‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 151 sur 177 · CAUSTIQUES · texte numérisé non relu

CAUSTIQUES

Substances énergiques qui agissent chimiquement sur les parties vivantes , désorganisent leur structure et les convertissent en une véritable gangrène , c’est-à-dire en une partie privée de vie que l’on nomme eschare. C'est pour cela qu'ils ont reçu le nom d’escharotiques, tandis qu'on les désigne sous celui de cathérétiques lorsqu'ils se bornent à produire une vive ivritation et la formation d'une eschare très superficielle.

« On se sert particulièrement des cathérétiques pour détruire les chairs mollasses de certains ulcères, pour aviver

les plaies indolentes ou réprimer les bourgeons qui se forment à la surface des plaies, ou pour déterminer dans les kystes une inflammation adhésive, ete. »

« On emploie les escharotiques pour établir des exutoires surtout dans les cas où il convient de produire une puissante dérivation ; pour arrêter les progrès de certaines affections gangréneuses, telles que l'anthrax et la pustule maligne; pour détruire le cancer, ouvrir certains abcès indolents ; pour empêcher l'absorption du virus déposé à la surface des plaies envenimées, ete. »

En général, les caustiques bornent leur action à la partie sur laquelle on les applique, mais comme ils appartiennent presque tous au règne minéral, il en est qui sont susceptibles d'être absorbés et de causer un véritable empoisonnement : tels sont le sublimé corrosif et les préparations arsenicales.

Les véritables caustiques ne se trouvent donc pas parmiles végétaux. Ce n'est pas qu'il n'y ait des plantes extrêmement irritantes, mais leur action, bien que suffisante pour produire la vésication, ne peut déterminer la mortification des tissus, à moins de causer auparavant de graves dé$ordres inflammatoires, ce qui manque le but qu’on se propose, car les meilleurs caustiques sont ceux dont l'effet est si rapide que l'inflammation ne se développe qu'après la formation de l'eschare.

En résumé, les irritants sont appliqués au corps de l’homme dans le but : soit de transporter sur un autre point une phlegmasie séjournant sur quelque organe important {révulsion) ; soit de substituer une phlegmasie thérapeutique à une autre morbide (substitution); soit de solliciter un flux continu des éléments du sang et une sorte de dérivation {spoliation); soit de produire une réaction utile pour combattre la concentration des forces vitales (excitation); soit, enfin, de modifier profondément la vitalité des tissus ou de détruire les parties malades ou atteintes par la gangrène, le cancer ou un virus (cautérisation).

mn :

PLANTES RUPBÉFIANTES ET VÉSICANTES.

Anémone, feuilles, racine.| Dentelaire, racine, feuilles.| Persicaire, plante entière, Clématite, tiges, feuilles. Garou, écorce, feuilles. | Renoncule, plante entière,

Parmi les stimulants, les évacuants, les contro-stimulants, les toniques, les évacuants etmême les narcotiques, nous avons rencontré un bien plus grand nombre de plantes rubéfiantes ou vésicantes que nous ne venons d'en citer. Voici les principales par ordre alphabétique : Ail, Alliaire, Arum, Bryone Chélidoine, Euphorbes, Hellébores, Mézéréon, Moutarde, Nénuphar, Ortie, Piment, Pulsatille, Raifort sauvage, Roquette, Rue, Sedum âcre, Verveine, etc.

Puisque ces plantes n’ont pas été ajoutées à la liste précédente, c’est, pense-t-on avec raison, parce qu’elles ont d’autres propriétés plus importantes, et naturellement l’on sera porté à croire que celles dont l’histoire va suivre ne sont employées qu'à l'extérieur. Ce serait pourtant une erreur de le penser: leurs usages internes sont moins importants, mais encore sont-ils assez fréquents. D'où il résulte que nous eussions pu omettre la classe des irritants, d'autant mieux qu’elle ne se compose guère, dans la pratique ordinaire, que des vésicatoires, de la moutarde, de quelques substances chimiques et du calorique. Mais nous avons tenu à être fidèle au plan que nous avons adopté, à être complet, malgré la difficulté que nous avions prévue d'arriver à une classification thérapeutique des plantes bien nette et bien précise.

