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DEUXIÈME CLASSE. — DES TONIQUES

Les Toniques sont des médicaments dont l’action tend à relever les propriétés vitales, à augmenter la tonicité et l’énergie des organes. Pour se bien rendre compte de cette action, il faut s’enquérir du point de départ de la langueur des fonctions organiques ; car, 6elon qu’il réside dans la matière fixe, ou dans les liquides, ou dans le système nerveux, les toniques doivent agir différemment.

En effet, lorsque les tissus manquent de tonicité suffisante et qu’ils sont plongés dans un état de flaccidité et d’inertie vitale, les remèdes à employer doivent être ceux qui rendent l'énergie, le ton dont ils sont dépourvus ou qu’ils ont perdu. Or ces remèdes sont les toniques proprement dits; on les appelle encore toniques-astringents, parce qu’ils communiquent aux tissus un état de resserrement, de densité et de contractilité qui leur est nécessaire pour l’accomplissement des opérations nutritives qui s’exécutent en eux.

Si ce sont au contraire les liquides qui sont affectés; si le sang, ayant perdu ses qualités normales ou la juste proportion de ses principes constituants, devient la cause du trouble, caractérisé alors par une atonie générale, c’est évidemment à rendre à ce liquide précieux ses éléments vivifiants, sa plasticité, sa constitution normale, qu'il faut d’abord s’appliquer. Les médicaments employés dans ce but sont appelés toniques , analeptiques ou reconstituants.

Enfin, lorsque le manque de tonicité a sa source dans l’innervation du système nerveux ganglionnaire, dans le défaut d'harmonie entre l’innervation affaiblie et les viscères chargés de reconstituer le sang ( ce qui produit des désordres nerveux de mille sortes ), il faut avant tout soutenir ce système organique, l’aider à réagir contre la cause du trouble, en un mot ranimer la vie, en réveillant

son influence indispensable. Or, les médicaments qui remplissent

cette importante mission reçoivent le nom de Toniqws-névrosthi-

tiques.

TONIQUES- ASTRIMENTS.

Les Astringents sont des médicaments qui, mis en contact avec les tissus vivants, y déterminent une astrictïon flbrillaire, un resserrement moléculaire, en même temps qu’ils exercent une action tonique. Ils commencent par émousser la sensibilité, effet de l’astriction produite ; mais bientôt la tonicité est éveillée, et à l’action sédative primitive succèdent des effets toniques locaux. Ces agents sont donc le parfait contraire des émollients.

Les astringents sont fournis par le règne minéral et le règne végétal. Dans le premier cas, ils sont constitués par des acides ou par des sels avec excès d’acide; dans le second cas, ce sont encore des acides, mais des acides végétaux faibles, et particulièrement l’acide gallique et le tannin, principes que les métaux abandonnent, difficilement dans l’eau froide, mais très- facilement dans l'eau bouillante. Leurs propriétés astringentes sont d’autant plus prononcées qu'ils contiennent une plus forte proportion de ces corps.

Employés à l'intérieur, les astringents font éprouver, en traversant la bouche et l'œsophage, une sensation comme si ces cavités se rétrécissaient. Ils diminuent la sécrétion muqueuse de la membrane qui tapisse l'intérieur de l’estomac et des intestins, et ils produisent de la constipation; par un effet sympathique, ils rendent moins active la transpiration cutanée elle-même; mais, aün de suppléer à ces exhalations, la sécrétion uriuaire devient plus abondante sous leur première influence. Ces médicaments sont lentement absorbés, précisément à cause du resserrement des bouches absorbantes qu’ils produisent. Cependaut, au moyen de la grande circulation, ils agissent sur le sang qu’ils condensent, et sur les autres tissus auxquels ils communiquent un peu plus de tonicité : c’est ce qui explique leurs avantages dans les hémorrhagies, le scorbut, les flux atoniques, la diathèse séreuse, etc..

L’action antihémorrhagique des astringents s’explique plutôt par la disposition à la coagulation qu'en reçoit le sang que par le resserrement flbrillaire qu’ils communiquent aux tissus. Ils sont utiles dans le traitement des fièvres graves, dites typhoïdes, adynamiques, mais on ne saurait dire si c'est par leur propriété tonique ou par l’effet de leur principe antiputride, qui est le tannin;

La combinaison du tannin avec les peaux mortes, disent MM. Trousseau et Pidoux, préserve celles-ci de la putréfaction. Cette propriété est mise à proût dans les cas où on applique la poudre des écorces qui contiennent cette substance sur les ulcères sordides, gangréneux, sur les tissus menacés de décomposition putride, outre qu’on enlève l'excès d'humidité qui favorise la fermentation putride.

