ABSORBANTS
Médicaments destinés à absorber l’humidité des parties ou à se combiner avec divers principes, lis se distinguent en internes et en externes. Les premiers sont des matières calcaires (pierres d'écrevisses, corail, écailles d’huitres, craie) ou des terres alumineuses, bolaires, magnésiennes, ou enfin des matières alcalines, les souscarbonates de soude ou de potasse par exemple : ces deux derniers sels, ainsi que la magnésie calcinée et son sous-carbonate, sont même aujourd’hui presque les seuls en usage pour neutraliser en quelque sorte les acides et les humeurs Acres.
Les absorbants externes sont constitués par certaines substances végétales pulvérisées, employées pour absorber les écoulements, sanguins, ichoreux, les suintements des parties excoriées, etc.; tels, sont le son, 1 amidon, la sciure de bois, la colophane, le Boletamadouvier (amadou), le Lycoperdon, le Lycopode, etc. ■
PLANTES MEDICINALES.
ANTHELM1NTHIQUES OU VERHIFU0E3.
On entend par ces expressions les médicaments qui détruisent et expulsent les vers. Ceux qui font périr ces animaux devraient s'appeler vermicides, tandis que ceux qui les expulsent doivent conserver le nom de vermifuges.
Tous les purgatifs sont vermifuges; quelques-uns d’entre eux sont en même temps vermicides. Ils ne peuvent être considérés généralement comme anthelminthiques, puisque s’ils chassent les vers, c'est en provoquant une abondante sécrétion intestinale et une augmentation du mouvement péristaltique, non en exerçant sur eux une action toxique.
Une foule de substances sont employées contre les vers ; les unes les blessent et les tuent par leurs pointes (limaille d’étain, poils du Dolichos Soja, etc.); d’autres les font périr par uue sorte d'indigestion (mucilagineux, mousse de Corse, Fougère, etc.); celles-ci les asphyxient (huiles); celles-là, en nombre beaucoup plus considérable, les empoisonnent (amers, huiles essentielles, substances âcres, résines, éthers, mercuriaux, etc.), sans compter les purgatifs et les vomitifs qui les expulsent sans les tuer.
Les vermifuges doivent s’administrer autant que possible en nature. Mais leur saveur étant généralement désagréable et répugnante pour les enfants, on a cherché à la masquer en préparant des bonbons, biscuits, pastilles de diflérentes sortes, qui en contiennent bien les principes actifs, mais dont l’action est souvent rendue moins sûre par la présence du sucre, lequel favorise plutôt le développement des vers qu’il ne leur nuit. Leur dose doit être aussi élevée que possible si l’on veut être certain de l’effet qu’on cherche à produire.
PLANTES ANTHELMINTHIQUES.
Ansérine anthslminthique Belvédère.
Cycl&me, racine.
Fougère, racine.
Grenadier, écorce de la roc. , Santoline, feuillu. Mousse de Corse. Stapliisaigrc, graines,
Pied-d' Alouette , sommités Tansisie, sommités, /leur iss.
Parmi les autres végétaux indigènes qui peuvent être employés contre les vers, nous citerons les suivants ; Absinthe, Ail, Alliaire, Aunée, Bryone, Camomille, Coriandre, Euphorbe, Genévrier, Gentiane, Hellébore, Olivier, Osmonde, Pécher, Ricin, Rue, Sabine, Scordium, Tabac, Valériane, et toutes les plantes amères.
ABRICOTIER. Prunus armeniaca, L.
(l’am. Amygdalites ; g-mra Prunier.)
description. — Tout le monde connaît cet arbre, qui parait être originaire de l’Arménie, et qui réussit dans nos terres ni trop fortes ni trop légères, soit en espalier ou en plein vent; nous nous eu tiendrons donc, pour sa description, aux caractères indiqués dans le Cours de botanique.
propriétés, usages. — Le bois de l’Abricotier laisse parfois exsuder une gomme qui a beaucoup de rapport avec la gomme du Sénégal. Cette gomme indigène, que fournissent aussi les pruniers, les amandiers et les cerisiers, est en fragments arrondis, irréguliers, d’un jaune d’ambre, peu solubles dans l'eau ; elle semble tenir le milieu entre la gomme arabique et la gomme adragante; sa saveur est fade, quelquefois un peu acerbe. Succédanée de la gomme arabique, elle s'emploie aux mêmes usages.
Le fruit (abricot) est un des plus agréables pour la table; on eu fait aussi des confitures, des compotes, des pûtes; de son amande, qui est amère et qui contient un atome d'acide hydroeyanique, ou extrait de l'eau de noyau.
ABSINTHE. Artemisia absinthium, L.
(Fara. Composées; tribu, Corymbipère^ genre Abm.mss.)
.Vomi vulgaires : Grande-Absinthe, Aluin Absinthe commune.
description (pl. xxxrv, 4). — Plante herbacée, vivace, haute de Su à 90 centimètres. Racine forte, ligneuse, très-llbreuse. Tige dressée, pubescente soyeuse, grisâtre, rameuse supérieurement. Feuilles blanchâtres surtout à la face inférieure, soyeuses : les inférieures tripinnatifldes, les caulinaires bipinuatiüdes, les supérieures simplement pinnatitldes, à segments lancéolés obtus. Fleurs en capitules subgiobuleux, petits, pendants, jaunes, disposés en épis axillaires,
dont la réunion forme une panicule allongée pyramidale (juillet* septembre). Involucre tomenteux, composé de bractées ou folioles Imbriquées, obtuses; fleurons hermaphrodites au centre du réceptacle, qui est hérissé de longs poils; fleurons femelles à la circonférence, les premiers à corolle tubuleuse 5-flde, contenant 5 étamines; les seconds à corolle grêle, irrégulière, à 2 dents; style bifurqué; ovaire nu. Fruit (akènes), sortes de graines sans aigrette et sans rebord membraneux.
propriétés, usages. — L’Absinthe est très-odorante ; son odeur est forte, pénétrante; sa saveur est amère et aromatique. L'analyse chimique y a signalé une huile verte, un extrait et une résine, tous trois d'un goût très-amer. Elle agit de deux manières différentes : par son principe amer elle est tonique, fébrifuge; par son principe aromatique elle devient stimulante, stomachique à la façon de la camomille.
Toutefois, les praticiens ne s'accordent pas sur le mode d’action de cette plante : tandis que Mérat et Delens veulent qu’on la proscrive dans tous les cas eù se montre le moindre signe d'excitation gastrique, l’école de Giacomini,au contraire, la considère comme un hyposthénisant, c’est-à-dire comme un calmant de l'action vitale; mais nous l’avons déjà dit plus haut, cette doctrine n’est pas acceptée en France. Toutefois MM. Trousseau et Pidoux inclinent à admettre dans l’Absinthe des propriétés vireuse3, un peu narcotiques : « 11 est certain au moins, disent-its, que la liqueur connue sous le nom d’eau ou de crème d’absinthe enivre très-facilement, produit des vertiges et un état nauséeux qui n’appartient pas alors à l’alcool, mais à l’absinthe; cet état retrace à un faible degré et incomplètement une légère intoxication par quelque substance narcotique. » Ajoutons que l’usage abusif de l 'absinthe suisse produit des effets terribles , sur la santé et la raison elle-même, ainsi que le démontrent les exemples fréquents qui ont inspiré, dans ces derniers temps, les hygiénistes dans leurs attaques contre l’absinthisme.
Il importe qu’on sache à quoi s’en tenir à l’égard des propriétés médicales de l’Aluine ; en effet, si cette plante est tonique et stimulante, elle ne doit être administrée que dans les affections atoniques franches, qui sont les moins fréquentes de beaucoup; si, au contraire, l’opinion de Giacominl se confirmait par de nouvelles observations, nul doute que l’emploi de l’Absinthe ne pût s’étendre à beaucoup de maladies où l’on craint aujourd’hui de l'administrer.
Quoi qu’il en soit, l'Absinthe est généralement considérée comme tonique, stomachique, fébrifuge, anthelminthique et emménagogue. On peut donc l’employer : ii° pour exciter l’appétit, faciliter les digestions, combattre les dyspepsies nerveuses, les leucorrhées et les diarrhées chroniques, tonifier le système général; 2” pour combattre les fièvres intermittentes, soit en prévenant les accès, soit en en suspendant le cours, soit en dissipant] leurs effets, lesquels consistent, comme l’on sait, dans l’engorgement de la rate, la bouffissure et la pâleur des tissus, l’œdème, l’anasarque, l’atonie générale ; 3° l’Absinthe convient aux enfants soupçonnés d’aflection vermineuse, surtout lorsqu’ils sont ;en même temps anémiques, chlorotiques, étiolés; 4» enfin elle est propre à favoriser l’apparition des règles chez les femmes dont le système utérin languit, ou qui sont pâles et sans énergie vitale.
récolte. — On cueille l’Absinthe au mois de juillet, à l’époque de la floraison; on dispose ses sommités fleuries en guirlandes, après les avoir mondées, puis on les fait sécher à l’étuve ou au séchoir. La plante conserve ses propriétés après la dessiccation ; lorsqu’on l’achète dans les boutiques, il faut la choisir peu longue, portant des feuilles nombreuses, non tachées de noir ou de jaune, aussi odorantes que dans l’état frais et d’une amertume très-prononcée. Mais c’est de l’Absinthe surtout qu’on doit dire que l’activité de ses propriétés dépend du climat et du sol qui l’ont produite.
préparations, doses. — Infusion aqueuse : 4 à 8 gr. pour 1 kilog. d’eau, comme tonique, fébrifuge et vermifuge. Infusion vineux : 30 à 60 gr. pour 600 gr. de vin blanc, que l’on prend par cuillerées à bouche à la fois. — Cette préparation peut remplacer chez les pauvres les vins de quinquina et de Séguin pour combattre les fièvres intermittentes et les effets des intoxications marécageuses. Elle leur serait môme supérieure dans les cas compliqués d'œdème, d’hydropisie, parce que l’Absinthe e3t en même temps diurétique. — Le wermout n’est autre chose qu’une infusion d’absinthe dans du vin blanc.
Poudre : 1 à 4 gr. comme fébrifuge. Extrait : i à 4 gr. en pilules ou potion. Fin d’absinthe : 30 à 125 gr. Sirop : 30 à 60 gr. comme édulcorant.
Les campagnards préparent quelquefois un cataplasme en laisant bouillir l’absinthe dans du lait avec quelques gousses d’ail, et l'appliquent sur le ventre des enfants tourmentés par les vers.
On lit ce qui suit dans l'ouvrage de Chomel ; « Willis rocomman e
tort pour l’anasarque le remède suivant : Faites calciner jusqu'à blancheur les cendres d’absinthe; passez-les par un tamis, et eu mettez en digestion 4 onces (125 gr.) dans 2 livres (1 kil.) de viu blanc, dans un vaisseau bien bouché, pendant trois heures; passez la liqueur. La dose en est de G onces, même de 8, deux fois par jour. »
L'Absinthe maritime ( Artmisia maritima ) est quelquefois employée à la place de la Grande-Absinthe. Cette plante, qui croit 9ur nos côtes maritimes, est moins amère, encore plus blanche et plus cotonneuse que la précédente.
L’Absinthe pontique (Art.pontica), Petite- Absinthe, Abs. romaine, qui croit naturellement sur les bords de la mer Noire, est cultivée dans nos jardins. Elie a 30 cent, environ, des tiges nombreuses, garnies de feuilles finement découpées et deux fois ailées, des fleurs petites, arrondies, penchées en grappes droites et terminales. Sou arôme est agréable, analogue à celui du thym ; sa saveur est moins amère et son action plus faible que dans l’Absinthe commune. — Ces deux espèces s'emploient surtout comme vermifuges.
ACANTHE. Acanthus mollis, L.
(Fun. Aca.nthacées ; genre Acanthe. )
.Vomi ru Ig. : Brsnc-Ursune, Brenche-Ursine, luerms.
description (pl. xxv, t). — Plante herbacée, haute de 30 cent, à i mètre. Tige droite, simple, assez forte, un peu anguleuse et pubescente. Feuilles très-grandes et élégantes, pinnalifldes, sinuées-anguleuses, sans épines, un peu molles, luisantes en dessus, étalées à la surface du sol. Racine épaisse, noirâtre, munie de fibres minces trèsvivaces. Fleurs blanches un peu rougeâtres, grandes, sessiles, formant un long épi droit, munies chacune d’une bractée ovale, épineuse, qui la soutient : calice à 4 divisions dont 2 latérales, petites, linéaires, la supérieure plus grande, tenant lieu de lèvre supérieure à la corolle, qui a un tube court et qui s’allonge en une seule lèvre large et trilobée; 4 étamines didynames à filets gros, dépassées par le style. •
propriétés, usages. — Les fleure de l’Acanthe ont une odeur toi le, désagréable; les feuilles sont mucilagineuses ainsi que la racine. Elles peuvent être employées cdmme émollientes, pour cataplasmes, fomentations et lavements; mais on leur préférera les Malvacées toutes les fois qu’on aura le choix.
La feuille de cette plante a, dès les temps les plus anciens, servi de modèle pour l’ornement des frises, des corniches et du chapiteau de l'ordre corinthien.
récolte. — L’Acanthe croit naturellement dans le midi de l’Europe et de la France même; on la cultive quelquefois pour l’ornement des jardins. 11 faut cueillir les leuilles avant la floraison, qui a lieu en juillet Jusqu’en octobre, si on veut les conserver; mais il est préférable de les employer vertes.
préparations, DOSES. — Décoction (feuilles) : 15 à 30 gr. par 500 gr. d’eau.
ACRE. A fiium graveolens.
; Fam . Ombelufkrks ; genre Achb. )
-\oma vul'j. : Céleri de» marais, Persil on Céleri odorant.
description. — Plante herbacée, bisannuelle, de 60 à 90 cent, de hauteur. Tige dressée, ronde, glabre, flstuleusc, rameuse. Feuilles bi-tri-foliées, folioles larges, lobées, incisées ou dentées, luisantes, glabres. Fleurs jaunâtres, petites, en ombelles terminales ou axillaires; pas d’involucre ni involucelles; rayons des ombellules courts et inégaux.
propriétés, usages. — L’odeur de cette plante, très-aromatique et agréable, n’est que celle du céleri, lequel n’est autre que l’Ache cultivée. Les semences et la racine ont une saveur âcre. Cette dernière est la partie qui a été le plus employée, comme diurétique, fondante et apéritive, dans les hydropisies et les obstructions, sous des formes diverses et généralement complexes : ce qui fait que scs propriétés réelles sont encore peu connues. On faisait des gargarismes et des tisanes avec les feuilles; le suc surtout était très-usité dans les maladies de poitrine, la fièvre intermittente, etc. Mais aujourd’hui on a oublié l’Ache en thérapeutique, et Ton connaît l’usage du Céleri comme plante potagère.
récolte. — C’est sur le bord des ruisseaux, dans les lieux marécageux que croit l’Ache. Elle fleurit en juillet. C’est sa racine principalement qu’on récolte. Bisannuelle, ses propriétés sont plus prononcées la seconde année que la première, et elles persistent après la dessiccation.
préparations, doses. — Infusion (racine) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. — Cette racine entre dans le sirop des cinq racines, qui est
diurétique. — On peut faire prendre une décoction d’acbe dans du lait aux individus atteints de catarrhe pulmonaire humide.
Suc (de racine et de feuilles) : 60 à 90 gr. comme diurétique ; — 125 à 150 gr. avant l’accès de fièvre, comme fébrifuge. — Ce suc est antiscorbutique et détersif en gargarisme. — On en bassine aussi les cancers et les ulcères.
Les feuilles ont été employées à 'l’extérieur pour faire passer le lait aux femmes : on en prépare un onguent en les faisant bouillir dans du saindoux avec celles de menthe par parties égales; on passe ensuite par Je tamis et on saupoudre ce qui est passé avec la poudre de semence d’ache. On applique ce remède chaud sur les mamelles. (Chomel.
ACH1LLÉE. Achilka.
Voy. MiLLïriDiLLE et Ptamhqbi;, L.
ACONIT. Aeonitum napellus,
(Fara. Renoncuucées; tribu : Ellbborées ; genre Aconit.)
Nomt i-u/j. : Napel, Capuchon , Coqueluohon, Tue-Loup, Pistolets, Madrisl let.
description (pl. lh, 1).— Plante herbacée, vivace, d’environ 1 m. Racine allongée en forme de navet, noirâtre. Tige dressée, simple, glabre, cylindrique. Feuilles alternes, pétiolées, partagées jusqu’à la base en 5 ou 7 lobes allongés, profondément découpés en lanières étroites et aiguës, luisantes, d’un vert foncé en dessus et plus pâle en dessous. Fleurs bleues, grandes, très -irrégulières, disposées en grappes allongées, terminales; pédoncules munis supérieurement de 2 bractéoles. Calice pétaloïde, irrégulier, formé de 5 sépales inégau x, pubescents: un supérieur (casque) en forme de capuchon, convexe en dessus, concave en dessous; deux latéraux (ailes) plans, inégalement arrondis; deux inférieurs plus petits, ovales, entiers. Corolle à 2 pétales irréguliers, à long onglet, canaliculés, terminés supérieurement par une espèce de petit capuchon creux, obtus et recourbé à son sommet, offrant antérieurement à son ouverture une petite languette roulée en dessus ; ces 2 pétales sont dressés et càchés sous le capuchon ou sépale supérieur. Étamines 30 environ d’égale grandeur, beaucoup plus courtes que le calice, à filets serrés les uns contre les autres. Ovaire à 3 carpelles surmontés de 3 filets pistillaires. Fruit composé de 3 capsules allongées.
rKorniÉTKSj usages. — L’Aconit est de toutes les renonculacées la plus vénéneuse; ses feuilles et ses racines sont douées d’une extrême àcreté. Orûla a reconnu par ses expériences que le suc des feuilles, introduit dans l’estomac, le rectum ou le tissu cellulaire, détermine des accidents graves suivis bientôt de mort, et que la racine agit encore avec plus d’énergie. Cependant cette plante n'est pas généralement considérée comme irritante ; elle est plutôt narcotico-âcre ou stupéfiante pour beaucoup d’auteurs.
Le professeur Fouquier n’a reconnu, dans aucune de ses préparations, la propriété narcotique qu’on lui a attribuée; mais des conclusions opposées se trouvent dans l’ouvrage de MM. Trousseau et Pidoux : « De tout ce que nous venons de dire, ajoutent en terminant ces auteurs, il résulte que l’aconit exerce sur l’économie une action stupéfiante en vertu de laquelle il peut calmer les douleurs névralgiques et rhumatismales : cette propriété toutefois, il la possède à un moindre degré que d’autres substances dont l’emploi est en quelque sorte trivial. » En tout cas, il est certain que Yaconiline, principe actif de la plante, découvert par Brandes, est un poison très-actif, qui porte son action principalement sur le système nerveux.
On est donc fort peu d’accord sur les propriétés thérapeutiques de l’Aconit-Napel, et ce qui le prouve encore , c’est qu’on Ta proposé tour à tour contre un g rand nombre de maladies de nature bien diflérente, telles que le rhumatisme articulaire aigu (Lombard), le rhumatisme non fébrile (Fouquier), les névralgies (Hufeland, Fleming ), la migraine ( Burger ), la syphilis constitutionnelle et les dartres (Cazenave), les ailections cancéreuses (Storck), les fièvres intermittentes (Baldinger), l’aménorrhée (West de Soulz), la phthisie pulmonaire (Portai), etc.
D’après les nombreux essais de Fouquier, le seul fait constant de l'Aconit serait une augmentation de la sécrétion urinaire : de là son emploi dans l’hydropisie, le rhumatisme et la goutte chroniques. Mais, dans ces deux dernières ailections, suivant d'autres auteurs, ce médicament agirait en provoquant la diaphorèse : de là encore d'autres essais dans le traitement des maladies de la peau et des sypliilides •
L’Aconit a surtout été essayé dans les névroses. Il a été mis en usage avec un certain succès par Rappeler pour guérir l’épilepsie, les convulsions, la paralysie, surtout celle qui est la suite des attaques d’apoplexie. Les douleurs qui accompagnent la syphilis con-
72 PLANTES MEDICINALES.
ftitutionnelle ont aussi été combattues par ce médicament, etc.
Un volume ne suffirait pas pour la simple, énumération des expériences auxquelles a donné lieu l’Aconit comme agent diurétique, sudorifique, narcotique ou altérant, et cependant que reste-t-il d’acquis à la pratique? Presque rien, si ce n’est que ce médicament rst encore mal connu, que ses préparations sont presque toujours mal faites ou altérées, que toutes les opinions sont dissidentes à son endroit, qu’enfin on ne peut compter sur son action, outre qu’il commande une grande prudence dans son administration.
récolte. — L'Aconit croit dans toute l’Europe, particulièrement dans les lieux ombragés et humides des Alpes, des Pyrénées, des Vosges, du Jura. 11 est plus actif dans le Midi que dans le Nord. On le récolte dans le mois de juin; une fois mondé et disposé en guirlandes, on le porte au séchoir. La dessiccation lui fait perdre de ses propriétés. On ne se sert de l’Aconit cultivé dans les jardins que pour leur ornement.
préparations, DOSES. — Poudre (feuilles, racine) : 2 cent, à 1 gr., en augmentant progressivement (rarement employée). Extrait : mêmes doses. — Beaucoup de praticiens l’associent au mercure dans le traitement des syphilides cutanées. Teinture alcoolique : S, 20, 30 gouttes, jusqu’à 4 gr. — Fleming a traité 44 névralgies par cette teinture : 17 ont guéri radicalement ; 1 3 n’ont obtenu qu'un soulagement momentané. Sur 42 cas de douleurs dentaires traitées par le même médicament, soit en frictions sur les gencives, soit en l’introduisant dans la cavité de la dent malade, il y a eu 27 guérisons immédiates, 7 soulagements et 7 résultats nuis. Dans la migraine, ce médicament lui a procuré to cas de guérison sur 13 (Bouchardat, inn. de thir., 1847).
La teinture d' Aconit a été essayée dans le but de prévenir ou de guérir l’infection purulente. M. Cbassaignac a repris ces essais, qui ne sont pas encore assez nombreux pour être concluants.
Aconitine ( principe acUf de la plante ). M. Tumbull, de Londres, l’a mise en usage sous cette forme : aconitine, 5 cent.; poudre de réglisse, f gr.; sirop, quantité suffisante : faites 14 pilules, dont 1 toutes les 3 heures.
La plante, appliquée fraîche, a quelquefois réussi à M. Cazin pour apaiser des douleurs que rien ne pouvait calmer; mais, continuée, cette application peut rubéfier la peau.
Les autres esfèces b Aconit diffèrent peu, quant à l'usage médical ; leur action toxique est moins prononcée toutefois, à part celle de l'Aconit féroce.
ACORE AROMATIQUE. Aeorus calamut, L.
(Fam. Asacéss; genre Acose.)
\om» ru/g. t Acore vrai , Roseau aromatique.
description (pi. xxxv, 2). — Plante herbacée, vivace. Racine rampante, noueuse, garnie de fibrilles brunâtres. Tiges remplacées par une toufle de feuilles étroites, ensiformes, engainantes, glabres, de 50 à 60 cent, de long, du milieu desquelles s'élève une hampe simple, un peu plus longue que les feuilles, laquelle s'ouvre sur ses côtés, à sa partie moyenne environ, pour laisser sortir un spadic « de fleuri hermaphrodites, serrées les unes contre les autres et composées comme il est dit au genre ( tr* part., p. 93). Le fruit est une petite capsule triangulaire à 3 loges, entourée par le calice persistant.
propriétés. — La racine est la partie que l’on emploie ; elle a une odeur aromatique agréable et sa saveur est un peu amère. Ou l’a employée comme sudorifique, stomachique, carminative, contre la goutte, les fièvres intermittentes, les dyspepsies et gastralgies venteuses, etc. Lebeau, médecin au Pont-du-Château, a fait l’éloge de ce médicament dans l’épistaxis et dans les hémorrhagies qui suivent l’avortement ; il rapporte que son jière, pendant une pratique de 60 ans, l’a souvent employé avec succès dans différente* espèces d’hémorrhagies. — L’Acore est très-usitée en Allemagne, en Sibérie, dans l'Inde, etc., contre plusieurs affections ; mais en France, on ne prescrit plus cette plante.
récolte. — L’Acore aromatique croit daus les fossés marécageux de la Bretagne, des Vosges, de la Normandie, de la Belgique, etc. C’est de cette dernière contrée principalement que nous vient sa racine, qui est de la grosseur du petit doigt, spongieuse, brunâtre à l’extérieur, rosée en dedans. On croit cette plante originaire de l’Inde.
préparations, doses. — Décoction : 8 à 16 gr. par kilog. d’eau. Infusion : 3 à 16 gr. par kilog. d’eau. Poudre : t à 4 gr.
Cette plante entre dans la composition de la thériaque et du mi- Ihridate.
ACTÉE. Actœa spicata, L.
(Fam. REKOHCOtAcéss. )
•Vomi rulg. : Actée en épi, Herbe de Saint-Christophe, Herbe aux poux, Ellébore noir.
description (pl. iv, 2).— Plante vivace, herbacée, de 40 à 80 cent.,
à tige dressée, le plus souvent simple, nue en bas, [portant i à 3 feuilles supérieurement. Feuilles 2-3-pinnatiséquées, à long pétiole, segments du premier ordre longuement pétiolulés, ovalesincisés-dentés , d'un vert foncé en dessus , blanchâtre en dessous. Fleurs blanches, petites, régulières, en 1-2 grappes compactes, la principale opposée à la feuille supérieure, l’autre axillaire souvent avortée (1). Calice à 4 sépales blancs, pétaloïdes, caducs; pétales 4, atténués en un long onglet ; étamines nombreuses; 1 carpelle. Fruit bacciforme, noir à la maturité.
propriétés. — Cette plante est d’une saveur âcre et amère; ses feuilles froissées entre les doigts répandent une odeur désagréable. Sa racine, dont l’âcreté est très-prononcée, est un purgatif violent, comparé à l’helléborè noir pour son action sur les organes digestifs. Ses baies ne sont pas mangées impunément par les chiens. Elles paraissent agir à la manière des narcotico-àcres sur l’homme. Linné les a vues exciter un délire furieux suivi de mort. La plante fraîche est un poison pour les poules et les canards. On a pourtant exagéré son action toxique, car Orûla a souvent administré sa décoction à la dose de 4 à 6 onces ( 125 à 185 gr. ) sans produire le' moindre accident. Mais il paraît que l’Actée ne cause des effets toxiques qu’à l’état frais et à haute dose.
Cette plante est peu usitée en médecine, du moins à l’intérieur, à cause de l’incertitude de ses effets. Si l'on en croit Lejeune, do Verviers, elle calme la toux des phthisiques. On peut s'en servir pour guérir la gale et faire périr les poux.
récolte. — C’est dans les bois touffus et montueux que croit l’Actée; elle fleurit en juin. On peut récolter sa racine (vulg. Ellébore noir) en toute saison pour l’employer fraîche.
préparations, doses. — Infusion (racine sans doute?): 2 gr. pour 500 gr. d’eau ; elle calme la toux opiniâtre des phthisiques; et, sans affaiblir les sécrétions comme l’opium, elle leur cause u bien-être qui n’est point à dédaigner (Lejeune). Décoction : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau, pour lotions antisporiques et antipédiculaires.
AGARIC- AMADOUV1ER. Polyporus igniarius, L.
(Fnm. Champignons; genre Polypore.)
Nom$ vulg. : Agaric de chêne, Amadouvior.
description. — Nous renvoyons à la famille et au genre (!" partie, p. 60).
(1) La figure ne repr&entc tjn’une grappe de fleurs épanouies et de boutons.
usages. — L’Agaric dont il est question ne sert en médecine que sous la forme d’amadou. On sait en effet que cette substance se prépare avec un champignon. Ce champignon est particulièrement l’Agaric du chêne. On le dépouille de son écorce et de ses parties tuberculeuses ; on coupe sa substance intérieure par tranches minces qu’on bat ensuite à coups de maillet sur un billot de bois, puis on la fait tremper dans une dissolution de nitrate de potasse et on la fait sécher.
L 'Amadou n’est employé qu’à l’extérieur, soit comme antihémorrhagique, soit comme excitant de la transpiration. Dans le premier cas, il agit en absorbant la partie aqueuse du sang, ce qui facilite la coagulation du cruor ; dans le second cas, c’est en entretenant à la peau une douce chaleur, favorable dans les douleurs, les névralgies, les rhumatismes chroniques.
récolte. — Nous l’avons déjà dit, l'Agaric-amadouvier croit sur le tronc du chêne, du pommier, etc.
AGNUS CASTUS. Vitex agnus castus, L.
|F»m. Vbibenacées; genre Gattiuer.)
Noms tulg. : Gattilier, toivro sauvage, Petit-Poivre.
DESCRIPTION. — Arbrisseau à tronc nu du bas, ou eù buisson formé de beaucoup de branches flexibles, carrées, un peu pubeacentes, rougeâtres aux extrémités. Feuilles ressemblant au chanvre, opposées, péliolées, à 5-7 folioles allongées, pointues, entières, cotonneuses en dessous avec une nervure moyenne sur les deux faces. Fleurs violettes ou purpurines, verticillées, en épis nus, terminaux. Calice court, 5-denté, cotonneux; corolle à tube deux fols plus long; limbe à 6 découpures inégales; 4 étamines didynames saillantes ; filets à 2 stigmates, etc.
propriétés, usages. — Odeur aromatique forte, agréable; saveur amère, âcre et comme poivrée. Les semences possèdent ces qualités encore à un plus haut degré. Elles étaient particulièrement employées, le croirait-on? pour émousser les désirs vénériens, malgré leur action véritablement stimulante. Mais autrefois les préjugés, la superstition, une absurde tradition, décidaient des vertus qu'il fallait attribuer aux plantes. 11 serait curieux cependant de pouvoir remonter à l’origine de la croyance dans laquelle étalent les femmes d'Athènes, qu’en formant leur couche avec des feuflles d 'Agnus castus, elles deviendraient plus fortes dans la chasteté.
PLANTES MEDICINALES.
récolte. — Le Gattilier croît naturellement dans les lieux humides, le long des courants d’eau, dans le midi de la France; dans les autres contrées de notre pays, on ne l’obtient que par la culture. Il est en fleur dans les mois de juillet et d’août,
AGRIPAL'ME. Leonurus cardiaca, L (Fura. Labiées.)
.Vom ru/jr. : Cardiaque.
description' ( pl. xxxv, 3). — Plante herbacée, vivace, de 60 à *0 cent. Tige dressée, robuste, striée, presque glabre et carrée, pleine d’une moelle blanche. Feuilles opposées, palmées, larges ; les inférieures à 3 lobes incisés et dentés ; les moyennes plus étroite' et à lobes plus pointus, atténuées en pétioles ; les supérieures presque entières. Fleurs roses ponctuées de pourpre, disposées eu vertirillcs axillaires au haut de la tige et soutenus par une sorte de petite collerette de folioles très-fines. Calice à 5 angles, S nervures, K dents, terminées en pointe épineuse; corolle à tube courbé* lèvre supérieure droite, arrondie en cuiller, velue, laineuse en dehors, l’inférieure réfléchie et à trois lobes dont le moyen est plus grand que les latéraux (t); étamines 4 dont 2 moins longues ( didynames;; style à stigmate bifide. Pour fruit 4 akènes oblongs-trigones, nus.
propriétés, usages. — L’Agripaurar a une odeur aromatique peu forte et peu agréable ; une saveur très-amère, un peu âcre. Se» propriétés thérapeutiques sont mal déterminées. On l’a proposée comme tonique, sudorifique et diurétique; propre à faire cesser les palpitations chex les enfants, à exciter les fonctions de la matrice, à détruire les vers, etc. Les anciens lui attribuaient des vertus cordiales, d’où son nom de Cardiaque. Peyrilhe la croit utile dans les débilités de l'estomac qui produisent des glaires, etc. En résumé, cette plante exerce sur nos organes une action stimulante comme, toutes les Labiées en général.
récolte. — On trouve la Cardiaque dans les haies, les lieux incultes, aux bords des chemins, où elle fleurit tout l’été. Pour la conicrver il convient de la récolter avant qu’elle soit fleurie ; toutefois cette récolte peut se faire pendant toute la belle saison, pourvu quo la plante ne soit pas encore défleurie.
(1) Deux de ect lobes tout enlevée tur ln figure afin de laitier voir les étamines.
A1GKEM01NE. Agrimonia eupatoria, L.
iFam. Rosacées; tribu : Aqriuoniées.
.Vomi ni Ig, : Agrimoine, Ingremoine.
description (pl. xxviii, 2). — Plante herbacée vivace, de 60 cent, environ. Tige dressée, cylindrique, poilue. Feuilles alternes, pinnées, à folioles lancéolées, dentées, pubescentes et blanchâtres en dessous, entremêlées de folioles très-petites, et accompagnées de stipules foliacées. Fleurs jaunes, petites, disposées en grappes terminales ; calice à cinq divisions aigues, garnies en dehors de plusieurs filaments, avec une stipule triflde sur le pédoncule; corolle à 3 pétales ovales, étalés; 12 à 20 étamines courtes; ovaire arrondi surmonté d’un style latéral, avec un très-petit stigmate. Fruit. Akène, 1 ou 2 , renfermés dans le calice persistant et hérissé.
propriétés, usages. — L’Aigremoine est douée d’une odeur aromatique faible, mais assez agréable, et d'une saveur légèrement amère et styptique. C'est un astringent peu énergique et peu employé maintenant, si ce n'est sous forme de gargarisme dans les inflammations de gorge.
Ou trouve cette opinion daus l’ouvrage de Chomel, que cette plante est vulnéraire, détersive, désobstruante et résolutive; qu’elle a été employée pour combattre les maladies du foie, les crachements et les vomissements de sang; à l’extérieur, pour résoudre les engorgements, guérir les luxations et les foulures, etc.
récolte.— L’Aigremoine croit abondamment le long des chemins, sur la lisière des bois, dans les champs, les prairies, et fleurit en Juin et juillet. On peut la cueillir pour l’usage actuel pendant tout Tété; si on veut la sécher, il est bon de ne la récolter qu'à l'automne; elle perd son odeur et une partie de sa saveur par la dessiccation.
L Agrimonia odorala peut remplacer avec avantage l’A. eupatoria, parce qu’elle a une odeur et des propriétés plus prononcées.
préparation, doses. — Infusion (feuilles) : 2 ou 3 pincées par 300 gr. d’eau, pour tisane. Décoction : 30 gr. par 300 gr. d’eau à laquelle on ajoute du miel, et du vinaigre si Ton veut rendre le gargarisme plus astringent. Cataplasme : on fait bouillir la plante avec du son de froment dans la lie de vin, et on l'applique sur les tumeurs à résoudre, les foulures, etc. (Tragus. ;
AIL. Allium oleraceum. A. salitum, L.
(Fam. Liuacéis; tribu: Scillées.)
description. — Nous renvoyons le .lecteur au Genre ( tome 1 , page 192), pour les caractères botaniques de cette plante d’ailleurs connue de tout le monde.
propriétés, Ü3A6K3. — L’Ail est un excitant énergique : on emploie le bulbe ou oignon, dont l’odeur forte, pénétrante et la saveur âcre et chaude nous sont connues, comme diurétique, expectorant, fébrifuge, anlhelminthique, antiscorbutique et épispastique. Bartbolin, Cullen, Sydenham ont noté les bons effets de l'Ail dans l’hydropisie; on a vanté son usage dans l’asthme, la coqueluche, le catarrhe pulmonaire, la dyspnée; d’autres l’ont employé dans le scorbut, où, en effet, il peut être utile comme produisant une action stimulante analogue à celle des Crucifères. Comme fébrifuge, l’Ail a été recommandé par Celse, Bergius, etc. Ce dernier en faisait prendre aux fiévreux un bulbe le matin et un le soir, en augmentant d’un par jour jusqu’à ce qu’on fût arrivé à cinq. Enfin, l’Ail est réputé vermifuge, et comme tel son emploi, qui remonte à la plus haute antiquité, est assez fréquent et souvent heureux dans les campagnes. Faisons toutefois une remarque : c’est qu’un médicament aussi désagréable que celui-là sera toujours négligé tant qu’on pourra se procurer d’autres substances non moins efficaces que lui.
Terminons en signalant l’action rubéfiante du bulbe de l’Ail; elle est telle, cette action, qu’elle peut produire la vésication au bout de i ou 2 heures.
récolte. — L’Ail croît naturellement en Italie. Nous le cultivons dans tous nos jardins pour les usages culinaires. 11 se fait une grande consommation de cet oignon dans le Midi, où il sert à assaisonner presque tous les mets.
préparation, doses. — Ail en substance : 1 à 8 gousses, avalées entières ou hachées menu, comme vermifuge. Le fréquent usage de l’Ail cru a guéri des hydropisies (Petrus Forestus).
Décoction ou infusion dans du lait, souvent employée par le peuple comme vermifuge et comme béchique dans les maladies de poitrine. Lenisson rapporte . qu’un jeune homme, sujet aux vers, en fut délivré en buvant chaque jour une ou deux lasses de lait dans lequel on écrasait une ou deux gousses d’Ail. M. F. Dubois, de Tournai, dit avoir vu employer la préparation suivante par les
femmes du peuple : Prenez 1 gousse d'Ail coupée menu, faites cuire dans une poêle avec un peu de beurre, et puis ajoutez une certaine quantité de lait; faites bouillir, et administrez aux enfants vermineux.
Suc exprimé : quelques gouttes dans une potion ou en pilules; C'est la préparation la plus sûre. Pour l’extérieur, on tait une sorte d 'onguent en piiant l’ail avec de l’huile ou de la graisse ; on l’applique à la plante de3 pieds dans les affections paralytiques, rhumatismales, la coqueluche, les catarrhes pulmonaires opiniâtres. Le suc, en frictions à la plante des pieds, a été employé par Buchan, Hufeland, etc., contre la coqueluche. On mêle quelquefois l’Ail pilé à la moutarde pour sinapismes, etc.
En mâchant des feuilles de Persil ou de Cerfeuil, on peut neutraliser l'odeur de l'Ail.
AIRELLE oü ABRÉTIER. Vaccinium myrtillus, L.
(Fan). Vaccmikis.)
Noms culg. : Myrtille, Raisin des bois, AbrStier, Mouretier, Lacet, BriubalUer, Brinbclle, Gueule-de-Lion noir, Conainior.
description (pl. xviii, 3). — Sous-arbrisseau de 30 à 60 cent. Tige courte à nombreux rameaux anguleux, grêles, flexibles. Feuilles caduques, alternes, ovales, aiguës, glabres, finement den. tées. Fleurs blanches ou rosées, solitaires et pendantes, à l'aisselle des feuilles; calice globuleux, petit, à 4 dents; corolle en grelot, renfermant les étamines au nombre de 8, et dépassée par le style qui est simple. Baies d’un rouge foncé ou noires, de la grosseur d’un pois. On en connaît une variété de couleur blanche.
propriétés, usages. — On n’emploie de la plante que les fruits : mûrs, ils ont une acidité agréable qui les fait rechercher par les enfants. Dans quelques cantons on en fait des confitures; dans d’autres on s’en sert pour colorer le vin; dans le Nord on en obtient par fermentation une liqueur vineuse faible, etc.
Considérées sous le rapport médical, les baies d’Airelle sont rafraîchissantes et astringentes, propres à combattre les affections scorbutiques, les maladies bilieuses, et surtout les dévoiements opiniâtres. M. Bergasse a rapporté l’observation d’une diarrhée extrêmement grave guérie par l’administration de 30 gr. de ces baies. Avant lui, M. Reiss avait publié plusieurs faits qui prouvent l’effl-
PLANTES MEDICINALES.
cacité de l’extrait d Airelle dans la diarrhée chronique la plus rebelle (Journal de médecine, avril 1843).
récolte.— L’Airellecroit naturellement dans les bois, les bruyères, les lieux ombragés, et est quelquefois cultivée dans les jardins. Elle Ueurit en avril-mai, et son fruit mûrit en juin-juillet.
PRÉPARATIONS, DOSES. — Infusion (baies) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Extrait : 1 à 2 gr. en pilules. Suc : On fait une limonade, un sirop.
L’Airelle Faux-Abrétier (Vaccinium vitis idœa), dont les fleurs sont en grappes penchées, terminales, les feuilles persistantes, etc., produit des baies d’un beau rouge que l’on a conseillées, en cataplasme, avec le sel commun, pour résoudre les engorgements des seins.
La Canneberge ou Airelle coussinette ( Vaccinium oxycoccoe ), qui croit dans les marais et dont les fleurs sont rouges, ponctuées de pourpre, solitaires, fournit des baies également rouges et ponctuées, qui jouissent des mômes propriétés que celles de l'Airelle. On s’en sert pour nettoyer et blanchir l’argenterie.
AI.CHEMILLE. Alchemilla tulgaris , L.
(F»m. Rosacées , tribu : SAftacisoMÉES.J .Vomi tu Ig. : Pied-de-Lion , Mantesu-dea-Dames, AlcbimiUe.
description (pi. xxx, 1 ). — Mante herbacée, vivace, haute de 23 centimètres environ, llacine grosse, ligneuse, noirâtre, contenant une espèce de moelle jaunâtre. Tiges rameuses, comprimées. Feuilles alternes, pétiolées et dentées, les radicales à long pétiole et à 7 ou y lobes, les caulinaires à court pétiole et à S lobes, d'un vert jaune, plus pâles et comme argentées en dessous. Fleurs verdâtres et petites, rassemblées en une espèce de corymbe terminal. Calice à 8 divisions, dont les 4 intérieures paraissent constituer la corolle; 4 étamines très-courtes; ovaire surmonté par un style â 2 stigmates. Akène 1, renfermé dans le tube du calice.
propriétés, usages. — Le Pied-de-Lion est à peu près sans odeur, mais ses feuilles ont une saveur acerbe. Toute la plante peut être employée à titre de tonique-astringent dans les flux atoniques, les hémorrhagies passives, les flueurs blanches, etc.
Son nom à.' Alchimilte lui vient de ce que les alchimistes recueillaient la rosée de ses feuilles pour la préparation de la i pierre phi-
losophale. — Fr. Hoffman prétend que sa décoction a la vertu de raflermir les chairs et de réparer les outrages du temps. « On a poussé môme l’exagération, dit un auteur, jusqu’à lui accorder une faculté que la morale repousserait si la raison n’en montrait la vanité : celle de reproduire cette fleur virginale qu’un moment fait disparaître, et qui, reproduite par de semblables moyens, ne serait plus, aux yeux d’un homme raisonnable, qu’une disposition physique sans valeur, parce que, au lieu d’être la preuve de l'innocence du cœur, seule digne de la sollicitude du sage, elle laisserait plutôt voir la corruption qui veut tromper, et ne saurait, à cause de cela, être prisée que par le libertinage. »
récolte. — Elle se fait tout l’été; on sèche la plante pendant qu’elle est fleurie, c'est-à-dire en mai-juillet ; mais cette plante n’est pas commune.
préparations, doses. — Infusion : 30 à 60 g r. par kilog. d'eau. Décoction : 30 à CO gr. par 300 grammes d’eau pour lotions, injections, etc.
ALKÈKENGE. Physalis aVcekengi.
(FaOI. ÜOLANKK».;
Atome vulg, : Coqueret ; Coquerelle.
description (pl. xlvii, t). — Plante herbacée, vivace, ayant 30 à 50 cent, de hauteur. Souche à rhizôme rameux, traçant. Feuilles pétiolées, géminées, glabres, ovales-aiguës, entières supérieurement. Fleurs blanches, à gorge verdâtre, s'inclinant en bas, solitaires sur des pédicelles axillaires et courts. Calice petit, velu, à 5 divisions aiguës; corolle campanulée assez grande (1), à tube court et à limbe plissé U-lobé; étamines 5, à anthères longues et couniveutes. Baie globuleuse, d’un rouge vif, de la grosseur d’une cerise, renfermée dans le calice, qui l’enveloppe complètement et se referme de manière à former une grosse coque à 5 pans, terminée en pointe et d’une couleur rougeâtre (2).
propriétés, usages. — L’Alkékenge est inodore, d’une saveur amère et désagréable; ses fruits sont acidulés, d’uue odeur un peu nauséeuse. Cette plante est diurétique, un peu calmante, toniqueamère, ou fébrifuge, selon les parties employées. Eu effet :
(I) La figure détachée la représente très-grosse, oomparée au rameau.
(S) Cette coque, si elle était ouverte, laisserait voir à sa base la baie, qui, oemparativement, est très-petite.
Si PLANTES MÉDICINALES.
Les baies de Coqueret, qui se servent, dit-on, sur les tables en Espagne, en Suisse, en Allemagne, etc., sont salutaires dans les maladies des reins et de la vessie, dans la gravelle et les hydropisies légère? qui suivent les affections atoniques, les lièvres intermittentes ou les éruptions. On les a proposées comme un préservatif des accès de goutte ; mais les autres fruits acidulés sont probablement tout aussi efficaces dans ce cas.
Les feuilles, les tiges et les capsules, quoique amères, peuvent aussi s’employer comme diurétiques dans les circonstances indiquées ci-dessus. Le docteur Gendron, de Cliàteau-du-Loir, leur a attribué des propriétés bien plus importantes. Selon cet expérimentateur, l’Alkékenge serait un de nos meilleurs fébrifuges indigènes. « Les fièvres rémittentes, les névralgies périodiques, dit-il, ont toujours été combattues avec succès par l’Alkékenge. Chez les malades atteints de fièvres doubles-tierces ou doubles-quartes, il faut remarquer que les petits accès ont cédé plus vite que les plus forts, à quelque adresse que fût la médication, c’est-à-dire que le médicament fût donné avant le petit accès, ou, suivant le précepte de Torti, avant le fort accès... Je dois avouer, ajoute cependant M. Gendron, que la médication a subi plusieurs échecs : j’ai appris à mes dépens, ou, si l’on veut, aux dépens des malades, que de fortes doses d’Alkékenge, données une fois par jour, ne valaient pas des doses moindres et répétées plusieurs fois dans les vingt-quatre • ' heures...
« Il résulte de mes expériences que cette substance peut être employée en toute sécurité, à quelque dose que ce soit, avant comme après le repas, dans l’intervalle comme au début des accès de fièvre. Si elle n’exclut pas toujours l'usage du sulfate de quinine, elle réduit du moins son emploi trop coûteux. » (Gendron, Journ. des conn. mid.chir., 485 t.)
MM. Dessaignes et Chautard ont soumis l’Alkékenge à quelques essais chimiques, dans le but d’en découvrir le principe actif, qu leur est apparu sous la forme d’une poudre blanche, légère, d’un goût d’abord faible, mais ensuite amer et persistant, etc., et auquel ils ont donné le nom de physaline.
A l’extérieur, les feuilles de Coqueret peuvent être employées en cataplasmes comme émollientes et calmantes.
récolte. — L'Alkékenge croit dans les champs cultivés et les vignes. Ses fleurs paraissent en juin-septembre, maison ne doit les récolter qu’à l’époque de la maturité des fruits. On en fait des bou*
quêta, comme c’est l’usage dans les campagnes, et on les expose au soleil. Cette plante offre de la ressemblance avec la belladone; mais ses baies sont de couleur rouge et acides. Elles se dessèchent lentement, aussi est-il convenable de les séparer des capsules et de les exposer à la chaleur de l’étuve ou du four. En les broyant, on en sépare facilement les graines, dont on peut faire des semis.
r réparations , doses. — Baies fraîches et mûres : de G à 20 gr. par jour; — leur suc jusqu’à 30 gr. Ces baies font partie du sirop de rhubarbe composé. Infusion (baies) : 18 à 80 gr. par kilog d’eau. Poudre ( tiges, capsules, baies) : 4 à IG gr. en une seule ou en plusieurs fois, dans de l’eau ou du vin, comme fébrifuge. C’est la préparation qu’emploie M. Gendron. Tin (30 gr. de feuilles, tiges ou fruits, qu'on fait macérer pendant 8 jours dans 1 kilog. de vin ) :
13 à 30 gr. comme diurétique; — GO à 100 gr. comme fébrifuge. Décoction (plante entière) : 60 à 120 gr. par kilog. d’eau, pour lotions, fomentations, injections calmantes.
ALLELUIA ou OXALIDE. Oxalis aeetosella, L.
(Fam. O validées.)
-Vomi rulg. : Surette, Pain de Coucou.
description (pl. xxm, 5). — Plante herbacée, vivace, acaule, de 6-12 centim. Souche à rhizôme noueux, écailleux, traçant. Tige nulle. Feuilles toutes radicales, stipulées, trifoliées, pubescentes surtout en dessous, où leur couleur est blanchâtre. Fleurs blanches, solitaires sur des pédoncules dressés et un peu moins longs que les pétioles : calice campanulé, court, 5-flde; corolle campaniforme beaucoup plus longue, à G pétales obovales présentant 3 appendices à leur base; 10 étamines, dont b longues et 8 courtes, hypogynes et réunies par la base des filets ; ovaire surmonté de S styles divergents. Capsule ovoïde à b loges et b angles.
propriétés, psages. — L’Alleluia n a pas d’odeur, mais sa saveur est acide, agréable, due à l 'oxalate de potasse (sel d’oseille ) qu’il contient. On emploie toute la plante, soit à l'intérieur en décoction, comme rafraîchissante, tempérante, antiscorbutique et antiputride; soit à l’extérieur, en cataplasmes, pour bâter la suppuration des » abcès froids.— Les calculeux, observe Chamberet, feront bien de s’abstenir de l’emploi de l’Alleluia, puisque très-souvent leurs calculs sont composés d’oxalate de chaux. — En Suisse, en Allemagne, on en extrait en grand le sel d’oseille. Gent livres de Surelle donnent
vingt-cinq livres de suc, qui produisent environ cinq onces de ce sel. Celui-ci est employé pour la confection des limonades rafraîchissantes, pour enlever les taches d’encre, parce qu'il dissout le fer, et pour d'autres usages dans les arts.
récolte. — Le moment de la faire est celui de la floraison, qui a lieu vers le temps de Pâques (d’où son nom) dans les lieux couverts, les bois montueux humides, dans le Nord particulièrement. Séchée, la plante perd une partie de sa saveur acide ; mais on peut se la procurer pendant toute la belle saison, pour l’employer à l’état frais, ce qui est bien préférable.
préparations, DOSES. — Décoction : 30 gr. par 500 gr. d’eau ou de petit-lait. Sue exprimé : 30 à 80 gr. Plante fraîche : on peut en manger les feuilles en salade contre le scorbut ; on les fait entrer dans les bouillons comme l’oseille.
L'Oxalide corniculke ( Oxalis comiculata ) remplace ordinairement la Surelle dans les boutiques. Elle en diffère sous plusieurs rapports que voici : elle est annuelle, fleurit tout l'été, et est plus commune dans l’Ouest que dans le Nord; ses tiges ont environ 30 cent.; feuilles trifoliées avec un pétiole filiforme; fleurs petites, jaunes, 3-5 sur un pédoncule axillaire muni de quelques petites bractées disposées en collerette.
Ses propriétés sont encore moins actives que celles de i'Alleluia.
ALL1AIRE. Erysimum alliaria, L.
(Fnm. Crucifères; tribu : Sisïmbrièksj genre Sisymdm.)
