‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 153 sur 177 · ABSORBANTS · texte numérisé non relu

ABSORBANTS

Médicaments destinés à absorber l'humidité des parties on à se combiner avec divers principes. Ils se distinguent en internes et en externes. Les premierssontdes matières calcaires [pierres d'écrevisses, corail, écailles d'huîtres, craie) ou des terres alumineuses, bolaires, magnésiennes, ou enfin des matières alcalines, les sous-carbonates de soude ou de potasse par exemple : ces deux derniers sels, ainsi que la magnésie calcinée et son sous-carbonate, sont même aujourd'hui presque les seuls en usage pour neutraliser en quelque sorte les acides et les humeurs âcres.

Les absorbants externes sont constitués par certaines substances végétales pulvérisées, employées pour absorber les écoulements sanguins, ichoreux, les suintements des parties excoriées, etc., tels sont le son, l'amidon, la sciure de bois, Ja colophane, le Bolet amadouvier [amadou), le Lycoperdon, le Lycopode, etc.

BOLET AMADOUVIER. Boletus ignarius, L.

Polypore, Agaric de chêne, Agaric des chirurgiens, Polypore amadouvier,

Ce Champignon (1350-51, C) croît sur le trone du chêne, du pommier, ete. On en prépare l’amadou. Pour cela on le dépouille de son écorce et de sa partie tubuleuse ; on coupe sa substance intérieure par tranches minces; on la bat à coups de maillet sur un billot de bois, ensuite on la fait tremper dans une dissolution de nitrate de potasse, et on la fait sécher.

L'amadou est fréquemment employé pour arrêter les hémorrhagies, étant appliqué sur les coupures, les plaies légères ou les piqûres de sangsues. Il agit en absorbant la partie aqueuse du sang, et facilitant ainsi la coagulation de la partie cruorique.

LS

On en recouvre quelquefois.les parties affectées de douleurs rhumatismales, goutteuses ou névralgiques, à la surface desquelles il provoque une transpiration favorable, étant re couvert lui-même d’une flanelle. — Plusieurs autres Bolets, tels que le Bolet ongulé, le Bolet faux amadouvier, etc.. peuvent servir aux mêmes usages.

LYCOPERDON. Lycoperdon bovista, Buzz.

Vesce-de-Loup, Vesce-de-Loup des bouviers, Boviste.

Ce Champignon (130, C, D) croît dans les bois, surtout ceux de haute futaie. Sa grosseur moyenne est celle de la tête d'un homme (Vesce-de-Loup gigantesque); sa chair d'abord blanche, devenant ensuite d’un jaune verdâtre ou d'un gris brun, se transforme en une poussière olivätre.

Cette poussière a été employée comme hémostatique-absorbante, dans les hémorrhagies traumatiques et même pour arrêter les flux hémorrhoïdaux trop abondants. « Le plus simple, le plus excellent styptique que je connaisse, écrit Helvétius, est celui qu'on appelle Vesce-de-Loup, qui est une espèce de champignon qui arrête le sang d’une manière surprenante, et qui, par dessus cela, ne fait nulle douleur, ni eschare, comme les vitrioles; ce qui, à mon avis, doit le rendre préférable à tous les autres styptiques. »

Les témoignages en faveur de la propriété hémostatique du Lycoperdon gigantesque sont aussi imposants que nombreux, et l’on s'étonne qu'un tel remède ait pu tomber dans un oubli aussi complet.

Toutes les espèces du même genre ont entre elles la plus grande analogie de caractères et de propriétés, et peuvent être employées aux mêmes usages :

PRÉPARATIONS, DOSES

Poudre de lycoperdon : On l’introduit dans le vide opéré par l’avulsion d’une dent pour arrêter l’hémorrhagie. — On en fait renifler dans l’épistaxis trop abondante, — Une pincée appliquée sur une coupure de rasoir, de canif ou de couteau, etc., arrête l'écoulement du sang, — Félix Plater l’introduisait dans le rectum pour faire cesser le flux hémorrhoïdal immodéré. — On prétend que

cette poudre peut arrêter le sang fourni par des artères dun certain volume,

LYCOPODE. Lycopodium clavatum , L. +

Lycopode en massue, Herbe aux massues, Herbe à la plique, Pied, Patte ou Griffe-de- Loup, Soufre végétal.

Genre unique des Lycopodiacées (137, A]. Ce végétal (pl. 1x, 6) habite les coteaux boisés, les bruyères, ete.

