DES SPÉCIFIQUES
Malgré leurs analogies de caractères et de propriétés , les médicaments différent les uns des autres par l'odeur, la saveur étl'action sur l’économie: par conséquent ils constituent des modificateurs spéciaux, et peuvent être considérés comme autant de spécifiques. |
Cependant, pour mériter cette dénomination, il faudrait que leurs effets fussent constants, déterminés et prévus dans des cas bien définis, ce qui est le parfait contraire de ce que nous voyons chaque jour. Les anciens, qui avaient plus de foi que nous dans les propriétés médicamenteuses des plantes ; qui pensaient que les simples avaient chacune une mission thérapeutique spéciale, admettaient un grand nombre de spécifiques. Mais les progrès de la physiologie et de l’étude des phénomènes morbides, venant ruiner pièce à pièce les fondements de leurs doctrines médicales, ont réduit presque à zéro ie nombre des médicaments réputés spécifiques.
Aujourd'hui ce mot est encore consacré pour désigner certaines substances qui ont une action spéciale, toujours identique, sur la cause essentielle de maladies bien. déterminées dont elles préviennent ou arrêtent le développement, Mais
cette interprétation est presque sans limites et devient, par conséquent, sans portée, puisque le caustique qui détruit une gangrène, l'amputation qui coupe court aux progrès d’une nécrose ou d’un cancer, ete., peuvent être considérés comme des remèdes spécifiques.
D'autres auteurs ont pensé qu'il fallait appliquer cette qualification aux seuls moyens propres à guérir les maladies dites spécifiques, c'est-à-dire dues à des causes particulières capables de reproduire mvariablement les mêmes effets, sous le nom de virus. Mais la difficulté ne fait que s’accroître , parce que, d'une part, toutes les maladies spécifiques n’ont pas des remèdes spécifiques, comme la morve, la pustule maligne, la rougeole, la gale, et, d'autre part, certaines affections non spécifiques, telles que la fièvre intermittente, les névralgies à type intermittent, etc., se guérissent parfaitement au moyen du sulfate de quinine, qui présente, dans ces cas, toutes qualités pour la spécificité.
On ditchaque jour : L'action spéciale de ce médicament s'exerce sur tel organe et de telle maniène ; tel médicament a la propriété spéciale de guérir telle maladie; mais, comme les effets des agents thérapeutiques sont subordonnés aux dispositions organiques de l'économie, et que le médicament peut agir de vingt manières différentes chez vingt individualités distinctes, il en résulte que nul ne peut être considéré comme spécifique dans l’acception rigoureuse du mot. Si tout est relatif dans le monde; s’il n'y a rien d'absolu en dehors du domaine des mathématiques pures, à plus forte raison doit-on admettre qu'en thérapeutique il n'y a que des modificateurs dont l'action est variable comme les idiosyncrasies qui la subissent. Voilà pourquoi, dit Deslandes, pour être bon praticien, c’est peu que d’être savant de science écrite , il faut, de plus, avoir eu le temps de s2 faire une matière médicale et avoir assez de jugement pour bien l'appliquer; voilà aussi pourquoi un malade est généralement mieux traité par un bon médeeim que par plusieurs.
Quoi qu'ilen soit, à l'exemple de presque tous les auteurs de matière médicale, nous reconnaissons une classe de médi-
MÉDICATION SPÉCIFIQUE. 185 caments spécifiques, qui se compose des antidotes, des antisyphilitiques, des fébrifuges, des absorbants et des anthelminthiques. |
ANTIDOTES OÙ NEUTRALISANTS.
Substances que l’on administre, dans les cas d'empoisonnement, pour neutraliser les effets de l'agent toxique. Les antidotes sont presque toujours des préparations chimiques qui ont pour but de former une combinaison insolubie et inoffensive avec la partie active du poison ingéré. Les principaux sont la magnésie en suspension dans l'eau pour les acides ; l'hydrate de peroxyde de fer à haute dose pour l’arsenie ; l’eau albumineuse (15 blancs d'œufs dans 2 kilogr. d’eau) pour le sublimé, le vert-de-gris ; la décoction de noix de galle ou de quinquina pour le tartre stibié ; le sulfate de potasse ou de soude pour les sels de plomb ; le lait pour les sels d’étain ; le sel de cuisine pour les sels d'argent, etc. Il faut, avant de les employer, faire vomir au moyen de l’eau tiède, de la titillation de la luette, rarement au moyen de l’émétique, qui ne convient que dans les empoisonnements par les substances non corrosives.
Les empoisonnements par les végétaux nuisibles ne reconnaissent, pour’ ainsi dire, point de neutralisants. On les combat par les vomitifs (eau chaude, titillation de la luette, émétique), par les éméto-cathartiques, si l'on a lieu de croire que le poison est passé dans les intestins ; puis par des boissons appropriées, et autres soins rationnels commandés par les eirconstances. — Puisque nous sommes sur ce sujet, voici le traitement sommaire des empoisonnements par les plantes narcotiques, les irritantes et les champignons.