ANÉMONE. Anemona nemorosa, L.

Anémone des bois, Sylvie, Renoncule des bois,

é k L'Anémone-Sylvie est une Renonculacée (500, D ; pl. vtr, 3) qui se trouve abondamment dans les bois un peu couverts, dont elle fait l'ornement au printemps. sd

Plante vivace de 30 cent, au plus, pubescente ;#tige sim-

MÉDICATION RUBÉFIANTE. 771

ple; feuilles radicales pétiolées, dressées, à 3 folioles digitées, quelquefois nulles par avortement {1). |

Fleurs blanches, rosées en dehors, solitaires et un peu penchées sur le pédoncule, qui est radical, muni de 3 feuilles verticillées, pétiolées, semblables aux feuilles radicales et formant un involuere. Carpelles velus, nombreux, imbriqués, disposés en capitule; styles très courts. Fruits ovoïdes, comprimés, pubescents, terminés à leur sommet par une petite pointe recourbée.

Propriétés. Ce sont celles des renoncules et de l’anémone pulsatille : action rubéfiante et corrosive, qui a été mise à profit pour agir révulsivement, pour remplacer la moutarde et les vésicatoires, etc., modifier profondément les surfaces malades dans les dartres et la teigne principalement. — Usage interne dangereux.

PRÉPARATIONS, DOSES

Les feuilles et les racines appliquées à nu sur la peau sont vésicantes et peuvent même produire en très peu de temps les effets d’un cautère. — Ces applications se font quelquefois aux poignets, parmi les campagnards, pour faire cesser la fièvre.

M. Dubois, de Tournai, dit que de tous les rubéfants indigènes, c’est celui dont il a fait le plus fréquent usage. Comme la plante ne peut être obtenue fraîche en toute saison, il la fait macérer dans le vinaigre, précaution qui lui conserve toute l’année ses propriétés âcres et vésicantes,

Suivant Chomel, les feuilles et les fleurs écrasées et appliquées deux fois par jour sur la tête guérissent la teigne en peu de jours. Cette pratique a pu réus-

sir quelquefois, mais nous croyons qu’elle est susceptible de causer de graves accidents.

CLÉMATITE. Clemalitis vitalba, L.

Clématite des haies, Clématite brûlante, Aubevigne, Vigne blanche, V, de Salomon, Herbe aux gueux, Viorne, Berceau de la vierge,

Ce végétal, de la famille des Renonculacées (300, F}, est très commun dans toute la France; il croît dans les haies, les buissons, le long des murailles; on le cultive aussi dans les jardins pour garnir les palissades, les berceaux.

(1) Le dessin ne représente point ces feuilles radicales ;.on voit seulement” les trois feuilles caulinaires qui forment uve sorte d’involucre à la fleur,

Plante à tige sarmenteuse {pl. 1x, 1) de longueur variable, rameaux très allongés, grimpants, anguleux. Feuilles opposées, imparipinnées, à pétiole commun très long, qui se roule en vrille à son extrémité ; folioles 5, ovales-aiguës, grossièrement incisées ou dentées.

Fleurs blanches, disposées en une sorte decyme sur un pédoncule commun, axillaire, qui, d'abord simple, se trifurque plusieurs fois avant de porter des fleurs (juin-août). 4 sépales pétaloïdes, étalés, elliptiques-obtus, tomenteux ; point de corolle; étamines nombreuses, dressées, un peu plus courtes que le périanthe; carpelles en nombre indéfini; style persistant, plumeux. Fruits surmontés d’une longue queue chargée de poils blancs et soyeux{1).

Propriétés, usages. La plante est inodore, mais ses fleurs répandent une odeur assez agréable; sa saveur est d’une grande âcreté, comme brûlante si l'on continue la mastication. Ses feuilles, appliquées fraîches et pilées sur quelques parties du corps, déterminent une vive inflammation suivie de phlyctènes qui se crèvent et s’ulcérent. Il n’est donc pas étonnant qu'on s’en serve dans les campagnes en guise de vésicatoire. Bodard dit que l'écorce est propre à faire des cautères, comme celle du garou. On a encore employé la Clématite pour guérir la gale, et comme rubéfiante dans le rhumatisme et la goutte chronique. — Les mendiants se font venir des ulcérations aux jambes pour exciter la compassion publique, en se frottant avec cette plante, ulcérations peu douloureuses et peu graves, mais pourtant d’un aspect repoussant. |

