‹ Traitè des plantes mèdicinales indigènes prècèdè d'un cours de botaniqueChapitre 36 sur 50 · FROMENT OU BLÉ · texte numérisé non relu

FROMENT OU BLÉ

(Voir à la page 126, où cet article est fait, et où il serait à sa place si le mot Blé avait été mis avant Froment.

FUMETERRE. Fumaria oflicinalit, L.

(Fam. Fbhabiacéïs.

Nom vulg. : Fiel-de* terre.

description (pl. xlv, 6). Plante herbacée, annuelle, haute, à tiges rameuses, grêles, couchées, anguleuses. Feuilles alternes, pétiolées, bi ou tripinnatiséquées, à folioles ailées, obovales. Fleurs ordinairement purpurines ou d’un bleu rougeâtre, nombreuses et petites, disposées en grappes terminales assez lâches. Calice à 2 sépales ovales-lancéolés, n’atteignant pas la moitié de la longueur de la corolle ; 4 pétales, le supérieur terminé à la base en éperon court et recourbé ; les inférieurs cohérents au sommet, présentant une aile membraneuse et des épaississements latéraux ; étamines 6 hypogynes, réunies en 2 faisceaux ; ovaire libre, uniloculaire, à style filiforme arqué, caduc. A kéne globuleux, glabre, monosperme.

propriétés, usages. — La Fumeterre est sans odeur, mais douée d’une saveur amère et très-prononcée, qui augmente encore par la dessiccation. Elle contient de la fumarine, de l’extractif, de la résine et un acide cristallisable (Preschier). C'est une des plantes indigènes les plus recommandables, et qui possède des propriétés toniques, fondantes, dépuratives et vermifuges. On l’emploie dans l’atonie générale, l’ictère, les obstructions, l’hypochondrie, la goutte, les dartres, les scrofules. Le suc des .feuilles fraîches peut remplacer celui du trèfle d’eau ou renforcer son action dans les affections scorbutiques. Les maladies chroniques de la peau sont les affections contre lesquelles la Fumeterre parait agir avec le plus d’utilité.

récolte. On récolte la Fumeterre au mois de juin, lorsqu’elle a beaucoup de feuilles et qu’il n’y a que peu de fleurs ouvertes. On la soumet à une dessiccation prompte. Les lieux où elle croit naturellement sont les champs, les vignes, les terres cultivées, les jardins.

préparations, doses. — Infusion : 8 à 15 gr. par kilog. d’eau. Décoction : 6 à 12 gr. par kilog. d'eau ou de lait. «Suc exprimé : 30 à

120 gr., seul ou môlé au petit-lait. C'est la préparation la meilleure, la plus certaine dans ses effets. "Extrait : I à 6 gr. en pilules. Sirop ; 30 à 90 gr. en potion ou tisane.

La Fuheterre bulbeuse ( Fumaria bulbosa) (pl. xxn, 3) diffère de l’officinale par sa tige simple de 12 à 13 cent.; ses feuilles composées à folioles assez larges, incisées, lobées, obtuses; ses fleurs plus grandes, munies d’un éperon plus allongé et de bractées; sa racine bulbeuse, composée d'un tubercule creux ou solide; l’époque de sa floraison (février-avril). Cette espèce n’a que des propriétés fort douteuses et est sans usage en médecine. Toutefois sa racine fournit de l'amidon et peut concourir à la nourriture de l’homme en temps de disette.

GALÉGA. Galéga officinalis, L.

(Fam. Léguminbuses; tribu : Papilionackes.)

Non u tut j. : Lavanèae, Rue de chèvre.

Description (pL xl vi, 1). — TIante vivace, herbacée, haute de 1 mètre à 1 mètre 30 cent. Tiges dressées, rameuses. Feuilles imparipinnées à folioles nombreuses. Fleurs blanches, rosées ou bleuâtres, disposées en grappes axillaires longuement pédonculées (juin-juillet).

propriétés. — Le Galéga est inodore, sauf ses fleurs dont l’odeur est agréable mais faible; il est insipide, sauf ses feuilles qui ont un peu d'amertume. Cette plante a joui autrefois d’une certaine réputation contre des maladies graves et opposées de nature; aujourd’hui elle est complélement abandonnée. Si l'on veut en essayer l’emploi, il tout l’aller chercher dans les bois et les prés, où d’ailleurs elle est peu commune.

GARANCE. Rubia tinctorum , L.

(Fam. RuBiAciBS.)

description (pl. xxx, 4). — Racines longues, articulées, rampantes, rougeâtres. Tiges noueuses, tétragones, faibles, hérissées de petites pointes sur leurs angles. Feuilles sessiles, lancéolées, verticillées par 4 ou 6, hérissées sur leurs nervures. Fleurs petites, jaunâtres, en panicules axillaires et terminales. Baies noirâtres, petites.

propriétés, usages. — La racine de Garance est précieuse, mais dans l’art de la teinture. Les anciens auteurs se complurent à la gratifier de toutes sortes de vertus médicamenteuses; mais leur

imagination fit tous les frais de sa renommée. Cependant cette racine fait partie des b racines apéritives majeures.

L’action la plus remarquable de la Garance sur l’économie animale consiste en ce qu’elle colore les os en rouge. C'est en 1756 que fut découverte cette singulière propriété par Mizauld; depuis, les physiologistes ont mille fois répété des expériences pour éclairer un point de biologie, la formation de la charpente osseuse. Pénétrant si profondément dans les parties solides, la Garance a dû être considérée comme efficace pour guérir le rachitisme, les scrofules; mais il n'en est rien.

On sait le parti que tire de la Garance l’art de la teinture. C’est en vue de ces usages qu'elle est cultivée en grand, depuis les temps les plus anciens. Mais cette plante est encore utile sous d’autres rapports : ses tiges et ses feuilles sont employées pour polir les métaux; elles donnent surtout beaucoup de brillant aux vases d’étain. L’herbe fauchée en septembre fournit un excellent fourrage : elle imprime bien une teinte rouge&tre au lait des bestiaux, mais ce liquide n’en est nullement altéré dans ses propriétés chimiques et alimentaires.

r réparations, DOSES. — La racine de Garance a été administrée en substance à la dose de 2 à i gr., et de 8 à 32 gr. en décoction.

GAROU. Daphné gnidium, L.

(Fam. Daphnacées.)

Nimt nlg. ; Sain-Boia, Bois d’oreille,

description (pi. lix, 2). — Arbuste élégant. Tige de 70 cent, à i mètre, rameuse presque à la base. Feuilles nombreuses, éparses, lancéolées, atténuées dès la base, presque mucronées au sommet, lisses et glabres. Fleurs blanchâtres, petites, rassemblées en paquets et soutenues par un pédoncule commun, formant une panicule à l’extrémité des rameaux. Du reste, mêmes caractères quedans le mézéréon. Baies peu charnues, de couleur rouge.

propriétés, usages. — La plante est inodore, ses fleurs ont un parfum doux et agréable, mais toutes les partiesdu végétal et surtout l’écorce sont douées d’une excessive âcreté.

Cette écorce est employée comme rubéfiante et vésicante dans tous les cas où sont indiqués les révulsifs cutanés, elle peut suppléer jusqu’à un certain point les cantharides. Dans quelques provinces on en introduit une petite portion à travers le lobe de l’oreille, afin d’y

déterminer une excitation de suppuration et dérivative, favorable dans les maux d’yeux, les gourmes, les accidents de la dentition et autres affections. Mais c’est principalement pour l’entretien des vésicatoires, sous forme de pommade, qu'on la met en usage.

L’écorce de Garou a été employée à l’intérieur par les anciens et quelques modernes, tels que Russel, Wright, Swediaur, etc., pour guérir les dartres anciennes, les engorgements squirrheux, les syphilides, etc.; outre que son administration réclame une grande surveillance, l’expérience n’a pas prononcé sur son utilité, que nous regardons comme plus douteuse encore que celle du mézéréon.

Loiseleur-Deslongchamps a expérimenté les feuilles, qu’il a trouvées douées d’une vertu purgative assez marquée. Il les a administrées aussi contre les maladies cutanées, soit seules, soit conjointement avec d'autres moyens.

Les anciens se servaient des baies pour se purger. Ces haies ne sont pas moins vénéneuses que l’écorce. « Funestes à la plupart des animaux, les oiseaux s’en nourrissent sans inconvénient. Les perdrix en particulier les aiment beaucoup, et leur chair n’en acquiert aucune qualité nuisible. »

récolte. — Le Garou croit dans les lieux secs et arides des contrées méridionales de la France, où il fleurit en juillet-août. On le cultive dans beaucoup de jardins; mais dans le Nord il a besoin de l’orangerie. C’est au printemps et à l’automne qu’on recueille l’écorce du Garou; elle nous est envoyée du Midi et se trouve dans le commerce en fragments plus ou moins longs, rougeâtres à l’extérieur, grisâtres en dedans, oflrant dans le sens des ûbres des filaments soyeux et brillants. Le temps semble ne diminuer en rien sa causticité. Mérat et Delens disent qu’un très-petit morceau pris sur une branche de végétal, conservé depuis plus de dix ans dans leur herbier, leur a brûlé la bouche jusqu'au lendemain.

préfarations, doses. — À l' extérieur : a. Pour opérer une vésication avec le Garou, on prend l’écorce telle qu’on la trouve dans le commerce; on en coupe un morceau de la longueur que l’on désire ; on la met tremper une heure dans l’eau ou le vinaigre, puis on l’applique par sa face interne (l’externe a plus de force si on ôte l’épiderme), en la recouvrant d’un peu de sparadrap qui la fixe et d’une bande de toile. Au bout de vingt-quatre heures, la peau a rougi, on sent de la cuisson et de la chaleur, mais la vésicule n’est bien formée qu’après quarante-huit heures... On voit, à la lenteur de l’action de cette écorce, qu’elle ne peut servir d’épispastique que

dans les cas non urgents. On l'accuse parfois d’être très-douloureuse, de causer des ulcères profonds, ce qui tient à ce que quelques personnes laissent à chaque pansement l’écorce ou en remettent de nouvelle : méthode blâmable et à rejeter. » (Mérat et Delens.)

On prépare la pommade au Garou par l’infusion de l’écorce dans de l’huile à laquelle on ajoute de la cire, ou dans de l’axonge. Celle qui se fait en mêlant 2 gr. de poudre de cette écorce dans 15 gr. d’onguent suppuratif (Leroy), ou 4 gr. dans 30 d’axonge (Morellot), est moins bonne en ce que la poudre est une cause d’irritation sur une plaie. La pommade au Garou convient mieux que celle dans laquelle entrent les cantharides pour panser les vésicatoires, surtout chez les personnes irritables, nerveuses ou sanguines, dont les plaies s'enflamment facilement; mais sa préparation demandant beaucoup de soins, peu de pharmacies en sont pourvues ou la délivrent bien fraîche, autre condition de sa bonne qualité.

A l’inUrieur (en décoction) : 15 à 30 gr. de feuilles pour 500 gr. d’eau. Purgatif, altérant. — 8 gr. de la racine dans 1500 gr. d’eau réduits à 1 kil., à prendre dans les vingt-quatre heures, chaque jour, contre les dartres, les syphilides, etc.

GENET A BALAI. Genista scoparia, L.

(Ftua. LscoaiNEUSEs i tribu : Papiliohacées.)

description. — Sous-arbrisseau de 1 à 2 mètres, très-rameux, à rameaux dressés, effilés, glabres, munis de feuilles ovales, pubescentes, les supérieures très-petites et sessiles, les inférieures plus grandes, pétlolées et trifoliées. Fleurs jaunes, grandes, axillaires, Bolitaires, rapprochées en grappes terminales. Calice à 2 lèvres courtes ; corolle à étendard suborbiculaire, réfléchi, dépassant les ailes et la carène; étamines 10, monadelphes. Légume comprimé, velu-hérissé sur les bords, contenant 8-12 semences.

propriétés, usages. — Le Genêt à balai a peu de saveur et d’odeur; les jeunes pousses sont amères. Cette plante est diurétique et purgative; ses semences seraient émétiques, suivant Peyrilhe. Elle était surtout conseillée dans l’hydropisie ; comme elle purge plus sûrement qu’elle n’augmente la sécrétion urinaire, les avantages qu’elle a procurés doivent être rapportés à son action dérivative, qui la fait réussir aussi contre les dartres, l'albuminurie, et d’autres maladies encore.

A l’extérieur on peut appliquer, comme résolutif, les branches

tendres, les fleurs et les gousses en décoction ou en cataplasme sur les tumeurs scroluleuses, les abcès froids. Levret considérait comme un puissant résolutif la lessive de cendres de genêt ou de sarment, qu’il employait en fomentations et en douches, pour dissiper les engorgements lymphatiques et laiteux des mamelles. M. Cazin dit avoir retiré des avantages marqués de ce moyen dans tous les cas où les bains et les douches alcalins sont indiqués.

récolte. — Le Genêt à balai croit abondamment dans le3 bois et les pâturages secs; c’est là qu'on peut, aux mois de mai et juin, aller cueillir ses jeunes pousses pour les sécher et les conserver. La dessiccation ne change que la couleur des fleurs, qui se perd un peu. Autrefois on employait toutes les parties de la plante.

préparations, doses. — Décoction (fleurs et herbe) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. — Voici une tisane composée : sommités fraîches de genêt, 15 gr.; baies de genièvre, 15; racine de pissenlit, 13; eau, 750. Faites réduire par l’ébullition à 500 gr. ; passez et édulcorez. « 15 à 20 gr. de fleurs sèches de Genêt bien conservées, infusés dans un demi-litre d’eau, voilà (dit M. Bouchardat) une préparation employée par M. Royer, et qui m’a rendu des services dans quelques cas d'albuminurie. » (Ann. de thérap.)

Infusion (semences en poudre) : 2 à 4 gr. dans un verre de vin blanc pendant une nuit ; elle agit comme diurétique, purgative ou éméto-cathartique, selon la do3e administrée.

Vin (cendre de genêt) : 30 à43gr. en infusion àfroid dans 1 kilog . de vin blanc ou de bon cidre. — On en donne 60 à 90 gr. 2 ou 3 fois par jour comme diurétique.

a La lessive de cendres de Genêt (30 à 43 gr. par kilog. d’eau) se prend par verrées dans l’hydropisie, la gravelle sans irritation phlegmasique des reins, l'albuminurie, les engorgements viscéraux, dans tous les cas, en un mot, où le bi-carbonate de potasse est indiqué. » (Cazin.)

Scoparine. On donne ce nom au principe diurétique actif du Genêt. La dose est de 25 à 30 cent, pour les adultes. Son action diurétique commence à se montrer 12 heures après l’ingestion, et la quantité d’urine est alors doublée.

Le Genêt des teinturiers (Genùta tinctoria) ressemble beaucoup au précédent par ses caractères physiques et médicamenteux. Ses fleurs sont également jaunes, mais en épis droits plus garnis et terminaux, s’épanouissant d’ailleurs un peu plus tard ; ses rameaux

sont droits, striés, muais de feuilles alternes, lancéolées, éparses. C'est de cette variété que Peyrilhe a fait l'histoire, en n'indiquant le Genêt à balai que pour la suppléer.

Le Genêt griot ( Spartium purgans), qui appartient à un autre genre très-voisin, se trouve dans les départements du Midi ; il est formé de tiges dressées très-rameuses, à rameaux presque nus, les plus Jeunes soyeux; feuilles alternes, petites, lancéolées; fleurs jaunes, latérales et solitaires. Cet arbuste jouit de propriétés purgatives plus prononcées que les deux précédents, mais n’est pas employé.

GENEVRIER. Juniperus commuais, L.

(Fam. Crucifère».)

Ko nu rulg. : Genièvre, Potron, Pétrot.

description (pi. xlvu, 4).— Arbrisseau de 1 à 2 mètres, très-rameux-diffus, à écorce rugueuse et rougeâtre. Feuilles verticillées par 3, linéaires, subulées, piquantes, glabres, toujours vertes. Fleurs dioïques, en petits chatons axillaires solitaires, ovales ; chatons mâles formés de 3 verticilles à 3 écailles chacun, avec une fleur au-dessous de chaque écaille et une terminale ; chaque fleur composée de 3-4 anthères sessiles. Fleurs femelles en chatons plus petits, arrondis, composés de 3 écailles concaves soudées dans leur partie inférieure, et portant ordinairement chacune à sa base un ovule dressé, atténué en un col ouvert au sommet. Fruit globuleux, charnu, formé par l’involucre accru, noir, de la grosseur d’un pois, renfermant 3 petits noyaux triangulaires.

propriétés, usages. — Le Genévrier occupe un rang fort distingué dans la matière médicale indigène; on utilise ses fruits, ses sommités, sa résine et son bois. — Les baies de Genièvre ont une saveur aromatique, résineuse, amère, chaude ; on les emploie: !• comme stimulantes-toniques, stomachiques dans les affections scorbutiques et cachectiques, les débilités de l’estomac, les engorgements des viscères abdominaux ; 2* comme modificateur des sécrétions muqueuses, dans la leucorrhée, la blennorrhagie, le catarrhe de vessie, etc.; 3* comme diurétiques surtout, dans les hydropisies, les calculs, la gravelle, etc. Demangeon a publié, en 1806, deux observations constatant l'efficacité de ces baies sur l’appareil urinaire : il s’agissait de deux enfants, l’un de 18 mois, l'autre de 3 ans, qui.

affectés de la pierre, rendirent de petites concrétions après deux ou trois jours de l’usage d’une infusion d'une poignée de ces baies fraîches dans une pinte de décoction d’orge. « J’ai vu, dit M. Cazin, des leucorrhées anciennes avec débilité des voies digestives, traitées inutilement par divers moyens, céder à l’usage d’une forte infusion aqueuse ou vineuse de baies de genévrier, dont les propriétés me semblent, au reste, tout à fait semblables à celles de la térébenthine et des autres résines. J’associe souvent à ce médicament la racine d’aunée et celle d’angélique. Dans les hydropisies, les engorgements viscéraux et les cachexies qui suivent ou accompagnent les fièvres intermittentes, je l’emploie seul, ou môlé avec la gentiane, la bryone, l’absinthe, la petite-centaurée, l’eupatoire d’Avicenne, la calcltrape ou la digitale , selon les indications et l’état du malade. »

On obtient, par la distillation des baies, une huile essentielle ayant beaucoup de rapport avec l’essence de térébenthine, et dont on met ÿ -20 gouttes dans une potion diurétique comme emménagogue ou carminatif. — Dans le Nord on distille ces baies préalablement fermentées, pour obtenir une liqueur alcoolique d’une saveur et d’une odeur aromatique prononcées, dont le peuple peu aisé fait usage. — L’emploi extérieur est usité dans plusieurs cas. Les fumigations de baies sont efficaces pour combattre l’atonie générale, les hydropisies consécutives aux fièvres éruptives. On imprègne des flanelles de leur vapeur pour en faire des frictions stimulantes, toniques, en lotions. La décoction est réputée résolutive, détersive, dans les engorgements froids, œdémateux, les ulcères atoniques et scorbutiques.

Ce que nous venons de dire des baies peut s’appliquer aux sommités, qui exhalent, ainsi que l’arbre tout entier, une odeur aromatique, résineuse, plus prononcée encore lorsqu’on les brûle, ce qui les a fait employer pour parfumer les lieux insalubres.

Le bois de Genévrier est sudorifique ; on l’a vanté comme pouvan t remplacer le gayac dans la syphilis, le rhumatisme, la goutte, les maladies de la peau, etc. Ses tendres, infusées dans du vin blanc, fournissent une boisson très-diurétique qui, dit-on, a fait disparaître des anasarques rebelles aux moyens ordinaires.

La sandaraqueesi la résine qui découle du tronc du Genévrier auquel On a pratiqué des incisions, mais plutôt du thuya, autre arbre de la même famille. Dissoute dans l’esprit-de-vin, la résine sandaraque donne un vernis blanc et très-brillant d’un très-grand usage dans

les arts. On l’emploie en poudre dans les bureaux pour donner plus de consistance au papier que l’on a gratté.

récolte. — Le Genévrier, qui a l’aspect d’un buisson touffu, sauvage, habite de préférence les terrains arides et pierreux, les collines, le revers des montagnes. « Ses fruits restent verts pendant deux ans; ce n’est qu’à la troisième année qu’ils mûrissent et deviennent d’un brun noirâtre. C'est à cause de la lenteur de leur maturité qu’on voit constamment sur les genévriers des fruits verts et des mûrs. La récolte de ces fruits se fait dans les mois d’octobre et de novembre ; on les sèche facilement en les étendant clair-semés dans un grenier et les remuant souvent. On doit choisir les graines de genièvre grasses, bien nourries, noires, luisantes, pesantes, d’un goût sucré et un peu âcre. Elles doivent être aussi récentes que possible, parce qu’il est prouvé qu’avec le temps elles perdent leur arôme et leurs vertus. » (Cazin.)

préparations, doses. — Infusion (baies) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. — Cette boisson communique à l’urine une odeur de violette, preuve de son action sur les reins. Extrait (baies récentes, 1 ; eau, 4} : 1 à 2 gr. en pilules. Baies entières : les paysans en avalent souvent t S ou 20 pour favoriser la digestion et la sécrétion urinaire. En Suède, on en prépare une espèce de bière qui passe pour jouir de propriétés antiscorbutiques. — Chomel a vanté contre la teigne un onguent préparé avec ces baies bien pilées et de la graisse. — On fait des frictions contre ia gale avec la poudre de ces baies et les fleurs de soufre.

