SEPTIÈME CLASSE. — DES SPÉCIFIQUES
Malgré leurs analogiesdecaractèresetde propriétés, lesmédicaments diffèrent les uns des autres par l’odeur, la saveur et par leur action sur l’économie : par conséquent ils constituent des modificateurs spéciaux, et peuvent être considérés comme autant de spécifiques.
Cependant, pour mériter cette dénomination, il faudrait que leurs effets fussent constants, déterminés et prévus dans des cas bien définis, cc qui est le parfait contraire de ce que nous voyons chaque Jour. Les anciens, qui avaient plus de foi que nous dans les propriétés médicamenteusès des plantes, qui pensaient que les simples avaient chacun une mission thérapeutique spéciale, admettaient un grand nombre de spécifiques. Mais les progrès de la physiologie
et de l’étude des phénomènes morbides, venant ruiner pièce à pièce les fondements de leurs doctrines médicales, ont réduit presque à zéro le nombre des médicaments réputés spécifiques.
Aujourd’hui ce mot est encore consacré pour désigner certaines substances qui ont une action spéciale, toujours identique, sur la cause essentielle de maladies bien déterminées dont elles préviennent ou arrêtent le développement. Mais cette interprétation est presque sans limites et devient, par conséquent, sans portée, puisque le caustique qui détruit une gangrène, l’amputation qui coupe court aux progrès d’une nécrose ou d’un cancer, etc., peuvent être considérés comme des remèdes spécifiques.
D'autres auteurs ont pensé qu’il fallait appliquer cette qualification aux seuls moyens propres à guérir les maladies dites spécifiques, c’est-à-dire à celles dues à des causes particulières, virulentes, capables de reproduire invariablement les mêmes effets. Mais la difficulté ne fait que s’accroître, parce que, d'une part, toutes les maladies spécifiques n’ont pas de remèdes spécifiques (la morve, la pustule maligne, la rougeole, sont dans ce cas), et, d'autre part, certaines affections non spécifiques, telles que la fièvre intermittente, les névralgies à type intermittent, etc., cèdent parfaitement au sulfate de quinine, lequel présente, dans ces cas, toutes qualités pour la spécificité.
On dit chaque jour : L’action spéciale de ce médicament s’exerce sur tel organe et de telle manière ; Tel médicament a la propriété spéciale de guérir telle maladie; mais, comme les effets des agents thérapeutiques sont subordonnés aux dispositions organiques de l'économie, et que le médicament peut agir de vingt manières différentes chez vingt individualités distinctes, il en résulte que nul ne peut être considéré comme spécifique dans l'acception rigoureuse du mot. Si tout est relatif dans le monde; s’il n’y a rien d’absolu en dehors du domaine des mathématiques pures, à plus forte raison doit-on admettre qu’en thérapeutique il n’y a que des modificateurs dont l'action est variable comme les idiosyncrasies qui la subissent. Voilà pourquoi, dit Deslandes, pour être bon praticien, c'est peu que d'étre savant de science écrite, il faut, de plus, avoir eu le temps de se faire une matière médicale et avoir assez de jugement pour bien l'appliquer; voilà aussi pourquoi un malade est généralement mieux traité par un bon médecin que par plusieurs.
Quoi qu'il en soit, à l’exemple de presque tous les auteurs de matière médicale, nous reconnaissons une classe de médicaments
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INTRODUCTION
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spécifiques, qui se compose des antidotes , des antisyphititiques, des fébrifuges, des absorbants et des anthelminthtques.
ANTIDOTES OU NEUTRALISANTS.
Les Antidotes sont des substances que Ton administre, dans les cas d’empoisonnement, pour neutraliser les eflets de l’agent toxique. Ce sont presque toujours des préparations chimiques qui ont pour but de former une combinaison insoluble et inoffensive avec la partie active du poison ingéré. Les principaux antidotes sont la magnésie en suspension dans l’eau, pour les acides; l 'hydrate de peroxyde de fer à haute dose, pour l’arsenic ; l’eau albumineuse (15 blancs d’œufs dans 2 kilog. d’eau) pour le sublimé et le vert-de-gris ; la décoction de noix de galle ou de quinquina pour le tartre stlbié; le sulfate de potasse ou de soude pour les sel3 de plomb; le lait pour les sels d’étain ; le sel de cuisine pour les sels d’argent, etc. 11 faut, avant de les employer, faire vomir au moyen de l’eau tiède, de la titillation de la luette, rarement par l’émétique, lequel ne convient que dans les empoisonnements par les substances non corrosives.
Les empoisonnements par les végétaux nuisibles ne reconnaissent, pour ainsi dire, point de neutralisants. On les combat par les vomitifs (eau chaude, titillation de la luette, émétique); par les éméto-cathartiques, si Ton a lieu de croire que le poison est passé dans les intestins; puis par des boissons appropriées, et autres soins rationnels indiqués suivant les circonstances. — Puisque nous sommes sur ce sujet, voici le traitement sommaire des empoisonnements par les plantes narcotiques, les irritantes et les champignons.