La Clématite a été conseillée à l'intérieur comme drastique dans l’hydropisie, comme modificateur profond (on dit maintenant altérant) dans la lèpre, la syphilis constitutionnelle, les scrofules, la fièvre quarte, le cancer, ete. Mais ce médicament n'a jamais joui d'une grande faveur, malgré qu'il ait été l'objet d'essais nombreux. — Les expériences de Storck concernaient surtout la Clématite droite, plante qui n'a pas » |

{1} La figure détachée représente ces frnits longuement aigrettés,

MÉDICATION RUBÉFIANTE. 773

plus de 1 mêtre 30 cent,, dont les fleurs sont en panicules ombellées, souvent à 5 sépales, les feuilles à 7 folioles, ete.

Récolte. Elle doit se faire avant la floraison, bien que les fleurs soient douées aussi d’une grande action. L’âcreté diminue considérablement où même disparaît dans la plante soumise à la dessiccation ou à l’ébullition.

ir

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (feuilles, fleurs) : 5 à 12 gr. par 500 gr, d’eau, comme diaphorétique, ou altérant, ou comme purgatif.

Ertrait (de clématite droite) : 3 à 10 cent. en pilules comme antisyphilitique, antidartreux et anticancéreux {[Storck|.

On emploie les frictions avec la plante pilée associée avec un peu d'huile d'olive pour guérir la gale [Vicary). — On fait bouillir dans de l'huile d'olive de la deuxième écorce nouée dans un linge. Quand on veut s’en servir, on chauffe le vase qui contient ces substances, puis auprès d’un feu clair on se frotte tout le corps avec le nouet. Deux, trois ou quatre frictions produisent une éruption générale très abondante qui devient assez pénible; mais en 8 ou 10 jours on est débarrassé par ce moyen d’une gale qui serait même très invétérée (Wauters).

DENTELAIRE. Plumbago europæa, L.

Dentelaire d'Europe, Herbe au cancer, Malherbe,

Plante vivace du midi de la France, de la famille des Plombaginacées [A914, À) (pl. Lvt, 3), à tiges dressées, hautes de 50 à 60 cent., ramifiées, striées; feuilles alternes, amplexicaules, ovales, allongées, aiguës, rudes au toucher avec des poils courts et des dentelures très fines sur les bords. Racine pivotante, rameuse.

Fleurs violettes, agglomérées en bouquets terminaux, accompagnées de 3-4 petites bractées{août-septembre). Calice tubuleux, hérissé de poils glanduleux, à 5 dents étroites, et 5 angles; corolle infundibuliforme, 5 lobes ovales-obtus au limbe ; 5 étamines de la longueur du limbe, un peu saillantes (1); ovaire surmonté d’un style quinquéfide au sommet. Capsule renfermée dans le calice qui la recouvre en totalité.

{1) On les croirait incluses sur la figure détachée parce que lss lobes de la corolle sont redressés.

Propriétés, usages. Odeur nulle; saveur âcre et brûlante, un peu amère. La racine paraît être la partie la plus active; elle contient une matière grasse, épaisse et solide. Pilée et appliquée sur la peau, cette plante détermine une inflammation ulcéreuse à la manière de la Clématite; mais elle n’a guère été employée que pour guérir la gale. Rondelet dut la connaissance de ses propriétés antipsoriques à un berger qui se servait de la racine écrasée et détrempée avec de l'huile d'olive pour guérir ses chiens ou ses chèvres de la gale. Selon Sumeire, la Dentelaire offrirait de grands avantages et serait même préférable au soufre et aux mercuriaux, témoignage confirmé par ceux d’Alibert, de Bouteille, ete. Elle irrite bien la peau, mais on peut éviter cetinconvénient qui n'a d'ailleurs rien de grave, en se servant de la préparation de Sumeire.

[V. les doses.)