Décoction (bois ou copeaux) : 60 gr. par kilog. d’eau, comme sudorifique. — On s’en est servi aussi à l’extérieur pour déterger les ulcères sordides.

Infusion (cendres du bois) : 150 gr. dans t kilog. de vin blanc, comme puissant diurétique.

Fumigations : on met des baies entières ou réduites en poudre sur des charbons ardents ; on imprègne de la vapeur soit une flanelle avec laquelle on fait des frictions, soit les draps du lit au moyen de la bassinoire.

Le Genièvre oxycèdre (Juniperus oxycedrus) ou Cade, qui croit dans le midi de l’Europe, en Sibérie, etc., nous intéresse en ce qu'il fournit le produit appelé huile de cade, très -utile en médecine.

C’est un liquide oléagineux, brunâtre, d'une odeur goudronneuse et d’une saveur âcre, que l’on retire du Juniperus oxycedrus, en

brûlant le bois dans un fourneau sans courant d'air, comme pour le goudron. Celte huile, qu'on emploie surtout dans la médecine vétérinaire, a été pour M. Serre, d'Alais, l’objet d'expérimentations dans la thérapeutique humaine. C'est principalement dans les maladies de la peau et l'ophthalmie scrofuleuse que ce médecin en a essayé l'emploi. Selon lui, la gale récente cède à trois ou quatre onctions avec l’huile de cade ; si elle est ancienne, elle en réclame davantage, mais elle guérit non moins sûrement. Les dartres les plus rebelles n'auraieqt pas de remède plus efficace que ces mêmes onctions, lesquelles, faites tous les deux jours’ pendant six semaines, ont réussi contre une dartre lichénoïde rebelle jusque-là à tous les moyens employés.

Toutefois c’est dans l’ophthalmie scrofuleuse que M. Serre dit avoir obtenu les plus beaux résultats : il applique de cette huile pure sur la paupière inférieure tous les deux jours. 11 lui a suffi, cher les enfants, de faire des onctions sur le front, les tempes, les pommettes, ou bien encore sur les paupières, sans toucher à leur bord libre.

GENTIANE. Gentiana lutea, L.

(Fam. Grntunèbs. )

Nom» cuiy. : Grande -Gentiane, Gentiane jaune.

description (pl. xxxiv, 1). — Plante vivace, de la hauteur d’un mètre environ. Tige droite, simple, arrondie.» Feuilles opposées, ovales, aiguës, entières, embrassantes, à 5-7 nervures longitudinales saillantes; les inférieures plus grandes, pétiolées, plisefles en long et nervurées, d’un beau vert. Fleun jaunes, grandes, nombreuses, axillaires et comme verticillées, formant une sorte d’épi au haut de la plante. Calice à 5 divisions pointues, fendu d’un côté jusqu’à la base ; corolle presque rotacée, régulière, à 5 divisions profondes, étroites, lancéolées; 5 étamines, attachées à la base de chaque division et plus courtes qu’elles; anthères oblongues; ovaire allongé, uniloculaire, style à 2 stygmates. Capsule aplatie, membraneuse sur les bords, uniloculaire, plurisperme.

propriétés, usages. — La Gentiane a une odeur faible, une saveur très-amère. Elle est sans contredit l’un de nos plus précieux médicaments indigènes, tant à cause de ses propriétés toniques que de la facilité avec laquelle on se la procure. C’est la racine qH’on met en usage, et cela sous différentes formes et dans diverses affections dépendantes de la faiblesse générale, de la prédominance du

système lymphatique, de l’atonie du canal intestinal. Les dyspepsies, les flatuosités, les diarrhées séreuses, la chlorose, les affections scrofuleuses et scorbutiques, etc., sont depuis longtemps combattues par ce remède.

Avant la découverte du quinquina, la racine de Gentiane occupait le premier rang parmi les fébrifuges. Ses propriétés antipériodiques, si vantées par Willis, Chomel, Percival, Alibert, Franck, etc., sont contestées par les auteurs modernes; mais nous dirons, avec le docteur Roques, qu'elles dépendent beaucoup du sol où la plante a été recueillie ; que celle qui croit dans les montagnes, et surtout dans les Alpes, est douée d’une action plus marquée, plus énergique.

Haller la considère comme très-précieuse dans les afkctions goutteuses. « Ce n’est pas, disent MM. Trousseau et Pidoux, que la Gentiane puisse rien contre la goutte elle-même, mais elle est singulièrement propre à ranimer les fonctions digestives ordinairement si profondément lésées pendant les convalescences des accès de goutte inflammatoire, et presque constamment chez ceux qui sont tourmentés par la goutte atonique. «

La Gentiane est d’une utilité plus incontestable dans les maladies auxquelles préside le vice scrofuleux; on l’associe alors souvent au quinquina, à la bistorte, aux ferrugineux. On sait quelle fait partie du célèbre élixir de Peyrilhe, si vanté autrefois comme antiscrofuleux. — Elle est enfin réputée vermifuge, mais elle répugne aux enfants à cause de son amertume.

A l’extérieur, cette racine est employée : 1° en poudre ou en décoction sur les plaies gangreneuses, scorbutiques; 2° en nature, comme l’éponge préparée, pour dilater certains trajets fistuleux; 3» on en fait aussi des pois à cautères, propres, par leur nature spongieuse, à rendre au fonticule l’étendue que le temps lui a fait perdre.

récolte. — La Gentiane croit naturellement et en abondance dans les prairies élevées du midi de la France, des Vosges et des Alpes; dans les prés secs, au bas des montagnes, etc., où elle fleurit en juin et juillet. — La racine de Gentiane se récolte la deuxième année au plus tôt, après la chute des feuilles. Elle a pour caractères d’être perpendiculaire, rameuse, d’une texture spongieuse, d’un jaune foncé à l’extérieur. Lavée et mondée, on la coupe par rouelles et on la porte à l’étuve. On peut l’employer fraîche, mais on le fait rarement parce que dans le commerce on la trouve toujours sèche.

préparations, doses — Macération : 4 à 15 gr. par 300 gr. d’eau.

Décoction : mômes doses. Poudre : 50 cent, à i gr. comme tonique, stomachique, dans une cuillerée de potage; 8 à 16 gr. comme fébrifuge. Vin (1 p. de la racine sur 16 de vin) : 30 à 60 gr. Extrait : 2 à 8 gr. Sirop : 30 à 66 gr.

On peut préparer l’éifxir de Peyrilhe en mettant dans une bouteille d'eau-de-vie ordinaire 8 à 30 gr. de racine de Gentiane, et 4 à 1 6 gr. de carbonate de potasse, avec du sucre ou un sirop. Cet élixir se donne avant le repas depuis une cuillerée à café jusqu'à une cuillerée à bouche, suivant la force du médicament et l’âge du malade.

Le gentianin, principe actif de la Gentiane, est une substance jaune, inodore, sous forme de petites aiguilles, qui s'administre à la dose de 5 à 15 cent. On l’emploie rarement.

Sont douées de propriétés semblables la Gentiane croibette, dont les feuilles sont posées en croix ; la Gentiane acaule, qui est trèspetite, à fleurs grandes et bleues; la Gentunelle, à fleurs d’un bleu-lilas; la Gentiane pneumoxànthe, qui ouvre ses grandes fleurs d'un beau bleu au mois de septembre dans les environs de Paris ; la Gentiane pourprée, qui habite les Alpes, les Pyrénées.

GERANION. Géranium robertianum, L.

(Fam. Gérawiacés*.)

Noms tulg. : Géranion A Robert, Herbe A Robert, Herbe à l’esquinancie, Boo-de-Grue.

description (pl. xxiii, 6). — Plante herbacée, annuelle, haute de 25 à 30 cent, environ. Tiges dressées, rameuses, souvent rougeâtres, velues, noueuses. Veuilles opposées, péliolées, divisées en trois lobes pinnatifides dentés, un peu poilues, ayant des petites stipules. Fleurs d'un rouge incarnat : pédoncule axillaire, plus long que les feuilles, bifurqué au sommet et portant 2 fleurs; calice tubuleux, ventru, pileux, marqué de 10 stries, à 5 sépales lancéolés; pétales 5 obovales, obtus, plus longs que le calice; iO étamines. Fruit à 5 coques ridées, velues, terminé en pointe allongée.

propriétés, usages. — L’Herbe à Robert a udb odeur désagréable qu’on qualifie d’hircinienne, de bitumineuse ou d’analogue à celle de l’urine des personnes qui ont mangé des asperges; sa saveur est amère, astringente On en fait usage pour gargarismes contre les angines; en décoction, dans les hémorrhagies et autres écoulements passifs; en cataplasme, comme résolutif des engorgements des ma-

PLAINTES MEDICINALES.

mellee, etc. Elle a passé aussi pour diurétique et lithontriptique; mais, de nos jours, elle est abandonnée des médecins, quoique le vulgaire l'emploie encore dans l’esquinancie, où, en eflet, elle n’est pas toujours sans efficacité. — M. Cazin dit l’avoir vu administrer avec succès aux animaux afiectés de pissé ment de sang. — • Sou suc chasse les punaises, au rapport de Linné.

récolte. — Cette plante croit sur les vieux murs, dans les déeombres, les lieux frais et incultes. Elle fleurit pendant toute la belle saison et ee récolte de même.

préparations, doses. — Décoction : 15 à 30 gr. pour 500 gr. d'eau, en tisane; 30 à 60 gr. pour 500 gr. d’eau, en lotions, injections, gargarismes. Cataplasme : on pile la plante verte, ou on la fait bomillir sèche dans l'eau qu’on laisse réduire d’un quart.

GERMANDRËE. Teuerium chamœdrys, L.

(Fam. Labiées.)

Noms «i Ig. : Prtit-Cbêne, Sauge amère, Chasse-Fièvre, Calamandrié.

description (pl. xxx vm, 5). — Plante vivaoe, de 15 à 25 cent. Hacine traçante, rameuse-fibreuse. Tiges nombreuses (1), un peu couchées vers le bas, grêles, rameuses, pubescentes. Feuilles opposées, obiongues- lancéolées, courtement pétiolées, crénelées, coriaces et luisantes, d’un vert jaune en dessous. Fleurs roses ou purpurines, rarement blanches, situées 2-3 à l'aisselle des feuilles supérieures, qui sont souvent colorées, rapprochées en grappe terminale feuillée. Calice légèrement velu, à 5 divisions pointues; corolle d’apparence unilabiée, plus longue que le calice; lèvre supérieure trèscourte et profondément fendue; lèvre inférieure pendante, à 3 lobes, dont les deux latéraux sont petits, oblongs ou lancéolés, le moyen beaucoup plus grand, concave, entier; 4 étamines, didynames, faisant saillie par la fente de la lèvre supérieure. Akènes obovales, nus, glabres.

propriétés, usages. — La saveur de la Germandrée est franchement amère, et son odeur peu prononcée. Cette plante, dit Gauthier, est plus amère qu’aromatique, et plu6 tonique qu’excitante. Aussi est-ce principalement contre le6 fièvres intermittentes, les scrofules, les atonies, le scorbut, qu’on l'emploie. Ses vertus ont été exaltées dans le traitement de la goutte par Solenandert et Sennert. On ne

(I) Une leule est figurée, maie ou voit le tronc coupé de plusieurs autres.

peut, dit Bodard, lui refuser beaucoup d’efficacité, comme tonique amer, dans les maladies goutteuses qui reconnaissent pour principe une débilité sensible dans les fonctions digestives. Toutefois on sait que les médecins de Gènes firent prendre au goutteux Charles- Quint, durant 60 jours, une décoction vineuse de Petit-Chône, sans obtenir la guérison qu’ils lui avaient promise.

En résumé, laGermandrée n’est qu'un léger fébrifuge que beaucoup d’autres plantes, la petite centaurée elle-même, remplaceront avec avantage ; mais elle est appelée à rendre de véritables services dans les aflections scrofuleuses et scorbutiques. Le professeur Chomel la prescrivait très-souvent aux malades convalescents de fièvre muqueuse pour relevejr les forces digestives.

récolte. — La Germandrée est très-commune dans nos bois, aux lieux pierreux, sur les coteaux arides. Onia trouve en fleur en juilletseptembre. Toutes ses parties, sauf la racine, sont employées. On les recueille au mois de juin et on les sèche à la manière ordinaire. 11 faut choisir la plante qui est courte, garnie de beaucoup de feuilles. Elle conserve son amertume et même sa couleur verte lorsqu’elle est bien séchée.

préparations, boses. — Infusion : 8 à 16 gr. par kil. d'eau ou dans du vin blanc. Poudre : 2 à 4 gr. Extrait ; 2 à 4 gr. en pilules ou potion. Eau distillée : 60 à 125 gr. pour potions.

La Germandrée fait partie d une foule d’anciennes préparations, telles que la thériaque d’Andromaque, l'huile de scorpion composée de Matthioie, le sirop de Charas, etc., etc.

Les autres espèces seront étudiées sous les noms de Marum, Scordium et Ivette.

GLOBULAIRE. Globularia alypum, L.

(Fini. Globulariébs.)

JVomj ru Ig. : Globulaire, Turbitb, Séné des Provençaux.

description (pl. lvi, 4). — Sous-arbrisseau de 70 cent, i 1 mètre au plus. Racines dures, épaisses, noirâtres. Tige dressée, très-rameuse, rameaux glabres, anguleux (1). Feuilles alternes, peu grandes, spatulées, entières, quelquefois tridentées au sommet, terminées par une petite pointe aiguë, roide, avec une nerveuse au milieu et étant d’un vert glauque. Fleurs bleues, en tête arrondie, solitaire et terminale, soutenue par un involucre de folioles imbriquées, et dont

(1) Un nul rameau a été figuré, portant un capitale de fleure.

le réceptacle est garni de paillettes. A chaque fleur : calice tubuleux, à 5 divisions aiguës, poilu; corolle à 5 divisions inégales au limbe, comme bilabiée, dont la lèvre inférieure est tridentée (1); étamines 4 à filets libres, attachés sur la corolle. Ovaire uniloculaire, style filiforme. Akène muni d’une pointe à la base due au style persistant, renfermé dans le calice persistant lui-méme (2).

propriétés, usages. — La Globulaire est amère; ses feuilles sont employées comme purgatives. Les propriétés de cette plante paraissent avoir été inconnues des anciens. Bauhin lui donna le nom d'herbe terrible, qu’elle porta longtemps aux environs de Montpellier; mais on croit qu’il avait confondu avec elle l'altypum de Dioscoride, car, au contraire, elle purge sans produire ni irritation, ni nausées, ni coliques, et elle peut remplacer avantageusement le séné. On l'a employée comme hydragogue et fébrifuge dans les hydropisies et les lièvres marécageuses ; mais elle n'est pas assez active, ni d'une façon ni de l’autre, pour être très-efficace dans ces maladies.

La Globulaire est tout simplement un purgatif ordinaire qui exerce en même temps une action tonique, comme la rhubarbe et le séné. Nous nous étonnons, du reste, qu’elle ne soit pas plus connue et demandée dans le commerce des plantes.

récolte.— Cette plante est assez commune dans les lieux arides et pierreux du midi de la France, dans la Provence, le Languedoc, aux environs de Montpellier, etc.

préparations, doses. — Décoction (feuilles sèches) : 12 à 30 gr. par kilog. d’eau. L’ébullition doit durer 8*à 10 minutes afin que l'eau puisse s’emparer de toutes les parties actives de la plante.

La Globulaire vulgaire (Globularia vulgarü) (pl. xv, 4), Glob. commune, Marguerite bleue, Boulette, est très-commune sur les pelouses sèches, les coteaux calcaires, les clairières des bois montagneux, dans toute la France. C’est une plante herbacée à tiges solitaires ou peu nombreuses, de 40 à 40 cent., dressées, simples. Feuilles radicales nombreuses, en rosette, obovales, mucronées, entières, les caulinaires beaucoup plus petites, lancéolées-oblongues. — Fleurt bleues en capitule solitaire et terminal (mai-juin). Calice hérissé à S divisions lancéolées ; corolle à S divisions, les 3 inférieures plus longues, etc.

fl) La fleur détachée eat privée de 1a moitié aupérieure de aa corolle pour faire voir l’inaertioD dea étamines.

(2) L’autre figure détachée montre œtto disposition du fruit.

On a proposé cette espèce pour remplacer la précédente , mais elle est beaucoup moins active. Cependant les avis sont partagés à cet égard, car M. Cazin affirme qu’elle lui a toujours bien réussi, la dose en étant augmentée d’un tiers.

GOUET. Arum maculatum, L,

(Fam. Aiacéis.)

'Noms vu Ig. : Pied-de-Veau, Raquette, Arum, Moine.

description (pl. X, 4). — Plante vivace, de 1S cent, environ, consistant en une hampe qui porte une spathe d’un vert-jaunâtre, ventrue à la base, rétrécie au-dessus de ce renflement, puis ouverte en forme de cornet dans sa partie supérieure, et qui se détruit à la maturité des fruits. Feuillet très-amples, longuement pétiolées, sagittées, entières, lisses, luisantes, d’un beau vert, marquées de taches noires, ou non tachées, détruites comme la spathe à la maturité. Racine tubériforme, blanche, assez grosse. Fleurs enspadice entouré d’une spathe plus longue que lui, lequel supporte à sa base de nombreux ovaires nus, jaunâtres, au-dessus un anneau formé de beaucoup d’anthères sessileset tétragones; au-dessus encore, un autre anneau de petits filaments vrillés disposés sur deux rangs comme ceux qui séparent aussi les anthères des ovaires ; la partie supérieure du spadice, nue et renflée en massue, passe du jaune-rougeâtre au violet, et tombe lorsque les ovaires se convertissent en baies, lesquelles sont arrondies, d’un rouge vif, succulentes, disposées en un épi serré, qui seul reste à l’automne.

propriétés , usages. — L’Arum est une plante âcre dont on a utilisé la racine et les feuilles. La racine est employée utilement comme incisive, résolutive, dans les pneumonies chroniques, l’asthme humide, sur la fin de la coqueluche ; quelquefois on la donne comme purgative et diurétique dans les hydropisies.

Les feuilles sont plus actives que les racines ; appliquées fraiches et contuses sur la peau, elles font lever des ampoules, et l’on peut s’en servir à titre de vésicant.

Cette plante est d’un emploi dangereux : il y a des exemples d’enfants morts pour en avoir mangé, et Orfila a empoisonné des chiens en leur faisant avaler la racine fraîche. Cette racine contient cependant une grande quantité de fécule, mais en même temps un suc laiteux très-âcre, caustique, brûlant, qui disparait presque complètement par la dessiccation et la décoction prolongée, ce qui a per-

mis de mettre à profit la partie nutritive dans les temps de disette.

récolte. — Le Pied-de-Veau croit dans les haies, les bois, les buissons, les terrains gras et ombragés, où il est en floraison en avril- mai. Ses feuilles, caduques, ne peuvent être récoltées qu’avant la fructification, qui a lieu en août-octobre ; ses racines s'arrachent au printemps et à l’automne. Celles-ci ne se font pas sécher, puisqu'elles n'ont plus d’action alors; mais trop récentes, elles peuvent causer des accidents si l’on manque de prudence dans leur emploi. Les plus actives sont celles de l'année.

préparations, doses.— Foudre (racine) : 2 à 4 et 8 gr. dans de la tisane ou en électuaire. Elle produit souvent des évacuations al vines, quelquefois môme le vomissement. On applique sur la peau les feuillet fraîches ou la racine coupée en tranches minces, pour produire la vésication. — Ces feuilles, cuites dans une feuille de chou, sous la cendre, avec celles d’oseille, puis incorporées dans du saindoux, constituent une pommade maturative (Cazin).

GRATERON. Galium aperine, L.

