‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 6 sur 177 · INTRODUCTION. » IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. » IX

Après l'étude des caractères physiques des plantes vient celle de L' propriétés médicales. Avant l'emploi de la méthode expérimenale, ces propriétés se déduisaient de leur ressemblance de forme, de couleur, etc., avec quelques-unes des parties de notre organisme, ce qui leur a fait donner le nom de signatures. « La forme des racines, . des feuilles, etc., de plusieurs plantes, les a fait prescrire contre les … maladies de nos organes avec lesquels on a cru trouver quelque ressemblance. Les signatures par analogie de couleur sont en bien plus grand nombre ; ainsi les plantes à racines ou sucs rouges sont presque - … {outes indiquées comme utiles contre les hémorrhagies telles que la garance, les galium, le ratanhia, etc. Celles de couleur jaune ou verdâtre sont prescrites contre la bile, exemple la rhubarbe, l'aloës, etc. : les plantes à sucs blancs, commele pissenlit, la laitue, ete., sont réputées utiles pour donner du lait, etc. Nous remarquerons qu’il y a souvent même une double signature. Ainsi un végétal vient dans les * pierres, on l’appellera saxifrage pour cette raison, puis on le croira bon pour briser la pierre des reins; un autre a des marbrures sur ses feuilles, comme le poumon sur la plèvre qui l'enveloppe, on le nommera pulmonaire, et on l’indiquera comme propre à guérir les maladies de ces organes ; un autre est taché comme la peau d’une vipère, on le désignera par l’épithète de vipérine, et on le prescrira contre les morsures de cet animal, etc. Toutes ces propriétés par imitation sont un reste des erreurs des temps d’ignorance, et ne sont plus que ridicules aujourd'hui , après avoir été souvent dangereuses » ([Dictionnaire universel de matière médicale, art. Signatures). Les propriétés médicales des plantes peuvent jusqu'à un certain — point se déduire des formes naturelles, de la saveur, de l'odeur, de la couleur et de la composition chimique :

lo Formes. Plus il y a de ressemblance dans les caractères botaniques, plus l’analogie est grande dans les propriétés. Cette proposition a été déjà énoncée [page 1v de la préface]; mais elle comporte plusieurs exceptions que nous ferons connaître en étudiant les familles.

20 Saveur. Les corps sapides sont généralement présumés être doués de plus de vertus que ceux qui sont dans des conditions contraires. Une plante insipide est presque toujours inerte ou à peu près; la saveur fade y dénote quelques propriétés faibles de nature émolliente ou relâchante, ainsi que celle dite mucilagineuse ou huileuse. L'acidité n'indique pas une manière d’agir uniforme. La saveur acide-douce est rafraichissante et tempérante ; celle qu'on peut appeler acideacerbe est en même temps astringente et styptique. L'’amertume annonce une action tonique, névrosthénique; la sa*eur aromatique est lattribut de propriétés stimulantes, générales ou spéciales à certains organes. L’âcreté est la qualité des plantes la plus suspecte, du moins la plus active. Cette saveur varie entre àcre-piquante, âcre-nauséeuse et âcre-vireuse. Elle distingue en général les végétaux vénéneux, quoique quelques-uns presque insipides soient de véritables poisons.

30 Odeur. La même règle générale est applicable à l'odeur et à la saveur, mais la première a beaucoup moins d'importance : d’abord, parce qu’elle n’est pas en proportion d’intensité avec l’action médicamenteuse; ensuite, parce que c'est une qualité relative suivant les sens de chaque individu, que partant elle est mal définie et en quel-

… quesorte de convention; enfin, parce qu’elle varie beaucoup suivant Vétat frais ou sec de la plante, la constitution hygrométrique de l'atmosphère, et suivant que cette plante est intacte ou soumise L 1

. né d

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au frottement, etc. Le manque d'odeur joint à linsipidité déno des plantes absolument inertes. L’odeur indique toujours quelq vertu, tantôt prononcée æ@ e dans les Labiées, tantôt faible co dans la violetiemals Peut manquer dans des végétaux très énergiques, tels que les âcres, les amers purs, les astringents, les acidu-

lés. L'odeur est aromatique, alliacée, piquante, narcotique ou vireuse.

4 Couleur. Ce caractère est encore moins important que l'odeur pour faire présumer les qualités d’une plante ; il n’est pas sans valeur < | cependant, puisqu’en général la couleur blanche semble être l'indice d’une faible activité, et que dans une espèce rot de variétés *

diversement teintées, les plus dépourvues de propriétés actives sont toujours celles qu t la couleur la moins foncée. La couleur verte est si répandue, qu'elle n’a pas de valeur à cause de cela : elle indique . cependant Vacerbité dans les fruits non mûrs. La couleur rouge ac- ‘compagne l'acidité ; le rouge foncé dénote l’astringence, comme dans larose Provins ; le rouge-brun est l'indice de propriétés astrimgentes | RE 0 à la fois, comme dans la racine de bistorte, l'écorce de quinquina. L’amertume est accusée par le jaune, ainsi que nous le voyons dans les fleurs d’aunée, d’arnica, de genêt, de matricaire, dans les racines de gentiane, de rhapontic, dans l'écorce d'orange, etc. Ea couleur bleue n’a pas la même signification, suivant qu'elle est fixe où changeante : dans le premier cas, elle annonce des qualités délétères, exemple l'aconit, la mandragore, la pulsatille, etc. ; dans le second cas, elle ne #’accompagne d'aucune action malfaisante, comme le prouvent la bourrache, la chicorée, le bluet, etc. Le vert glauque ap- — partient généralement aux plantes vénéneuses, telles que l'ancolie, la chélidoine, les euphorbes, les hellébores, la laitue vireuse. La couleur foncée ou noire est encore plus à redouter ; les Solanées ont un aspect triste et sombre; presque tous les fruits noirs ont quelque chose de malfaisant.