A’onu rulg. t Velar, Julienne alliflirc, Herbe aux aulx.
description (pl. xxxv, t). — Plante herbacée, annuelle ou bisannuelle, haute de 80 [à 80 cent. ( 1 ). Tige simple ordinairement, ferme, poilue â la partie inférieure. Feuilles alternes, pétiolées, presque glabres, cordiformes; les inférieures rôniformes, largement crénelées, avec un long pétiole creusé en gouttière ; les supérieures aiguës, presque sessiles, dentées inégalement. Fleurs blanches, petites, courtement pédonculèes, en grappe lâche à l’extrémité du rameau. Calice à 5 divisions ou sépales étroits, caducs ; corolle 2 fois plus grande que le calice, à 4 pétales onguiculés, en croix, cordiformes-obtus et entiers; 6 étamines dont 2 plus courtes;
(1) Le rameau figuré présente des fleurs en haut, du fruits (siliques) au-dessons, plus bas une feuille supérieure.
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ovaire allongé, style gros, stigmate bilobé. Siliqœt étalées, 7-8 fois plus longues que le pédicelle.
propriétés. — L’Alliaire doit son nom à la propriété qu’ont se» feuilles de répandre une odeur alliacée lorsqu’on les écrase ; ses fleurs sont inodores. Cette plante est au nombre des antiscorbutiques, mais elle n’est plus usitée aujourd’hui. On pourrait employer ses graines pour préparer des sinapismes. — Les usages seraient d'ailleurs ceux du vélar.
récolte. — L’Alliaire est bisannuelle. Elle habite aux lieux frai* ou ombragés, au bord des chemins, de3 fossés, et fleurit en avriljuin.
AMANDIER. Amygdalus communis , L.
(Fam. Aïyodalkes.)
Originaire de l'Afrique septentrionale et cultivé en France, l’Amandier est un arbre de la famille des Amygdalées, détachée des Rosacées, généralement connu.
description. — Arbre peu élevé. Feuilles dentées, oblongues. Fleurs blanches ou rosées, très-grandes, presque sessiles, éparses le long des rameaux de la pousse précédente, naissant presque en même temps que les feuilles, au commencement du printemps.
propriétés, usages. — On n’emploie en médecine que les amandes, qui sont douces ou amères selon la variété de l’arbre. Les premières fournissent une huile grasse très- adoucissante, mais laxative, à dose un peu élevée, et qui entre dans la composition des loochs et des potions dites huileuses, très-usités dans les inflammations de poitrine; elle sert aussi de véhicule pour les liniments calmants, les embrocations, etc. Mais c’est à l'état d’émulsion et de sirop (sirop d'orgeat) que s’emploient le plus souvent les amandes : ces liquides sont essentiellement émollients ; ils conviennent dans une foule de cas, particulièrement dans les fièvres, les inflammations des organes génito-urinaires, des voies gastro-intestinales, etc.
récolte. — L'Amandier est originaire de l’Afrique, de l’Asie, mais cultivé en France, où il périt ordinairement avant d’atteindre de grandes dimensions. C’est pourquoi les amandes douces nous viennent principalement des côtes de la Barbarie, où les indigènes en font une grande consommation pour se nourrir; le midi de la France nous en fournit cependant. On doit les choisir sèches, pesantes et récentes. L’huile doit être nouvellement préparée , parce qu'elle rancit facilement, et qu’elle irrite alors au lieu d’adoucir.
SB PLANTES MEDICINALES.
préparations , doses. — Émulsion ou lait tf amandes. Pilez 30 gr. d’amandes douces dépouillées de leur pellicule, avec un# petite quantité d’eau froide dans un mortier de marbre, de manière à les réduire en une pâte très -fine; délayez cette pâte avec 950 gr. d’eau; ajoutez 30 gr. de sucre ou de sirop, et passez à travers une étamine. — Huile. 15 à 30 gr. dans une solution ou potion gommeuse.
amandes amères. — Elles contiennent une très-petite quantité d'acide prussique qui leur communique leur saveur et une propriété calmante. 11 serait dangereux de les employer à l’intérieur autrement que mélangées en faible proportion avec les amandes douces. A l’extérieur, leur émulsion est très-efficace pour calmer l'irritation de la peau et le prurit des affections dartreuses. Cette émulsion, prise à l’intérieur, est fébrifuge (Mylius). L’eau distillée est préconisée dans les affections pulmonaires , l'asthme, la phthisie.
AMBROISIE. Chenofodium ambrosioides, L.
(Farn. Chknopodées; genre Ansérine.)
Soins vu hj. i Thé ta Mexique, Ansérine,
description. — Nous renvoyons à la famille et au genre, ajoutant seulement que cette plante ressemble beaucoup au Botrys, quoique beaucoup plus grande, et au Bon- Henry (1). Elle se reconnaît à sa tige cannelée, rameuse, pubescente; A ses feuilles oblongues ou lancéolées, entières ou sinuées-dentées; à ses fleurs verdâtres, en grappes axillaires munies de petites feuilles droites et entières; enfin à ses graines verticales.
rnorRiÉTÉs. — L’odeur de l’Ambroisie est aromatique, très- pénétrante. « Plcnck a employé cette plante avec succès dans les maladies nerveuses, et notamment dans la chorée; il rapporte particulièrement 5 ou 6 cas où la maladie, ayant résisté aux moyens ordinaires, céda à l’usage journalier de l'infusion de 2 gros (8 gr.) de cette plante dans 10 onces (300 gr. environ) d’eau, à prendre par tasse soir et matin; il l’associe à la menthe poivrée. M. Mick, médecin du grand hôpital devienne (Autriche), s’en est également servi avec succès dans les mêmes cas ; il la donne conjointement avec le quinquina : ces deux praticiens obtinrent des guérisons dans l’espace de 3 semaines à 3 mois, et ont remarqué que son administration n'est jamais suivie d’aucun effet nuisible. » (Mérat et Delens.)
(\) Plantes figurées dans l’atlas.
récolte. — L’Ambroisie est originaire du Mexique, mais naturalisée en France. Elle est cultivée dans les jardins, mais croit spontanément dans quelques champs du Midi. Séchée, elle doit être soigneusement préservée de l’humidité, laquelle lui lait perdre ses propriétés.
ANAGYRE. Ànagyris fattida, L.
(Fam. Lkgcminecsis. )
Nomi rulg. ; Bois puant, Anagyre fétide.
description.— Arbrisseau d'un mètre de haut. Feuilles triloliées, cotonneuses, blanchâtres. Fleurs jaunes, en faisceaux. Gousse plane, allongée un peu courbée.
propriétés. — Toutes les parties de cette plante exhalent une odeur désagréable lorsqu'on les froisse. Elles ont une saveur amère. Tous les animaux s’en éloignent. Les anciens lui attribuaient une grande énergie. Ses semences font vomir,suivant Dioecoride et Pline. Elles purgent aussi, d’après Peyrilhe. Loiseleur- Deslongchamps a expérimenté les feuilles, qui sont un purgatif doux A la dose de i2 à 30 gr. en décoction — Le bois d’ Anagyre est très-dur et résistant.
habitation. — L’ Anagyre se trouve en Provence dans le bassin de la Méditerranée, en Espagne.
ANCOL1E. Âquilegia vulgaris, L.
(Fam. Rekonculackes ; tribu, Ellkborées.)
Nam rulg, : Gant de Notre-Dame.
description. — Plante herbacée, vivace, de 50 à 70 centim. de haut. Tiges dressées, rameuses supérieurement, un peu pubescentes. Feuilles blanchâtres en dessous, très-différentes suivant qu’elles sont radicales, caulinaires ou florales. Fleurs grandes, à sépales en cornet (1), ayant des éperons courbés en crochet (Voir les caractères du genre, tome I, p. 324).
propriétés. — L’Ancolie jouit des propriétés générales des autres Rcnonculées, de celles de l’Aconit en particulier. Ses graines, qui sont ovoïdes, ont été recommandées, en poudre dans du vin blanc, contre la jaunisse, et en émulsion pour faciliter la sortie des pustules varioliques. L’ictère (Tragus) et le scorbut (Eysel) ne résistent pas, disent ces auteurs, à l’emploi de l’Ancolie.
(1) Le nom à'Aquiltgia, gouttière, vient de ce que l'eau eat recueillie due cette eepèce de cornet.
récolte* — L’Ancolie est assez commune dans les bois montueux, mais plus fréquemment cultivée dans les jardins, où ses fleurs doublent. C'est celle des bois qui doit être choisie pour l'usage médical, lequel est d'ailleurs abandonné.
ANÉMONE. Alternons pralensis, L.
"**■ (Fam-, Renomcdlacées.)
Noms mlg. : Anémone des prêt, Pulsatillt noirâtre.
descrirtion. — Racine fibreuse, noirâtre, de la longueur du doigt. Tiges de 15 à 20 cent, de haut, velues, cylindriques. Feuilles partantde la racine, pétiolées, multifides, à découpures très-menues. Fleur solitaire, pendante, d’un violet presque noir. Pas de calice. A plus de 3 centim. au-dessous de la corolle, est une espèce de verticille ou de collerette formée par un grand nombre de folioles étroites et velues. Fruit consistant en un amas de graines nues agglomérées et surmontées de longues aigrettes plumeuses.
. propriétés. — Plante inodore, mais douée d’àcreté. Stœrclc la recommande contre une foule de maladies, qu’il serait trop long d'énumérer. Son rôle se borne à agir à l’extérieur comme rubéfiante, corrosive : on peut donc la substituer quelquefois à la moutarde et au vésicatoire.
récolte. — Son nom l'indique, l'Anémone dont il est question croit dans les prés, sur les pelouses sèches des contrées septentrionales de l’Europe.
préparations, nosEs. — Les feuilles et les racines sont vésicantes, étant appliquées à nu sur la peau ; elles peuvent produire en trèspeu de temps les effets d’un cautère. Les campagnards, pour faire cesser la lièvre, s’appliquent quelquefois cette plante aux poignets.
M. Dubois, de Tournai, dit que de tous les rubéfiants indigènes, c’est relui dont il a lait le plus fréquent usage. Comme la plante ne peut être obtenue fraîche en toute saison, il la fait macérer dans le vinaigre, précaution qui lui conserve toute l’année ses propriétés âcres et vésicantes.
Suivant Cbomel, les feuilles et les fleurs écrasées et appliquées deux fois par jour sur la tête guérissent la teigne en peu de jours. Cette pratique a pu réussir quelquefois, mais nous croyons qu’elle est susceptible de causer de graves accidents.
L’Anémone i-olsatille (a. pulsatilla) et I’Anémone des forêts ou Sylvie (4. nemarosa) se rapprochent singulièrement de 1 Anémone
de3 prés par leurs propriétés médicales et par leurs caractères botaniques. Quoi qu’en ait dit le célèbre Stœrck, l'usage interne de ces plantes oflrede grands dangers.
Nous traitons d’ailleurs de la Pulsaiille à son ordre alphabétique.
ANGÉLIQUE. Angeliea archangelica, L.
(Fam, Omdellifkres.)
A’otm tu Ig. : Angélique des jardins, Racine du Saint-Esprit, Angélique officinale.
description (pl. mv, 4). — Plante qui s’élève jusqu’à I m. et demi et plus (1). Racine grosse, fusiforme, longue, brunâtre, blanche en dedans. Tige assez grosse, dressée, cylindrique, flstuleuse, striée, rameuse, couverte d’une poussière glauque. Feuilles trèsgrandes, bi ou tri-pinnées, vertes en dessus, blanchâtres en dessous, à folioles opposées, lobées et dentées en scie ; le pétiole est flstuleux et présente deux grandes expansions à sa base. Fleurs blanches ou d’un vert jaunâtre, disposées en ombelles nombreuses et arrondies. Involucre nul ou à t-2 folioles; involucelles à 8 folioles linéaires ; calice peu distinct ; corolle à b pétales ouverts en rosette et dont l’extrémité est un peu recourbée en dedans ; b étamines plus longues » que les pétales; 2 styles courts et réfléchis (2). Fruit ovoïde, cannelé, bordé d’une aile membraneuse, surmonté des 2 styles divergents.
propriétés , usages. — L’Angélique doit son nom à l’odeur aromatique suave qu’elle répand ; sa saveur est un peu amère, aromatique et âcre. La racine, qui est la partie la plus employée, est aromatique et chaude, douceâtre d’abord, puis amère, excitant un peu la salivation.
Cette plante est stimulante, stomachique et carminative. Elle a joui d’une grande estime chez quelques peuples , et l’on s’étonne qu’elle soit aujourd’hui si peu employée. Cette sorte d’oubli est dû, sans doute, à l’usage de plus en plus répandu de l'anis, dont l’action cependant n’est pas identique à celle de l’Angélique, a Après ce que nous avons dit de l’anis, lit-on dans l'ouvrage de MM. Trousseau et Pidoux , il y a peu de chose à ajouter sur l’Angélique , si ce n’est
(1) La figure n’co représente qu’un rameau portant des fleurs et des fruits sur la tige.
(2) Us ne sont pas visibles sur la fleur figurée détachée, où l’on voit toutefois les deux mamelons du disque épigyno qui ee confondent avec la base des deux styles.
qu'elle a de plus que lui des propriétés toniques assez marquées qui ia rendent plus recommandable dans les affections muqueuses et les fièvres catarrhales qui laissent après elles une si profonde langueur de l’estomac et une tendance interminable à cette sécrétion blanchâtre et pultacée qui tapisse alors la muqueuse buccale, et dont la présence est tout à la fois cause et effet de cette inertie désespérante des forces digestives qui entraîne des convalescences interminables, et peut être la cause d’une foule de maux ultérieurs. L'infusion des jeunes tiges d'Angélique rendra alors des services évidents. ■
On a fait usage de cette plante dans le scorbut, les scrofules, l’aménorrhée, la chlorose, les catharrcs chroniques, principalement dans la débilité de l’estomac, les dyspepsies et les coliques venteuses. — Les confiseurs préparent avec ses tiges un condiment fort agréable, tonique et stomachique. — Annibal Camoux, qui mourut à Marseille à l’âge de 121 ans, attribuait sa longévité à la racine d'Angélique qu'il mâchait habituellement.
Les bestiaux recherchent avidement cette plante, qu augmente la fétidité du bouc, l'arome du lait, etc.
récolte. — L’Angélique croit naturellement sur les Alpes , les Pyrénées, en Suisse, en Bohème ; mais on la cultive dans nos jardins. Elle aime les lieux frais, ombragés. Sa récolte se fait en juin et juillet pour les tiges, en septembre pour la racine. On fend celleci en morceaux pour la sécher, puis on l’enferme dans des boites de bois. Les feuilles conservent peu de propriétés en séchant ; les semences, au contraire, ont une saveur aromatique , d'une àcreté prononcée.
préparations, DOSES. — Infusion (racine, jeunes tiges) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 2 à 6 gr. dans une cuillerée devin ou autrement. Conserve : celle que préparent les confiseurs, lorsqu’elle est récente, peut remplacer toutes les autres préparations.
Chaumeton vante une boisson faite avec une infusion de racine d'Angélique (30 gr. pour t kilog. d'eau), à laquelle on ajoute un peu d'eau-de-vie, du sirop de vinaigre et quelques gouttes d’essence de citron.
L’Angélique des bois ou sauva&e ( Angelica sylvestris ) est une plante assez fréquente dans nos bois et nos prairies un peu humides, aux lieux ombragés, sur les bords des fossés et des ruisseaux ; elle ressemble beaucoup à la précédente, sauf qu’elle est de proportions moindres, que sa tige est moins rameuse et moins grosse, ses feuilles plus petites, sa racine moins épaisse et plus blanche , ses propriétés
plus faibles. Leurs ombelles à 25-30. rayons sont très-amples; fleurs blanches, paraissant en juillet-septembre. — On la vend quelquefois dans le commerce pour remplacer l'Angélique officinale. On l’a vantée comme antiépileptique, à la dose de 4 gram. en poudre dans un verre de vin blanc le matin à jeun.
ANIS. Pimpinella anisum, L.
(Fam. Ombelupèhes.)
.Nom» rulg. : Anis boucage, Anis vert, Boucage & fruits suaves.
description, (pl. xxxvi, l). — Plante herbacée, annuelle, de 30 à 40 centim. aiu plus. Racine fusiforme, fibreuse et blanche. Tige cylindrique, rameuse, pubescente. Feuilles alternes, glabres, un peu charnues, les radicales pétiolées, trifoliées, dentées; les moyennes subrénifornes, arrondies, incisées ou simplement dentées; les supérieures découpées en lanières d’autant plus étroites qu’elles sont plus voisines du sommet.
Fleurs blanches (t), petites, en ombelles terminales dépourvues d’involucre et d’involucelles. Calice nul ou à peine visible; corolle à 5 pétales égaux, à sommet rabattu ep dessus ; 5 étamines plus longues que les pétales; 2 styles très-courts (2). Fruit ovoïde, strié, nu, légèrement blanchâtre, composé de graines accolées par une surface plane, et dont le volume égale celui d’une tête d'épingle (3).
propriétés, usages. — La semence d’Anis (vulgair. l'Arm) a une odeur agréable très-prononcée, une saveur aromatique un peu chaude, stimulante, et sucrée en même temps. On l’a de tout temps considérée comme stimulante, stomachique, antivênteuse, antipituiteuse, propre, suivant Dioscoride, à faire uriner, à augmenter la sécrétion du lait, à provoquer les désirs amoureux, etc.
L’état morbide qui présente l’indication la plus marquée pour ce genre de remède, c’est celui qui, bien que multiple et complexe, est désigné sous le nom de dyspepsie . a La dyspepsie, disent MM. Trousseau et Pidoux, consiste dans une altération primitive des forces digestives qui trouble et enraie l'accomplissement des opérations successives que subissent les aliments avant de passer dans
(1) Les ombelles du milieu, sur la figure, représentent des fruits.
(2) On voit au centre de la fleur figurée détachée les deux mamelons du disque épigyne qui forment la base des deux styles.
(S) La figure le représente trée-grossi.
les secondes voies : difficüis et tarda concoctio, suivant l’expression de Vogel. » L'atonie, le spasme, la douleur, la flatulence, les vices de l’action sécrétoire se combinent de diverses sortes pour former les éléments principaux des phénomènes dyspepsiques, lesquels existent d’une manière essentielle et indépendante de toute lésion localisée, ou bien consécutivement à un état général qui la domine, comme la diathèse goutteuse, ou comme produit d une maladie qui n’existe plus, mais qui a frappé de langueur ou de perversion les forces digestives, ou enfin comme symptôme d’une maladie existante, d’un état d’irritation inflammatoire du canal intestinal : dans ce dernier cas, les excitants aromatiques ne peuvent être que contraires.
« Les dyspepsies que réussissent le mieux à faire cesser ces médicaments, au nombre desquels sont le fenouil, l’angélique, la menthe, la mélisse, etc., sont celles qu'on a désignées sous le nom d’antispasmodiques et flatulentes. Les personnes qui y sont sujettes sont pour la plupart des femmes hystériques, des hommes hypoehondriaques, mélancoliques, les gens de lettres, les individus tourmentés par de profonds soucis ou même de simples contrariétés, ceux qu’ont affaiblis des pertes de sang trop abondantes, l’abus des purgatifs et des sudorifiques, l’excès dans les plaisirs vénériens. »
L’Anis passe pour le premier carminatif ou antiventeux ; il convient encore dans les coliques spasmodiques. On l'associe à certains purgatifs pour neutraliser les flatuosités, le ténesme et les tranchées qu’ils occasionnent. Les nourrices calment quelquefois les coliques de leurs nourrissons en prenant une infusion d’anis, laquelle communique au lait l’odeur caractéristique de ce fruit, et en augmente la sécrétion. A titre d’expectorant, de béchique, de diurétique et d’emménagogue, l'Anis n'a que des propriétés fort douteuses; aussi n’insisterons-nous pas sur ce point.
récolte. — L’Anis est originaire du Levant, où il croit naturellement. On le cultive en France. 11 fleurit au mois de juillet, et l’on récolte sa graine à l'automne. Pour cela, la plante est cueillie tout entière ; on la fait sécher en l’étendant au grenier ; puis on la frappe avec des baguettes pour en détacher les fruits, qu’on sépare des corps étrangers à l’aide de la main, du van et du crible.
préparations, doses. — Infusion : 4 à 8 gr. par ;>09 gr. d’eau. Foudre : 1 à 4 gr., pure, délayée dans de l’eau, ou mêlée avec du sucre, de la magnésie, etc. Huile essentielle : quelques gouttes comme aromate.
ANSÉRINE ANTHELM1NTHIQUE. Chenopodium anthelmintMeum, L.
(Fam. Chïnopodiàcéei ; genre Ansérike.)
Végétal de l’Amérique du Nord, cultivé avec facilité dans nos jardins (pl. xxvih, 1). Tige d'un mètre, droite, rougeâtre, striée. Feuilles alternes, dentées, ovales, rétrécies à la base. Fleurs en petites grappes verdâtres , axillaires le long des rameaux. Graine petite , renfermés dans le calice, qui forme 5 angles autour d’elle.
Cette plante exhale une odeur forte. C’est un vermifuge trèsusité aux États-Unis. 11 est probable, disent Mérat et Delens, qu’il est bien supérieur à la plupart de ceux dont nous nous servons; et comme nous pouvons nous le procurer frais avec une grande facilité, il est à désirer que son usage devienne vulgaire.
préparations, doses. — On exprime le suc, dont on donne une cuillerée à bouche aux enfaDts, un petit verre aux adultes, avec la précaution d’en continuer l’usage quelque temps. Mais c’est presque toujours la graine qu’on emploie depuis 2 jusqu’à 4 gr.
ARGENTINE. Potentilla anserina, L.
(Fmd. Rosacées; genre Potewtillb.)
ATonu ««Ig. : Potentille entérine, Beo-d’Oie, Agtimoine sauvage.
description (pl. xxx, 1). — Plante vivace, haute de 30 cent, environ. Racine épaisse, presque verticale, petite, chevelue, donnant naissance à une ou plusieurs rosettes de feuilles. Tiges naissant audessous de ces rosettes, couchées, rampantes, longues, rameuses, minces, portant des rosettes de feuilles au niveau des nœuds qu’elles présentent de loin en loin, et qui sont des espèces de stolons qui s’enracinent. Feuilles h 15-23 folioles, entremêlées de folioles plus petites, vertes en dessus, tomenteuses, argentées en dessous, fortement dentées; stipules engainantes aux feuilles caulinaire3. Fleurs jaunes, solitaires, axillaires, longuement pédonculées. Calice soyeux à 10 folioles, dont 5 internes et 5 externes; corolle à 3 pétales ouverts, arrondis; étamines nombreuses à anthères en croissant. Graines petites, nombreuses, fixées au réceptacle commun, et contenues dans le calice.
propriétés, usages — L’Argentine est inodore ; ses feuilles sont d’une saveur un peu acerbe; sa racine est douceâtre et succulente. Les premières sont douées d’une propriété astringente assez mar-
quée; aussi les emploie-t-on dans les écoulements blancs, les hémorrhagies passives, la dyssenterie. M. P. Dubois ( Mat. médicale indigène ) cite plusieurs faits qui démontrent l’efficacité de cette plante dans cette dernière maladie.
La Potentllle a encore été vantée comme diurétique, antiscorbutique, fébrifuge ; mais aujourd’hui on ne croit plus à ces propriétés. Le3 médecins deviennent peut-être trop sceptiques en jmatière de thérapeutique ; mais quand on voit Castor Durantes, Hartmann et Borel de Castres prétendre que l'Argentine, portée dans les souliers et immédiatement appliquée sous la plante des pieds, guérit la dyssenterie ; quand on lit que le grand Boerhaave lui-même la considérait comme l’émule du quinquina dans les fièvres intermittentes, comment ne pas se défier des éloges que les médecins des temps où l’observation rigoureuse des faits manquait, prodiguaient aux plantes ?
récolte. — L’Argentine est très-commune sur les berges des rivières, aux bords des chemins humides, et elle fleurit deux fois dans la belle saison. Elle se sèche entière et facilement, et alors elle devient à peu près insipide. Les chevaux, vaches, chèvres broutent l’Argentine, que les brebis négligent. La racine plait aux cochons : on en a fait du pain dans le nord-ouest, en temps de disette.
préparations, doses. — Décoction (feuilles) : 20 gr. par 500 gr. d’eau. Eau distillée : employée jadis en lotions sur le visage pour enlever les taches de rousseur, unir la peau. Le suc des feuilles, appliqué sur le front, arrête l’épistaxis, selon Vogel.
AR1STOLOCHB CLÉMATITE. Aristolochia clematis, L.
(Fam. Aristolocuikej. i iVomi ru 1g. : Aristoloche commune, Poirier.
description ( pl. XXX vi, 2). — Plante vivace, herbacée, de 4 à 8 décira. Racine rampante ou profondément traçante, longue, fusiforme, et de la grosseur d’une plume d’oie. Tige dressée, simple, anguleuse. Feuilles alternes, pétiolées, assez amples, glabres, coriaces, ovales-cordiformes, veinées-réticulées. Fleurs jaunâtres, placées par 3-6 à l’aisselle des feuilles. Calice en forme de corolle, en tenant lieu, et dont le tube est soudé avec l’ovaire dans sa partie inférieure, qui est un peu renflée, et qui s'élargit au sommet en se déjetant en une languette unilatérale allongée} 6 étamines, soudées et confondues avec le style et le stygmate ; anthères subsessiles soudées au style par leur dos; le style est court, et le stigmate
à 6 lobes est disposé en étoile au-dessus des anthères (t). Capsule grosse, pyriforme, pendante.
propriétés, usages. — La racine de l'Aristoloche-Clématite a une odeur forte, désagréable, et une saveur amère un peu âcre; ces qualités sont moins prononcées dans le reste de la plante. Cette racine est un excitant qui a reçu beaucoup d’éloges dans l’antiquité, surtout comme emménagogue, et propre à faire couler les lochies, d’où lui vient son nom à.' Aristoloche. On l’a vantée, depuis, comme fébrifuge, antigoutteuse. Gilibert la conseille dans l’aménorrhée, la chlorose, l’asthme humide, la fièvre intermittente. Néanmoins, on emploie fort peu maintenant la Clématite, d’abord â cause de son énergie qui peut être dangereuse ( Orfila a fait périr des chiens en leur en donnant de t à 2 grammes ), ensuite parce que son action thérapeutique est mal déterminée ou infidèle, et qu’enfln ses propriétés varient considérablement, suivant les localités où on la récolte. *
Les feuilles de Clématite sont proposées contre les chancres vénériens, les douleurs ostéocopes. On se servait aussi autrefois de l’écorce, de la fleur et même des graines.
récolte. — C’çst dans les haies, les vignes, les bois en lisière, aux lieux incultes que l’on trouve l’Aristoloche-Clématite. Ella fleurit depuis mai jusqu’en septembre, et l’on a tout ce temps-là pour la récolter.
préparations, cosbs. — Infusion ( racine) : 10 à 13 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 1 à 4 gr. au plus.
Beaucoup de recettes pour la goutte contiennent l’Aristoloche; la plus célèbre est la poudre du duc de Portland, composée ainsi : petite centaurée, 4 ; racine de gentiane, aristoloche longue, feuilles de germandrée et d’ivette, de chaque 2. La dose est de 4 gr. par jour pendant 3 mois, de 3 gr. pendant 3 autres mois, de 2 gr. pendant 6 mois, enfin de 2 gr. tous les deux jours pendant la seconde année. 11 parait que cette poudre est réellement puissante, mais que souvent elle a remplacé la goutte par d’autres maladies chroniques plus ou moins graves.
L’Aristoloche rosde ( Arist. rotunda, pl. xrv, 3 ), de la même famille et du même genre que la précédente, en possède aussi les propriétés. Commune dans les champs et les vignes du midi de la
(1) Voir la petite figuré représentant la cotipe perpendiculaire du calice et de l’oraire infère.
France, elle se distingue par ses feuilles sessiles à nervures trèssaillantes sur la face inférieure, par ses fleurs situées aux aisselles des feuilles supérieures, son limbe calicinal déjeté d’un seul côté, comme caligulé et un peu échancré au sommet, et principalement par sa racine, qui est tuberculiforme, charnue, de la grosseur d’une noix environ.
L’Aristoloche longue (A. longa) fournit une racine très-longue, fusiforme, de la grosseur du doigt, ridée, grise, ou brunâtre en dehors, d’un blanc jaunâtre en dedans ; elle croit dans le midi de la France, et son emploi est plus répandu que celui des deux précédentes espèces, dans les mêmes cas d’ailleurs.
ARMOISE. Artemisia vulgaris, L.
(Fun. Stnanthkrées; tribu : Corymbipêres.)
Noms vu Ig. : Armoise commune, Herbe de la Saint-Jean.
description (pl. xxxvi, 3). — Plante vivace, herbacée, de 1 mètre et plus. Tiges dressées, rameuses supérieurement (1), rondes, cannelées, d’un vert blanchâtre, un peu pubescentes. Feuilles alternes, pinnaüfides, à folioles lancéolées au haut de la tige, les florales linéaires, pointues et entières, vertes en dessus, blanches- tomenteuses en dessous. Fleurs en capitules ovoïdes disposés en petits épis axillaires qui forment une pannicule longue et étroite au bout de chaque rameau. Chaque capitule se compose d’un involucre oblông à folioles ovales et cotonneuses, imbriquées, et de fleurons jaunes, tous tubuleux, ceux du centre hermaphrodites, à 5 dents au limbe, ceux de la circonférence presque filiformes, ordinairement femelles; réceptacle dépourvu de soies.
propriétés, usages. — L'odeur de l’Armoise est aromatique, peu prononcée; sa saveur est un peu amère. Cette plante est stimulante, antispasmodique, et s’emploie dans les mêmes circonstances à peu près que l’absinthe, dont toutefois les propriétés sont plus énergiques et que l’on doit préférer.
Depuis la reine Artémise, qui s’en serait servie utilement la première et lui aurait donné son nom, l’Armoise a traversé les siècles avec la réputation d’être un emménagogue puissant, un antihystérique efficace. Tous les ouvrages en parlent dans ce seas, et pourtant les médecins ne l'emploient que rarement, peut-être parce que
(1) L» figure n'en représente qu’une sommité fleurie.
le peuple en parle trop souvent. S’il est certain que ses effets ne répondent pas ordinairement à ce qu'on en attend pour remédier à la suppression ou au retard des règles, non plus qu’à ce que lui demande un emploi coupable et clandestin dans le cas de grossesse illégitime, il serait contraire à la vérité et aux faits révélés par l’observation de lui refuser toute action emménagogue. L’Armoise favorise certainement l’écoulement menstruel dont le retard ou la disparition dépend d’une cause purement atonique ou nerveuse, pourvu qu’on l’administre à dose un peu forte.
• Sa racine en poudre a été vantée dans ces derniers temps contre l’épilepsie. Les premières expérimentations ont été faites en Allemagne par Burdach, Grade, Brocx, Hufeland, etc., mais elles n’ont pas été répétées en France, que nous sachions. -L’Armoise a encore été mise en usage dans la chorce, les névralgies, les vomissements nerveux chroniques. En Chine, on fait des moxas avec ses feuilles battues et froissées, et on a essayé de ce moyen chez nous.
récolte. — On doit y procéder dans le mois de juin. On choisira la plante croissant dans les lieux secs, parce qu’elle y est plus active. On la monde, et on la porte au séchoir après en avoir fait des guirandes.
T réparations, doses. — Infusion (sommités fleuries): 10 à 30 gr. par kilog. d'eau. On ajoute souvent du sirop de cannelle ou de menthe. Infusion vineuse : même dose dans du vin blanc. Poudre (plante sèche) : 4 gr. dans du miel ou du vin. Poudre de la racine : 2 à 4 gr. dans un peu de bière chaude, avant l’accès épileptique (Burdach). Pour fumigations : 60 à 100 gr. par kilog. d’eau bouillante, dont on dirige la vapeur sur les organes.
ARNICA ou ARNIQUE. Arnica monlana, L.
(Fam. Syxantbéréss; tribu : Corymbiférïs.)
Noms eu Ig. : Bétoiua des montagnes, Plantain des Alpes, Tabac des Savoyards, Tabac des Vosges, Doronic d' Allemagne, Nard celtique, Herbe aux prêcheurs.
description (pl. xxxvi, 4). — Plante vivace, herbacée, haute de 45 cent, environ. Racine fibreuse, noirâtre, blanche en dedans. Tige dressée, arrondie, un peu velue, simple ou donnant en haut deux rameaux à fleurs, indépendamment de la fleur terminale. Feuilles radicales sessiles en rosette de 4, ovales-allongées, à nervures comme dans le plantain, 2 autres feuilles caulinaires, opposées, plus petites et lancéolées. Fleurs d’un jaune doré, grandes, belles, terminales :
la principale accompagnée de 2 autres plus petites. Involucre com * posé d’un seul rang d’écailles velues, lancéolées ; fleurons du disque réguliers, hermaphrodites, à 5 dents ; demi-fleurons de la circonférence femelles et très-grands, à 3 dents. Graines allongées surmontées d’une aigrette sessile légèrement plumeuse.
propriétés, usages. — L’Arnique est douée d’une odeur aromatique particulière, peu agréable, qui provoque l'éternument, et d’une saveur amère et acerbe. Ces qualités sont moins prononcées dans les feuilles et les fleurs que dans la racine, qui est la partie la plus employée. Cette plante est considérée comme un tonique et un stimulant d’un genre particulier, car son action se porte tout d’abord sur le canal intestinal, puis sur le système nerveux cérébro-spinal. En effet, donnée à dose un peu forte, elle produit des nausées, des vomissements, suivis de céphalalgie, de fourmillements dans les membres et de mouvements spasmodiques.
C’est un de nos médicaments indigènes les plus actifs et les plu3 • utiles ; et cependant ses usages ne sont pas parfaitement connus, ni ses effets bien déterminés, car on l'a conseillé dans une foule de maladies de nature différente. Comme stimulant de l’action nerveuse cérébro-spinale, l’Arnica est employé dans les paralysies.
« Ce médicament est surtout utile, dit Frank, si la maladie est ancienne, si elle est l’effet d’une seconde attaque d’apoplexie, si le malade est épuisé, si le pouls est mou et la face pâle. » Les rétentions d’urine par faiblesse paralytique de la vessie, chez les vieillards, ont été efficacement combattues par la tisane d’Arnica. Scarpa aurait obtenu de grands succès de lu teinture de cette plante dans les amauroses légères et nerveuses.
L’Arnica propage son action stimulante par une sorte de diffusion dans tous les tissus vivants; c’est à cause de cela qu’il se montre utile dans les fièvres adynamiques, les rhumatismes chroniques, les lièvres intermittentes, les dyssenteries et les diarrhées chroniques, la chlorose, l’ictère, et surtout dans les cas d’accidents résultant de chutes. Stoll faisait grand cas de ce médicament dans les fièvres putrides avec prostration, et, après lui, Colin l’a beaucoup vanté dans les mêmes circonstances. Ces médecins préparaient les premières voies à en recevoir l’impression en les débarrassant des sahurres par des évacuants ; ils l’employaient aussi avec succès dans les fièvres tierces et quartes. Dans les autres maladies susnommées, l’Arnica n’a qu’une efficacité très-douteuse, qui ne compense pas les inconvénients d’une administration intempestive.
Mais c’est surtout contre les accidents résultant de #oup3 et de chutes que cette plante a été vantée avec le plus d’exagération. Dans les campagnes où elle croit, les paysans ont une foi aveugle dans ses propriétés, et ils en font un usage abusif comme vulnéraire. Son infusion peut, en effet, relever l'action vitale ébranlée ou près de s’éteindre; mais elle ne doit être administrée que dans la période de collapsus ou de sidération qui suit immédiatement l’accident ; dès que le pouls se relève et que la réaction commence, surtout si l’on remarque un commencement de mouvement fébrile, il faut en suspendre l’emploi.
L’Arnica est très en faveur en Allemagne. « Cartheuser, célèbre professeur, dit Chomel, prétend que l’infusion de ses fleurs est ca pable de diviser l’humeur épanchée, de la dissoudre et de la faire sortir soit par les urines, soit par une sueur abondante. 11 ajoute même que, dans le cas où le sang serait extravasé et reporté dans l’estomac, il sortirait par le vomissement; et dans le cas où le sang serait répandu dans les intestins, il sortirait par le fondement; eufln qu’il pourrait sortir même par la partie blessée, si elle était ouverte.» Inutile de faire remarquer qu’aux yeux de la médecine moderne ce3 merveilleuses propriétés sont imaginaires.
Les montagnards fument l’Arnica en guise de tabac. Les chèvres le recherchent et s’en nourrissent, mais les autres animaux s’en éloignent.
récolte. — L’Arnica croit dans les pâturages montagneux des Alpes, des Cévennes, des Vosges, des Pyrénées, de l’Auvergne, où il fleurit au mois de juillet. Les fleurs se récoltent dans ce mois, les racines en septembre. On les monde et on les sèche à l’étuve.
PRÉPARATIONS, DOSES. — Infusion de fleurs : 4 à 20 gr. par kilog. d’eau. On la fait plus forte s’il s'agit de couper la fièvre intermittente. Infusion de feuilles : 1» à 30 gr. par kilog. d'eau. Décoction (racine) : 4 à 13 gr. par kilog. d'eau. Poudre (racine) : 1 à 4 gr. dans un sirop ou du miel. Extrait : 6 décig. à 1 gr. — Colin a guéri 142 cas de fièvres intermittentes au moyen de l’extrait de fleurs d’Arnica.
ARRÊTE- BOEUF. Ononis spinosa, L.
(Fam. LÉgbminïdses.)
Nom* ru Ij. ; Bugrano, Bugranc épineuse, Bougrane, Bougraine, Ononis.
description (pl. xlvii, 2). — Plante vivace, sous-frutescente, de 30 à CO cent, de haut. Souche ligneuse longuement traçante. Tiges
couchées-étalées et rameuses à rameaux avortés -épineux, pubes centes et légèrement visqueuses. Feuilles trifoliées, pétiolées, les supérieures souvent unifoliées, stipulées et finement dentées. Fleurs roses, axillaires, brièvement pédonculées, disposées en grappes feuillées terminales. Calice velu à 5 divisions linéaires ; corolle à étendard très-ample, rayé de lignes plus foncées, dépassant les ailes; carène prolongée eu bec ; étamines monadelphes ; style ascendant vers son tiers supérieur. Légume renflé, pubescent, dépassé par les divisions du calice.
propriétés, usages. — On emploie la racine de Bugrane. Elle a très-peu d'odeur, mais une saveur douce et sucrée; le reste de la plante est presque inodore et insipide. Dès lés temps les plus reculés, cette racine a été considérée comme diurétique et apéritive. Galien et Dioscoride parlent de ses avantages contre les calculs vésicaux. Bergius dit l’avoir administrée avec le plus grand succès dans l’ischurie provenant de la présence des calculs dans la vessie: comme si les diurétiques, quels qu'ils soient, pouvaient quelque chose contre la pierre! D’autres médecins ont prétendu s’en être bien trouvés dans le traitement de l’hydrocèle, quoique cette hydropisie soit, de toutes, la plus rebelle aux médications internes ; Plenck , Meyer, Schneder, en ont conseillé l’usage dans l'engorgement du testicule. L’emploi de l’Arrète-Bœuf doit être borné aux cas d’épanchements séreux, d’engorgements du foie, de jaunisse, de chlorose, etc.
Les pauvres habitants de certains pays mangent les jeunes pousses en salade. Les moutons, les chevaux et les cochons refusent de s’en nourrir, tandis que les vaches et les chèvres les broutent, ainsi que les ânes qui, dit-on, aiment à se vautrer sur cette plante (Ciiaumeton) , particularité qui lui aurait valu le nom d ’ononis (de ovoc, âne.)
récolte. — La Bugrane croit aux lieux incultes, dans les pâturages médiocres, et montre ses fleurs en juin -septembre. On peut en arracher en tout temps la racine, qui est longue, de la grosseur du doigt, blanche en dedans, si forte et si tenace qu’elle arrête, dit -on, la charrue, d’où le nom de la plante.
préparations, x>oses. — Décoction (racine) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 4 gr. Cette racine fait partie des cinq racines apéritives.
ARROCHE. Atriplex hortensis, L.
(Fam. Chénopodikes.)
Nom» vulg. : Bonne-Dam*, Folletto.
description. — Plante annuelle, de 60 à 80 cent.de haut environ. Tige dressée, rameuse. Feuilles alternes , pétiolées , triangulaires oblongues, les supérieures ovales. Fleurs petites, polygames, disposées en grappes terminales et axillaires, décrites au genre, tom. I, p. ISO. Petits akènes recouverts par le calice.
propriétés, usages. — L’Arroche est cultivée pour l’usage culinaire; ses feuilles, d'ufie saveur douce, fade, se mangent cuites, seules ou mêlées à celles d’épinard ; on les substitue à celles de la poirée, soit pour les potages, soit pour les usages de la médecine.
Les fruits sont âcres, purgatifs : ils entrent dans la poudre de Guttite, qu’on a recommandée contre l’épilepsie des enfants. L’on a prétendu aussi qu’ils sont utiles aux enfants qui sont noués.
ARTICHAUT. Cynara scolymus, L.
(Fam. Synanthéhées; tribu: Floscdledses.)
description. — Plante vivace, potagère, atteignant un mètre de haut. Jtactne grosse, longue, fusiforme. Feuilles très-grandes, profondément découpées-pinnatilldes, d’un vert blanchâtre tomenteux. Fleurs en capitule volumineux, terminal : involucre renflé à sa base, composé d’écailles épaisses (ou folioles) imbriquées, atténuées en épine, mais charnues à la base ; réceptacle charnu, hérissé de soies ; fleurons égaux, hermaphrodites et fertiles. Fruits couronnés par une aigrette plumeuse sessile.
Ajoutons comme caractères spécifiques que ses fleurs (fleurons) sont d’une couleur violette claire ; que le tube de la corolle est très-long, fusiforme, à limbe divisé en S lanières très-étroites, dressées, conniventes, et que les anthères sont terminées supérieurement par un appendice très-obtus. Dans l’état sauvage, l’Artichaut a le port de nos chardons, et c’est à la culture qu’il doit d’acquérir le développement considérable que nous lui connaissons et d’avoir des feuilles sans épines.
propriétés, usages. — Les capitules (têtes) de l’Artichaut, cueillis avant l’épanouissement des fleurs, offrent dans leurs écailles et leur réceptacle un aliment agréable et de facile digestion.
En médecine, on emploie les racines et les feuilles à titre d’amer, de tonique, de diurétique et de fébrifuge. « J’ai vu, dit M. Cazin, des paysans employer avec Buccès, comme recette de famille, la décoction de racine d'artichaut dans le vin blanc, contre l’hydropisie, la jaunisse et les engorgements abdominaux qui accompagne»t ou suivent les fièvres intermittentes. » C’est, en effet, principalement contre ces dernières affections qu’on a expérimenté ce médicament. On donne l’extrait préparé avec le suc évaporé des feuilles et des tiges ; mais il ne réussit qu’à haute dose et son amertume est alors presque insupportable.
Dans ces derniers temps, on a vanté l’artichaut dans les rhumatismes aigus et chroniques. Copeman, de Londres, employait la teinture et l’extrait des feuilles, qu’il obtenait en faisant macérer pendant quatorze jours 1 kil. de ces feuilles dans i kil. d’alcool, et qu'il donnait à la dose de 8 gr. 3 fois par jour. Wilson prétend avoir obtenu de très-bons effets du suc épaissi de cette plante dans des cas d'hydropisies dus à une maladie du foie, et qui avaient résisté à de puissants diurétiques.
Feu le docteur Barrey, de Besançon, et, après lui, M. Levrat-Perroton, ont traité avec succès la jaunisse chronique au moyen de ce môme suc. Ce dernier médecin rapporte, entre autres, l’observation suivante, que nous croyons utile de reproduire pour faire comprendre l’importance des indications les plus pressantes : « M. C...., âgé de 40 ans, originaire du Midi, exerçant une profession libérale, d'un tempérament bilieux, irascible, à la suite de beaucoup de fatigues (en 1841), ressent des douleurs aiguës et transversales à l’épigastre, accompagnées de violents maux de jtète. Ces malaises sont bientôt suivis d’une teinte ictérique de tout le corps ; les urines sont épaisses et presque noires ; les premiers accidents sont combattus par des saignées capillaires (sangsues) répétées à l’épigastre et à l’anus, des boissons délayantes et nitrées, des grands bains, des lavements émollients, etc. L’état du malade s’amende sous l’influence de cette médication ; mais deux mois plus tard, la jaunisse persistait encore avec la meme intensité et se compliquait de fréquentes dyspepsies. Consulté alors, M. Levrat-Perroton conseilla le suc de feuilles d’artichaut à la dose de 123 gr. le matin à jeun, puis 250 gr. Ce traitement, 6uivi pendant un mois environ, a complété la guérison, et aujourd’hui M. C... jouit d’une excellente santé. » ( Journ. de méd. de Lyon, 1844 )
a L’infusion de fleurs d'artichaut dans l'eau froide, à laquelle on
ajoute un peu de sel, coagule le lait ; aussi les Arabes et les Maures s'en servent-ils pour faire leurs fromages. »
récolte.— Originaire de l’Afrique et de l’Europe méridionale, l’Artichaut est aujourd’hui cultivé presque partout dans les jardins potagers, où il redoute beaucoup les hivers rigoureux, et où il a produit plusieurs variétés.
ASARET. Asarum europœum, L.
(Fara. Aristolochikes.)
Nom i tvlg. : Cabaret, Asarine a'Europo, Oreille d'homme, Oreillette, Rondelle, Nsrd sauvage.
description (pl. iv, 3).— Plante vivace, très-basse. Rhiz&me traçant. Tigesyeu apparentes ou très-courtes qui se bifurquent en deux longs pétioles terminés par une feuille. Feuilles réniformes, opposées, assez amples, longuement pétiolées, coriaces, vertes et luisantes en dessus, d’un vert pâle et un peu pubescentes en dessous. Fleurs d’un pourpre noirâtre, petites, solitaires, naissant à la bifurcation des pétioles, près de terre, et sur un court pédoncule. Calice campanulé, velu en dehors, dont le limbe est à 3 lobes droits et pointus ; pas de corolle. Etamines 12, à filets courts, libres, insérés sur le disque qui revêt le sommet de l’ovaire ; style court ; stigmate à 6 lobes disposés en étoile (11. Capsule surmontée du limbe du calice persistant, â 6 lobes polyspermes, etc.
propriétés, usages. — L’Asarct exhale de toutes ses parties et surtout de sa racine une odeur très-pénétrante, comparée à celles de la valériane et du nard celtique, d’où son surnom de Nard sautage. Sa saveur est amère, âcre et nauséabonde. Ses propriétés vomitives sont connues depuis des siècles ; on faisait un fréquent usage de sa racine avant la découverte de l’ipécacuanha. Maintenant les médecins l’abandonnent, mais les habitants des câmpagnes, qui conservent religieusement les traditions populaires, continuent de l’employer pour se faire vomir et se purger.
La racine de cette plante est donc considérée comme le meilleur succédané de l’ipécacuanha ; l'action émétique de ses feuilles n’est
(1) Les deux figures détachées montrent : l’nne, les trois lobes de la fleur étalés pour faire voir de face les organes sexuels; l’autre, la fleur, A laquelle on a coupé le calice au niveau du disque épigyne, ce qui permet de voir les étamines dans le sens de leur longueur et le stigmate qui les couronne.
pas moins prononcée, suivant Loiseleur-Deslongchamps et beaucoup d’autres expérimentateurs. Ce médicament a mérité les suffrages d’Etmuller, de Femel, de Linné, de Rivière, de Willis, de Cosle et Willemet, etc., qui se sont presque tous accordés pour le mettre sur le même rang que l’écorce brésilienne. Il paraît, cependant, que d’autres praticiens ont eu à se plaindre de l'inconstance, de l’irrégularité et même de la violence de son action. M. Cazin, qui s’est donné pour mission la défense de nos médicaments indigènes, répond à cette attaque en disant que si cela est, c’est que le remède a été administré sans précaution, à dose trop forte ou lorsqu’il y avait contre-indication à son emploi ; que d’ailleurs, l’ipécacuanha luimême n'est pas constant dans ses effets.
Le Cabaret est, de plus, anthelminthique et sternutatoire. 11 entre dans la poudre de Sainl-Ange. Les vétérinaires, dans les campagnes, s’en servent pour purger les poulains farcineux. — Nous ne parlerons pas de ses propriétés diurétiques et fondantes, qui n’ont jamais été bien constatées.
L’Asaret n’entrait point dans les couronnes préparées par les anciens : de là son nom, pense-t-on (de « priv. et <r<uy<u, je pare). On l’appelle Cabaret, parce que les ivrognes s'en servaient pour se faire vomir et recommencer leurs orgies. Toutefois, le docteur Smimoff vient, de se convaincre, par des essais répétés, que l'asarion europæum, au contraire, « mérite bien la réputation qu'a cette plante, en Russie, d’ctre un excellent remède contre les effets des liqueurs alcooliques et pour neutraliser le besoin factice, mais irrésistible, de l’alcool. »
récolte. — Le Cabaret croit aux lieux ombragés, dans le midi de la France et même aux environs de Paris, où pourtant il est assez rare. 11 fleurit en avril-mai. Sa récolte doit se faire avant la floraison et à l’automne pour la racine, pendant l’été pour les feuilles. Cette racine, de la grosseur d'une plume, grise, marquée de distance en distance de nodosités d’ou partent des fibres blanchâtres, contient, entre autres principes, une matière brune vomitive et une huile volatile camphrée. Séchée à l’air libre, elle diflêre peu de l’état frais ; son odeur est plus faible, et sa saveur aromatique presque agréable. Elle doit être renouvelée deux fois par an. On pense généralement qu’au bout de six mois, de vomitive elle devient purgative, un peu plus tard diurétique et enlin inerte.
préparations, doses. — Poudre (racine ou feuilles) : i à 2 gr., comme vomitif. — « J’ai employé cette poudre, dit M. Cazin, à la
dose de 10, 15, 20 cent., comme altérante, dans la bronchite chronique, la coqueluche, et surtout dans la diarrhée. Elle m’a réussi aussi bien que l’ipécacuanha. Je la mêle quelquefois à la belladone pour combattre la coqueluche. » — La racine en poudre est un excellent remède pour le farcin des chevaux ( 15 jusqu’à 30 gr.), mêlée avec du son mouillé (Chomel).
Les paysans en font infuser 6 à 15 feuilles dans de l’eau bien pure pour prendre le matin à jeun avec un peu de miel ou de cassonnade. — L'infusion de 4 à 16 gr. de la racine dans 500 gr. de vin blanc se donbait autrefois comme vomitii assez sûr.
DOMPTE-VENIN. Asclépios vincetoxicum, L.
(Fam. Asclépiadées.)
S oms tulg» : Asclépiade, Asclépiado blanche.
description (pl. lvi, 2). — Plante vivace, de 4-8 décim. de haut. Tiges dressées, simples, feuillées, glabres. Feuilles opposées, ovaleslancéolées, entières, un peu coriaces et vertes-lisses en dessus. Fleurs blanchâtres, petites, disposées en corymbes sur des pédoncules axillaires. Calice à 5 divisions lancéolées; corolle à5 lobes un peu épais, obtus, glabres, ouverts en étoile; étamines 5, alternes, à filets soudés en un tube qui entoure l’ovaire, et munis chacun d’un appendice en forme de cornet recouvrant l’anthère correspondante, etc. Deux follicules obloDgs, ventrus, s’ouvrant par une fente longitudinale.
propriétés, usages. — Voici une plante dont les effets thérapeutiques sont peu connus, parce qu’ils varient suivant les doses auxquelles on l’admiDistre et les maladies qu’on veut combattre. Quelques auteurs l’indiquent comme alexipharmaque ; mais ce prétendu dompte-venin parait être lui-même uu poison, puisque les chiens sur lesquels Orllla l’a expérimenté en sont morts, avec l’estomac enflammé. Toutefois, il est bien certain que 1 ’Asclepias des Grecs et de Dioscoride en particulier n’est point notre Vincetoxicum.