(Fam. Rosucees; genre Caille-Lait.)

description (fig. 1 1, p. 226).— flocmeï grêles, munies de quelques fibres grêles, courtes. Tiges faibles, noueuses, tétragones, tendres, longues de 60 à 95 cent., peu rameuses, hérissées sur leurs angles, ainsi que le long des nervures des feuilles, d'aspérités crochues. Feuilles verticillées par 6-8-iO, étroites, linéaires, un peu rétrécies à leur base. Fleurs peu nombreuses, pédonculées-axillaires, blanches. Fruits globuleux, fortement hérissés lie longs poils.

propriétés, usages. — A l’état frais, cette plante a une saveur légèrement amère d’abord, devenant bientôt âcre. Elle a été vantée jadis contre l’hydropisie, l’engorgement de la rate, le scorbut, les scrofules, les dartres, le cancer lui-méme. Aujourd’hui elle ne figure ni dans les pharmacies ni dans les boutiques des herboristes.

La racine du Grateron imprime une couleur rouge aux os des animaux qui s’en nourrissent, comme le fait la garance, la croisette. Cette propriété, commune à plusieurs espèces de rubiacées, a été constatée depuis bien longtemps. M. Flourens l’a remise en évidence, mais ne l a pas découverte, comme il l’a laissé croire. Tout cela ne fait pas que celte racine ait la moindre vertu contre le rachitisme et les maladies du système osseux.

La racine de cette rubiacée engraisse, dit-on, la volaille. Elle peut

servir à la teinture des étoffes en rouge. Ses semences sont quelquefois mises en usage pour faire des têtes aux aiguilles dont les femmes se servent dans la fabrication de la dentelle.

récolte. — Le Grateron, disent les auteurs de la Flore médicale, ne nous avertit que trop de sa présence importune, lorsque, dans nos promenades champêtres, il s'accroche à nos vêtements par les petits aiguillons recourbés dont toutes ses parties sont hérissées. Il est commun partout, dans les champs, les haies, les lieux incultes des jardins.

préparations , doses. — Décoction : 30 gr. par 1,000 d’eau. Sue épuré ou non : 30 â 50 gr. On l'associe à l’axonge pour onguent, prétendu antiscrofuleux.

GRAT10LE. Gratiola officinaUs, L.

(Fera. ScaoFüLARiÉES.)

Nom* ru/g. : Barbe & pauvre homme, Grâoe-d*-Dieu , Centauroides,

Séné des prés.

description (pl.LVi, 5).— Plante vivace, herbacée, de 30 à 43 cent. Tiges simples, droites, glabres, noueuses, cylindriques, avec 2 sillons alternativement opposés entre chaque paire de feuilles. Feuilles opposées, sessiles, semi-amplexicaules, ovales-lancéolées, un peu épaisses, dentées, glabres, trinervées, d’un vert jaunâtre. Fleuri d’un blanc jaunâtre ou rosé, axillaires et solitaires sur des pédoncules minces et assez longs. Calice à S divisions linéaires, muni à la hase de 2 bractées lancéolées redressées qui ont été considérées comme 2 autres sépales; corolle tubuleuse, beaucoup plus longue que le calice, irrégulièrement bilabiée, quadrillée à 2 lèvres : lèvre supérieure relevée et échancrée, l’inférieure à 3 lobes arrondis ; 4 étamines, dont 2 fertiles insérées au haut du tube, 2 inférieures presque avortées; ovaire simple, ovoïde, pointu k son sommet; style oblique, épaissi en haut. Capsule biloculaire, polysperme.

propriétés, dsages. — La Gratiole est sans odeur, mais sa saveur est amère, nauséabonde,désagréable. Son action est irritante, énergique ; sa racine passe pour être émétique, le reste de la plante est violemment purgatif. Comme on le suppose bien, elle a été employée dans le traitement des hydropisies, des anasarques et des affections vermineuses; elle a paru encore utile, comme moyen dérivatif, dans la goutte, le rhumatisme, les affections cérébrales chroniques, etc. Les habitants de la campagneeqfontun fréquent usage

pour se purger; ils ne se méfient pas assez de son action irritante, qui leur cause deB accidents plus souvent qu’elle ne leur procure des avantages.

La Gratiole, donnée à petite dose, agit comme altérantedans les cachexies, les dartres chroniques, la syphilis. Cette plante, au rapport de Kostreivski, a été très-utile dans les ulcères vénériens, les névroses, les caries, les tuméfactions chroniques des testicules, les douleurs ostéocopcs (Desruelles). Stoll et Dehaen ont plusieurs fois associé la Gratiole au sublimé dans la curation des syphilides (Rayer). Muhcbeck regarde l’extrait de cette plante comme un remède bien préférable à l'opium dans le delirium tremens aigu. Administrée en lavement chez les femmes, la Gratiole, suivant M. Bouvier, peut donner lieu à une sorte de nymphomanie (Journal de Médecine, vol. 5*).

récolte. — La Gratiole se trouve dans les prairies humides, les lieux marécageux, au bord des ruisseaux. Onia recueille avant ou pendant la floraison, qui a lieu en juin-septembre. La plante perd peu de ses qualités par la dessiccation; il vaut toujours mieux l’employer sèche, puisqu’en outre elle est moins dangereuse, etc.

préparations, boses. — Infusion ou décoction (plante sans la racine) : 8 à 16 gr. dans 200 gr. d’eau environ, à prendre en une ou deux fois pour purger. Il vaut mieux en diminuer la dose et ajouter de la manne. On dit qu'elle purge plus sûrement infusée dans du petit-lait. Les campagnards la font bouillir sans mesurer les quantités; mais ils en éprouvent souvent des accidents. Poudre (racine) : 50 cent, à 1 ou 2 gr., comme vomitive. Action inconstante, moyen abandonné. Extrait : 10 cent, matin et soir, en augmentant un peu jusqu'à ce qu’il survienne des évacuations, comme moyen altérant. — Stoll et Swediaur employaient la formule suivante contre les dartres et la syphilis invétérée: extrait de gratiole, 12 gr.; rob de sureau, 90 gr.; sublimé corrosif, 13 cent. Faites un électuaire dont la dose est de A gr. tous les matins.

GRENADIER. Punica granalum , L.

(Fara. Myrtacée». )

Nom rulg. : Bâlaustier.

description (pl. xx, 3). — Arbre originaire de l’Afrique; introduit en Italie par les Romains à l’époque des guerres de Carthage, il s'est répandu d’abord dans le midi de l’Europe, où il se montre assez

élevé, et où son fruit mûrit ; puis dans le centre de la France, où il ne forme qu’un arbrisseau rabougri, stérile, qui ne peut être cultivé en pleine terre. Nous avons caractérisé ce genre ainsi que la famille à laquelle il appartient. {V. 1. 1, p. 25t.)

propriétés, usages. — Ils varient suivant la partie de la plante employée. En effet, le suc du fruit est rafraîchissant, tempérant; étendu d’eau, il forme une limonade fort agréable, très-utile dans les maladies fébriles, les complications bilieuses, etc.

Les fleurs ( balaustes ) sont douées de propriétés astringentes trèsprononcées; elles s’emploient en décoction dans les diarrhées et les écoulements chroniques. — L 'écorce du fruit (malicorium) est d’une astringence encore plus prononcée, due à une forte proportion de tannin et d’acide gallique. Son usage est indiqué dans une foule de cas où les astringents sont nécessaires. — La racine de Grenadier constitue un de3 meilleurs remèdes à opposer au ver solitaire. Les anciens employaient l’écorce de sa racine contre le ténia : Dioscoride, Pline, Celse, etc., nous l’apprennent. Cependant il y avait quatorze siècles qu’on ne parlait plus de cet excellent téniafuge en Europe, lorsque Buchanam, médecin anglais, exerçant à Calcuta, fit connaître les heureux effets qu’on en obtenait dans l'Inde. Les essais de Breton en Angleterre, de Gomez en Espagne, puis ceux tentés en France par Mérat, etc., confirmèrent bientôt les assertions de Buchanam ; dès lors le Grenadier fut généralement considéré comme le meilleur remède à opposer au ver solitaire, et les faits qui ont été consignés depuis dans les annales de la science viennent à l’appui de cette opinion.

L’écorce de la racine du Grenadier sauvage doit être préférée à celle du Grenadier cultivé, mais cette dernière est aussi très-bonne et presque toujours employée d’ailleurs. Elle est plus efficace fraîche que sèche.

« Cette écorce est parfois sophistiquée avec celle du buis, et surtout celle d’épine-vinette; la première est blanche et très-amère, tandis que celle du Grenadier est grise en dehors, jaune en dedans et à peine amère : celle d’épine-vinette est jaune des deux côtés. «

récolte. — Le Grenadier fleuriten juin, juillet et août, c’est donc là l’époque de recueillir ses fleurs. Simples dans le Grenadier sauvage, ces fleurs sont doubles dans l’espèce cultivée pour l’agrément. Ce sont ces dernières qui se vendent ordinairement dans les boutiques, sous le nom de balaustes, quoique les premières ne soient pas moins bonnes pour l’usage médical. Les fruits nous viennent des provinces

25* PLANTES MEDICINALES.

méridionales ; leur écorce se trouve dans le commerce de droguerie.

préparations, doses. — Suc de grenade : quantité voulue étendue d’eau. Décoction (fleurs) : 15 gr. par 500 gr. d’eau pour tisane; 30 gr. par 500 gr. d’eau pour gargarismes, injections, etc.; — (écorce du fruit) : 30 à 60 gr. par kil. d’eau.

« Décoction (écorce de la racine fraîche) : 30 gr. dans 750 gr. d’eau réduite à 500, à prendre en 3 doses à une heure de distance l’une de l’autre. 11 ne faut administrer ce remède que lorsque le malade rend actuellement des anneaux de ténia, parce qu’on a remarqué que le ver est alors plus sûrement évacué. » — Mérat faisait acheter un grenadier vivant de 8 à 10 ans au moins, et il en faisait séparer l’écorce de la racine chez le malade même, le jour ou le lendemain du jour où les anneaux du ténia étaient expulsés, pour l’employer comme il vient d’être dit. Quand toutes les précautions sont bien prises (écorce fraîche et non sèche, pure et non sophistiquée ; choix du moment où des fragments du ver viennent d'être expulsés, etc.), le succès est certain, suivant Mérat.

Poudre : 60 cent, toutes les demi-heures pendant 3 heures de suite (Barton). Moyen moins sûr. Extrait alcoolique : 16 à 2* gr. Préparation proposée par Deslandes comme étant plus efficace encore que la décoction, mais pourtant peu usitée.

GROSEILLIER. Ribes rubrum, L.

Groseillier rouge.

Le genre Groseillier constitue à lui seul la famille des Ribésiacies : nous y renvoyons pour les caractères spécifiques de cette plante généralement connue (pi. xxi, 2). Cet arbrisseau croit naturellement dans les haies et les bois, mais on le cultive dans tous les jardins.

Ses fruits, appelés groseilles, contiennent de l’acide malique et de l’acide citrique, plus un principe mucilagineux. On prépare avec leur suc des boissons, un sirop, une gelée, qui sont rafraîchissants, tempérants, nutritifs. Mangés en grappes bien mûres, ils sont trèssalutaires, utiles dans les inflammations intestinales chroniques, les maladies du foie, les dartres, le scorbut, le purpura. Le sirop ou la gelée délayée convient, comme boisson ordinaire, dans les fièvres inflammatoires et bilieuses. 11 est bien entendu que, dans tout état de choses, il faut consulter la susceptibilité de l’estomac, l’idiosyncrasie individuelle, car il est des personnes auxquelles les plus légers acides ne réussissent jamais.

Le Gboseuxeer noir est le Cassis, dont nous avons parlé déjà.

Le Groseillier épineux (Ribes grossularia), Groseillier à maquereau, vient d'être expérimenté contre la fièvre intermittente. M. le docteur Lacroix a employé, dans 19 cas de fièvre d’accès, l’écorce de la racine de cette plante, et les résultats qu’il en a obtenus la lui font recommander comme pouvant donner un nouveau fébrifuge indigène.

GUI. Viscum album, L.

(Fam. Loiunthacéis.)

Noms tu Ig. : Gui de chêne, Gui blanc, Gui commun.

description (flg. 1. 1, p. 234). — Arbrisseau parasite à lige ligneuse polychotome, c'est-à-dire se divisant en rameaux nombreux, arrondis, articulés; portant des feuilles opposées, simples, entières, oblongues, épaisses, à nervures longitudinales, d’un vert Jaunâtre. Fleurs d’un jaune verdâtre, petites, sessiles, rassemblées par 2-3 dans les bifurcations supérieures des rameaux (mars-mai). Elles sont ordinairement dioïques : aux mâles calice 4-fide, corolle nulle, 4 étamines à anthères sessiles; aux femelles calice très-court soudé avec l'ovaire; corolle à 4 pétales charnus. Petite baie blanche monosperme, contenant une matière gluante qui favorise la reproduction de l’espèce en fixant la graine tombante sur l’arbre.

propriétés, usages. — Le Gui a été l’objet d’un véritable culte chez les anciens Gaulois; les druides l’avaient en consécration et lui attribuaient les vertus les plus merveilleuses. Ses usages en médecine remontent donc à la plus haute antiquité, mais la plante n'en est pas plus en honneur pour cela aujourd'hui.

C’est toujours ainsi : on va d’un extrême à l'autre. Le Gui ne mérite pas l’abandon où il est, car trop d’observateurs ont parlé de ses propriétés antispasmodiques, antihystériques et antiépileptiques surtout pour qu’il n’y ait pas quelque chose de vrai dans ce qu’ils en disent. Ainsi Boerhaave affirme que ce médicament lui a souvent réussi dans les convulsions et la mobilité ; Colbatch en a fait les plus grands éloges dans le traitement de l’asthme convulsif, de la chorée et de l’épilepsie ; Franck en a obtenu un plein succès dans un cas de toux rebelle ; et depuis, plusieurs médecins ont cité des faits analogues, tandis que d’autres ont de leur côté guéri des coqueluches, des hoquets, des danses de Saint-Gui.

Mais, si on en croit une foule d’auteurs, parmi lesquels nous citerons Théophraste, Paracelse, Matthiole, Cartheuser, Dehaen, Geor-

get, etc., cette singulière plante ne réussirait jamais mieur que dans l’épilepsie. Cependant voici qu'un médecin non moins célèbre, Tissot, ne lui accorde pas une très-grande confiance, et nous croyons que ce qu’ii en dit est le plus près de la vérité. « Ce que j’ai observé des effets du Gui, dit-il, me persuade qu’il n’est ni tout à fait inutile, ni fort efficace... En le conservant comme remède, il faut bien se garder de le considérer comme spécifique et de le croire capable de guérir une maladie un peu grave. »

Dans tout cela nous n’avons pas dit comment agit le Gui : c’est un tonique amer et un excitant de l’estomac et des intestins qui peut, à dose un peu élevée, provoquer des évacuations, bien qu’il renferme un principe astringent abondant; il est nauséeux au goût, un peu âcre, mais l’on ne voit là rien qui explique son action antispasmodique. Aurait-il été proposé contre l’épilepsie, parce que c’était une plante sacrée, seule propre à combattre cette maladie qui porte le nom de mal sacré ? Ce point de doute appelle de nouvelles expérimentations.

Les baies de Gui servent d’aliment à plusieurs oiseaux. Elles fournissent la glu destinée à la chasse de ces volatiles.

récolte. — Le Gui est un végétal parasite qui vient sur les poiriers, les pommiers, noyers, peupliers, tilleuls, etc., plus rarement sur les châtaigniers, les noisetiers et les chênes. On doit le recueillir à la fin de l’automne, le faire dessécher avec soin, puis on en sépare l’écorce, on la pulvérise et on la conserve dans un vase opaque placé dans un lieu sec. On croyait que le Gui du chêne était le plus efficace, mais c’est une erreur; ce parasite ne participe nullement des propriétés de la plante sur laquelle il vit.

préparations, doses. — Décoction (plante sèche) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Poudre (écorce sèche) : 2 à 12 gr. Extrait : * à 6 gr. Le Gui entre dans la poudre de Guttéte, célèbre amalgame de pivoine, de dictame, de crâne humain, de feuilles d’or, etc., etc., considéré comme antiépileptique.

GUIMAUVE. Althaa o/)icinalis, L.

(Fam. Malvackïs.)

Nom mlg. : Althée.

description (pl. xxvi, 2). — Plante de 1 m. à 1 m. et demi de hauteur, à tiges droites nombreuses, vertes ou rougeâtres, pubescentes ou cotonneuses. Feuilles alternes, pétiolies, cordiformes.

molles et comme veloutées, à 3 ou 5 lobes peu marqués et dentés. Fleurs blanchâtres ou rosées, disposées en panicules axillaires, à pédoncules cour'.s et épais : calice double, l’extérieur à 9 divisions étroites, l’interne à 5 plus longues et aiguës ; 5 pétales subcordiforrnes, cachant entièrement le pistil ; étamines mouadelphes, à anthères pourpres au milieu desquelles se trouve le pistil terminé par un pinceau de stigmates sétacés. Fruil orbiculaire, très-déprimé, relevé de côtes qui sont autant de petites coques monospermes.

propriétés, usages. — La Guimauve est inodore, d’une saveur douce et visqueuse. Elle peut être considérée comme le premier médicament émollient : elle fournil à l’ébullition du mucilage qui est surtout abondant dans la racine, et qui peut remplacer celui des végétaux exotiques, la gomme notamment, ayant sur celle-ci l'avantage de se trouver partout.

La Guimauve est d’un emploi général, populaire, dans toutes les inflammations internes et externes, les irritations gastro-intestinales, les dyssenteries, les catarrhes des bronches, de la vessie, de l’urètre; principalement à l’extérieur, dans les roideurs musculaires et articulaires, les phlegmons, les ulcères emflammés, les dartres vives, etc. Mais il y a des bornes à ces usages ; car, continuer trop longtemps la tisane, les injections ou les cataplasmes de guimauve, c’est jeter les tissus dans l’atonie, c’est relâcher les membranes muqueuses et prolonger indéfiniment les écoulements catarrheux, rendre les fonctions digestives paresseuses, les actions vitales languissantes, etc.

La racine de Guimauve se donne à mâcher aux enfants tourmentés par la dentition.

récolte. — La Guimauve est commune dans les lieux bas, humides, incultes, dans les champs ; elle fleurit en juin-juillet. Le mois de septembre est le moment de faire la récolte de sa racine. On sépare les morceaux de leur épiderme, on les coure en fragments et on les fait sécher à l’étuve et au soleil alternativement; ils sont blancs alors et doivent être conservés dans des vases secs à l'abri de l’humidité. La racine fraîche est plus mucilagineuse et doit être préférée, quoique sèche elle soit excellente aussi. — Les feuilles se récoltent au mois de juin, avant la floraison; elles ne perdent pas de leurs qualités par la dessiccation, mais elles sont moins mucilagineuses que les racines. — Les fleurs sont les parties de la plante les moins riches en mucilage; elles se cueillent en juillet.

préparations, doses. — Infusim (racine) : 4 à 12 gr. pour 500 gr.

d'eau; — (Heurs), mêmes doses, pour tisanes, qui doivent être légères.

Décoction (raciue et feuilles) : 30 à 60 gr. par 1000 gr. d'eau, pour bains, lotions, fomentations, injections. Sirop : 30 à 60 gr. comme édulcorant.

La Guimauve-Rose tri; mi ère (Passe-rose) (pl. xxiv, K), dont les fleurs sont très-grandes, roses, blanches ou rouges, et qui orne les jardins et les parterres, peut être employée aux mêmes usages.

HERNIAIRE. Tlemiaria glabra, L.

(Fam. Paronvchiées.)

tîoms rulg. : Turquette, Herniole, Herbe du Turc, Millegraine.

description (fig. t. I, p. 293). — Plante annuelle, petite, de 5 à 20 cent., à liges nombreuses, grêles, couchées sur la terre, rameuses et florifères dès la base. Veuilles oblongues, petites, glabres, opposées dans leur jeunesse, puis alternes par la chute de celles qui se trouvaient du côté de chaque rameau fleuri, avec petites stipules scarieuses. Fleurs très-petites, verdâtres, agglomérées dans l'aisselle des feuilles. Calice pétaloïde à S divisions; pas de corolle; ii étamines; 2 styles courts. Capsule petite, monosperme, indéhiscente, enveloppée par le calice persistant.

propriétés, usac.es. — Odeur et saveur à peu près nulles; par conséquent propriétés très-faibles. Croirait-on cependant qu’on a préconisé cette plante comme astringente, diurétique, lithontriptique, autiophthalmique, et comme propre à guérir les morsures des serpents venimeux, et surtout les hernies, d'où son nom d 'Herniaire?... C'est tout simplement un diurétique-émollient à la manière du chiendent.

récolte. — La Turquette est commune dans les terrains sablonneux, les champs en friche, le bord des étangs. Elle montre ses fleurs verdâtres presque tout l'été. On peut la recueillir pendant toute la belle saison. Elle se sèche entière et on la conserve à l’abri de l’humidité.

préparations, doses. — Infusion ou décoction (plante entière) : f ou 2 poignées par kilog. d’eau.