L’usage interne des astringents, lorsqu'il est immodéré ou, trop longtemps continué, agace l’estomac, cause des douleurs gastralgiques, des nausées, des vomissements et autres accidents. Ces médicaments, d'ailleurs, ne doivent pas être administrés quand une plilegmasie existe à l'estomac, aux intestins, ou dans quelque organe important.

Mais c’est surtout à l’extérieur qu’on les emploie : ils reçoivent alors le nom de styptiques. Leur contact sur la peau tend à fermer les pores de celte membrane et à oblitérer l'extrémité des vaisseaux capillaires; de là pâleur du tissu, diminution de l’exhalation perspiratoire et de la sensibilité, sensation de froid et de condensation. Mais aussitôt que l’action répercussive cesse, un mouvement de réaction se manifeste, lequel est suivi d’un eflet tonique, quelquefois môme d’une véritable congestion : de là le précepte de maintenir constamment appliqués les topiques astringents lorsqu’on veut produire par eux une action sédative.

Ces médicaments s'emploient extérieurement dans une foule de circonstances : pour arrêter l'écoulement du sang fourni par les petits vaisseaux; pour faire avorter l’inflammation externe commençante dans le panaris, l'entorse, la brûlure, l’érysipèle, etc. ; pour résoudre les tumeurs indolentes, les engorgements chroniques ; pour combattre les angines à l’aide des gargarismes; pour tarir les écoulements muqueux, les flueurs blanches, les diarrhées chroniques ( injections et lavements).

PLANTES TONIQIF.S- ASTRINGENTES.

Aigremoine, feuillet. Alchimiile, plante entière, Argentine, feuillet.

Aspérnlo, fleure.

Anne, écorce.

Benoîte, racine.

Bistorte, racine.

| Boarsc-à-Pn Btcur, filante.

Brunelle, tommitée.

1 1 Bogie, sommités.

1 Chêne, écorce, glands.

' Chèvrefeuille, (leurs , feuiU

• les.

I Coigna*sier, fruit.

j Euphraiie, sommités.

Filipoudule, racine.

Frêne, écorce , feuilles.

! Géranium, plante.

1 Joubarbe, feuilles.

* Lupin, graines.

Marronnier, écorce , fruit.

24 PLANTES MEDICINALES.

MiUcfouülo, sommités fleuries.

Myrte, feuilles.

Néflier, feuilles.

Nombril-do-Vénui, plante.

Noyer, feuilles.

Nummul&ire, sommités.

Orpin, feuilles.

Ortie, fleurs.

Pâquerette, fleurs.

Patience aquat., racine.

Pervenche, feuilles.

Pilosclle, plante.

Platane, écorce.

Potentille, racine.

Prunellier, fleurs, fruits.

Pyrole, plante.

Quintefeuille, racine.

Raiponce, feuilleset racine.

Renouée, plante.

Rhapontic, racine.

Ronce, racine.

Rosier, pétales.

Salicaire, feuilles, fleurs.

Saniclc, plante.

Sceau-de-Salomon, racine.

Scolopendre, feuilles.

Sumac, fruits.

Tormentille, racine.

Verge-d'or, sommités fl.

11 est d’autres plantes qui fournissent des substances astringentes et qui font partie de groupes différents ; nous citerons entre autres le Grenadier, le Hêtre, le Peuplier, le Saule, l'Orme, etc.

TONIQUES-ANALEPTIQUES.

Les Analeptiques ou Reconstituants sont des médicaments qui agissent directement sur le sang, auquel ils donnent ou rendent les principes réparateurs qui lui manquent, et par là obvient aux accidents résultant de l’altération de ce liquide.

En quoi peut consister cette altération du sang 1 Dans une diminution des éléments vivifiants (fibrine et globules surtout), car nous ne parlons pas pour lemomentdes cas oùce liquideest influencé par desprincipes miasmatiques ou hétérogènes quelconques. Lorsqu’elle existe, on dit que le sang est pauvre, et les troubles résultant de cet appauvrissement se traduisent parée la pâleur d'abord, des palpitations, de l’essoufflement, puis par des infiltrations séreuses, des troubles nerveux de plusieurs sortes, tels que vapeurs, spasmes, maux de nerfs, gastralgies, palpitations, convulsions, etc. Ces phénomènes, qui varient extrêmement d'ailleurs, s’expliquent facilement par une rupture d’équilibre survenue entre les deux actions combinées du système sanguin etdu système nerveux ; car le sang, a dit Hippocrate, est le calmant des nerfs ( sanguis moderator nervorum) ; c’est le pouvoir pondérateur de l’innervation ; n’en ressentant plus l’influence salutaire, celle-ci s’exagère, et entre dans un état d’éréthisme d’où découlent tous les désordres de la sensibilité et de la nutrition.