La poussière que renferment ses spores est jaune, inodore et insipide, très fine et très légère; elle s’enflamme subitement lorsqu'on la projette sur les charbons ardents, propriété qu'on à mise à profit, dans les théâtres, pour imiter les éclairs, etc.

Il n'est pas de nourrice qui ne connaisse les usages qu'on fait du Lycopode pour absorber les humidités des excoriations auxquelles sont sujets les enfants potelés dont la peau est fine, 1rritable. Cette poudre est employée de même chez les adultes replets. — On l’a administrée à l'intérieur contre

à diarrhée et la dyssenterie avec fièvre, à la dose de 4 gr. dans 125 gr. d'eau de fenouil, associée à une quantité suffsante de gomme et de sirop.

La poudre de Lycopode sert, en pharmacie, pour rouler les pilules et les bols, afin de s'opposer à leur adhérence.

ANTHELMINTHIQUES OÙ VERMIFUGES.

On entend par ces expressions les médicaments qui détruisent et expulsent les vers. Ceux qui font périr ces animaux devraient s'appeler vermicides; ceux qui les expulsent doivent conserver le nom de vermifuges.

Tous les purgatifs sont vermifuges; quelques-uns d’entre eux sont en même temps vermicides. Ils ne peuvent être considérés généralement comme authelminthiques, puisque s'ils chassent les vers, c’est en provoquant une abondante sécrétion intestinale et une augmentation du mouvement péristaltique, non en exerçant sur eux une action toxique.

Une foule de substances sont employées contre les vers : les uns les blessent et les tuent par leurs pointes [limaælle

. d’étain, poils du Dolichos Soja, ete.); d'autres les font périr

ai + 2

par une sorte d'indigestion [mucilagineux, mousse de Corse, Fougére, etc.) ; celles-ci les asphyxient (huiles); celles-là, en nombre beaucoup plus considérable, les empoisonnent (amers, huiles essentielles, substances âcres, résines, éthers, mercuriaux, etc.}, sans compter les purgatifs et les vomitifs qui les expulsent sans les tuer.

Les vermifuges doivent s’administrer autant que possible en nature. Mais leur saveur étant généralement désagréable et répugnante pour les enfants, on a cherché à la masquer en préparant des bonbons, biscuits, pastilles de différentes sortes, qui en contiennent bien les principes actifs, mais dont l'action est souvent rendue moins sûre par la présence du sucre, lequel favorise plutôt le développement des vers qu’il ne leur nuit. Leur dose doit être aussi élevée que possible si l'on veut être certain de l'effet qu'on cherche à produire.

PLANTES ANTHELMINTHIQUES.

Ansérineanthelminthique.| Grenadier, écorce de larac.| Santoline, feuilles. ÿ

Belvédère. Mousse de Corse, | Staphisaigre, Cyclame, racine. Pied-d’Alouette, sommités| Tanaisie. Fougère, racine. fleuries,

Parmi les autres végétaux indigènes qui peuvent être employés contre les vers, nous citerons les suivants : Absinthe, Ail, Alliaire, Aunée, Bryone, Camomille, Coriandre, Euphorbe, Genévrier, Gentiane, Hellébore, Olivier, Osmonde, Pécher, Ricin, Rue, Sabine, Scordium, Tabac, Valériane, ettoutes les plantes amères.

ANSÉRINE ANTHELMINTHIQUE. Chenopodium anthelminthicum , L.

Végétal de l'Amérique du Nord, cultivé avec facilité dans nos jardins | pl. xxvin, 1 (1), de la famille des Chénopodiacées (185, A). ?

(1) C'est par erreur que ceite figure n’a pas été placée parmi les anthelminthiques.

Vermifuge très usité aux États-Unis. Il est probable, disent Mérat et Delens, qu'il est bien supérieur à la plupart de

ceux dont nous nous servons, et comme nous pouvons nous

le procurer frais avec une grande facilité, il est à désirer que son usage devienne vulgaire.

PRÉFARATIONS, DOSES.

Sue : une cuillerée à bouche aux enfants; un petit verre aux adultes, avec

la précaution d’en continuer l’usage quelque temps. Décoction (plante) : une poignée dans une pinte de lait. Huile essentielle : 6 à 8 gouttes dans une potion appropriée pour un enfant.

BELVÉDÈRE. Chenopodium scoparia, L.

Plante du même genre que la précédente. « La forme allongée et pressée des rameaux de cette espèce non odorante, dont on fait des balais, lui a fait donner son nom spécifique; sa verdure agréable lui à valu son appellation française-italienne (Belle à voir). Elle est spontanée en Italie et dans le midi de la France, et se cultive dans les jardins... On la dit anthelminthique, et c’estun des médicaments les plus précieux aux yeux des Japonais » (Mérat et Delens).