Le Dompte-Venin peut être employé soit comme purgatif, soit comme vomitif; Costc et Willemet conseillent de le substituer àl'ipécacuanha. «Sa racine donnée en décoction à petite dose a été utile dans l’anasarque survenue à la suite de la scarlatine, où elle a agi comme diurétique’ ou diaphor (tique. » Je souligne ces deux mots pour en faire voir l'antagonisme.
L’action altérante de cette plante est la seule admissible dans ce passage de Gilibert : « Quelques auteurs, dit-il, condamnent l’usage
IW PLANTES MÉDICINALES.
de cette racine. Cependant la décoction, que nous avons souvent ordonnée à haute dose, n'a jamais causé le moindre accident : nous l'avons trouvée utile dans les dartres, les anasarques, les écrouelles, la chlorose et la suppression des règles; elle augmente sensiblement le cours des urines....» Le môme auteur ajoute ceci : « Extérieurement elle déterge les ulcères et arrête les progrès du vice scrofuleux.» Les paysans emploient les feuilles comme résolutives dans les engorgements lymphatiques et glanduleux, etc.
L’Asclépiade est négligée par les bestiaux, excepté les chèvres qui broutent l’extrémité de ses tiges. On pourrait utiliser le duvet soyeux attaché en aigrettes aux graines pour faire des coussins, des matelas ; ses tiges donnent une filasse analogue à celle du chanvre, et même, par un procédé nouveau (M. Basinier), une ouate entièrement semblable à celle du coton. L’Asclépias doit être cultivé eu grand.
récolte. — Le Dompte-Venin habite les bois pierreux et secs, les coteaux incultes ; il fleurit en mai-aoùt. Sa racine peut se récolter depuis l'automne jusqu’au printemps; elle est blanchâtre, munie de beaucoup de fibres rameuses, d une odeur forte et désagréable et d’une saveur amère, âcre et nauséeuse, tandis que le reste de la plante est à peu près inodore et beaucoup moins sapide. La dessiccation fait perdre à cette racine la plus grande partie de ses qualités.
PRÉPARATIONS, doses. — Décoction (racine): 1S à 30 gr. par kilog. d’eau. Extrait: t à 4 gr. en électuaire ou en pilules, etc. Poudre (feuilles) : l gr. 30 c. à 2 gr. Employée comme vomitive par les habitants du pays de Liège (Willemet).
ASPERGE. Asparagus officinalis, L.
(Genre type dc« Asparaginces.)
description. — Cette plante étant connue de tout le monde et ayant ses caractères spécifiques indiqués dans le Court de Botanique, nous nous dispenserons de la décrire.
propriétés, usages. — Les racines de l’Asperge sont vivaces, et donnent naissance chaque année à de jeunes pousses, appelées tarions, qui constituent un aliment recherché. Cfes parties sont utilisées en médecine.
Les racines sont mucilagineuses, un peu amères, et s’emploient, depuis des siècles, comme diurétiques et apéritives, dans les obs-
tractions des viscères abdominaux, la jaunisse, etc. — Les jeunes pousses ont aussi une action très-prononcée sur la sécrétion rénale; on sait qu’elles communiquent à l’urine une odeur forte et désagréable qui frappe l'odorat de tous ceux qui ont fait usage de cet aliment. Mais c’est surtout comme sédatives de la circulation qu’elles méritent d’être mentionnées. Un homme étranger à la médecine. Fourrier, secrétaire de l'Académie des sciences, afiecté d’hypertrophie du cœur, se sentant soulagé toutes les fois qu'il mangeait des asperges, conçut l’idée d’en préparer un sirop, ce qui lui procura le même soulagement. Dès lors les médecins s’emparèrent de ce fait et expérimentèrent le nouveau médicament, qui parut ralentir les battements du cœur. Broussais en fit un pompeux éloge , parce qu’il agissait comme sédatif puissant, sans irriter l'estomac comme le fait la digitale, ni stupéfier le système nerveux comme l’opium ou l’acide hydrocyanique. Ensuite, le' sirop de pointes d'asperges fut essayé par MM. Piorry, Emery, Fouquier, Andral, Serres, etc., dans les hypertrophies du cœur et les hydropisies qui en dépendent, dans la suractivité des organes, la phthisie pulmonaire, les catarrhes bronchiques, et toujours avec des avantages marqués.
récolte. — L’Asperge croit à l’état sauvage dans certains terrains légers, mai? elle est cultivée dans tous les jardins potagers, et c’est de celle-là que la médecine se sert.
préparations, doses. — Décoction (racine) : 30 gr. par kilog. d’eau. — Cette racine entre dans les bouillons, les apozèmes dits apéritifs, et dans le sirop des cinq racines apéritives. Sirop (de pointes d’asperges) : 30 à 60 gr. en potion, comme sédatif de l’action du cœur et comme diurétique.
ASPÉRULE. Asperula odorata, L.
(Fam. Rudiacées.)
Soins culg. : Hépatique étoilée, petit Muguet, Reine des bois. Petite garance.
description (pl. ax, 3). — Plante herbacée, vivace, dont la hauteur varie considérablement (de 15 à 40 centim.), selon que le sol est stérile ou gras et cultivé. Tiges dressées, simples ou rameuses, presque carrées, noueuses, glabres. Feuilles étroites, linéairesovales, lisses, formant à chaque nœud des verticilles de 4 à 8. Fleurs blanches, petites, pédonculées, terminales. Calice très-petit; 4-denté; corolle à 4 découpures réfléchies en dehors; 4 étamines. Capsules 2, globuleuses, accolées.
propriétés , usages. — Odeur agréable, plus prononcée dans la plante sèche; saveur un peu amère. Propriétés analogues à celles du caille-lait, auquel nous renvoyons le lecteur.
L’Herbe a l'esquinancie et la Petite-Garance sont deux espèces du même genre qui ne sont pas d'une utilité plus grande en méde. cine.
« La racine de la plupart des Aspérules possède la faculté de teindre en rouge. Quelques espèces portent un fruit hérissé ; d’autres ont une tige ou des feuilles âpres au toucher, qui justifient ou du moins expliquent la dénomination imposée au genre entier. »
ASTRAGALE. Astragalus glycyphyllos.
(Fotn, Ligckineüses; tribu : Lotées.)
Noms eu/g. : Réglissa bâtarde, Réglissier.
description (pl. xx, 6). — Plante herbacée, vivace, haute de 50 à 70 centim. Racine ligneuse, dont les nombreux rameaux se répandent au loin. Tiges difluses, couchées, glabres. Feuilles alternes, composées de 6, 6 ou 7 paires de folioles ovales, stipulées. Fleurs d’un jaune pâle un peu verdâtre, en épis courts. (Voir au Cours de Botanique, page 273.)
propriétés, usages. — L’Astragale est adoucissante, un peu diurétique. Gilibert l’a prescrite avec succès contre les dartres, lesstranguries, les coliques.
Mais c’est une plante plutôt fourragère que médicinale : les bestiaux en sont avides. Elle prospère dans les terrains les plus maigres, et l’on s’étonne qu’elle ne soit pas cultivée en grand. Elle offre un fourrage nourrissant qui augmente le lait des vaches.
récolte. —11 suffit de dire que l’Astragale est commune en Europe, dans les bois, les prairies ombragées, et qu'elle fleurit aux mois de mai, juin et juillet.
L’Astragale sans tige, Astragalus exscapus, qui consiste en une touffe de feuilles à long pétiole portant une vingtaine de paires de folioles et dont les fleurs sont jaunes, etc., a été exaltée comme antisyphilitique. C’est sa racine qui jouissait de ces prétendues propriétés. Cette plante se trouve dans les Alpes.
AUNE. Betula alnus, L.
(Fâm. Bétolacées.)
Arbre (v. t.l, p. 128), dont l'écorce est d’uue saveur âpre et astrin*
gente, due à une forte proportion de tannin, et qui est employée, en gargarismes, dans les angines et l’esquinancie. On s’en sert surtout pour le tannage des cuirs. — Le bois de l'Aune, quoique léger, résiste parfaitement à l’eau : on en fait des tuyaux de pompe, etc.
AUNÉE. biula helerdum, L.
(Fana. Composées; tribu : Corymbipèïie s.) b’om rulg. : Inule, Héléniairc, Enule campane, Hélémne, Lionne, Œil de cheval.
description (pl. xxxiii, b). — Plante vivace, grande et belle, de 1 à 2 mètres. Souche épaisse, charnue. Tige dressée, robuste, peu rameuse, pubescente. Feuilles très-amples, les radicales (1) ovalesallongées, molles, cotonneuses, crénelées, finissant insensiblement en un long pétiole ; les caulinaires ovales-aigués , semi-amplexicaules, d’autant plus petites qu’elles sont plus élevées. Fleurs en capitules très-gros , peu nombreux , en corymbe terminal. Involucre composé de plusieurs rangs de folioles imbriquées, cordiformes, lâches et cotonneuses; réceptacle légèrement convexe, nu, présentant de petits alvéoles où sont reçus les fleurons, qui sont d’un beau jaune. Akènes glabres, à aigrette d’un blauc roussâtre.
propriétés, usages. — L’Aunée est un de nos meilleurs médicaments indigènes, quoi qu’en aient dit Cullen et Alibert. Elle a une saveur amère, aromatique, piquante et âcre ; de toutes ses parties, il n'y a que la racine qui ait de l'odeur, laquelle est forte, pénétrante, aromatique, agréable. Cette racine est d'ailleurs la seule partie de la plante employée en médecine. Elle est tonique-stimulante ; cette dernière propriété la rend en môme temps diurétique, sudorifique, expectorante ou emménagogue, suivant les cas.
En général, on prescrit la racine d’aunée dans l’atonie des organes digestifs, les catarrhes pulmonaires chroniques, les leucorrhées, les scrofules, la chlorose ; dans oertaines diarrhées atoniques ; dans les fièvres exanthéinateuses, quand l’éruption tarde à se faire ou ne parait pas, faute de réaction vitale suffisante; dans les catarrhes muqueux surtout, avec engorgement du poumon et gène de la respiration. « Rien n’abrége la convalescence des maladies adynamiques, dit M. Faivre d’Esnaus, médecin des épidémies à Baunes-les- Dames, comme la décoction ou la poudre d'Aunée (racine ou fleurs). Je les emploie avec la plus grande confiance à l’hôpital et dans ma pratique. »
(1) Qui ne 60 voient pua sur la figure.
L’Aunée est efficace, en lotions et en pommade, contre la gale, et pour déterger les ulcères sanieux, etc. La médecine vétérinaire en fait un assez grand usage dans ce dernier cas.
récolte. — L’Aunée croit naturellement dans les prés gras, ombragés, le long des fossés, des étangs, des haies : on la cultive souvent dans les Jardins. Elle fleurit en juillet-septembre. On en recueille la racine la seconde ou la troisième année. Cette racine est grosse, épaisse, charnue, rameuse, blanche à l’intérieur, d'un jaune brunâtre en dehors. Quand elle est très-gro3se , il convient de la fendre pour la sécher, afin qu’elle ne pourrisse pas ; la dessiccation ne lui fait rien perdre de ses propriétés, quoique sa couleur et son odeur aient été modifiées, en ce sens que la première tire sur lé gris, et la seconde sur l’arome de l’iris ou de la violette.
Le nom de cette plante vient-il des lieux qu'elle affectionne et qui sont ceux où croissent les aulnes, ou de ce que, suivant les anciens, une fleur naît des larmes d’Hélène ( enula ) 1 préparations, DOSES. — Infusion (racine) : f 5 à 30 gr. par kil. d’eaü. Poudre : 1 à 2 gr. en pilules ou dans du vin, comme tonique, expectorante. Fin d'A unée ( macération de f partie de racine fraîche dans 16 parties de vin blanc) : 30 à 100 gr. comme stomachique, antichlorotique, expectorant. Décoction pour lotions : 30 à 60 gr. par kil. d’eau. Pommade : poudre de racine d'Aunée incorporée dans de l’axonge pour frictions contre la gale.
L’Aunée odorante, Inula odora, de la Provence et du midi de l’Europe, dont la racine est très-aromatique, jouit des mêmes propriétés.
L’AUNÉE DYSSENTÉRIQCE, Inula dyssenlerica, ou Année des prés, Conyse, herbe de Saint~Roch, n’a que des vertus imaginaires contre la dyssentcrie.
AVOINE. Avena satiia, L.
(Fam. Graminées.)
L'Avoine est une plante annuelle, originaire d'Asie, que l’on cultive dans toute l’Europe pour la nourriture des chevaux et quelquefois pour celle do l’homme. (V. t. I, p. 90, pour ses caractères botaniques.)
En médecine, on emploie les semences de l'Avoine sous plusieurs formes. En décoction, sans être privées de leur enveloppe, elles sont diurétiques, très-efficaces dans les hydropisies. Dépourvues de leur
DESCRIPTION ET USAGE. 1 i i
pellicule, elles forment le gruau d'avoine, avec lequel on prépare des tisanes adoucissantes et nutritives, très-employées chez les enfants.
La farine d’ Avoine contient peu de gluten, de la fécule, du mucilage, du sucre. On en fait des cataplasmes émollients et légèrement résolutifs. — L’eau aierie sur la farine d’avoine forme, avec le sucre et une petite dose de vin blanc, une limonade antiseptique dont Pringle a constaté les avantages pour arrêter les progrès du scorbut.
L’Amn« entière est souvent appliquée, cuite avec du vinaigre, dans les campagnes, pour enlever les douleurs pleurodyniques, celles du lumbago, etc.
La balle d' Avoine sert à confectionner des coussinets pour les appareils à fractures , ainsi que des oreillers pour remplacer ceux de plumes , qui , dans les affections cérébrales, échauffent trop la tète.
L 'Avoine nue , Avena nuda, se rapproche de la cultivée par ses caractères botaniques et par ses propriétés ; son grain est plus petit.
L’Avoine élevée, Avena elatior , est un fourrage très-estimé.
L’Avoine folie, Avena fatua, ou Avron, est précoce et étouffe le3 grains utiles au milieu desquels elle croit. Selon Gillbert, ses graines, quand elles ont germé, offrent de longues barbes qui peuvent servir d’hygromètre ; elles rampent dans les granges jusques aux murs.
AURONE. Arlemitia abrotanum, L.
(Para. Composées; tribu : Corymbifêres; geure Armoise.)
Nomi tulg. : Citronne!!», Armoise mâle, Armoise des jardins, Armoise citronnelle.
description (pl. xxxvi, 5). — Sous-arbrisseau de 60 à 95 centim. Tiges dressées, rameuses (i), cendrées, à rameaux verdâtres. Feuilles très-divisées en découpures linéaires presque capillaires , un peu pubescentes, d’un vert grisâtre ou blanchâtre. Fleurs en capitules Jaunâtres, nombreux, disposés en grappes terminales, présentant les caractères génériques du genre Armoise. (Voy. 1. 1, p. 215.))
propriétés.— La Citronnelle possède, ainsi que l’indique son nom, une odeur de citron très-pénétrante, surtout lorsqu’on la froisse. Voi*
(i) On n’a représenté qu’une sommité fleurie.
sine de l'armoise et de l'absinthe, elle en a aussi les propriétés, mais à un plus faible degré.» On peut en préparer une espèce de thé trèsagréable, stomachique, anthelminthique et utile contre les vents. Murray pense que sa prétendue efficacité contre l’alopécie pourrait bien être une signature et provenir de la forme capillaire de ses feuilles. M* de Lamark affirme que l’huile essentielle de cette plante donne du camphre. »
récolte. — La Citronnelle peut se récolter toute l’année, soit dans les départements méridionaux, où elle croit spontanément» soit dans no3 jardins où elle est cultivée et se montre également vivace. Sa dessiccation ne diminue ni sa saveur, ni l’aspect blanchâtre de ses feuilles, à moins que la plante ne soit ancienne ou mal séchée.
préparations, doses. — Infusion (sommités vertes) : 30 à 60 gr. par kilog. d'eau. Infusion (sommités sèches) : la à30gr. par kilog. d'eau. Poudre : 4 gr. en pilules ou dans du vin.
BAGUENAUDIER. Colutea arborescens, L.
(Fam. Légumineuses.)
Noms vu Ig. i Colutier, Faux Séné, Séné d’Europe, Séné vésioulenx,
Arbre à vessies.
description. — Arbrisseau d’un port agréable, s'élevant à 2-J mètres. Feuilles alternes, composées de 7 à 12 folioles, imparipinnées, oblongues-arrondies, d'un vert blanchâtre, subpubescentes en dessous. Fleurs jaunes ou veinées de rouge, disposées en grappes axillaires. 10 étamines dont 9 à filets réunis enveloppant le pistil ; style à stigmate crochu. Légume vésiculeux, glabre, fermé au sommet, éclatant avec bruit par la pression ; semences noirâtres.
propriétés, usages.— Les feuilles de Baguenaudier ont une saveur un peu âcre, et sont purgatives. Boerhaave, Gesner, Bartholin, Garidel les considèrent comme très-propres à remplacer le séné; mais celui-ci a sur elles l'immense avantage de produire autant d’effet à une dose six ou sept fois moindre. Leur usage toutefois ne peut être suivi d’aucun accident, et, suivant Coste, il ne laisse pas de faiblesse dans le canal intestinal après l’effet purgatif.
récolte. — Le Baguenaudier croit spontanément sur les montagnes de l’Italie, de la Suisse et des provinces méridionales de la France. Il est d’une culture facile. 11 fleurit en mai. On récolte ses feuilles vers le milieu de septembre. On les monde et on les sèche
à 1 ombre. Souvent on les môle avec le séné dans un but de sophistication qui n’a d’ailleurs aucun inconvénient pour la santé. Les gousses ont été proposées comme succédané des follicule du séné ; mais elles sont encore moins purgatives que les feuilles.
préparations, boses. — Infusion (feuilles): 30 à 90 gr.pour B 00 gr. d eau. Suivant Coste et Willemet, l’infusion purge mieux que la décoction. — Bodard ajoutait à cette préparation: racine de réglisse verte effilée, 30 gr.; semences de fenouil sucré d’Italie, 2 pincées : prendre 3 verres chaque matin à 2 ou 3 heures d'intervalle pendant deux jours de suite.
Fumées avec la pipe ou en cigarettes, les feuilles du Baguenaudier font couler une grande quantité de sérosités nasales ( Coste et Willemet).
BALLOTE. Ballota ntgra, L.
(Fam. Labiées.)
Noms ml/. : Marrube noir, Marrube fétide, Ballote fétide, Ballote noire.
description. — Plante vivace, d’un vert sombre, pubescente, de 50 à 80 cent, de haut. Tiges dressées, rameuses. Feuilles ovales, un peu cordées, pétiolées, ridées et crénelées. Fleurs purpurines, en verticilles multiflores, axillaires, opposés. Calice nervuré, campa* niforme, à limbe 5-denté, ample, à 5 plis ; corolle bilabiée, à tube presque inclus dans le calice ; lèvre supérieure droite, entière ; lèvre inférieure à 3 lobes dont le moyen est plus grand ; étamines 4, didynames, saillantes, parallèles sous la lèvre supérieure. Akènes oblongs, glabres.
propriétés. — Odeur forte, désagréable, féüde ; cette plante est recommandée dans l'hystérie et les autres affections nerveuses. Tournefort conseillait de boire 3 ou 4 verres par jour de son Infusion pour se garantir de la goutte. Médicament inusité de nos jours.
RÉCOLTE. — Si l’on veut l’essayer, on trouvera la Ballote le long des haies, des chemins, où elle est très-commune ot fleurit presque tout l’été.
BALSAM1TE. Tanacetum balsamita, L.
(Fam. Composées; tribu : Corïmbipékes.)
Noms eulg. : Balsamite odorante, Grand-Baume, Baume-Coq, Baume dos jardins, Menthe-Coq, Menthe Notre-Dame.
La Balsamite odorante, qu’ou avait confondue avec les Tanaisies,
diffère de ce genre par ses fleurons tous quinquéfldes et hermaphrodites, et par ses fruits couronnés d'une membrane unilatérale. Elle croît dans les lieux incultes du midi de la France; on la cultive dans tous les jardins.
description (pl. xxxtii, 1). — Mante à plusieurs tiges dressées, très-rameuses, blanchâtres et comme pulvérulentes, hautes de 60 à 95 cent, et plus, s'élevant d’une racine vivace et fibreuse. Feuille* radicales à long pétiole, ovales-allongées, dentées, d’un vert clair et pulvérulentes; les caulinaires sessiles. Fleurs en nombreux glomérules formant, par leur réunion, une sorte de corymbe terminal ; involucre hémisphérique, composé décailles imbriquées; fleurons tous hermaphrodites à 5 divisions, trôs-serrés les uns contre les autres, etc.
propriétés. — Cette plante a une odeur forte, pénétrante, baUa~ mique, agréable; une saveur chaude et amère. C'est un tonique excitant qui peut être employé comme antispasmodique, vermifuge et vulnéraire. Jadis elle a joui d'une grande réputation, surtout à titre d’antihystérique et antimélancolique ; mais elle esta peu près oubliée aujourd’hui. 11 n’est pas inutile cependant de répéter que ses fleurs peuvent remplacer la tanaisie contre les vers lombrics. On l’emploie aussi comme correctif de l’opium.
BARBAP.ÉE. Erysimum barbarea, L.
(Fam. Crucifères.)
Noms r ulg. i Herbe au charpentier, Herbe de Sainte-Barbe, Cresson de terre, Rondotte.
description {pl. xxxvit, 2). — Flante bisannuelle, herbacée, de 30 à 60 cent.de haut environ. Tiges dressées, glabres, simples en bas, rameuses en haut. Feuilles sessiles, les inférieures grandes, pinnatifldes, dont le lobe terminal est plus grand, arrondi, denté, les latéraux elliptiques, presque entiers ; feuilles supérieures plus petites, ljrées. Fleurs jaunes, petites, en grappes terminales (i); calice égal, non bossu à sa base, à i sépales dressés, caducs; corolle à 4 pétales en croix; 6 étamines dont 2 plus courtes que les 4 autres; 4 petites glandes à la base des filets staminaux. Siliques allongées, subcyiindriques, presque linéaires.
(I ) La plante représentée offre sur les mêmes rameaux, des fleurs écloses, tout k fait à l'extrémité, des fleurs non ouverte» et des siliques.
propriétés. La Barbarée est inodore, mais sa saveur piquante est analogue à celle du cresson. Ses feuilles, qui sont légèrement âcres, sont estimées antiscorbutiques. On les mange jeunes, en salade, dans plusieurs cantons, malgré leur saveur piquante.
récolte. — C’est dans les bois, le long des ruisseaux, aux lieux humides, qu'il faut la faire; quelquefois dans les jardins, où ses fleurs doublent (Girarde jaune).
HARDANE. Arctium lappa.
(Fam. Composées; tribu : Flosculkgsbs.) \
Aonri culg. ; Herbe^aux teigneux; Grande bardane, Gkraterou.
description (pl. xlv, i). — Plante herbacée, bisannuelle, de 60 à 90 cent. Racine grosse, longue, fusiforme, brunâtre à l’extérieur, blanche en dedans. Tige rameuse, ferme, sillonnée et pubescente. Feuilles alternes, pétiolées, ovales, terminées par une pointe, blanchâtres tomenteuses en dessous, les inférieures très-larges et longues, cordées à la base, les supérieures ovales-lancéoiées, allant en diminuant de dimension. Fleurs en capitules arrondis, purpurins, formant une panicule irrégulière feuillée. Involucre subglobuleux à nombreuses folioles imbriquées et terminées chacune par une pointe recourbée en crochet (i); réceptacle hérissé de soies. .Fleurons égaux, tous hermaphrodites, réguliers; corolle tubuleuse à 5 dents, sortant de l’involucre. Akènes surmontés d’une aigrette à soies courtes.
propriétés, usages. — L’odeur des fleurs est faible, désagréable, leur saveur est amère ; odeur des reuillea nulle, mais saveur trèsamère; odeur de la racine fade, nauséeuse, ;mais saveur mucilagineuse, douceâtre.
La racine de Bardane est estimée sudorifique, dépurative et diurétique. Sa réputation, comme sudorifique, parait fondée, car elle réussit contre les dartres et la syphilis constitutionnelle. On a prétendu même qu’elle pouvait remplacer ici la salsepareille. Ce qui parait certain, c’est qu'un médecin, nommé Pena, guérit le roi de Fiance Henri 111 de la syphilis, en lui faisant prendre une décoction de Bardane et de Séné dans du vin blanc : le monarque avait été traité auparavant sans succès par ses médecins ordinaires. M. Cazin dit avoir guéri de la même manière un ancien militaire chez lequel étaient survenues des pustules au front (corona Veneri 1) et des dou-
’l) On « figura un* d* ce* foliole* ou écailles.
f 1 6 PLANTES MÉDICINALES.
leurs ostéocopes très-vives au tibia, après uu traitement mercurie
qui fût infructueux.
Les feuilles de Bardane sont résolutives et cicatrisantes ; elles détergent les ulcères, modifient avantageusement les plaques de la teigne, d’où son nom d’herbe aux teigneux. Appliquées fraîches sur la peau, elles y déterminent une exhalation favorable et peuvent ainsi remplacer, chez les pauvres, le papier chimique et l’emplâtre de diachylon ou même celui de poix de Bourgogne.
11 ne faut pas compter la Bardane comme diurétique, quoiqu'elle contienne un peu de nitrate de potasse. Ses semences agissent cependant en augmentant la sécrétion urinaire, mais on ne les emploie plus. #
Cette plante n’est pas un bon fourrage : il est bon d’en purger les prairies, quoique les vaches, les chèvres et les brebis la broutent.
récolte. — La Bardane croit sur les bords des chemins, dans les villages, les lieux incultes, auprès des masures. Elle fleurit en juinseptembre. Sa racine se recueille au mois d’octobre ; on la monde, on la coupe par rouelles, puis on la fait sécher à l’étuve. 11 faut rejeter celle qui est ligneuse. On peut la récolter en tout temps pour l’employer fraîche.
préparations, doses. — Décoction (racine) : 15 à 60 gr. par kilog. d’eau. Cataplasme (feuilles pilées ou cuites) : quantité voulue. Suc (des feuilles) : Percy le battait dans un vase d’étain avec partie égale d’huile et quelques balles de plomb ; il en résultait une espèce de pommade contenant du plomb et de l’étain à l’état d’oxyde, qu’il employait dans le pansement des ulcères atoniques des jambes pour en opérer la cicatrisation, laquelle ne se faisait pas attendre longtemps.
BECCABUNGA. Veronica beccabunga, L.
(Fam. Scroi'HClarikes; genre Véronique.)
Nonu calg. : Véronique beccabunga, Véronique aquatique, Creaaonnée, Cresson-de-cheval.
description (pi. xuu. S). — Platile herbacé», vivace, de 20 à 60 cent, de haut. Racine fibreuse, blanche. Tige robuste, couchéerampante, puis ascendante, simple ou rameuse, glabre, tendre et succulente. Feuilles opposées, ovales-larges, dentées, glabres, comme Charnues. Fleurs bleues, très-petites, à pédicelles munis de 2 bractées étroites, disposées en grappes lâches à l’extrémité des rameaux
axillaires. Calice à 4 divisions oblongues-lancéolées ; corolle dépassant le calice ; 2 étamines; style filiforme à stigmate simple, sur un ovaire biioculaire. Capsule presque ovale, à 2 loges plurispermes.
propriétés, usages. — Le Beccabunga possède les vertus des Crucifères, à un moindre degré toutefois. 11 est inodore, mais d’une saveur amère, un peu âcre. On l’emploie comme antiscorbutique et dépuratif, dans les mêmes cas que le cresson et le cochléaria. Il a paru utile dans certains engorgements atoniques des viscères abdominaux qui succèdent à la goutte irrégulière.
récolte. — Le Beccabunga s’emploie toujours vert. On doit le cueillir pendant la floraison, qui a lieu pendant tout l’été à peu près, aux lieux aquatiques, aux bords des ruisseaux ; au commencement du printemps, ses jeunes tiges ont à peine de la saveur, et plus tard, lorsqu'il a fourni ses grainefe, il no lui reste qu’une légère astringence. Les qualités de cette plante varient selon les lieux où elle croit et son exposition.
préparation , DOSES. — Suc : 60 à 123 gr., seul ou dans du lait, ou mêlé ausuc de cresson. On mange lap/anteea salade. Les feuilles pilées sont quelquefois appliquées en cataplasme sur les ulcères entretenus par le vice scorbutique. Simon Pauli assure que ce cataplasme apaise la douleur des hémorrhoïdes et les guérit.
BELLADONE. Atropa belladona, L.
(Fnm. Solanéks.)
Noms ri Ug, : Belle-Dame, Morelle farieuMî, Morello marine, Guignes do côtes, Permenton, etc.
description (pl. lu, 2). — Plante herbacée, vivace, haute de 90 cent, i t mèt. 30 c. Tige dressée, un peu velue, dichotome ou trichotome. Feuilles alternes, géminées, assez amples, ovales-aiguës, et atténuées en pétiole, entières, molles, d'un vert sombre. Fleurs d’un pourpre obscur ou livide, solitaires ou géminées à l’aisselle des feuilles, pédonculées, assez grandes et penchées. Calice campanulé à 5 divisions; corolle en forme de cloche, allongée, dont le limbe oflre 3 divisions courtes et obtuses ; 5 étamines plus courtes que la corolle ; pistil plus long qu’elles, à stigmate en tète. Baie biioculaire, prenant à sa maturité le volume d’une petite cerise, d'abord verte, puis rouge et enfin noire, accompagnée du calice persistant qui s’étale alors en étoile. ... ,
moïjuétés, usages. — La Belladone est une des plantes les plus importantes de la matière médicale , quoiqu’elle soit vénéneuse. Elle est douée d'une odeur vireuse et d'une saveur nauséeuse, un peu âcre. On emploie toutes ses parties, mais principalement les feuilles et la racine, dont les propriétés sont plus énergiques et plus sûres. Administrée à dose3 un peu fortes, elle produit des vertiges, des nausées, la dilatation des pupilles, du délire, l'injection de la face, des hallucinations visuelles, quelquefois l'aphonie, enfin le coma et Ja mort. Ajoutons cependant que cette dernière terminaison de l’empoisonnement par la Belladone n’est pas aussi fréquente qu’on l’a dit. Son principe actif est l’atropine.
Comme agent thérapeutique, la Belladone fut d'abord administrée pour calmer les douleurs, celles du cancer particulièrement, et pour procurer du calme et du sommeil. Plus tard on lui reconnut d'autres propriétés, celles de combattre la rigidité spasmodique des muscles, l'état de spasme et de contraction des autres organes, de dilater la pupille, de préserver de la scarlatine, etc. Si bien qu’en ce moment il est acquis à la science que cette plante est utile dans les états morbides qui suivent :
1* Névralgies. Do tous les médicaments employés contre le symptême douleur, disent MM. Trousseau et Pidoux, il n'eu est pas qui nous ait semble plus efficace que la Belladone. Mais ici il faut soigneusement distinguer les cas : si contre les douleurs internes, l'opium est évidemment plus efficace, il n'en est plus de même pour les douleurs externes ; tout le inonde s’accorde, en eilet, à considérer la Belladone, employée en poudre à l'intérieur, ou en extrait à l’extérieur, comme un excellent moyen de combattre les névralgies en général, et spécialement celles de la face.
*2" Névroses. La Belladone a été préconisée, dans le traitement des toux nerveuses, de l’asthme, des convulsions, de la coqueluche et de l’épilepsie. C’est dans ces deux dernières affections qu'elle a donné lieu aux essais les plus persévérants. Hufeland la considèro comme un spécifique contre la coqueluche ; et Guersant, Trousseau, etc., lui accordent aussi une très-grande confiance. Comme anti-épileptique, elle s’est acquis encore une assez grande renommée. Le P. Debreyne, de la Grande Trappe, a annoncé en 1843 qu’il avait administré l’extrait de la Belladone à près de 200 épileptiques, et qu'il ne lui est pas arrivé peut-être, de l’avoir donnée sans obtenir des eflets avantageux. Nous dirons que beaucoup d’autres expérimentateurs, tels que Ferrus, Leuret, Guyault, Leguy, etc., ont amélioré
l'état de beaucoup d’épileptiques par l’emploi de ce médicament; mais de guérisons, personne n’en cite pour ainsi dire.
3* Constrictions spasmodiques. Aucun agent ne peut remplacer la Belladone lorsqu’il s’agit de remédier à certaines contractions de canaux ou de muscles, dues à un état nerveux ou inflammatoire; elle est, en effet, d’une grande utilité pour faire cesser le spasme de l’urètre dans la blennorrhagie, le resserrement trop prononcé du col de la matrice pendant l’accouchement, les constrictions du col ou du corps de la vessie, lesquelles causent la rétention d’urine dans le premier cas, l’incontinence dans le second; enfin pour favoriser la dilatation du canal inguinal dans la hernie étranglée, et permettre aux viscères échappés de leur cavité naturelle d’y rentrer.
4» Ophthalmies. La Belladone est souvent employée pour dilater la pupille, dans le but soit de détruire les adhérences de l’iris avec le cristallin, soit de rendre plus facile la sortie de ce dernier lorsqu’on pratique l’opération de la cataracte par extraction, ou les manœuvres du chirurgien dans l’opération par abaissement.
Enfin la Belladone est un remède préservatif do la scarlatine.
Il est beaucoup d’autres affections contre lesquelles on l’a mise en usage, mais, à cet égard, rien de bien constaté.
Nous ne parlons pas de ses applications externes sous forme de fomentations, d'injections, de pommades calmantes ou narcotiques, etc., employées contre les ulcères cancéreux, les douleurs névralgiques aiguës, les fissures, etc.
La Belle-Dame, ainsi nommée de ce que les dames romaines se servaient de son suc pour embellir leur peau, est , comme nous l'avons déjà dit, vénéneuse pour l’homme ; mais elle est recherchée par divers animaux, tels que les moutons, les lapins, les cochons. Les limaçons en rongent avidement les feuilles, f récolte. — La Belladone est très-répandue dans toute l'Europe; on la trouve dans les bois taillis, les haies, les jardins abandonnés, le long des murs et des décombres, sur les coteaux couverts, où elle fleurit pendant tout l’été. On se procure les feuilles dans le mois de juin, les fruits et les sommités dans le mois d'août, les racines en septembre. Ces substances, mondées, se sèchent à l’étuve, les unes disposées en guirlandes, les autres coupées en rouelles, car les racines sont grasses et longues. Les baies ressemblent un peu à la cerise ou à la guigne, et comme leur saveur est douceâtre et sucrée, elles ont donné lieu à de nombreux empoisonnements chez les enfants.
préparations, doses. — Poudre (feuilles) : 2 à S cent., et progressivement jusqu’à 20, 30, 40 cent, et plus par jour, de manière à produire de légers vertiges, ce qui est, selon la plupart des auteurs, la condition de son efficacité ou du moins de son action la plus marquée. — La poudre de la racine peut se donner aux mêmes doses, mais il ne faut pas oublier qu'elle est plus active. — On roule les feuilles sèches dans du papier pour préparer des cigarettes que l’on fait fumer aux asthmatiques et aux phthisiques.
Extrait aqueux : S cent, à t gr., en pilules ou potion. — Pour l’extérieur, 1 à 2 gr., soit seul, soit incorporé dans 8 à 16 grammes d'axonge en frictions sur la peau, les fissures douloureuses de l'anus ou du sein, les ulcères cancéreux.
Teinture alcoolique : 4 à 16 gouttes. — Comme préservatif de la scarlatine, on donne 6 à 8 gouttes par jour pendant tout le temps de l'épidémie.
Infusion ou décoction (feuilles, sommités) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau, pour lotions, injections, etc.
Atropine (alcali végétal extrait de la Belladone, principe actif de cette plante dont il représente au plus haut degré les propriétés actives) : demi-centigramme (3 milligr.) par jour.
Teinture (d'atropine) : I goutte dans un demi-verre d’eau comme prophylactique de la scarlatine chez un enfant de 5 ans; 2 gouttes à 10 ans, 3 à <6 ans.
BELLE-DE-NUIT. Mirabilis jalapa, L.
(Farn. Nïctacikéks.)
Noms ou Ig,.: Faux Jnlap, Nictage du Pérou.
description (pi. xv, 1). — Plante vivace, herbacée, de 40 à 60 cent., ayant les fleurs rouges, jaunes, blanches ou panachées, grandes, rassemblées plusieurs ensemble en espèces de bouquets axillaires et terminaux, présentant les caractères spécifiés indiqués dans le Cours de botanique, page loî.
propriétés. —Les feuilles de la Bellc-de-Nuit sont inodores, d’une saveur un peu vireuse et piquante; la racine, qui est la seule partie de la plante employée en médecine, est purgative ; ou l’a proposée comme succédané du jalap; mais son action est beaucoup moins sûre, quoiqu’elle excite fortement les intestins et qu’elle réunisse en sa faveur des expériences concluantes. Le jalap est d’un prix si peu élevé que tout le monde peut s’en procurer facile-
ment; mais l’imprévoyance est toujours si grande à l'endroit de la santé, qu’il est bon de faire connaître toutes les ressources que nous offrent les plantes, même les plus humbles et les moins actives.
récolte. — La Belle-de-Nuit est cultivée dans nos jardins, où elle fleurit presque tout l’été. On en recueille la racine qui est fusiforme, noirâtre en dehors, blanche en dedans, au commencement de l’hiver pour la conserver.
préparations, doses. — Poudre (racine) : 2 à 4 gr. dans un verre d’une boisson quelconque. — On l’a quelquefois employée à titre de désobstruant et de vermifuge.
BENOITE. Geum urbanum, L.
(Fara. Rosacées; tribu : Potsntillêes.)
Noms vulg. : Récice, Gariot, Gaiiotc, Herbe de Saint- Benoit, Herbe bénite.
description (pl. xxvin, 4). — Plante herbacée, vivace, de 30 à 90 cent. Tiges dressées, grêles, rameuses, à feuilles alternes, les radicales pétiolées, ailées, dont les folioles, au nombre de 5 à 9, sont inégales, dentées, ovales, la terminale plus large et trilobée; feuilles caulinaires presque sessiles, à 3 folioles inégales, accompagnées de 2 stipules qui les rendent amplexicaules à leur base, devenant d’autant plus simples qu’elles se rapprochent davantage du sommet.
Fleurs jaunes, petites, dressées. Calice à 5 lobes avec un calicule de 5 divisions alternes ; corolle à 5 pétales arrondis, très-ouverts et un peu plus grands que les sépales; étamines 30 environ, un peu moins longues; pistils ou carpelles nombreux formant un capitule serré au centre de la fleur, insérés sur un gynophore globuleux, et qui forment des graines ou petits akènes terminés par une longue pointe crochue à sa partie supérieure.
propriétés, usages. — La racine, seule partie de la Benoîte employée, a une odeur aromatique forte, agréable, qui rappelle celle du girofle ; sa saveur est amère, acerbe, un peu âcre. Elle est à la fois excitante, tonique et astringente; on l’emploie dans l'atonie générale, principalement dans la diarrhée et la dyssenterie chroniques, les hémorrhagies passives de l’utérus, les pertes de semence par relâchement. Elle a joui d'une grande réputation comme fébrifuge ; elle mérite d’être administrée dan3 les cas, rares à la vérité, où le quinquina échoue eu manque. Mais nous possédons de meilleurs fébrifuges indigènes.
La Benoîte est un bon fourrage, les moutons surtout en sont très-
friands. On peut la joindre au houblon, qu elle remplace même, dans la fabrication de la bière.
récolte. — La Benoîte est une plante rustique qui pousse partout et qui fleurit en juin et juillet. Sa racine est assez grosse, ronde, de la longueur du doigt, roussâtre à l'extérieur, blanche en dedans, munie d’un chevelu fauve. On la recueille à l’automne pour la conserver l’hiver; mais il vaut mieux l’employer fraîche, car sèche, elle a une odeur plus faible, qui disparaît même après une année de conservation.
préparations, doses. — Décoction (racine sèche): 15 gr. par 500 gr. d'eau ; — (racine verte); 30 gr. par 500 gr. d’eau. Poudre : 1 à 4 gr. comme tonique; 8 à 16 gr. comme fébrifuge.
PERCE. Ueracleum sphondylium, L.
(Fam. Orbelupêees ; tribu : Séunées.)
A'omi mJj. : Brano-Ursine, Fausse Brano-Ursine, Sphondyle.
description. — Plante vivace, herbacée, à racine fusiforme, charnue. Tige de 5-15 décim., robuste, fortement sillonnée, fistuleuse, rameuse supérieurement, rude, velue-hérissée ; feuilles inférieures pinnatiséquées, à segments velus-pubescents, surtout en dessous, bi-trilobés ou pinnati-partits 4 lobes ovales dentés ou crénélés. Fleurs blanches, en larges ombelles planes et terminales de 15-20 rayons; inyolucre à 1-2 folioles; involucelles à 4-7; calice à limbe 5-denté ou entier; corolle à 5 pétales échancrés; 5 étamines, 2 styles plus courts. Fruit elliptique, comprimé, strié, à 3 graines; columclle bi-partite.
rnorRiÉTÉs, usages. — Les propriétés de la Berce ne sont pas tout à fait semblables dans les différentes parties de la plante, qui sont d’ailleurs inodores : l'écorce de la racine est âcre et rubéfiante; la tige, au contraire, est douée d’une saveur douce et. offre un aliment recherché dans certains pays. Dans le Nord on en retire par la fermentation une liqueur alcoolique très-enivrante.
La Berce est sans emploi thérapeutique, du moins en France, parce que ses propriétés ne sont pas encore assez bien déterminées. En Suède on en fait un usage assez étendu contre la dyssenterie. On prétend que son suc détruit la vermine; on a employé aussi la décoction des racines et des semences, qui sont les parties les plus actives, contre la gale, les engorgements abdominaux, la vermiDe. Enfin plusieurs médecins ont prétendu que la Berce guérit la plique
OESCRIPTION ET USAGE. 12?
polonaise; d’autres, au contraire, qu’elle en favorise le développement.
La Berce est broutée par divers animaux, le cheval excepté. Elle est très-abondante dans certains prés dont elle détériore les foins.
récolte. — On trouve la Berce en abondance dans le» prés, les bois et les champs, où elle s'élève à hauteur d’homme. Le commerce en néglige la récolte.
BERLE. Sium angusti folium, L.
(Fam. OMDELUKÜnES.)
.Vonu wl'j. : Aobe d'eau, Berle i» feuille» étroite».
description. — Plante de 4-8 décim., à tiges très-flstuleuses, sillonnées, rameuses, glabres ; feuilles à segments ovales-aigus, incisés et à lobes dentés, feuilles inférieures longuement pétiolées. Fleurs blanches, en ombelles de 8-12 rayons, courtement pédonculées; involucre et involucelles à plusieurs folioles lobées et pointues; calice à S dents très- peu apparentes; corolle à S pétales réfléchis en dedans ; 5 étamines ; 2 styles courts, etc.
propriétés. — Ou a vanté l’Ache d’eau dans le scorbut, les obstructions du ventre, la suppression des menstrues, les rétentions d’urine, etc. Ses propriétés sont à peu près celles de Tache ordinaire, et c’est parce qu’elle en porte aussi le nom qu’elle doit d'être récoltée par les herboristes ; mais les médecins n’en prescrivent jamais l’emploi.
récolte. — La Berle se plaît dans les ruisseaux, les fossés, au bord des étangs, etc., où elle fleurit en juillet-septembre.
doses. — On emploie le suc (30 à 60 gram.) et la décoction des feuilles.
BÉTOINE. Betonica ofjicinalis, L.
(Fam. Labiées.)
description (pl. lv, 4). — Plante herbacée, vivace, de 30 à 60 cent, de hauteur. Racine noueuse, brunâtre, de la grosseur du petit doigt, munie de beaucoup de fibres. Tige simple, droite, carrée, raide, pubescente, ne portant qu’une ou deux paires de feuilles opposées dans ses deux tiers supérieurs. Feuilles la plupart radicales, à trèslong pétiole, ovales-oblongues, cordées à la base, à dentelures mousses, ridées, un peu velues; les supérieures plus étroites, à court pétiole.
puis subsessiles. Fleurs purpurines, en glomérules très-rapprochés, formant un épi serré, interrompu ; calice tubuleux, poilu en dedans, à dents acérées ; corolle bilabiée, à tube allongé beaucoup plus long que le calice; lèvre supérieure entière, dressée; l’inférieure presque plane, à 3 lobes, dont les 2 latéraux petits et arrondis, le moyen plus grand, entier ; étamines 4, didynames, plus courtes que la corolle, presque cachées par les poils glanduleux de celle-ci ; anthères noirâtres; ovaire quadrilobé, glabre; style simple, stigmate bifide. Quatre semences brunes au fond du calice.
propriétés , usages. — L’odeur de cette labiée est aromatique faible ; sa saveur amère, légèrement acerbe et comme salée. Cette plante, stimulante, a jadis été employée pour guérir la pulmonie, la paralysie, la rage; mais évidemment, comme tant d’autres, elle a été l’objet d’un engouement que rien ne légitime. Aujourd’hui elle est tout à fait négligée.
Cependant sa racine est émétique et purgative; ses feuilles et ses fleurs ont été mises en usage à titre de stemutatoires ; et les seules préparations qu’on en fasse, c’est une poudre que l’on prise, seule ou mêlée avec d’autres poudres ptarmiques, pour combattre les maux de tête nerveux.
récolte. — La Bétoine se trouve communément dans les endroits ombragés, les taillis, les prairies, où elle fleurit en juin-septembre. On peut la récolter pendant toute la belle saison ; elle a plus de force néanmoins lorsqu'elle est soumise à la dessiccation avant la floraison. On dit que le mot Bctoine vient du nom de Vettonee , peuple d’Espagne qui parait avoir connu le premier cette plante.
BETTE, BETTERAVE. Bêla vulgaris, L.
(Fittn. Chékopodiébs.)
Noms eu/g. : Betto blanche, Poirée, Carde-l’oirée, -Racine do disette.
Plante potagère très-connue, dont les deux espèces principales sont la Carde-Poirée et la Betterave. Ses feuilles sont émollientes, adoucissantes, et servent au pansement des vésicatoires et des plaies superficielles; on peut aussi en faire une tisane rafraîchissante. On préparait autrefois avec la racine de Poirée, dépouillée de son écorce, des suppositoires qu’on introduisait dans le fondement pour relâcher le ventre des enfants; on introduisait aussi dans le nez un morceau de son pétiole (Carde) pour détremper, dissoudre la soi-disant pituite épaissie. •
La racine de Betterave est alimentaire. On la cultive en grand pour la fabrication du sucre indigène, dont la France produit de 40 à 50 millions de kilogr. par an.
B1STORTE. Polygonum bistorta, L.
(Fam. Polygonkes ; genre Renoues.)
Noms txiltj. : Renouée-Biitorte, Gr*nde-Bi»torte.
description (pl. xxv, 6). — Plante vivace, herbacée, atteignant 40 à 60 centim. de haut. Racine contournée deux fois sur elle-même (bis-torte). Tige droite, fistuleuse, cylindrique, noueuse, glabre. Feuilles ovales lancéolées, à limbe décurrent sur le pétiole, vertes en dessus, glauques en dessous, les radicales ayant un long pétiole engainant à sa base, les supérieures plus petites et sessiles. Fleurs petites, roses, en épi terminal ovoïde, compacte, long de 5 centim. et gros comme le petit doigt, muni d'écailles sétacées, luisantes, pointues, situées entre les fleurs, qui sont très-nombreuses. Calice coloré 5-denté; corolle nulle ; étamines 8, plus longues que le calice; styles 3, courts, à stigmates simples. Akène pointu, recouvert par le calice persistant.
propriétés, usages. — La Bistorte est inodore; ses feuilles, presque insipides, peuvent être mangées en salade ou à la façou des épinards. Sa racine (voir sa description plus bas) contient beaucoup de tannin et d’acide gallique, ce qui lui communique une saveur acerbe, styptique, et partant des propriétés astringentes. Elle constitue un de nos médicaments indigènes les plus précieux, pouvant remplacer le ratanbia dans tous les cas où celui-ci est indiqué, c'està-dire dans les écoulements muqueux ou sanguins atoniques, tels que les Sueurs blanches, la diarrhée chronique, l’hémorrhagie passive. On s’en sert aussi en gargarismes et en injections, pour combattre les maux de gorge, la fissure à l’anus, etc. Dans le traitement du scorbut et dés fièvres intermittentes et continues, cette racine, autrefois vantée, n’est plus employée.
Les bestiaux broutent avidement la Bistorte; les chevaux seuls la négligent. Les tanneurs et les teinturiers ont tiré parti de sa racine-
récolte. — La racine de Bistorte se récolte au mois de décembre et se dessèche à la manière ordinaire. C’est une sorte de tige souterraine de la longueur du doigt, épaisse, presque ligneuse, contournée deux fois sur elle-même, ce qui lui a valu son nom, et marquée d’interstices annulaires qui jettent çà et là des libres radicale»
déliées. La plante croit dans les prés élevés, sur les montagnes du Midi. On la cultive quelquefois dans les jardins.
préparations, doses. — Décoction (racine concassée) : 23 à 30 gr. pour un kil. d’eau. On édulcore avec un sirop astringent ou autre. Poudre : 2 à 3 gr. dans du vio, du sirop ou du miel, comme tonique, astringente. Extrait : 1 à i gr.
FROMENT 00 BLE. Triticum sativum, L.
(Fam. Graiiin-ke*.)
Description. — Cette plante, dont la patrie est inconnue, mais qui est extrêmement répandue depuis la plus haute antiquité, n’a pas besoin d'être décrite ici. Il suffit de renvoyer le lecteur au genre, t. 1, p. 88.
usages. — Le Blé sert d’aliment principal à un grand nombre de peuples; c’est au gluten et aux autres principes azotés qu’il contient que sont dues ses propriétés alimentaires. Quand l’homme est malade, il lui vient encore en aide à l’état de farine, de pain, de son, d’amidon, de dextrinc.
La farine de froment est émolliente ; appliquée sur les surfaces érysipélateuses, elle diminue l’inflammation; sur les érythèmes suintants, elle absorbe les liquides séreux, âcres, calme la surface irritée et la dessèche. On en fait aussi des cataplasmes adoucissants.
Le pain est employé en décoction pour préparer l’eau panée , boisson rafraîchissante que l’on obtient encore en mettant tremper dans de l’eau une croûte de pain grillée; cette eau se donne quelquefois aux malades dégoûtés des autres boissons. — La mie de pain, bouillie dans de l'eau ou du lait, fait un excellent cataplasme, qui a l’inconvénient cependant de s’aigrir promptement.
Avec le son, qui est l’écorce du blé réduite en petites écailles par l’action de la meule, on prépare par décoction des lotions, des lavements, des injections, des bains et des cataplasmes émollients.
L’amidon, fécule amylacée extraite des graines céréales et particulièrement du froment, peut être appliqué, délayé dans l’eau chaude et converti en une sorte de gelée, sur les parties enflammées, excoriées, sur les dartres vives, les brûlures, les phlegmons, etc., où il remplace avec avantage les autres cataplasmes émollients.
La dextrine est une matière gommeuse résultant de la transformation delà partie interne des globules de l’amidon sous l’influence de la diastasc ; elle sert à rendre les bandages résistants et inamo-
vibles; pour cela ou mouille la bande avec le mélange suivant : dextrine, 100; eau-de-vie ordinaire ou camphrée, 60; eau chaude, « 50. On exprime avec soin l'excédant du mélange qui mouille inutilement la bande, et on applique celle-ci avec précaution et en passant la main pour glacer ou vernir l’appareil, qui forme une sorte d'écorce inflexible, résistante après la dessiccation. A défaut de dextrine, on peut employer la gelée d’amidon que nous avons proposée pour cataplasmes.