Peyrilhe a administré ce médicament violent à petite dose à l'intérieur comme éméto-cathartique : Wedelvoulait substituer cette racine à celle de l'ipécacuanha, maïs personne n'a suivi l'exemple de ces médecins, et la Dentelaire est oubliée aujourd’'hui. Pourtant 1l faut se rappeler qu'on l'emploierait avantageusement pour préparer des cataplasmes rubéfiants ou même produire la vésication dans les cas où l'on manquerait de moutarde et de cantharides. Sa racine a la propriété d'augmenter l' action des glandes salivaires, et, dit-on, d’ensourdir la douleur de dents, ce qui lui a valu le nom de Dentelaire.

Quant à la récolte, nous dirons qu'il est préférable d’em- PE cette plante à l'état frais; que cependant on la trouve séchée dans le commerce sous la forme de longs fuseaux rougeâtres, presque ligneux, etc.

+ PRÉPARATIONS, DOSES

Liniment de Sumeire : versez une livre d'huile d'olive bouillante sur deux ou trois poignées de racine de dentelaire pilée; agitez pendant quelques minutes, pressez en exprimant le marc, qu’on met dans un nouet de linge dans lequel on

* ajoute un peu de sel. Avec ce nouet, qu'on trempe dans l'huile bien chaude,

on frotte matin et soir toute la superficie du corps des galeux. « Il y a plus de quarante ans, dit Sumeire(en 1779), qu'un charlatan enseigna cette manière de

MÉDICATION RUBÉFIANTE. 715

se Servir de la dentelaire ; depuis elle a toujours été pratiquée, du moins dans ce pays, avec un succès qui ne se dément jamais. On prétend, ajoute-t-il, que cette plante n'est pas moins bonne pour la teigne. » — Le professeur Delpech pensait que les bons effets du remède de Sumeire étaient dus à l'huile seule,

GAROU. Daphne .. n TL.

Sain-Bois, Bois d'oreille,

Arbuste de la famille des Daphnacées (184, A) (pl. zx, 2), qui croît dans les lieux secs et arides des contrées méridionales de la France, et qu'on cultive dans beaucoup de jardins, où il a besoin de l’orangerie dans le Nord. Tige de 70 cent. à 1 mètre, rameüse presque à la base; feuilles nombreuses, éparses, lancéolées, atténuées dès la base, presque mucronées au sommet, lisses et glabres.

Fleurs blanchâtres, petites, rassemblées en paquets, soutenues par un pédoncule commun et qui forment une panicule à l'extrémité desrameaux (juillet-août). Du reste, mêmes caractères que dans le mézéréon.

Propriétés, usages. La plante est inodore, mais ses fleurs ont un parfum doux et agréable. Toutes les parties du végétal et surtout l'écorce sont douées d’une excessive âcreté.

Cette écorce est employée comme vésicante dans tous les cas où sont indiqués les vésicatoires, qu’elle peut suppléer jusqu’à un certain point. Dans quelques provinces on en introduit une petite portion à travers le lobe de l'oreille, afin d'y déterminer une excitation suppurante et dérivative, favorable.

dans les maux d’yeux, les gourmes, les accidents de la denti-

tion et autres affections. Mais c’est principalement pour l’entretien des vésicatoires, sous formede pommade, qu'on la met en usage.

L'écorce de Garou a été employée à l’intérieur par les anciens et quelques modernes, tels que Russel, Wright, Swediaur, etc., pour guérir les dartres anciennes, les engorgements squirrheux, les syphilides; son administration réclame une grande surveillance, et l'expérience n'a pas prononcé sur son utilité, que nous regardons comme plus dou* teuse encore que celle du mézéréon.

Loiseleur-Deslongehamps a expérimenté les feuilles, qu'il a trouvées douées d’une vertu purgative assez marquée. Il les a administrées aussi contre les maladies cutanées, soit seules, soit conjointement avec d'autres moyens.

Les anciens sê servaient des baies pour se purger.

Quant à la récolte, c'est au printemps et à l'automne qu'on recueille l'écorce de Garou, laquelle nous est envoyée du Midi et se trouve dans le commerce en fragments plus ou moins longs, rougeûtres à l'extérieur, grisâtres en dedans, et offrant dans le sens des fibres des filaments soyeux et brillants. Le temps semble ne diminuer en rien sa causticité. Mérat et Delens disent qu'un très petit morceau pris sur une branche de végétal, conservé depuis plus de dix ans dans leur herbier, leur a brûlé la bouche jusqu'au lendemain.