On appliquait la plante contuse sur les hernies pour les guérir. Voici ce que dit le crédule Chomel de cette prétendue propriété : o Le nom que cette plante porte marque sa principale vertu, qui est par rapport aux hernies; en eflet, elle guérit les descentes, appliquée en cataplasme sur l’aine après avoir fait la réduction; ii faut

en même temps en faire boire 2 onces du suc, ou 4 onces de l'eau distillée. »

La Herniaire velue (fl. hirsuta), qui ne diffère de cette plante que par ses tiges et ses feuilles velues, peut la remplacer complètement.

HÊTRE. Fagus syltatica, L.

(Fam. CuPELiràuïs.)

Noms eu Ig. i Fau, Foyard, Fouteau.

description. — Nos forêts nous montrent ce bel arbre, qui s’élève avec majesté à la hauteur de 30 mètres. Quant à ses caractères génériques, nous les avons indiqués à la page 124 du tome 1".

propriétés, usages. — L’écorce et le fruit du Hêtre sont employés en médecine. La première est astringente ; on l’a considérée comme fébrifuge. Quant au fruit, connu sous le nom de faine , 11 est plutôt nutritif que médicamenteux, étant dépouillé de son épiderme brun et coriace. 11 est recherché par les oiseaux et la volaille; les cochons peuvent en être engraissés, mais leur lard ne vaut pas celui qui résulte de l’usage du gland.

« Les faînes, mangées en trop grande quantité, produisent l’ivresse et tous les phénomènes qui l’accompagnent. On ne connaît pas leur principe enivrant, mais on sait qu elles contiennent de la fécule et une huile grasse douce, qui s’améliore plutôt qu'elle ne rancit avec le temps, ce qui la distingue de l’huile d’olive, qu elle pourrait remplacer. »

Le Hêtre est, après le Chêne, l'arbre de nos forêts qui est le plus utile à l’agriculture, à l’économie domestique et aux arts. L’énumération des usages auxquels est soumis son bois serait longue. Elle devient inutile, au surplus, chacun connaissant ceux-ci.

récolte. — L’écorce doit être prise sur un individu de deux ans au plus pour les usages thérapeutiques.

H1ÊBLE. Sambucus ebulus, L.

(Fam. CArniroLUcéss; genre Sureau.)

Noms vulg. : Petit-Sureau, Sureau hièble.

Plante herbacée, s’élevant à plus d’un mètre de haut. Tiges droites, cannelées, vertes, médiocrement rameuses. Feuilles opposées, glabres, de 3-1 1 segments finement dentés, avec stipules foliacées. Fleurs

blanches, purpurines en dedans, disposées en cime ou en une sorte d'ombelle ample et touflue. Petites baies noires, glabres, pulpeuses.

propriétés, usages. — Odeur vireuse plus prononcée que dans le sureau; saveur amère, nauséeuse. Les fleurs ont une odeur d'amande amère; elles sont anodines et diaphorétiques. La racine, l’écorce et les fruits (semences) sont plus particulièrement employés comme purgatifs. Les feuilles sont également évacuantes; maison les emploie le plus souvent à l'extérieur, en cataplasmes, sur les engorgements articulaires, glanduleux, les entorses, les contusions pour en amener la résolution. Quant à l’énumération des maladies contre lesquelles on a proposé l'Hièble, elle se trouve à l’histoire du sureau, car l'analogie de ces deux plantes s'étend à leurs propriétés médicamenteuses, sauf pourtant que l'Hièble est plutôt considéré comme purgatif, le sureau, au contraire, comme émollient, résolutif et diaphonique. Au surplus, les médecins font rarement usage de ces médicaments pour purger les malades» préparations, doses. — Infusion (fleurs) : 4 à 8 gr. par kilog. d’eau. Rarement employée. Idem (racine ou écorce) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau ou de vin blanc. Elle agit comme diuiétique ou comme purgative selon les doses, et est efficace dans Tanasarque et les autres hydropisies. Suc (de la racine ou de l’écorce) : 10 à 30 gr., selon l'effet que l'on veut produire. Rob préparé avec les baies fraîches : 15 à 60 gr. Eleduaire (semences pilées et mêlées avec du miel) : 2 à 4 gr. le matin à jeun.

o Prenez 2 livres de feuilles fraîches, pilez-Ies, les faites bouillir dans 1 livre de beurre de mai, jusqu’à ce que l’herbe soit sèche et grésillée ; passez-les avec expression : vous en faites un onguent excellent pour la goutte. » (Chomel.)

HOUBLON. Uumulus lupulus, L.

(Fam. UnTicACÉKS.)

Nom vulg. : Houblon grimpant.

DEScnirnos (pl. xxxii, 3). — Plante vivace, grimpante, à tiges dures, grêles, sarmeuleuses, un peu anguleuses ou striées, couvertes de poils courts et crochus, pouvant s’élever très-haut si elles trouvent des soutiens. Feuilles pétiolées, opposées, à 3-5 lobes ovales dentés, rarement entières et profondément dentées; petites tipules bifides à la base du pétiole. Fleurs dioïques : les mâles disposées en petites grappes terminales ou axillaires, composées d’un calice à 5 sépales

et de 5 étamines pendantes à filets courts et à anthères longues ; fleurs femelles contenues dans des cônes écailleux de couleur verte passant au jaune rougeâtre; cônes pédonculés, accompagnés d'une bractée et composés d'écailles ovales qui enveloppent chacune un ovaire petit surmonté de 2 stigmates filiformes très-longs, de telle sorte que cette écaille peut être considérée comme un seul sépale (1). Akène à péricarpe jaunâtre, chargé de glandes résineuses très-odorantes.

propriétés, D sages. — La plante est peu odorante et peu sapidc, mais ses cônes ont une amertune franche et une odeur très- prononcée qui rappelle celle du chanvre et qui produit comme lui un léger narcotisme. Ces cônes sont réputés toniques, antiscrofuleux, fébrifuges, anthelminthiques, et en môme temps légèrement diurétiques ou diaphorétiques, selon les cas. Aussi en conseille-t-on l’emploi dans l’atonie générale, la prédominance du tempérament lymphatique, le rachitisme, les longues suppurations, les cachexies, les fleurs blanches, le carreau, les maladies constitutionnelles, les affections ealculeuses avec atonie, etc.

Ajouté à la bière, le Houblon la rend agréable et d'une digestion plus facile, mais non plus enivrante, comme on l’avait cru autrefois. « Plus la bière est forte, plus elle contient d’aleool ; plus elle est ancienne, plus elle mousse, et conséquemment plus elle contient d’acide carbonique, et l'on sait que ces deux principes sont capables de produire l’ivresse.»

Le principe actif du Houblon parait consister dans la poudre jaunâtre, dorée, résiniforme, aromatique et amère, que l’on trouve à l’époque de la maturité, à la base de la surface externe des bractées dont sont formés les cônes du Houblon, ainsi que l’axe qui les supporte. O* te poudre on la nomme lupulin ou lupuline. Elle parait convenir dans tous les cas où le houblon lui-même est indiqué ; elle est à la fois aromatique, tonique, narcotique et anaphrodisiaque.

récolte. — Le Houblon croit spontanément dans les haies, les lieux incultes, bas et humides. On le cultive en grand dans le Nord pour la fabrication de la bière. Les fruits du Houblon, mieux désignés sous le nom de cônes écailleux ou florifères (houblon du commerce), se récoltent vers la fin du mois d'aoùt. On les sèche au four ou à l’étuve, parce qu'à l’air ils seraient exposés à se pourrir au centre, et ils passent de la couleur plus ou moins verte de l’état

(I) La petite figure détachée fait voir oette dispoaition. *

PLANTES MEDICINALES.

lirais au jaune doré. Leur saveur et leur odeur ne diminuent pas par la dessiccation. La lupuline s’obtient en agitant les cônes sur un tamis Un.

préparations, doses.— Infusion (cônes): 13 à 30 gr. par kil. d'eau. « Ce tonique, dit Barbier, produit un bien manifeste lorsqu’on le fait prendre aux enfants qui sont pâles, bouffis, et dont le tissu fcellulaire parait trop développé ; qui ont peu d’appétit; chez qui l’assimilation est viciée, et dont toutefois les organes digestifs ne sont pas irrités ou phlogosés. On mêle alors son infusion aveo un sixième de vin, et on fait prendre cette boisson aux malades en mangeant. » Extrait : 1 à 4 gr. Suc exprimé : 10 à 30 gr. Poudre (lupulin ou lupuline). On l'administre à la dose de 30 cent, à un gr. en plusieurs fois, dans les mêmes cas que le Houblon lui-même. — M. Page, de Philadelphie, prétend qu’elle est anaphrodisiaque; selon lui, pour suspendre les érections, il suffit d’en prendre 0,23 à 0,50 cent, le soir; elle ne produit aucun autre symptôme fâcheux. — M. Herzfelder la regarde comme curative contre l’incontinence nocturne d’urine chez les enfants.

HOUX, llex aquifolium, L.

(Fam. AqüIFOUACKES.)

description. — Le Houx (pl. xxviti, l) est un arbre vert, à tronc ramifié, recouvert d’une écorce lisse, avec des feuilles alternes, ovales, ondulées sur les bords et épineuses, lisses et d’un beau vert sur la face supérieure. Fleurs blanches, petites, axillaires, polygames (car on trouve sur le même individu des fleurs unisexuées, soit mâles, soit femelles, et de3 fleurs hermaphrodites) dont la composition est celle indiquée au t. I*», p. 249.

propriétés, usages. — Les feuilles de Houx sont quelquefois employées à titre de toniques-amères ou de diaphorétiques; mais elles n’ont acquis une certaine importance que sous le rapport de leurs propriétés fébrifuges, admises par les uns, rejetées par d’autres. En effet, plusieurs médecins, depuis et y compris Durande, de Dijon, qui expérimenta le premier ce médicament, ayant rapporté un certain nombre de faits tendant à démontrer l’efficacité des feuilles de Houx contre la fièvre intermittente, MM. Chomel et Magendie firent des essais qui amenèrent des conclusions contradictoires. Le premier, après les avoir employées chez 32 malades à la Charité, vint déclarer à l'Académie de médecine (séance du 19 janvier 1830) qu’il n’en

avait obtenu aucun résultat favorable ; le second, chargé par l’Institut de vérifier les assertions d’un autre défenseur du Houx, M. Rousseau, médecin à Paris, assura avoir fait cesser les accès fébriles chez treize femmes auxquelles il administra soit la poudre, soit la décoction de feuilles. Que conclure de tout cela ? Que ce fébrifuge indigène, sans être abandonné ni dédaigné, ne doit être employé’qu’après l’insuccès des autres, ou quand on n’en a pas de meilleur à sa disposition.

La matière poisseuse connue sous le nom de glu se retire de l’écorce intérieure du Houx. On sait les usages qu’en font les oiseleurs. En médecine, on l’a employée en topique comme émolliente et résolutive sur les tumeurs arthritiques.

préparations, doses.— Décor-lion (feuilles) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 4 à 12 gr. dans de l’eau ou du vin.

HYSSOPE. Ilyssopus officinalis, L.

(Fam. Larikes.)

description (pl. xlix, 2).— Plante vivace, sous-frutescente, de 20 à KO cent, de hauteur. Tiges droites, rameuses, finement pubescentes et d’un vert clair, ligneuses en bas, rapprochées en touffe. Feuilles opposées, sessiles, ovales-oblongues- pointues, entières, d’un vert foncé, marquées d’une grande quantité de points glanduleux sur les deux faces, souvent munies à leur aisselle de fascicules de feuilles plus petites. Racine grosse, ligneuse, fibreuse, traçante. Fleurs bleues, disposées en vcrticilles axillaires soutenus par des bractées, et lesquels forment épi au haut et sur un seul côté de la tige. Calice tubuleux, allongé, violacé, strié, à 5 dents aiguës; corolle tubuleuse, bilabiée : lèvre supérieure redressée, un peu échancrée ; l'inférieure à 3 lobes étalés, dont 2 latéraux plus petits, entiers, celui du milieu plus grand, échancré, à lobes divergents; •1 étamines didynames, écartées les unes des autres, saillantes, ainsi que le stigmate, qui est bifide. Akènes propriétés, usages. — L’Hyssope est une plante aromatique à odeur fragrante très-agréable. On emploie ses sommités à titre de tonique, de stomachique, de stimulant et surtout d’expectorant, dans l’atonie du canal intestinal, et pour activer soit la sécrétion urinaire, soit la menstruation, soit la diaphorèse, suivant les circonstances et la direction que l’on veut imprimer à ses propriétés

PLANTES MEDICINALES.

stimulantes, le plus souvent pour faciliter l’expectoration chez les cafarrheux et les asthmatiques.

La réputation de l'Hyssope comme expectorante, incisive, est pour ainsi dire populaire, et méritée d'ailleurs. Ce médicament agit, dans les bronchites chroniques et les brouchorrhées, soit en excitant les organes respiratoires afiaiblis et en leur donnant la force de se débarrasser des mucosités qui obstruent les canaux aériens, soit en tonifiant la membrane, muqueuse sécrétante, en la modifiant de telle sorte qu'elle cesse de fournir la matière des crachats. Mais nous insistons sur un point important : son emploi ne peut avoir toute sou efficacité lorsqu’il existe de la réaction, une fièvre plus ou moins marquée.

L'Hyssope, de même que le romarin, l’auronc, etc., peut agir comme vermifuge; Rosenstcin cite un cas où son administration détermina l'expulsion d’un grand nombre de vers lombrics.

A l'extérieur, cette plante est tonique, résolutive, vulnéraire; employée en sachet ou en décoction, elle est excellente pour résoudre les ecchymoses en géréral, celles des paupières particulièrement. En Perse elle jouit de la réputation de donner de l’éclat au teint.

récolte. — L'Hyssope se trouve sur les murailles des vieux châteaux, dans les fissures des rochers, dans les montagnes et sur les collines des départements méridionaux. On la cultive quelquefois dans les jardins.

Sa récolte peut se faire avant la floraison pour les feuilles, mais on préfère les sommités fleuries. Celles-ci sont reconnaissables encore, à l’état sec, par la manière dont sont tournées les fleurs et par les rameaux un peu carrés du haut. La dessiccation, qui diminue un peu l’odeur de la plante, n'ôte rien à sa saveur un peu amère, piquante et camphrée.

préparations, doses. — Infusion : 8 à 16 gr. par kilog. d’eau; — 30 gr. par kilog. d'eau, pour lotions, injections, gargarismes. Eau distillée : 30 à 100 gr., comme véhicule de potion. Sirop : 30 à 60 gr. en potion.

1F. Taxus baccata, L.

(Fauu Conifères.;

description. — Arbre résineux s’élevant à 10 mètres de hauteur, à écorce raboteuse. Tige rameuse, à rameaux souples et nombreux. Feuilles persistantes, d’un vert sombre permanent, linéai res-aiguë;.

très-rapprochées et rangées comme les dents d'un peigne sur deux côtés opposés. Fleurs petites, peu apparentes, axillaires, monoïques, quelquefois dioïques, composées de plusieurs écailles concaves imbriquées qui tiennent lieu de calice. Corolle nulle; 8-10 étamines; dans les femelles, ovaire percé au sommet d’un trou qui constitue le stigmatt. Drupe sphérique monosperçpe, ombiliqué au sommet, d’un rouge vif.

propriétés, usages. — L’If exhale une légère odeur de térébenthine ; il y a de l’amertume et de l’àcreté dans ses feuilles, une saveur douceâtre et fétide dans ses fruits. Mais tout cela n’est pas assez prononcé pour justifier l'opinion des anciens qui le considéraient comme très-vénéneux. Les Grecs prétendaient môme que l'ombre de cet arbre donnait la mort aux hommes qui avaient l’imprudence d'y boire, d’y manger ou d’y dormir. Selon Matthiole, leur poison toxica avec lequel on empoisonnait les flèches provenait de l’If, qui, encore, plongé dans l’eau dormante, assoupirait les poissons, d’après le jésuite Scott. Pourtant les animaux ruminants en peuvent manger les feuilles, qui au contraire passent pour donner la mort aux chevaux. Suivant Dioscoride, les baies auraient la singulière propriété de noircir les oiseaux qui s’en nourrissent, d'irriter les entrailles de l’homme qui en mange.

Tout cela est très-exagéré, ou bien l’If des anciens jouissait de propriétés que la nature du sol, le climat rendait plus actives. Mais pourquoi alors Théophraste assure-t-il que les fruits de cet arbre ne sont point nuisibles? Si l’If était utile à la pharmacie, il est probable qu’on saurait mieux à quoi s’en tenir sur ses propriétés.

Eu attendant on ne voit en cet arbre qu'un objet d’ornement pour les bosquets, les jardins. On sait en eflet qu'il se prête merveilleusement, par la taille, à toutes les formes que veulent lui donner les jardiniers. Son bois est dur, résistant, presque incorruptible, et est très-employé dans l’économie domestique et dans les arts.

L’If croit en liberté sur les montagnes de la Suisse, de l’Italie et de nos départements méridionaux. On le cultive pour l’ornement des jardins.

1MPÈRAT01RE. Imperatoria ostruthium, L.

(Fara. Ombellifkres.)

Noms ru/g. : Beojoin français, Otmebe, Ostruta.

descrittion (pi. xxxix, 2). — Plante herbacée, vivace, offraut le môme port que l'angélique, Racine noueuse, longue, comme uonelée. Tige

forte, dressée, creuse, glabre, de 30-60 cent, de hauteur environ. Feuilles peu nombreuses, les radicales grandes, à long pétiole, divisées en trois parties composées chacune de 3 folioles, les supérieures à court pétiole membraneux à la base : toutes ovales, trilobées, dentées, glabres et d’un vert peu foncé. Fleurs blanches, en une ombelle assez grande, terminale, privée de collerette. Corolle petite, à 5 pétales réfléchis en dedans; 5 étamines; 2 styles à stigmate arrondi, etc.

propriétés, usages. — L’impératoire n’est pas très -odorante, mais ses semences et sa racine le sont à un haut degré, et leur saveur est chaude et très-aromatique. Cette racine jouit de propriétés toniquesstimulantes assez énergiques, et cependant elle est pour ainsi dire abandonnée. « Pourquoi, se demande Roques, est-elle tombée dans l’oubli, lorsqu’on pourrait l’employer avec tant d’avantage dans l’hystérie, la Üèvrc tierce, les flatuosités et l’aménorrhée asthénique? pourquoi lui voit-on préférer tous les jours des plantes herbacées, inodores ou insipides? » Ce n’est pas nous qui chercherons une explication à l'inconstance des hommes; mais nos lecteurs en seront encore plus frappés si nous leur disons que cette même racine avait été proclamée par Hoffmann le divinum remedium, parce que, suivant lui, elle guérissait les coliques venteuses, les obstructions, l’hystérie, la lièvre intermittente, etc. Decker l’a administrée avec avantage contre la paralysie de la langue. Suivant Cullen, c’est un masticatoire utile dans l'odontalgie et les fluxions dentaires.

récolte. — On trouve l'impératoire dans les pâturages du Midi de la France, où elle, fleurit en juillet-août. On récolte la racine l’hiver pour la conserver. Elle est du volume du doigt, renflée et comme tuberculeuse de distance en distance, charnue, brune, rugueuse, marquée de sillons en travers, donnant naissance à des radicules secondaires. On la fait sécher après l’avoir coupée par rouelles. Celle qu’on trouve dans le commerce vient de l’Auvergne ordinairement.

préparations, doses. — Décoction : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Poudre : l à 2 gr. comme tonique; 2 à 6 gr. comme fébrifuge. On mâche cette racine comme sialagogue.

IRIS GERMANIQUE. Iris germanica, L.