CYCLAME. Cyclamen europæum, L.

Cyclame d'Europe, Pain de pourceau.

Plante vivace, sans tige, de la famille des Primulacées 229 ; pl. 1x, 4), à souche charnue, subglobuleuse-déprimée, munie en dessous de beaucoup de fibres déliées ; feuilles toutes radicales, épaisses, ovales-arrondies, cordées à la base, entières, tachées de blanc en dessus, rougeñtres en dessous, glabres, portées sur de longs pétioles émanant du centre de la racine.

Fleurs rouges, rosées ou blanches, solitaires et penchées sur des pédoncules radicaux de 10 à 12 cent. de long {septembre). Calice à 5 divisions pointues; corolle monopétale,

dont le tube court a son orifice tourné en bas, et dont les D lobes sont réfractés de manière à ce que leur extrémité

pointue regarde en haut; 5 étamines courtes; stigmate pointu les dépassant un peu.

Propriétés, usages. La racine de Cyclame [appelée Pain de pourceau) est sans odeur, mais sa saveur estamère, âcre, puis brûlante, si on continue la mastication. C’est un drastique violent, qui produit chez les sujets les plus robustes des superpurgations, des selles sanguinolentes, des gastro-entérites, et chez les femmes enceintes, dit-on, l’avortement. On a abandonné l'usage interne d'un médicament aussi violent, mais on l’emploie, sous forme d’onguent ou de pommade, en frictions sur le ventre, soit pour expulser les vers, soit pour produire des évacuations. On prétend que ces applications, faites sur l’épigastre, ont la propriété de provoquer le vomissement ; sur les reins, d'augmenter la sécrétion urinaire, ete.

Quant à la récolte, l'automne est l’époque de la faire. Le Cyelame se trouve dans les bois et les montagnes du midi de la France. Il était connu des anciens, et son sue servait, diton, à empoisonner les flèches. Il est plus actif à l’état frais que sec; cependant saracine se trouve dans les boutiques sous forme de tubercules durs, brunâtres, raboteux, ressemblant à des figues desséchées. On prétend que par lébullition ou la torréfaction, elle perd toute âcreté pour devenir douce. et presque inerte.

Le peu d'accord des auteurs sur les doses auxquelles il faut administrer le Cyclame provient des différences dans les propriétés de cette plante, suivant son état de dessiccation plus ou moins grande. C’est ce qui a fait renoncer à son usage interne, et pourtant, suivant Gilibert, « c'est un de ces médicaments précieux que la pratique des médecins anodins à chassés des boutiques, qui offre cependant de grandes ressources dans les maladies chroniques. »

PRÉPARATIONS , DOSES

Décoction (racine fraîche) : 4 à 12 gr. pour 500 gr. d’eau.

Poudre : 25 à 50 cent., et même 1 gr., selon le degré de dessiccation.

L'onguent d'Arthanita était composé de cyclame mélangée avec des poudres ou infusée avec des graisses ; on l’employait en onctions ou frictions autour du

nombril pour expulser les vers, et même-pour purger.

EUPATOIRE DE MÉSUÉ. Achillea ageratum, L.

Achillée visqueuse,

Plante de la famille des Composées (237-40, T), croissant en Italie et dans le midi de la France, ete., à tiges droites, peu rameuses, Cotonneuses; feuilles sessiles, allongées, dentées, blanchâtres et visqueuses, les radicales pétiolées et ailées. Fleurs Jaunes en corymbes terminaux très serrés ; à demifleurons fort petits, se montrant à la fin de l'été. Involucre très cotonneux, pédoncules forts et gros, etc.

Propriétés. Odeur forte, surtout dans les fleurs: saveur amére, piquante. La viscosité de cette plante y indique un principe particulier ; son arôme y décèle des propriétés actives ; cependant elle est inusitée, après avoir été vantée vaguement dans les obstructions du ventre et les affections vermineuses.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (sommités) : une petite poignée pour 500 gr, d’eau, comme vermi-

fuge.

On a conseillé de frotter le nombril avec l’huile dans laquelle cette plante n infusé pour faire périr les vers chez les enfants.

FOUGÈRE FEMELLE. Pteris aquilina, L.