BLUET. Centaurea eyanus, L.
(Fam. Composées; tribn : Flosculkuses ; genre Centaurée.]
Noms vu Ig. : Casse-lunette, Aubifoin, Barbeau.
Description. — Plante herbacée, de 30 à 60 cent. Tige grêle, striée, dressée, un peu velue, portant des feuilles alternes, étroites et longues, d’un vert blanchâtre, un peu cotonneuses et sillonnées longitudinalement. Fleurs en capitules solitaires, composés de fleurons bleus, quelquefois blancs ou roses, qui se montrent en juin, juillet et août, dans les moissons, où elles abondent.
propriétés. — Ces fleurs ont une odeur faible et une saveur presque nulle, ainsi que toute la plante d’ailleurs. Elles ont joui d'une grande renommée, cependant, comme antiophthalmiques , d’où leur nom de Casse-Lunette ; mais aujourd'hui on sait à quoi s’en tenir sur le3 prétendues propriétés du Bluet, plante presque inerte, à laquelle on doit même préférer le mélilot. — On n’emploie d’ailleurs que l’eau distillée pour collyres.
BOIS-GENTIL. Daphné mezereum, L.
(Fam. Daphnacées.)
Noms t ulg, : Mézéréon, Faux-Garou, Lauréolo femelle, Lauréole gentille,
Bois d’oreille, Mcrliou.
description (pl. xrv, 4). — Sous- arbrisseau de 50 cent, à 1 mètre, à tige rameuse. Feuilles alternes, ovales-lancéolées, entières, glabres, d’un vert foncé un peu glauque en dessous, non persistantes, ne se développant qu’après les fleurs. Fleurs roses, disposées en fascicules 2-ï- flores le long des rameaux, au-dessous du bouquet terminal des jeunes feuilles; calice pétaloïde infundibuliforme, à limbe 4-flde, pubescent, caduc; étamines 8 incluses; style court à stigmate en tête. Fruit rouge.
propriétés, usages. — Ce sont ceux du Garou à peu près {V. ce mot). Toutefois le Bois-Gentil est plus particulièrement employé à l’intérieur, comme altérant ou sudorifique. M. Cazenave en fait l’éloge dans le traitement des dartres chroniques; Hufeland l'a mis en usage avec succès, seul ou associé au mercure, contre les douleurs ostéocopes, le gonflement des os.
Les baies sont purgatives ; les paysans russes se purgent en en prenant une trentaine; Villers affirme que, dans le Dauphiné, les campagnards imitent cette pratique, mais qu'ils n'en avalent que 8 à 10 seulement.
récolte. — Le Bois-Gentil habite les bois montagneux du Midi, et on le cultive dans quelques jardins. Scs fleurs se montrent en février-mars, avant ses feuilles. Il ne faut employer que l’écorce du tronc et des branches principales ; cette écorce est mince, roussâtre ou d'un brun pâle.
préparations, doses. — Décoction (écorce) : 4 à 8 gr. par kilog. d'eau qu’on réduit au tiers. 11 faut en surveiller l’action sur les voies digestives. — Extrait : Leroux, pharmacien à \'itry-le-Français, prépare un extrait alcoolique de Mézéréon, qui, employé en frictions, agit, selon lui, de la même manière que l’huile de croton tiglium.
Les usages externes du Bois-Gentil sont entièrement semblables A ceux du Garou.
La Lauréole ( Daphné laureola) est un sous-arbrisseau très- voisin, de 50 à 80 cent., qui diffère du Bois- Gentil par ses feuilles persistantes, par ses fleurs d'un jaune verdâtre, disposées en petites grappes axillaires, par son fruit noir, sa floraison qui a beu en mars-avril. La Lauréole se trouve plus communément dans les jardins. Elle peut remplacer le Bois-Gentil et le Garou.
BOLET AMADOUV1ER. Boletus ignarius, L.
(Fam. Champignons.)
Na mi rulÿ. : Polypore, Agaric de chêne, Agaric des chirurgiens, Polypore amadouvier.
Ce Champignon croit sur le tronc du chêne, du pommier, etc. On en prépare l'amadou. Pour cela on le dépouille de son écorce et de sa partie tubuleuse ; on coupe sa substance intérieure par tranches minces, on la bat à coups de maillet sur un billot de bois, on la fait tremper dans une dissolution de nitrate de potasse, et on la fait sécher ensuite.
L’amadou est fréquemment appliqué sur les coupures pour arrêter les hémorrhagies, les plaies légères ou les piqûres de sangsues. IL absorbe la pa-tie aqueuse du sang et facilite ainsi la coagulation de la partie cruorique.
On recouvre d’amadou les parties affectées de douleurs rhumatismales, goutteuses ou névialgiques, à la surface desquelles il provoque une transpiration favorable, surtout quand il est recouvert luiméme de flanelle.
Plusieurs autres Bolets, tels que le Bolet ongulé, le Bolet faux amadouvier, etc., peuvent servir aux mêmes usages.
BOLET ODORANT. Boletus suaveolens, L.
Cet autre Champignon, qui croit sur les vieux troncs du saule, est d’unc odeur agréable qui rappelle celle de la vanille ou de l’iris; d’une saveur un peu amère — On Ta conseillé comme balsamique, un peu excitant, dans la phthisie pulmonaire, à la dose de 1 à 4 gr. en poudre. 11 a été employé aussi dans certaines affections nerveuses. Les Lapons, suivant Linné, s’en servent comme un aphrodisiaque.
BON-HENRI. Chmopodium Bonus Henrieus .
(Pain. Chésopodiacées; genre Bute oa Aüsbmm.)
Noms vulg. : Toute-Bonne, Epinard sauvage, Ansérine sagittée.
description (pl. xvi, 4). — Plante herbacée, vivace, atteignant 40 à 80 centim. de hauteur. Tiges dressées, anguleuses, presque simples. Feuilles pétioiées, triangulaires-hastées, entières, un peu pulvérulentes. F/eurs très-peti es, disposées en glomérules verdâtres, qui forment des grappes dépourvues de feuilles.
propriétés, usages. — Le Bon-Henri ressemble à l'épinard et est, comme lui, plutôt alimentaire que médicamenteux. Cependant il jouit de propriétés émollientes et laxatives. Au dire de Chomel, Simon Pauli le recommandait fortement, en cataplasmes, contre la goutte.
récolte. — Cette plante est commune dans les lieux incultes mais engraissés, au voisinage des bergeries, etc. Elle est en fleur presque tout Tété. Cueillie pour être séchée, elle perd son odeur et sa saveur herbacée et comme visqueuse.
mode d'administration. — Voici le topique qui fut employé par
S. Pauli pour guérir un consul de sa goutte : « Prenez trois poignées de feuilles de Bon- Henri avant qu'il soit en fleur, fleurs sèches de sureau et de camomille, de chacune deux poignées ; hachezles ensemble et faites-les bouillir dans quantité suffisante d’eau de sureau, jusqu à ce qu’elles soient en pourriture ; ajoutez-y demionce de gomme caxagne, demi-gros de camphre, et faites-en un cataplasme. s (Cbomol.)
La goutte fut guérie en trois jours, au dire de Pauli. Mais cette guérison n’a pu être due à la Toute-Bonne, qui est à peu près inerte.
BOTRYS. Chenopodium bolrys, L.
(Fnm. Cuénopodiacbes ; genre Ambrine.)
Non w ru Ig. : Ans-érine-Botrys, Piment, Herbe à Printemps, Botrido.
description (pl. xxxv, 3). — Tige de 30 cent, environ, visqueuse, ferme, verte, couverte de poils. Feuilles alternes, oblongues, sinuées et presque pinnatifldes ou à découpures iriégulières, pubescentes comme la tige et couvertes d’une matière visqueuse. Racine grosse, charnue, fusiforme, à radicules fibreuses, d’un gris rosâtre, blanche en dedans. Fleurs verdâtres, très- petites, disposées en petites grappes axillaires qui sout très-nombreuses, formant un épi terminai et ollrant la disposition de celles du Bon-Henri ; l'ovaire est globuleux, surmonté de 2 stigmates linéaires allongés.
propriétés, usages. — Le Botrys répand une odeur forte due au suc balsamique très abondant qui s’échappe par les pores de ses feuilles et qui s’effleurit à leur surface eu les rendant brillantes et fortement aromatiques. Sa saveur est âcre et amère. Les anciens l’employaient dans Phystérie, l’asthme, la dysménorrhée ; il a été recommandé suitout dans les maladies chroniques de la poitrine, caractérisées par une habitude de séciétion des bronches, une certaine dilliculte de la respiration, etc., et même dans la phthisie pulmonaire, par Wauters. 11 parait que cette plante a été prônée, comme remède secret, par un charlatan du nom de Printemps, ce qui lui a valu l’une de ses dénominations vulgaires. Malgré les éloges exagérés que lui accordent plusieurs médecins, elle est abandonnée aujourd'hui par les praticiens.
récolte. — Le Botrys croit dans le midi de la France, mais est cultivé dans quelques jardins pour la bmne odeur de son feuillage- On sèche la plante entière avec ses fleurs, parce qu’alors elle est
plus odorante, résineuse ; elle ne perd d’ailleurs aucune de ses qualités par la dessiccation.
préparation , dose. — Infusion : une forte pincée par Icllog. d’eau.
BOUILLON BLANC. Verbascum thapsus, L.
(Fam. Veabasckes; genre Molâne.)
No ms tulg. : Moléne, Bonhomme, Herbe de Saint-Fiacre.
description (pl. xxv, 3). — Plant* bisannuelle, de 60 cent, à 1 m. 20 Racine pivotante, blanchâtre. Tige droite, simple, épaisse, cotonneuse. Feuilles très-grandes, ovales-oblongues, sessiles, blanchâtres, molles et douces au toucher. Fleurs jaunes, disposées en un grand épi terminal : calice à S divisions profondes, ovales; corolle rotacée à 5 divisions arrondies; 5 étamines inégales, inclinées; 1 style les dépassant; stigmate capité. Capsule ovoïde, à 2 loges, bivalve.
(g" propriétés, usages. — Les propriétés du Bouillon blanc sont adoucissantes et pectorales. On emploie les fleurs et les feuilles. Les premières ont une odeur légèrement aromatique à l’état frais et sont émollientes, béchiques. Elles font partie des espèces pectorales, et on les prescrit en infusion dans les catarrhes pulmonaires peu intenses, le crachement de sang, les irritations des organes digestifs et urinaires.
« Les feuilles bouillies dans du lait et appliquées en cataplasme sur les hémorrhoïdes douloureuses apportent un soulagement, surtout si l’on mêle à ce cataplasme autant de feuilles de jusquiame. » Ecrasées et appliquées localement, elles guérissent rapidement les plaies produites par l’action irritante des renoncules; « ce que n'ignorent pas, dit G. Hoffmann, les gueux qui se font venir des ulcères à la peau pour exciter la pitié publique. »
« Les bestiaux refusent de brouter la Uolène, et si l’on jette des graines de cette plante dans uu vivier, le poisson, frappé d'étourdissement, se laisse prendre à la main. Les racines, au contraire, pilées etmélées à la drèche, engraissent promptement la volaille. » récolte. — Le Bouillon blanc est très-commun dans les champs, sur le bord des chemins, dans les décombres ; il se plaît davantage dans les départements méridionaux, du moins il y prend des dimensions plus grandes. U faut cueillir les fleurs de Uolène aussitôt qu elles sont épanouies, dans les mois de juillet et août. On doit les
faire sécher le plus promptement possible aûn d’éviter qu’elles brunissent. Les feuilles peuvent se récolter pendant toute la belle saison. La culture de cette plante exige une terre légère, chaude, et un lieu sec sans ombre.
r réparations, doses . — Fleurs (infusion) : 1 pincée pour 300 gr. d’eau. On doit passer cette infusion pour la débarrasser des parties lanugineuses qui irritent la gorge mécaniquement et font tousser. Feuilles (décoction) : quantité voulue pour 1000 gr. d'eau.
• La Molène NOIRE {Yerbascum nigrum) est plus belle que le Bouillon blanc et possède sans contredit des propriétés particulières, que discernent mieux que nous de chétifs insectes. Ën etfet, les abeilles recherchent plus avidement le suc de ses fleurs que celui des autres espèces, et la chenille qui ronge la Molène blanche , n’attaque jamais la noire.
a Le Petit bouillon blanc ou la Molène lychnite ( Verbascum lychnitis) doit sa dénomination spécifique aux anciens, qui en faisaient des mèches (de iuj'vtic, lampe). On regardait la fleur, et surtout la racine, comme anti-ictériques.
« La Blattaire {Verbascum blatiaria) chasse, dit-on, les insectes qui détruisent les étofles, les livres, la farine , comme les teignes, les mites, les blattei ; toutefois cette propriété insectifuge est révoquée en doute par Willemet et par Lamarck ; quelques-uns même vont jusqu’à prétendre que la Blattaire attire ces iusecteset favorise leur multiplication, s (Chaumeton, Flore médicale.)
BOULEAU. BetUla alba, L.
. (Fam. Bktulacées.)
Cet arbre se trouve dans les climats les plus rigoureux, dans les terrains les plus secs, les plus sablonneux et les plus rocailleux, sur la cime des montagnes les plus escarpées, où, du reste, ce n’est plus qu'un arbrisseau rabougri. Ses fleurs (pl. xm, 4) sont monoïques; chatons mâles, allongés, géminés, pendants au sommet des ramifications de la lige ; chatons femelles solitaires placés au-dessus des premiers, etc.
frofriétés. — Les feuilles de Bouleau, dont la saveur est amère, astringente, ont été prônées comme diurétiques et vermifuges. Dans le Nord on les applique sur les membres afleciés de rhumatisme. — La sève, qui découle d’incisions faites au tronc au printemps, a été préconisée dans les maladies de» voies urinaires. — L’écorce a été administrée contre les fièvres d'accès. Bergius assure que l'épi-
derme, porté dans les souliers, détermine infailliblement une sueur d s pieds qui peut être salutaire dans plusieurs maladies chroniques.
« Dans les régions glacées du nord de l'Europe et de l'Asie, on fait avec l’écorce intérieure de Bouleau, qui est tendre, succulente et d’une couleur rougeâtre, des espèces de galettes qui sont, avec le poisson fumé et salé, presque la seule nourriture des habitants pendant les longs hivers qui désolent ces contrées. » (Ac. Richard.)
Les Suédois et les Lapons tirent un grand parti du Bouleau sous le rapport de l’économie domestique et de l'industrie, ils couvrent leurs cabanes avec son écorce; ils en font des corbeilles, des chaussures, des cordes, etc. On en retire une huile poisseuse qui donne aux cuirs de Russie une qualité supérieure. L’épiderme servait de papier aux anciens. Enfin le Bouleau mérite une place distinguée parmi les végétaux colorants : il communique aux étoffes, suivant le mode d'emploi, une multitude de nuances.
Le Bouleau noir ( Betula nigra) est recouvert d’une écorce presque incorruptible, avec laquelle les Canadiens font des pirogues. Les teinturiers et les peintres retirent des feuilles une belle couleur jaune.
Le Ve rg ne ou Verne, nom vulg. du Betula alnut, L., dont il a été dit un mot déjà à l’article Aune, et qui habite le long des rivières, etc., était connu des anciens, qui avaient signalé la durée presque éternelle de son bois utilisé pour pilotis. Ses feuilles fraîches, appliquées chaudes sur les mamelles, so; t, au dire de Murray, le meilleur topique pour chasser le lait. L’écorce serait un des meilleurs succédanés du quinquina pour couper la fièvre, suivant le docteur Roussille-Chamseru .
BOURDAINE. Rhamnus franqula, L.
(Fam. Rhaüséks; genre Nkupkon.)
Noms tulg. : Bourgène, Anne noir, Bois noir, Nerprun-Bourdaine.
description (pl. xx, t). — Arbuste ayant une hauteur de 3 à 4 mètres, très-rameux, à écorce noirâtre tachetée de blanc; feuilles obovales-elliptiques, entières, pétiolées, glabres et lisses surtout en dessous et d’un vert clair. Fleurs d’un blanc verdâtre, petites, hermaphrodites, en fascicules axillaires peu fournis. Calice tubuleux à 5 divisions pointues; corolle à 5 pétales petits, comme écailleux, concaves, alternant avec les sépales et opposés aux 5 étamines qui •ont comme logées dans leur concavité; style indivis. Baie arrondie.
successivement verte, rouge et noire, contenant 3 noyaux coriacea-
cartilagineux.
propriétés, usages. — Odeur et saveur nulles dans les fleurs et les feuilles; l'écorce intérieure est un peu a mère et nauséeuse. Celle-ci est un purgatif assez énergique qui n’est guère mis en usage que par les campagnards, dans l'hydropisie, les fièvres intermittentes, les affections vermineuses. Les baies sont purgatives comme celles du nerprun, mais à un degré moindre; les habitants de la campagne s’en servent aussi pour sd procurer des évacuations alvines — C’est avec le bois de Bourdaine qu'on prépare le charbon employé à la fabrication de la poudre à canon. — On retire une teinture jaune de l’écorce.
récolte. — La Bourdaine croit parmi les buissons et les haies, dans les terrains humides. C'est pendant la floraison, en aoûtseptembre, que l’on sépare l’écorce moyenne pour la faire sécher. Verte, cette écorce agit, dit-on, comme vomitive; celle de la racine, est plus active.
préparations, POSES. — Infiuion (écorce sèche) : 13 à 30 gr. pour 500 gr. d’eau. — Décoction : Voici la préparation qu’emploie Gumprecht : écorce sèche et vieille, 45 gr.; écorce d’orange coupée menu, 8 gr.; eau commune, 2 litres; faites bouillir pendant 2 heures, et vers la fin de la décoction ajoutez : écorce d'orange, 12 à 15 gr.; semences de cumin concassées, <2 gr. A prendre 60 gr. environ de cette décoction le soir en se couchant, pour obtenir 2 ou 3 évacuations alvines le lendemain matin. On augmente la dose, si l’on veut produire plus d’effet. — La décoction en lotions guérit la gale, suivant Coste fet Willemet.
L’Alaterne [Rhamnus alatemus) est un autre arbrisseau du genre Nerprun, fréquemment cultivé dans les parcs, où il se distingue à ses feuilles épaisses, coriaces, alternes, entières ou dentées, épineuses, toujours vertes; à ses fleurs dioïques, en panicules très-courtes, axillaires, etc. Scs baies, dont les oiseaux sont friands, sont purgatives ; ses feuilles, que les merles picotent l’hiver, sont un peu astringentes. — Son bois sert dans l’ébénisterie.
BOURRACHE. Borrago ofJUinalù, L.
(Fara. Bomugixées.)
Originaire du Levant, la Bourrache croit naturellement dans les lieux cultivés, où elle est très-commune.
description (pl. xxv. S). — Plante herbacée, annnelle, haute de 30 à 80 cent, environ. Tige herbacée, dressée, cylindrique, rameuse à sa partie supérieure, hérissée de poils. Feuilles alternes, ridées, velues, les radicales grandes, ovales, rétrécies en un long pétiole dilaté et canaliculé, les caulinaires sessiles, ovales-lancéolées. Fleurs d’abord purpurines, devenant bientôt bleues, longuement pédonculées, penchées, disposées en panicule terminale. Calice monosépale étalé, 5-flde; corolle rotacée à limbe 5-partit à divisions lancéolées, tube presque nul ; étamines 5, attachées à la gorge de la corolle, formant par leur rapprochement une espèce de cône aigu, alternant avec 5 appendices saillants et creux situés ù la base des divisions du calice. G raines noirâtres, osseuses, au nombre de 4. Racine longue, tendre, pivotante, blanchâtre, de la grosseur du doigt.
propriétés, usages. — La Bourrache a une odeur faible, une saveur douce, mucilagineuse ; elle contient un suc fade, visqueux, assez abondant. On emploie ses fleurs et ses feuilles.
Gilibert et Fourcroy ont vanté cette plante outre mesure dans les maladies inflammatoires; de nos jours elle a perdu beaucoup de son importance. Cependant elle reste encore en grand honneur parmi Se peuple. On l'emploie très-60uvent : r comme béchique, adoucissante dans les inflammations de la poitrine; 2® comme diaphonique dans les fièvres éruptives, la rougeole, la scarlatine, la variole et les affections de nature rhumatismale ; 3“ comme diurétique, vu qu’elle contient une assez forte proportion de nitrate de potasse (sel de nitre). — Les anciens lui ont attribué une action stimulante, exhalirante et cordiale, qu’on lui refuse complètement aujourd’hui, malgré ce vers devenu proverbe :
Dicit boirago : Gaudia cordis ago.
En résumé, les fleurs de Bourrache n’ont guère d’autres propriétés que celles de la mauve et de la violette. — Les abeilles recherchent ces fleurs.
récolte. — La Bourrache est originaire du Levant; mais elle croît chez nous au voisinage des habitations, s’échappant des Jardins où on la cultive et où elle se propage très-facilement. On cueille ses fleurs, qui se montrent tout l’été au milieu de la belle saison; on les monde et on les porte au séchoir, disposées en guirlandes. La plante se récolte entière pendant tout l’été ; il faut choisir celle dont les tiges florifères commencent à monter, parce qu’elle est plus riche en suc que la dessiccation a pour but d’y fixer.
m PLANTES MÉDICINALES.
préparations, boses. — Flmrs (infusion) : I pincée pour 500 gr. d'eau. — Plante (décoction) : 4 à 16 gr. pour 1000 gr. d’eau.
BRUNELLE. Pninella vulgaris, L.
• (Fam. Labiées.)
Noms r«lj. : Prunelle, Bonnerette.
description ( pl. xxix, 2). — Plante herbacée, vivace, de 10 à 40 cent, de haut. Tige simple, couchée, puis dressée, pubescente, carrée, un peu rude. Feuilles pétiolées, ovales, entières, opposées, un peu veines en dessous. Fleurs communément bleuâtres, violettes, en glomérules verticillés et rapprochés en épis courts munis d’une paire de feuilles à la base, chaque verticille présentant 2 bractées larges, cordiformes et velues. Calice tubuleux, à 2 lèvres, dont l'inférieure est bidentée, la supérieure tridentée, plus large ; corolle bilabiée, à lèvre supérieure entière, dentée, concave, recourbée sur l’entrée du tube, l’inférieure trilobée et penchée sur le calice ; étamines 4, à filament bifurqué au sommet, cachées sous la lèvre supérieure que dépasse le stigmate bifide.
propriétés, usaoes. — La Brunellc n’a ni odeur ni saveur bien manifestes. Elle pa-se cependant pour astringente, mais ses propriétés sont très-faibles. Cela n’a pas empéché qu’on ne l'ait considérée autrefois comme puissante dans les hémorrhagies internes, le scorbut, les fièvres hectiques, les accidents provenant de la morsure des animaux venimeux, etc. On a prétendu que cette herbe, mangée en salade, faisait disparaître les paquets bémorrhoïdaux et les accidents qu'ils occasionnent. Quant à nous, tout au plus si nous la conseillerions en gargarismes dans les angines légères.
récolte. — Cette plante fleurit en juillet et août dans les bois, les prés, au bord des chemins, où elle est assez commune. C’est le moment de la récolter avec sa fleur et même sa racine.
BRUYÈRE COMMUNE. Erica vulgaris, L.
(Fam. Ebicinées.)
Sous-arbrisseau très-rameux, à tiges tortueuses, rapprochées en toufle ; feuilles persistantes, opposées, étroitement imbriquées sur 4 rangs. Fleurs d’un rose purpurin, rarement blanches, munies de 6 feuilles florales, imbriquées et formant un involucre régulier appliqué sur le calice; calice scarieux, pétaloïde ; corolle petite, cachée par le calice (juin-septembre).
Ml
propriétés. — « Cet arbrisseau, très-connu dans nos bois stériles et dans les Landes, a joui non- seulement de la réputation d'être un bon lithontriptique mais aussi de guérir les coliques, d’augmenter le lait des nourrices. Rondelet, au rapport de Clusius, se servait avec efficacité d’une huile préparée par infusion avec les fleurs de bruyère, contre les dartres du visage. Taberneraontanus assurait, en outre, que ses fleurs en fomentation apaisaient la goutte. Tournefort conseillait contre la même maladie un bain de vapeur avec la bruyère. » (Mérat et Delens.)
Les bestiaux la broutent quand elle est encore tendre; les abeilles sont avides du suc de ses fleurs. On en forme une litière qui devient un engrais d’une excellente qualité.
BRYONE. Bryonia alba, L.
(Fam. Cucurbitacébs . )
So nu tulg. : Couleuvréo, Navet du diable, Navet galant, Vigne blanche.
description (pl. iv, 5). — Plante vivace, grimpante, à racine pivotante, grosse, blanche et charnue ; à tige grêle, herbacée, anguleuse, glabre, rude, longue de 2 à 4 mètres, munie de vrilles trèslongues roulées en spirale et naissant avec les pétioles. Feuille s alternes, pétioiées, palmatilobées à 5 lobes anguleux-sinués, dont l’impair est le plus grand, rudes et hérissées de poils courts. Fleurs d’un blanc verdâtre, assez petites, dioîques, en grappes pauciflores sur un pédoncule axillaire assez long pour les mâles, plus court pour les femelles (voir les caractères du genre et ceux de la famille, tome 1”).
propriétés, usages. — La plante est insipide et inodore, mais la racine est douée d’une saveur extrêmement amère, nauséabonde. Cette racine, qui est la seule partie employée, renferme une grande quantité de fécule, une huile volatile concrète, de la résine, quelques sels et de la bryonine, principe actif de la Bryone. C’est un purgatif énergique, très-anciennement connu, car Hippocrate en fait mention. De notre temps les médecins le négligent, mais en revanche les habitants de la campagne l’emploient souvent pour eux ou leurs bestiaux. Vittet dit que certains éleveurs purgent avec de la Bryone Ie3 bœufs qu’ils veulent engraisser. 11 ne parait pas néanmoins qu’on soit parfaitement édifié sur le degré d'énergie de la racine en question, puisque les uns disent qu’elle irrite fortement le canal intestinal, tandis que d’autres, au contraire, tels que Bur-
tin, Loiseleur-Deslonchamps, Mirât et Delens, la regardent comme exempte de danger, et expriment le regret qu’elle ne soit pas plus usitée par les hommes de l'art, qui seuls peuvent apprécier les indications de son emploi.
Quoi qu’il en soit, on cite parmi les maladies que guérit la Bryone, l’hydropisie, les obstructions du bas*ventre, l’épilepsie, l’hystérie, les paralysies atoniques, le rhumatisme chronique, les fièvres intermittentes, etc.; mais combien d’observations cite-t-on pour chaque cas ? est-on sûr que la guérison ait été l’effet du médicament T le diagnostic de ces maladies était-il rigoureusement établi ? n’at-on pas causé dans d’autres circonstances analogues plus de mal que de bien ? c’est ce qu’il serait important de savoir. Encore une fois, la Bryone peut être utile, mais à condition d’être maniée par des maius prudentes et exercées. — Pour M. Cazin, c’est de plus un diurétique ou un incisif, un expectorant selon les cas. — Appliquée fraîche sur la peau, elle la rubéfie et peut causer la vésication.
récolte. — La Bryone est très-commune dans les haies, les buissons, se confondant avec eux et en remplissant les vides par ses feuilles et ses tiges volubiles dirigées en tous sens. Sa racine, étant vivace, peut être employée fraîche toute l’année. Pour la conserver, il faut la recueillir à l’automne ou dans l’hiver : on la coupe par fragments que l’on enfile en chapelet pour la faire sécher à l'étuve. Elle conserve une très-grande amertume après la dessiccation, mais son volume a considérablement diminué, ainsi que son énergie purgative et irritante.
préparations, doses. — Poudre (racine sèche) : t à 2 gr. — Burtin l’administrait aux hydropiques à la dose de 50 cent, à i gr. 60 cent.; il la trouvait, comme le jalap, exempte de danger. — On l’administre encore pour faire vomir, d’autres fois pour faciliter l'expectoration, comme l’on fait de l'ipécacuana et du kermès (Cazin). — Infusion : 4 à 8 gr. pour 123 gr. d’eau. — Boerhaave considère ce médicament comme émétique purgatif. Il faisait macérer une demi-once à 1 once (15 à 30 gr.) de la racine sèche dans 2 litres de vin. « Si, dit-il, on prend une once de ce vin, on purge par haut et par bas, et de cette manière on guérit souvent l’hydropisie. » — Poirct dit qu’en Allemagne et en Suède les paysans creusent la racine de bryone fraîche et y versent de la bière, qui devient émétique et purgative dans l’espace d’une nuit. »
BUGLE. Ajvga reptans, L.
(Fam. Labiées.)
N<mi cuij. : Petite Consolide, Consolide moyenne.
description (pl. xxvm, 3). —Plan te vivace, herbacée, stolonifèrs, de 15 à 20 cent. Racine fibreuse menue donnant naissance à des rejets couchés sur la terre et à une tige carrée, droite, simple. Feuillet opposées, ovales, glabres, sessiles . les inférieures plus larges et moins édentées, disposées en rosette. Fleurs bleues, rarement rougeâtres ou blanches, formant des verticilles ou glomérules rapprochés sur la moitié supérieure de la tige, avec des feuilles florales, colorées, opposées entre les verticilles, de manière à former un épi pyramidal. Calice à 5 divisions presque égales; corolle tubuleuse, lèvre supérieure remplacée par 2 dents, lèvre inférieure trilobée; 4 étamines. Fruit consistant en 4 graines situées au fond du calice.
propriétés, usages. — Quoique ayant une odeur nulle, une saveur acerbe et amère peu prononcée, la Bugle a été préconisée anciennement contre l'ictère, la phthisie, les hémorrhagies, les crachements de sang, la leucorrhée et d'autres maladies encore plus graves. C’est tout simplement un astringent faible à la manière de la Brunelle, et dont on a abandonné l'usage. Sa décoction peut être utilisée en gargarismes dans les maux de gorge. — Les moutons et les chèvres la broutent; mais elle est négligée par les chevaux et les cochons.
Récolte. — La Bugle est commune dans les champs, les bois, les lieux ombragés, taillis, pâturages humides, où elle fleurit en maijuin. On peut la cueillir pendant tout l’été, et elle ne perd rien de sa saveur amère par la dessiccation. Les herboristes la confondent souvent avec l’espèce pyramidale dont nous avons indiqué les caractères différentiels ; mais l'erreur est sans inconvénient dans la pratique.
BUGLOSSE. Anchtua officinalis , L.
(Fam. Borbaginkis.)
Cette plante (pl. xxv, 2) est herbacée, bisannuelle, atteignant à la hauteur de 80 cent. Tige dressée, rameuse, hérissée de poils roides. Feuilles hérissées, lancéolées, sessiles. Fleurs bleues, rarement rosées ou blanches, disposées en grappes feuillées, roulées en queue de
scorpion, penchées; calice allongé à 5 divisions lancéolées, dressées au lieu d'ètre étalées comme dans la Bourrache; corolle hypocratériforme à 5 divisions très-obtuses, au lieu d'être aiguës, etc.
11 y a une grande analogie de propriétés physiques et médicamenteuses entre la Bourrache et la Buglosse; celle-ci, néanmoins, est peu employée. On trouve dans Chomel le passage suivant :
# Clusius recommande, pour la palpitation du cœur, deux onces de suc dépuré de Buglosse, avec deux gros de sucre, le soir pendant plusieurs jours. Le sirop fait avec les feuilles et les fleurs soulage fort les mélancoliques. M. Ray dit que l’usage du vin où elles ont infusé guérit l’épilepsie, etc. »
La plante entière, selon Willemet, peut servir à la nourriture du bétail. Elle est employée comme plante potagère dans quelques pays.
BUIS. Buxus sempervirent, L.
(Fam. Edpborbuciis.)
Cet arbrisseau, qui croit spontanément sur les collines pierreuses et que l’on cultive pour bordures dans les jardins, est assez connu pour que nous nous bornions à renvoyer sa description à la famille et au genre dont il fait partie.
propriétés, usages. — On emploie le bois et les feuilles. Le bois est réputé sudorifique. Il peut remplacer le gayac dans la syphilis et les rhumatismes chroniques : Gilibert, Roques, Biett, etc., s’en sont servis dans ces maladies.
Les feuilles, d’une odeur peu agréable, nauséabonde et d’une saveur amère, sont purgatives. — Les brasseurs en mettent quelquefois dans leur bière, qui devient alors d’une amertume moins franche, et laxative.
Le bois du tronc ou de la racine est très-compacte : on grave dessus. En Franche-Comté on fabrique des couverts, des tabatières, des ustensiles à vis, avec le buis.
Décoction (bois râpé) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Il est bon de l’unir au gayac ou à d’autres sudorifiques. — (Feuilles) : 60 à 90 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 4 gr. en pilules, bols ou électuaire.
L'huile qu’on retire de la distillation du bois a été vantée contre l'épilepsie. Quels sont les remèdes qu’on n'a pas essayés contre cette maladie?
BUPLÉVRE. Buplevrum rotundifolium, L.
(Fam. Ombellifères.)
Nomt culg. : Perce-feuille, Oreille de lièvre.
description. — Plante s’élevant jusqu’à la hauteur de 1 mètre 20 cent., annuelle, herbacée, curieuse, dit Lamarck, par la manière dont la tige et les rameaux percent les feuilles. Racine blanchâtre, dure, garnie çà et là de ramuscules très- fins. Tige lisse, rameuse, cylindrique. Feuilles ovales, arrondies, glabres, oflrant une petite pointe à leur sommet, percées par la tige, les inférieures amplexicaules. Fleurs en ombelles terminales, manquant d’involucre, mais non d’involucelles, etc.
propriétés, usages. — Les feuilles, mâchées, produisent sur la langue une sensation d’âpreté. Pauli, Simon, Choinei, considèrent cette plante comme un excellent vulnéraire, un précieux astringent qui préviendrait et guérirait les hernies! De nos jours, ce n'est qu'une substance inerte.
récolte. — Nous n’en dirons rien, si ce n’est que la plante est très-commune dans nos champs, préférant les terrains secs et sablonneux.
BUSSEROLE. Arbutus uva ursi, L.
(Fam. Bruyères.)
Noms eu Ig. : Arbousier, Bouseerole, Buxerole, Raisin d'ours.
description (pl. xxix, t). — Arbuile de 30 à 60 cent., à tiges faibles, formant une touffe (i), couchées, rameuses, rougeâtres. Feuilles à court pétiole, ovales, mais plus larges au sommet où quelques-unes sont faiblement ébauchées, entières, épaisses, luisantes et solides comme celles du buts, auxquelles elles ressemblent d'ailleurs. Fleurs blanches, disposées en une sorte de capitule terminal et incliné, accompagnées de 3 petites bractées. Calice très-petit, à 5 divisions arrondies, étalées; corôlle urcéolée, rétrécie de la base au sommet, limbe à 5 divisions réfléchies en dehors; étamines 10, attachées à la hase de la corolle, incluses, plus courtes que le pistil, qui fait saillie hors du limbe; anthères rouges, surmontées de 2 appendices aigus; ovaire globuleux à S loges multiovulées. Baie de la grosseur d’un pois, d’un rouge plus ou moins foncé.
Il) Une teule tige R été représeitée,
propriétés, usages. — On ne trouve pas d’odeur à la Busserole, mais une saveur amère et styptique. Ses feuilles ont été employées tantôt comme diurétiques dans les maladies des voies urinaires, tantôt comme toniques astringentes dans la diarrhée atonique, les fleurs blanches, etc. — La réputation de l’Uva ursi a été très-grande comme apéritif, lithontriptique, antinéphrétique : on lui attribuait la propriété de guérir le catarrhe vésical, les ulcéraûons des reins, et même de dissoudre la gravelle et les calculs vésicaux. Le docteur Bourne, d’Oxford, a écrit en 1805 qu'il avait guéri seize phthisiques par l’usage de la poudre des feuilles. Tout ce qu’on a dit sur cette plante est empreint d’une exagération très-grande : pourtant elle peut être utile daDS la cystirrhée, pour diminuer le catarrhe de vessie, augmenter la sécrétion urinaire, et peut-être, comme l’a remarqué Cullen, pour modifier les symptômes de la pierre. Les fruits de la Busserole plaisent aux oiseaux ; les feuilles servent au tannage et à la teinture.
récolte. — La Busserole croit principalement dans le Midi, aux lieux stériles et élevés ; ses feuilles étant toujours vertes, peuvent être cueillies en toute saison : il faut avoir soin cependant de choisir les plus jeunes. On les trouve séchées dans le commerce.
préparations, boses. — Décoction (feuilles) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau réduite du quart. Poudre : 2 à 8 gr. Bourne en donnait aux phthisiques 40, 00, 75 cent, à 1 gr. 3 fois par jour dans du lait. — Baie s : on les mange crues et on en fait des confitures dans le Midi.
CAILLE-LAIT BLANC. Gallium mollugo, L. ;
(F»tn. Ruoiacées.) ,
Nom vulg. : Gaillet, Petit muguet.
description. — P/ante vivace, atteignant 1 mètre et plus. Tige* diffuses, couchées ou ascendantes , très-rameuses, lisses. Feuilles verticillées par 8, oblongues-ovales. Pleurs blanches, en panicules terminales et latérales. Calice à 4 dents à peine visibles ; corolle 4flde. Fruit (2 carpelles) petit, glabre.
propriétés. — Parmi elles se trouvait celle de cailler le lait, d’où le nom générique de la plante. C’était une croyance non justifiée, puisque Parmentier n’a pu, par se3 expériences, lui trouver une base solide. Seulement le Caille-lait jaune ( Gallium verum ) donne une teinte jaune aux fromages lorsqu’on fait infuser dan3 le lait ses fleurs, qui ont cette couleur.
Le Caille-lait est un léger antispasmodique et diaphorétique à la manière du tilleul et des feuilles d'oranger. Malgré son peu d’énergie, on s’est plu à lui trouver des vertus anti-épileptiques. Et ce n’est pas dans les temps anciens, c’est à notre époque, en pleine France. A la vérité, ce ne sont pas des médecins, mais des personnes étrangères à la science médicale, qui prétendent que cette plante guérit l'épilepsie, il y a dans le département de la Drôme une localité, et dans cette localité un établissement afiecté au traitement du mal caduc par le Caille-lait. Soumis en 1858 à l’approbation de l’Académie de médecine, ce médicament a été rejeté « comme n'étant pas nouveau et ne tenant pas plus ses promesses que beaucoup d’autres, qui ont joui, à certaines époques, d’une vogue imméritée. »
11 nous parait inutile de mentionner les prétendues propriétés antibémorrbagiques, antiscrofuleuses, etc., du Gaillet.
récolte. — Le Caille-lait est commun dans les prairies, les haies, les buissons, aux bords des chemins, etc., où il fleurit en maiaoût. On le cueille au moment de la floraison et par un beau temps. Les croyants de la Drôme indiquent des précautions particulières qui révèlent plus de superstition que de science de leur part.
préparai ions, doses. — Infusion (sommités): 8 à 30 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 4 à 8 gr. Suc : 30 à 60 gr.
Nous ne connaissons pas le mode d’administration et de préparation du médicament qu’on administre aux épileptiques de l’asile de la Drôme. 11 est possible que la plante jouisse de plus de propriétés dans le midi que dans le centre de la France, mais elle ne peut en présenter de telles que l’épilepsie soit modifiée sous son influence.
CALAMENT. Uelissa calamintha, L.
(Fam. Labiées.)
Nom vulg. : Méliue calament, Calameut de montagne.
description. — Plante vivace, à tiges de3-6décim., naissant d'une souche traçante, dressées, rameuses et pubescentes. FeuiUes opposées, ovales, assez grandes, pétiolées, dentées, pubescentes, d’un vert peu foncé surtout en dessous. Fleurs violettes ou purpurines, sur des pédoncules axillaires, formant des espèces de verticilles munis de petites bractées. Calice tubuleux à 5 dents longues et aiguës, dont 3 en haut et 2 en bas plus longues, formant 2 lèvres bien marquées ; corolle dont le tube dépasse longuement le calice, à lèvre supé-
rieure échancrée et plus large que les 3 divisions de la lèvre inférieure.
propriétés. — On lui attribue celles de la Mélisse, dont elle est voisine et dont quelques botanistes font une espèce, et non un genre distinct. C'est à cause de cela qu’on l’emploie peu, parce qu’on lui préfère cette dernière. Cependant l’odeur du Calament se rapproche davantage de la menthe ou de la matricaire. C’est un aromatique, tonique, excitant, cordial comme la plupart des Labiées, mais dont les vertus réelles ne sont pas encore bien déterminées.
récolte. — Le moment de la faire est aux mois de juillet-août, lorsque la plante est en fleurs. Elle croit sur les coteaux arides, dans les pâturages montueux, les buissons, etc.
préparations, boses. — Infusion (sommités) : une pincée pour 500 gr. d’eau, comme emménagogue, céphalique, alexitère, stomachique (Chomel). Décoction : employée comme résolutive à l’extérieur.
CAMELÉE. Cneorum tricoccum, L.
(Fam. TsBÉBIKTHACÊgS.)
Nom vulg. i Gaioupe.
description. — Arbuste toujours vert, s’élevant à 1 m., à écorce blanchâtre, très-ramifié, rameaux redressés. Feuilles alternes, sessiles, entières, épaisses, plus larges au sommet qu’â la base, ressemblant par la forme à celles de l’olivier. Fleurs jaunes, terminales, axillaires : 3 sépales, 3 pétales qui sont beaucoup plus grands, 3 étamines ; ovaire su père, t style ; stigmate tréfide. Baie sèche composée de 3 coques réunies conservant le style persistant, d’abord vertes, devenant rouges en mûrissant.
propriétés, usages. — La Camelée est d’une saveur âcre et brûlante dans toutes ses parties. C’est un irritant, un vésicant même à l’extérieur; à l’intérieurelleagit comme un purgatif hydragogue très- violent. Ce sont les feuilles surtout qui ont été employées, soit en cataplasme, soit en extrait pour l’usage interne.
Nous croyons inutile de nous étendre davantage sur une plante qui n’est plus usitée, si ce n’est par les horticulteurs qui en garnissent le devant des massifs des bosquets d’hiver.
Récolte. — La Garoupe croit en Grèce, en Espagne et dans le midi de la France, se plaisant dans les terrains secs, incultes, rocailleux.
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doses. — «Les Rondelet et Jean Bauhin retiraient, dit Chaumeton, un grand succès de l’application des feuilles de Garoupe, réduites en cataplasme, sur l'abdomen des hydropiques. Ils en formaient un extrait dont la dose était de i à 2 gros (4 à 8 gr.). » La poudre se donne depuis SO centigr. jusqu’à 1 gr. 50.
CAMELINE. Myagrum sativum, L. Satita, D. C.
(Fan». Ciocifèrk»; tribu: Alysswées.)
Noms culg, : Sésame d’Allemagne, Camomen.
description. — Plante annuelle, herbacée, de 4 à 8 décim.; à tige dressée, rude, velue ; à feuilles velues ou presque glabres, les inférieures oblongues, les caulinaires lancéolées-sagittées à la base, entières ou denticulées. F leurs jaunâtres, disposées en corvrabes allongés. Silicule obovale-pyriforme, un peu comprimée et terminée par le style persistant.
propriétés, csages. — La Cameline n’est pas employée en thérapeutique, à moins qu’on ne se serve de son huile fraîche comme de celles d'olive, d’amandes. Celte huile, que l’on mange dans quelques cantons, sert principalement pour l’éclairage, après qu'on l’a privée de son mucilage.
Presque tous les animaux et oiseaux domestiques recherchent sa graine, que, dans les temps de disette, l’homme peut moudre et mêler au blé.
La Cameline croît dans les moissons : on la cultive en grand dans la Somme et ailleurs pour l’huile que fournissent ses graines, et parce qu’on peut la rouir et en retirer un bon fil. On peut la semer tard, car elle parcourt toutes les périodes de sa végétation dans l’espace de trois mois. Elle peut encore servir de fourrage.
CAMOMILLE. Anthémis nobilù, L.
(Fam. Composé»»; tribu t Corymbipéres.) iYonu tu Ig. : Camomille romaine, Camomille noble, Camomille odorante.
description (pi. xxxvii, 3). — Plante vivace, herbacée, s'élevant à la hauteur de 10 à 30 cent. Racine un peu traçante. Tiges élalées, presque couchées (1), plus rarement dressées, un peu rameuses, anguleuses, faibles et velues. Feuilles composées de beaucoup de dé-
fi) La figure représenta un rameau fleuri do la Camomille double. (Yoir au paragraphe Récolte.)
ue
coupures linéaires courtes et pointues (pinnatiséquées), peu velues. Fleurs blanches, en capitules solitaires sur de longs pédoncules velus et blanchâtres, lnvolucre écailleux d’un vert blanchâtre, velu, à plusieurs rangs de folioles ; fleurons hermaphrodites et quinquéüdes au centre du réceptacle, qui est oblong-conique; à la circonférence demi-fleurons femelles fertiles, à languette ovale à 3 dents peu marquées. Akènes d’un jaune hrunâtre, lisses, sans aigrette.
propriétés, usages. — Les capitules de la Camomille (vulg. têtes) ont une odeur fortement aromatique, pénétrante, qui rappelle un peu celle du coing ; leur saveur est d’une amertume âcre, moins prononcée dans les feuilles. Ces fleurs sont stimulantes, toniques et antispasmodiques; on les emploie pour combattre l’atonie des organes, les fièvres intermittentes, les coliques nerveuses et venteuses, les gastralgies indépendantes d’une inflammation de l’estomac, les névroses, les vers, etc.
La plus importante de ses propriétés est celle d'ètre fébrifuge; elle était connue de Galien, qui rapporte que les mages ou sages de l’Égypte dédièrent la Camomille au soleil à cause de son insigne efficacité contre les fièvres. Dioscoride, Morton, Cullen, Hoffmann, et une foule d'autres, en ont fait l'éloge : tous s’accordent à donner la préférence à la poudre de fleurs sur toutes les autres préparations. Cette poudre finement pulvérisée était regardée par Elysha Coyth comme aussi sûre que le quinquina.
« Les particularités qui sont le plus à noter, disent Trousseau et Pidoux, sont l’activité de cette poudre dans le cas d’insuccès du fébrifuge ordinaire, activité manifestée surtout alors que les accès sont peu réguliers, que la fièvre n’est pas née sous l’influence miasmatique des pays marécageux, etc. : telles sont beaucoup de fièvres vernales, surtout dans les grandes villes et chez les personnes nerveuses. »
La Camomille, comme la plupart des fébrifuges indigènes, a réussi et peut réussir encore dans des cas où le quinquina s’est montré impuissant. Cela veut-il dire que ces fébrifuges l’emportent sur l’écorce du Pérou? Nullement, parce que d’abord celle-ci n’a l’infériorité que par exception assez rare, et qu’ensuite tous les médecins savent parfaitement qu’il y a certains organismes ou certaines fièvres qui ne sont pas modifiables par tel agent, et le sont par tel autre, la Camomille, par exemple ; « non que celle-ci soit plus héroïque, mais parce qu’elle est autre, et que l’inertie apparente du quinquina n’est que relative à une idiosyncrasie, de même
que l’activité apparente de la Camomille n'est relative qu’à cette même idiosyncrasie. C’est ainsi qu’un simple changement d’habitation, une légère émotion morale, font cesser une habitude fébrile que n’avaient pu atteindre les plus fortes doses de sulfate de quinine. »
Dans toutes les autres circonstances que celle des fièvres intermittentes, la Camomille s’administre en infusion théiforme. Ces circonstances sont un état nerveux, hystérique ou hypochondriaque, accompagné de digestions lentes, de spasmes, de coliques venteuses, etc., qui ne dépendent aucunement d’une irritation inflammatoire proprement dite. L’infusion de cette plante favorise l’action des émétiques ; les Anglais se servent d’une forte décoction, bue chaude et coup sur coup, pour faire vomir.
Les lavements de Camomille, selon Scarpa, seraient efficaces contre les spasmes nerveux, les affections comateuses, l’aménorrhée, la suppression des lochies, l’hystérie, etc.
A l’extérieur, ce médicament est employé comme tonique résolutif, surtout sur le ventre, dans les fièvres graves, pour combattre le météorisme en ranimant la contractilité des intestins, moyen d’une utilité douteuse, môme lorsqu’on fait usage de l’huile de Camomille camphrée, ce qui est l’ordinaire d’ailleurs.
La Camomille possède des propriétés réelles; elle exerce une action utile dans une foule de cas, et cependant elle est tombée dans une sorte d’oubli. C’est, dit Bodard , parce que, donnant la préférence à la Camomille double des jardins qui est moins active, ou bien employant les feuilles de la Matricaire, qui lui ressemble beaucoup, les expérimentateurs n’ont pu constater les effets de la Camomille romaine et ont perdu confiance en elle.
récolte. — La Camomille romaine croit naturellement dans les lieux un peu humides, sur les pelouses de nos bois, aux lieux arides. On la cultive en grand dans quelques pays, et ses fleurs doublent facilement, mais au détriment de ses propriétés. C’est en juin et juillet que se cueillent les tètes (capitules) ; ce ne sont ni les plus belles ni le3 plus grandes fleurs qu’il faut choisir, celles-ci étant moins odorantes que les plus petites et d’une couleur plus blanche. On les étend en couches très-minces, et on les fait sécher à l’étuve ou au soleil. La plante entière se récolte plus rarement. La dessiccation faite avec soin n’ôte rien des propriétés des capitules, dont l’odeur doit être franche et prononcée.
11 est plusieurs plantes qu’on substitue & la Camomille : ce sont
iiS
PLANTES MEDICINALES.
la Matricaire, la Matricaire-Camomille, la Matricaire odorante, la Camomille des champs, la Camomille puante, la Grande-Marguerite et la Grande-Pâquerette (V. ces mots), qui toutes sont des mêmes famille et tribu.
préparations, doses. — Infusion (capitules ou têtes) : n* 10 à i2 par kilog. d'eau; — 2 à 4 gr., quand c’est pour faciliter le vomissement. Poudre (fleurs) : 50 cent, à 1 gr. comme tonique, stomachique, carminatif ; — 2 à 4 gr., comme fébrifuge. Eau distillée : 30 à 100 gr., comme véhicule de potion excitante. Huile essentielle : i à 5 gouttes à l'intérieur, contre les crampes d'estomac ; quantité voulue en frictions résolutives et antiseptiques. Huile de camomille (fleurs sèches, 1 partie ; huile d'olive, 8 ; faites chauffer au bain-marie pendant quelques heures; passez avec expression et filtrez ) : en frictions, embrocations.
La Camomille puante ( Anthémis cotula, L.), vulg. Maroule (pl. xxxvii, 4), ressemble beaucoup à la précédente par ses propriétés physiques et médicales, et croit abondamment le long des chemins et des ruisseaux, dans les moissons, les champs en friche.
L’odeur de la Marouto est aromatique, prononcée, désagréable ; sa saveur est amère. On peut l'employer comme la Camomille romaine, dans les névroses, l'hystérie, les gastralgies, les flatuosités ; mais on n’a guère à citer que le témoignage de Peyrilhe en faveur de son action fébrifuge. Cette plante serait, suivant MM. Dubois (de Tournai) et Cazin, très-efficace pour dissiper les pneumatoses du canal intestinal, les gastralgies accompagnées de flatuosités. On l’emploie rarement cependant, sans doute parce qu'on lui préfère la Camomille noble, qui est presque aussi commune et qui n’en a pas l’arome désagréable.
La Camomille des teinturiers ( Anthémis tinctoria), Œil-de-Boeuf, est encore plus rarement mise en usage, quoiqu’on l’ait vantée contre les fièvres.