PRÉPARATIONS, DOSES

À l'extérieur : « Pour opérer une vésication avec le garou, on prend l'écorce telle qu’on la trouve dans le commerce; on en coupe un morceau de la longueur que l’on désire ; on la met tremper une heure dans l’eau ou le vinaigre, puis on l’applique par sa face interne {l’externe a plus de force si on ôte l’épiderme), en la recouvrant d’un peu de sparadrap qui la fixe et d’une bande de toile. Au bout de vingt-quatre heures, la peau a rougi, on sent de la cuisson et de la chaleur, mais la vésicule n’est bien formée qu'après quarante-huit heures... On voit, à la lenteur de l'action de cette écorce qu'elle ne peut servir d'épispastique que dans les cas non urgents. On l’accuse parfois d’être très douloureuse, de causer des ulcères profonds, ce qui tient à ce que quelques personnes laissent à chaque pansement l'écorce ou en remettent de nouvelle : méthode blâmable et à rejeter » [Mérat et Delens).

On prépare la pommade au garou par l'infusion de l'écorce dans de l’huile à laquelle on ajoute de la cire, ou dans de l’axonge. Celle qui se fait en mêlant 2 gr. de poudre de cette écorce dans 15 gr. d’onguent suppuratif (Leroy), ou 4 gr. dans 30 d'axonge [Morellot}, est moins bonne en ce que la poudre est une cause d'irritation sur une plaie. La pommade au garou convient mieux que celle dans laquelle entrent les cantharides pour panser les vésicatoires, surtout chez les personnes irritables, nerveuses ou sanguines, dont les plaies s’enflamment facilement; mais sa préparation demandant beaucoup de soins, peu de pharmacies en sont pourvues ou la délivrent bien fraîche, autre condition de sa bonne qualité.

A l'intérieur : en décoction, 15 à 30 gr. de feuilles pour 500 gr. d’eau. Purgatif, altérant. — 8 gr. de la racine dans 1500 gr. d'eau réduite à 1 kil.; à prendre dansiles vingt-quatre heures, chaque jour, contre les dartres, les syphilides, etc.

MÉDICATION RUBÉFIANTE. 33

PERSICATRE ACRE, Polygonum hydropiper, L.

Poivre d’eau, Renouée âcre ou brûlante, Persicaire âcre, Curage, Piment d’eau.

La Persicaire-Poivre d’eau (pl. xiv, 5), ainsi nommée de ce que ses feuilles ressemblent à celles du pêcher, et à cause de sa saveur poivrée, est très commune dans les lieux humides, les fossés, aux bords des eaux, etc. Elle est de la famille des Polygonacées, genre Renouée (183, A).

Plante annuelle de 30 à 80 cent.; tige dressée, rameuse souvent dès la base; feuilles lancéolées, atténuées en un court pétiole.

Fleurs d'un blanc rosé, en épis grêles presque filiformes, lâches, avec des petites bractées écailleuses, arqués, pendants (juillet-octobre }. Calice à 4 sépales, chargé de points glanduleux. Point de corolle. 6 étamines incluses; pistil bifide. Graine renfermée dans le calice.

Propriétés. Le Poivre d’eau est sans odeur, mais sa saveur est âcre, piquante, poivrée. Appliquée fraîche sur la peau, cette plante est, dit-on, rubéfiante et vésicante ; on l’a employée aussi comme détersive sur les ulcères atoniques ; comme résolutive en lotions, gargarismes ; comme antipsorique, sialagogue, etc. Mais en résumé, c'est un médicament peu connu qui demanderait de nouveaux essais. C’est plutôt à l'intérieur qu'on l'a mis en usage à titre de diurétique et lthontriptique, et pour guérir la cachexie, la jaunisse, la chlorose. — Bulliard dit que dans les campagnes on se sert des graines du Poivre d’eau en place de poivre. — Cette plante teint les laines en jaune.

Les vétérinaires emploient la Persicaire âcre beaucoup plus souvent que les médecins ; ils en usent pour déterger les ulcères qui surviennent à la couronne du sabot, et dans les gonflements lymphatiques des articulations, après l’application du feu (Cazin).