Ptéris, Porte-Aigle, Grande-Fougère femelle,

Cette Fougère (139, H} (pl. 1x, 1} est commune dans les lieux sablonneux et humides, les terres légères. « Souche perpendiculaire, fusiforme, simple, noire, blanchâtre intérieurement, offrant sur sa coupe transversale une figure noirâtre formée par la section des faisceaux vasculaires et représentant un double aigle héraldique. Les frondes sont très grandes, hautes quelquefois de 1 à 2 mètres; elles sont 3 ou 4 fois ailées ; les pinnules sont fort nombreuses, petites, ovalesallongées, un peu aiguës ; celles qui terminent chacune des divisions principales de la fronde sont lancéolées, toutes entières. Les fructifications forment une ligne continue bordant

toutes les divisions des frondes, dont le tégument est formé … par le bord même replié en dessous » (Richard).

Propriétés. On à quelquefois employé comme vermifuge la souche de cette fougère, qui a une saveur âpré et peu agréable et qui contient en même temps une certaine quantité de fécule. On lui préfère généralement l'espèce suivante qui n’est pas du même genre.

La PETITE-FoUGÈ:E FEMELLE (Aspidium filix fœmina) (159, C) a été employée également contre les vers.

FOUGÈRE MALE. Nephrodium filix mas, L.

Plante sans tige de la famille des Fougéres(159, Blipl. 1x, 2), commune dans les lieux ombragés et humides, etc. Souche souterraine de la grosseur du pouce, noueuse, brune et écailleuse à l'extérieur , blanchâtre en dedans. Feuilles grandes à pétiole court, brun et couvert d’écailles, hautes d'environ 50 cent., ovales-lanceolées, deux fois aïlées ; folioles alternes, rapprochées les unes des autres, profondément pinnatifides, plus longues au milieu et diminuant à l'extrémité de la feuille Jusqu'à ne produire qu'une pointe ; pinnules de ces folioles nombreuses, dentées, confluentes. — Sores arrondis, rémiformes, ombiliqués , rassemblés sur deux rangs à la base des pinnules des deux tiers supérieurs de la foliole {1).

Propriétés, usages. La racine de Fougère mâle passe depuis les temps les plus reculés pour vermifuge. On à beaucoup trop exalté ses propriétés, surtout dans le traitement du tœnia ou ver solitaire. Il y a près de quatre-vingts ans, le gouvernement français acheta d’une dame Nouffer la connaissance d’un remède secret contre le ver solitaire; ce remède, qui avait pour base la racine de Fougère, fut abandonné presque dès qu'il fut connu, sans doute parce qu'il ne répondit pas aux espérances qu'on en avait fait concevoir. Le remède de ma-

(1) Les quatre figures détachées représentent : 10 une foliole montrant les soies à la base des pinnules; 2° un sore détaché, grossi; 39 une capsule en-

tière; 40 une autre capsule se rompant et laissant échapper les spores.

dame Nouffer n'est pas un spécifique certainement {il y en a si peu, surtout parmi les médicaments connus dans leur composition). Cependant nous l'avons employé deux fois avec succès. Mais, lors même qu'il réussirait plus souvent, cela ne prouverait nullement en faveur des propriétés tœniafuges de la Fougère mâle, attendu que cette plante y est trop faible à côté des drastiques qui l’accompagnent. Elle obtient des succès plus certains lorsqu'on l’administre sous forme d’'extrait, comme nous le dirons tout à l'heure.

La racine de Fougère mâle a été employée comme apéritive, désobstruante et légérement astringente : on a été jusqu'à croire qu'elle activait les menstrues, la sécrétion laiteuse, le travail de l'enfantement. — Les feuilles servent à composer des couches pour les enfants rachitiques.

Récolte. On peut arracher la racine en tout temps pour l'employer fraîche {ce qui est préférable), mais il vaut encore nueux la recueillir dans l’été. Avant de la faire sécher, il faut avoir soin de la bien monder. On la trouve dans les boutiques en fragments plus ou moins volumineux, reconnaissables aux grosses écailles imbriquées qui les recouvrent extérieurement, à leur couleur rougeûtre à l’intérieur, etc. Si elle n'a plus de saveur, c’est qu'elle est trop vieille, 1l faut alors la rejeter.

PRÉPARATIONS, DOSES

Décoction [racine) : 30 à 45 gr. par kilog. d’eau.

Poudre : 8 à 16 gr. en 2 ou 3 doses.

Extrait alcoolique : 1 à 2 gr. en pilules.

Extrait résineux obtenu par l’éther : 50 cent. à 1 gr. en pilules, prises en deux fois, le matin et le soir. Remède très eflicace contre le ver solitaire qu’il tue promptement et expulse doucement. Il chasse les ascarides sans les faire mourir, tandis qu’il est un poison pour le tœnia (Peschier, Libers).