Ainsi donc, plus les matériaux nutritifs décroissentou s’atténuent, plus l’état nerveux s’élève. Or, celui-ci ne se prononce jamais plus fortement que lorsque le sang s’appauvrit, devient séreux, comma

INTRODUCTION

à la suite des pertes de sang abondantes, des hémorrhagies graves ou continues, comme dans l’anémie et principalement dans la chlorose, maladie qui entraîne à sa suite non-seulement les troubles dépendant de l’état du sang, mais encore une altération spéciale des fonctions du système nerveux.

Chez la femme, l’éréthisme nerveux se rattache soit à la chlorose ou àl’anémie, soit à l'affection hystérique, dontnous parlerons quand nous traiterons de la médication antispasmodique. Chez l’homme, au contraire, l’état nerveux répond généralement à l’hypochondrie, affection due plutôt à la prédominance de l’appareil biliaire qu’à l’appauvrissement du sang. Aussi les toniques reconstituants sont-ils moins efficaces chez lui que chez la femme, dont la mobilité nerveuse est d’ailleurs plus développée.

L’appauvrissement du sang, dont nous venons de constater l’immense influence sur l’équilibre physiologique, Be refuse absolument, comme on le comprend bien, à l'emploi des évacuations sanguines. 11 faut, au contraire, lorsqu’il existe, employer les toniques analeptiques, c’est-à-dire les agents capables de rétablir ce liquide dans sa constitution normale. Or, ces agents sont presque exclusivement les préparations ferrugineuses et les aliments nourrissants, réparateurs, agents dépourvus d’action physiologique, parce que l’homme, lorsqu'il jouit de toute l’énergie de ses fonctions, ne peut éprouver do leur part l'influence reconstituante qu’ils exercent thérapeutiquement, puisque son sang est riche de toutes les qualités qui font quo sa nutrition est pleine et parfaite.

La médication tonique-analeptique trouve ses indications chez les sujets épuisés par les pertes rouges ou blanches, par la misère et les privations, et chez les scrofuleux, les scorbutiques, les cachectiques, etc. Mais c’est surtout dans la chlorose et ses nombreux accidents que les ferrugineux sont le plus efficaces, parce qu’ils portent leur action reconstituante directement sur le sang. Leur usage est contre-indiqué dans le cas où le canal intestinal est le siège d’une phlegmasie décidée ; mais il importe de savoir si les symptômes qui annoncent cette contre-indication ne sont pas illusoires, s’ils ne résultent pas plutôt du trouble nerveux, ou même s’ils ne le constituent pas. Or, cette distinction offre souvent de grandes difficultés, et plus d’une fois elle a trompé les meilleurs observateurs. On est donc obligé de tâtonner, d’essayer tel ou tel traitement pour s’éclairer dans un grand nombre de cas.

Nous ne pouvons donner une liste de plantes toniques-analeptiques, car aucun végétal ne peut être mis au rang des médicaments reconstituants proprement dits, lesquels sont, nous le répétons, les ferrugineux et les substances alimentaires. Ce n’est pas qu’un grand nombre de plantes ne puissent venir en aide à la médication analeptique, mais c’est à titre de toniques amers ou névrosthéniques, comme nous le verrons dans le chapitre qui suit.

TONIQUES -NÉ VKOSTHÉNIQÜES .

MM. Trousseau et Pidoux ont donné le nom de Névrosthéniques aux médicaments qui ont pour effet de ranimer les propriétés vitales, l’action du système nerveux, et de rétablir, de régler les actes réciproques des divers systèmes. 11 y a cette différence à établir entre les analeptiques çt les névrosthéniques, que les premiers portent leur action sur la force d’as6imilation ou de nutrition, en reconstituant directement le sang, tandis que les seconds s’adressent à la force de résistance vitale, à l’élément nerveux qui est la source et le régulateur des synergies : les analeptiques refont le sang, les névrosthéniques raniment le principe vital.

Les névrosthéniques sont les toniques vrais, les toniques amers ou proprement dits. Ces agents activent la nutrition, non-seulement parleuraction générale sur l'économie et les forces assimilatrices, mais encore par les modifications qu’ils impriment aux organes digestifs. Ces modifications toutefois ne doivent pas être en opposition avec le degré d’excitabilité de ces organes, c’est-à-dire que ceux-ci ne doivent pas être le siège d’infiammation pour recevoir les toniques, dont l’effet est d’augmenter leur énergie vitale, à moins qu’il ne s'agisse de fièvres typhoïdes graves, comme nous le dirons bientôt.

Comme les analeptiques, les médicaments dont il est question sont dépourvus d’action physiologique, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas d’influence visible sur l’homme en bonne santé, par la raison que pour manifester leur puissance de réhabilitation des torces vitales, il faut qu’ils s’attaquent à un état morbide. Mais du moment que l’élément atonique existe, que le système nerveux fléchit sous la cause morbifique, on les emploie avec avantage pour augmenter l’énergie des organes ou relever l’orgasme des tissus.