Récolte. Elle peut se faire pendant tout l'été, même au moment de la fructification, car les graines ajoutent à l’action irritante de la plante. Celle-ci perd une grande partie de ses

qualités par la dessiccation. Il vaut donc mieux l’employer à l'état frais.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [plante entiè: 5 à 15 gr. par kilog, d’eau, à l’intérieur, comme diurétique, ete. Rarement employée. — 15 à 30 gr. par kilog. d’eau en lotions détersives, antipsoriques, antiscorbutiques, résolutives, etc.

Poudre (feuilles) : 1 à 4 gr. à l’intérieur, en pilules.

Suc : 2 à 4 gr. dans une boisson appropriée,

PersicaiRe pouce (Polygonum persicaria). Cette plante ressemble beaucoup à la précédente ; elle en diffère par ses fleurs roses, assez grosses, en épis oblongs, cylindriques, compactes et dressés, par l’absence de points glanduleux sur le calice et de saveur poivrée, etc. — On l’a considérée comme astringente, détersive et antiseptique, propre à guérir la goutte vague, le rhumatisme, le scorbut, la jaunisse, la diarrhée, les flueurs blanches, ete. Mais il existe une grande confüsion dans les auteurs, causée par la ressemblance des différentes espèces de Persicaire, que l’on a prises l'une pour l’autre le plus souvent.

PERSICAIRE AMPHIBIE | Persicaria amphibium). Tiges submergées, rameuses, radicantes , nageantes. ou terrestres (car 1l y a la variété natans et la terrestre); feuilles pétiolées, ovalesoblongues. — Fleurs roses, disposées en épis compactes, oblongs, cylindriques, solitaires et terminaux. Étamines saillantes, style bifide {juin-septembre).

La Persicaire amphibie possède une racine qu’on estime sudorifique (1), propre à remplacer la salsepareille (Burtin). Coste et Willemet disent qu'ils lui ont vu guérir des dartres anciennes dont on eût peut-être inutilement attendu la guérison de la salsepareille. Dans plusieurs provinces, les herboristes et les épiciers la vendent pour cette dernière. Elle présente l'avantage d'être moins chère, et peut-être est-elle tout

{1} Cette plante, pas plus que la précédente, ne devrait figurer dans la classe que nous étudions ; elles ne s’y trouvent qu’à cause de leur ressemblance avec la persicaire âcre, car leurs propriétés sont tout autres.

aussi efficace: M. Cazin l’a expérimentée ; il dit qu'au moyen de sa décoction concentrée [100 gr. pour 1500 gr. d'eau réduite à 1 kilog:}, prise pendant un mois à la dose de 4 verres d'heure en heure le matin, ila guéri me dartre syphilitique chez un ouvrier de trente ans qui, un an auparavant, avait subi un traitement mercuriel mal dirigé.

RENONCULE ACRE. Ranonculus acris, L.

Renoncule des prés, Bouton d’or, Grenouillette, Patte-de-Loup, Herbe à la tâche, Jauneau, Codron, Clair-Bassin.

Ce végétal, qui a donné son nom à la famille des Renonculacées (309, A), croît spontanément dans les prés et lieux humides, sur la lisière des bois, où il est assez commun et fleurit au milieu de l'été. — On cultive dans les jardins une variété à fleurs doubles sous le nom de Bouton d'or, = Plante vivace de 35 à 70 cent. (pl. 1x, 8); tige dressée, un peu velue, rameuse et fistuleuse ; feuilles velues, les radicales à long pétiole élargi à son insertion sur la racine, palmaüpârtites, à 3-5 lobes incisés, dentés; les caulinaires à lobes plus étroits et à pétiole plus court, les supérieures subsessiles, à 3 découpures linéaires. Souche simple, presque horizontale, fibres radicales naissant de sa face inférieure.

Fleurs d’un beau jaune doré, sur des pédoncules minces, non sillonnées, terminant les rameaux (mai-juillet). Calice à 5 divisions un peu redressées, ovales, pubescentes {1}; corolle à 5 pétales ovales-arrondis, un peu onguiculés, mums au dessus de l'onglet d’une fossette nectarifère ; étamines nombreuses, plus courtes que les pétales; beaucoup de carpelles glabres, lisses, à stigmates courbés au sommet. Autant de fruits rendus pointus par la persistance du stigmate.