Oleo-résine : 30 à 40 gouttes. Cette préparation chasse le bothryocéphale à anneaux larges, et n’a point d'action contre le tœnia commun.

Remède de M€ Nouffer. Prendre la veille au soir une panade. Le matin 12 gr. de poudre de racine de fougère mâle délayée dans 190 gr. de tisane de fougère; deux heures après un des bols suivants : calomélas et racine de scammonée, de chaque 50 cent,; gomme gutte, 30 cent.; confection d'hyacinthe, quantité suffisante pour 3 bols, dont 1 pour les enfants, 2 pour les personnes délicates,

3 pour les adultes vigoureux, à un quart d'heure d'intervalle.

GRENADIER. Punica granatum, L.

Ayant fait le sujet d’un article précédent (V. p. 326), cette plante ne figure ici qu'à cause de ses propriétés anthelminthiques. Les anciens employaient l'écorce de sa racine contre le tœnia ; Dioscoride, Pline, Celse, etc., nous l’apprennent. Cependant il y avait quatorze siècles qu’on ne parlait plus de cet excellent tœniafuse en Europe, lorsque Buchanam , médecin anglais, exerçant à Calcuta, fit connaître les heureux effets qu'on en obtenait dans l'Inde. Les essais de Breton en Augleterre, de Gomez en Espagne, puis ceux tentés en France par Mérat, ete., confirmérent bientôt les assertions de Buchanam ; dès lors le Grenadier fut généralement considéré comme le meilleur remède à opposer au ver solitaire, et les faits qui ont été consignés depuis dans les annales de la science viennent à l'appui de cette opinion.

L'écorce de racine du Grenadier sauvage doit être préférée à celle du Grenadier cultivé, mais cette dernière est aussi trés bonne et presque toujours employée d’ailleurs. Elle est plus efficace fraiche que sèche.

« Cette écorce est parfois sophistiquée avec celle du buis, et surtout celle d’épine-vinette ; la première est blanche et très amère, tandis que celle du Grenadier est grise en dehors, jaune en dedans et à peine amère : celle d’épine-vinette est jaune des deux côtés. »

PRÉPARATIONS , DOSES

« Décoction [écorce de la racine fraîche) : 30 gr. dans 750 gr. d’eau réduite à 500, à prendre en 3 doses à une heure de distance l’une de l’autre. Il ne faut administrer ce remède que lorsque le malade rend actuellement des anneaux de tœænia, parce qu'on a remarqué que le ver est alors plus sûrement évacué. » — Mérat faisait acheter un grenadier vivant de 8 à 10 ans au moins, et il en faisait séparer l'écorce de la racine chez le malade même, le jour ou le lendemain du'jour où les anneaux du tœnia étaient expulsés, pour l'employer comme il vient d’être dit. Quand toutes les précautions sont bien prises [écorce fraîche et non sèche, pure et non sophistiquée ; choix du moment où des fraginents du ver viennent d’être expulsés, etc.), le succès est certain, suivant Mérat.

Poudre : 60 cent. toutes les demi-heures pendant 3 heures de suite Barton),

Moyen moins sûr,

Extrait alcoolique : 16 à 24 gr. Préparation proposée par Deslandes comme étant plus efficace encor2 que la décoction, mais pourtant peu usitée.

MOUSSE DE CORSE. Fucus helminthocorton, L,

” Mousse de mer, Varec vermifuge,Coralline de Corse,

Plante marine de la famille des Algues (26-28, A) qui croît sur les côtes de la Méditerranée et de l’île de Corse, Elle consiste en une petite touffe de quelques centim. de hauteur, d'un roux fauve, d’une consistance comme cartilagineuse, composée de fibres entremêlées, tenaces, ayant pour base une petite callosité dure (pl. 1x, 3). Les fructifications sont des tubercules situés sur les côtés des rameaux et sessiles (1).

Propriétés, usages. Odeur marécageuse, désagréable; saveur salée sans amertume. L'emploi de ce varec contre les vers était connu des anciens, et pourtant il n'y a pas un siècle qu'il est répandu en France. La Mousse de Corse, à la vérité, semble regagner le temps perdu, ear c’est aujourd'hui un des vermifuges les plus utiles chez les enfants, auxquels elle convient, en effet, par son innocuité sur les organes digestifs. Elle n'expulse pas toujours les ascarides, encore moins le tœnia, mais elle tue constamment les lombries, et l'on peut dire qu'elle est douée d’une action vermicide spécifique.