(Fam. Ibidkbs.I

Noms tulg. : Flambe, Flamme, Iris no tiras.

description (pl. lvti, 1). — Plante vivace, à tiges de 50 à 60 cent.,

lisses, droites, glabres, nues dans leur partie supérieure. Feuilles ensiformes, planes, très- aiguës, longues, plus courtes que les tiges, engainantes à la base. Fleurs d’un bleu violet veiné, trèsgrandes, 2 à 6 au bout de la tige, la supérieure terminale, les inférieures pédonculées, munies à la base de bractées persistantes en forme de spathe. Périanthe à 6 divisions, dont 3 extérieures renversées, portant à leur centre une traînée de poils jaunes pétaloïdes et 3 internes dressées, plus petites. Etamines 3, dont les anthères sont appliquées contre la face inférieure des 3 stigmates, lesquels sont comme trois lames ressemblant à des pétales oblongs recourbés en dehors. Capsule à 3 angles. Grand nombre de variétés par la culture.

propriétés, csaces. — Les fleurs de cette jolie plante ont une odeur douce et agréable, mais la racine est la seule partie employée. Cette racine, inodore à l’état frais, est agréablement odorante étant sèche. Sa saveur est âcre, nauséeuse, diminuant un peu par la dessiccation. Elle est purgative et même émétique. Etmuller, Rivière, Sennert, etc., vantent son suc dans l’hydropisie, mais il est très-irritant et cause des coliques assez fortes. Nous ne conseillons pas de l'employer, d’autant que nous possédons beaucoup d’autres purgatifs indigènes.

On peut préparer des pois à cautère avec la racine de l'Iris germanique. Les parfumeurs s’en servent pour aromatiser des poudres, des cosmétiques. On en met quelquefois dans la lessive pour donner au linge une odeur agréable. Enfin le suc exprimé des fleurs, mêlé avec l’alun, donne une couleur verte dont on se sert pour écrire en vert.

récolte. — La Flambe croît sur les vieux murs, les décombres, les toits de chaume. On la cultive dan3 les jardins. Sa floraison est printanière. Sa racine est noueuse, charnue, ridée, genouillée, de couleur fauve; par la dessiccation elle acquiert une odeur de violette.

préparations, DOSES. — S ne exprimé (de la racine) : 15 à 60 gr. Infusion à froid : Storck, de Mayence, conseille de prendre préférablement au séné 4 onces (125 gr.) d’eau macérée pendant une nuit sur 4 onces de sa racine ràclée. On peut remplacer l'eau par le vin. Foudre : comme stemutatoire, étant prisée.

Iris des marais (Iris pscudo-acorus ) , G layeul des marais, Iris jaune, Planche d’eau ou bâtarde, etc. (pi. XII, 3). Cette plante croit dans les lieux marécageux, aux bords des étangs, des rivières, des fossés. Tige de 50 à 90 cent., rameuse, pluriflore, un peu fléchie en zigzag aux nœuds où les feuilles s’engainent. Feuilles radicales

ensiformes, verte*, planes, striées, égalant environ la longueur de la tige (1). Fleurs jaunes, situées au sommet des tiges ou de3 rameaux; spathes à bractées lancéolées-aiguës (2). Les divisions du périanthe ne présentent pas de poils au milieu comme dans l’espèce précédente; stigmates oblongs, élargis au sommet, à lobes incisés, denticulés (3).

La racine du Glayeul des marais est au moins aussi active que celle de l'Iris germanique. Elle est, suivant quelques auteurs, tonique, astringente ou purgative, selon les doses ; par conséquent ils l’ont conseillée contre les scrofules, la dyssenterie et les hydropisies. Nous croyons que son usage est rarement opportun. C’est im médicament iritant, dont les propriétés thérapeutiques n’offrent pas des avantages qui compensent les inconvénients qui peuvent résulter de son emploi. — « En Ecosse, les montagnards font bouillir cette racine dans de l'eau avec de la limaille de. fer et en fabriquent une encre assez bonne » — « Guyton de Morveau a présenté les semences de cette plante comme fébrifuges et susceptibles de remplacer, étant torréfiées, le café. »

La racine de l’Iris des marais est tubéreuse, annelée, charnue, fragile, de couleur ferrugineuse. A l’état frais, elle exhale une odeur de marais qui disparait par la dessiccation.

Iris fétide ( Iris feetidisiima), Iris gigot, Glayeul puant, Spatule. Croit dans les bois, aux bords des chemins herbeux. Tige de 40 à 60 cent, anguleuse d’un côté, pluriilore. Feuilles alternes, un peu plus longues que la tige, étroites, coriaces, exhalant par le frottement une odeur fétide. Fleurs bleuâtres, veinées, plus petites que dans l’espèce précédente; périanthe externe ne présentant pas non plus de poils (juin-juillet).

La racine et les semences de l’Iris fétide ont été employées à titre de purgatif et d’altérant dans l’hydropisie et les scrofules. La racine est genouillée, chargée de fibres longues et nombreuses; elle exhale une odeur désagréable et fétide. Tout ce que nous venons de dire des espèces précédentes est applicable à celle-ci. Les gens de la campagne se purgent quelquefois avec le suc exprimé de la racine fraîche.

Iris de Florence (Iris flnrentiana). Celte espèce, quoique n’étant pas considérée comme indigène, doit être mentionnée : elle croit

(1) Elle* manquent sur le dessin.

(1) La figure représente une fleur cnoore renfermée dans ta spathe.

(3) Cet stigmates ont été figurés extrêmement grossis.

d’ailleurs près de chez nous, en Italie et dans le midi de l’Europe. Les fleurs sont blanches, d'une odeur douce, agréable. Sa racine est épaisse, noueuse, très-odorante, et d’une saveur amère, âcre et persistante. On l’emploie en médecine à l’intérieur et à l’extérieur. Elle entrait dans la composition d’une infinité de remèdes plus ou moins secrets et célèbres, tels que l’Andromaque, le diabotanum, l’onguent de Charas, etc. Elle ne sert plus guère qu’à faire des pois à cautères.

Les parfumeurs en font un grand usage pour leurs cosmétiques. On pourrait utiliser la grande quantité de fécule qu’elle contient en la débarrassant de son principe amer et âcre, qui lui donne ses propriétés sialagogues, détersives, résolutives, antiventeuses, etc.

1VETTE. Teucrium chamirpitis, L.

(Farn. Labiées ; genre Gerkandrée.)

description (pl. xxxix, i). — Piaule annuelle, herbacée, de 10 à 16 cent. Tige dressée ou couchée, selon les lieux où elle croit, rameuse, rougeâtre, tétragone, poilue sur deux de ses faces, lesquelles alternent à chaque articulation. Feuilles opposées alternativement en croix, les inférieures très- allongées, les supérieures très rapprochées, toutes velues, divisées en trois lobes étroits. Fleurs d’un jaune clair, petites, verticillées à l'aisselle des feuilles. Calice anguleux, un peu renflé, à 5 dents aiguës ; corolle unilabiée à tube très-court ; 4 étamines, didynames, saillantes; l style à stigmate bifide.

propriétés, usages. — Odeur aromatique qui rappelle celle du pin ; saveur très-amère, aromatique et résineuse; action stimulante qui se porte principalement vers la peau, telles sont les propriétés de Tlvette. Quant à ses usages, ils consistent principalement à combattre la goutte et les rhumatismes chroniques. Cette plante a été considérée encore comme désobstruante, antispasmodique, emménagogue, etc.; mais elle est peu employée aujourd’hui.

récolte. — Rien à dire, si ce n’est que l’ivette croit dans les champs sablonneux, secs et arides, et qu’elle montre ses fleurs presque tout l’été.

préparations, doses. — On peut employer l 'infusion, la poudre et l'extrait aux mêmes doses que la germandrée, qu’elle peut remplacer du reste. Elle faisait partie de la poudre de Portland, dont la réputation comme antigoutteuse était immense.

L Ivette musclée ( Teucrium ica) se distingue de la précédente par ses feuilles ovales, dentées, plus velues; ses fleurs roses; son odeur

plus aromatique, etc. Elle croît dans le midi de la France. — Ou l'estime céphalique, antispasmodique, propre à remplacer la germandrée-ivette. Inusitée d'ailleurs.

IVRAIE, Lolium perenne, L.

(Fam. Gbaminées.)

Nom» eulg. : Ivraie vivace, Faux froment, Ray-graas.

description. — Il nous parait peu utile d’ajouter des caractères à ceux indiqués au genre, pour une plante fourragère que tout le monde connaît, une graminée qui ressemble à tant d’autres croissant comme elle dans les champs, sur les pelouses, aux lieux incultes.

D’ailleurs ses propriétés médicales sont à peu près nulles. Mais on sait qu’elle engraisse promptement les chevaux et les bœufs qui s’en nourrissent. Ses graines pourraient servir à nourrir la volaille, les oiseaux.

Ivraie enivrante ( Lolium temulentum). Ivraie annuelle. Cette espèce donne un flagrant démenti à la famille des graminées, dont les semences passent pour alimentaires ou pourraient l’ôtre pour l'homme lui-méme. Elle agit, elle, à la manière des poisons. Ses propriétés délétères ont été signalées par les auteurs dès la plus haute antiquité, qui croyaient même que son usage rendait aveugle. Mêlée au pain cette Ivraie cause, selon les uns, des accidents tels que vertiges, céphalalgie , vomissements, lesquels, d’après De Candolie, seraient très-rares.

Tout récemment MM. Filhol et Baillet, de Toulouse, ont fait des expériences sur le lolium temulentum, et sont arrivés aux conclusions suivantes.

Six lapins domestiques ont pris à dose élevée de l’Ivraie enivrante, ou des produits provenant de ce grain, et Ton n’a rien observé chex eux qui pût être rattaché à l’action de cette [liante.

Quatre chiens ont été employés à six expériences faites avec le même grain et les mêmes produits, et chez tous ces carnassiers il s’est manifesté des symptômes qui attestent une action évidente du Lolium temulentum sur le système nerveux.

Des divers phénomènes produits, le tremblement général est celui qui s'est montré avec le plus de constance et qui a persisté le plus longtemps.

Les grains employés dans ces expériences ont été recueillis en juillet 1859, aux environs de Castelnaudary, au moment de la moisson.

JASMIN. Jasminum officinale, L.

(Fam. Jasminéïs.)

description (pl. xvii, 3). — Arbrisseau sarmenteux, à tiges faibles, qui se divisent en rameaux grêles, munis de feuilles opposées, ailées, à 7 folioles, dont 6 opposées par paires, et 1 impaire très-allongée. Fleurs blanches solitaires, longuement pédonculées, formant des bouquets peu fournis à la Un des rameaux (juillet-octobre), et présentant les caractères assignés à la famille dont elles constituent le genre type.

propriétés, usages. — Les feuilles sont inodores, mais les fleurs exhalent un arôme délicieux que chacun connaît; leur saveur est amère. Ces fleurs contiennent une huile essentielle très-employée dans l'art du parfumeur, et qu’on extrait au moyen de l’huile d’amandes douces, non par distillation. Elles sont données comme antispasmodiques et légèrement narcotiques ; l’essence est céphalique, cordiale; on l’emploie aussi en frictions sur les membres paralysés et dans les maladies nerveuses.

Le Jasmin est originaire des Indes. Cultivé chez nous, ou en palissade les murs, on en garnit les terrasses et les treillages, etc.

JOUBARBE. Sempervivum tectorum, L.

(Fam. Crassulacées.)

Noms vuJf. : Joubarbe des toits, Jombarb?.

description (pl. XX, 4, et la ûg. page 256, t. 1er). — Plante de 40 à 60 cent., à tige simple, dressée, grosse, garnie de feuilles éparses, s’élevant du centre de feuilles radicales disposées en rosettes, serrées les unes contre les autres, ovales-oblongues, épaisses et charnues. Fleurs roses-purpurines, disposées en épis scorpioïdes rapprochés en un corymbe terminal au sommet de la tige. Divisions sépaloïdes égales, velues; 12 pétales lancéolés, ouverts, doubles en longueur du calice, etc.

propriétés, usages. — Les feuilles de la Joubarbe, seules parties employées, ont une saveur fraîche, aigrelette, légèrement astringente. On les a considérées comme diurétiques et antiscorbutiques.

PLANTES MEDICINALES.

principalement comme propres à combattre les brûlures, les inflammations superficielles, les coupures récentes, étant appliquées extérieurement. Leur suc, mélangé avec de l'eau et du miel, constitue un bon collutoire contre les aphthes et le muguet; on l’a employé, à titre de réfrigérant, dans beaucoup d’autres cas où son utilité n'est rien moins que démontrée : par exemple, en application sur le front pour calmer le mai de tête, le délire, arrêter l’épistaxis ; sur les hémorrho'ides douloureuses, etc. — Selon Tournefort, rien n’est meilleur pour les chevaux fourbus que de leur faire avaler une chopine de suc de cette plante. — Il est des cantons où les paysans croient que la Grande-Joubarbe empêche les maléfices et les sortilèges.

récolte. — Cette plante croit sur les vieux murs, les toits de chaume, faisant contraste avec la vétusté qu elle semble vouloir protéger et orner. 11 faut choisir les feuilles les plus fortes des rosettes où la tige n’est pas encore montée. On ne les fait jamais sécher; elles s’emploient fraîches.

préparations, doses. — Cataplasme : feuilles pilées, quantité sutfisante, sur les brûlures, les hémorrhoïdes et les coupures ; — ou feuilles dépouillées de leur cuticule. Suc : quantité suffisante comme réfrigérant et un peu astringent; on peut le mêler avec du beurre, de l'huile, etc. — Rcichel en donne 10 à 60 gr. à l’intérieur comme sédatif spécifique dans les affections spasmodiques de l’utérus.

Joubarbe (petite). Elle est étudiée plus loin sous le nom d’Orpin.

JUJUBIER. Zizyphus vulgaris.

(Fam. Rhemnées.)

description. — Qu’on nou3 permette de ne rien ajouter aux caractères indiqués à la famille et au genre (t. I, p. 247) , quand il s’agit surtout d’un végétal originaire des eûtes de la Syrie et fort peu naturalisé dans nos départements.

propriétés, usages. — Mais pourtant il importe de le signaler, à cause de son fruit, qui est un drupe pulpeux rougeâtre, de la forme et de la grosseur d'une olive {jujube), et dont le parenchyme blanchâtre, mou, succulent, mucilagiueux et sucré, est employé sous forme de pâte, en décoction, en nature même, etc., daus une foule de cas et principalement dans les irritations de poitrine, les rhumes, les affections calculeuses, etc.

Les jujubes se trouvent dans le commerce à l’état de dessiccation ;

elles sont alors alimentaires pour les personnes délicates, qui digèrent mal.

Décoction : 32 à 60 grain, dans de l’eau ou du lait. Pâte de jujube : quantité voulue.

JUSQUIAME. Hyosciamus niger, L.

(Fam. Solanbbs.) .

Noms vulg. : Jusquiame noire, Hanebane, Potelée, Porcelet, Herbe- aux- Engelures , Mort-aux-Poulea.

description (pl. lui, 3). — Plante bisannuelle, herbacée, à tige de 30 à 80 cent., robuste, dressée, rameuse (i), d’un vert grisâtre, couverte de longs poils glanduleux. Feuilles alternes, grandes, pétiolées au bas de la tige, semi-amplexicaules en haut, molles, à découpures pointues, velues, cotonneuses. Fleurs jaunâtres, à gorge marquée de pourpre et à limbe veiné de lignes brunes anastomosées en réseau, assez grandes, disposées en grappes courtes, unilatérales, i'euillées et roulées en crosse au sommet. Calice campanulé, velu, persistant, à 3 divisions courtes ; corolle eu entonnoir, à 5 lobes inégaux, obtus, ouverts; étamines 3, faisant saillie hors du tube (2), à filets un peu arqués. Capsule renfermée dans le tube du calice, biloculaire, operculée ; graines grisâtres.

propriétés , usages. — Toute la plante répand une odeur forte, vireuse, désagréable ; sa saveur est fade et nauséabonde dans les feuilles, un peu sucrée dans la racine , etc. Elle jouit de propriétés vénéneuses, analogues à celles de la belladone et de la stramoine, se manifestant principalement par des dérangements cérébraux singuliers, qui paraissent avoir été observés de tout temps, car Arétée dit que la Jusquiame rend insensé.

Storck, cet infatigable expérimentateur, a mis cette plante en honneur de son temps, il la trouvait surtout avantageuse contre les névroses, telles que la manie, l’épilepsie et la paralysie. D'autres l’ont donnée dans les convulsions, le tétanos, les palpitations de cœur, l’iiypochondrie, les tremblements des membres, mais aujourd’hui ce n’est guère que dans les névralgies qu'on l’emploie sous forme d’extrait, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur.

L’usage externe de la Jusquiame noire a été très-répandu ancien-

(1) La 6gure ne représente qu’nne sommité fleurie.

(S) La figure détachée semble indiquer le contraire ; mais il faut remarquer que les lobes sont représentés redressés.

PLANTES MEDICINALES.

nernent : en cataplasmes, sur les articulations goutteuses ; en collyre, contre les ophthalmies; en collutoire, contre l’odontalgie. Oa faisait des fumigations avec les graines projetées sur des charbons ardents, pour apaiser les douleurs de dents; les feuilles fraîches étaient appliquées sur la tète pour calmer les céphalalgies, etc.

L'école italienne emploie cette plante comme hyposthénisante, contre-stimulante dans les phJogoses des centres nerveux et des grands viscères.

La Jusquiame, poison pour l’homme, est broutée sans inconvénient par les chèvres, les vaches, les brebis; les cochons l'aiment beaucoup; elle sert de nourriture exclusive à une espèce de punaise (Cimex hyosciami), tandis qu’elle tue la plupart des insectes, qu'elle fait fuir les rats, nuit aux oiseaux et est mortelle pour les poissons.

hécolte. — La Jusquiame, dont le port est triste, l’apparence sombre et peu favorable, le contact visqueux , croit sur les décombres, aux bords des chemius pierreux, autour des villages, dans les champs eu üicue, où elle fleurit en mai-juillet. On procède à sa récolte un peu avant la floraison. La dessiccation se fera avec soin et promptement, parce que les feuilles sont épaisses, enduites d'un duvet visqueux. La raciue se trouve aussi dans le commerce;- comme elle ressemble à celle de la chicorée, elle a causé plus d'une fois des accid nts par suite des méprises auxquelles elle a donné lieu.

PRÉr a HATIONS, DOSES. — Poudre (feuilles) : 5 à 20 cent. Extrait : 5 à 15 ceut. — 30 cent, à 4 et 8 gr. par jour, comme hyposthénisant (Kasori;. — Cet extrait fait partie des pilules de Méjlm, si fréquemment mises eu mage contre les névralgies, le tic douloureux surtout. — M. Casio le propose pour remplacer l'extrait d'opium, avec cet avautage qu'il ue constipe pas, pour suppléer celui de belladone lorsqu'il s’agit de dilater la pupille, etc.

Huile de Jusquiame : quantité suf isante en ouctlons et embrocations calmantes. Les /euilles de Jusquiame servent à préparer des

cataplasmes, des lotions, injection* et fomentation* auodines. On

les applique aussi à l'état frais.

La Jusol’lame blanche (Hyosciamus albus ) ne diffère pas plus de la noire par ses propriétés médicales, qui sont cependant moins actives, que par ses caractères botaniques. Cette plante est moius élevée; ses feuilles sout oblu-es, moius allongées, plus velues; ses fleurs sont d’uu blanc jaunâtre, plus petites, ne s'épanouissant qu'au mois d'août.

UfaMJUPTl&N ET USAGE. 275

LAICHE DES SABLES. Carex arenaria, L.

(Fum. Cypéracébs; genre Carex.)

Kami milg. : Salsepareille d'Allemagne, Salaepareille dea panvrea.

description (pl. xlvi, 2) — plante vivace, petite, rampante, ayant une souche souterraine horizontale très-longue, noueuse; des tiges de 3 à 5 décim. ; des feuilles linéaires planes. Fleurs roussàtres, en chaton; épillets inférieurs formés de fleurs femelles, les supérieure de fleurs femelles et mâles mélangées (mai-juillet).

propriétés. — La racine de cette planle est sudorifique. Merz, dans sa dissertation sur les succédanés de la Salsepareille, lui accorde une cerlaine. importance et la croit propre à remplacer cette dernière dans le traitement des aflections syphilitiques.

récolte. — C’est dans les lieux sablonneux qu’il faut l'aller cueillir, cette racine, qui est rougeâtre en dehors, blanchâtre en dedans, d’une odeur très légèrement aromatique. — On la prescrit en décoction à la dose de 15 à 30 gr. par kilog. d'eau.

L AITUE VIREUSE. Lactuca virosa, L.

(Fam. Composées; tribu : Cuicoracébs.)