Propriétés, usages. La Renoncule âcre est inodore ; sa saveur est corrosive. Tout ce que nous allons dire de ses usages en médecine pourra s'appliquer aux autres variétés, dont les principales sont mentionnées ci-dessous.

{1} La figure détachée le représente, ainsi que les étamines et les carpelles, sans les pétales.

Donc, la plupart des Renoncules exercent une action rubéfiante, vésicante, caustique même sur les parties avec lesquelles on les met en contact. L'inflammation qu’elles développent à la peau est bientôt suivie d'une éruption de nombreuses vésicules remplies d’une sérosité âcre, qui se convertissent en véritables ulcères sile contact se prolonge; toutefois, ces phénomènes sont moins douloureux qu'on serait porté à le croire, et ils se dissipent assez promptement sous l'influence des adoucissants, principalement de l'application des feuilles de bouillon blanc écrasées (M. Dubois, de Tournai). Ces plantes, en conséquence, sont très propres à remplir, dans la médecine rurale surtout, une foule d'indications qui réclament l'emploi des révulsifs externes qu’on n’a pas toujours sous la main, Si les médecins en ont pour ainsi dire abandonné l’usage, c’est qu'ayant été employées quelquefois sans prudence et sans discernement, elles ont occasionné des accidents inflammatoires et gangréneux, qu'il était facile d'éviter, et dont on s'est d’ailleurs exagéré la gravité.

Les Renoncules ont été appliquées sous forme de teinture, de macération dans l’huile, d’eau distillée, de feuilles fraîches pilées, ete., soit sur les poignets pour guérir la fièvre intermittente (Sennert), les maux d’yeux, ou sur les régions affectées de douleurs rhumatismales chroniques, soit pour guérir la sciatique, les maux de tête invétérés, ete. — On a renoncé à l'usage interne de végétaux aussi âcres, et l’on a eu parfaitement raison.

Quant à la récolte, on doit la faire avant la fructification si l'on veut que la plante jouisse de toute son énergie. Il est presque inutile de dire qu'il faut l'employer à l’état frais.

PRÉPARATIONS, DOSES

Plante pilée : en application sur les parties que l’on veut irriter, rubéfier, enflammer ou corroder. Il n’est pas toujours facile de limiter l’action des renoncules, et c’est là leur plus grand inconvénient. Voici le moyen que propose M. Dubois, de Tournai : «On prend une planchette de bois de grandeur variable, de quelques lignes d'épaisseur ; on pratique à son centre une ouverture proporuionnée à l'étendue de la plaie que l’on veut établir: ensuite on colle sur

l’une de ses faces, au moyen de Ja colle de Flandre, un morceau de toile pen

MÉDICATION RUBÉFIANTE. 781

serrée, Quand on veut se servir de ce petit instrument, on l’applique sur la peau par la face qui est recouverte de toile, l’on place dans son ouverture une certaine quantité de renoncule écrasée, et on retient le tout en place au moyen d’une bande roulée. »

D'après le D' Polli, la macération de la renoncule dans l'huile pendant six jours, appliquée sur la peau à une température de 60 degrés, produit une rubéfaction prompte ; — la teinture alcoolique faite à froid est très active ; — l’eau distillée est la préparation la plus énergique ; elle peut donner lieu à une mortification superficielle, précédée de phlyctènes. C’est surtout dans la sciatique que ce médecin italien emploie ces agents : il affirme que, dans 30 cas environ qu'il a traités, il n’en a pas vu un seul qui s’y soit montré rebelle.

RENONCULE SCÉLÉRATE (Ranonculus sceleratus), Renoncule des marais, Grenouillette d’eau, Herbe sardonique, Mort-aux-Vaches (pl. 1ix, 4). Plante annuelle de 25 à 70 cent. ; tige dressée, fistuleuse, rameuse, épaisse, striée; feuilles radicales, pétiolées, glabres, 3-5 lobées, à lobes obtus, incisés ; les caulinaires

s, © sessiles, lancéolées, incisées sur les bords, les supérieures tout-à-fait entières. — Fleurs jaunes assez petites et nom-

breuses, formant une sorte de panicule foliacée, lâche; pétales dépourvus d’écaille au devant de la fossette nectarifère ; carpelles très nombreux; fruits extrêmement petits et nombreux, formant un capitule ovoïde qui s’allonge après la floraison.