Les fièvres vermineuses, c'est-à-dire les fièvres causées par la présence des vers, sont rares; elles existent comme conséquence de l'irritation gastro-intestinale due à ces animaux où comme complication d'autres phlegmasies, plutôt que comme phénomène sympathique pur et simple. Par conséquent, du moment qu'il y a réaction générale dépendante d'un état phleomasique de la muqueuse intestinale, c’est cet état qui doit attirer l'attention, et les vermifuges stimulants, toniques ou purgatifs, ne doivent venir qu'après l'emploi des émollients. Cependant, comme il n’est pas toujours facile de résister aux désirs des parents qui, croyant que tout dépend

(1) Elles sont rendues visibles sur la figure détachée qui représente une des tiges grêles divisée en dichotomies irrégulières,

des vers, veulent en débarrasser tout de suite leurs enfants sans souci du reste, on peut mettre en usage la Mousse de Corse qui, heureusement, ne paraît pas susceptible d'augmenter l'irritation, et qui, nous le répétons, est précieus sous ce rapport.

Récolte. « Les recherches de M. de Candolle ont prouvé que la Mousse de Corse du commerce n’est point un médicament homogène formé par une seule plante, mais qu'au contraire c'est un mélange de différentes espèces de varec, de céramions et de corallines. Cependant, comme le varee vermifuge y prédomine, on rapporte en général la Mousse de Corse à cette plante. »

PRÉPARATIONS, DOSES

Décoction : & à 15 gr. dans 250 gr. de lait sucré ou d’eau.

Poudre : 1 gr. pour les enfants au-dessous de six ans; 2 à 4 or, après cet âge. On la fait prendre dans de l’eau, du lait, du bouillon ou du vin; on en saupoudre du pain que l’on recouvre de beurre, de miel, de confitures. Les pharmaciens en préparent des biscuits, des dragées, ete.

PÉTASITE, Tussilago pelasites, L.

Herbe aux teigneux,

Plante vivace des Synanthérées, incomplétement dioïque, à tiges de 20 à 50 cent., herbacées, pubescentes, cotonneuses, chargées d’écailles membraneuses; feuilles toutes radicales, en rosette, longuement pétiolées, ne paraissant qu'après la floraison, devenant très grandes.

Fleurs rougeâtres, en capitules disposés en une grappe oblongue{mars-avril). Involucreà 1-2 rangs de folioles ; réceptacle plan, demi-fleurons tubuleux, nombreux, tous femelles, à l'exception de quelques mâles placés au centre, ou tous m4les, sauf quelques-uns femelles à la circonférence : stigmates des fleurs stériles, courts, obtus.

Propriétés. Les racines de cette plante sont améres, un peu âcres, et réputées vermifuges, sudorifiques, astringentes : leur infusion a été conseillée dans les fièvres éruptives, les catarrhes, ete. ; on les a appliquées écrasées pour résoudre les

tumeurs, modifier les ulcères. Les fleurs passent pour pectorales, comme celles du tussilage. — Médicament d'ailleurs

oublié, et peu convenablement placé dans la classe des vermifuges.

PIED-D'ATOUETTE. Deiphinium consolida , L.

Pied-d'Aloueite sauvage ou des champs, Dauphinelle des prés, Dauphinelle-Consoude.

Plante annuelle qui croît en abondance dans les moissons. Tiges rameuses, diffuses, pubescentes, hautes de 30 à 60 cent.; feuilles presque sessiles, découpées en lanières étroites, peu nombreuses.

Fleurs bleues (variétés roses et blanches), irrégulières, en épis lâches au haut des rameaux (pl. xxIx, 3), s'ouvrant en juin-août, et présentant des caractères assignés au genre 300, L).

Propriétés. Elles sont mal déterminées, et d’ailleurs sans usages à peu près en médecine. Les sommités fleuries ont cependant été administrées contre les vers, les obstructions, la rétention d'urine. Cette plante doit son nom de consolida à ses prétendues vertus vulnéraires. On en a beaucoup vanté l'infusion pour collyres astringents dans les ophthalmies. — Les semences sont employées en teinture contre l'asthme, en Angleterre.

Lesfieurs de Pied-d'Alouette fournissent une couleur blene qu'on a fixée au moyen de l'alun comme teinture.

SANTOLINE. Santolina chamæcyparissus, L.

Garderobe, Aurone femelle, Santoline à feuilles de cyprès, Cyprès des jardins, Petite- Citronnelle.

