, maïs d’une saveur très amère, dont les usages sont à peu près inconnus ou abandonnés: On la dit purgative.

ÉMÉTO-CATHARTIQUES .

Médicaments qui provoquent des évacuations par le haut et par le bas simultanément. Commeils sont presque toujours

MÉDICATION RUBÉFIANTE. 767

composés d'émétique et d’un sel neutre, nous n'avons pas à nous y arrêter, nous qui ne nous occupons que des végétaux. Cependant nous avons vu, en traitant des purgatifs, que certaines plantes, telles que lHellébore blanc, les baïes du Lierre, l'écorce de la racine de Bourgène, agissent à la manière des éméto-cathartiques, surtout lorsqu'on en élève la dose. L’indication de ces agents est fournie par l’état saburral de l'estomac et des intestins.

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