CAMPANULE RAIPONCE. Campanula rapunculut, L.
(Fam. Campanulacées ; genre Campanule.)
Noms eu Ig. : Raiponce.
description. — Plante bisannuelle, de 60 cent, de haut environ . Tige dressée, simple, divisée supérieurement. Feuilles inférieures allongées, étalées sur le so1, velues ; les supérieures étroites, lancéolées, sessiles, glabres. Fleurs bleues, disposées en une panicule ter-
minale allongée, à rameaux dressés. Calice glabre à S divisions linéaires; corolle campanulée. S-lobée ; S étamines, etc.
propriétés. — Au printemps on fait une grande consommation de la Raiponce en salade ; sa racine est fade et mucilagineuse, sans emploi en médecine. On la cultive dans les jardins, mais elle croit naturellement dans les prairies, sur la lisière des bois, au bord des chemins, des fossés.
La Campanule -trachéite, Gantelie, Gant de Notre-Dame (pl. xvm, 4), est légèrement astringente, et sa racine a joui d’une grande réputation dans le traitement des angines, des maladies de la trachée, ce qu’indique d'ailleurs son nom de Trachilie.
CAMPHRÉE. Camphorosma monspeliana, L.
(Fam. Chéxopodées.)
Camphrée de Montpellier.
DESCRIPTION ( pl. XLV, 2 ). — Sous-arbrisseau de 30 cent, à l'état sauvage, et qui atteint jusqu’à 2 mètres par la culture ; à tige dressée, arrondie, glabre, rameuse. Feuillet très-petites, linéaires, pointues, épaisses, velues, d’un vert cendré, très-nombreuses, parce que dans leurs aisselles se trouvent des paquets d'autres feuilles semblables qui sont lesrudlmentsdenouvelles pousses. Fleurs herbacées, petites, en paquets axillaires le long des rameaux, où elles forment des épis lâches, s’ouvrant en juillet-août. Leurs caractères sont ceux de la famille : calice urcéolé, pubescent, à 4 divisions pointues ; point de corolle ; 4 étamines sortant du calice, à anthères allongées; style bifide à stigmate aigu et plumeux; semence comprimée, ovale.
Comme l'observe Lamarck , cet arbrisseau a l’aspect d’une bruyère.
propriétés. — Cette plante, froissée entre les doigts, exhale une odeur de camphre, qui a paru très-marquée pour les uns, nulle selon d’autres par suite de circonstances de culture. Sa saveur est piquante et aussi camphrée. Ses usages sont mal déterminés, quoiqu’on l’ait employée dans une foule d’aflections. Ainsi Burlet la vante dans l’asthme pituiteux et comme expectorant; Bodard assure qu'elle est utile dans la coqueluche et les métastases goutteuses; Gilibert la préconise comme diurétique et sudoiiflque dans les hydropisies.
récolte. — Cette plante croit à l'état sauvage dans le midi d*
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l'Europe et dans nos départements méridionaux, surtout aux environs de Montpellier, dans les lieux sablonneux, secs et arides. On la cultive dans quelques jardins, mais là elle devient insipide et inodore. C’est donc la première qu’il faut choisir, r réparations, doses. — Infusion : 8 à 16 gr. par kilog. d’eau.
CANNE DE PROVENCE. Arundo donax, L.
|Fam. Graminées; genre Rosage )
Nom vu Ig. : Roseau A quenouille.
description (pi. xlv, 3). — Plante vivace, a tige creuse (chaume), ligneuse, de 3 à îi mètres de hauteur. Feuilles longues de 60 cent, environ, étroites-lancéolées, à nervures longitudinales. Fleurs en panicule très-grande, rameuse, terminale, composée d’épillets solitaires, se montrant en août. Calice extérieur triflore, à 2 balles; glume entourée de soies persistantes ; 3 étamines ; ovaire surmonté de 2 styles (1).
propriétés, rsAGES. — Les racines de cette plante sont les seules parties employées ; leur odeur est nulle, leur saveur insipide ou douceâtre-sucrée, leur action sur l’économie presque nulle, et l’on se demande d’où leur vient leur immense réputation populaire d’antilaiteuses. Les nouvelles accouchées, qui ne nourrissent pas, se croiraient exposées au fantôme des maladies laiteuses, si elles n’avaient soin d'en prendre une décoction , ce que font également les nourrices qui sèvrcnt.Tel est l’empire de ce préjugé, que la médecine elle-même en subit l’influence. En effet, nous ne conseillons pas aux médecins de proscrire l’usage de la Canne, quand ce ne serait que pour ne pas s’exposer à des reproches dans le cas où il surviendrait quelque accident. La Canne de Provence agirait comme sudorifique selon les uns, selon d’autres comme diurétique : son action git plutôt dans l’eau de sa décoction.
récolte. — Ce roseau croit au bord des eaux, dans la Provence et le Languedoc, et fleurit vers la fin de l’été. On le trouve dans toutes les boutiques d’herboristerie.
(1) An bas et à droite de la plante sont deux petites figures représentant : l'une une fleur avec ses 5 étamines et ses 2 stigmates; l'autre, les pistils et l'ovaire séparée. La figure A gauche représente un épillct composé de 6 fleurs.
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CAPILLAIRE. Adianthum capillus Veneris, L.
(Fam. Fougères.)
Sonu rulg. : Capillaire de Montpellier, Adianthe, Cheveux de Vénus.
description (pl. xux, 1).— Végétal sans tige et sans fleurs, vivace, composé de la manière suivante : souche longue comme le doigt, de la grosseur d’un tuyau de plume, oblique, comme poilue à la surface, munie en-dessous de radicules chevelues, donnant naissance en dessus aux pétioles. Feuilles radicales, à pétiole commun mince, luisant, nu dans la moitié de sa longueur, garni ensuite de nombreuses folioles alternes, glabres, lobées, pétiolulées, dont une pour chaque pétiole partiel dans le haut, 2 ou 3 sur le pétiolule dans le bas. — Fructification sous forme de petits grains dans le repli du bord supérieur des folioles (t).
propriétés, tsages. — Le Capillaire est peu odorant, et d’une saveur amère, quelque peu àcre, qui se perd par la dessiccation. Il nous vient cependant dans cet état pour les usages thérapeutiques, et il n'est pas sans action. C’est un médicament d'un emploi vulgaire en quelque sorte dans les maladies des bronches et des poumons, a II rend plus facile, dit Gauthier, la toux sèche, l’expectoration, calme l'ardeur de la poitrine, le sentiment d’àcreté dans la gorge qui excite la toux, et convient dans les rhumes aigus et les inflammations de poitrine. » Quoi qu’on en ait dit, il n'a jamais guéri aucune phthisie pulmonaire, pas même dissipé les engorgements chroniques du ventre. On sait la grande réputation que Fourcroy a faite au sirop de Capillaire, comme béchique adoucissant et reléchant.
récolte. — Le Capillaire croit en abondance dans les lieux humides et couverts des départements du midi de la France. C’est de là qu’il nous vient.
préparations, doses. — La décoction de cette plante est béchiqueadoucissante lorsqu'elle est peu forte; toniquo-expectorante lorsqu'elle est plus concentrée. Le «trop de capillaire est extrêmement usité pour édulcorer les tisanes pectorales.
Le Capillaire de Canada, Adiantum pedatum, est plus élégant et plus odorant que celui dit de Montpellier.
(1) Les trois petites figures détachées montrent : l'une, le repli marginal fermé; l’autre, le repli ouvert et laissant voir les sporee; le troisième, enfin, les grains fructifères. Objets grossis.
CAPRIER. Capparis spinota, L.
(Fam. CarrARioÊis.)
description (pl. T XI, 6) — Arbrisseau de 80 cent, à I mètre. Racine ligneuse, rameuse, grande. Tiges nombreuses, en touffe diffuse, cylindiiques, g'abres. Feuilles alternes, entières, crvales-arrondies, lisses, à pétiole muni à sa base de 2 épines crochues. Fleurs amples, axillaires, solitaires, au bout de longs pédoncules. (Pour leurs caractères, voir page 304, t. I.) Fruil : silicule baceiforme, pédiculée, charnue, multisperme.
propriétés, usages. — Peu de chose à mentionner dans ce paragraphe, qui est moins intéressant que celui relatif à la récolte, auquel nous renvoyons pour l’histoire des câpres. Celles-ci ne servent guère qu'à l’art culinaire : c’est un assaisonnement qui facilite la digestion chez les individus à estomac paresseux, à fibres molles, etc. On les a pourtant vantées pour fondre les obstructions abdominales, surtout celles de la rate. Cette faculté désobstruante serait plus puissante encore dans l’écorce de la racine du Câprier. Tronchin l’a proposée comme anti-hypochondriaque, mais aujourd’hui elle est tombée, peut-être à tort, en désuétude.
récolte. — Apporté d’Asie, croit-on, par des colons grecs, le Câprier croit maintenant dans toutes les contrées méridionales de l’Europe. Il se plaît le long des jnurs, dans les endroits pierreux exposés aux rayons du soleil. Ses fleurs s’épanouissent au mois de juillet : on en voit des champs entiers, entre Marseille et Toulon, soigneusement cultivés. Les câpres ne sont autre chose que les fleurs en boutons , lesquels , dans leur état de fraîcheur, exhalent une faible odeur et impriment à la langue une saveur légèrement piquante. On les expose à l’ombre pendant quelques heures, on les met ensuite dans un vase rempli de vinaigre, où ils restent une huitaine; puis on les retire, on les presse doucement, on les remet de nouveau dans du vinaigre, et l’on répète trois fois la même opération; enfin on renferme les câpres dans des tonneaux avec du vinaigre. Les fleurs qui viennent à graine donnent des capsules grosses comme des olives; on les confit et elles forment un mets agréable sous le nom de Cornichons de Câprier.
Quant à l'écorce de la racine du Câprier, on la rencontre chez les droguistes en morceaux roulés, de la grosseur d’un tuyau de plume à peu près. Elle a une saveur amère, piquante et un peu âcre à la gorge, mais est inodore.
préparations, doses. — Nous n'avons qu'à parler de celles relatives à l’écorce, s Ou la prescrivait pulvérisée à la dose d’uu gros (4 gr.) ou bien ù celle d'une once (32 gr.) infusée dans une livre d’eau. Elle entrait dans lVuitfe de scorpions composée, dans le sirop hydrogogue de Ch a ras ; cuite, on l’appliquait tantôt sur l’estomac pour ranimer la vitalité de cet organe, tantôt sur les vieux ulcères atoniques. >
CAPUCINE ORDINAIRE. Tropœolum ma jus, L.
{Fam. Gékaniacéis.)
Nom rulg. : Creaton d’Inde.
Originaire du Mexique et du Pérou, où elle est vivace, la Capucine est cultivée dans nos parterres et nos jardins, où elle est annuelle. Nous nous contenterons de renvoyer, pour ses caractères spécifiques, à ceux de sa famille, 1. 1, p. 345.
« Les différentes parties de cette plante ont une odeur vive et piquante, une saveur chaude, analogue en tout à celle des plantes crucifères, à côté desquelles elle vient se ranger par ses propriétés stimulantes, qui la rendent très-efficace dans le scorbut, les scrofules, etc. Ses fruits et ses boutons de fleurs, confits dans le vinaigre, servent d’assaisonnement. L’usage de cette plante n’est pas aussi répandu qu’il mériterait de l’ètre. C’est un stimulant extrêmement énergique, et qui peut être comparé aux meilleurs antiscorbutiques produits par la famille des Crucifères. » (Ach. Richard.) — Les fleurs de capucine se mangent beaucoup en salade.
CARDAM1NE DES PRÉS. Cardamina pratensis, L.
(Fam. Cmjcifèhes.)
Noms vulg. : Cresson élégant, Cresson des prés, Cresson sauvage, Passerage sauvage,
description (pl. xxxvii, 5). — Plante herbacée, vivace, de 30 cent, environ. Racine dure, fibreuse, blanchâtre. Tige simple, dressée, cylindrique, glabre Feuilles alternes, les radicales composées de 5-9 folioles arrondies et anguleuses, la terminale plus grande ; feuilles caulinaires imparipinnées,à folioles petites, étroites-allongées. Fleurs d’un blanc rosé ou lilas, pédonculées-dressées, disposées en grappe terminale. Calice à * sépales ovales, dressés, trois fois moins longs que les 4 pétales ; étamines 6 dont 2 extérieures plus courtes, toutes
plus courtes de moitié que les pétales. Siliques allongées, linéaires, comprimées, à bec court, obtus.
propriétés; récolte. — La Cardamine possède les propriétés du cresson de fontaine et du cochléaria ; elle peut les remplacer dans tous les cas où l'on prescrit l'usage de ces plantes. — Comme ces dernières, elle croit dans les prairies humides, les endroits herbeux ombragés, au bord des ruisseaux, et s’emploie fraîche. Son nom lui vient du grec Cardaminé, plante analogue au cresson.
CARLINE. Carlina acanthi folia, L.
(Fam. Composes; tribu : Floscclecses.)
A’omi ru Ig. ; Chardousse, Caméléon blanc, Chardon doré, Loqae.
description (pl. xxxiii, 2) — Plante bisannuelle, d’un port singulier qui lui a attiré jadis l’attention des magiciens et des sorciers. En effet : Tige de quelques centimètres ; feuilles grandes, élégamment découpées et épineuses, blanchâtres et cotonneuses, étalées en rosace à la surface du sol, et partant de la racine ; celle-ci est épaisse, oblongue, pénétrant à une profondeur de 20 cent, et plus. Fleur en large capitule, solitaire, sessile, situé au centre de la rosette formée parles feuilles. Ses caractères spécifiques sont ceux indiqués au genre. (T. I, p. 210.)
propriétés. — La racine de la Carline a une saveur amère, des propriétés toniques, sudorifiques et diurétiques peu marquées. Autrefois on lui a attribué des vertus merveilleuses pour prévenir et guérir les maladies pestilentielles, les dartres, la gale, la suppression des règles, etc.
Gilibert a fait un grand éloge de cette plante : l’expérience ne l’a pas justifié. Elle entre dans la thériaque, l’orviétan, l’essence alexipharmaque de Stahl. Elle doit son nom, dit l’histoire, à ses propriétés merveilleuses, révélées par un ange à Charlemagne, qui préserva de la peste son armée ; mais sa célébrité est bien déchue.
La Carline n’est recherchée que par les chèvres. Toutefois partout où elle se trouve, les habitants en mangent les réceptacles comme ceux de l’artichaut : quelques-uns même les sèchent pour l’hiver.
récolte. — L'Italie, la Suisse, le Languedoc, la Provence voient croître, aux lieux élevés, la Carline, qui, prodigue dans les lieux qui lui conviennent, se montre rebelle à la cuiture, même sous son propre climat.
préparations. — Infusion (racine) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. On fait digérer cette dose dans du vin (Gilibert).
CAROTTE. Daucus carola, L.
(Fam. Ombelufkres.)
La Carotte est une plante bisannuelle cultivée dans tous les jardins ; pour cette raison, et parce que ses caractères sont indiqués à la famille et au genre, nous nous dispenserons de la décrire.
propriétés, usages. — On emploie la racine, les semences et les feuilles. La première ( Carotte proprement dite), fusiforme, pivotante, jaunâtre, dure-cassante, est mucilagineuse, sucrée et nourrissante : c’est un aliment plutôt qu'un médicament. On en conseille la décoction comme apéritive dans la jaunisse, où elle n’agit pas autrement que tout autre émollient-calmant. Sultzer, en 1766, et, après lui, éouvart, Bridault, en 1802, ont beaucoup vanté sa pulpe fraîche râpée et appliquée en cataplasme sur les tumeurs carcinomateuses ouvertes ; elle calme la douleur sans doute, diminue la suppuration, modifie avantageusement l'ulcère, mais ne guérit point le cancer. Ce topique est utile contre les gerçures du sein, les brûlures, d’après M. Fr. Dubois. Selon Desbois, de Rochefort, la carotte prise comme seule nourriture guérit le carreau chez les enfants. On lui a reconnu jadis des propriétés anthelminthiques auxquelles on ne croit plus aujourd’hui.
Les semences passent pour carminatives, stomachiques, diurétiques. Quant aux feuilles, elles ont parfois été employées comme vulnéraires.
récolte. — Chacun sait que la Carotte est généralement cultivée. La Carotte sauvage, qui en est la souche primitive, croit dans les prés, sur le bord des chemins et des champs, et a une odeur plus forte, aromatique, une saveur un peu âcre, par conséquent est moins adoucissante et sucrée que l’espèce cultivée.
CARTHAME. Carthamus tinctorius, L.
(Fam. Composées ; tribu: Floscdlecsbs.)
Noms vulg. : Carthame des teinturiers, Safran bâtard.
description. — Plante herbacée, annuelle, de 50 à 70 centim Racine fusiforme. Tige dressée, cylindrique, glabre, feuillée. Feuilles alternes, sessiles, simples, entières, ovales, pointues, bordées de
m PLANTES MÉDICINALES.
quelque* dents épineuses. Fleurs eu un gros capitule terminal, d'un beau rouge de safran : involucre à écailles foliacées, imbriquées, épineuses ; fleurons hermaphrodites, réguliers, posés sur un réceptacle chargé de poils. Le fruit consiste en plusieurs graines solitaires, luisantes, sans aigrette.
propriétés, usages. — Propriétés médicales insignifiantes et tombées en désuétude; usages en économie domestique très-importants. La fleur fournit deux principes colorants, l’un jaune, l’autre rouge; le premier, soluble dans l’eau, est rejeté comme inutile; le second, résineux, soluble dans les alcalis, communique aux étoffes des ceuleurs qui ne sont pas parfaitement solides. On prépare avec ces fleurs une fécule ou laque employée dans la peinture et l’art cosmétique sous le nom de rouge végétal ou vermillon cT Espagne.
Les tiges du Carthame servent au chauffage. Les feuilles sont mangées quelquefois en guise de salade ou d’épinards. Les chèvre* et les moutons les recherchent avidement. Desséchées et réduites en poudre, elles coagulent le lait. Les semences, appelées vulgairement graines de perroquet, sont, en effet, très-propres à nourrir non-seulement cet oiseau, mais encore toutes les volailles, qu’elles engraissent.
récolte. — C’est de l’Egypte que nous vient cette plante, trop peu cultivée en France, mais qui l’est beaucoup en Allemagne, où elle prospère et mûrit constamment bien.
CARV1. Carum carvi, L.
(Fam. Ombellifères.)
Nom rulg, : Cumin de» pré».
hbscriptton (pl. XLin, S). — Plante herbacée, bisannuelle, haute de 30 à 60 cent. Tige dressée, glabre, cylindrique, flstuleuse, simple en bas, rameuse en haut. Feuilles bipinnatifides, longuement pétiolées, dont les premières divisions sont comme verticillées autour du pétiole commun. Fleurs blanches, en ombelles au sommet des rameaux ; involucre de 2-4 folioles petites, linéaires, quelquefois d'une seule ; pas d'involucelles à la base des ombelles ; 5 pétales égaux munis d'une petite languette au sommet, lequel est replié en dessus. Fruits ovoïdes, allongés, offrant b côtes sur chaque moitié. Racine charnue, fusiforme, garnie de nombreuses fibrilles, de la grosseur du pouce.
propriétés, usages, — Les semences de Carvi sont douées d’une
odeur aromatique et d’une saveur chaude, piquante, due à l'huile essentielle qu’elles contiennent. On les emploie en économie domestique : ainsi les Allemands en mettent dans le pain, les sauces; les Anglais, dans la pâtisserie, les confitures ; on en fait des liqueurs, comme celle dite huile de Vénus, etc. Dans le Nord, l'on mange la racine, améliorée par la culture, à l’inslar de celle du panais et de la carotte (Mérat et Delens).
En thérapeutique, ces semences s’emploient dans les mêmes cas que l’anis, auquel nous renvoyons le lecteur. Depuis Dioscoride et Galien, elles sont réputées carminatives, digestives et alexitères, propres à combattre la débilité des voies digestives, la cardialgie, les coliques venteuses, pourvu que ces troubles fonctionnels soient l'effet, non de l’inflammation, mais d’une véritable atonie .
récolte. — Le Carvi, que les anciens médecins grecs et romains nomment caros, parce qu’il croissait plus particulièrement dans la Carie, province de l'Asie, est assez commun dans les prairies de la France, de l’Allemagne, etc. On procède à la cueillette de ses fruits comme pour l’anis ; ces fruits ne sont bons qu’à être employés la seconde année.
préparations, doses. — Infusion ( graines ) : 4 gr. par kilogr. d’eau. Poudre : 3 décig. à t gr. Huile essentielle : 5 à 13 gouttes dans une potion, contre les flatuosités, pour provoquer les règles, etc. — Quantité voulue pour embrocations.
CASSIS. Ribes nigrum , L.
(Fam. RiBÉaucÉES.)
• Groseillier noir.
Originaire du nord de l'Europe, et cultivé dans tous les jardins, où chacun peut l’étudier sur nature, cet arbrisseau est doué d’un arôme très-prononcé, sui gmeris; les feuilles ont une saveur un peu acerbe; les fruits (baies) sont peu acides; ils renferment une huile volatile amère que l’on considère comme tonique et stomachique, et qui réside principalement dans l'enveloppe, car le suc de Cassi3 obtenu sans pression se rapproche beaucoup de celui de la groseille, tandis que, quand il subit avec l’enveloppe une préparation quelconque, il se charge de l arome de celle-ci et devient légèrement tonique et stomachique.
Des feuilles de Cassis ont été employées en infusion chaude et sucrée, comme astringentes et toniques, dans la diarrhée chronique;
158 PLANTES MEDICINALES.
comme diurétiques dans l’hydropisie ; comme sudorifiques dans le rhumatisme, etc. La diversité de ses propriétés prouve la légèreté avec laquelle on les a admises.
CATAIRE. Ne p et a eataria, L.
(Fam. Labiées.)
A'om< culg. : Herbe aux ckata, Chataire, Menthe de chat.
description ( pl. li, I ). — Plante herbacée, vivace, de 60 cent, environ. Tige dressée, carrée, rameuse, d’un vert glauque. Feuilles opposées, pétlolées, ovales-cordiformes, fortement dentées, pubescentes-blanchâtres en dessous. Fleurs blanches ou purpurines, ponctuées de rouge, disposées en verticilles ou glomérules rapprochés en épis terminaux serrés. Calice tubuleux, 5-denté, multi-nervuré, tomenteux ; corolle à tube étroit, mais à limbe brusquement dilaté, bilabié : lèvre supérieure droite, échancrée, un peu concave ; lèvre inférieure étalée, trilobée, à lobe du milieu très-grand , arrondi , crénelé ; étamines i parallèles sous la lèvre supérieure, les 2 inférieures plus courtes ; 3tyle à Stigmate bifide. Akènes 4, ovoïdes et lisses.
propriétés, usages. — La Cataire a une odeur très-aromatique qui plaît singulièrement aux chats, lesquels se roulent, se vautrent dessus et l’abreuvent de leur urine. Sa saveur est forte, amère, piquante. Cette plante est tonique, excitante à la manière de la menthe, du marrube, etc. Elle parait agir davantage sur le système nerveux, témoin l’eflet qu'elle produit sur la race féline, pour laquelle elle est aphrodisiaque. Elle convient, du reste, particulièrement dans les aflections qui ont leur source dans l’utérus. On l’a conseillée comme emménagogue, surtout lorsque l’absence des règles dépend du spasme de l'utérus; ses usages ont été plus fréquents dans l'hystérie, les vapeurs, la chlorose, que dans les autres aflections morbides, telles que les catarrhes chroniques, l'asthme, etc. Hoffmann l’estime autant que la mélisse pour les vapeurs hystériques.
récolte. — L’Herbe aux chats croit dans les lieux pierreux et frais, les haies, les buissons, les villages. Elle fleurit en juillet-septembre. On en met près des ruches pour en éloigner les rats, qui sont trèsfriands de miel, en y attirant les chats. On peut la récolter pendant tout l’été.
préparations, DOSES. — Infusion (sommités fleuries) : 15 à 30 gr.
par kilog. d'eau. Infusion vineuse pour l’usage externe, en fomentations, injections vaginales, etc.
CENTAURÉE (Grande-)- Centaurea centaurium, L.
(Fam. Sykanthéréks ; tribu : Floscblïcses.)
description (pl. mm, 4). — La Grande-Centaurée est une plante vivace qui atteint I m. 50 cent, environ. Tige dressée, ferme, rameuse, glabre. Feuilles pinnée3, à folioles lancéolées et finement dentées. Fleurs d’un rouge pourpre, en capitules globuleux disposés en corymbe à l’extrémité des ramifications. Involucre imbriqué d’écailles simples, lisses, ovales-obtuses, entières; fleurons tubuleux, quinquéfldes, hermaphrodites au centre, neutres à la circonférence; graines ovales aigrettées.
propriétés. — La Grande-Centaurée était en grand honneur, chez les anciens, comme vulnéraire et fébrifuge. C’est sa racine qu’ils employaient. Elle est très-amère et peut, en effet, être utile comme tonique, antiscrofuleuse. Le centaure Chiron s’en servit, dit la fable, pour se guérir d’une blessure qu’il s’était faite au pied avec une flèche d' Hercule.
récoite. — La Centaurée croit sur les montagnes des Alpes et de l’Italie, où elle fleurit en août. Sa racine, qui est très-longue, volumineuse, rougeâtre en dedans, peut se récolter toute l’année pour être employée fraîche, ou au printemps et à l’automne pour être conservée. Il est bon de la fendre pour la sécher plus facilement.
préparations, doses. — Décoction : 60 gr. (racine fraîche), 80 gr. (racine sèche) par kilog. d’eau. Poudre (racine sèche) : 4 gr.
Le Bluet et le Chardon bénit sont deux espèces du genre Centaurée, qui font le sujet d’articles à part.
il n’est pas question ici de ta Petite-Centaurée, qui appartient à une autre famille.
CERFEUIL. Scandix cerefolium, L.
(Fam. Ovbeilipkbbs. )
description. — Plante herbacée, annuelle, à souche fusiforme, de l’épaisseur du petit doigt, blanclfi en dedans, roussàtre en dehors. Tiges dressées, rameuses, striées, glabres, fistuleuses, atteignant 30 à 50 cent. Feuilles plusieurs fois ailées, à folioles pinnatifldes, etc. Fleurs blanches, petites, en ombelles latérales et presque sessiles;
pas d'involucres, mais involucelles, etc. Pour fruit deux graines
accolées.
propriétés , usages. — Le Cerfeuil, dont tout le monde connût l’odeur et la saveur, est légèrement stimulant, diurétique et réso lutif. On prescrit le suc de ses feuilles à l'intérieur comme apéritif, désobstruant, contre l’ictère, les engorgements du foie, etc. Mais c’est principalement à l’extérieur que cette plante est employée, en cataplasmes ou en lotions, contre les hémorrhoïdes, les engorgements laiteux, les démangeaisons de3 organes génitaux, l’ophthalmie.
récolte. — Le cerfeuil est une plante potagère qui se cultive dans tous les jardins. Elle croit spontanément dans les champs de la Grèce.
préparations , doses. — Infusion : :|0 à 60 gr. par kilog. d’eau ou de petit-lait. Décoction : mêmes proportions. Suc dépuré : 50 à 100 gr. pris seul ou dans du petit-lait.
Feuilles cuites (dans de l'eau ou du lait) : on en fait un cataplasme qu'on applique sur les tumeurs hémorrhoïdales, les mamelles engorgées. — Ce cataplasme a paru très-avantageux à Delval, dans l’ophthalmie, étant placé à nu sur les paupières et aidé de lotions avec la décoction de cerfeuil. — Le moyen qui a le plus souvent réussi à M. Dubois, de Tournai, contre les douleurs hémorrhoïdales, c'est d'exposer la partie malade à la vapeur d’une décoction trèsconcentrée de cerfeuil.
Feuilles pilées : l'application extérieure de cerfeuil est un remède .domestique dans les contusions, les plaies légères, les coupures, mais non très-utile.
Le Cerfeuil musqué ( Scaniix odorata ), Cerfeuil odorant, C. d’Espagne, Cicutaire odorante, Fougère musquée , qui a les fleurs un peu plus grandes, les ombelles terminales, les tiges plus fortes, l'odeur plus aromatique et prononcée, peut remplacer le Cerfeuil commun, pourvu qu’on tienne compte de son activité qui est plus énergique.
• Le Cerfeuil sauvage, Chœrophyllum sylvestre, qui croit naturellement dans les prés, et qui ressemble beaucoup à la ciguë, partage les propriétés délétères des poisons âcres et ne peut, sans danger, être substitué aux deux espèces précédentes.
CERISIER. Cerasus vulgaris, L.
(Fam. Amtüdalinéïs.)
Espèce d’un genre d’arbres qui comprend plusieurs variétés, le
Cerisier, dit l’histoire, a été introduit en Europe par Lucullus, qui l’apporta de Cèrasonte à Rome, après avoir vaincu Mithridate. Ses fruits (cerises) sont rafraîchissants, tempérants, un peu laxatifs ; leurs pédoncules (queues de cerises) sont réputés apéritifs et diurétiques, en infusion à la dose de 15 gr. pour 800 gr. d’eau. V écorce de l’arbre est amère, non fébrifuge, quoi qu’on en ait dit; et c’est une coupable sophistication que de la mêler ù celle de quinquina. La gomme qui en découle pourrait remplacer la gomme arabique, en cas de besoin, quoiqu’elle soit visqueuse, peu soluble dans l'eau.
On prépare une liqueur de table ( kirschenwasser ) avec les fruits fermentés et distillés de 1 espèce Merisier, qui parait avoir existé de tout temps dans les Gaules et être le type de toutes les espèces de cerisiers aujourd’hui connues.
Les cerises sèches sont un bon aliment. Ce fruit sert à faire des compotes, des tartes, etc. — Van Swieten dit avoir vu des maniaques rendus à la raison après avoir mangé des quantités considérables de griottes.
CETÉRAC1I. Ceterach offxcinarum , L.
(Fam. Fougères.)
Aomj mlg. : Doradille, Cétérach offioinal.
Cette Fougère (t. 1, p. 77) croit sur les murailles humides exposées au nord. Elle a été préconisée par Morand comme diurétique, lithontriptique dans les maladies des reins et de la vessie, la gravelle ; M. Bouillon-Lagrange l’a employée trois fois contre la gravelle, le catarrhe vésical et la dysurie. Ce végétal, suivant d’autres, est expectorant ; mais nous le croyons plutôt doué de propriétés astringentes, parce que sa saveur est légèrement acerbe, laissant un arrière-goût de suif. Nous renvoyons d'ailleurs aux considérations générales sur les usages des Fougères, page 78 du tome premier.
CHANVRE. Cannabis saliva , L.
(Fam, Urticacees; tribu : CaNîubinêes.)
description. — Il nous parait superflu de décrire ce genre connu de tous. II nous suffit d’en avoir indiqué les caractères spécifiques. (V. 1. 1, p. 133 pour la figure et la description.)
propriétés, usages. — Au point de vue hygiénique, le Chanvre
PLANTES MEDICINALES.
est une plante suspecte, douée d’une odeur vireuse qui incommode beaucoup de personnes; et l’on sait que les cardeurs, qui travaillent son produit textile, sont sujets à une toux continuelle, à l'asthme, à la phthisie. L’eau dans laquelle se fait le rouissage exhale des miasmes infects et contracte un degré de putréfaction au point de faire périr les poissons qui y séjournent.
« Oilibert a étudié sur lui-même l'action des feuilles de chanvre : infusées à la dose d'une once dans une demi-livre d’eau, elles communiquèrent à ce liquide une odeur et un goût nauséeux ; cette infusion souleva l'estomac, produisit la céphalalgie et augmenta le cours des urines en déterminant une sueur fétide ; l’habile praticien lyonnais a vu réussir cette boisson dans le rhumatisme chronique et les dartres; il ajoute que les feuilles fraîches appliquées en cataplasme raniment les tumeurs froides et les disposent à la résolution. » (Flore médicale.)
Les graines de chanvre (chénevis) servent, en médecine, à faire des émulsions, peu employées, du reste. Leur infusion est regardée par Tode comme un excellent moyen de calmer les irritations des voies urinaires. « Sylvius de Leboë a guéri plusieurs malades de la jaunisse par la seule graine de chèuevis cuite dans le lait de chèvre, presque jusqu'à la faire crever; il en donnait 2 ou 3 prises par jour de S à 6 onces. » L 'huile de chénevis est bonne à brûler ; quelques pauvres peuplades s’en servent pour condiment. Mais la graine frite et bien assaisonnée constitue, dans certaines régions du Nord, un mets exquis. Cette graine est très recherchée des passereaux et autres petits oiseaux. Les gâteaux, dont l’huile a été exprimé, sont recherchés par le bétail, qu’ils engraissent.
Nous ne parlerons pas des usages économiques du Chanvre : ils sont aussi connus que précieux dans la fabrication des toiles et des cordages.
Le Chanvre indien , Cannabis indica, est une espèce du genre Cannabis, très-voisine de notre Chanvre, peut-être même la même, modifiée et rendue plus active par l’influence du climat. Elle ne donne pas de fibres textiles pouvant fournir une belle filasse, mais elle est douée de qualités vireuses plus prononcées que les Indiens utilisent pour préparer des poudres, des pastilles et des breuvages exhilarants et aphrodisiaques dont l'abus lc3 plonge dans la torpeur et l’impuissance. Parmi ces compositions recherchées avec une sorte de fureur par les Orientaux, se distinguent le Haschisch des Ismaéliens, le Rang des Usbecks, cl le Maslac des Turcs.
CHARDON -BÉNIT. Centaurea bénéficia, L.
(Fara. Composées; tribu : Flosculeuses ; genre Centaurée.)
Aomi tulg. : Centaurée bénite, Centaurée sndoriBqne, Centaurée lanugineuse.
description (pl. xxxni, 3). — Plante annuelle, herbacée, haute de 30 à 60 cent. Tige rameuse. Racine rougeâtre, lanugineuse. Feuilles alternes, profondément dentelées, avec une petite épine à chaque dentelure; les supérieures plus petites et serrées, formant une sorte d’involucre extérieur. Fleurs en un capitule terminal, solitaire, assez gros, composé de 20 à 23 fleurons jaunes ; involucre conique, à écailles terminées par une épine pinnatiflde ; fleurons à S divisions, entourés de beaucoup de poils et posés sur un réceptacle plan garni de poils soyeux. Semences ii aigrette sessile, glabres, etc.
propriétés, usages. — Cette plante est inodore, mais douée d’une amertume très-prononcée, non persistante pourtant. Ses propriétés médicales se rapprochent beaucoup de celles de la petite-centaurée, de la gentiane et de la chausse-trape, c’est-à-dire qu’elle est tonique, propre à relever le ton des organes, à combattre la faiblesse des actions vitales, ainsi que la lièvre intermittente.
On l’a vantée surtout comme sudorifique; on l'administrait dans les inflammations de poitrine (pneumonie et pleurésie) où elle devait nuire plutôt que de déterminer la diaphorèse , celle-ci résultant de la diminution du stimulus morbide et non de l'action excitante des médicaments réputés sudorifiques. — Employé à l’extérieur en lotions, le Chardon-Bénit aurait, suivant ce qu’on lit dans certains livres, guéri d’anciens ulcères.
récolte. — Le Chardon-Bénit croit spontanément dans presque tous les départements méridionaux de la France, en Provence, en Languedoc ; on le cultive dans quelques jardins. Sa récolte doit se faire dans le mois de juin, avant l’épanouissement des fleurs, qui dure presque tout l’été ; alors la plante contient un suc rougeâtre doué de propriétés actives. 11 faut en rassembler les feuilles et les sommités fleuries, puis on les dispose en paquets minces qu’on fait sécher promptement à l’étuve ou au soleil.
préparations, doses. — Infusion (sommités fleuries et feuilles) : 16 à 60 gr. par kilog. d’eau. — On en fait quelquefois une infusion vineuse qui se prend par cuillerée avant le repas. Extrait : 2 à 4 gr. Suc exprimé : 30 à 100 gr. — Donné dans la pleurésie après les remèdes généraux, il procure, selon Chomel, une expectoration très-
favorable. Poudre (des feuilles) : Simon Pauli la recommande pour les vieux ulcères chancreux, les bassinant avec de l’eau distillée et les saupoudrant ensuite. « Arnaud de Villeneuve dit avoir vu un homme dont la chair de jambe était rongée jusqu’à l’os par un vieil ulcère, qui fut guéri par ce moyen. »
CHARDON-MARIE. Carduus marianus, L.
(Fam. Composées; tribu : Flosccliusii.)
Nom oulg. : Artichaut sauvaga.
description (pl. m, 2). — Plante herbacée, annuelle, atteignant ( m. de haut. Tige ferme, droite, striée, rameuse. Feuilles légèrement pubescentes en dessous, pinnatifldes-sinuées , à lobes courts, anguleux-épineux, parsemées de taches blanchâtres et comme panachées ; les radicales rétrécies en pétiole, les caulinaires amplexicaules. Fleurs en un capitule très-gros, globuleux, composé de fleurons purpurins ; folioles extérieures de l’involucre terminées par un appendice épineux, etc. (Voir 1. I, p. 21t.)
propriétés , usages. — Très-préconisée au moyen âge, cette plante est aujourd’hui sans usages, si ce n'est que dans certains cantons on mange ses jeunes pousses en salade et en friture. — Les lapins sont très -friands des feuilles et des jeunes tiges de ce chardon.
Les taches blanches de ces feuilles seraient dues, suivant la superstition populaire, à des gouttes de lait tombées du sein de la Vierge : de là sans doute les prétendues vertus désobstruantes, apéritives de cette plante.
CHARDON-ROLAND ou PANICAUT. Eryngium campestre, L.
(Fam. ÜMDELurÉiuss.)
Nomt oulg. i Chardon-Rouland, Chardon à cent têtes, Barbe de châtre.
•- description (pl. xix, 6).— Planle vivace, de 30 à üO cent, de haut, ayant beaucoup de ressemblance avec un chardon. Tige dressée, striée, blanchâtre, rameuse dès la base, ce qui lui donne l'aspect globuleux ; feuilles coriaces, à nervures saillantes, d’un vert glauque ; les radicales pétiolées, trilobées, à lobes pinnatifides et épineux ; les caulinaires plus petites, moins incisées, amplexicaules . Fleurs blanches, en capitules multiflores, serrés, munis d’un involucre de 6-7 longues folioles épineuses, et disposés en corymbe ou
ombelle simple. Chaque fleur, munie à sa base d’une petite coiffe écailleuse, se compose d’un calice à 5 divisions en pointe, d’une corolle à 5 pétales, de 5 étamines, d'un ovaire infère et de 2 styles. Fruits hérissés de petites écailles imbriquées.
propriétés, usages. — La racine de Panicaut, qui est très-longue, perpendiculaire, blanche à l’intérieur, brune à l’extérieur, est inodore comme le reste de la plante ; sa saveur est aromatique, amère. On l’a employée, à titre de diurétique, dans l'hydropisie, la gravelle, l’ictère, et comme désobstruant dans certains engorgements des viscères abdominaux. Toutefois son action est très-faible. — Comme elle perd sa saveur amère par l’ébullition, les campagnards, dans certains cantons, en font un aliment.
récolte. — Le Chardon-Roland habite les lieux incultes, et fleurit dans presque toute la belle saison. On récolte sa racine en tout temps pour l’employer fraîche ; mais au printemps ou à l’automne lorsqu’on veut la sécher.
préparations, doses. — Décoction (racine) : 40 à 50 gr. par kilog. d’eau.
CHATAIGNIER. Fagus castanea, L.
(Fam. CorourÈRES.)
description (T. I, p, 125). — C’est un arbre qui atteint souvent de très-grandes dimensions. Ses feuilles sont pétiolées, aiguës, trèsgrandes, dentées, glabres, coriaces, luisantes. Les caractères de ses fleurs ont été indiqués (pl. xhi, 1). Chatons mâles très-longs, interrompus. Le fruit est une coque ou capsule hérissée de pointes, bivalve, uniloculaire, contenant autant de grosses graines qu’il y avait de fleurs dans l'involucre. Ces graines sont les châtaigne s.
propriétés, usages. — Il est peu d’arbres dont les louanges aient été plus célébrées : son fruit et son bois rendent d'immenses services en effet. 11 se fait du premier une consommation prodigieuse : des peuplades entières en font leur nourriture principale. « Tendres ou mûres, fraîches ou sèches, crues ou cuites, réduites en farine, préparées en beignets ou en bouillie, les châtaignes offrentunalimentsain, agréable au goût et facile à digérer. » On en fait quelquefois un médicament, en se servant alors de l’enveloppe intérieure de l'amande, qui, selon le docteur Grellet, serait, grâce au tannin qu’elle contient, très-propre à guérir les dyssenteries. Les châtaignes non pelées peuvent n ôtre pas inutiles dans certaines périodes du catarrhe intesti-
lfifi PLANTES MÉDICINALES.
nal. Bodard nous assure que le chocolat préparé avec parties égales de marrons (fruits les plus beaux du châtaignier et non celui du marronnier) et d’amandes de cacao torréfiés, est d’une qualité supérieure à celui composé de cacao seul.
On a fait du pain de châtaignes en augmentant la dose du levain, mais ce ne peut être qu'un aliment lourd, compacte, inférieur à la polenta des Italiens et au chaligna des Limousins. On connaît ce bonbon délicieux, appelé marron gtaci. La châtaigne peut encore fournir de Palcool, sans compter que sa farine peut servir à faire des cataplasmes.
Le bois de châtaignier est compacte, très-durable. La plupart des anciens bâtiments de Londres en sont faits, ainsi que la charpente d’une foule d’édifices antiques à Paris et à Lyon. Il se gonfle et sé resserre très-peu ; aussi convient-il surtout pour la fabrication des futailles.
Ix Châtaignier a une forme assez belle, donne un bel ombrage et figure très-bien dans les parcs. Mais quand il est en fleurs, il répand une odeur nauséabonde et comme spermatique. Longtemps encor# après, scs chatons grêles et longs de fleurs mâles jonchent le sol.
habitation, récobte. — Le Châtaignier croit en abondance dans les terres légères, les lieux secs, sablonneux, stériles, sur les roches même, il redoute les terres argileuses, grasses et marécageuses. La greffe et d’autres soins lui impriment un degré de perfection, donnent à ses fruits plus de volume et un goût plus savoureux (marrons). Parmentier a tracé les règles de la récolte de ce fruit précieux. Les châtaignes et les marrons ramassés au grand soleil, exposés ensuite à l’action de cet astre pendant sept à huit jours, sur des claies que l’on retire tous les soirs et que l’on pose les unes sur les autres dans l’endroit le plus chaud de la maison, acquièrent la propriété de se conserver très -longtemps et même de supporter les plus longs trajets sans rien perdre de leur excellent goût et de leur faculté reproductive.
CHÊNE. Quircus robur, L
(Kam. Ci'i'clifébes. )
Qui ne connaît cet arbre, le plus beau, le roi de nos forètst Qu'il nous suffise donc de renvoyer, pour la connaissance de ses organes fructifères, aux caractères de la famille et du genre dont il constitue le type.
propriétés, i'sases. — L’écorce, le fruit et les feuilles du Chêne sont doués de propriétés toniques, astringentes et fébrifuges. — Vicorce contient une grande quantité de tannin et d’acide gallique; aussi est-elle d’une astringence très-marquée. On l’emploie à l'intérieur contre la dyssenterie, l’hémoptysie, la leucorrhée, l'atonie générale , mais principalement pour combattre les fièvres intermittentes. C’est un de nos meilleurs fébrifuges indigènes, surtout si on lui associe la gentiane et la camomille, mélange qui a été décoré du nom de quinquina français , qui a été vanté par Alph. Leroy, et expérimenté avec quelque succès par le professeur Fouquier. — Ou fait un plus grand usage de cette écorce à l’extérieur qu'à l'intérieur, soit en décoction pour lotions antiseptiques contre la gangrène, la pourriture d'hôpital, les ulcères de mauvaise nature, la chute du rectum, etc., ou pour gargarismes, injections et lavements contre les angines gangréneuses, la leucorrhée, la chute du vagin, la diarrhée chronique, la blennorrhée, la Assure à l’anus, etc. ; soit en poudre (tan) pour modifier les ulcères atoniques, putrides, fongueux.
Les fruits [glands) tofréflés et pulvérisés sont utiles dans les diarrhées et l’engorgement mésentérique des enfants, dans les hémorrhagies passives, etc. L’infusion de cette poudre est connue sous le nom de café de gland, et très-vantée dans une foule de cas, notamment dans les affections scrofuleuses, le carreau, les engorgements abdominaux, l’atonie des organes digestifs, la langueur des fonctions vitales, l’irritation nervcu«e ou môme subinflammatoire du tube digestif, la colique venteuse, etc. Ce médicament parait surtout très-utile chez les enfants.
Les feuilles de Chêne infusées dans du vin rouge, avec addition d'un peu de miel, forment un gargarisme efficace dans le relâchement des gencives et de la luette, l’angine chronique.
En économie domestique, nul bois n’est d’un usage aussi général que celui du Chêne pour tous les ouvrages où il faut de la solidité, de la force, du volume et de la durée. 11 a contre lui d'avoir un aubier épais et d’une qualité inférieure, car, bientôt vermoulu, il corrompt tous les bois voisins. Le Chêne a été célébré par les philosophes, les poètes et les ministres des religions, qui l’ont toujours regardé comme le roi des végétaux à cause de son port majestueux et de sa force.
Presque toutes les espèces de Chêne sont attaquées par des insectes parasites qui piquent les fleurs, les rameaux, les feuilles ou leurs
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pétioles, et qui déterminent à l’endroit de leurs piqûres des excroissances de formes et de grosseurs diverses auxquelles on a donné le nom de galles ou noix de galle. La noix de galle du commerce est due à l’atteinte du cynips sur les bourgeons du Quercus insectaria. Recueillie avant la sortie de l’insecte qui en est enveloppé, cette excroissance est dure, tuberculeuse, pesante, brune, ligneuse, et on la nomme galle noire. Les meilleures viennent d’Alep. Les galles dont l’insecte s’est échappé sont percées, on les appelle galles blanches, et leur qualité est très-inférieure.
La nota; de galle est abandonnée aujourd’hui aux teinturiers. Cependant jadis on la considérait comme un remède précieux : Hippocrate s’en servait à l’extérieur contre les affections de la matrice; Galien l'administrait à la dose d’un gros contre les lièvres intermittentes. C’est un astringent assez puissant qui agit par le tannin et l’acide gallique qu’il contient.
récolte. — L’écorce de Chêne doit être prise sur des branches de trois à quatre ans, un peu avant la floraison, qui a lieu en avrilmai. Les feuilles se récoltent pendant l’été; les glands dans l’automne.
préparations, doses. — Décoction (écorce) : 5 à 15 gr. par 500 gr. d’eau à l’intérieur; — 30 à 60 gr, par kil. d’eau pour l’extérieur. Cullen conseille aux personnes sujettes au mal de gorge le gargarisme suivant : décoction concentrée d’écorce de chêne, 1 livre; alun, lj2 gros; eau-de-vie, 2 onces. — (Tan) : la gr. pour 1500 gr. d'eau réduite à 1000, à laquelle on ajoute 2 gr. d’alun pour injection dans les narines contre l’épistaxis (Howison).
Infusion (glands torréfiés) : 30 à 40 gr. pour 1000 gr. d’eau.
Poudre (écorce) : 8 à 24 gr. comme fébrifuge. — (Glands) : 2 à 4 gr. dans du vin ou un électuaire comme antidiarrhéique, tonique et désobstruant chez les enfants.
CHERVIS. Sium sisarum, L.
(Fam. Ombelufères ; genre Berle.)
Nom* rti Ig. : Chirouis, Girole.
! description. — Plante vivace, haute de 80 cent, à 1 mètre. Racine composée de 5 à 9 tubérosités assez grosses, longues-cannelées, blanches, tendres, disposées en faisceau comme une botte de navets. Tiges noueuses, striées. Feuilles alternes, amplexicaules, ailées, garnies de 5-7 ou 9 folioles pointues, dentées. Fleurs petites, blanches, en ombelles terminales, etc.
propriétés, usages. — Les fleurs exhalent une odeur agréable. Mais c'est la racine qui a conquis les suffrages des rois et des médecins : des premiers comme aliment délicat, savoureux, nourrissant; des seconds, comme médicament qui convient aux poitrinaires, aux malades affectés d’hémoptysie, catarrhe chronique (Boerhaave).
La racine de Chervis a joui, en outre, de la réputation d'ètre aphrodisiaque. Cela tend encore à augmenter l'étonnement de la voir oubliée aujourd’hui.
récolte. — Cette ombellifère est originaire de la Chine. On l’a cultivée autrefois dans tous les jardins potagers.
CHÈVREFEUILLE. Lonicera captif olium, J.
(Fam. Càpmfouacées.)
description (pi. xix, 4). —Arbrisseau h lige très-longue, poussant de nombreux rameaux lisses, colorés, très-flexibles, s'élevant pour garnir murailles ou palissades en grimpant ou s’entortillant autour des arbres. Feuilles opposées, sessiles ou perfoliées, ovales. Fleure verticillées, sessiles, terminales, grandes, rougeâtres en dehors, jaunâtres en dedans, et dont les caractères sont exposés à la famille. (Tome I, page 230.)
propriétés, usages. — D’abord il faut faire remarquer que le Chèvrefeuille décrit ci-dessus est celui des jardins, lequel sert plutôt comme ornement de bosquets que comme plante utile à la médecine ou à l’économie domestique. On a cependant employé ses fleurs en infusion pectorale, ses feuilles pour gargarismes astringents.
L’espèce qui a eu de la réputation en pharmacologie est le Chèvrefeuille des bois. Les feuilles passaient pour diurétiques; les fleurs étaient cordiales, anti-asthmatiques, propres à faciliter l'accouchement. On en préparait un sirop très-propre à dissiper le hoquet. Et les fruits? Dioscoride leur attribuait des propriétés aussi merveilleuses qu’absurdes. Tout cela est maintenant oublié, excepté le sirop de Chèvrefeuille qu’on trouve encore dans quelques bonnes pharmacies.
La racine fournit, suivant Reuss, une couleur bleu-ciel. On fait avec les tiges et les rameaux des dents pour les herses, des peignes pour les tisserands, des tuyaux de pipes à fumer. L’écorce a été proposée comme un sudorifique utile dans la goutte et la syphilis.
Les vaches, les brebis et les chèvres broutent le Chèvrefeuille; les chevaux le négligent.
PLANTES MEDICINALES.
Le Chèvrefeuille des buissons, Lonicera xylosleum, a le bois dur, propre à divers usages. Ses baies sont émétiques et purgatives. Les Russes en retirent une huile réputée antiscorbutique.
Nous n'avons pas à parler des autres Chèvrefeuilles, tant indigènes qu’exotiques.
CHICORÉE. Cichorium intybus, L.