Flante du nidi de l'Europe, cultivée en bordures dans nos jardins, de la famille des Composées, tribu des Corymbifères

2357-40). Tiges ligneuses de 60 cent. de haut, très ramifiées, À rameaux déééebg: grêles, tomenteux, blanchâtres; feuilles linéaires, sessiles, cotonreuses, blanchâtres, dentées aux bords sur 4 rangs ; apparence d'un petit cyprès.

Fleurs jaunes, disposées en gros capitules terminaux,

solitaires sur des pédoncules longs, dont l'ensemble forme des corymbes (juillet-août), etc.

Propriétés. Odeur forte, pénétrante; saveur très amère, aromatique et piquante. Cette plante est réputée vermifuge, à la manière des amers; comme ceux-ci, elle est stomachique, tonique, propre à remédier à la débilité de l'estomac, à l’abondance des flueurs blanches, ete. On l’a encore employée dans les affections nerveuses telles que l'hystérie ; dans les obstructions du foie et de la rate, dans la pleurésie, probablement sans qu'on se soit bien rendu compte de sa manière d'agir ni de ses effets, car elle ne peut réunir tant de vertus. ”

Elle doit à son odeur forte d’être souvent placée dans les garde-robes pour en masquer les émanations désagréables, ainsi que dans les hardes pour les préserver des insectes.

La Santoline se récolte avant la floraison pour l'usage de la pharmacie.

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion [feuilles sèches] : 8 à 15 gr. pour 500 gr. d’eau. Vermifuge tonique convenable pour les enfants dont le canal intestinal estaffaibli et la constitution froide, ete.

Poudre : 1 à 6 gr.

Huile essentielle : 10 à 15 gr. — Il paraît qu'on en fait usage avec succès contre le tœnia. On peut augmenter cette dose, car le D' Pierquin en a donné jusqu’à 4 gr. par jour, et il dit que dix ans d'expérience lui font regarder cette

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substance comme un vermifuge immanquable.

STAPHISAIGRE. Delphinium staphysagria, L.

Dauphinelle staphisaigre, Herbe aux poux, Mort aux poux.

Plante de 30 à 60 cent. ; tige dressée, arrondie, velue, un peu rameuse; feuilles alternes, pétiolées, grandes, divisées en 5, 1-9 lobes profonds, lancéolés, presque glabres en dessus, pubescents en dessous. — Famille des Æenonculacces, genre Dauphinelle (300, L,.

Fleurs bleues, à pédoncules velus, munis de 3 bractées linéaires, formant des épis lâches, terminaux (juin-juillet). Calice à 5 divisions, inégales, velues ; la supérieure terminée par un court éperon recourbé en dessous. Corolle à 4 pétales dis-

tincts, irréguliers, dont 2 éperonnés ; 15 étamines au moins ; 3 styles courts surmontant 3 carpelles, qui deviennent 3 capsules. |

Propriétés, usages. Les graines de Staphisaigre, seules parties de la plante employées, sont d'une saveur très âcre, qui produit un sentiment de cuisson dans la bouche, suivi d’une abondante expuition de salive. Elles constituent un poison violent pour l’homme et les animaux, et cependant leur usage intérieur a été essayé soit pour chasser les vers, purger ou faire vomir. Mais on a, avec juste raison, abandonné ce médicament dangereux.

Aujourd’hui ce n’est qu'à l'extérieur qu’on emploie ces semences pour détruire les poux, guérir la gale, et encore cet usage est-il rare, timide, tant on craint l’irritation qu’elles produisent au cuir chevelu.

Récolte. La Staphisaigre croît naturellement dans le midi de la France ; on est obligé de la cultiver dans l’intérieur. Ses graines mûrissent en automne; elles sont grisâtres, irrégulièrement triangulaires, comprimées ; on les trouve dans le commerce.

PRÉPARATIONS, DOSES

Poudre [semences] : 50 cent. à 1 gr. à l’intérieur, contre les vers ou pour produire des évacuations. Moyen totalement abandonné comme dangereux.

A l'extérieur, cette poudre est employée, soit seule pour saupoudrer la tête, soit pommade [8 gr. sur 24 de cérat ou d’axonge}), pour faire des onctions sur cette partie afin de détruire les poux.