5° Composition. En soumettant les végétaux à ses recherches, la chimie a jeté un grand jour sur leurs propriétés. Elle ne les étudie pas seulement sous le rapport de leurs principes élémentaires (hydrogène, oxygène, carbone, etc.) qui, comme nous le verrons plus tard, varient si peu dans leurs proportions, tout en formant des produits si divers, elle fait connaître surtout ces derniers, indique la composition des principes immédiats auxquels les plantes doivent, d'aprèsnos sens et nos moyens d'investigation, leurs propriétés. C’est ainsi que la gomme, le mucilage, la fécule, le sucre, l'huile, ete., dénotent une action relàchante ou émolliente; que le tannin et l'acide gallique communiquent l’astringence et une action tonique. Les huiles volatiles ou essentielles sont stimulantes. Le camphre est un agent tantôt sédatif, tantôt stimulant du système nerveux ; les résines et les baumes exeitent aussi certains systèmes d'organes plutôt que d'autres. Mais ce qui distingue surtout les plantes énergiques, c’est la présence d'une matière cristallisable, d’un alcaloïde, tel que la digitaline, la colchicine, la vératrine, la narcotine, laquinine, ete. La matière médicale est certainement redevable de grands progrès à la chimie, mais il n'est pas douteux non plusqu'on n'ait attaché souvent beaucoup trop d'importance aux corps dont elle a dévoilé l'existence dans certains végétaux. La pariétaire et la bourrache contiennent un peu de nitre, sont-ce pour cela des diurétiques puissants ? Non. La racine de patience renferme un peu de soufre, peut-on compter beaucoup sur son action anfidartreuse? Non. D'ailleurs, l'on peut être trompé par un examen

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trop superficiel, car des substances tres riches en matières féculentes F t mucilagineuses, comme la racine d’arum, de bryone, etc., contiennt quelquefois un principe vénéneux d'autant plus redoutable, que

la chimie aura plus de peine à signaler sa présence.

L'appréciation des propriétés des plantes doit être subordonnée aussi à la nature du sol et du climat, à leur âge, à leur récolte, leur dessic-

Al cation, leur conservation, ete. — Les plantes qui croissent dans les " lieux élevés sont soupçonnées, avec raison, posséder plus d'énergie M ‘que Mr: même espèce habitant des lieux bas et humides, IL y a cependant des exceptions à cette règle, car les Crucifères,les Renoncu- Mes. certaines Ombellifères [les ciguës, par exemple), sont plus actives étant né ns ces dernières localités. — La température et le climat exercent ehcore une grande influence sur les propriétés des végétaux, lesquels sont toujours plus énersiques dans les contrées méridionales, les lieux exposés au midi que dans les circonstances opposées. — La même espèce jouit presque toujours de pluside vertus

à l'état sauvage qu'étant eultivée. On sait d’ailleurs que la culture imprime des modifications jusque dans les caractères botaniques. |

L'activité d’une plante se développe dans l'âge de la plus grande force de végétation : faible au début, elle augmente jusqu’au moment où l'individu atteint l'heure de la décadence, pour diminuer ensuite, souvent même pour changer de nature, car Des ncoMRRRE végétaux émollients tendent à la propriété astringente ou tonique en vieillissant. Disons cependant que les plantes vénéneuses conservent généralement beaucoup plus de leur action au dernier terme de leur existence que dans le premier âge.

La récolte est un point important. Généralement il ne faut recueillir les plantes que par un temps sec, après le lever du soleil et la dispavition de la rosée. — On doit cueillir les fleurs avant leur complet épanouissement ; cependant celles de roses, d’œilletsse coupent en boutons, parce que plus tard leurs propriétés s'affaiblissent. — Les feuilles doivent se récolter aussi avant leur entier développement, au plus tard au moment de la formation des boutons florifères, à moins qu’il ne s'agisse de plantes dont on emploie indifféremment les feuilles isolées ou les sommités fleuries, comme beaucoup de Labiées.—Les bourgeons se récoltent au printemps, les fruits en automne, etl’on conçoit que les règles doivent varier suivant le mouvement de la sève pour les premiers, et suivant la maturité pour les seconds.— Les racines s’arrachent au printemps et à l'automne: cette dernière saison est préférable pour les racines annuelles ou bisannuelles. — Les écorces présentent cela de particulier, qu'en avançant en âge elles acquièrent plus de propriétés, pourvu cependant qu'elles soient sans altération, sans carie, bien adhérentes; néanmoins, celles dont l’action est àcre, caustique, doivent être enlevées plus tôt que plus tard. On conseille aussi de récolter les écorces d’arbres en hiver, celles d’arbrisseaux à l'automne, les résineuses au printemps.

La dessiccation consiste à priver les plantes de leur humidité dans le but de les conserver. Elle a sur leurs propriétés une influence très grande, puisqu'elle rend inertes quelquefois celles qui ont beaucoup d'activité, comme les Crucifères, et qu’elle dévelôppe Farôme dans quelques autres, peu odorantes à l’état frais, comme on peut en juger par le changement que subit le fourrage sous ce rapport, Pour

. dessécher les plantes, on les expose au soleil ou au séchoir, ou mieux encore à l’étuve, soit étendues en couches minces sur des claies d’o-

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