Néanmoins, il peut résulter de l'action des toniques des effets opposés. Ainsi les sécrétions peuvent diminuer ou augmenter : elles diminuent si leur abondance dépend de l’atonie de leurs appareils ;

INTRODUCTION

elles augmentent, au contraire, si leur diminution tient à la même cause. C’est ce qui explique comment, selon les cas, les toniques agissent quelquefois comme diurétiques, comme diaphorétiques, emménagogues ou expectorants, etc. Ces différents modes d’action s’expliquent tout simplement par le retour des organes à leur état normal, ou à un état compatible avec les fonctions qu’ils ont à effectuer.

Les toniques- névrosthéniques exercent en quelque sorte deux actions, correspondantes aux deux mots dont se compose leur nom. Dans les cachexies, les scrofules, le scorbut, dans les fièvres intermittentes surtout, contre lesquelles ils ont une action spécifique, ils agissent comme toniques. Dans les cas où la résistance vitale est affaiblie, où les synergies sont rompues et discordantes, comme dans les fièvres graves, malignes, ces médicaments agissent comme névrosthéniques. Dans ces derniers cas, on doit les employer sans faire attention si l’estomac est plus ou moins enflammé, car alors l’état du canal intestinal est consécutif à l’état général, lequel consiste dans une intoxication miasmatique du sang que les toniques ont pour mission de combattre en relevant l’énergie vitale. Les totoniques-névrosthéniques n’agissent donc pas dans les fièvres adynamiques par leurs vertus stomachiques, comme quand on les prescrit dans l’atonie de l’estomac, les cachexies, mais par une action générale lente et silencieuse, bien différente de celle des stimulants, qui est prompte, vive et éphémère.

Les toniques sont encore d’un usage fréquent dans les maladies des vieillards, même dans les inflammations, qui, chez ces sujets épuisés par l’âge, doivent être combattues par les antiphlogistiques et par les toniques combinés.

Ces médicaments sont quelquefois employés à l’extérieur contre les ulcères atoniques, et souvent en injections, en gargarismes, etc.

Au premier rang des toniques se trouve le quinquina, dont nous n’avons pas à parler, mais dont plusieurs plantes indigènes sont succédanées ; puis viennent les amers.

Les plantes amères sont nombreuses. Dans les unes, comme la Gentiane, la Petite- Centaurée, la Fumeterre, l’Aunée, la Chicorée, le Pissenlit, etc., le principe amer parait pur; dans d’autres, telles que la Camomille, l'Absinthe, les Labiées, etc., ce principe est um à un aromate. Les premières constituent des toniques proprement dits, et font le sujet de ce chapitre; les secondes appartiennent aux excitants, dont nous nous occuperons ensuite.

PLANTES TONIQCES-AMÈRES 00 NÉVROSTnÊNIQUES.

Artichaut, feuillu.

Auuée, racine.

Bluct, fleuri.

Carline, racine.

Centaurée (Grande-), roc.

Centaurée (Petite- ), rommitée fleurie t.

Chardon bénit, feuillu.

Chardon-Marie, feuillet.

Chanaae- trappe , fleurs , feuillet.

Chicorée sauvage , racine, feuillet.

Fumeterre, sommité! peu riee.

Galéga, plante.

Gentiane, racine.

Germandrée, sommités.

Hêtre, écorce.

Honhlon, ctSnee,

Houx, feuillet.

Inule, racine, fleurs.

Lamier , sommités fleurie!.

Lilas, fruits, feuillet.

Lycope, plante.

Noyer, feuillet, fruits.

Peuplier, écorce.

Putiet, écorce.

Sanie, écorce.

Trèfle d'eau, feuillet.

Variolaire.

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que la classe des toniques-astringents contient nombre de médicaments qui peuvent figurer dans celle-ci. Parmi eux citons surtout les racines de Benoîte, de Bistorte, l'écorce de Chêne, de Marronnier, d 'Orange. — Les Lichens, le Polygala, la Patience, etc., sont encore des toniques-amers que nous retrouverons ailleurs.

11 suffit de jeter un coup d’œil sur la liste des plantes stimulantes pour voir que la plupart agissent comme toniques-amères à certaines doses et dans certaines circonstances données.

Enfin l’on peut trouver parmi les diurétiques et les, expectorants, etc., des substances propres à remplir jusqu’à un certain point les indications de la médication tonique-névrosthénique: tant il est vrai, encore une fois, qu’une limitation précise entre les divers agents de la matière médicale et une classification rigoureuse des médicaments sont impossibles.

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