(Fsm. Composées; tribu: Ligcliflohes. )
description (pl. xxxrv, ’S)- — Plante vivace, haute de 30 à 60 cent, à l’état sauvage, de 1 à 2 mètres lorsqu’elle est cultivée; dressée, rameuse, glabre, striée. Feuilles peu nombreuses, sessiles, les radicales ovales-oblongues, à lobes dentés, anguleux; les cauünaires plus petites, entières, lancéolées. Fleurs bleues, quelquefois blanches, grandes, en capitules axillaires, sessiles ou pédonculés, solitaires ou deux ensemble le long des rameaux et au haut des tiges. Involucre double, dont 5 folioles extérieures ovales, ciliées, plus larges que les extérieures, qui sont au nombre de 8. Corolle formée de 18 à 20 demi-fleurons prolongés en languette plane S -dentée au sommet ; étamines S, synanthères (anthères réunies) laissant passer le style à stigmate bifide. Réceptacle plan, présentant de petites cellules où se logent les ovaires. Petits akènes anguleux surmontés d’une aigrette très-courte, et contenus dans le calice commun.
propriétés, usages. — La Chicorée n’a - pas d’odeur, mais sa saveur est amère. Cette amertume, qui n'est pas désagréable d’ailleurs, est plus prononcée dans la racine que dans les feuilles, et dans l’espèce sauvage que dans la cultivée. Cette plante est considérée comme tonique, un peu dépurativc, fondante etapéritive. On l’emploie en conséquence très-fréquemment dans l’atonie du canal intestinal, pour ranimer les forces digestives à la suite des fièvres muqueuses et des intermittentes; dans les maladies de la peau, l’ictère, les obstructions du foie. — On en prépare un sirop que l'on rend purgatif en y mêlant de la rhubarbe et du séné ( sirop de chicorée composé), et dont on abuse trop souvent pour purger les enfants.
La racine séchée et torréfiée constitue le café- chicorée, que l'on mêle au vrai café pour en modifier la saveur et les propriétés, quand ce n’est pas plutôt pour tirer profit de la frai de. L’usage abusif de la Chicorée torréfiée passe pour entretenir la leucorrhée chez les femmes : nous ne savons jusqu’à quel point cette assertion est fondée; mais ce qu’il y a de sûr, c’est que cet usage communique à la
DESCRIPTION ET USAGE. I7l
peau une teinte jaune-paille. — La poudre de racine de chicorée torréfiée est susceptible de s’enflammer spontanément lorsqu’elle est en grande masse.
récolte. — La racine de Chicorée, qui est de la grosseur du doigt, pivotante et brunâtre à l'extérieur, se récolte au mois de septembre; les feuilles au mois de juin, lorsqu’elles sont encore toutes radicales Quoiqu’on les fasse sécher pour l’usage, il vaut mieux les employer à l’état frais ; la chose est possible en toute saison pour la racine, qui est vivace. On sait que la Chicorée, à l’état sauvage, croit abondamment partout; cultivée duns les jardins, elle présente plusieurs variétés qui sont mangées en salade ou cuites avec la viande, etc.
préparations, doses. — Infusion (feuilles) : 8 à 12 gr. par kilog. d'eau. Décoction (racine): 13 à 30 gr. par kilog. d’eau. Suc exprimé (des feuilles) : 30 à 120 gr. soit seul, soit mêlé au suc de plantes amères, crucifères, etc. Sirop : le simple se prescrit à la dose de 30 à 60 gr. ; le composé est un purgatif à la dose de 8 à 40 gr. pour les enfants.
La Chicorée endive ( Cichorium indivia ), vulgairement Escarole, Chicorée frisée, se cultive dans les jardins comme plante potagère. Étiolée par la culture, elle est connue sous le nom de Barbe-de- Capucin.
CHIENDENT. Triticum repens, L.
(Fam. Graminées.)
Aotiu tu Ig. : Chiendent des boutiques, Froment rampant.
description. — Plante herbacée, vivace, de 30 à 90 cent., à tige droite, 3 à 4 fois articulée. Feuilles allongées, aiguës, un peu velues en dessus, glabres eu dessous. Racines longues, articulées, blanchâtres, s'enfonçant profondément. Fleurs verdâtres, disposées en épi allongé et comprimé; épillcts sessiles, alternes, sans arêtes, renfermant 4 ou 3 fleurs.
propriétés, usages. — On emploie les racines, qui sont d’une saveur douceâtre un peu sucrée, pour préparer une tisane émolliente, délayante, légèrement diurétique, et qui convient dans une foule de cas, tels que les fièvres inflammatoires, bilieuses, ataxiques, les maladies du foie, la jaunisse, les calculs biliaires, les coliques néphrétiques, l’inflammation des reins, de la vessie, de l’urètre, etc., tisane qui n’a pas d’autre but, comme tant d'autres, que de délayer le sang et de calmer la soif.
Les chiens et les chats mangent les jeunes feuilles pour se taire vomir ou se purger.
On peut retirer de l’alcool de la racine, ainsi que de l’amidon. On fait des brosses avec cette racine quand elle est devenue ligueuse par la dessication.
récolte. — Le Chiendent croit partout aux lieux incultes ou cultivés, au bord des chemins, et fleurit tout l’été. Sa racine se récolte dans le mois de septembre : elle est grêle, noueuse, rampante, blanchâtre. On la bat pour en enlever l’épiderme; puis on en fait de petites bottes que l'on porte au séchoir ; son écorce augmente de consistance en vieillissant et la racine finit par devenir ligneuse. A cause de cela et parce qu’elle se mange facilement aux vers, il faut la renouveler souvent, il est bien préférable de l’employer fraîche, et l’on peut se la procurer toute l’année pour cette destination.
préparations, doses. — Titane de Chiendent : on verse sur 15 à 30 gr. de cette racine une certaine quantité d’eau bouillante, qui doit être jetée presque aussitôt ; puis l’on verse 500 gr. d’eau que l’on fait bouillir lentement. On y ajoute de la réglisse, du sucre ou du sirop.
CHOU. Brassica oleracea, L.
(Fam. Crucifères.)
description. — Nous avons exposé les caractères de la famille (t. I, p. 306) et ceux du genre et des espèces (p. 309).
propriétés. — Le Chou est légèrement stimulant, antiscorbutique, comme toutes les Crucifères. C’est la variété Chou rouge qui est employée en médecine. Elle ne diffère pas du chou ordinaire par ses propriétés; mais comme elle est moins commune dans les cuisines et qu’elle offre quelques singularités de caractères physiques, cela a suffi pour qu’on l’ait crue douée de plus de vertus. Ce chou passe pour pectoral : on le joint aux bouillons béchiques que l’on donne contre l’enrouement, les catarrhes chroniques, la phthisie; on en fait un sirop non moins employé dans les mêmes circonstances, etc.
Les feuilles de Chou sont appliquées fraîches sur les vésicatoires pour les faire suppurer ; les' campagnards les appliquent encore avec succès sur les points de côté ou les douleurs de tête, après les avoir fait chauffer un peu ; elles sont vulnéraires, détereives dans le pansement des plaies, de la teigne, etc. « Tragus affirme que les
personnes qui se nourrissent de Chou rouge ont une urine capable de guérir les fistules carcinomateuses et les ulcères rongeants. Camerarius assure que les feuilles de Chou, bouillies dans du vin, sont admirables pour les ulcères de la peau, et même pour la lèpre!... » — 11 nous faudrait plusieurs pages pour raconter l'histoire médicamenteuse du Chou et rappeler ses prétendues merveilles.
Nous n’avons pas à parler des usages culinaires de ce légume : chacun sait qu’il nourrit le pauvre et souvent le riche, mais il exige une cuisson complète qu’on n’obtient qu’au bout de plusieurs heures. On l’accuse de développer des gaz, ce qui peut tenir à son défaut de cuisson. Les anciens, qui avaient la nourriture végétale en grand honneur, faisaient encore un plus grand cas que nous du Chou.
CIGUË. Conium maculatum, L.
(Fam. Ombelupèbes.)
Noms nlg. : Grande-Ciguë, Ciguë maculée, Ciguë de Socrate, Grande-Cocue, Fenouil sauvage.
description (pl. un, 3). — Plante bisannuelle, herbacée, de 1 mètre et plus de hauteur. Tige robuste, arrondie, très-fistuleuse, rameuse, glabre, parsemée de taches d’un pourpre violacé ou brunâtres, surtout en bas (t). Feuilles grandes, trois fois ailées, à folioles pinnatifides, dentées et pointues, lisses, glabres, d’un vert peu foncé, quelquefois maculées. Fleurs blanches, petites, en ombelles terminales de 10-12 rayons; involucre de 4-5 folioles réfléchies, comme couchées sur le pédoncule ; involucelles aiguës soudées ensemble par leur base. Calice très-petit, entier ; corolle à 5 pétales en cœur, réfléchis en dessus; 5 étamines, écartées entre les pétales et un peu plus longues qu’eux; 2 styles courts sur un ovaire qui se change en un diakéne globuleux, lequel oftre 5 côtes saillantes, crénelées sur chacune de ses deux moitiés latérales.
propriétés, csages. — La Grande-Ciguë exhale une odeur herbacée, vireuse, désagréable, surtout lorsqu’on la froisse entre les doigts; sa saveur est peu marquée, un peu âcre pourtant. C’est un poison narcotico-âcre, qui, dans la Grèce, fut employé comme supplice légal, et que la mort de Socrate a rendu célèbre. Douée de propriétés très-énergiques dans les pays méridionaux, elle est beau-
|i) Oa n’a figuré qu’au rameau fleuri et une feuille de la partie inférieure de la tige.
PLANTES MEDICINALES.
coup moins active dans les contrées septentrionales. Dans notre climat cependant, elle est encore assez redoutable, quoiqu'elle ait rarement causé la mort chez l’homme : elle produit des vertiges, de la céphalagie, de l’anxiété, des nausées, et, à plus forte dose, l’assoupissement, la stupeur, le délire, la syncope, etc. Certains animaux évitent de la manger, d’autres au contraire, comme les chèvres et les moutons, peuvent la brouter, dit-on, impunément. Les étourneaux se nourrissent de ses graines.
L’emploi de la Ciguë en thérapeutique remonte à la plus haute antiquité. Cette plante était cependant très-négligée, lorsque Storck fixa sur elle au plus haut degré l’attention du monde médical. Etant depuis retombée dans une sorte d’oubli, MM. Devay et Guilliermond ont tenté dernièrement de la réhabiliter. Quoi qu’il en soit, on l'a fortement recommandée pour guérir le cancer, les scrofules, les engorgements lymphatiques, la coqueluche, la syphilis, la teigne, l’ophthalmie scrofuleuse, les névralgies et d’autres maladies encore.
Affections cendreuses. Il n’était bruit dans 'le siècle dernier que des guérisons obtenues par le célèbre médecin de Vienne, dans les maladies cancéreuses, au moyen de l'extrait de Ciguë. 11 fallait bien que tant d’heureux résultats tinssent aux qualités de la préparation ou de la plante, car les essais de Stork, répétés en France par A. Petit, Pinel, Alibert, etc., ne répondirent pas à l’espoir qu'ils avaient fait concevoir. 11 résulte en effet du travail de MM. Devay et Guilliermond que les soins extrêmes que prenait Stork pour préparer son extrait étaient la condition principale du succès.
Scrofules. Quarin, Cullen, etc., croient que c'est surtout dans les maladies scrofuleuses et lymphatiques que la Ciguë est véritablement efficace. D’après un relevé fait par Bayle, sur 43 cas traités à l’aide de ce médicament, il y a eu 34 guérisons, 4 améliorations et b insuccès. Baudelocque employait, à 1 hôpital des Enfants, l’extrait de Ciguë contre les scrofules, depuis la dose de 10 cent, jusqu’à un gr. et plus ; lorsqu’il survenait des vertiges, il suspendait le remède, purgeait l’enfant, puis recommençait.
Engorgements divers. L’emplâtre de Ciguë est d’un emploi fréquent, presque populaire, pour résoudre les tumeurs scrofuleuses, même celles, a-t-on dit, de nature squirrheuse. Le3 engorgements des ganglions mésentériques, cervicaux, etc., ont aussi cédé à l’usage interne et externe de la plante en question.
Coqueluche, névroses. En 1781, Schlesinger employa avec succès la Ciguë dans une épidémie de coqueluche très-grave qui régna en
Pologne. Bon nombre ont imité aon exemple, et M. Cazin dit que la poudre de feuilles (2 à 5 cent. 3 fois par jour) lui a réussi plusieurs fois; cependant il préfère encore la poudre de belladone, comme tous les praticiens d’ailleurs. — Les névralgies, les toux convulsives, ï épilepsie, ont été combattues avec des résultats très-divers à l’aide de ce médicament.
Dartres, teigne. Ce sont les premières maladies qui aient été traitées par la Ciguë, employée sous diverses formes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur; c’est même en contestant les résultats de cette plante dans ces affections, que Storck fut conduit à la donner dans le cancer. L’idée de l’employer dans la syphilis constitutionnelle dut naître en môme temps; et Bayle a réuni 27 cas d’ulcères vénériens dans diverses parties du corps, dont 20 ont été guéris, 3 améliorés, et 4 seulement sont restés sans changement.
Phthisie. La Cigué a fait place, dans le traitement de cette maladie, à une plante voisine, le phellandre. Cependant, M. Trousseau en recommande encore les cataplasmes sur la poitrine. « Ce moyen si simple, dit-il, calme la toux et rend l’expectoration plus faible, en même temps qu’il tempère les douleurs de poitrine, si communes chez les phthisiques. »
Arrêtons-nous ici dans la longue énumération des maladies auxquelles on a opposé la Ciguë, parce que, en allant plus loin, nous ne lui trouverions qu’une efficacité de plus en plus contestable. Et même, en considérant les divergences d'opinions, les résultats contradictoires, la difficulté d’obtenir de bonnes préparations, on est porté à douter de l’utilité de cette plante, malgré les nombreux travaux auxquels elle a donné lieu et leséloges qu’on lui a prodigués.
récolte. — La Grande-Ciguë est très-commune dans les lieux incultes et un peu frais, parmi les décombres, près des habitations, etc., où elle fleurit au milieu de l’été. 11 ne faut pas attendre que la floraison soit passée pour la récolter : les mois de mai et de juin sont les plus convenables pour ce faire. Autant que possible ou doit employer la Ciguë encore verte. Si on veut la conserver, la dessiccation doit s’opérer à l’étuve et à l’abri du contact de la lumière. En séchant elle perd beaucoup de son poids, reste fragile et conserve son odeur particulière, comparée à celle de la souris.
préparations, boses. — Poudre (feuilles) : S à 10 cent, et plus en potion ; — (racine fraîche) : depuis 20 cent, jusqu’à 8 gr. par jour. Infusion ou décoction (racine ou semences) : 50 cent, à 8 gr. pour 500 gr. d’eau.
Extrait de suc non dépuré (feuilles) : Storck le donnait d’abord à la dose de 5 cent, matin et soir, et il augmentait graduellement jusqu’à 4 ou 6 gr. par jour. Quelquefois il se servait de la poudre fraîche au lieu de l'extrait. 11 préparait ce dernier en faisant évaporer le suc exprimé des feuilles fraîches, puis cuire jusqu'à consistance de sirop, et épaissir par l’addition de la poudre de feuilles sèches pour en former des pilules.
Conicine, principe actif de la Ciguë, d’une action toxique des plus énergiques, qui sert de base à un sirop proposé par MM. Guilliermond et Devay. Selon ces expérimentateurs, comme la conicine réside presque tout entière dans les fruits de la Ciguë, et que le reste de la plante en est très-pauvre, ces fruits doivent désormais remplacer toutes les préparations Jusqu’ici employées en médecine : aussi proposent-ils surtout les pilules ainsi composées : fruits de Ciguë récemment pulvérisés, 1 gr.; sucre et sirop, quantité suffisante pour faire une masse pilulaire qu’on divise en iOO pilules, dont on donne 2 à 10, 16 et 20 par Jour, en augmentant progressivement.
Pour l’usage externe : Décoction (plante entière) : 30 à 60 gr. par kilog. d'eau pour lotions, fomentations, et même pour bains, dans les affections cancéreuses (Hufeland, etc.). Feuilles contuses : 10 à 18 gr. par kilog. de cataplasme, ou appliquées seules. On les mélange avec la pulpe de carotte, pour le cancer ulcéré des mamelles. Suc en onguent : 1 partie sur 4 d’axonge, pour frictions, onctions, emplâtres. Emplâtre de Ciguë: résine, 470; poix blanche, 220; cire jaune, 320; huile de ciguë, 64; feuilles vertes de ciguë, 1000; gomme ammoniaque, 250 (Codex). Employé comme fondant sur les tumeurs de différente nature susceptibles de résolution.
La ClGUE vireüse (Cicuta virosa), Ciguë ou Oculaire aquatique (pl. in, 5), qui habite le bord des ruisseaux dans le nord et l’est de la France, est une plante de 70 à 90 cent., à tige dressée, rameuse, fistuleuse, arrondie, glabre. Feuilles grandes, à segments lancéolés, étroits, aigus, dentés, les inférieures à pétiole très-long, llstuleux. liacine grosse, de forme et de volume variables, fournissant des radicules latérales, nombreuses. Fleurs blanches, en ombelles à rayons nombreux; involucre nul ou à une seule foliole; involucelles de plusieurs folioles linéaires, assez longues (juillet-août).
Cette espèce est la plus délétère. On ne l'emploie plus en médecine, quoique plusieurs auteurs l’aient préconisée comme plus efficace que la Grande-Ciguë. Sa racine a été quelquefois recueillie en
guise de celle du Panais, ce qui a donné lieu à des accidents funestes. 11 parait cependant que, par la dessiccation, elle perd toute son énergie.
La Petite-Cigüe ou Etuse ( Œthusa cynapium) est une plante annuelle de 60 cent, au plus, à tige dressée, rameuse, striée, glabre, creuse, munie de feuilles tripinnées, à folioles étroites, aiguës, incisées. Fleurs blanches en ombelles planes de 15-20 rayons inégaux, étalés, ceux de la circonférence plus longs. Pas d’involucre; involucelies de 4-5 folioles linéaires rabattues (juillet).
Cette plante jouit des mêmes propriétés que la Grande-Ciguë; et, comme elle ressemble beaucoup au persil, que d’ailleurs elle croit dans les jardins, les lieux cultivés, près des vieux murs, elle est plus à redouter à cause des méprises auxquelles elle peut donner lieu. Du reste elle est sans usages en médecine.
On peut donc confondre les ciguës avec le cerfeuil et le persil. Voici le résumé synoptique des principaux caractères qui distinguen t ces plantes.
CIGGSS.
Feuilles trois fois ailées;
Folioles aiguës, incisées;
Odeur vireuse, nauséeuse, désagréable.
CtlFIClL.
Feuilles trois fois ailées;
Folioles élargies et courtes ;
Odeur aromatique agréable, rappelaut «elle de l'anis.
rsasiL.
Feuilles inférieures deux fois ailées; Folioles larges, trilobées, cunéiformes; Odeur aromatique très-agréable.
CITRONNIER. Citrus medica, L.
(Fam. AuiUkNTUCKïs; genre Orangbr.)
4ri»r« originaire de la Médie, commun dans le midi de l’Europe, en Provence même, et qu’on cultive dans les jardins, moins toutefois que l'Oranger, quoiqu’il soit plus élevé, plus robuste, mais parce que ses fleurs sont moins belles et moins suaves. (V. t. I«, p. 343.) On emploie son fruit ( citron ou limon) en économie domestique, dans les arts et en médecine.
« Le suc de citron est employé comme vermifuge, antiseptique, rafraîchissant, astringent, etc. On en fait des limonades, boisson très-agréable, qu'on donne dans une multitude de maladies. On le
prescrit contre le vomissement, le scorbut, la putridité, etc. On l'ajoute parfois à des médicaments désagréables pour leur ôter leur saveur, comme dans les potions purgatives, etc. Mélé au muriate de soude, Wright l'a vanté comme un moyen d'une grande efficacité dans la dyssenterie, les fièvres rémittentes, les angines gangréneuses, et presque comme un spécifique dans le diabète et la lienterie. En chirurgie, on a parfois arrosé certains ulcères sanieux, putrides, vermineux, avec le suc du citron. » (Mérat et Delens.)
Le citron entier est employé par les confiseurs pour faire diverses confitures. Le suc est précieux dans l’art culinaire. L’huile volatile ou mence de citron, qu’on extrait de l’écorce et qui est très-suave, sert dans la parfumerie, au dégraissage des étoiles, etc.
préparations, doses. — Limonade : on la prépare en exprimant dans 500 gr. d’eau un citron coupé en deux ; on édulcore avec sucre ou sirop de groseilles. Limonade cuite : on fait infuser pendant une heure un ou deux citrons coupés par tranches menues, dans 500 gr. d'eau bouillante, et on sucre. Elle est moins acide, mais aussi moins agréable que l’autre. Sirop de limon • préparé avec le zeste, 30 à 50 gr. dans de l'eau ou dans une potion.
CITROUILLE. Cucurbita pepo, L.
(Para. Cl’cubditacées ; genre Courge.)
Non » ru tg. : Potiron, Pepon.
description. — La famille à laquelle appartient cette plante est tellement naturelle et bien caractérisée, que nous pouvons renvoyer le lecteur à sa description (t. I, p. 288), d'autant mieux qu’il s'agit d’un végétal dont tout le monde connaît le volumineux fruit.
propriétés, usages. — La pulpe du Potiron est rafraîchissante, un peu laxative, et fournit, étant cuite, un aliment aqueux, relâchant; crue, une sorte de cataplasme contre la brûlure, les inflammations dartreuses. La Citrouille engraisse les cochons, nourrit les vaches et augmente leur lait.
Ses semences sont regardées comme calmantes, adoucissantes, laxatives et vermifuges : on en prépare donc des émulsions qui peuvent être utiles encore dans les maladies des voies urinaires, contre l'ischurie, les calculs rénaux.
Les semences de Citrouille ont acquis une certaine célébrité dans ces derniers temps, par leur propriété téniafuge. L’emploi de ce remède contre le ver solitaire, quoiqu'il ait été mentionné il y a deux
siècles, et qu’à plusieurs reprises il ait été signalé aux praticiens, n'est pas encore vulgarisé. 11 est de notre devoir d’appeler l’attention des lecteurs sur un médicament aussi innocent, aussi facile à se procurer, et dont le succès a plusieurs fois été constaté par des hommes instruits et compétents.
préparations , doses. — Le docteur Tameau , atteint de ténia, après avoir vainement employé toutes les médications habituellement mises en usage contre cet helminthe, s’en est radicalement guéri à l’aide d’une émulsion de semences du Cucurbita pepo. Ce qu’ayant appris, le docteur Rigaud employa le traitement que voici, chez une dame tourmentée par le ver solitaire, d’après les indications fournies par son confrère : « La veille, diète sévère et administration de 40 grammes d’huile de ricin ; le lendemain, 40 gr. de semences de Citrouille mondées de leur pellicule, pilées dans un mortier avec quantité suffisante de sucre ; sur cette pâte la valeur d’une tasse de lait, et le tout avalé par la malade; deux heures après, 40 gr. d’huile de ricin. Il n’y eut d’abord aucun effet; mais huit jours après avoir pris cette émulsion, la malade rendit sans douleur, sans colique, üne espèce de peloton de la grosseur d'un petit œuf qui, déroulé avec précaution, se terminait par une extrémité presque filiforme sur laquelle la loupe fit découvrir le scolex et ses crochets. Depuis, la cliente de M. Rigaud a vu disparaître tous les symptômes qui l’avaient si longtemps tourmentée et lui avaient presque fait prendre la vie en dégoût-, elle a repris l’appétit, et recouvré sa santé et son embonpoint antérieurs. » ( Compte rendu de la Société de médecine de Parie, 1861.)
CLÉMATITE. Clematilis titalba, L.
(Fam. Rskonculacées.)
Nonu milg. : Clématite des haies, Clématite brûlante, Aubevigne, Vigne blanche, V. de Salomon, Herbe aux guetu, Viorne, Beroeau de la Vierge.
description. — Arbrisseau à tige sarmenteuse, de longueur variable; rameaux très-allongés, grimpants, anguleux. Feuilles opposées, imparipinnées, à pétiole commun très-long, qui se roule en vrille à son extrémité; folioles 5, ovales-algues, grossièrement incisées ou dentées. Fleurs blanches, disposées en une sorte de cyme sur un pédoncule commun, axillaire, qui, d’abord simple, se trifurque plusieurs fois avant de porter des fleurs; calice pétaloïde coloré, sépales étalés, eltipUques-obtusj tomenteux; point de co-
rolle (1) ; étamines nombreuses, dressées, un peu plus courtes que le périanthe; carpelles en nombre indéfini; style persistant, plumeux. Fruits surmontés d’une longue queue chargée de poils blancs et soyeux (2), comme un plumet.
propriétés, usages. — La plante est inodore; mais ses fleurs répandent une odeur assez agréable; sa saveur est d’une grande âcreté, et comme brûlante si l’on en continue la mastication. Ses feuilles, appliquées fraîches et pilées sur quelque partie du corps, déterminent une vive inflammation, suivie de phlyctènes qui se crèvent et s’ulcèrent. Il n'est donc pas étonnant qu’on s’en serve dans les campagnes en guise de vésicatoire. Bodard dit que l’écorce est propre à faire des cautères, comme celle du garou. On a encore employé la Clématite pour guérir la gale, et comme rubéfiante dans le rhumatisme et la goutte chronique. — Les mendiants se frottent avec cette plante et se font venir des ulcérations aux jambes pour exciter la compassion publique, ulcérations peu douloureuses et peu graves, mais pourtant d’un aspect repoussant.
La Clématite a été conseillée, à l’intérieur, comme drastique dans l’hydropisie, et comme modificateur profond (ou altérant ) dans la lèpre, la syphilis constitutionnelle, les scrofules, la fièvre quarte, le cancer, etc. Mais ce médicament n’a jamais joui d’une grande faveur, bien qu’il ait été soumis à des essais nombreux. — Les expériences de Storck concernaient surtout la Clématite droite, plante non volubile, qui n’a pas plus de i mètre 30 cent., et dont les fleurs sont en panicules onibellées, les feuilles à 7 folioles, etc.
récolte. — La Clématite est très-commune dans toute la France, croissant dans les haies, les buissons, le long des murailles ; on la cultive aussi dans les jardins pour garnir les palissades, les berceaux. Ses fleurs se montrent en Juin-août. Sa récolte doit se faire avant la floraison, bien que les fleurs soient douées aussi d une grande action. L’âcreté diminue considérablement ou môme disparait dans la plante sourr.ise à la dessiccation ou à l’ébullition.
préparations, POSES. — Infusion (feuilles, fleurs) : 5 à 12 gr. par 800 gr. d’eau, comme diaphorétique, ou altérant, ou comme purgatif. Extrait (de Clématite droite) : 3 à 10 cent, en pilules comme antisyphilitique, antidartreux et anticancéreux (Storck).
On emploie les frictions avec la plante pilée associée avec un peu d'huile d’olive pour guérir la gale (Vicary). — On fait bouillir dans
(1) Suivant certains auteurs, il y a une corolle et pas de calice.
(2) La figure détachée représente ces fruit* longuement aigrettés.
de l’huile d'olive de la deuxième écorce nouée dans un linge. Quand on veut s’en servir, on chauffe le vase qui contient ces substances, puis, auprès d’un feu clair, on se frotte tout le corps avec le nouet. Deux, trois ou quatre frictions produisent une éruption générale très- abondante qui devient assez pénible; mais en huit ou dix jours on est débarrassé par ce moyen d’une gale qui serait même trèsinvétérée (Wauters).
COCHLËARIA. Cochlearia offtcinalis, L.
(F»m. Crccifkbss.)
Noms vu Ig. : Herbe aux cuiller», Cran.
description (pl. xxxviii, 5). — Plante herbacée, bisannuelle, succulentes. Tiges en partie couchées ou inclinées, faibles, rameuses, cylindriques, vertes, glabres. Feuilles, les unes radicales, cordiformesobtuses, entières, concaves, comme une cuiller (cochleare), ayant un long pétiole canaliculé; les autres sessiles-amplexicaules, ovalespointues avec une languette de chaque côté. Fleurs blanches, petites, disposées en grappes corymbiformes ou en bouquets courts, serrés, à l’extrémité des rameaux. Calice à 4 folioles demi-ouvertes; corolle à 4 pétales, plus grande que le calice; 6 étamines tétradynames; style court à stygmate obtus. Silicules à valves légèrement carénées.
propriétés, usages. — Le Cochlearia est à peu près inodore tant qu’il reste intact; mais, contus ou écrasé, son odeur est piquante, vive, pénétrante. Sa saveur est également piquante, amère et âcre. Cette plante est évidemment excitante; après le raifort, c’est l’antiscorbutique le plus puissant. Elle convient, en outre, dans les cachexies, les affections scrofuleuses, les hydropisics partielles ou générales qui succèdent aux fièvres intermittentes rebelles et aux engorgements des viscères abdominaux; dans les catarrhes pulmonaires avec sécrétion abondante des bronches, l’asthme, les maladies chroniques de la peau, et même, si l’on en croit Desbois de Rochefort, dans les calculs, etc.
A l’extérieur, les feuilles de Cochléaria se montrent utiles, étant appliquées sur les ulcères scorbutiques; on les mâche pour remédier au ramollissement et au saignement des gencives, etc.
Cette crucifère forme la base du sirop et du vin antiscorbutiques, si fréquemment employés dans les affections du système lymphatique chez les enfants.
récolte. — Le Cochléaria croit aux bords des mers d'Europe, surtout dans le Nord, sur les montagnes de la Suisse, des Pyrénées. Il est cultivé dans les jardins, où il fleurit en mai-juillet. U doit être cueilli pendant la floraison, et employé à l'état frais : c'est presque toujours de celui que l’on cultive que l'on frit usage.
préparations, doses. — Infusion : 16 à 30 gr. par kilog. d'eau, de lait, de bière ou de vin ; l'ébullition comme la dessiccation 6te à la plante ses propriétés. Suc exprimé : 30 à 125 gr. à prendre dans du petit-lait, afin qu’il soit moins irritant.
On mâche quelques feuilles tous les matins pour nettoyer les dents et fortifier les gencives. — Il y a même des pays où on les mange en salade, seules ou mélées avec le cresson, le pissenlit, etc.; mais leur âcrcté doit en rendre l'usage plus nuisible qu’utile sous cette forme. La plante, je le répète, perd toutes ses vertus par l’ébullition, vu la très-grande volatilité de ses principes.
C01GNASS1ER. Pyrus cydonia, L.
(Fam. Rosacées; genre PoiniER.)
description. — Arbre originaire de Me de Crète, cultivé dus nos jardins, ne diflérant du Poirier que par ses fruits revêtus d'un léger duvet, et très-odorants. Ses fleurs se montrent blanchâtres, solitaires, très-grandes, avec un calice très-velu ou cotonneux à 5 divisions rabattues, une corolle de 5 pétales, 20 étamines au moins,
5 carpelles et 5 styles sur un ovaire pubescent, qui devient le coing.
propriétés, usages. — Le fruit du Coignassier est la seule partie employée en médecine. Il a une odeur forte et une saveur âpre qui l'empéche de pouvoir être mangé cru. On en prépare des marmelades et des gelées excellentes que l’on prescrit soit en nature, comme aliment, soit délayées dans l’eau pour boisson, dans les cas où ces astringents sont indiqués.
La décoction de coing coupé en morceaux, mêlée ou non à égale partie de décoction de semences, peut être mise en usage avec avantage dans les hémoptysies, les diarrhées.
Les semences de coing sont mucilagineuses, émolliente» et adoucissantes; elles sont employées en décoction dans les irritations gastro-intestinales, pulmonaires et génito-urinaires; 4 gr. de ces semences bouillies dans 125 à 130 gr. d’eau fournissent un mucilage doux et visqueux propre à calmer les irritations de la peau, les douleurs causées parles gerçures du sein, les brûlures, etc. Ce mucilage
a encore un avantage aux yeux des gens riches, c’est qu'il est plu* cher, plus difficile à se procurer que celui de guimauve ou de lin.
Des diverses préparations de coing, la plus employée est le «trop, avec lequel on édulcore les tisanes et les potions astringentes.
Chez les anciens, le coing était consacré à Vénus et regardé comme l’emblème du bonheur et de l’amour. De nos jours encore, les femmes delà campagne le conservent dans leurs armoires avec un soin religieux.
COLCHIQUE. Colchicum autumnale, L.
, (Fam. Colcuicacéss.)
Noms tulg. : Colchique d’automne, Safran de» prés, Safran bâtard, Mort-Chien, Tue-Chien, YeiUeu»e, Vaillote, Chenarde.
description (pl. xivn, 3). — Plante vivace, herbacée, consistant en un bulbe à tunique d’un brun rougeâtre, qui donne naissance, en automne, à des fleurs non accompagnées de feuilles. Ces feuilles ne se développent qu’au printemps suivant; elles sont grandes, ovaleslancéoiées, rapprochées en faisceau, amplexicaules à leur base, dressées autour des capsules, qui paraissent en môme temps qu’elles. Fleurs d’un lilas tendre, grandes, belles, au nombre de 2-3, s’allongeant en un tube de 6 à 10 centim., mince, blanc, et qui s’ouvre en un périanthe simple, infundibuliforme, à 6 divisions ovalesallongées; 6 étamines, insérées à la gorge du périanthe, à filets filiformes surmontant 3 carpelles soudés entre eux à la base et libres au sommet. Capsule triloculaire; graines nombreuses, arrondies dans chaque capsule.
propriétés, usages. — Lors de la floraison, dit Gauthier, la racine de Colchique n’a presque pas d’odeur, mais seulement une saveur un peu amère et féculente, tandis que, pendant l’été, son odeur est forte, piquante, et sa saveur très-âcre et presque corrosive. Les autres parties de la plante n’oflrent rien de remarquable si on les cueille en automne; mais elles partagent les qualités de la racine quand on les prend au printemps ou en été.
Le Colchique est vénéneux. Les animaux le laissent intact dans les prairies; s’ils en mangent dans les étables mêlé à d’autres herbes, ils en sont très-incommodés; ils en éprouvent un fiux de ventre qui très-souvent les fait périr en leur causant une vive inflammation intestinale. Cette plante produit des accidents analogues chez l’homme en bonne santé, de3 ardeurs d’entrailles et des selles
sanguinolentes. On a vu des enfants, séduits par la beauté de ses fleurs, en porter à la bouche, les mâcher et en être très- incommodés. Toutes les parties sont douées de propriétés vénéneuses, dues à deux alcaloïdes végétaux, la véralrine et la colchicine. Cette dernière substance, qui se tire principalement des semences, est si active qu’un dixième de grain a sufû pour faire périr un chat de six semaines.
Le Colchique d'automne était employé en médecine dans la plus haute antiquité. Alors on lui attribuait une foule de propriétés qu’il ne possède réellement pas : on le porta même au cou en guise d’amulette, pour se préserver des maladies contagieuses. Le premier qui fit des expériences de quelque valeur sur ce médicament fut le célèbre médecin de Vienne, Storck. Ayant observé qu'il rendait l’urine plus abondante, il l’employa contre l’hydropisie; et comme cette maladie se lie souvent à des troubles graves de la respiration, il le conseilla dans l'asthme humide, les catarrhes avec embarras des bronches. L'expérience n'a pas sanctionné les essais de Storck dans l’hydropisie, par la raison que cette affection dépend de causes trop diverses pour que dans toute circonstance le même médicament puisse lui convenir. Quant à l’asthme et à l’engouement muqueux des voies aériennes, la scille mérite certainement la préférence dans leur traitement.
Aujourd’hui ce n’est guère que contre la goutte et le rhumatisme qu'on emploie le Colchique. Les médecins anglais ont été les premiers à vanter ses heureux eflets dans ces affections rebelles et douloureuses. Dans ces derniers temps encore, le docteur Williams, de Londres, a administré le vin de Colchique à 35 malades, la plupart atteints des formes les plus cruelles du rhumatisme chronique, et il dit avoir été étonné de la merveilleuse promptitude avec laquelle les douleurs ont été enlevées, le calme, le sommeil et la liberté des mouvements sont revenus. En France, on ne partage pas cet engouement. Soit qu’on redoute Faction irritante et même toxique de ce médicament, soit qu’on doute de ses vertus, toujours est-il qu’on montre en général peu d’empressement à le mettre en usage. Il est certain cependant que le vin de Colchique a la propriété de conjurer et d’abréger les accès de goutte, ainsi que la durée des rhumatismes ; mais il faut dire que cette préparation est susceptible de varier beaucoup dans ses effets suivant les soins qu’on y a apportés, et surtout le plus ou moins d'activité de la plante, qui diffère beaucoup d’elle-mème sous ce rapport.
Ainsi le Colchique est antigoutteux et antirhumatismal. Il est plus que douteux qu’il s’attaque à la diathèse, qu'il détruise la prédisposition aux nouvelles attaques. Mais n’est-ce pas déjà beaucoup qu'il combatte les douleurs du moment ? Maintenant, que ce soit par une action spéciale, hyposthénisante, selon l'école italienne, ou par un eflet révulsif ou purgatif (le plus ordinairement, d’après M. Walson, l’amélioration marche parallèlement avec une action très-marquée sur le tube digestif), qu’il produise ce résultat, peu nous importe : il réussit souvent, ne le négligeons pas. Constatons seulement qu’il augmente la quantité d’urée et d’acide urique dans l’urine, et partant qu’il diminue les principes excitants du sang.
La vératrine est le principe actif du Colchique, poison redoutable qui n’était employé qu'à l’extérieur, en pommade, contre les névralgies. M. Piédagnel a expérimenté cet alcaloïde dans le rhumatisme articulaire aigu, surtout dans le goutteux, avec des succès marqués. 11 parait avoir eu quelque succès dans les pneumonies.
Le Colchique a été administré dans le prurigo, l’hystérie, le tétanos, le choléra, etc.; mais l’expérience commune n’a pas encore confirmé les résultats annoncés.
récolte. — Le Colchique est assez commun dans les prairies, les pâturages humides. Ses fleurs paraissent en automne, tandis que ses feuilles ne se développent qu'au printemps suivant; ses fruits sont en maturité vers les mois de mai et juin. Le bulbe, les fleurs et le fruit sont employés en médecine. Le bulbe et le fruit se recueillent à la fin du printemps. Pour être conservé, le bulbe doit être soumis à la dessiccation, qui altère peu ses propriétés, et conservé dans un vase bien clos. Les fleurs s’emploient à l’état frais.
préparations, doses. — Teinture alcoolique (bulbes) : on fait macérer pendant quelques jours 1 partie de bulbe de colchique sec dans K parties d'alcool à 56 degrés ; on passe et on filtre. On en donne de 50 cent, à f gr. et plus chaque jour. Pin (bulbes) : faites macérer pendant 10 à 12 jours 1 partie de bulbes secs dans 16 parties de vin de Malaga. On en prescrit 5 à 10 gouttes par jour. Teinture (semences) : semences, 60; alcool, 500; on fait macérer pendant 8 jours, et l’on filtre. La dose est de 1 à 5 gr. en potion ou dans de la tisane de bourrache.
Vin (semences) : semences de Colchique, 1; vin de Malaga, 16. — On en donne 8 à 10 gouttes dans une tasse de thé ou de tisane plusieurs fuis par jour. — Les préparations avec les semences sont les plus actives : aussi, lorsqu'on ne spécifie pas, ce sont celles de
bulbes que l'on délivre dans les officines. — « Il est indispensable d’insister sur ce point important, que le Colchique, comme la Digitale, plus qu'elle peut-être, est un médicament dont il faut se défier, dont il faut craindre la brusque puissance toxique, et qu’il est indispensable de manier avec réserve et prudence. » (Bouchardat.)
Tout dernièrement les docteurs Joyeuse et Le Clerc ont vanté le saccharure de fleurs de Colchique comme étant la préparation la plus efficace contre le rhumatisme : suc frais de la fleur, 100; sucre, 500; faites dessécher dans le vide : dose, 4 gr. par jour en 10 paquetsd’heure en heure.
Yèratrint : pilules d*un deml-centig. chacune; le premier jour 3, 1 le matin, 1 à midi, i le soir; augmenter d’une pilule chaque jour et aller jusqu’à 6. C’est donc 5 cent, au plus à prendre par 24 heures. (Piédagnel.)
COLOQUINTE. Cucumis colocynlhit, L.
(Fam. CccnaaiTacéis )
Nom vulg. i Concombre-Coloquinta.
DESCRIPTION (pl. lvi, 1). — Plante annuelle, herbacée, à tige couchée ou grimpant sur les corps élevés auxquels elle s’attache au moyen de vrilles, cylindrique, charnue, cassante, couverte de poils très-rudes. Feuilles à long pétiole poilu, à 5 lobes dentés, obtus (celui du milieu plus grand), oflrant des poils rudes sur les nervures. Fleurs d’un jaune orangé, monoïques, solitaires et axillaires. Les mâles ont le calice hérissé de poils rudes et blancs, à 5 divisions étroites et libres; corolle campanulée, ouverte, à 5 lobes terminés en pointe, ayant le fond tapissé d’un bourrelet jaunâtre; 3 étamines, dont 4 soudées 2 àt et i libre. Aux fleurs femelles, ovaire infère, ovoïde; style triflde à 8on sommet avec 3 stigmates bifides; calice et corolle (1). Fruit globuleux, jaune, de la grosseur d’une orange, recouvert d’une écorce dure, coriace, glabre ; graines nombreuses au milieu d’une pulpe blanche et spongieuse.
propriétés. — Ce fruit est d’une saveur extrêmement amère. On le trouve, dans le commerce, dépouillé de son enveloppe crustacée. C’est un des plus violents purgatifs à cause de la grande quantité de matière résineuse qu’il contient. Les anciens en ont connu la puissante énergie, car on lit dans Dioscoride que les lavements
(1) Le deMin représenta une fleur épanouie, uno fleur on bouton et le fruit
en maturité.
préparés avec cette substance donnent lieu à des déjections sanguinolentes-
La Coinquinte est donc un médicament dont il ne faut user qu'avec un» très-grande prudence. Cependant on a vanté ses heureux effets dans les hydropisies passives, les maladies soporeuses, la léthargie, l'apoplexie, la manie, la colique saturnine, toutes les fois qu’il faut agir énergiquement pour produire des évacuations qu’on n’obtient pas par d'autres moyens, ou pour agir révulsiveraent. On s'en est servi aussi comme vermifuge, emménagogue, désobstruant, antigoutteux, et il y a des auteurs qui en font le plus grand éloge, ce qui prouve qu’on a tort peut-être de la négliger.
RÉcotTB. — La Coloquinte est originaire du Levant et des lies de la Grèce. Dioscoride la connaissait et l’a décrite. Son nom signifie exciter, remuer l’intestin (xolov *«v«»). Nous la recevons d’Alep, ou les Indiens l’envoient après avoir séparé la pulpe de l’écorce.
préparations, doses.— Poudre (pulpe bien pulvérisée), 20à 60 cent, soit seule ou associée à la gomme adragante. Teinture : 20 cent, à 1 gr. dans un véhicule approprié. Extrait : S à 10 cent, en pilules.
On applique la pulpe sur l'ombilic à titre de purgatif et de vermifuge.
CONCOMBRE. Cucumis sativus, L.
(Fam. CecUrbitàcées.)
Nous ne voulons pas décrire cette plante, qu’on peut reconnaître aux caractères indiqués au genre (t. I,r, p. 288).
Le fruit est employé en médecine et dans la parfumerie. Sa saveur est fraîche, aqueuse, fade ; son odeur a un caractère particulier trèsreconnaissable. Quant à ses propriétés , elles ne diffèrent guère de celles de la Citrouille. La pulpe de Concombre, appliquée en topique, peut être utile dans une foule de cas. Les semences servent à préparer des émulsions calmantes. On connaît les vertus adoucissantes de la pommade au concombre.
L’art de la toilette retire du Concombre plusieurs préparations cosmétiques; l’art culinaire emploie comme assaisonnement, des jeunes comcombres confits dans le vinaigre.
CONSOUDE. Symphytum officinale, L.
•Vonu tulg. : Oreille-d Ane, Grands Consolida.
description (pl. xvi, t). — Plante vivace, herbacée, haute de
40 à 60 cent. Racines épaisses, à peine rameuses, brunes à l'extérieur, blanches en dedans. Tige dressée, un peu branchue, velue, charnue, anguleuse. Feuillet alternes, grandes, entières, décurrentes, ovales-aigués, un peu ondulées sur les bords. Fleurt rouges, jaunâtres ou blanches, peu nombreuses, assez grandes, disposées en épis terminaux recourbés et pendants. Calice à 5 divisions étroites; corolle tubuleuse, un peu en cloche, à S lobes courts, munie de 3 appendices lancéolés aigus, alternes avec les 5 étamines ; 4 ovaires, i style très-long; 4 fruits lisses.
propriétés, usages. — La Consoude n’a que l’odeur et la saveur de la bourrache. On n’emploie guère que sa racine. Cette racine, dont la saveur est mucilagineuse, fade, légèrement astringente, a joui d’une réputation immense comme propre à rapprocher, consolider (d’où son nom) les parties divisées, à guérir les diarrhées, les flux de sang, les hémorrhoïdes, les hernies et même les fractures sans appareil (Paracelse). Bien plus, on a prétendu qu’elle réparait les ravages des jouissances amoureuses chez les jeunes filles perdues. — De nos jours, la racine de Consoude est tout simplement émolliente, adoucissante et légèrement astringente ; on en fait un assez fréquent usage, en décoction ou en sirop, dans les catarrhes pulmonaires, les crachements de sang, les diarrhées.
Suivant M. Cazin, on calme les douleurs causées par les gerçures du sein, on guérit même celles-ci en introduisant le mamelon dans un morceau de Consoude creusé en forme de dé à coudre. Chomel dit avoir soulagé considérablement des goutteux en appliquant sur la partie souffrante un cataplasme bien chaud fait avec cette racine bouillie.
récolte. — La Consoude officinale est commune dans les prairies humides, aux bords des ruisseaux et des mares, et fleurit en maijuin. On peut se procurer la racine en tout temps pour l’employer fraîche, ce qui est préférable. Pour la sécher, on la coupe par tranches sur sa longueur ; les surfaces divisées deviennent jaunes, puis brunes.
préparations, doses. — Décoction (racine) : 1 5 à 30 gr. par 500 gr. d’eau en tisane. Si on se sert de la racine sèche, il faut la dépouiller de son écorce. Si la décoction est trop concentrée ou a duré trop longtemps, elle devient indigeste; il ne faut point la faire dans des vases en fer, à cause de l’acide gallique qu’elle contient, à la vérité, en très-faible proportion. Sirop : 30 à 60 gr. en potion ou pour édulcorer les tisanes.
COQUELICOT. Papaver rhaas, L.
(Fam. Papa VÉ racées )
Nonu vu Ig. : Pavot rouge, Ponceau, Coq, Coprose.
description (pl. xxii, 2). — Plante herbacée, annuelle, dont la tige dressée et rameuse, de 30 à 60 cent., est hérissée de poils roides. Feuilles pinnatipartites à lobes oblongs lancéolés et dentés, velues. Fleurs d'un rouge éclatant, grandes, terminales et solitaires, portées sur de longs pédoncules hérissés de poils roides. Calice à 2 fllioles ovales, concaves et caduques, muni de poils; corolle à 4 grands pétales avec une tache noire à la base. Grand nombre d’étamines a filets filiformes et anthères noirâtres; 8-12 stigmates disposés en rayons et soudés sur un plateau qui déborde le sommet de l’ovaire dépourvu de style. Capsule subglobuleuse, glabre, s’ouvrant au sommet sous le multiple stigmate ; petites semences purpurines.
propriétés, usages. — Odeur vireuse, désagréable dans les fleurs, nulle dans le reste de la plante; feuilles et pétales à peu près insipides. On n'emploie que les pétales ; ils sont émollients, sudorifiques, un peu anodins, étant pris en infusion dans les inflammations de poitrine, les toux sèches et quinteuses, la coqueluche, etc., etc. On conteste la propriété sédative du Coquelicot; cependant les mémoires de l'Académie des sciences ont fait connaître, il y a plus d’un siècle, les vertus calmantes de ses capsules, et, suivant Boulduc, l’extrait qu’on en retire aurait les avantages de l’opium sans en avoir les inconvénients.
On récolte les pétales du Coquelicot pendant le temps que dure la floraison, c'est-à-dire en mai-juillet. 11 faut, aussitôt après les avoir cueillis, les étendre avec soin sur du papier, sans les froisser, et les porter à l’étuve. S'ils sèchent bien, leur couleur rouge vif se change en rouge terne; dans le cas contraire, ils noircissent. On les conserve en lieu sec dans des vases clos.
préparations, doses. — Infusion (pétales) : 4 à 16 gr. par kilog. d’eau. Sirop : 30 à 60 gr., pour édulcorer les tisanes. Extrait (capsules) : 2 à 4 gr.
a Chornel affirme qu’une décoction faite avec 12 têtes de Coquelicot, une poignée d'orge et 2 onces (60 gr.) de réglisse pour 3 pintes d’eau (1300 gr.) est très-utile dans les aflections de poitrine; que l’extrait qu’on en prépare, administré à la dose de 2 à 4 gr., est anodin et procure un sommeil fort doux. »
CORIANDRE. Coriandrum laticum, L.
(Fam. Ombsllifkriis; tribu : Cicotaeicss.)
descrittion (pl. xxxviii, 2). — Plante de 60 cent, environ, & tige dressée , cylindrique, glabre , rameuse supérieurement. Peuilkt diverses : les radicales presque entières (1); les caulinairea intérieures pinnatiséquées, à segments lobulés-dentés ; les supérieures à segments très-étroits et écartés. Fleurs blanches ou d’un blanc rosâtre, en ombelle de 3-6 rayons ; involucre nul, mais involucelles unilatérales à 3 folioles. Les fleurs extérieures des ombelles ont les pétales externes très-grands et rayonnants; dans celles du centre, ces pétales sont tous plus petits; 5 étamines. Fruits globuleux, surmontés des 5 dents du calice et des 2 styles.
propriétés, usages. — La plante a peu d'odeur étant isolée et intacte ; mais, rassemblée en grande quantité, elle exhale une odeur vireuse qui détermine des nausées, des maux de tête, et même n’est pas exempte de tout danger. Si on l’écrase entre les doigts, elle répand une odeur prononcée, désagréable, qu’on a comparée à celle de la punaise. Sa saveur est aromatique, piquante, un peu fétide. Les semences sont la partie qu'on emploie. Leurs propriétés sont analogues à celles de l’anis et du carvi, c’est-à-dire qu’on en fait usage à titre de stomachiques, carminatives, anti-hystériques, etc. — Elles entrent dans la composition de l'eau de mélisse, servent de condiment dans l’art culinaire, et de correctif des médicaments désagréables.
récolte. — La Coriandre croit spontanément en Italie, en Espagne ; on la rencontre dans le midi de la France et même dans quelques lieux (vignes) des environs de Paris. On la cultive trèsfacilement dans les jardins, où elle fleurit en juin-juillet. La dessiccation modifie, atténue son odeur et son action sur le système nerveux; la graine surtout, qui avait une odeur de punaise, répand un arôme agréable, suave.
PRÉPARATIONS, doses. — Infusion : 4 gr. par 500 gr. d’eau. — Cette infusion peut servir de base aux potions carminatives, ou de véhicule à la décoction de séné dont elle masque la saveur désagréable. Poudre : 2 à 4 gr.
(1) Elles manquent tnr U figure.
COURGE. Cucurbita lagenaria, L.
(Fam. Cccurbttacïes.)
Nom ni lg. : Pastèque, Calebasse, Gourde-Massue.
Les semences de cette espèce du genre Courge sont rafraîchissantes et tempérantes : on les emploie en décoction ou en émulsion dans les phlegmasies aiguës des organes génito-urinaires.
M. Brunet, médecin à Bordeaux, prétend avoir débarrassé un malade du ver solitaire en lui administrant, à diverses reprises, 45 gr. de semence de Courge pilée avec même quantité de sucre. (Voir l’article Citrouille.)
CRESSON, Sisymbrium nasturtium, L.
(Fam. Crucifères.)
Nom culg. : Cresson de foutaiue.
propriétés, usages. — Le Cresson, qui est presque sans odeur, a une saveur piquante, amère, non désagréable puisqu’on le mange en salade. C'est un stimulant, un antiscorbutique, un expectorant, dont les propriétés thérapeutiques sont analogues à celles du cochléaria et du raifort, mais beaucoup moins actives. Nous étendre davantage sur ses usages, ce serait répéter ce qui a été exposé à l’histoire de ces deux dernières plantes : nous y renvoyons le lecteur.