Pavot et Opium, Belladone, Ciguë, Digitale, Stramonium, Tabac. Faire vomir d’abord; opposer l’infusion concentrée de café contre le narcotisme ; administrer la décoction de noix de galle; ensuite boissons acidulés, etc.
Champignons. D’abord éméto-cathartique (20 cent, d’émétique, et Ï6 à 20 gr. de sulfate de soude dans 2 kilogr. d'eau à prendre par Verrées) ; ensuite purgatif doux (huile de ricin et sirop de fleurs de pécher, de chaque 30 gr.). Si c’est insuffisant, potion éthérée, eau vinaigrée, lavement de tabac.
Le sel marin (sel de cuisine) peut être employé à haute dose (50 gr. en solution) comme éméto-cathartique; ce moyen est d’autant plus précieux qu’il se trouve partout.
Plantes âcres et irritantes. Provoquer le vomissement à l’aide de
l’eau tiède, de la titillation de la luette; lavements, fomentations,
potions huileuses, camphrées et éthérées.
ANTISTPHILmOUES.
Les médicaments considérés comme spécifiques dans la maladie vénérienne et ses accidents sont les préparations mercurielles, les . préparations d’or et d’iodure de potassium. Les plantes sudorifiques, que l’on a tant vantées, ne sont que des adjuvants du traitement. Employées seules et sans le secours des substances minérales ci-dessus nommées, ces plantes paraissent avoir produit des guérisons certaines d’accidents constitutionnels ; cependant la plupart des auteurs leur refusant cette puissance, conseillent d’employer concurremment les vrais antisyphilitiques, et cette pratique est généralement suivie aujourd’hui.
FÊBRIFÜGBS Oü JjmPÉRIOMQÜES.
Les fièvres à type intermittent résultent de causes accidentelles dont l'effet peut être annihilé par certains médicaments auxquels on a donné le nom de Fébrifuges , mais qui sont mieux Résignés sous celui d’ Antipériodiques, puisqu’au lieu de chasser la fièvre, ils s’opposent à ses retours plus ou moins réguliers.
Le type des fébrifuges est le quinquina; ses alcaloïdes, la quinine et le sulfate de quinine, etc., sont préférés. Ces substances sont vraiment héroïques, spécifiques, dans les pyrexies par cause miasmatique marécageuse. Comment agissent-elles? pourquoi leur action antipériodique est-elle nulle dans les fièvres continues ? Pour répondre à ces questions, il faudrait entrer dans des considérations sur l’étiologie et la nature des pyrexies qui nous conduiraient beaucoup trop loin, et que l’on peut trouver d’ailleurs dans notre Anthropologie, 5" édition.
Nous nous bornerons à citer les principales plantes indigènes qui passent pour fébrifuges et propres à remplacer jusqu’à un certain , point les préparations de quinquina.
Ces plantes sont par ordre alphabétique les suivantes : Absinthe, Alktkenge, Arnica, Camomille, Centaurée, Chausse-Trappe, Chêne, Gentiane, Qermandrée, Matricaire, Saule, la plupart des amers et des irritants, etc.
Les fébrifuges peuvent être administrés d’emblée, sans préparation préliminaire aucune. Quelquefois cependant, pour assurer le auccès du médicament, il est indiqué soit d’évacuer les saburres
INTRODUCTION
gastro-intestinales, soit de diminuer l’intensité des accès et la masse du sang par une saignée. Dans tous les cas il faut le faire prendre le plus longtemps possible avant le retour de l’accès, tout en attendant la fin du précédent , et en continuer l’usage pendant plusieurs jours, en ayant soin d’y revenir encore de temps en tempesi le malade demeure dans des lieux marécageux, où la fièvre est endémique.
Le printemps et l’automne sont fertiles en fièvres intermittentes plus ou moins tenaces ou éphémères. Celles-ci se dissipent souvent d’elles-mêmes après quelques accès qui suffisent à éliminer le principe morbifique : c’est dans ces cas que les fébrifuges indigènes les plus insignifiants ont semblé des médicaments héroïques, parce 4u’on leur a attribué l’bonpeur de guérisons due3 aux seuls efforts de la nature.
Quant aux fièvres plus graves, les unes sont susceptibles de se prolonger des semaines, des mois, des années même, cédant pour un temps variable à l’action du sulfate de quinine, et étant presque toujours réfractaires à nos fébrifuges indigènes; les autres, au contraire, ont une marche tellement rapide et occasionnent des symptômes si insolites et si graves, qu’elles se terminent par la mort au troisième accès, quelquefois mémo au second, si on n’a pas été assez perspicace pour reconnaître la nature pernicieuse de la maladie, et assez prévoyant pour administrer le sulfate à très-haute dose (1 à 2 et même 4 gram. en un Jour).