Cette espèce, qui croît abondamment sur le bord des étangs et des marais, où elle fleurit en mai-août, est une des plus actives, et il paraîtrait que ses fleurs seraient les parties les plus énergiques. On dit qu’elle cause des empoisonnements qui provoquent un rire particulier, comme sardonique, d’où l'un de ses noms vulgaires. Son suc étendu de beaucoup d’eau a été proposé comme diurétique; quant à ses usages externes, ce sont ceux de l'espèce précédente.

RENONCULE BULBEUSE (Ranunculus bulbosus), Bassinet, Clair- Bassin, Pied-de-Coq, Pied-de-Corbin, Rave de Saint-Antoine (pl. xx, 5). Plante vivace de 30 cent. environ; racine bulbifère, donnant naissance à une ou plusieurs tiges dressées, rameuses, velues, striées ; feuilles velues, les radicales pétiolées, à pétiole dilaté à sa partie inférieure, triséquées avec

La 782 PLANTES MÉDICINALES.

lobes trilobés et dentés, les caulinaires subsessiles, les supérieures divisées en segments linéaires entiers. — Fleurs jau-

nes assez grandes, solitaires sur chaque division de la tige (mai-août) ; calice velu, réfléchi sur le pédoncule; pétales ovales, arrondis, obtus. Fruits lisses et glabres, à bec courbé au sommet comme les carpelles, réunis en tête arrondie.

Cette plante croît dans les pâturages, les haïes, les bois, les lieux humides. Son bulbe paraît être la partie la plus corrosive. Pilé et appliqué sur la peau, il y détermine la vésication plus sûrement et avec moins de douleur que les cantharides, suivant Haller. Les mendiants l'emploient souvent pour se faire venir des uletres à la peau, et se donner un titre de plus à la charité publique. On s’en est servi pour empoisonner les rats, et on a vu des enfants périr pour en avoir mangé. Cependant il paraît qu'on peut en retirer une fécule douce.

RENONQUIE FLAMMULE (Ranonculus flammulus), Flammette, Petite-Douve, Petite-Flamme. On trouve cette espèce .sur le bord des mares et des ruisseaux. Racine fibreuse, tige de 33 cent. environ, un pet couchée, fistuleuse et rameuse; feuilles lancéolées, aiguës, denticulées et glabres, atténuées en un pétiole allongé, amplexicaule.—Fleurs jaunes, solitaires et terminales (juin-octobre} ; calice velu; corolle assez petite ; carpelles et fruits lisses à bec court.

Cette espèce est une des plus âcres du genre. On a employé ses feuilles et surtout ses fleurs qui sont plus actives, pour remplacer les cantharides dans l'établissement des vésicatoires. Leur application sur les poignets aurait, suivant de graves autorités, produit de bons effets dans les fiévres intermittentes.

Rexoxcuze-Ficaire (Ranonculus Ficarius), Ficaire, Petite- Chélidoine, Herbe aux hémorrhoïdes à cause de ses racines composées de granulations, etc. Tige de 10 à 20 cent.; feuilles épaisses, luisantes, crénelées, à pétiole dilaté inférieurement. -— Fleurs jaunes, à pédoncules allongés (avril-

MÉDICATION RUBÉFIANTE, 783

mai). 3 sépales; 6 pétales ; carpelles nombreux en capitule globuleux, à bec presque nul.

Cette plante habite les endroits humides ou ombragés de nos haies. Fraîche, elle est vénéneuse, âcre; cuite, on peut, à ce qu'il paraît, la manger comme les épinards. Racines âcres et vénéneuses. Usages thérapeutiques abandonnés.

Les espèces thora, arvensis, reptans, sont également douées de propriétés très irritantes. La première, qui croît sur les hautes montagnes de la France, est si vénéneuse que, si l'on en croit des historiens, les Gaulois en empoisonnaient le fer de leurs flèches. ”

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