Disons seulement que comme antiscorbutique, le Cresson est tout à fait populaire et le plus employé; que comme tonique expectorant, il a joui d’une réputation aussi grande que peu fondée contre la phthisie pulmonaire.
récolte. — Le Cresson se trouve aux bords des ruisseaux et des fontaines, dans les prairies humides ; on le cultive en grand aux environs de Paris. Etant vivace et feuilié en tout temps, il peut être cueilli en toute saison pour l’usage. Il est préférable cependant de l'employer au mois de mai. La dessiccation et l’ébullition lui font perdre ses propriétés. Celui que l’on veDd à Paris comme aliment, cueilli avant la floraison, est d’une saveur moins prononcée que celui qui montre ses fleurs, et qui doit être préféré pour les usages de la médecine.
préparations, doses. — Suc exprimé : 50 à 1Î5 gr., comme antiscorbutique. 30 à 60 gr., mêlé dans du lait chaud, comme expectorant.
On applique les feuilles pilées sur les ulcères scorbutiqu. 3, scrofuleux, sordides, pour les modifier, les déterger et amener leur cicatrisation.
Les sucs d'herbes sont préparés avec le cresson et d’autres plantes crucifères ou amères, telles que le cochléaria, la cardamine, la chicorée, la fumeterre, le pissenlit, le trèfle d'eau, etc. ; on les donne à la dose de 30 à 00 et 100 gr. par jour.
Le Cresson de fontaine peut être remplacé par les espèces du genre Passerage. (V. ce mot.)
CRESSON DE PARA. Spilanthus oleracea, L.
(Fam. Composées.)
Plante originaire du Chili, cultivée dans nos jardins où elle »e propage avec facilité. Les tiges, de 25 à 30 cent de hauteur, sont rameuses, arrondies, portant des feuilles opposées, cordiformes, dentelées, glabres. Fleurs jaunes en capitules gros, solitaires sur de longs pédoncules nus, paraissant de juillet en octobre. Involucre à 2 rangs ■ de folioles étroites; réceptacle conique, garni de paillettes; fleurons hermaphrodites rouges au centre, jaunes à la circonférence.
propriétés. — Le Cresson de Para est doué d’une saveur piquante et âcre, manifeste surtout dans les fleurs, lesquelles sont antiscorbutiques, et sialagogues à la manière du pyrèthre lorsqu’on les mâche. Les feuilles peuvent être aussi employées, soit seules, soit mélangées avec celles du Cresson de fontaine ou des autres Crucifères.
récolte. — Pour les fleurs, dans la saison où eHes s’ouvrent, on les fait sécher à la manière ordinaire, et on les emploie, soit en infusion, soit en poudre. Les feuilles s'emploient vertes, car sèches, elles ont peu d’action. La plante est d’ailleurs presque inusitée., quoiqu’elle ait des propriétés réelles. Le docteur Rousseau a vanté, dans un mémoire spécial, ses vertus antiscorbutiques, surtout quand il s’agit du scorbut de la bouche, et avant lui, Bahi, médecin honoraire du roi d'Espagne, l’avait conseillée pour remplacer le cochléaria dans les pays où ce dernier ne croit pas.
CROISETTE. Galium cruciatutn.
(Fam. Rcbucéks.)
Nonu ruij. : Croi sotte velus, Caille -lai t-Crcmette, Vaillantie.
description. — Plant* vivace, herbacée, de 30 à 60 cent, de haut.
Tiges presque couchées, simples ou peu rameuses, très-velues. Feuilles verticillées par 4, en croix, sessiles, ovales-obtuses, entières, très-velues, d’un vert jaunâtre. Fleurs petites, d'un jaune verdâtre, olygames, mâles et hermaphrodites mélangées, réunies en bouquets axillaires munis de 2 bractées; les mâles ont une corolle rotacée à 4 découpures, 4 étamines, pistil nul ou avorté; les femelles ont le tube de la corolle un peu plus long; 4 étamines et un style bifide.
propriétés. — La Croisette a peu d’odeur et est modérément* amère et acerbe. Ses propriétés sont indéterminées, si toutefois on peut dire qu’elle en a de réelles. Cependant elle passe pour vulnéraire, désobstruante et astringente. Chose singulière, on lui a attribué la vertu de guérir les hernies, étant employée extérieurement. Serait-ce cette plante qu'emploieraient encore de nos jours certains prétendus guérisseurs d 'efforts et de descentes?
nÉcoLTE. — 11 faut chercher cette plante aux bords des chemins et des haies, dans les bois découverts, le long des fossés, où elle fleurit tout l'été.
CUMIN. Cuminum cyminum, L.
(Fam, OuBBLLirÈRgs.)
description. — Plante annuelle de 20 à 23 cent. Tige droite, rameuse, glabre, striée. Feuilles composées ou découpées en lanières très-menues. Fleurs blanches, petites, en ombelles de 4 rayons ;involucre à 4 folioles capillaires et bifides. Chaque fleur se compose d’un calice entier, d’une corolle à 5 pétales échancrés au sommet, de 3 étamines et de 2 styles persistants, etc. Fruit composé de 2 semences.
usages. — On emploie les semences, qui sont ovoïdes, allongées, marquées de lignes prolongées en une pointe au sommet, et dont l’odeur est forte, fragrante, la saveur chaude, amère, désagréable. Leurs propriétés thérapeutiques sont celles de l’anis et du fenouil; par conséquent, nous renvoyons à l’histoire de ces plantes pour les applications.
Les Hollandais mettent de ces graines dans leurs fromages, les Allemands dans leur pain. Les pigeons et les perdrix les recherchent beaucoup, aussi servent-elles d’appât pour attirer les premiers au pigeonnier et prendre les secondes.
récolte. — Le Cumin nous vient de l’Orient. Il est cultivé dans le Midi de la France.
préparations, boses. — Infusion (semences) : 2 à 4 gr. par kilogr. d’eau. Poudre : 2 gr. dans du vin, du miel ou un électuaire. On composait des cataplasmes avec cette graine ; on appliquait celle-ci en sachets sur les engorgements froids des mamelles, des testicules.
On en injecte l'infusion dans le conduit auditif contre la dureté de l’ouïe.
On composait un emplâtre de cumin qu’on appliquait sur la région épigastrique pour diminuer la faiblesse de l’estomac.
CUSCUTE. Cuscuta europœa, L.
(Fam. Convolvulacées.)
La Cuscute (V. 1. 1, p. 180) vit aux dépens des végétaux qui la soutiennent. Ses semences lèvent en terre, mais la jeune plante meurt bientôt si elle ne trouve une victime ; et celle-ci est le plus souvent le lin, la vesce, le serpolet, une bruyère, etc. La Cuscute l’entortille, la serre dans tous les sens par de longs filaments capillaires, rameux, dépourvus de feuilles, mais armés de petits suçoirs, et munis quelquefois de petites écailles remplaçant les feuilles.
Cette plante est inodore, d’une saveur un peu amère et âcre. Elle possède un suc abondant. C'est une célébrité déchue : les éloges qu’en ont faits les anciens ne mériteut pas d'être mentionnés, non plus que les préparations pharmaceutiques surannées dans lesquelles on l'a fait entrer jadis.
La Cuscute épuise et fait périr les végétaux auxquels elle s’attache. Le moyen le plus sûr de la détruire consiste à couper et à arracher les plantes sur lesquelles on l’aperçoit.
CYCLAME. Cyclamen europaum, L.
(Fam. Priiiulacéu.)
Noms cul g. : Cyclnme d’Europe, Paiu de pourceau.
description (pi. lx, 4). — Plante vivace, à souche charnue, subglobuleuse-déprimée, munie en dessous de beaucoup de fibres déliées. Tige nulle. Feuilles toutes radicales, épaisses, ovales-arrondies, cordées à la base, entières, tachées de blanc en dessus, rougi àtres en dessous, glabres, portées sur de longs pétioles émanant du centre de la racine. Fleuri rouges, rosées ou blanches, solitaires et pen-
chées sur des pédoncules radicaux de 10 à 12 cent, de long. Calice à 5 divisions pointues ; corolle monopétale, dont le tube court a son orifice tourné en bas, et dont les 5 lobes sont réfractés de manière à ce que leur extrémité pointue regarde en haut; 5 étamines courtes ; stigmate pointu les dépassant un peu.
propriétés, usages. — La racine de Cyclame est sans odeur, mais sa saveur est amère, âcre, puis brûlante, si on continue la mastication. C’est un drastique violent, qui produit sur les sujets Ira plus robustes des superpurgations, des selles sanguinolentes, des gastroentérites, et chez les femmes enceintes, dit-on, l’avortement. On a abandonné l’usage interne d’un médicament aussi violent, mais on l'emploie, sous forme d’onguent et de pommade, en frictions sur le ventre, soit pour expulser les vers, soit pour produire des évacuations. On prétend que ces applications, faites sur l’épigastre, ont la propriété de provoquer le vomissement; sur les reins, d’augmenter la sécrétion urinaire, etc.
En 1860, le Cyclame et la Cyclamine, son principe actif, ont été l’objet d’une étude spéciale sur laquelle la Faculté de médecine de Naples a fait un rapport dont voici les conclusions :
1° Le cyclamen est un poison très-actif pour les grenouilles et les poissons, et son action toxique n’est pas due uniquement à la cyclamine.
2* De quelque manière que le cyclamen soit introduit dans l’économie chez les oiseaux, il produit toujours la mort ; seulement son action est plus faible que celle qu’il a sur les grenouilles.
3° Le cyclamen est une substance à peu près inoffensive, s’il est introduit dans l’estomac des mammifères : injecté dans la trachée ou le tissu cellulaire, il est toxique, mais lentement, et seulement à fortes doses.
4° L’action vénéneuse du cyclamen sur l’homme n’est pas sensible : Il n’a qu'une action irritante.
5* Les poissons empoisonnés par le cyclamen ne sont pas vénéneux pour l'homme qui les mange.
La Société de biologie de Paris s'est occupée de cette question; l’un de ses membres, H. Vulpian, a soumis à un nouvel examen le mémoire napolitain sur le cyclamen et est arrivé à son tour aux conclusions que voici :
1® Il n’est pas prouvé que la cyclamine introduite avec précaution, et par l'orifice buccal, dans le tube digestif des oiseaux, détermine la mort,
2° La cyclamine en solution aqueuse assez étendue amène la mort des grenouilles, des têtards de batraciens, des poissons et d’autres animaux qui y sont ploDgés; mais ce n’est pas par mite d'une véritable intoxication.
3° La mort des larves de batraciens est déterminée par l’action énergique que la cyclamine exerce sur elles, action par suite de laquelle les tissus sont rapidement altérés des parties superficielles aux parties profondes.
4» La mort des grenouilles semble due aussi à une pénétration plus ou moins lente et progressive de la cyclamine dans les liquides et les tissus, et à l'altération directe qu’elle y produit. La circulation ne joue probablement qu’un rôle secondaire dans le transport de la cyclamine.
5° Chez les poissons, la mort ou les phénomènes morbides sont liés en grande partie, selon toute probabilité, aux troubles des fonctions respiratoires et cutanées par suite de l'altération de l'épiderme du tégument et de l’épithélium des branchies.
6’ Aucun fait ne démontre que la cyclamine ait une action primitive ou spéciale, soit sur le système nerveux central, soit sur les nerfs moteurs.
7° La putréfaction rapide qui s’empare des animaux morts sous l’influence de la cyclamine, tient à l'action altérante directe que cette substance exerce sur les liquides et les éléments du tissu avec lesquels elle entre en contact.
Le Cyclame a reçu le nom de pain de pourceau, parce que les cochons le recherchent et le mangent, dit-on, sans inconvénient.
récolte. — Le Cyclame se trouve dans les bois et les montagnes du midi de la France. 11 était connu des anciens; sou suc servait, dit-on, à empoisonner les flèches. 11 est plus actif à l’état frais que sec; cependant sa racine se trouve dans les boutiques sous forme de tubercules durs, brunâtres, raboteux, ressemblant à des figues desséchées. On prétend que par l'ébullition ou la torréfaction, elle perd toute âcreté pour devenir douce et presque inerte. On récolte la racine de Cyclame en automne.
préparations, doses. — Décoction (racine fraîche) : 4 à i2gr. pour 500 gr. d’eau. Poudre : 25 à 50 cent., et même i gr., selon le degré de dessiccation. L onguent d’Arthanita était composé de Cyclame mélangé avec des poudres ou infusé avec des graisses; ou l’employait en onctions ou frictions autour du nombril pour expulser les vers, et même pour purger.
Le peu d’accord des auteurs sur les doses auxquelles il faut administrer le Cyclarae provient des différences dans les propriétés de cette plante, suivant son état de dessiccation^ plus ou moins grande. C’est ce qui a fait renoncer à son usage interne, et pourtant, suivant Gilibert, « c'est un de ces médicaments précieux que la pratique des médecins anodins a chassés des boutiques, qui offre cependant de grandes ressources dans les maladies chroniques. »
CYMBALAIRE. Antirrhinwn cymbalaria, L.
(Fam. Scrofulariêes ; genre Linaire.)
La Cymbalaire croit dans les fentes des vieux murs humides et faits de grosses pierres de taille. Plante de 2 à 7 cent., vivace, à tiges couchées-pendantes, ramcuses-diiluses. Feuilles longuement pétiolées, la plupart alternes, épaisses, découpées en 5, 6 ou 7 lobes, rougeâtres en dessous. Fleurs violettes ou d’un rose bleuâtre (maioctobre); corolle tubuleuse, dont la gorge est complètement fermée par le palais qui est jaune; éperon court et arqué; 4 étamines; I style. Capsule subglobuleuse.
La Cymbalaire a une odeur herbacée ; une saveur amère, aigrelette -poivrée. On la conseillait comme vulnéraire- astringente; mais si elle a des propriétés médicales, elles sont plutôt antiscorbutiques;
CYNOGLOSSE. Cynoglossum officinale, L.
(Fam. Borraginées.)
Nom rt ilg. : Langue de chien.
description (pl. lui, i).— Plante herbacée, bisannuelle, de40à 80 cent. Tiges épaisses, dressées, rameuses au sommet, velues et trèsfeuillées. Feuilles alternes, entières, oblongues-lancéolées, pubescentes-tomenteuses, douces au toucher comme la langue du chien, grisâtres sur les deux faces, les inférieures un peu pétiolées, les supérieures sessiles, semi-amplexicaules, souvent étroites. Fleurs d’un rouge violacé, disposées en grappes non feuillées, axillaires et terminales. Calice 5-fide, ouvert, pubescent; corolle hypocratériforme presque rotacée, à limbe 5-lobé, à gorge formée par 5 écailles convexes; 5 étamines incluses; 4 carpelles déprimés , style persistant, stigmate échancré. Tétr akène aplati, hérissé de poils rudes.
propriétés, usages.— La Cynoglosse a une odeur forte qu’ona com. parée à celle du bouc, à celle du chien, et une saveur douceâtre et
nauséabonde. En médecine, sa racine seule est employée. Elle est adoucissante, mucilagineuse et passe généralement pour jouir d’une action sédative, grâce à la réputation des pilules qui portant son nom (pilule* de eynoglotse), lesquelles ne doivent leur propriété narcotique et calmante qu'à l'opium qui entre dans leur composition.
Les feuilles de Cynogloese paraissent avoir une action un peu toxique sur l'homme, mais qui disparait par la dessiccation. Murray rapporte qu'une famille a été empoisonnée pour en avoir mangé. Aucun animal ne s’en nourrit, excepté la chèvre. On prétend qu’elle a la faculté de chasser les poux.
récolte. — La Cynoglosse croit dans les lieux secs, sablonneux, pierreux , incultes, et fleurit presque tout l'été. Sa racine est grosse, longue, charnue, d’une odeur vireuse et d une saveur fade, comme la plante entière, lorsque celle-ci est à Ea deuxième année et non fleurie. Les feuilles sont préférables la première année, avant l’apparition de la tige. La racine sera coupée par petits fragments et séchée promptement.
préparations, doses. — On n’emploie que la préparation connue sous le nom de pilules de cynoglosse. Elles contiennent environ le huitième de leur poids d’extrait d'opium; on les donne pour calmer les irritations de poitrine et d’entrailles, combattre l’insomnie, la doux des phthisiques, les diarrhées, etc., à la dose de i ou 2 prises le soir principalement. Décoction (racine) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau.
CYPRÈS. Cupressus smpervirens, L.
(Fam. Conifèrïs.)
description. — Arbre s’élevant jusqu'à une hauteur de 20 mètres, toujours vert. Tronc droit, à écorce brune, à rameaux serrés, touflus en forme de pyramide. Feuilles très-petites, opposées, imbriquées Bur 4 rangs, d’un vert sombre. Fleurs mâles et fleurs femelles sur le même individu, disposées en chatons à l’extrémité des rameaux; chatons mâles un peu allongés, chatons femelles plus petits, arrondis, tous écailleux. Fruit consistant en une sorte de noix monosperme, sans valves; à l’époque de la maturité, les écailles se dessèchent, se séparent par des fentes disposées en polygones, et laissent sortir les semences.
propriétés , usages. — L’antiquité à fait jouer un grand rôle au Cyprès. Sous le rapport médical, l’écorce, le bois, les feuilles, les fruits, furent employés dans le traitement de plusieurs mala-
dies, notamment celles de la poitrine, de l’utérus, des intestins, les fièvres intermittentes, etc. Quelles étaient leurs propriétés aux yeux des anciens médecins? Ceux-ci, hélas! agissaient plutôt d’inspiration et par induction que par suite de données chimiques, physiques ou physiologiques. 11 y a dans le cyprès un principe styptique, et c'est à titre d’astringent qu’il doit être mis en usage. Dans les pharmacies on connaît les fruits du Cyprès sous le nom de galbules ou nota: de cyprès, et ce sont les seules parties du bel arbre qui aient conservé quelque réputation parmi les modernes, encore n’en parle-t-on presque plus aujourd'hui.
Mais le Cyprès a eu assez de renommée et de gloire : n'est-il pas regardé comme un emblème de deuil et n'orne-t-il pas les tombeaux? Il embellit aussi les parcs et les jardins par sa verdure éternelle. Son bois est doué d’une grande dureté et de plus de résistance à l’action du temps et des insectes que celui du chêne. L’histoire nous apprend que les portes du temple d'Ephèse en étaient construites, comme celles de Saint-Pierre de Rome avant le pape Eugène IV, ainsi que l’arche de Noé, etc.
récolte. — Le Cyprès est originaire de l’ile de Crète ; mais il est très-commun dans le midi de la France, où toutefois il n’est pas aussi beau et ne fournit pas la résine suave et odorante qu’on en obtient par incision dans les climats chauds. Ses fruits ne mûrissent qu’après l’hiver. Les fourmis sont très-avides des semences qui s’en échappent.
CYTISE. Cytisus labwmum, L.
(Fan. Legminbcsks ; tribu : I’apiuonacéss.) Noms vulg. : Fuux-Ebénier, Cytise des Alpes.
Arbrisseau ou arbre planté dans les promenades publiques, quelquefois naturalisé dans les bois et les haies, à feuilles trifoliées, pétiolées, folioles ovales-cblongues. Fleurs jaunes en grappes axillaires pendantes, qui se montrent au printemps.
Les pousses sont purgatives, et même vomitives suivant MM. Tollard et Vilmorin. Les graines contiennent une matière {cytisine) qui, à la dose de 40 cent., agit fortement sur le système nerveux en produisant des vertiges, des convulsions spasmodiques, etc.
DAUPHINELLE. Delphinium consolida, L.
(Fam. Bkkonculackis.)
Noms ru/9. • Pied-d’ Alouette, Daupbinelle oonsoude.
description (pl. xxix, 3). — Plante herbacée, annuelle. Tiges rameuses, diffuses , pubescentes, hautes de 30 à 60 cent. Feuilles presque sessiles, découpées en lanières étroites, peu nombreuses. Fleurs bleues (variétés roses et blanches), irrégulières, en épis lâches au haut des rameaux et présentant des caractères assignés au genre.
propriétés. — Elles sont ma! déterminées, et d’ailleurs la plante est sans usages à peu près en médecine. Les sommités fleuries ont cependant été administrées contre les vers, les obstructions, la rétention d'urine. Cette herbe doit son nom de consolida à ses prétendues vertus vulnéraires. On en a beaucoup vanté l’infusion pour collyres astringents dans les ophthalmies. — Les semences sont employées en teinture contre l’asthme, en Angleterre.
Les fleurs de Pied-d' Alouette fournissent une couleur bleue qu’on a fixée au moyen de l'alun comme teinture.
récolte. — - La Dauphinelle croit en abondance dans les moissons et fleurit en juin-août. C'est donc du Pied-d’Alouette sauvage que nous parlons et non de celui des jardins, dont les propriétés sont très-atténuése.
DENTELAIRE. Plumbago evropœa, L.
(Fam. Plombaginées.)
Noms mUg. : Herbe au cancer, Malherbe.
description (pl. lvi, 3). — Plante vivace, herbacée, haute de S0 à 60 cent. Racine droite, pivotante, épaisse, à peine rameuse. Tiges dressées, ramifiées, striées. Feuilles alternes, amplexicaules, ovales, allongées, aiguës, rudes au toucher, avec des poils courts et des dentelures très-fines sur les bords. Fleurs violettes, agglomérées en bouquets terminaux, accompagnées de 3-4 petites bractées. Calice tubuleux, hérissé de poils glanduleux, à 5 dents étroites et S angles; corolle infundibuliforme, à 5 lobes ovales-obtus ; 5 étamines de la longueur du limbe, un peu saillantes (t ) ; Ovaire surmonté d’un
(1) Ou les croirait induaea, aur la figure détachée, paroe que les lobe» de la corolle tout redreaaés.
style quinquéfide au sommet. Capsule renfermée dans le calice, qui la recouvre en totalité.
propriétés, usages.— Odeur nulle, mais saveur âcre et brûlante, un peu amère. La racine parait être la partie la plus active; elle contient une matière grasse, épaisse et solide. Pilée et appliquée sur la peau, cette plante détermine une inflammation ulcéreuse à la manière de la Clématite; nuis elle n'a guère été employée que pour guérir la gale. Rondelet dut la connaissance de ses propriétés antipsoriques à un berger qui se servait de la racine écrasée et détrempée avec de l’huile d’olive pour guérir ses chiens ou ses chèvres de la gale. Selon Sumeire, la Dentelaire offrirait de grands avantages et serait même préférable au soufre et aux mercuriaux , témoignage confirmé par Alibert et Bouteille, etc. Elle irritebien la peau, mais on peut éviter cet inconvénient, qui n’a d’ailleurs rien de grave, en se servant de la préparation de Sumeire. On l’a surnommée herbe au cancer en raison de sa vieille réputation, établie par Schreiber, d'être propre à détruire, cicatriser les ulcères cancéreux.
Peyrilhe a administré ce médicament violent à petite dose à l’intérieur comme éméto-cathartique; Wedel voulait substituer cette racine à celle de l'ipécacuanha, mais personne n'a suivi l’exemple de ces médecins, et la Dentelaire est oubliée aujourd'hui. Pourtant il faut se rappeler qu'on l’emploierait avantageusement pour préparer des cataplasmes rubéfiants ou même produire la vésication dans les cas où l’on manquerait de moutarde et de cantharides. Sa racine a la propriété d’augmenter l’action des glandes salivaires et d’engourdir la douleur de dents, ce qui lui a valu le nom de Dentelaire, probablement.
récolte. — La Dentelaire croit en France dans nos départements * méridionaux : elle y fleurit vers la fin de l’été. Il est préférable dê l’employer à -l'état frais; cependant on la trouve séchée dans le commerce sous la forme de longs faisceaux rougeâtres, presque ligneux, etc.
préparations, doses. — Uniment de Sumeire : versez une livr d'huile d’olive bouillante sur deux ou trois poignées de racine de dentelaire pilée; agitez pendant quelques minutes, pressez en exprimant le marc, qu’on met dans un nouet de linge dans lequel on Ajoute un peu de sel. Avec ce nouet, qu’on trempe dans l’huile bien chaude, on frotte matin et soir toute la superficie du corps des galeux. o 11 y a plus de quarante ans, dit Sumeire (en 1771), qu’un charlatan enseigna cette manière de se servir de la dentelaire; de-
sot PLANTES MÉDICINALES,
puis elle a toujours été pratiquée, du moins dans ce pays, avec un succès qui ne se dément jamais. On prétend, ajoute-t-il, que cette plante n’est pas moins bonne pour la teigne. » — Le professeur Delpech pensait que les bons eflets du remède de Sumeire étaient dus à l'huile seule.
DICTAME. Origamm dictamnus, L.
(Fun. Labiées.)
Nom» vulg. : Dictame de Crète, Origan de Crète.
BESCRimoN. — Plante vivace, de 30 cent, environ, à tiges branchues, rougeâtres et cotonneuses. Feuilles opposées, pétioléesen bas, sessiles en haut, ovales-orbiculaires, épaisses, cassantes et toujours vertes. Fleurs purpurines, en épis terminaux un peu pendants, avec des bractées rouges, s'ouvrant dans les mois de juillet et août.
propriétés, usages. — Le Dictame de Crète a une odeur de thym et une saveur aromatique, piquante et un peu âcre. « Tonique et excitant, ainsi que la plupart des Labiées, il a été vanté comme propre à favoriser la digestion, à stimuler le système circulatoire, à provoquer les règles, l’accouchement, l’action des nerfe, vertus qu’il possède lorsqu’il est employé convenablement, mais qui pourraient devenir fort contraires si on le mettait en usage dans le cas d’intoxication ou d’augmentation de l'énergie vitale : vérité applicable à tous les excitants et qu’il est pourainsi dire surabondant de répéter pour chacun d’eux. » (Mérat et Delens.)
« La puissance des dieux ne suffisait pas pour guérir les blessures des simples mortels; ils avaient recours aux vertus de cette plante.
* Vénus en cueillit sur le mont Ida pour panser les blessures de son fils Enée ( Æneid ., lib. xn, v. *13). Les chèvres blessées se guérissaient en les mangeant, et cela suffisait même aux cerfs pour se débarrasser des flèches qu’ils avaient reçues et en guérir les plaies. « (Gauthier, Man. des pl. médic.) Ces récits sur les vertus mystérieuses attribuées aux plantes et sur l'instinct qui conduit des animaux dans leur choix des végétaux propres à guérir leurs maladies, sont des fables que l'imagination seule des poètes a inventées. La Dictame jouissait encore de la propriété d’accélérer les accouchements.
récolïe.— Cette plante était cueillie jadis sur les montagnes de Crète, où sans aucun doute elle offrait des propriétés plus marquées qu’elle n'en montre aujourd'hui dans nos jardins et dans nos serres.
Le Dictame que non* offrent les officines nous est envoyé de Candie, ii est déformé par le voyage, la dessiccation et le frottement.
préparations, doses.— Infusion (feuilles) : i ou 2 fortes pincées par 500 gr. d’eau. Poudre : 1 à 4 gr. Le Dictame entre dans la thériaque, le diascordium, la confection d’hyacinthe, etc.
DIGITALE, Digitalis purpurea, L.
(Fam. Sciofvlabiéis.)
Nom t tulg. : Gant de Notre-Dame, Gantelée, Gantelet, Doigtier, Pétrole, Gandio, Digitale pourprée.
description (pl. un, 2).— Plante herbacée, bisannuelle, de 60 à 90 cent, de hauteur. Tige simple, droite, velue. Feuilles alternes, oblongues-lancéolëes, crénelées, ridées ; les inférieures très-amples, pétiolées, formant touffe, à face supérieure verte et face inférieure tomenteuse. Fleurs d'un rose purpurin, disposées en un bel épi terminal, penchées d’un cèté de la tige. Calice à 5 folioles lancéolées, pédicule muni d'une bractée ; corollocampanulée ou tubuleuse, ventrue, munie à l’intérieur de poils longs et tigrée de taches brunes, à limbe obscurément bilabié, ayant la lèvre inférieure à 3 lobes courts, arrondis, la supérieure tronquée ; étamines 4, plus courtes que la corolle (1), anthères à 2 lobes; style à stigmate bifide. Capsule ovale, presque tomenteuse, dépassant peu le calice (2).
propriétés, usages. — La Digitale n’est pas odorante, du moins elle l’est fort peu ; sa saveur est très-amère, un peu âcre. Son principe actif est la digitaline, dont nous parlerons plus bas. C’est un poison narcotico-âcre qui irrite l'estomac d’abord, puis, étant absorbé, cause des vertiges, des nausées, des troubles de Ja vue, de la somnolence ou du délire, des déjections alvines abondantes, etc.
Bmployéc dans un but thérapeutique, la Digitale est sédative, diurétique ou contre-stimulante suivant les cas où on l’administre.
1* Comme sédative, elle a été trouvée utile dans la phthisie pulmonaire, les catarrhes, la folie, l’épilepsie, la coqueluche ; elle est surtout employée pour modérer l’action du cœur. Elle a amélioré certaines affections de poitrine ayant les apparences de la phthisie, mais n'a jamais guéri celle-ci. Cox, médecin d’un hospice d'aliénés
(1) Cette corolle e*t coupée et raccourcie dan» la figure détachée qui montre lut étamines.
(2) On Toit deux de ce* capcules au bat de l'épi.
en Angleterre, l’avait employée avec tant de succès qu’il ne considérait comme incurables que les aliénations mentales qui avaient résisté à son usage. M. Foville dit en avoir retiré aussi des avantages marqués dans certaines occasions.
Nous le répétons, c’est dans les affections du cœur que la Digitale est employée le plus souvent. Néanmoins, il y a une distinction importante à faire : « Toutes les fois, quelle qu’en soit la cause, qu’il y a hypertrophie avec ou sans dilatation des cavités du cœur, que les contractions ventriculaires sont énergiques, etc., l'usage de la Digitale est indiqué ; mais, dans ce que Corvisart appelait les anévrismes passifs par rapport aux premiers qu’il nommait actifs, toutes les fois que les cavités du cœur sont en même temps amincies, flasques, et que, presque dès le début, les infiltrations sont considérables ainsi que le froid des extrémités, l’asphyxie, la teinte violacée, etc... la Digitale, en enrayant davantage les mouvements du cœur, accroil l’état pathologique, et voilà pourquoi nous avons dit plus haut que c’était surtout au début des hypertrophies qu’il convenait de l’employer. » (Trousseau et Pidoux.) — L’action sédative de la Digitale est moins sûre et moins marquée dans les palpitations nerveuses quedans celles qui dépendent d’une lésion organique du cœur. « Dans ces derniers cas, disent les mêmes auteurs, les palpitations ne sont pas dues primitivement à une action vitale, mais à un état organique ; aussi le médicament sédatif peut-il modérer sans peine les manifestations d’activité d’un organisme à la sédation duquel rien ne s’oppose, tant que la lésion n’est pas considérable au point de rendre presque impossible la circulation... »
2” En qualité de médicament diurétique, la Digitale est très-utile dans les hydropisies, soit essentielles, soit symptomatiques d’une hypertrophie active du cœur; dans ces dernières, elle agit tout à la fois en modérant l’impulsion du cœur, en favorisant la libre circulation du sang, et en activant la sécrétion urinaire; mais, du reste, tous les auteurs s’accordent à laconsidérer comme un remède puissant dans les divers épanchements séreux qui peuvent se développer, pourvu qu’ils ne soient pas enkystés.
3° Enfin la Digitale est considérée par les partisans de la méthode rasorienne comme contre-stimulante . On l’a donc administrée dans les fièvres et les inflammations viscérales pour modérer le stimulus, agir sur lui à la manière de la saignée, avec cette différence qu’on évite une perte de sang. Nous l’avons déjà dit, la théorie du contrestimulisme trouve peu de partisans en France, en dehors de l’emploi
du tartre stibié et de quelques autres sels. Cependant, le praticien éclairé ne doit pas juger trop précipitamment; il peut fort bien essayer dans les pneumonies et les fièvres une plante qu’il sait puissante pour ralentir les mouvements du cœur, modérer la chaleur et pousser aux urines, trois conditions très-favorables, ce nous semble, à l’eflet contre-stimulant.
Nous aurions encore beaucoup de choses à dire sur l’emploi de la Digitale dans les hémorrhagies, les fièvres intermittentes, les affections scrofuleuses, les engorgements des glandes, etc.; mais les résultats obtenus dans le traitement de ces afleclions ne sont pas tels qu’on doive préférer cette plante à une foule d'autres dont l’efficacité est mieux démontrée. Ajoutons, toutefois, qu’en Angleterre et en Allemagne on administre la Digitale comme hémostatique. M. Trousseau en a fait usage avec succès chez une jeune femme atteinte de ménorrhagie abondante et persistante, contre laquelle le seigle ergoté, donné à la dosede 4 grammes pendantcinq jours, avait échoué. Toutes les nuits, de troi3 à cinq heures, l’hémorrhagie présentait son summum d’intensité. Cette exacerbation nocturne est la règle. M. Trousseau prescrivit une infusion de 8 grammes d'infusion de digitale pour 260 grammes d’eau bouillante, qui fut administrée delà manière suivante : une cuillerée d’infusion fut donnée toutes les demi-heures de mauière à pouvoir s’arrêter à la première manifestation toxique. La malade épuisa ainsi ses 200 grammes d’infusion en cinq heures. Elle se plaignit alors d’étourdissements, de céphalalgie; elle eut même quelques vomissements, mais sa métrorrhagie s’était arrêtée net, et au bout de sept jours elle ne s’était plus reproduite.
récolte. — La Digitale se trouve dans les bois aux environs de Paris ; elle est beaucoup plus commune en Normandie et en Bretagne, le long des routes. La récolte des feuilles a lieu vers le mois de juillet. Il faut choisir la plante qui croit dans les lieux élevés et à découvert, comme étant la plus active. Les feuilles sont mondées, disposées en guirlandes et portées au séchoir. Elles sont tout à fait inodores après la dessiccation, qui doit être faite avec soin et complète. Il faut les tenir en lieu sec et les renouveler tous les ans.
préparations, doses. — Infusion (feuilles) : 50 cent, à 1 et même 4 gr. par kilogr. d'eau, comme diurétique; 4 à 12 gr., comme contre-stimulant.— En Angleterreon vajusqu’à 30 gram. par 500 d’eau comme hémostatique. H
Poudre ; 10, 20, 40 à 50 cent., comme sédative; 60 cent, à
PLANTES MEDICINALES.
t gr. 50 c., comme contre-stimulante. La poudre doit être verte et d’une odeur de foin. Les premières doses accélèrent souvent la circulation au lieu de la ralentir; mais bientôt la sédation succède : on évite cette excitation en commençant par des doses faibles. — On peut adjoindre le fer à la digitale dans les anévrismes passifs, les palpitations chlorotiques, etc. •
Teinture alcoolique : 12, 24 à 36 gouttes en potion ou dans la tisane. Quantité voulue en frictions, pour augmenter la diurèse et combattre l’hydropisie, l’œdème. Teinture èthérie : 8, 12 à 20 gouttes. Sirop : 30 à 60 gr. en potion ou dans une tasse de tisane. Préparation très-employée.
Remède contre l’épilepsie : feuilles de Digitale récentes, 3 onces et demie, broyez dans un mortier; ajoutez 500 gr. de forte bière; faites infuser pendant 7 heures et passez. — 125 gr. de cette infusion (Sharkey). Méthode à surveiller.
Digitalinel: principe actif delà Digitale, d'une action toxique trèsénergique. On l’emploie cependant très-souvent dans les maladies du cœur et les hydropisies, à la dose de 1 à 3 granules (chaque granule est de 1 milligr.)
DOMPTE-VENIN. Asclepias c incetoxicum, L.
(Fam. Asclépudiées.)
S'om eu Ig. : Aiclépiade blanche.
Le Dompte-Venin se montre dans les bois sablonneux ou pierreux, les lieux secs, les coteaux incultes, où il fleurit depuis mai jusqu’en août.
description (pl. lvi, 2). — Plante vivace, de 4-8 décim. de hauteur; à tiges dressées, simples, feuillées, glabres ; à feuilles opposées, ovales-lancéolées, entières, un peu coriaces. Fleurs blanchâtres, petites, disposées en corymbes sur des pédoncules axillaires. Calice à 5 divisions lancéolées; corolles à 5 kibes un peu épais, obtus, glabres, ouverts en étoile ; 5 étamines, alternes, à filets soudés en un tube qui entoure l’ovaire, et munis chacun d’un appendice en forme de cornet recouvrant l’anthère correspondante, etc.
propriétés , usages. — Voici une plante dont les effets thérapeutiques sont peu connus, parce qu’ils varient suivant les moyens employés, les doses auxquelles on l’administre et les maladies qu’on veut combattre. Toutefois la racine est presque seule usitée. Quelques auteurs l’indiquent comme alexitère, mais ce prétendu dompte-venin
DESCRIPTION ET USAGE. m
paraît être lui-mémo un poison, puisque les chiens sur lesquels Orûla l’a expérimenté en sont morts, avec l’estomac enflammé. C’est donc un irritant.
Le Dompte-Venin peut être employé comme purgatif, et même comme vomitif, car Coste et Willemet conseillent de le substituer à l’ipécacuanha. « Sa racine, donnée en décoction à petite dose, a été utile dans l'anasarque survenue à la suite de la scarlatine, où elle a agi comme diurétique ou diaphonique.» Je souligne ces deux mots pour en faire voir l’antagonisme.
L’action altérante de ce médicament est la seule admissible dans ce passage de Gilibert : « Quelques auteurs, dit-il, condamnent l’usage de cette racine. Cependant la décoction, que nous avons souvent ordonnée à haute dose, n'a jamais causé le moindre accident : nous l’avons trouvée utile dans les dartres, les anasarques, les écrouelles, la chlorose et la suppression des règles; elle augmente sensiblement le cours des urines... » Le même auteur ajoute ceci : « Extérieurement elle déterge les ulcères et arrête les progrès du vice scrofuleux. » Les paysans emploient les feuilles comme résolutives dans les engorgements lymphatiques et glanduleux, etc.
récolte. — La racine du Dompte-Venin peut se cueillir depuis l'automne jusqu'au printemps; elle est blanchâtre, munie de beaucoup de fibres rameuses, d'une odeur forte et désagréable et d'une saveur amère, âcre et nauséeuse, tandis que le reste de la plante est à peu près inodore et beaucoup moins sapide. La dessiccation fait perdre à cette racine la plus grande partie de ses qualités.
préparations , doses. — Décoction (racine) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Extrait : t à 4 gr. en électuaire ou en pilules, etc. Poudre (feuilles) : 1 gr. 50 cent, à 2 gr. Employée comme vomitif par les habitants du pays de Liège (Willemet.)
DORON1C. Doronicum pardalianches, L,
(Fun. Composée»; tribu : Cohtmbipbïes.|
description. — Plante vivace de 6-tO décim. Racine rampante, fibreuse. Tiges dressées, rameuses en haut, pubescentes, feuillées dans toute leur longueur. Feuilles einuées, pubescentes, à pétiole poilu, les radicales très-amples, ovales, les caulinaires amplexicaules, les moyennes à base large, les supérieures ovales-lancéolées. Heurt en capitules terminaux, grands ; fleurons tout jaunes, ceux de la circonférence rayonnants.
208 PLANTES MEDICINALES.
usages. — Les auteurs diffèrent d'opinion sur les propriétés de ce végétal, qui, étant voisin du genre Arnica, est supposé lui ressembler par ses vertus thérapeutiques. C’est sa racine que l’on a employée ; elle est rampante, épaisse, fibreuse, brune en dehors, blanche en dedans, d’une odeur faible et d'une saveur douceâtre. Elle a été considérée comme vénéneuse par les uns, comme alexipharmaque par d’autres, au contraire; ceux-ci l’ont vantée contre les vertiges, et ont supposé que les danseurs de corde en prenaient avant de s’exercer ; ceux-là l’ont prescrite contre l’épilepsie, pour rappeler les règles, etc.; en fin de compte, elle est aujourd’hui sans usages.
récolte.— C’est dans les bois montagneux des Alpes et des Pyrénées, où il montre ses grandes et belles fleurs jaunes au mois de mai, qu’il faut aller chercher le Doronic.
Le Doronicum plantagineum est une espèce fort voisine qui croit dans les taillis montueux des environs de Paris, et dont on donne quelquefois la racine pour celle du Pardalianches.
DOUCE-AMÈRE. Solanum dulcamara, L.
{Fam, Solanées; genre Moselle.)
Noms vulg. i Morelle grimpante, Vigne sauvage, Vigne de Judée, Herbe à la fièvre, Loque, Bronde, Crève-Chien.
description (pi. xlv, 4).— Sous-arbrisseau à ligst faibles et grimpantes qui se soutiennent sur les végétaux voisins, et à rameaux flexueux. Feuilles alternes, lisses, pétiolées, entières, ovales-acuminécs, les supérieures souvent à 3 lobes dont le moyen est très-ample, les latéraux beaucoup plus petits, irréguliers. Fleurs violettes, assez petites, en grappes au haut des tiges sur un long pédoncule. Calice très-petit, à peine S-denté ; corolle monopétale, en roue, à 5 divisions ovales-lancéolées, renversées en dehors, présentant à leur base 2 taches glanduleuses vertes bordées de blanc; 5 étamines, dont les anthères oblongues et rapprochées forment une sorte d’ovoïde jaune qui laisse passer à son sommet le style (I). Baies ovoïdes, pendantes, rouges à la maturité.
propriétés, usages. — La plante est peu odorante, ainsi que la fleur; sa saveur, d’abord douceâtre, devient de plus en plus amère si on continue la mastication. Les jeunes tiges, que l’on emploie en médecine, ont une odeur nauséabonde, désagréable, et leur saveur
(1) Cette disposition est figurée très-grossie sur le petit dessin détaché, où manque seulement la corolle.
justifie le nom de Douce-Amère en transposant les deux mots, car l’amertume se manifeste la première; leurs propriétés sont trèsactives, puisqu’elles sont susceptibles de produire des eflets toxiques, si on les emploie à haute dose. Floyer assure que 30 baies de Douce-Amère ont fait périr un chien en trois heures; mais M. Dubois, de Tournai, en a avalé jusqu’à 50 sans en être incommodé.
La Douce-Amère est tout à la fois sudorifique, dépurative et narcotique. On l’emploie dans les rhumatismes et la goutte chroniques, la syphilis constitutionnelle, les dartres, les scrofules, les engorgements des viscères abdominaux ; dans tous les cas enfin où il est nécessaire de modifier, de dipvrer les humeurs. Chrichton a publié un travail fort important sur l’efficacité de ce médicament dans le traitement de la lèpre, et M. Gardner le conseille surtout dans les maladies de la peau accompagnées d’une vive irritation, telles que le prurigo, le psoriasis, l’ichthyose. C’est, suivant Bretonneau, de Tours, le dépuratif le moins infidèle, mais ce médecin veut qu’on en continue l’usage pendant longtemps, que l’on en commence l'emploi par des doses faibles en les augmentant progressivement jusqu'à produire un léger trouble de la vue, des vertiges, des nausées. Alibert n’a obtenu que des succès médiocres de l’emploi de la Douce-Amère à l’hôpital Saint-Louis.
La Douce-Amère a été vantée dans l'hydropisie, la pneumonie, la coqueluche, la phthisie, le cancer, la jaunisse, les obstructions, etc., etc. Mais les auteurs qui ont exalté ses propriétés, tels que Dioscoride, Matthiole, Bauhin, Boerhaave, Verlhof, Hufeland, n'avaient pas bien précisé les cas, et ils ont attribué au médicament des cures qu’il faut rapporter à d’autres influences; ou bien ce médicament a agi soit comme stupéfiant-calmant, soit comme évacuant, par l’effet de l’idiosyncrasie des sujets ou des doses élevées auxquelles on l’a donné.
A l’extérieur, la Douce-Amère a été appliquée sur les blessures légères, les contusions; mais sous ce rapport, elle est beaucoup moins employée que les autres Solanées.
récolte. — La Douce-Amère se rencontre dans les haies, les buissons stériles où souvent l'œil, trompé par l’apparence, prête au protecteur l’éclat de la plante protégée. Ou en récolte les rameaux au printemps. On doit choisir les pousses d’un an au moins, rejeter celles dont l’écorce est tout à fait verte ou qui sont trop anciennes . « Ces tiges sont de la grosseur d’upe plume à écrire, rameuses-flexibles d’un vert pistache à l’état frais, jaunâtres ou grisâtres à l'état
sec; intérieur blanchâtre, canal médullaire prononcé, moelle d'un vert olive à l’état frais, jaunâtre à l’état sec. » Pour les faire sécher on les porte à l’étuve.
préparations, nosES. — Décoction (tiges) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau, il est bon de concentrer la tisane par une douce ébullition prolongée jusqu'à réduction du tiers. C'est la meilleure préparation. Extrait : 1 à 4 gr. Sirop : 30 à 60 gr.
On peut employer les feuillet comme celles de morelle.
Ray, savant botaniste anglais, rapporte qu’un cataplasme préparé avec quatre poignées de feuilles de Douce-Amère pilées et quatre onces de farine de lin, qu’on faisait bouillir dans du vin muscat ou avec du lard, appliqué tout chaud, a résous, dans une nuit, des tumeurs d'un volume très-considérable, et qu'il a guéri par ce moyen des contusions désespérées.
ELLÉBORE BLANC. Veratrum album, L.
(Fam. Colcbicacéis; tribu; Vkkatkkks.)
Nom vu Ig. : Vératre, Vératre blano, V araire, Vraire, Varaaoo.
description (pi. W, 3).— Plante herbacée, vivace, à racine épaisse, très-fibreuse. Tiges droites, simples, cylindriques, hautes d’un mètre. Feuillet engainantes, grandes, ovales, entières, plissées, à nervures parallèles. Fleurs d’un blanc verdâtre, nombreuses et disposées en p»nicules ; feuille florale étroite à chaque panicule; petite bractée soutenant chaque fleur, qui est pédicellée. Périanthe ouvert à 6 divisions oblongues, lancéolées; 6 étamines; 3 styles courts à stigmate simple ; carpelles distincts qui devieunent 3 capsules allongées, piurispermes.
propriétés, usages. — Poison âcre, susceptible d’enflammer les organes et de donner la mort. On prétend qu’autrefois les Espagnols trempaient leurs flèches dans son suc pour tuer les animaux; Matthiole en a vu périr des moindres blessures faites avec des instruments qui en étaient imprégnés; les poules, les souris, les mouches, etc., périssent si elle mangent ou boivent de sa décoction, etc. (Mérat et Delens.)
La racine du Vératre, dont nous devons nous occuper spécialement, a fourni à l’analyse chimique une matière grasse, du gallate acide de vératrii.e, une matière colorante jaune, de l'amidon et de la gomme. C’est un purgatif et un vomitif d'une extrême énergie, qu’on n’emploie d’ailleurs presque jamais, et avec raison, quoique
Roques pense que ses propriétés véuéneuses ne sauraient être un motif de réprobation, lorsque, dit-il, on met en usage tous les jours les poisons métalliques les plus violents. ,
Mais à l’extérieur ce médicament a des usages plus fréquents, parce qu’il offre de moins graves inconvénients; toutefois il commande une grande prudence, car Gohier rapporte que les frictions faites avec la décoction de la racine du Vératre blanc sur des chiens galeux les ont jetés dans un assoupissement léthargique, avec vomissements et hurlements d’un ton plaintif.
récolte. — L’Ellébore blanc croit dans les pâturages des hautes montagnes de l’Auvergne, des Vosges, du Jura, des Alpes, des Pyrénées, où il fleurit en juillet-août.
Nous ne dirons rien de sa récolte, sinon que sa racine nous est envoyée sèche de la Suisse, et que dans cet état elle est inodore. Faisons remarquer que les auteurs assignent la même origine à l'Ellébore noir du commerce, et qu’il y a confusion dans l’histoire de ces deux plantes, qui n’ont de ressemblance pourtant que dans leur redoutable énergie. Les anciens se servaient du Vératre sous le nom d'Ellébore blanc, nom que nous avons eu tort peut-être ,de lui conserver.
préparations, doses. — Poudre (racine! : 20 à 30 cent, à l’intérieur. Décoction : 10 à 12 gr. par kilog. d’eau, pour lotions contre la gale, les poux. Biett préparait une pommade antipsorique avec 4 gr. de poudre de racine d’ellébore blanc, 30 gr. d'axonge et 2 gouttes d’essence de bergamotte ; frictions matin et soir : 40 galeux ont été guéris sans accidents en 13 jours (durée moyenne).
La vérairine est le principe actif de l’Ellébore blanc comme du Colchique. (V. ce mot.)
L’Ellébore vert (Veratrum viride), Ellébore £ Amérique. Espèce du genre Vératre. Le docteur A. Hard a publié un article sur ce végétal.
« Je l’ai trouvé, dit-il, très-utile dans les affections à type inflammatoire, telles que la pneumonie aiguë, le rhumatisme, la dyssenterie, la péritonite et surtout la péritonite puerpérale. En traitant ces cas, j’administre une forte dose tout d’abord afin de jeter la malade d’emblée sous l'influence de ce médicament. Dans la plupart des cas, l’éréthisme inflammatoire est enrayé aussitôt. Lorsque les eflets spécifiques du remède ont été obtenus, des doses moindres sont administrées, mais telles cependant que le pouls ne puisse reprendre sa force et sa fréquence. »
D 'après le docteur Hard, ce médicament est le sédatif le plus puissant du système sanguin, le plus certain dans ses eflets et le plus inoflensif. Les docteurs Byford et Prince l'ont également employé avec succès dans les fièvres éruptives. Le docteur Woodward regarde ce médicament comme un sédatif du système nerveux, qui, comme l’antimoine, n’a pas d’effet direct sur le sang. Son action se porte surtout sur les nerfs pneumo-gastriques. Ecoutons cet auteur :
« La forme la plus convenable pour administrer ce vératrum viride est une teinture saturée. Nous prescrivons habituellement la teinture de Norwood, qui est préparée avec les racines fraîches de la plante, dans la proportion de 8 onces par pinte d'alcool dilué. La teinture faite avec les racines sèches est infidèle ; l'autre, au contraire, est infaillible, et le praticien qui s’en sert est aussi sûr d’abattre les phénomènes inflammatoires qu'il l'est de provoquer le vomissement en donnant de l’émétique. La dose ordinaire de cette teinture pour un adulte varie de 4 à 8 gouttes toutes les heures ou toutes les deux heures, jusqu'à ce que le pouls se ralentisse : à partir de cet instant, la liqueur est donnée à des intervalles plus ou moins longs, selon les circonstances, de manière à régler le pouls à son gré. Dans les cas urgents où il est nécessaire d’obtenir un prompt effet de la médication, comme dans le croup, par exemple, la teinture de vératrum peut être administrée chez un enfant de trois à quatre ans, à la dose de 10 à 15 gouttes toutes les dix minutes, jusqu’à production de vomissements.
a Grâce à l’action prophylactique de la teinture de vératrum viride, la chirurgie n’a plus à craindre les accidents fébriles consécutifs aux opérations. Je n’insiste pas davantage sur ce sujet. Il me suffit d’avoir signalé à mes confrères d’Eurepe un agent médicamenteux qui, daus ma conviction, est le plus puissant moyen de prévenir et de réprimer l’état phlegmasiqne. »
ELLÉBORE NOIR. Jlelleborus niger, L.
(Film. Kesosci’i.acéks; tribu : Eulèbobkks.)
