‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 28 sur 177 · DES FONCTIONS DE NUTRITION · texte numérisé non relu

DES FONCTIONS DE NUTRITION

56. La nutrition, dans les plantes, est cette fonction au moy de laquelle l'individu puise dans le milieu où il vit les substances dont il a besoin pour se développer, et élimine

celles qui ne peuvent que lui être nuisibles. Cette opération est multiple, car elle se compose de plusieurs actes importants qui sont l'absorption, la circulation, la respiration, la transpiration, l’excrétion et l'assimilation. — Nous en connaissons les organes, étudions maintenant leur mécanisme.

Absorption.

57. Par l'absorption la plante puise dans le sol et l’atmosphère les principes nécessaires à son développement et à son entretien. Ces principes sont l'oxygène, l'hydrogène, le carbone et l'azote, qui tantôt sont isolés, tantôt font partie de combinaisons que le végétal à le pouvoir de décomposer. Il faut ajouter à cela une certaine quantité de sels et quelques autres corps élémentaires moins abondants.

A. L'eau joue un rôle immense dans la nutrition végétale ; non-seulement elle est le véhicule nécessaire des substances nutritives, mais encore elle constitue elle-même un aliment en se décomposant, comme nous le verrons bientôt.

B. Les racines et les feuilles sont les principaux organes de l'absorption. — Les racines pompent les sucs nourriciers an moyen des spongioles qui terminent les fibrilles ; leur force de succion est considérable. Elles ne puisent que les matières dissoutes, et, de préférence aux autres, celles qui sont le plus divisées ou le plus fluides. On les croyait douées d'une action élective qui leur faisait rejeter les substances nuisibles, mais de Saussuré a démontré par expérience qu'elles peuvent absorber des poisons, des métaux même, pourvu qu'ils soient à l'état de solution suffisante. Cependant c’est sans doute pour trouver une meilleure nourriture que les racines qui végètent dans un terrain peu convenable parcourent quelquefois de longs trajets, ét franchissent des obstacles dfficiles.

C. Les feuilles favorisent l'action absorbante des racines par l'évaporation qui se fait constamment à leur surface et qui, opérant en quelque sorte le vide dans les vaisseaux ntriculaires, augmente la force de succion des spongioles. M ces organes sont eux-mêmes absorbants, En effet, les feuilles ab-

PHYSIOLOGHIE. 35

sorbent de l'eau en vapeur répandue dans l'atmosphère, de l'eau en nature lorsqu'elles sont plongées dans ce liquide. Elles sont la seule voie ouverte aux fluides nourriciers dans les plantes vivant sur les rochers ou dans les sables arides, comme les Palmiers, par exemple, qui périssent bientôt lorsqu'on les prive de cet ornement. Il y a d'autres végétaux, au contraire, qui semblent ne devoir leur existence qu’à leurs racines, et qui continuent de vivre après l'enlèvement de leurs feuilles : tels sont le Chiendent, l'Arrête-Bœuf. — Au surplus, toutes les parties vertes concourent à faire pénétrer l'eau dans l'intérieur du végétal.

58. L'absorption végétale est-elle un phénomène organique ou purement physique! Les physiologistes ne sont pas d'accord sur ce point; mais, comme toujours alors, une opinion mixte à surgi, qui considère la force absorbante en question comme étant de nature physico-organique. Cette force, que Dutrochet a désignée sous le nom d’endosmose, consiste dans ce fait, démontré expérimentalement, que, « quand deux liquides de densité différente sont séparés par une membrane poreuse, de nature animale ou végétale, il s'établit entre eux un courant par lequel le liquide moins dense tend à se porter vers le plus dense pour se mêler à lui. Ainsi, quand on prend une petite vessie de nature organique remplie d’une solution aqueuse de gomme, de sucre ou de lait, si on la plonge dans de l’eau pure, on voit celle-ci traverser les parois de la vessie et venir graduellement s'ajouter à l'eau plus dense que celle-ci contenait. Si, au contraire, la vessie est remplie d’eau pure et qu'on la plonge dans un liquide plus dense, un mouvement semblable, mais en sens inverse, s’y manifeste. Tous les organes qui composent la plante forment un tout continu. Les utricules qui constituent les fibres radicales sont remplies de liquides d'une densité plus grande , car ils contiennent de la gomme, du sucre, de l’albumine, etc. Par suite du phénomène de l’'endosmose, ces liquides attirent l’eau du sol et la font passer dans les utricules les plus superficielles, et ensuite, de là, dans les autres parties du tissu végétal. »

Page 1