Koma pu la. : Laitue sauvage, Laitue papavéracée, Laitue fétide, Lorceron.

description (pl. un, 4 (t) ). Plante bisannuelle de 80 cent, à

1 m. 50 c. Tige dressée, simple, paniculée au sommet, glabre et glauque. Feuilles seini-amplexicaules, les inférieures très-grandes, ovales allongées, denticulées, glauques en dessous avec des épines sur la nervure moyenne, les supérieures plus petites, aiguës, pinnatifldes. Fleurs jaunes, en panicules rameuses à IV xtrémité des branches, lnvolucre cylindrique, formé d’écailles lancéolées, imbriquées, les externes plus courtes; réceptacle plan, nu, alvéolé, recevant 20-25 demi-fleurons hermaphrodites à languette tronquée et denticulée au sommet; 5 étamines, à anthères réunies; style à

2 stigmates. Fruit ellipsoïde, couronné par une aigrette soyeuse formée de poils blancs nacrés et articulés (2).

propriétés, usages. — Odeur vireuse, désagréable, prononcée. La

(1) L* figure représente le haut d’une branche chargée de fleurs et de boutons, et une feuille inférieure.

13) Voir la petite figure détachée.

PLANTES MEDICINALES.

plante fournit un suc laiteux très-abondant, d’une saveur âcre et amère, qui exerce une action stupéfiante sur l’économie. C’est, en effet, un narcotique que l'on peut comparer à la jusquiame et aux autres Solanées. On en a prépaié un extrait que l’on a préconisé dans les nombreux cas < ù l’opium est indiqué (V. Pavot), et que quelques auteurs ont aussi vanté dans l’hvdropisie ascite, la jaunisse, les engorgements viscéraux, etc.

récolte. — La Laitue vireuse habite les lieux arides, les haies, et parmi les décombres. Elle montre scs fleurs au milieu de l’été. On se la procure un peu avant la floraison pour en retirer l’extrait que l’on prépare eu épaississant le suc au bain-marie.

préparations, doses. — Extrait : 40 à 50 cent, en plusieurs fois dans la journée, ou bien 10 cent, toutes les 2 heures. Vaidy s’est bien trouvé do ce médicament pour calmer les douleurs violentes de l'estomac; il n’a [joint, comme l’opium, l’inconvénient d’arrêter les évacuations alvines.

Cependant cet extrait est peu employé aujourd’hui, et ce n’est pas sans raison peut-être, car on n'est pas d’accord sur les doses. Orfiia prétend, en i flot, que, p >ur amener des résultats notables, il doit être administré à la dose de 4 gr. et même davantage.

Laitue cultivée ( Lactuca saliva). Sans entrer dans l'énumératiou de ses caractères et des nombreuses variétés qu’on en obtient par la culture (V. t. 1, p. ), nous dirons que cette plante est tempérante, rafraîchissante et relâchante. Son usage convient dans les irritations intestinales, les névroses, l’hypochondrie, le satyriasis. « Les poètes de l’antiquité, en nous leprésentant Adonis enterré par Vénus dans un champ de laitue, semnlent nous apprendre, sous ce symbole ingénieux, que, de temps immémoiial, cette plante a eu la réputation d’apaiser les feux de la concupiscence et d’éteindre ou d’amortir les désirs vénériens. On a même cru qu’elle était susceptible de produire la stérilité et l’impuissance. »

Cette plante est presque exclusivement potagère. Cependant on en retire la tnridace et le lactucarium, deux produits qui jouissent d’une propuéte hypnotique, mais à un degré dittereut, la thridace n’ayant presque pis d'aubes vertus que la plante elle-mê ue. Le lactucarium est le suc do la Laitue obtenu par mci-ion ei desséché au sul il, tandis que lu inndaco est le lésulial de l'évaporatiou du suc obtenu en et ex p. imam le suc des tiges contuses de la Laitue montée. M. Aubergier, auteur du procédé pour obtenir le lactucarium en grand, donne la préférence à la Laitue gigantesque.

Le laclucarium est employé souvent pour calmer la toux des phthisiques, et pour produire un filet calmant sans risquer les inconvénients de l'opium. 11 se donne en pilules (10 à 20 centigr.) ou en sirop (30 à 50 gr ).

l AM1ER. Lamium album, L.

(Fam. Labiées.)

Noms rut g. : Ortie blanche, Ortie morte, Lamier blanc, Laraion, Arcbangéliqnc.

description. — Plante herbacée, annuelle, de 30 à 40 cent. Tiges carrées, couchées à la base, puis dressées, pubescentes. Feuilles opposées pétiolées, subcordiformes-aiguës, à grandes dents aiguës. Fleurs blanches, assez grandes, disposées en verticillesouglomérules de 4-10 à l’aisselle des feuilles supérieures. Calice pubes ent à 5 dents subulées, étalées après la floraison; corolle à long tube contracté à la base, puis brusquement di'até et droit-ascendent, à lèvres un peu jaunâtres en dedans, la supérieure cour! ée en faux, velue en de* horr, l'inférieure à 2 lobes; 4 étamines didynames, courbées sous la lèvre supérieure, à anthères jaunes et noirâtres. Semences nues, a i nombre de 4.

propriétés, usages. — Le Lamier ou Ortie blanche a une odeur aromatique peu agréable, une saveur amère. C’est une plante qui ne présente aucune qualité thérapeutique déterminée : les uns la considèrent comme astringente, d’autres comme légèrement tonique ; probablement qu’elle n’est rien de tout cela. Aussi les médecins l’ont-ils complètement abandonnée. Cependant nous ne devons pas omettre de dire qu'elle a été piéconisée contre les hémorrhagies, les flueurs blanches et Us affections scrofuleuses.

récolte. — On fait sécher la plante entière ou le plus souvent les sommités fleuries, ou même les corolles toutes seules préalablement mondées. Celles-ci se vendent sous le nom de fleurs d'Ortie; on les reconnaît facilement à leur forme bilabiée et à leur couleur blanche, deux caractères, dit Gauthier, qu’on ne retrouve dans aucune des fleurs vendues habituellement dans le commerce des plantes médicinales. Séchée, l'Ortie blanche perd sa saveur et son odeur; en sorte qu’il vaut mieux l’employer fraîche.

préparations, doses. — Infuston (corolles) : 2 ou 3 pincées par 500 gr. d’eau. — (Sommités fleuries) : il faut doubler la dose. Cataplasme (feuilles cuites) : employé comme émollient, astringent, résolutif.

LAMPOURDR, Anthium strumarium.

{F&m. Composées.)

Nom» n tlg. i Petit Glootcron, Petite Bard&ne, Herbe aux écrouelles.

On a fait de ce genre, détaché des Composées, le type des Ambrasiacées. Les espèces, qui sont peu nombreuses, sont di s plantes annuelles, à feuilles alternes, lobées ; à fl'eurs en capitules rapprochées en épis, les uns mâles, les autres femelles, etc.

On employait autrefois le suc de la Lampourde contre les scrofules et le cancer.

LAURIER. Laurus nobilis, L.

(Fam. Laurackes.)

* Noms ru ly. : Laurittr d'Apollon, Laurier franc, Laurier-Sauce.

description (pl. xiv, 2). — Originaire des contrées orientales de l'Europe, mais naturalisé dans le midi de la France et cultivé dans tous les jardins, le Laurier est un arbre toujours vert, atteignant 6 à 7 mètres de hauteur; à tige dressée, rameuse; à feuilles alternes, ovales-aiguës, entières, dures et coriaces, d’un vert persistant plus vif en dessus qu’en dessous. Fleurs d'un jaune blanchâtre, petites, dioïques : les mâles en petits faisceaux munis chacun de 4 bractées caduques, ayant le calice à'4 ou 5 divisions profondes , 8 à 12 étamines, pas de pistil; fleurs femelles formant aussi de petits capitules involucrés, avec un calice turbiné à 4 divisions, un style épais et court, recourbé, sur un ovaire uniloculaire et uniovulé; ici les étamines semblent remplacées par 4 appendices alternes. Drup « ovoïde, un peu charnu.

propriétés, usages — Le Laurier exhale une odeur fragrante, balsamique. Les feuilles et les baies sont les parties qui ont été employées en médecine. Les premières sont douées d’un arôme balsamique et d’une saveur aromatique chaude, amère et piquante; lorsqu’on les brûle, elles répandent une fumée d’une odeur suave. Réputées stomachiques, carminalives et antispasmodiques, elles conviennent dans les débilités de l’estomac, les flatuosités, la gastralgie, etc. On les a proposées dans beaucoup d’autres maladies, telles que l’hypochondrie, l’aménorrhée, l’asthme, la paralysie, etc., mais nous devons le dire, les observateurs n’ont rien publié qui mérite confiance à cet égard.

Les feuilles de Laurier ne sont guère usitées que pour aromatiser les mets de haut goût, lesquels ne peuvent convenir aux estomacs irritables.

Les fruits ou baies du Laurier possèdent des propriétés encore plus prononcées que les feuilles, dues à une huile volatile contenue en grande quantité dans leur péricarpe. L’amande fournit de son côté une huile grasse verdâtre, semi-solide, dont on se sert pour embrocations résolutives. Ce que l’on vend généralement dans le commerce pour de l’huile de Laurier, est tout simplement de la graisse de porc colorée en vert et rendue aromatique par la macération des feuilles de Laurier et de Sabine réduites eu pulpe.

Dans l’antiquité, le Laurier était consacré au dieu de la poesie et des arts, d’où son nom de Laurier d'Apollon ; alors, comme de nos jours encore, on en ceignait le front des vainqueurs et des héros; longtemps dans nos écoles de médecine, la couronne destinée aux jeunes docteurs devait être faite avec des rameaux garnis de leurs fruits (baccœ laurei), d’où vient le titre de bachelier.

préparations, doses — Infusion (feuilles) : 10 à 15 gr. par kilog. d’eau. — (baies). : 4 à 10 gr. pour même quantité d’eau. Huile essentielle : 1 à 10 gouttes, en potion. Huile exprimée : quantité suffisante en frictions.

LAURIER CERISE. Prunus laurocerasui, L.

(Fam. Amvgdalées; genre Cerisier.)

Noms ru Ig. : Laurier-k-Lait, Laurier-Amandier.

description (pl. lui," 5). — Arbre s’élevant à une hauteur de ii mètres environ. Tronc ranieux, lisse, noirâtre. Feuilles persistantes, luisantes, coriaces, alternes, ovales allongées. Fleurs blanches, en grappes axillaires, dressées et longues. Fruits ovoïdes, ressemblant à des guignes, mais plus petits.

propriétés. — Les feuilles, les fleurs et les noyau? du Laurier- Cerise répandent une arôme particulier, dù à la présence de l’acide hydrocyanique et d'une huile volatile, qui sont de violents poisons stupéfiants. On a cependant recommandé l’iniusion et l’eau distillée des feuilles dans la phthisie, l’asthme, les engorgements du foie, les maladies nerveuses, les toux quinteuses, les palpitations du cœur; à l'extérieur, dans les inflammations cutanées, le prurit des affections dartreuses, les brûlures, l’engorgement laiteux des mamelles, etc.

En petite quantité, le Laurier-Cerise constitue un condiment qui relève la saveur des mets fades. Les confiseurs emploient ses fruits et ses feuilles pour faire des ratafias, aromatiser certaines liqueurs. Les oiseaux mangent avidement la pulpe des baies, dont le noyau est le siège des principes vénéneux.

récolte. — Originai-e des bords déjà mer Noire, le Laurier-Cerise réussit dans le midi de la France. C'est pendant le mois de juillet que, sous le climat de Paris, ses feuilles paraissent posséder la plus grande proportion de principes actifs.

préparations, doses. — Eau distillée (feuilles) : 4 à 16 gr. en potion. A cette dose, on avait cru lui trouver une action toxique; mais de nouvelles expériences, tentées surtout par M. Robert, pharmacien à Rouen, et par Fouquier, ont démontré qu’ou pouvait en donner jusqu’à 120, 250 gr. et plus dans un seul jour, sans que les malades en éprouvassent aucun effet marqué. Son usage est donc incertain; aussi l’abandonne-t-on de plus en plus. On s’en sert pour aromatiser le lait. Huile essentielle : 1 à 5 gouttes. — 50 cent, à 1 gr. mêlé à 15 gr. d’huile d’olive ou d’amandes douces pour onctions.

LAURIER-ROSE oc NÉRION. Aérium oleander, L.

( F a m . Apocvnées.)

Le Laurier-Rose (pl. un, 5) croît spontanément dans la partie méridionale de l’Europe ; il se trouve dans le midi de la France, aux environs d’Hyères, et est cultivé en caisse dans tous les jardins.

L’écorce et les feuilles de cet arbrisseau ont une odeur désagréable, une saveur âcre et amère. Toutes les parties de la plante sont vénéneuses : ses seules émanaMons ont suffi pour occasionner des accidents graves de la nature de ceux que déterminent les poisons stupéfiants. 11 serait dangereux de coucher dans une pièce renfermant un Laurier Rose.

On a administré ce végétal à l’intérieur dans les dartres, la syphilis; mais son action délétère et peu utile d’ailleurs l’a fait abandonner. La décoction des feuilles dans l’huile est quelquefois employée contre la gale et certaines affections dartreuses.

LAVANDE. Lavandula vera. L.

(Fam. Labiées.)

description (pl. XXXIX, 4.) — Petit arbuste élégant, haut de 40 à

60 cent. Tiges ligneuses à la base, rameuses, rapprochées en touffes (1) feuillées en bas, nues en haut. Veuilles opposées, sessiles, étroites-oblongues, s’arrêtant sur la tige bien au dessous de l’épi florifère. Fleurs bleues, quelquefois blanches, disposées en verticilles ou glomérules de 3-5 qui forment des épis grêles, interrompus à la base, et qui sont munis de 2 bractées étroites. Calice bleuâtre, tomenteux, à dent supérieure prolongée en un appendice en forme d'opercule. Corolle à tube saillant hors du calice, lèvre supérieure bilobée, l'inférieure trilobée à lobes presque égaux (2) ; étamines 4 incluses, les inférieures plus longues; style filiforme de la longueur du tube, sur un ovaire quadrilobé qui se convertit en 4 petits akènes lisses, oblongs.

propriétés, usages. — Les Lavandes répandent une odeur aromatique très-agréable ; leur saveur est amère et chaude. Ce que nous avons dit des usages des Labiées en général leur est spécialement applicable. (V. t. I, p. 19 1.)

La Lavande officinale, que nous étudions, est tonique-stimulante; et bien qu’elle s’emploie plus souvent comme parfum que comme médicament, on la recommande dans les affections atoniques et scrofuleuses; dans la chlorose, l’aménorrhée, les vapeurs, les spasmes, l’hystérie ; dans les écoulements muqueux entretenus par une faiblesse générale, tels que la bronchite chronique, l’asthme humide, la leucorrhée, etc. »

A l'extérieur, la Lavande est mise en usage comme stimulanterésolutive. On en prépare des bains aromatiques, son nom vient même de là ( lavare , laver); des sachets qu’on applique sur les engorgements atoniques, et sur lesquels on pourrait coucher les enfants scrofuleux pour les fortifier La teinture alcoolique a été employée, en gargarisme, contre la paralysie de la langue et le bégaiement; l’on prescrit son eau distillée plus ou moins additionnée d’alcool, en lotions, sur les boutons de la couperose et de l’acné, pour en opérer la résolution.

Répétons ici que les plantes stimulantes, les Labiées en général, la Lavande en particulier, ne doivent pas être administrées à l’intérieur lorsqu’il existe de la chaleur à la peau, de la réaction géuérale ou locale, une certaine irritabilité des tissus, une disposition aux

(1) Uae seule est figurée.

(2) Le lobe moyen, sur la figure, a été divisé en deux, ainsi que le tube, j,our faire oir 1rs étamines.

congestions vers la tête, de la soif, de l’inflammation à l'estomac, etc.

C’est cette plante que l’on vend dans les rues de Paris pour mettre dans les garde-robes, dont elle masque l’odeur, et dans les armoires parmi les hardes pour les préserver des teignes par la force de son nrome. L’huile essentielle de Lavande passe pour mettre les insectes en fuite, pour chasser les poux, les mites, les teignes. C’est cette huile qu’on connaît sous le nom d'huile d'aspic, et qui entre dans la composition de plusieurs vernis.

récolte. — Originaire des contrées méridionales de l’Europe, la Lavande est cultivée en bordure dans les jardins. Pour l’usage médical on la cueille avant l’épanouissement des fleurs, si l’on veut qu'elle jouisse de toutes ses propriétés, lesquelles persistent après la dessiccation, et sont plus prononcées lorsque la culture du végétal a lieu dans un terrain sec et aride.

préparations, doses. — Infusion (sommités) : 4 à 8 gr. par kil. d’eau; — 15 A 30 gr., pour lotions, fomentations. Eau distillé» : 30 à 100 gr. en polion. — Elle îert aussi pour la toilette comme cosmétique. Teinture alcooliqw : t à 4 gr. et plus en potion. Huile essentielle : 5 à 10 gouttes en potion — On se sert de cette huile, surtout de celle qu’on retire de la Lavande-Stœchas, pour tuer les poux : on en graisse un papier brouillard que l’on applique sur la tête dis enfants. — La même huile, dit Chomel, mêlée avec celle de millepertuis et de camomille, fait un excellent Uniment pour les rhumatismes, la paralysie et les mouvements convulsifs.

La LavàTOE Spic (Luoandula spica) (pl xxxix,5), Grande-Lavande, Lavande mâle. Aspic, Faur-Nard, diffère très-peu de la précédente, dont elle se distingue par ses bractées linéaires, par une odeur et une saveur plus prononcées, partant par des propriétés plus actives. Du reste, ses usages sont les mêmes. C’est de la Lavande-Spic principalement qu’on retire l’huile volatile connue sous le nom d'huile de spic, par corruption, huile d'aspic, laquelle est jaunâtre, âcre, chaude, aromatique, d’une odeur pénétrante, contenant beaucoup de camphre, et qui estemployéeen médecine, dan6 l’art vétérinaire surtout, et dans les arts industriels.

La Lavandk-Stcechas, rom qui lui vient de ce qu’elle croit aux ilesStœchades (ou Hyères), est réputée antispasmodique, emménagogue, expectorante. Elle entre dans le sirop de stœchas, employé dans les affections de poitrine avec embarras des bronches et de la respiration; dans la thériaque, le mithridate, etc.

LICHEN D’ISLaNDE. Lichen islandicus, L.

(Fani. Licbénses.)

description. — Ce Lxhen est foliacé, d’utie consistance sèche et comme cartilagineuse, formant des toufles serrées (pi. l, i), composées de plusieurs ramifications dressées et entrelacées. Il est d'un routre foncé à sa base, d’un gris blanchâtre à la partie supérieure ; sa hauteur est de 7 à 10 cent, il offre quelquefois des cils sur les bords de ses découpures. Les fructifications sodI des espèces d'écussons situés obliquement sur le bord des lobes de la fronde, et d'une couleur pourpre foncée.

propriétés, usages. — Le Lichen d'Islande est inodore, sa saveur est amère. 11 contient une très-grande quantité de fécule unie au principe amer, plus de la gomme, une matière insoluble amylacée et des sels de potasse et de chaux. Les habitants de l'Islande s’en servent comme d’aliment, après l’avoir dépouillé de son amertume par des lavages répétés, ou par le procédé suivant, dû à Berzélius, qui réussit plus complètement : on verse une solution aqueuse de sous-carbonate alcalin (32 gr. pour 12 kll. d’eau) sur 500 gr. de Lichen d’Islande moulu ; on abandonne le mélange à lui-même pendant 24 heures, on décante, on fait macérer de nouveau dans l’eau pendant le même espace de temps, et l'on fait sécher. On obtient ainsi une pâte entièrement privée d’amertume et très-nourrissante.

Le Lichen d’Islande est très-employé en thérapeutique soit privé de son amertume, comme adoucissant, béchique, analeptique, dans les différentes affections de poitrine et d’entrailles; soit associé ;i son principe amer, comme tonique, expectorant, dans les catarrhes chroniques, la phthisie pulmonaire, l’hémoptysie, ainsi que dans les * diarrhées, les atonies. D’après Murray, il adoucit la toux, améliore l’expectoration, calme la fièvre hectique, diminue les sueurs nocturnes; mais, attendu sa faculté nutritive, il ne peut convenir dans la période aiguë et fébrile des maladies.

récolte. — Rien de particulier à dire, si ce n’est qu’il faut séparer le Lichen des corps étrangers, des mousses, etc., et qu’en séchant il durcit encore davantage. Dans le commerce, on le mêle souvent à d’autres espèces du môme genre. 11 croit sur la terre, les rochers des montagnes, dans les Vosges, les Alpes, en Islande, dans l’Amérique septentrionale, etc.

préparations, doses. — Décoction : 15 à 30 et 60 gr. par kilng.

d’eau réduite à 700 gr. Le Lichen doit conserver toute son amertume au moment d'être employé; car cVst dans elle que rési le toute l’ac' tion thérapeutique ; par conséquent, il ne faut ni le faire macérer, ni le laver préalablement; une trop longue ébullition décompose aussi le principe amer. Gelée (lichen, 100 gr.; eaude fontaine, l kil.; faites bouillir jusqu'à réduire à 1 tiers; passez, évaporez jusqu’à consistance de sirop épais; ajoutez sucre blanc, 30 gr., et aromatisez).