Noms eu tg. : Rose de Noël, Rose d’hiver, F.llébore à fleurs roses, Herbe de feu.
description (pi. LVII, •>). — Plante vivace, de 30 cent, au plus, plutôt moins, composée de hampes florifères, de feuilles toutes radicales, longuement pétiolées, grandes, divisées en 8-9 digitations ovales-oblongues, dentées, ouvertes comme une main, coriaces. Racine grosse comme le doigt, noirâtre, se divisant en plusieurs
branches. Fleurs d’un blanc rosé, grandes, solitaires et terminales, ou au nombre de deux, sur des hampes nues qui sortent de la racine avant les feuilles et portent supérieurement i-2 bractées. Calice à 5 divisions ouvertes, grandes, colorées; corolle à 10-12 pétales en cornets beaucoup plus courts que le calice, d’un jaune verdâtre. Etamines très- nombreuses; 6-8 carpelles réunis au centre, autant de styles.
propriétés, usages. — L’Ellébore noir est presque sans odeur, et sa saveur n'est pas très-âcre; cependant c’est une plante vénéneuse, dont la racine agit à la manière des purgatifs drastiques les plus énergiques. On l’a vantée énormément dans l’hydropisie. L’on connaît la réputation des pilules hydragogues de Baker, qui doivent leurs vertus antihydropiques à cette racine.
Outre sa propriété évacuante, l’Ellébore exerce une action particulière sur le système nerveux, action non encore bien appréciée, quoiqu’elle ait été connue des anciens, qui avaient une grande conflance en elle pour guérir la folie. Les historiens et les poètes ont célébré les cures merveilleuses obtenues par l'elléborùme (on désignait ainsi l'ensemble de la médication assez compliquée). Si les modernes ont abandonné ce médicament comme infidèle, c’est peutêtre parce que l’Ellébore de l’Orient jouissait de plus de vertus que le leur, ou que les préparations employées jadis étaient supérieures aux nôtres. Quoi qu’il en soit, il est difficile d’admettre qu’il n’y ait rien de vrai dans tant d’éloges; et de fait, on comprend parfaitement que l’action perturbatrice de l’Ellébore sur le cerveau, jointe à la dérivation qu’il exerce sur le canal intestinal, soit efficace daus certains cas d’aliénation mentale accompagnée d’une sorte de torpeur morale et d’inertie du tube digestif.
La manière d’agir de l’Ellébore dans la lèpre, l’éléphantiasis, les dartres rebelles, la chorée, la goutte, l’hypochondrie, la léthargie, l’épilepsie, les fièvres intermittentes rebelles, etc. (car on l’a employé dans toutes ces affections de nature si différente), lui fait supposer une action complexe qui participe de propriétés à la fois purgatives, excitantes, emménagogues et altérantes . Ce dernier mot, dont il a été donné la définition (V. page 48), est ici pour cacher notre ignorance, mais il laisse du moins à réfléchir et à espérer.
A l’extérieur l’Ellébore est un irritant énergique et même un vésicant. Suivant M. Dubois, de Tournai, ses fleurs seraient beaucoup plus rubéfiantes que la racine et les feuilles.
récolte. — On peut recueillir la racine d’Eilébore noir en aù-
fomne; mais cette substance nous est ordinairement envoyée sèche de la Suisse. Sa dessiccation demande beaucoup de soins et de promptitude. Si l’on veut compter sur son efficacité, dit M. Cazin, il faut l’employer à l'état frais; car, sèche et ancienne, elle est privée de ses principes actifs, outre que dans le commerce on la trouve souvent mélée avec plusieurs autres racines, notamment avec celle de l’Ellébore blanc ou Vératre, dont il a été parlé dans l’article précédent. Ainsi qu’on le voit, l’action des médicaments varie suivant une foule de circonstances, et leur inconstance vient encore compliquer les problèmes thérapeutiques où tant d’inconnue* se rencontrent.
préparations, doses. — Infusion ou décoction (racine) : 2 à 8 gr. par kilog. d’eau. Cette dose peut être mise dans un verre d’eau bouillante que l’on fait prendre en une ou deux fois. Poudre : 3b à 40 cent, comme altérant, diurétique, emménagogne ; 75 cent, à t gr. 30 cent, au plus comme purgatif, dans de l’eau, du vin ou un électuaire. Extrait : 60 à 75 cent, en pilules. Teinture : 20 à 40 gouttes en potion. Les pilules de Baker, remède officinal, se donnent à la dose de t ou 2 par jour comme tonique ; 3 à 8 comme drastique. Les vétérinaires emploient l’Ellébore pour entretenir les sétons aux chevaux, guérir le farcin, etc.
Ellébore fétide (H. Fœlidus), Picd-de-tiriffon, à cause de la forme de ses feuilles. On le trouve dans les lieux pierreux, au bord des chemins, des bois où il est vivace et fleurit en février-mai. Tiges de 30 à 70 cent, qui persistent pendant l'hiver, dressées, robustes, nues inférieurement où elles présentent les cicatrices des feuilles détruites, feuillées supérieurement, se partageant eu rameaux florifères. Fleurs vertes rougeâtres, terminales, penchées, en ombelles, avec des bractées ovales, entières, sessiles, etc.
On emploie rarement cette plante, dont l’odeur est fétide et la saveur âcre et amère. Ce que nous avons dit de la précédente lui est d’ailleurs applicable. Ses feuilles sont réputées vermifuges; on les prescrit fraîches, en infusion, à la dose de 4 gr. pour un ou deux verres d’eau; sèches et en poudre, 60 à 73 cent.
Ellébore vert {B. r iridié). Tiges annuelles, dè 30 à 80 cent., dressées, un peu rameuses supérieurement, feuillées seulement à partir des rameaux. Feuilles radicales longuement pétiolées; celles des rameaux et les florales sessiles, palmatipartites. Fleurs vertes 2-5, un peu penchées, etc. (mars-avril).
Suivant Allicni, cette espèce doit être préférée à l’Ellébore noir comme étant plus active, ayant plus de ressemblance avec l’Ellébore des anciens, et se trouvant plus facilement aux lieux ombragés et pierreux, etc.
EP1AIRE. Stachys syùcatica, L.
(Fam. Labiées.)
A'om» nlg. : Stachys des bois, Ortie plante.
description. — Plante herbacée, annuelle, A tige quadrangulaire de 50 cent, à 1 m., dressée, simple, poilue. Feuillet opposées, pétiolées, ovales-pointues, cordées à la base, dentées, ridées et velues. Fleurs purpurines, disposées en glomérules 3-4 -flores soutenus chacun par une bractée, et rapprochés en un épi terminal (juin-août). Calice velu, glanduleux; corolle le dépassant longuement, tachée de blanc à la gorge, etc.
propriétés. — L’Ortie puante exhale une odeur désagréable, qui disparait presque tout à fait après la dessiccation. Dans les campagnes on la considère comme propre à pousser les urines et les règles. Son odeur Ta fait soupçonner antispasmodique : elle possède sans doute des propriétés qui ne sont pas à dédaigner, et pourtant son usage est abandonné. — Son infusion dans l’huile était recommandée , dans d’autres temps, pour remédier à la rupture du tendon d’Achille.
récolte. — Cette plante croit dans les bois couverts et humides.
Epiaire des marais ( Stachys palustris). Ortie rouge. Plante vivace de près d’un mètre, à tige dressée, simple, rude sur les angles, hérissée de poils roides. Feuilles oblongues'-lancéolées, trèa-longues, cordées à la base, dentées, subsessiles. Fleurs purpurines ou roses, en glomérules 3-6-flores, rapprochés en épi terminal; le reste comme dans l’espèce précédente.
Cette plante, qui croit au bord des eaux et qui a été considérée comme fébrifuge, n’est intéressante que par les tubercules de sa racine, lesquels contiennent une fécule dont on peut retirer de l’amidon et qu’on peut mêler au pain en temps de disette.
Epia ire droite (Stachys recta). Crapaudine. Plante de nos pelouses sèches. Fleurs tachées de noir sur un fond blanc, en glomérules 2-4-flores, dont les supérieurs sont rapprochés en épis teuillés; tube de la corolle dépassant à peine le calice ou môme plus court. Elle passe pour excitante et vulnéraire.
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PLANTES MEDICINALES.
EPINE-VINETTE. Berberis mlgaris, L.
(Fam. BmBÉRiDACÉKS.)
Non « mtlg. : Bcrboris, Vinettier.
description (pl. xxm, I). — Arbrisseau de I h 2 mitres. Tiges dressées, jaunâtres, à rameaux diffus, de couleur cendrée. Feuille * alternes, ovale s-obtuses, pétinlécs, à bords munis de dents trèsaigues, tonnant d’abord des espèces de petites rosettes accompagnées d’aiguillons. Fleurs jaunes, en grappes pendantes d’un seul côté, pédicellées et accompagnées d’une petite bractée; <• sépales sur, deux rangs; 6 pétales bifides au sommet; étamines 6, d’une contractilité telle qu’elles se rapprochent vivement lorsqu'on les touche avec la pointe d’une aiguille : anthères comme bifurquées; stigmate épais, sessile. Baies allongées, petites, d’un beau rouge, contenant 1 a 3 graines.
propriétés, usages. — Ces baies ou fruits ont une saveur aigrelette agréable : on en prépare des boissons, des gelées, un sirop, etc., qui sont humectants, tempérants. Elles peuvent remplacer le citron pour limonade, et conviennent dans les mêmes cas que lui, quant à l’usage interne.
Les feuilles, dout la saveur est analogue à celle de l’oseille, ont été employées en décoction dans le scorbut, les dyssenteries, etc. — La seconde écorce est considérée par Gilibert comme un bon fondant. M. Cazin dit avoir eu à s'en louer dans l’hydropisie. La raciue est amère. — Les fleurs sont un peu fétides, sans usage.
récolte. — Baies, feuilles, écorce et racine de l’Epine-Vinette se trouvent encore dans quelques oiûcines ; les premières surtout, que l'on récolte à la fin de l’été, pour les conserver entières; elles ne perdent presque rien de leur saveur ni de leur volume par la dessiccation. La plante croit dans les haies, aux lieux incultes, et fleurit en mai.
préparations, doses. — Baies : on les mapge entières. Suc exprimé : mélangé avec de l'eau jusqu'à agréable acidité, ou pur à la dose de 15 à 30 gr. Décoction (seconde racine) : 4 gr. pour 3 verres d’eau qu’on porte à l'ébullition. On sucre et on administre 3 fois par jour dans l’hydropisie. (Cazin.)
EUPATOIRE. Eupatorium camabinum, L.
(Fam. Composées ; tribu : ConvunirÉRU.)
Noms mlg. : Eupatoire d' Avicenne. E. de Mesué, E. à feuilles de chanvre, Herbe de Sainte-Cunégonde, Chanvrin.
description (pl. xvii, 3). — Plante vivace, de 80 cent, à 1 mètre 20. Tige dressée, pubescente, souvent rougeâtre, pleine de moelle, un peu rameuse. Feuilles opposées, pétiolées, divisées en 3 segments lancéolés et dentés, pubescentes. Racines obliques, blanchâtres, un peu fibreuses. Fleurs purpurines, en capitules cylindriques-oblongs très-nombreux et disposés en un corymbe terminal serré. Chaque calice, composé d’écailles imbriquées, un peu colorées à leur sommet, ne contient que 5 fleurons (capitule) tubulés, à 5 lobes peu saillants hors du calice ; style très-saillant, bifide (1). Akènes presque cylindriques, à t-b côtes, surmontés d’une aigrette à soies disposées sur un seul rang.
propriétés, usages. — Odeur à peu près nulle, à moins qu'on n’écrase la plante; saveur très-amère et persistante. Les auteurs sont loin d’être d’accord sur les propriétés médicales de l’Eupatoire, qui est diurétique et apéritive pour ceux-ci, purgative pour ceux-là, tonique et stimulante pour d’autres. Mais il faut avoir égard aux parties employées et à l’époque où a été faite la récolte. U parait démontré aujourd’hui que les feuilles agissent à la manière des toniques, et que les racines sont évacuantes à la manière de la rhubarbe, c'est-à-dire qu’elles purgent sans débiliter. Néanmoins, cette plante parait être tombée dans un oubli qui ne semble pas près de finir, et cela parce que les opinions ont été trop contradictoires sur son compte. Au demeurant, ce n’est pas un grand dommage, puisqu'on peut la remplacer par d'autres végétaux mieux connus et plus certains dans leur action, tels que la fumeterre, la centaurée, comme amers et toniques, tels que l’ellébore, la gratiole, etc., comme purgatifs.
récolte. — Commune aux lieux humides, aux bords des eaux tranquilles qu’elle embellit de ses fleurs en juillet, août et septembre, c’est là que l’Eupatoire doit être cueillie un peu avant la flo-
(1) Le destin consacré à cette plante représente : une extrémité de tige portant un corymbe de capitules en Sears, accompagné de fruits sur d’antres rameaux , un capitule de 5 fleurons détaché, un fleuron seul, ot enfin une graine eurmontée d’une aigrette.
raison : sa racine doit l’être au printemps. Cette racine, assez rare dans le commerce, est de la grosseur du petit doigt au plus, entourée de beaucoup de radicules; son odeur est nulle, mais elle est d’une saveur amère et piquante qui persiste après la dessiccation.
préparations, doses. — Infusion ou décoction (feuilles) : 30 à 00 gr. par kilog d’eau, comme tonique , et apéritive dans les engorgements abdominaux, la chlorose, l’hydropisie, etc. (Tournefort et Boerhaave). — (Racine) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau, de vin ou de bière. — Cbambon de Moutaux dit s’être procuré plusieurs évacuations avec quelques coliques assez modérées, en prenant une infusion à froid d’une once environ (30 gr.) de racine fraîche coupée par tranches, dans 4 onces (125 gr.) de vin.
EUPHORBE. Euphorbia lathijris, L.
(Fam. Eophobbiacées.)
Nom 4 nilg. : Epurge, Catapuce, Purge, Catherine ttc.
description (pl. xiv, 1.) — Plante annuelle, lactescente, de 60 à 90 cent. Tiges roidcs, dressées, robustes, rameuses au sommet, se divisant en * rameaux plusieurs fois dichotomes, lesquels forment une ombelle qui a 4 feuilles pour involucre ou collerette (1). Feuilles opposées, les paires alternant en croix, sessiles, oblongueslancéolées, entières, glabres, fermes, vertes et luisantes en dessus; feuilles de l’involucre de même forme que les caulinaires (2), celles des rayons constituant des bractées ovales- aiguës, cordées à la base, opposées. Fleurs d’un jaune verdâtre, monoïques : plusieurs mâles et une femelle renfermées dans un involucre caliciforme monophylle, globuleux, placé dans les bifurcations des rayons de l’om- , belle. Fleurs mâles 10-20, constituées chacune par .une seule, étamine et insérées vers la base de l’involucre, étamines inégales; fleur femelle longuement pédiceilée au centre de l’involucre (3) et entourée par les fleurs mâles ; pédicelle élargi au-dessous de l’ovaire, à élargissement lobé (calice?); 3 styles à stigmate bifide. Capsule saillante hors de l’involucre, subglobuleuse , trilobée, à 3 coques monospermes.
(1) La figure représenta la naissance de l’ombelle, dont 3 rayons sont ooupés, et un seul est conservé.
(2) On ne peut les voir sur la planche.
(3) La figure détachée offre cet involuore ouvert et développé pour faire voir cette fleur et le* étamiues.
propriétés, usages. — Toutes les parties de l'Epurge sont à peu près sans odeur et sans saveur, sauf la racine qui a de l’âcreté dans l’état frais ; lorsqu’on les coupe, elles laissent couler un suc lactescent, épais, de nature gommo-résineuse dont les propriétés sont corrosives. On n’emploie que les graines, lesquelles, grosses comme le chènevis, rugueuses, contiennent une huile blanchâtre, transparente, inodore, presque insipide, et sont fortement purgatives, propriété que Dioscoride avait déjà signalée. Les paysans seuls en font usage, parce qu’elles se trouvent sous leur main pour ainsi dire, et que les médecins répugnent à employer un médicament aussi actif, qui devient en outre infidèle si on prive les graines de leur capsule.
Il n’en est pas de même de l’huile d’êpurge. Plusieurs expérimentateurs, Calderini, Barbier, d’Amiens, entre autres, assurent qu’elle purge sans coliques ni ténesme, et qu’elle peut remplacer l’huile de croton tiglium, surtout chez les sujets délicats et les enfants. M. Dieu voudrait que son usage fût plus répandu, car, dit-il, le prix en est si peu élevé que, dans les hôpitaux, chaque purgation coûterait à peine un quart de centime. — La racine et l’écorce sont purgatives, mais à un moindre degré.
A l’extérieur, l’huile d’épurge détermine une éruption à la peau comme celle de l’exotique croton tiglium. Les feuilles fraîches avec lesquelles on frotte cette membrane produisent de la rubéfaction. Les usages externes appartiennent surtout à l’Euphorbe des marais ou Tithymale dont il est parlé ci-après.
récolte. — L’Euphorbe épurge croit le long des routes, des haies, des jardins, au voisinage des vieux châteaux, dans les lieux ombragés, etc.
FRÉrARATiONS, doses. — Semences : 6 à 12, comme cathartique eu drastique. Elles ne. conviennent qu’aux sujets robustes et exempxs de toute irritation, gastro-injestinale, dans l’hydropisie surtout. — Les paysans çui -veulent produire un grand effet, dit M. Cazin, les mâchent longtemps sans les avaler. C’est un remède dangereux s’il n’est, employé avec prudence.
Huile d’ipurge : 20 à 13 cent. M. Martin-Solon Ta administrée avec succès à la dose de 1 gr. 25 cent, jusqu’à 4 gr. et plus dans plusieurs cas d’albuminurie chronique ; mais nous ne conseillerons à personne d’imiter cette pratique, à moins d’une surveillance attentive. Comme révulsif, 1 à 2 gr. en frictions sur le trajet du nerf douloureux dans lés névralgies, sur la partie supérieure de la poitrine contre la cdqueluche, etc.
Euphorbe des MARAIS ( Euphorbia paltistris ) ou Tithymak du marais, Grmde-Esule. Cette espèce, très-voisine de la précédente, et qui habite les lieux marécageux, les prairies tourbeuses, elc., a une racine très-épaisse, une tige d’un mètre environ, donnant naissance à un grand nombre de rameaux la plupart stériles; l’ombelle est irrégulière, à rayons nombreux 1-2 fois bi-triturqués, souvent déliassée par les rameaux stériles. Feuilles oblongues-lancéolées, atténuées à la base, éparses : celles de la collerette ou involucre en verticille irrégulier ; celles des rayons (bradées) oblongues-obtuses, colorées en jaune lors de la floraison, qui a lieu en mai-juillet. Capsule profondément 3-lobéc, chargée de tubercules, etc.
La Grande-Esule est sans odeur, mais sa saveur est âcre, très-irritante, due au suc qu’elle contient en abondance et qu’elle laisse écouler à la moindre incision ou contusion ; suc gommo-résineux qui, appliqué sur la peau, l'irrite, l’enflamme et produit des boutons, des pustules, et même la vésication si le contact est prolongé : aussi bien s’en sert-on quelquefois pour produire l’action des vésicatoires et des sinapismes, ou pour donner de l'activité à ces topiques. On l a aussi conseillée pour détruire les verrues, cautériser les surfaces teigneuses et les plaies de mauvaise nature, etc. ; mais cet usage externe demande une certaine prudence, car de l’inflammation et des abcès peuvent en résulter. — Quant à l’emploi de cette Euphorbe à l’intérieur, il offre encore plus d’inconvénients : il peut causer un véritable empoisonnement à la manière des caustiques, si la dose est trop forte ou le remède mal administré : il vaut doue mieux s'en abstenir.
Euphorbe cyparisse ( Euphorbia cyparissius) uu E. à feuillu de cypris, Tithymale. Petite-Esule. (V. la flg., 1. 1, p. 137.) liante vivace qui croit aux lieux arides, parmi les rochers des bois, et dont le port a de la ressemblance avec celui du cyprès. Tige de 20 à 30 cent., rarement simple, droite, herbacée, hérissée d’aspérités occasionnées par l’attache des feuilles tombées, donnant naissance au-dessous de l’ombelle à des rameaux la plupart stériles. Feuillu linéaires éparses, entières, glabres, celles des rameaux stériles très-étroites, rapprochées en pinceau. Ombelle à rayons nombreux, grêles, f-2 fois bifurques; feuilles de l’involucre de même forme que lescaulinaircs; bractées libres, plus larges que longues. Capsule à lobes finement chagrinés sur le dos. Floraison en juin-septembre.
Cette Euphorbe est un purgatif irritant comme ses congénères. La poudre de l’écorce de la racine, à la dose d’un gramme, produit
plusieurs vomissements et plusieurs selles ( Loiseleur - Deslongctaamps ).
« Cette espèce présente deux variétés, ou plutôt deux monstruosités très-remarquables. Dans l'une piquée par un insecte, elle produit au sommet de ses rameaux un gros bouton rouge qui s’épanouit en partie, et forme une sorte de rose assez agréable, souvent d’un rouge vif. Dons l'autre entièrement déformée, elle offre presque l’aspect d’un polypode, garni sous les feuilles de petits points jaunâtres, en forme de coupe, très-souvent disposés sur deux rangs ; c'est une petite plante parasite, décrite par M. Decandolle sou3 le nom tl'Acidium cyparissiæ. Schrank l’avait nommée lycoperdon euphorbiœ.» (Flore médicale.)
Eupiiorbe-Ésule (E. Esula), d’esu, âcre, en celtique. L’Esule a de 30 à 80 cent. Tiges dressées, donnant souvent naissance, au-dessous de l’ombelle, à des rameaux la plupart florifères. Feuilles oblongueslancéolées, sessiles, éparses. Ombelle à rayons nombreux, 1-2 fois bifurqués ; feuilles de l’involucre oblongues; bractées-ovales-triangulaires, souvent jaunes lors de la floraison, etc. — Cette espèce est rare : la linaire lui ressemble, mais elle manque de suc laiteux, de là cette phrase :
En lia lacUscil , tint lacté linarla cretcit.
Euphorbe réveil-matin (E. helioscopia). Le Réveil-Matin, encore appelé Tithymale comme tous les Euphorbes en général, est une plante annuelle de moins de 30 cent., à tige dressée, ronde, lisse; à feuilles alternes, en spatule, finement dentées, glabres. Ombelle à 3 rayons 2-3-fides; involucre à 3 folioles ovales, dentées, grandes; bractées opposées ou ternées, etc. Floraison en juillet.
Son nom lui vient de ce qu’en se frottant les yeux avec son suc, il eu résulte de la douleur, de l’inflammation qui cause l’insomnie. Son emploi contre les verrues et les poireaux est populaire. Il ne faut cependant pas en abuser.
Euphorbe officinal (Euphorbia officinarum). a Le nom d ‘Euphorbe chez les anciens était appliqué exclusivement à cette espèce et à la suivante; ils nommaient Tithymale la plupart des autres plantes laiteuses du môme genre. Au rapport de Pline, l’Euphorbe tire son nom d’Eupkorbius, médecin de Juba, roi de Mauritanie, qui le premier employa, pour la guérison d’Auguste, la gomme résine qui découle de l’Euphorbe. » D’après Pline et Dioscoride, l’Eu-
phorbia officinarum croît dans la Libye, le mont Atlas et l'Arabie. C’est un arbrisseau qui fournit le suc laiteux ou gomme résine connue sous le nom d 'Euphorbe, substance douée d'une grande âcreté, qui a joui d’une grande réputation contre la carie des os, étant employée à l'extérieur, car son emploi interne doit être évité .
Euphorbe ces anciens ( Euphorbia antiquonm). Espèce exotique, dont les tiges sont tiès-cbarnues, épaisses, articulées, amincies, ondulées, etc., et qui croit dans les Indes, au Malabar. Malgré son nom, cette espèce n’est pas celle que les anciens employaient, mais la précédente. Elle est d’ailleurs douée des mêmes propriétés, qui sont plus actives encore.
EUPHRAISE. Evphrasia officinalit, L.
(Film. ScROFULAfUÉES.)
description (pl. xxix, *). — Plante annuelle, herbacée. Tige de 10 à 30 cent., dressée, simple ou rameuse, pubescente. Feuilles sessiles, ovales, dentées, petites. Racines fibreuses, petites. Fleurs blanches, quelquefois bleuâtres, marquées de lignes violettes, tachées de jaune en dedans, axillaires et rapprochées à la partie supérieure des tiges. Lèvre supérieure échancrée au sommet en 2 lobes courts 2-3-dentés; lèvre inférieure 3-lobée, à lobes émarginés bilobés; 4 étamines, dydinames, plus courtes que la corolle; anthères bicornespropriétés, usages. — L'Euphraise est inodore, un peu amère. Ses propriétés sont mal déterminées, ou plutôt nulles. On la suppose astringente, car elle noircit la solution de sulfate de 1er. On Ta vantée dans des maladies très-différentes, telles que la céphalée, le vertige, la jaunisse, la perte de mémoire, etc. Aujourd'hui on lui refuse presque toute vertu, môme celle d’être bonne pour les yeux. Nous devons dire, en effet, que cette plante était considérée comme propre à fortifier la vue, à guérir le larmoiement, l’ophthalmie, et même la cataracte 1 D'où vient cette croyance qui se conserve encore parmi le peuple? Tout simplement de la ressemblance qu’on a cru trouver entre la fleur de l’Euphraise et l’œil, en raison de la tache jaune qu'elle offre à son milieu.
récolte. — On trouve encore l’Euphraise chez les herboristes, qui la recueillent presque toujours en fleur depuis juillet jusqu’en octobre. Elle est facile à reconnaître, après la dessiccation, à ses petites feuilles dentelées, au milieu desquelles apparaissent encore ses jolies fleurs.
préparations, doses. — Poudre : A à 12 gr. dans une infusion de fenouil ou de verveine. Il faut en continuer l’usage pendant quelques mois pour rétablir la vue (Chomel). Eau distillée : employée en collyre antiophthalmique.
FENOUIL ou ANETH. Ânethum fomiculum, L.
(Fam. Ohbslupères .)
Noms imlg. : Anis doux, Aneth-Fenouil, Fenouil des vignes,
description (pi. xxxvni, 3). — Plante vivace, de t à 2 mètres de hauteur. Racine épaisse, fusiforme, blanchâtre. Tige dressée, flstuleuse, rameuse, lisse et glabre. Feuilles découpées en lanières trèsétroites, à divisions principales opposées, à pétiole embrassant la tige par une membrane large. Fleurs jaunes, petites, en ombelles terminales à nombreux rayons inégaux, dénuées d’involucre et d’involucelles. Corolle à 5 pétales entiers, arrondis, roulés et repliés en dessus; étamines 5, plus longues que les pétales; 2 styles courts. Columelle bipartite; fruits allongés et striés.
propriétés, usages. — Le Fenouil est remarquable par son odeur agréable particulière. On emploie la racine, mais surtout les graines, qui ont une odeur aromatique, forte, une saveur sucrée chaude un peu âcre, comme excitantes, carminatives, emménagogues et apéritives. Ce que nous avons dit des usages de l'Anis (V. ce mot) s’applique entièrement au Fenouil. Nous ajouterons seulement que ce dernier passe pour augmenter la sécrétion laiteuse chez les nourrices. « Nous pourrions citer, dit Bodard, plusieurs exemples de mères qui, manquant de lait, étaient sur le point d’abandonner leur enfant à un lait étranger, et chez lesquelles nous avons rétabli la sécrétion de ce fluide précieux par une infusion théiforme de semences de fenouil édulcorée avec un peu de réglisse verte. » récolte. — Le Fenouil croit en Italie et dans les terrains pierreux du midi de la France; on le cultive dans les jardlDS, les vignes, etc. La racine de Fenouil se récolte en septembre ; elle est allongée, de la grosseur du doigt, et presque sans odeur à l'état sec. Les feuilles restent vertes après la dessiccation ; les semences conservent leur odeur forte et leur saveur piquante.
préparations, doses. — Infusion (semences) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 1 à \ gr. Décoction (racine) : 30 à 60 gr. par kilogr. d’eau. Eau distillée : employée en collyre. Iluile essentielle : S à 6 gouttes.
224 PLANTES MEDICINALES.
« Arnauld de Villeneuve recommande l’usage de la graine de fenouil pour conserver et pour rétablir la vue : Tragus est de ce sentiment. Appliquées sur les tempes des enfants, elles leur procurent du sommeil. » (Chôme!.)
Fenouil puakt [Anethum graneolens). Aneth odorant, Fenouil bâtard. Cette plante a tant d'analogie avec la précédente qu’on la confond très-souvent avec elle. Elle s’en distingue cependant par sa racine grêle et ses feuilles supérieures dont la partie engainante est beaucoup plus courte que la partie qui porte les segments, outre qu’elle n’a pas un demi-mètre de hauteur.
Quant à ses propriétés, ce sont encore celles de l’Anls et du Fenouil, sauf que son odeur est moins agréable. Ses semences sont stomachiques, antiventeuses; on les considère aussi comme propres à augmenter le lait des nourrices; enfin on leur accorde une légère action narcotique qui ne jouerait pas le moindre rôle dans leurs succès contre les coliques, les vomissements, le hoquet. Cette plante ne croit pas en France et n’y est que rarement cultivée et usitée.
FENU-GREC. Trigonella phœnum grcecum, L.
(Fam. Légumineuses; tribu; Papilioiucées.)
<Vom« rvlg. : Trigonelle, Senegré.
Le Fenu grec croit naturellement sur le bord des champs dans le midi de la France ; il est abondamment cultivé dans quelques provinces, en Alsace, par exemple.
description (pl. xxv, 4). — Plante herbacée, annuelle, de 30 cent, environ. Tige simple, dressée, creuse, un peu pubesccnte. Feuilles alternes, pétiolées, trifoliées, munies de stipules subulées; folioles ovales, obtuses, denticulées au sommet, glabres. Fleurs jaunes, sessiles, axillaires, géminées ou solitaires, paraissant en juin et juillet. Calice à 5 dents linéaires; corolle papilionacée, beaucoup plus longue que le calice, comprimée latéralement : étendard obeordiforme, carène très-courte et obtuse. Gousse allongée, grêle, terminée en pointe .
propriétés, usages. — Toute la plante a un peu l’odeur du mélilot et la saveur du pois. Elle est cultivée pour fourrage dans quelques départements. En médecine on n’utilise guère que ses semences, qui fournissent du mucilage en quantité, et qui peuvent remplacer la graine de lin dans les diverses circonstances de son emploi. Elles entraient dans beaucoup de préparations officinales. Leur farine, qui est émolliente et résolutive, était jadis très en vogue pour cata-
plasmes. En Égypte, l’on vend les jeunes pousses comme alimentaires; les Arabes les eonsidèrent comme stomachiques et préservatives de plusieurs maladies.
préparations, eoses. — Semences (décoction) : 30 gr. par 300 gr. d’eau pour tisane (rarement employée). — 60 à 120 gr. par 1000 gr. d’eau pour lotions, lavements, injections. Farine. Quantité voulue en cataplasme.
FIGUIER. Ficus carica, L.
(Fam. UbticïSbs.)
Arbre originaire de l’Orient, que les Phéniciens introduisirent en France, où il est abondamment cultivé, dans le Midi principalement. On n'emploie que le fruit, c’est-à-dire la figue, qui n’est autre chose que le réceptacle devenu charnu et contenant les ovaires transformés en petits akènes, lesquels sont les vrais fruits. (V. 1. 1, p. 134.)
propriétés, usages. — Les figues vertes ont une odeur faible qui leur est propre; leur saveur est douce, sucrée, agréable, lorsqu’elles sont en maturité : c’est un aliment de facile digestion , rarement un médicament.
Le contraire existe pour les figues grasses ou sèches, qui sont moins digestibles, mais qu’on emploie très-souvent en tisane émolliente, béchique, dans les inflammations de poitrine; en gargarisme dans l'esquinancie, les irritations de la gorge; en cataplasme adoucissant, etc.
Toutes les parties tendres du Figuier, lorsqu’elles sont fraîches, renferment un suc laiteux, amer et très-âcre, que les anciens ont employé à l’extérieur contre la lèpre et autres dartres, a Le suc du Figuier peut servir à coaguler le lait; il entre dans la composition de plusieurs encres sympathiques. Lorsqu'on s’en sert pour écrire sur du papier, les caractères s’effacent instantanément, mais ils reparaissent dès que l’on expose le papier sur lequel ils sont tracés à l’action du feu. » Plusieurs grands hommes de l’antiquité ont regardé les figues comme un des aliments les plus propres aux méditations philosophiques.
récolte. — Les figues se font sécher au soleil sur des claies pour être conservées ; les meilleures sont grosses, pesantes, sans odeur, d’une saveur sucrée, recouvertes d’une peau fine et tendre.
préparations, doses. — Décoction : 2 ou 3 figues grasses coupées par tranches pour 500 gr. d’eau; on ajoute souvent des raisins secs,
des jujubes. — On les fait bouillir ordinairement dans du lait pour gargarismes.
F1LIPENDULE. Spirœa füiperuMa, L.
|Fam. Rosacées.]
description (pl. XLvm, 1). — Plante vivace, de 30 à 60 cent. Tige dressée, simple, rameuse supérieurement. Feuilles pinnatiséquées, à folioles alternes, quelquefois opposées, dont chaque côté est incisé et denté inégalement : entre elles en sont d’autres très -petites; stipules dentées. Fleurs blanches ou rougeâtres en dehors, odorantes, disposées en corymbes terminaux. Calice à S divisions, dépourvu de calicule; 5 pétales ovales écartés; nombreuses étamines filiformes; environ 12 carpelles et autant de styles, etc.
propriétés, usages. — On emploie les racines, qui sont composées de libres fines préseutant de distance en distance des renflements charnus, comme des poids qui pendraient à des fils, d'où le nom de Filipendule. Ces tubercules contiennent une fécule amylacée qui les rend nutritifs, et qui procure une ressource aux pauvres daus les temps de disette. A l’état frais, leur odeur rappelle celle de la fleur d’oranger; leur saveur est légèrement amère et astringente à l’état sec. La racine de Filipendule peut donc être employée dans les cas où les astringents sont indiqués, mais on la néglige complètement. Autrefois elle était réputée diurétique et lithontriptique.
récolte. — C’est à la fin de l’automne qu’on recueille les racines de Filipendule, dans les clairières des bois, les coteaux secs et sablonneux, où la plante fleurit en juin-juillet. « On ne trouve dans les boutiques que les cylindres allongés et pointus qui donnent naissance aux fibres auxquelles pendent les tubercules; ceux-ci se rompent en s’arrachant de la terre. »
préparations, doses. — - ZMcoction (racine) : 30à 60 gr. par kilogr. d’eau.
FOUGÈRE FEMELLE (Grande). Pteris aquilina, L.
(Knm. Fougères ; genre Ftéride.)
Nom l'ulg. ; Aigle impérial.
Description (pl. IX, 1). — Ce que nous ajouterions à ce qui a été exposé précédemment (t. I, p. 76 et 77) ne servirait guère au portrait de ce végétal, que l’Atlas donne assez fidèle d’ailleurs.
propriétés, usages. — La racine de cette Fougère a joui d'une grande réputation contre les vers intestinaux, contre le ténia en particulier. Cette réputation est déchue; et cette racine sert tout au plus d’aliment aux cochons dans les contrées peu fertiles et montueuses. Cependant séchée et moulue, elle peut se mêler à la farine de seigle pour faire un pain grossier qui sera encore précieux dans les temps de disette. La plante sert aussi quelquefois de litière. Dans les pays où elle abonde, on la ramasse en tas et on la brûle pour engraisser le sol de ses cendres.
préparations, doses. — La racine de Fougère femelle peut être administrée en poudre dans de l'eau, du miel ou du lait, de 8 à 12 gr. En décoction, on en porte la dose jusqu’à 32 et 64 gr. et même au-delà.
FOUGÈRE FEMELLE (Petite). Aspidium füix fœmina, L.
Cette Fougère n’appartient pas au même genre que la précédente (t. I, p. 76). Comme celle-ci, elle a été préconisée contre les aflections vermineuses.
FOUGÈRE MALE. Nephrodium filix mat, L.
(Fam. Fougères; genre Nèpbrods.)
description (pl. lx, 2). — Plante sans tige, commune dans les lieux ombragés et humides, etc. Souche souterraine, de la grosseur du pouce, noueuse, brune et écailleuse à l’extérieur, blanchâtre en dedans. Feuilles grandes à pétiole court, brun et recouvert d’écailles, hautes d’environ 80 cent., ovales-lancéolées, deux fois ailées; folioles alternes, rapprochées les unes des autres, profondément pinnatifldes, plus longues au milieu et diminuant à l’extrémité de la feuille jusqu’à ne produire qu’une pointe; pinnules de ces folioles nombreuses, dentées, confluentes. Sores arrondis, réniformes, ombiliqués, rassemblés sur deux rangs à la base des pinnules des deux tiers supérieurs de la foliole (1).
propriétés, usages. — La racine de Fougère mâle passe depuis les temps les plus reculés pour vermifuge. On a beaucoup trop
(1) Lea quatre iigurea détachées représentent; 1* une foliole montrant les sores à la bue des pinnules; 2- un sore détaché, grossi; 3* One capsule entière; 4° une autre capsule se rompant et laissant échapper les spores.
exalté ses propriétés, surtout dans le traitement du téna ou ver solitaire. Il y a près de quatre-vingts ans, le gouvernement français acheta d'une dame Noulîer, veuve du chirurgien suisse de ce nom, la connaissance d’un remède secret contre le ver solitaire ; ce remède, qui avait pour base la racine de Fougère, fut abandonné presque dès qu’il fut connu, sans doute parce qu’il ne répondit pas aux espérances qu’on en avait fait concevoir. Le remède de madame NoufJer n'est pas un spécifique certainement. Cependant nous l’avons employé deux fois avec succès. Mais, lors môme qu’il réussirait plus souvent, cela ne prouverait nullement en faveur des propriétés téniafuges de la Fougère mâle, attendu que cette plante y est trop peu active à côté des drastiques qui l’accompagnent. Elle obtient des succès plus certains lorsqu’on l’administre sous forme d’extrait, comme nous le dirons tout à l'heure.
La racine de Fougère mâle a été employée comme apéritive, désobstruante et légèrement astringente : on a été jusqu’à croire qu’elle activait les menstrues, la sécrétion laiteuse, le travail de l’enfantement. — Les feuilles servent à composer des couches pour les enfants rachitiques.
récolte. — On peut arracher la racine en tout temps pour l'employer fraîche (ce qui est préférable), mais il vaut encore mieux la recueillir dans l’été. Avant de la faire sécher, il faut avoir soin de la bien monder. On la trouve dans les boutiques en fragments plus ou moins volumineux, reconnaissables aux grosses écailles imbriquées qui les recouvrent extérieurement, à leur couleur rougeâtre à l’intérieur, etc. Si elle n’a plus de saveur, c’est qu’elle est trop vieille, il faut alors la rejeter.
préparations, doses. — Décoction (racine) : 30 à 45 g r. par kilog. d’eau. Poudre : 8 à 16 gr. en deux ou trois doses. Extrait alcoolique :
1 à 2 gr. en. pilules. Extrait résineux obtenu par l’éther : 50 cent, à 1 gr. en pilules, prises en deux fois, le matin et le soir. Ce remède est très-efficace contre le ver solitaire qu'il tue promptement et expulse doucement. 11 chasse les ascarides sans les faire mourir, tandis qu’il est un poison pour le ténia (Peschier, Libers). Olio-résitie : 30 à 40 gouttes. Cette préparation chasse le bothryocéphale à anneaux larges, et n’a point d'action contre le ténia commun.
Remède de madame Nouffer. Prendre la veille au soir une panade. Le matin 12 gr. de poudre de racine de fougère mâle délayée dans 190 gr. de tisane de fougère; deux heures après un des bols suivants : caloraélas et racine de scammonée, de chaque 50 cent.; gomme
gutte, 30 cent.; confection d'hyacinthe, quantité suffisante; pour 3 bols, dont i pour les enfants, 2 pour les personnes délicates, 3 pour les adultes vigoureux, à un quart d'heure d’intervalle.
FOUGÈRE ROYALE. Osmunda regalis, L.
(Fam. Fougères; genre Osmondk.)
Nom tulg. : Fougère fleurie.
description (pl. xli, 4). — Sa souche ou racine est épaisse, rampante, donnant naissance à des feuilles toutes radicales, grandes, hautes de 50 cent., bipinnées, à divisions opposées; folioles stériles allongées, alternes, étroites, ovales-obtuses, glabres, pétiolulées, marquées sur leur face inférieure de nervures assez apparentes (t) ; folioles fructifères disposées en panicule terminale, couvertes dans toute leur étendue par les sporanges rapprochés en groupes arrondis (2) (juin-septembre).
propriétés. L’Ostnonde ou Fougère royale a été estimée vulnéraire, astringente, diurétique, efficace pour les hernies, les chutes, les blessures, la pierre, etc. Mais ces propriétés, signalées dans l’antiquité, sont tout aussi imaginaires que celles de la Lunaire (O. lu~ naria), qui, au temps d’Hermès, passait pour avoir des rapports avec la lune, à cause de la forme de ses folioles en croissant, et pour produire des effets merveilleux. Cependant le docteur Aubert, de Genève, a publié, en 1813, un mémoire sur l’efficacité de l’extrait de racine d’Osmonde dans le carreau, l’engorgement des ganglions lymphatiques chez les enfants rachitiques; mais, le croiraitron? plus récemment, Heidenreich a cherché à réhabiliter l’usage de cette plante dans le traitement des hernies.
préparations, doses. — Décoction (racine) : 30 à 45 gr. par kilog. d'eau contre le rachitisme (Allioni). Extrait : 8 à 16 gr. chaque jour pendant deux ou trois mois, en plusieurs fois, délayé dans du lait, contre le rachitisme (Aubert).
Pour guérir les hernies, faire digérer pendant huit jours 8 gr. de racine concassée dans 500 gr. de vin; boire le produit de cette digestion en deux fois dans la même journée; en même temps prendre deux fois le jour une cuillerée & café de la plante en poudre, et appliquer sur la tumeur herniaire des compresses imbibées de la décoction (Heidenreich). Ce médecin rapporte 50 cas de hernies simples
(1) Qui do se voient pas sur le dessin.
(2) On a figuré un sporange grossi laissant éohappor les spores.
guéries radicalement à l’aide de cette médication. ( Joum . de chim. médic., 2* série, 1842.)
Les gens de la campagne font coucher leurs enfants noués sur des paillasses laites avec des feuilles de Fougère.
FRAISIER. Fragaria veeca, L.
(Fam. Rosacées.)
A 'om tulg. : Fraisier des bois.
Les caractères de la famille et ceux du genre auxquels cette plante appartient et que nous avons indiqués ailleurs, nous dispensent de nous étendre davantage sur sa description. On en cultive un grand nombre de variétés dans les jardins; mais elle croit spontanément à l’état sauvage dans les forêts, où l’on va le plus souvent arracher sa racine vivace, soit pendant l’hiver pour la conserver, soit pendant toute l’année pour l’employer de suite. Elle fleurit au printemps et pendant toute la belle saison.
Les réceptacles des semences ( Fraises ) ont une saveur et un parfum délicieux, mais ne conviennent qu’aux estomacs qui digèrent avec facilité : ils sont adoucissants, tempérants, étant surtout écrasés dans l’eau sous forme de limonade. Linné déclare, d'après son expérience personnelle, que l'usage des fraises prévient les attaques de goutte, dissipe les concrétions tophacées produites par cette ailection dans les articulations; suivant d'autres, elles guériraient les maladies calculeuses, les obstructions du foie, la phthisie, la manie elle-même ; mais il y a exagération ou défaut d’observation rigoureuse dans ces faits.
Les feuilles et les racines du Fraisier sont réputées astringentes, et on les emploie en décoction dans les diarrhées chroniques, les dyssenteries, et pour gargarismes.
FRAMBOISIER. Rubus idœus, L.
(Fam. Rosacées; genre Ronce.)
Cette Ronce (V. ce mot) était très -commune autrefois sur le mont Ida. Elle est vivace, mais les fruits ne sont fournis que par les tiges jeunes, qui se reproduisent d’elles-mêmes d’année en année.
Les feuilles du Framboisier sont inodores, légèrement styptiques. On les emploie comme détersives. On sait qu’elles sont, comme les jeunes pousses, avidement broutées par les chèvres.
Quant aux fruits (framboises ), elles participent des propriétés des fruits rouges, tels que cerises, groseilles, etc., et surtout de celles des fraises. Pourtant il serait imprudent de les manger en grande quantité, comme on le fait pour ces derniers, vu qu’elles déterminent des coliques et de la diarrhée. On en fait des confitures, des gelées, dos conserves, des glaces. Elles forment la base d’un très-bon sirop, parfument celui de vinaigre, le vin, etc,
FRAX1NELLE. Dictamnus albut, L.
jFam. RpTAcéltj genre Dictave.)
Nom 3 mlg. : Dietaino blanc, Fraxinelle d’Europe.
description (pl. xxin, 3). — Plante vivace, à liges simples, cylindriques, de '45 à 60cent.de hauteur; à feuilles alternes, trèslongues, imparipinnées, dont les folioles sont sessiles, ovales-aiguôs, denticulées. Fleurs blanches ou rouges, grandes, pédonculées, formant de longs épis. Calice étalé, petit, caduc, profondément divisé en 5 lanières lancéolées; corolle de 5 pétales inégaux dont 4 supérieurs dressés et i inférieur ; 10 étamines déclinées; style et stigmate simples. Fruit quinquéloculaire à S côtes saillantes.
propriétés, usages. — Toute la plante répand une odeur aromatique très-prononcée, due à une huile volatile sécrétée par une multitude ;de petites glandes qui couvrent la partie supérieure de la tige, le calice et la corolle. Dans les grandes chaleurs de l’été, l’huile volatile qui s’échappe de la plante forme autour d’elle une atmosphère que l'on peut enflammer en y (plongeant une bougie allumée.
Les fleurs ont une odeur forte, citronnée, que répandent aussi les feuilles lorsqu’on les écrase ; la racine, à l’état frais, exhale une odeur de bouc : elle est amère, âpre et aromatique. 'On emploie l’écorce de cette dernière, mais ses propriétés thérapeutiques étant appréciées d’une manière très-diflérente par les divers expérimentateurs, elle est tombée dans l’oubli. Storck l’a vantée dan» les fièvres intermittentes, l’hystérie, l’épilepsie ; ceux-ci dans les scrofules, le scorbut, la peste; d’autres, dans les dyspepsies atoniques, etc. En définitive, cette plante est tonique-stimulante, et peut être utile dans les cas où sont indiqués les stomachiques et les cordiaux.
La Fraxinelle croit dans les bois élevés du midi de l’Europe et de la France; on la cultive dans beaucoup de jardins pour la beauté de ses fleurs.
PLANTES MEDICINALES.
récolte. — L’écorce de la racine vient des départements ou des contrées qui produisent naturellement la plante, et où on la recueille au printemps et à l’automne. Cette écorce, sèche, est assez épaisse, roulée sur elle-même, blanchâtre, d’une odeur et d’une saveur plus prononcées que la partie ligneuse.
On entend par racine de Dictame la racine de la Fraxinelle, et par feuilles de Dictame, celles du Dictame de Crète.
préparations, boses. — Infusion (écorce de la racine) : 8 à 16 gr. par kilog d’eau, foudre : 4 à 8 gr. Teinture (alcool, 600 gr.; racine, 60 gr.) ; à prendre par cueillerées (Storck).
FRÊNE. Fraxinus excelsior. L.
(Fam. Jàssiinées; tribu : Lilmcées.)
description. — Arbre des plus élevés de nos forêts. Tronc droit, élancé, très-uni. Feuilles ailées avec impaire, 12 à 13 folioles, glabres, dentées, bourgeons courts, noirâtres. ( Fleurs polygames, les unes mâles, stériles; d’autres hermaphrodites, dépourvues de calice et de corolle; 2 à 6 étamines, 1 style, 1 ou 2 stigmates. Fruit caractéristique, capsule allongée, comprimée, indéhiscente, terminée par une aile membraneuse.
propriétés, usages. — L’écorce, les feuilles, les semences et le suc qui découle ont été usités en médecine. L’écorce 'est inodore, mais d'une saveur amère et austère. Analogue à celle du quinquina par ses qualités physiques, elle s’en rapproche encore par ses propriétés médicales; elle était regardée comme un puissant fébrifuge avant la découverte du Nouveau-Monde. D’après une observation de Martin Solon, l'écorce de la racine serait à la fois émétique et purgative.
11 est inutile de discuter la valeur des assertions des auteurs sur les prétendues propriétés du Frêne dans la goutte, les hémorrhagies, les dyssenteries, les obstructions, les vers, les pâles couleurs, les scrofules, la syphilis, etc. : l’incrédulité naît précisément de tant d’éloges.
. Les feuilles de Frêne sont amères et légèrement acerbes; vertes, elles seraient, d’après les expériences de Tablet, un purgatif aussi sûr que le sont celles du séné, pourvu qu’on en donne une dose triple. Dans ces derniers temps on a exalté leurs propriétés antirhumatismales. Le docteur Deilis raconte qu’étant atteint depuis quatre ans d’un rhumatisme au genou et à l’épaule, causant des douleurs
violentes, surtout pendant la nuit, il a été débarrassé de ces douleurs après quinze jours de l’usage de la décoction de feuilles de frêne. Une foule d’autres rhumatisants n’ont eu, comme lui, qu’à se louer de cette médication.
Ues semences du Frêne ont été regardées, avec trop de complaisance bien certainement, comme diurétiques, hydragogues, lithontriptiques, aphrodisiaques, et même comme propres à rendre les femmes fécondes !
La manne est le suc concrété en grains de plusieurs espèces de Frêne, spécialement du Fraxinus ornus, du F. r otundifolia, et du F. parvifolia , qui croissent dans les contrées méridionales de l'Europe. Beaucoup d'autres arbres tels que le prunier, le cerisier, le saule, fournissent une substance semblable dans les pays chauds. La manne des Israélites ne fut qu’une substance semblable, exhalée et concrétée à la surface des feuilles de certains végétaux où l'on pouvait la recueillir le matin avant que la chaleur du soleil l’eût liquéfiée et évaporée.
Un 'mot maintenant sur les usages du Frêne dans les arts mécaniques et en économie domestique. Les charrons, les menufsiers, les ébénistes en emploient le bois à cause de sa solidité, de sa durée et de son beau poli. Les feuilles sont broutées avec avidité par les chevaux, les bœufs, les chèvres et les moutons. On sait que les cantharides en font leur nourriture favorite, et que c’est sur le Frêne qu’on récolte ces insectes si utiles à la matière médicale. On prétend que les feuilles de Frêne détériorent le lait des animaux qui les mangent. Les émanations de cet arbre, qui croît rapidement dans les vallées humides, passent pour exercer une action délétère sur tous les végétaux qui l’entourent, lesquels, en eflet, languissent sous son ombrage.
FRérARATioxs, doses. — Poudre (écorce) : 8 à 24 gr. comme fébrifuge. On répète cette dose 2 à 4 fois par jour, dans l’intervalle des accès et pendant plusieurs jours de suite. Décoction : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau.
Le docteur Deffis indique la manière de faire suivantepour guérir le rhumatisme : « Les feuilles de Frêne doivent être cueillies lorsqu’elles laissent suinter une espèce de gomme visqueuse (selon les climats c’est au mois de mai ou de juin). On fait sécher ces feuilles à l’ombre; on en prend 32 gr. qu’on lait bouillir dans un litre d’eau pendant un quart d’heure. On ajoute ensuite une pincée de menthe poivrée. On boit un verre de cette tisane, sucrée ou
non, matin et soir, voilà tout. L'usage doit durer pendant 20 jours ou un mois. »