Pavot et Opium, Belladone, Ciquë, Digitale, Stramonium, Tabac. Faire vomir d’abord ; opposer l’infusion concentrée de café contre le narcotisme ; administrer la décoction de noix de galle ; ensuite boissons acidules, ete.
Champignons. ‘D'abord éméto-cathartique (20 cent. d’émétique, et 16 à 20 gr. de sulfate de soude dans 2-kilogr. d’eau, à prendre par verrées); ensuite purgatif doux {hnile de ricin
786 ) PLANTES MÉDICINALES. “0 et sirop de fleurs de pêcher, de chaque 30 gr.). Si c'estin- = suffisant, potion éthérée, eau vinaigrée, lavement de tabac.
Le sel marin (sel de cuisine) peut être employé à haute dose (50 pr. en solution] comme éméto-cathartique ; ce moyen est d'autant plus précieux qu'il se trouve partout.
Plantes âcres et irritantes. Provoquer le vomissement à l'aide de l’eau tiède, de la titillation de la luette ; lavements, fomentations, potions huileuses, camphrées et éthérées.
ANTISYPHILITIQUES.
Les médicaments considérés comme spécifiques dans la maladie vénérienne et ses accidents sont les préparations mercurielles , les préparations d’or et d'iodure de potassium. Les plantes sudorifiques, que l'on a tant vantées, ne sont que des adjuvants du traitement. Employées seules et sans le secours des substances minérales ci-dessus nommées, ces plantes paraissent avoir produit des guérisons certaines d'accidents constitutionnels ; cependant la plupart des auteurs leur refusent cette puissance, et conseillent d'employer eoncurremment les vrais antisyphilitiques, pratique généralement suivie aujourd’hui.
FÉBRIFUGES OU ANTIPÉRIODIQUES.
Les fièvres à type intermittent résultent de causes accidentelles dont l'effet peut être annihilé par certains médicaments auxquels on a donné le nom de Kébrifuges, mais qui sont mieux désignés sous celui d'Antipériodiques, puisqu'au lieu de chasser la fièvre, ils s'opposent à ses retours plus ou moins réguliers.
Le type des fébrifuges est le quinquina, et surtout ses alcaloïdes, la quinine et le sulfate de quinine. Ces substances sont vraiment héroïques, spécifiques, dans les pyrexies par cause miasmatique marécageuse. Comment agissent-elles ; pourquoi leur action antipériodique est-elle nulle dans les fièvres continues! Pour répondre à ces questions, il faudrait entrer
dans des considérations sur l’étiologie et la nature des fièvres qui nous conduiraient beaucoup trop loin, et que lon peut trouver d’ailleurs dans notre Anthropologie.
Nous nous bornerons à eiter les principales plantes indigènes qui passent pour fébrifuges et propres à remplacer jusqu'à un certain point les préparations de quinquina.
Ces plantes sont par ordre alphabétique les suivantes : 4bsinthe, Alkékenge, Arnica, Camomille, Centaurée, Chausse- Trappe, Chène, Gentiane, Germandrée, Matricaire, Saule, la plupart des amers, des irritants, etc.
Les fébrifuges peuvent être administrés d'emblée, sans préparation préliminaire aucune, Quelquefois cependant, pour assurer le succès du médicament, il est indiqué soit d’évacuer les saburres gastro-intestinales, soit de diminuer l'intensité des accès et la masse du sang par une saignée. Dans tous les cas 1] faut le faire prendre le plus longtemps possible avant le retour de l'accès, tout en attendant la fin du précédent, et en continuer l'usage pendant plusieurs jours, en ayant soin d'y revenir encore de temps en temps si le malade demeure dans des lieux marécageux, où la fièvre est endémique.
Le printemps et l'automne sont fertiles en fièvres intermittentes plus ou moins tenaces ou éphémères. Celles-ci se dissipent souvent d’elles-mêmes après quelques accès qui suffisent à éliminer le principe morbifique : c’est dans ces cas que les fébrifuges indigènes les plus insignifiants ont semblé des médicaments héroïques, parce qu'on leur à attribué l'honneur de guüérisons dues aux seuls efforts de la nature.
Quant aux fiévres plus graves, les unes sont susceptibles de se prolonger des semaines, des mois, des années même, cédant pour un temps variable à l'action du sulfate de quinine, et étant presque toujours réfractaires à nos fébrifuges indigènes ; les autres, au contraire, ont une marche tellement rapide et occasionnent des symptômes si insolites et si graves, qu'elles se terminent par la mort au troisième accès, quelquefois même au second, si on n’a pas été assez perspicace pour reconnaître la nature pernicieuse de la maladie, et assez
prévoyant pour administrer le sulfate de quinine à très haute dose (1 à 2 et même 4 gram. en un jour).