LICHEN PULMONAIRE. Lichen pulmonarius , L.

(Fam. Lichénbes.)

Nonu wlg. : Pulmonaire de chêne, Thé de» Vosge».

Pour toute description de cette plante, nous renvoyons à la famille (t. I, p. 69) au dessin qui la représente (pl. rx, 3).

Ce végétal croit sur des troncs d'arbres, particulièrement sur ceux du chêne et du hêtre. Il est inodore, et d’une saveur un peu amène et acerbe. On l’employait beaucoup autrefois dans les catarrhes chroniques, la phthisie, le crachement de sang ; mais le Lichen d’Islande l’a fait oublier. Il se donnait en infusion, en sirop et en poudre. 11 convient de jeter la première infusion pour corriger son amertume.

LIERRE. Bedera hélix, L.

(Fam. Hkdkbacées.

Nomt. rulg, : Lierre grimpant. Lierre à cautère, Lierre de» poète».

description (pl. xix, 6). — Arbrisseau rampant ou grimpant et sarrnenteux, dont les tiges atteignent une longueur très-variable, suivant leurs soutiens. Feuilles toujours vertes, luisantes, coriaces, pétiolées, les inférieures cordées à la base, à 3-5 lobes, celles des rameaux florifères entières, atténuées, ovales -acuminées. Fleurs petites, d'un vert jaunâtre, réunies en corymbes subglobuleux et terminaux. Calice très-court, adhérent par la base à l’ovaire, 5-denté au limbe; corolle à 5 pétales ouverts; 5 étamines; ovaire infère, style très-couit.

propriétés, usages. — Plante inodore ; feuilles légèrement aro • matiques par le frottement et d'uuc saveur amère, résineuse; baies acerbes et ainères.

Les baies du Lierre ont été conseillées comme émétocatbartiques et fébrifuges; d’une action violente, elles sont abandonnées aujourd'hui.

Les feuilles ont quelquefois été employées comme excitantes, emménagogues; et à 1 extérieur comme détersives pour le pansement des ulcères atoniques, sanieux. Mais le seul usage qu’on en fasse maintenant, c’est de les appliquer fraîches sur les cautères pour y entretenir de la fraîcheur et en même temps une légère excitation nécessaire à la suppuration. Sous ce dernier rapport, elles ne valent pas encore les papièrs ou toiles préparés qui se vendent dans les pharmacies.

On peut préparer des espèces de pois à cautères avec le bois mou, spongieux et légèrement excitant du Lierre, bois dont les anciens faisaient des vases, propres, selon eux, à laisser filtrer l'eau mêlée au vin.

Il découle du tronc de l’arbre, par incision ou spontanément, une résine appelée gomme de Lierre, insoluble dans les huiles grasses et volatiles, en partie même dans l'alcool, que Stahl a employée comme emménagogue.

Le Lierre était consacré à Bacchus, et les bacchantes en couronnaient leurs tètes. Nous l’employons maintenant à orner nos jardins, à cacher la triste nudité de nos murs, à ajouter du pittoresque aux gros arbres dont il entoure le tronc, etc.

récolte. — Le Lierre aime les lieux couverts, les haies, les forêts. On le cultive et alors son feuillage est plus beau. Ses fruits ne sont en maturité qu’en janvier- mars; les feuilles se cueillent en toute saison.

préparations, doses. — Infusion (feuillesl : 2 à 6 gr. par 500 gr. d’eau. Elle se donnait plus particulièrement contre le rachitisme et l'atrophie des enfants. — (baies) : 2 à 4 gr. par 500 gr. d’eau pour purger. Décoction: lOaiogr. par kilog. d’eau, pour l’usage externe. Poudre (feuilles et baies desséchées) : 60 à 80 cent, — (feuilles seules) : 1 à 2 gr., comme tonique excitant. Baies (entières ou concassées) : on se purge quelquefois dans les campagnes avec 10 ou 12 de ces baies. Gomme de lierre (résine que fournit le tronc de l’arbre dans le midi de la France) : employée autrefois comme astringente, résolutive, et aussi pour tuer les poux, arrêter la chute des cheveux, la carie dentaire, etc.

PLANTES MLUICUÏÀLKS.

LIERRE TERRESTRB. Glecoma hedtracea, L.

|F«œ. Labiées; genre Glécoms.)

Nonuvulg.: Lierret, Lierrette, Herbe do Saint-Jean , Rondotte , Couronne de terre, Gondolle, etc.

DESCRIPTION (pi. XL IX, 3). — Plante herbacée, vivace, qui doit sou nom de Lierre à une certaine i essemblance qu’ont ses feuilles avec celles du végétal qui vient d'ôtre étudié. ilactne* grêles, fibreuses, stoloniières. Tiges menues, un peu carrées, rudes et velues, rampantes à leur base et jetant des racines, dressée à sa partie supérieure. Feuilles opposées, pctiolées, arrondies-cordiformes-obtuses, crénelées, base du pétiole velu. Fleurs bleuâtres ou roses, rarement blanchâtres, en glomérules de 2 3 à l'aisselle de chaque feuille. Calice tubuleux, cylindrique, strié, à 5 dents aiguës ; corolle beaucoup plus longue, bilabiée : lèvre supérieure courte et bifide; lèvre inférieure à 3 lobes, dont les 2 latéraux sont courts et entiers, le moyen échancré à son milieu (1); étamines 4, didynames, situées sous la lèvre supérieure, anthères didymes et rapprochées 2 à 2 en forme de croix ; style un peu plus long qu’elles, à stigmate bifide. Quatre akènes ovoïdes, finement ponctués.

propriétés, usages. — Toute la plante répand une odeur aromatique non désagréable, qui devient plus prononcée lorsqu’on l’écrase ; sa saveur est un peu amère et légèrement acerbe. C’est un tonique stimulant qui porte principalement son action sur les organes res- H piratoires, et qu'on emploie généralement dans les maladies de poi- O trine, quoiqu’il soit loin d’avoir toutes les propriétés merveilleuses qu’on s'est plu à lui prêter. Le Lierre terrestre n’est rien de plus qu'un léger excitant; son infusion facilite l'expectoration dans les catarrhes pulmonaires chroniques, les embarras des bronches, l’asthme humide; encore ne convient-il pas tant qu’il y a sécheresse, chaleur, irritation dans les organes respiratoires. Quant aux nombreuses guérisons de phthisies qu’auraient obtenues Willis, Morton, Rivière, Sauvage et plusieurs autres médecins recommandables, elles se rapportaient sans doute à des bronchites chroniques.

Nous ne parlerons pas non plus des prétendues vertus lithontriptiques, fébrifuges et antidyspeptiques du Glécome.

(1) Ce lobe moyen e»t dirisé en deux, sur U figura détectée, pour faire roir l'intérieur de le oorolle et les étamines.

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récolte. — Le Lierre terrestre ou Glécome croit le long des haies, dans les lieux couverts, le long des murs, et montre ses fleurs au printemps de bonne heure (mars-mai). Il faut le recueillir avant le mois de juin pour le conserver, et le choisir peu élevé, bien touffu, à peine fleuri, croissant dans les lieux secs et élevés, plutôt que bas et humides. On sèche la plante entière, que l’on conserve ensuite à l'abri de l’humidité. La dessiccation n'altère pas ses propriétés.

préparations, doses. — Infusion : U à 25 gr. par kilog. d’eau. Suc : 30 à 80 gr. Sirop : 2a à 60 gr. eu potion. Eau distillée : 30 à 100 gr. en potion.

LILAS. Syrtnga vulgaris, L.

(Para. Jasminees; tribu: Lilacéss.)

Ce charmant arbrisseau, originaire de la Perse, et qui a été introduit en Europe par Busbeck, ambassadeur de Ferdinand 1", roi des Romains, en 1562, est aujourd’hui très-répandu dans tous les jardins, où son port et ses jolies fleurs sont connus de tous. (V. 1. 1, p. j 83.)

Le Lilas est doué dans toutes ses parties d’une forte amertume, qui est encore plus prononcée dans les fruits et les semences ; aussi les bestiaux et les insectes (sauf les cantharides) n’y touchent-ils pas. En 1822, M. Cruveilhier, trappe de cette amertume, conçut l’idée d’essayer cette plante contre les lièvres intermittentes. Il employa lYxtrait aqueux des fruits chez 6 malades qui guérirent tous, même une femme de 70 ans affectée d’une lièvre quarte depuis 23 ans. A l’annonce d'un tel succès, les praticiens s'empressèrent d’employer cet extrait, mais ils n’en obtinrent pas le même avantage, et depuis, le Lilas parait tout à fait abandonné comme médicament. A une époque antérieure, on avait conseillé ses feuilles en décoction comme touiques-asti ingentes dans l'hypochondrie et les coliques flatulentes.

LIN. Linum usitatissimum, L.

(Fam. Linées.}

description (V. la lig. t. I, p. 332). — Plante annuelle de 40 à 70 cent., à tige simple, droite, grêle, ronde et glabre. Feuilles sessiles, éparses, étroites, entières, dressées, pointues. Fleurs d’un bleu clair, ou rougeâtres, axillaires au haut de la plante, ou solitaires et terminales, se montrant en juin et juillet. Leurs caractères sont ceux de la famille (V. 1. 1, p. 331).

PLANTES MED1CLNALES.

propriétés, usages. — La plante est inodore et presque sans saveur. Les semences, qui sont la seule partie usitée en médecine, ont une saveur douceâtre, mucilagineuse et huileuse. En outre du mucilage, elles fournissent environ un cinquième en poids d’une huile grasse, un peu verdâtre quand elle est faite à froid, inodore, épaisse et siccative, et qui est très-usitée dans les arts pour apprêter ou gommer les étoiles, pour préparer des vernis, et fabriquer des sondes, des bougies, des canules, que le commerce frauduleux dit être en gomme élastique, etc.

Tout le monde sait que le tissu cortical du Lin, préalablement dépouillé de sa gomme par le rouissage, sert à faire du fil, des toiles Anes, des cordes, lesquels, usés, passent, à la fabrication du papier, etc. Mais ce n'est pas sous le rappoit de son utilité en économie domestique que nous avons à étudier cette plante précieuse.

La graine de Lin est d’un emploi général et indispensable en thérapeutique; c’est un émollient non moins efficace que la guimauve. Chaque jour on la met en usage, tant à l’intérieur qu'à l’extérieur, paur combattre les inflammations des intestins, des reins, de la vessie et de l’uiètre, la dysurie, la strangurie, la cbaudepisse, les phlegmons, les plaies douloureuses, etc. Tantôt on en fait une décoction légère pour servir de tisane, ou une plus concentrée pour être employée en lotions et injections; tantôt on la réduit en farine pour en préparer des cataplasmes; tantôt enfin on emploie son huile, soit comme laxative en potion, soit comme émolliente en onctions, et dans ce dernier cas elle marche seule ou mélangée avec le laudanum, le baume tranquille, etc.

La graine de Lin se réduit en poudre à l’aide d’un moulin. Cette poudre ou farine de lin est souvent sophistiquée avec du son ou des tourteaux de Lin dont on a retiré l’huile par expression. Pour être de bonne qualité, elle doit être d’un jaune brunâtre, non blanchâtre ; molle, onctueuse et grasse au toucher, non sèche et pulvérulente; elle doit graisser promptement le papier qui la contient, avoir une faveur très-mucilagineuse et être fraîchement moulue.

Quant à l'huile de lin , elle fait la base de plusieurs liniments; entre dans la composition de l'encre d'imprimerie; délaye les couleurs des peintres et entre dans les vernis qu’ils emploient.

récolte. — Le Lin croit naturellement dans les champs; mais il est cultivé en grand dans plusieurs provinces de la France, particulièrement dans le Nord.

préparations, doses. — In/usivn (graine) : 6 à 13 gr, par 1000 gr. d'eau. On peut préparer la tisane de lin par décoction-, dans ce cas, on enferme la graine dans un nouet de linge, et on la soumet à une ébullition de quelques secondes. Décoction (graine) : 30 à 60 gr. par 1000 gr. d’eau, pour fomentations, injections et lavements émollients : la décoction est visqueuse, filante, épaisse. Cataplasme : 13 à 25 gr. de farine délayée dans 500 gr. d’eau. On fait bouillir ce mélange qui s’épaissit beaucoup au feu. Pour plus de célérité, on verse de l’eau bouillante dans un vase contenant de la farine de lin, et l’on délaie jusqu’à consistance de cataplasme. Au lieu d’eau simple, on se servira avec avantage, si on le peut, de lait ou d’une décoction de racine de guimauve. — La farine doit être récente, car en vieillissant elle devient rance et cause une petite éruption au lieu où l’on place le cataplasme.

Lin purgatif ( Linum catharticum). Lin cathartique Lin sauvage, Linet. Espèce du genre Lin, cette plante annuelle n'atteint que 13- 25 cent, environ. Tige grêle, ronde, glabre, 2-3 fois divisée au sommet. Feuilles opposées, entières, ovales, glabres. Fleurs blanches, petites, longuement pédiccllées, présentant les caractères de la famille et du genre (mai-septembre).

Pas d’odeur ; saveur amère, nauséeuse, désagréable. Purgatif doux et d’un effet assez sûr, qui n'est que rarement employé en France, ce dont se plaignait Linné; il est plus usité en Angleterre, en Suède, etc.

Cette plante est assez commune dans les prés secs, les clairières des bois, sur le bord des chemins humides. On la prend en infusion (tiges et sommités) : 8 à 15 gr. par kilog. d’eau ou de petitlait. Coste et Willemet ont vu survenir des évacuations assez fréquentes chez un homme qui l’avait prise à la dose de 8 gr. pour 125 gr. de véhicule. Poudre (feuilles sèches) : 4 gr. en électuaire ou dans du vin (Linné).

L1NA1RE. Anthirrinum l maria, L.

• (Fam. Scrofulabiéks.)

.Voms tulg . : Lin sauvage, Mufflier linaire.

description (pl. xuvin, 2). — Plante bisannuelle, haute de 30 a 50 cent., à tiges dressées, rameuses, lisses. Feuilles étroites, linéaires, éparses, sessiles, dressées, d’un vert glauque, portant une nervure longitudinale. Fleurs jaunes, en épis terminaux : calice

PLANTES MEDICINALES.

petit à 5 divisions ; corolle irrégulière, ouverte en gueule au limbe, lèvre à 3 divisions et surmontée d’une éminence au palais qui bouche l’ouverture de la corolle, laquelle est tubulée, ventrue, terminée en éperon à sa base ; étamines 4, didynames, à anthères bilobées placées dans la lèvre supérieure de la corolle ; t style, 1 stigmate obtus. Capsule; semences noires.

propriétés, usages. — L’odeur de la Linaire, quoique peu prononcée, a une tendance à la fétidité ; sa saveur est un peu amère et acerbe, qualités qui s'affaiblissent par la dessiccation. Cette plante a été autrefois très-employée dans plusieurs affections, principalement en cataplasme ou en onguent pour diminuer la douleur et résoudre les tumeurs héœorrhoïdales. On ne la considère plus maintenant que comme un émollient, un peu calmant, qui doit céder le pas à la plupart des végétaux de cette classe. On la trouve encore chez les herboristes ; mais les médecins ne la prescrivent plus, peut-être à tort.

récolte. — On trouve la Linaire sur le bord des chemins et des champs, sur les murs, dans les décombres, les lieux incultes, où elle montre ses fleurs en juillet-septembre. On peut en faire la récolte dans toute la belle saison.

préparations, doses. — Cataplasme : se lait avec les feuilles bouillies dans de l’eau ou du lait. Décoction (feuilles) : 30 à 00 gr. par 1000 gr. d’eau. Onytunt : on fait bouillir la Linaire daus du saindoux jusqu'à ce qu’il soit d’un beau vert, et ou y ajoute un jaune d’œuf quand on veut s’en servir. Cette préparation , trèsvantée pour les hémorrhoïdes, fut longtemps tenue secrète.

LIS. Lilium candidum, L.

(F&in. Liliaceis.)

description (pl. xi, 4). — Racine bulbeuse. Tige simple, droite, haute d’un mètre. Feuilles éparses, sessiles, oblongues, aiguës, lisses. F leurs grandes, d’une éclatante blancheur, pédonculées, offrant les caractères indiqués. (T. I, p. 101.)

propriétés, usages. — La fleur du Lis répand une odeur suave, qui fait sur le système Derveux une impression assez prononcée pour qu’on doive éviter de dormir dans une pièce où se concentrent ses émanations : des accidents graves sont résultés de l’omission de cette précaution. On n’emploie guère eu médecine que le bulbe ou oignon, qui est considéré comme mucilagincux, émollient el mutu-

ratil. On le fait cuire pour l’appliquer sous forme de cataplasme sur les tumeurs inflammatoires, telles que le phlegmon, le panaris, le furoncle, l’anthrax, etc., dont il parait diminuer la douleur, la tension, ou dont il hâte la suppuration si celle-ci est inévitable.

On a fait usage de l'eau distillée des fleurs pour potions; des anthères, dont la poudre a été préconisée pour provoquer la menstruation, l'expulsion du fœtus dans l’accouchement difficile. L'huile de lia (macération des fleurs dans une huile douce) fait partie de quelques remèdes vieillis. Ces préparations sont tombées en désuétude.

récolte. — Originaire de l'Orient, le Lis habite parmi nous depuis longtemps. Son oignon étant vivace, on peut le récolter en tout temps pour s'en servir à l'état frais. On sait que les fleurs éclosent en juin ou au eommmencement de juillet : c’est le moment de les cueillir.

préparations, DOSES. — Cataplasme : on fait cuire l’oignon de lis dans de l’eau, du lait, ou sous la cendre chaude, entouré de papier mouillé, et l’on en fait des cataplasmes, employé seul ou >ni lui adjoignant de la farine de Lin.

LISERON. Convolvulus sepiutn, L.

(Fam. Convolvulacées.)

.Vomi tultf. : Liseron des haies, Graud-Liserou, Lisette, Munchotte de la Vierge.

description (pl. xv, 5). — Plante vivace, grimpante, liacine Ion gue, menue. Tiges volubiles, grêles, atteignant souvent plusieurs mètres de longueur. Feuilles pétiolées, alternes, ovales-acuminées, cordées-subeagittées, à lobes obliquement tronqués-sinués. Fleurs blanches, très-grandes; pédoncules axillaires unillores très-longs. Calice à S sépales, soutenu par 2 bractées qui le dépassent; corolle inlundibuUforme, campanulée, à 5 plis; étamines a plus courtes que la corolle; style filiforme, stigmate bifide. Capsule biloculaire, A-sperme, indéhiscente.

propriétés, usages. — Le Grand-Liserou est saus odeur; ses feuilles et surtout ses fleurs sont amères ; sa racine est un peu âcre. Celle-ci a fourni à M. Chevalier, qui l’a analysée, une résine dont les propriétés sont analogues à celles du jalap et de la scammonéu. Déjà Tragus considérait cette plante comme une espèce descamuionée sauvage, moins nuisible que celle des boutiques. Des autorités imposantes l'ont depuis vantée comme préférable à la plupart des autres purgatifs dans l'hydropisie. Cependant, de nos jours, les médecins n’y ont plus recours.

récolte. — Le Liseron est commun dans les liaies, les buissons, où U montre ses jolies fleurs depuis juin jusqu’en octobre. C’est aux mois de juillet et d'août au il faut le cueillir pour le conserver ou en extraire le suc. « Les feuilles de cette plante, séchées à l’ombre, pulvérisées et mêlées avec le miel et le vin cuit, dit M. Cazin, conservent longtemps leurs facultés purgatives, ou du moins une grande partie de ces facultés. »

préparations, doses. — Infusion (feuillescontuses) : 6 a 12 grain, dans 500 gr. d’eau. Suc épaissi : 1 à 2 gr. « Les commères préten dent que, pour faire percer un clou en 24 heures, il n’y a qu à broyer entre les doigts quelques feuilles de Grand-Liseron et de les appliquer dessus. »

Le Petit-Liseron ou Liseron des champs ( Convolvulus anensis), liseron des vignes, Petit-Lùet, Clochette, Campanette, parait doué des mêmes propriétés que le Grand-Liseron. Tiges très-minces, anguleuses, rampantes ou grimpantes, atteignant 1 mètre; feuilles à pétioles moins longs, hastées, lisses. Pleurs d’un blanc rosé; 2 bractées plus petites, éloignées de la fleur, etc.