Décoction : 32 gr, de poudre de staphisaigre dans 1500 gr. d’eau, à laquelle on ajoute 1 gr. 20 cent. d’opium. Roques dit avoir employé avec succès cette décoction en lotions sur plus de 600 galeux. M. Cazin l’a mise en-usage avec avantage dans la phthiriase ou maladie pédiculaire,

Delphine : c'est le principe actif des semences de staphisaigre; ses propriétés sont fort analogues à celles de la vératrine. Turnbull a expérimenté cette substance alcaloïde très vénéneuse : il l’a administrée, à la dose de 2 millig. à 5 cent. en pilules, dans les névroses, les névralgies, les rhumatismes, la goutte l'amaurose, la surdité, ete, Mais son usage est resté à l’état d'essais,

TANAISIE, Tanacelum vulgare, L.

Herbe aux vers, Barbotine, Herbe amère, Herbe de Saint-Marc.

La Tanaisie (pl. 1x, 5) est commune dans les prés, les lieux incultes, humides, pierreux, sur les berges des rivières, etc., où elle fleurit dans l’été. Elle appartient aux Synanthérées (2537-40, Q).

Plante vivace de 60 cent. à 1 m. et plus, à tiges dressées, robustes, glabres, simples en bas, donnant naissance en haut aux rameaux de l'inflorescence. Feuilles pinnatiséquées , à segments oblongs, allongés, pinnatifides, décurrents sur la côte moyenne ou rachis, qui est ainsi ailé, lobé.

Fleurs jaunes, en capitules hémisphériques, nombreuxet disposés en corymbes rameux très compactes (juillet-septembre). Involucre à folioles glabres, scarieuses au sommet; réceptacle convexe, dépourvu de paillettes (1). Fleurons tous tubuleux : les femelles très petits, trifides à la circonférence (2); les mâles hermaphrodites, quinquéfides (3), occupant le centre en grand nombre, à 5 étamines synanthères. Akènes couronnés d’un rebord membraneux.

Propriétés, doses. La Tanaisie est d’une odeur forte dans toutes ses parties, d'une saveur nauséeuse très amère. C’est un tonique, excitant, qui passe pour vermifuge, fébrifuge, antispasmodique et emménagogue, etc. — On a employé les semences à l’intérieur, ainsi que la plante en infusion et en cataplasmes sur le ventre, pour expulser les vers lombrics.— La Tanaisie peut remplacer l’absinthe dans les maladies atoniques, la chlorose, les fièvres intermittentes, etc. Les paysans s’en servent assez souvent pour couper la fièvre. — Son odeur pénétrante et désagréable l'a fait employer dans l'hystérie, les coliques spasmodiques, la gastralgie, la chorée et autres affections nerveuses. — Enfin on l’a préconisée, nous ne sa-

{1] Ces objets se voient sur la figure détachée qui représente un capitule dépourvu de fleurons.

(2) Voyez la petite figure du milieu qui montre un fleuron femelle très grossi.

{3} Voir la figure de droite. de

vons à quel titre, dans la goutte, l'hydropisie, Ja rage, etc.

Employée à l'extérieur, en fomentations et cataplasmes, cette plante s’est montrée utile comme résolutive, détersive, antiseptique.

Récolte. Elle se fait, pour les fleurs, au mois d'août; pour les graines, un où deux mois plus tard. La plante se sèche ordinairement en fleurs, sans les racines ni même les tiges ; elle conserve assez bien ses qualités après la dessiccation. —Coste et Willemet afñrment que la semence de Tanaisie, dont ils vantent les propriétés anthelminthiques, se vend dans les pharmacies de la Lorraine pour le Semen contra. Wauters la préfère à ce dernier, qui, le plus souvent, contient diverses substances avec lesquelles on le falsifie. sde

PRÉPARATIONS, DOSES

Infusion (sommités fleuries) : 4 à 15 gr. par kilog. d’eau bouillante On la donne comme anthelminthique, antispasmodique, sudorifique, emménagogue, carminative.— (graines) : 8à 16 gr. pour 500 gr. d’eau ou de lait, comme vermifuge.

Poudre {sommités fleuries) : 4 à 8 gr. — (graines) : 1à 4 gr. Elle s'emploie plus rarement. Cependant Schenkius rapporte qu’un enfant, affecté de fièvre, et auquel on fit prendre de la semence de tanaisie avec du sirop violat, rendit plus de 100 vers longs d’ux pied, et fut délivré de sa maladie.

Cataplasme (feuilles) : appliqué sur le bas-venire, il est vermifuge. Geoffroy, médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris, rapporte qu'ayant fait appliquer de la tanaisie sur le ventre d’un individu affecté de maladie grave, il évacua 32 lombries et fut sauvé [Mérat et Delens).

Les lavements préparés avec cette plante et le lait sont considérés par Hoffmann comme un des meilleurs moyens pour détruire les ascarides.

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