La Soldanelle est un autre Liseron dont nous taisons l histoire

plus loin.

L1VÉCHE. Ligusticum livisticum, L.

(Fam. Ombkllifèrks.)

iïoms atlg . : Angélique à feuilles (Tache, jkcho des montagnes, béiéli.

description. — U Livècbe (pi. xxxix, 3) est une plante de près de 2 mètres, à tiges dressées, creuses, glabres, peu rameuses; à feuilles grandes, deux fois ailées, composée de folioles incisées ou même lobées, à grandes dents pointues, planes, luisantes en dessous eî d’un vert peu foncé. Racine grosse, brauchue, etc. Fleurs jaunâtres, eu ombelles terminales, avec involucre et involucelles à plusieurs folioles. Calice 5-deuté; corolle à 5 pétales eutiers roulés en dedans au sommet; b étamines; 2 styles.

propriétés. — La Livècbe a beaucoup d’analogie avec l’ache et le eeleri sous le rapport de son odeur surtout et de sa saveur, qui est assez agréable. Ou emploie ia racine comme stimulante et carminative. « Ou la recommandait autrefois dans les cas de digestions difficiles, lorsque l’estomac avait besoin d’éire fortifié. Ou l’a crue pondant longtemps un remède spécifique contre la jaunisse.

« On a vanté l’usage de ses feuilles, prises intérieurement, comme

un excellent moyen de rétablir les évacuations menstruelle* supprimées. Mais aujourd'hui, sous aucun rapport, on ne fait plus usage de la Uvèche. — On assure que ses feuilles mélées avec le fourrage guérissent la toux des bestiaux. » (Loiseleur Deslonchamps.j

récolte. — Cette plante habite les montagnes de nos départements méridionaux. On la cultive dans les jardins. Ses fleurs apparaissent dans le mois de juin. C’est sa racine que l’on vend dans les pharmacies sous le nom de racine Sache.

préparations, doses. — Infusion (racine) : 10 à IS gr. par kilog. d’eau. — (semences) : fi à 12 gr. par kilog. d’eau.

LOBËL1E. Lobelia syphilitica, L.

(Fam. Cajipanclacées )

•Vom» puljji. : Cardinale bleue, Mercure végéta!.

Cette plante, qui porte le nom du botaniste Lobe!, est originaire de l’Amérique septentrionale, mais cultivée en Europe. Nous ne la décrirons pas, nous bornant h renvoyer à la famille et au genre auxquels elle appartient, ainsi qu’à la gravure qui la représente. (V. 1. 1, p. 203.)

La Lobélic syphilitique, pour traduire sa dénomination latine, contient un suc lactiforme d'une saveur âcre, nauséeuse. Ce suc agit, suivant De Candolle, comme sudorifique, et à dose plus forte, comme diurétique, purgatif et même vomitif. Les Canadiens prétendent qu’elle guérit de la syphilis : ils en emploient la racine, laquelle, chez nous, n’a eu le moindre succès, pas plus que le reste de la plante. La Lobélie est tout uniment un excitant dont l’action varie en intensité suivant la dose employée.

En décoction (la racine) : 16 gr. pour 300 d’eau.

La Lobélie brûlante ( Lobelia urens) est une plante très-vénéneuse.

La Lobélie enflée (Lobelia in/lata) est aussi cultivée eu France . Son principe actif, la lobéline, a été comparé à la nicotine. C’est dire qu’elle est toxique. Elle est employée par les Allemands et les Anglais dans l'asthme spasmodique, les névroses. La racine et les capsules sont les parties les plus actives; cependant les médecins n’emploitntque les feuilles, que l’on recommaude de récolter en août. Dose : 0, 23 à 30 centigr. A dose double elle est vomitive.

Nous trouvons, dans un recueil de formules publié par M. Horace Green, la meutiou d’une formule daus laquelle l'iodure est associé à deux médicament» dont l’expérience a démontré l'action sur cer-

PLANT KS MEDICINALES.

tains désordres de la respiration. Voici cette formule : lodure de potassium s gr. ; décocté de polygala 100 trr. ; teinture de lobélic 25 gr. ; teinture d’opium camphré 25 gr.

Deux à trois petites cuillerées par jour.

Nous employons avec grand succès cette mixture, dit M . Green, dans le traitement de l’asthme, surtout lorsque cette maladie est compliquée d’inflammation des bronches.

Quelle est l’espèce employée par M. Green? Sans doute c'est la Lobelia inflata.

LUPIN. Lupinus albus.

(y au) . Légumineuses.)

PESf.RirTinr» (V. la fig. 1. 1, p. 276).— Plante herbacée de 30 à 50 cent., à tige dressée, rameuse , un peu velue. Feuilles pétiolées, digitées (5 ou 7 folioles ovales-lancéolées), soyeuses et douces au toucher. Fleurs blanches, disposées en grappes droites et terminales. Calice velu à 2 lèvres ; carène presque bifide, aussi longue que. les ailes ; étendard rordiforme; 10 étamines, monadelphes à la base. Gousse oblongue, coriace, à 5 ou 6 graines grosses comme des pois.

propriétés, usages. — La plante est inodore, un peu amère ; ses graines, connues sous le nom de lupins, ont une saveur plus prononcée, amère, désagréable, qui disparait par l’ébullition. Elles contiennent une grande quantité de fécule, qui les rend alimentaires, et une matière extractive à laquelle elles doivent leurs propriétés médicamenteuses.

Ces propriétés sont d’être cathartiques et anthelminthiques,au dire des auteurs anciens; mais on n’emploie guère les Lupins qu’à l’extérieur. En effet, leur farine est émolliente par sa fécule et son mucilage, résolutive par son principe amor. On en fait des cataplasmes qui sont légèrement maturatifs lorsque la suppuration doit se faire; résolutifs, au contraire, quand l'inflammation doit se terminer sans abcès ; on les applique sur les tumeurs froides, les phlegmons indécis; et, pour les rendre plus actifs, on les prépare quelquefois avec du vinaigre au lieu d’eau. Mais c’est un médicament complètement abandonné aujourd'hui, quoique sa décoction ait été conseillée, toujours par les anciens, comme propre « à déboucher le toic, à lever les obstructions des viscères, à pousser les mois comme ies urines. » Le Lupin croit spontanément dans le midi de l’Europe et de la France. On le cultive en grand pour engraisser les bœufs. La graine

fc mange comme les pois; les Romains, du temps de Galien, en servaient sur leurs tables. Ils en nourrissaient leurs esclaves.

LUZERNE. Hedicago lupulina, L.

(Faro. LiiaimiNEOSKS.)

Nous parlons de cette herbe fourragère, pour mentionner une découverte récente, appelée à rendre d’utiles services, au dire de la Publicité nivtrnaise.

Il s’agit du dégraissage et du lavage des étoffes avec des racines de luzerne.

Un savant modeste, mais qui s’occupe beaucoup de l’application de la chimie à l’industrie agricole, M. le docteur Autier, à la suite de nombreuses recherches qu'il a faites soit sur les propriétés médicales d’un principe amer contenu dans les racines de Luzerne, soit sur les propriétés industrielles de leurs fibres, a constaté dans ces racines l’existence d'un principe savonneux bien autrement abondant et bien plus actif que celui de la saponaire, puisqu'il suffit d’agiter une racine dans l’eau pour produire à l’instant une grande quantité de mousse savonneuse.

On peut employer ces racines : f pour le dégraissage et le lessivage des laines de toute nature; 2* pour le lessivage du linge ; 3» pour le lavage et le dégraissage de la soie en fil et en tissus.

On obtient, dit M. Autier, le principe savonneux par la seule ébullition des racines dans l’eau de fontaine ou de rivière. Elles seront ou entières ou plutôt coupées, ou concassées à l’aide d'un procédé. quelconque. Au bout d’une demi-heure d’ébullition, si les racines ont élé écrasées, elles ont cédé à l’eau presque tout leur principe savonneux. L’ébullition devra être surveillée, attendu qu’il se forme beaucoup de mousse qui ne doit pas être perdue. Les racines qui auront déjà servi pourront encore être utilisées pour le lessivage du linge de ménage, elles remplaceront les cendres qu’on est dans l’habitude presque générale de mettre au-dessus du linge placé dans le cuvier pour y être lessivé.

Comme les racines fraîches et surtout les sèches donnent à l’eau par l’ébullition une couleur jaune fauve, on l’enlève très-facilement avec des vieux linges de coton ou tous autres, mais propres et ne pouvant par leur couleur salir l’eau au lieu de l’éclaircir.

Ces racines qu’on trouve abondamment dans tous les pays, et que

les malheureux seuls ramassent pour les brûler, rapporteront largement et avec usure ce qu'on aura pu dépenser pour les faire ramasser au moment où on défonce une luzerne jeune ou vieille.

On expose les racines au soleil ou au grand air, pour les faire sécher et les empêcher de moisir ; mais auparavant on aura dû les laver pour enlever la terre et couper la partie supérieure de la racine à la base des tiges ; on devra aussi rejeter celles qui seront trop pourries ou trop noires vers les parties gâtées.

LYCOPE. Lycopus europœus , L.

(Fam. Ladiéej.)

Plante vivace, herbacée, haute de 5-iO cent.; à racine, traçante. Tige carrée, dressée, robuste. Feuilles pétiolées, ovales- oblongues, aiguës, dentées, souvent pinnatifid s à la base. Fleurs petites, blanches, ponctuées de rouge, disposées en gloméruies multiflores opposés, espacés à l’aisselle des feuilles (juillet-septembre). Calice à cinq dents lancéolées, subulées, presque épineuses, corolle dépassant à peine le calice, infundibuliforme, à 4 lobes presque égaux, le supérieur plus large; étamines divergentes réduites h 2 par l'avortement des 2 supérieures. Akènes presque triangulaires, lisses, etc.

Cette plante est presque inodore, mais d'une saveur amère, aromalique-astringcnte. On pourait en tirer parti dans les hémorrhagies intestinales et les fièvres intermittentes légères, car de temp? immémorial les cultivateurs piéinontais l'emploient comme fébrifuge ; mais elle est inusitée en France. — U parait qu’on peut s’en servir pour préparer une teinture noire.

LYCOPERDON. Lycoperdon bonis ta. Bull.

(Fam. Chaefignons.)

•Van» ru/g. : Ve«c«-d*-Loup, Vesce -de- l.onp des bousiers, Boviste.

Ce Champignon croit dans les bois, surtout ceux de haute futaie Sa grosseur atteint celle de la tête d’un homme (Vesce- de-Loup gigantesque); sa chair, d'abord blanche et passant ensuite au jaune verdâtre ou au gris brun, se transforme en une poussière olivâtre.

Cette poussière a été employée comme hémostatique-absorbante, dans les hémorrhagies traumatiques et même pour arrêter les Uux hémorrhoïdaux trop abondants. « Le plus simple, le plus excellent styptique que je connaisse, écrit Helvétius, est celui qu’on appelle

Vesce-dc-Loup, qui est une espèce de champignon qui arrête le sang d’une manière surprenante, et qui, par-dessus cela, ne fait nulle douleur, ni eschare, comme les vitrioles; ce qui, à mon avis, doit le rendre préférable à tous les autres styptiques. »

I-es témoignages en faveur de la propriété hémostatique dq l.ycoperdon gigantesque sont aussi imposants que nombreux, et l'on s'étonne qu’un tel remède ait pu tomber dans un oubli aussi complet.

Toutes les espèces du même genre ont entre elles la glus grande analogie de caractères et de propriétés, et peuvent être employées aux mêmes usages.

On introduit la poudre de Lycoperdon dans le vide opéré par l'avulsion d’une dent, pour arrêter l’hémorrhagie. — On en fait renifler dans l’épistaxis trop abondante. — Une pincée appliquée sur une coupure de rasoir, de canif ou de couteau, etc., arrête l’écoulement du sang. — Félix Plater l'introduisait dans le rectum pour faire cesser le flux bémorrhoïdal immodéré. — Ou prétend que cette poudre peut arrêter le sang fourni par des artères d’un certain volume.

LYC.OPODE. Lycopodium clavatum, L.

(Kam. Lycopoducées.)

JVmu ru h : I.yoopod*' en massue, Herbe an* massues, Horbe i la plique, PieH, Patte oc Griffe-de-Loup, Sonfre végétal.

Ce végétal, que son port seul suffit à faire reconnaître (pl. ix, 6), habite les coteaux boisés, les bruyères, etc.

La poussière que renferment ses spores est jaune, inodore et insipide, très-fine et très-légère ; elle s’enflamme subitement lorsqu'on la projette sur les charbons ardents, propriété qu’on a mise à profit, dans les théâtres, pour imiter les éclairs, etc.

Il n’est pas de nourrice qui ne connaisse les usages qu’on fait du Lycopode pour absorber les humidités des excoriations auxquelles sont sujets les enfants potelés dont la peau est fine, irritable. Cette, poudre est employée de même chez les adultes replets. — On l’a administrée à l’intérieur contre la diarrhée et la dyssenterie avec fièvre, à la dose de + gr. dans 125 gr. d'eau de fenouil, associée à une quantité suffisante de gomme et de sirop. — Les pharmaciens s’en servent pour rouler les pilules et les bols, afin de s’opposer à leur adhérence.

MARCHANTIE. Marchantia polt/morpha, L.

(Fam. Hépatiques.)

Nom ru/g. ; Hépatique dos fontaines, Marchantic étoilée ou variée, Herbe de ballot, Herbe aux poumons, etc.

description (pl. n, 4). — Cette plante se présente sous forme d’expansions ou de croûtes vertes, étalées, divisées en lobes allongés, offrant à sa face supérieure des ponctuations légèrement saillantes, et à l’inférieure des radicelles très-menues. Sur la face supérieure se montrent des conceptacles sessiles, en forme de coupe, contenant les sporidies, et des conceptacles mâles en forme d’ombelles, dont le contour ollre 8 lobes peu marqués, arrondis-obtus.

propriétés, usages. — Disons d’abord que le nom d’ Hépatique a été donné à cette plante parce qu’on la croyait propre à guérir les maladies du foie; rappelons en même temps qu’il n’y a pas de médicaments hépatiques proprements dits, c'est-à-dire ayant une action spéciale sur l’organe de la secrétion biliaire, quoique les anciens en aient formé une classe à part, qui se composait principalement de l’aloès, de I’aigremoine, de l’eupatoire, de l’anémone des bois et de toutes les substances plus ou moins fondantes ou désobstruantes, telles que le mercure doux, la rhubarbe, le savon, certaines eaux minérales, etc.

L’Hépatique des fontaines, ou Marehantie polymorphe, jouit de la réputation, très-anciennement établie, d’étre diurétique, apéritive ef fondante. On B’en sert surtout à l’extérieur, en cataplasmes. M. Sorbi, médecin d’Edimbourg, assure l’avoir employée avec succès pour faire couler les urines et amener par là la guérison de diflérentes espèces d’hydropisies. Le docteur Levrat-Perroton a combattu des gravelles qui avaient résisté à divers traitements, au moyen de la décoction concentrée de la Marchantia conica, qui est très-voisine de l’espèce polymorpha par ses propriétés et ses caractères physiques. Gensoul, son collègue à Lyon, employait depuis longtemps le même végétal à titre de diurétique. Les observations de ces médecins méritent une sérieuse attention, bien que les Marchanties soient considérées généralement aujourd’hui comme dénuées de vortus médicamenteuses, opinion que vient corroborer l’absence d’odeur et de saveur dans ces végétaux.

récolte. — L’Hépatique croit dans les lieux sombres et humides, sur l’écorce des arbres, entre les pavés des cours, sur la margelle in-

térieure des puits. Elle peut être récoltée dans toutes les saisons, mais préférablement dans l'été, la plante étant alors mieux nourrie. Après en avoir séparé les feuilles mortes, on la fait sécher à l’étuve ou au soleil, et on la conserve dans un lieu sec, à l'abri du contact de l'air.

préparations, doses. — Décoction : 30 à «0 et 90 gr. par kilog. d'eau. Infusion : 60 gr. dans 1 kilog. de vin blanc. — M. Cazin a administré 100 gr. de ce vin deux fois par jour, dans deux cas d’anasarque qui furent guéris par ce moyen.

Les cataplasmes d’hépatique se préparent, d'après la méthode de M. Sorht, en faisant bouillir pendant 12 heures 2 poignées de la Marchantia hemisphœric a dans l’eau ; on la broie ensuite à l’aide d’un pilon, et on y joint une quantité égale de farine de graine de lin, pour former un cataplasme qu’on étend sur le ventre des malades aflectés d’hydropisie.

MARRONNIER. Æsculns hi/pocastanum, L.

(Fam. Kscolackks.)

Ge bel arbre, qui orne nos promenades et nos jardins, est originaire d’Asie; il fut introduit en Europe vers 1301 . Son port est connu de tous; quant aux caractères de ses organes de fructification, nous les avons indiqués ailleurs. (V. t. I, p. 3-18.)

rnorniÉTÉs, usages. — L'écorce du Marronnier d’inde possède des propriétés astringentes, amères et toniques. On peut donc l’employer dans la plupart des cas où les astringents sont indiqués, et aussi dans l'atonie des organes digestifs, les névroses de l’estomac, etc. Mais c’est surtout comme fébrifuge qu'elle a occupé les expérimentateurs; les uns l’ont considérée comme l’un des meilleurs succédanés du quinquina ; d'autres n'ont obtenu de son emploi que des résultats nuis ou douteux, ce qui prouve encore une fois que les médicaments n’ont souvent aucune influence sur la marche des maladies, lesquelles cèdent ou persistent en obéissant à des lois organiques et hygiéniques qui nous sont inconnues. Nous devons faire remarquer cependant que les faits en faveur de la propriété fébrifuge sont très-nombreux et très- imposants.

Le fruit du Marronnier ( marron d'Inde) contient une quantité de fécule au moins aussi forte que la pomme de terre ; comme celle-ci, il pourrait servir d'aliment à l’homme, si sa fécule n’était accompagnée en même temps d’un principe amer très-désagréable. Or,

300 PUNTES MÉDICINALES.

M. Flandin, dans un mémoire lu à l’Académie des sciences en 1 848, a rappelé le procédé proposé par Parmentier pour débarrasser les marrons d'Inde dece principe. Il consiste, à mêler 100 kilog. de pulpe de marrons avec 1 ou 2 kilog. de carbo iate de soude, à laisser macérer pendant quelque temps, puis à laver et passer au tamis : on obtient par ce moyen une fécule très-pure qui peut remplacer parfaitement celle de la pomme de terre.

On peut faire avec les marrons des pois à cautères qui remplacent très-bien ceux d’iris, lorsque l’irritation légère causée par ces derniers n’est pas nécessaire.

On en retire une huile bonne à brûler, et dont une spécialité intéressée a vanté les prétendu' s vertus contre la goutte. Les brebis, les chèvres et les vaches les mangent. On a prétendu qu’ils empêchaient les gallinacés de pondre.

récolte. — Le Marronnier fleurit en mai; ses fruits sont eu maturité à l'automne. On récolte son écorce au printemps ; il faut la choisir saine et provenant d’arbres déjà avancés en âge, parce que la principe astringent y est plus abondant. On la monde et on la porte au séchoir.

r réparations, doses. — Poudre (écorce) : 2 à 4 gr. dans du vin, • comme fébrifuge, tonique. Décoction : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Teinture. M. Jobert (de Lamballe) a guéri plusieurs névroses de l’estomac au moyen de la teinture d’écorcc de Marronnier, à la dose d’une cuillerée à bouche dans un verre d'infusion de chicorée sauvage.

MARRUBE. Marrubium vulgare, L.

(Faut. Labiées.)

DESCRIPTION (pi. XL, i). — Plante herbacée, de 40 à 60 cent. Tiges rameuses, carrées, velues, blanchâtres. Feuilles opposées, pétiolées, surtout les inférieures (i), ovales-aigues, cotonneuses, épaisses et crépues, blanchâtres en dessous. Fleurs blanches, petites, en giomérules serrés à l'aisselle des feuilles, accompagnées de bractées subulêes. Calice tubuleux, velu, à 10 dents subulées, dont a plus petites alternativement. Corolle bilabiée ; lèvre supérieure dressée, bifide, à lobes rapprochés-parallèles; l'inférieure à 3 lobes obtus, dont les

(1) Elles manquent nu dessin, csr on n'a représenté qu’une sommité Sourie on rtmeau florifère.

2 latéraux sont petits, quelquefois nuis par avortemeut; étaunues 4, ineluses, parallèles, les î inférieures uu peu plus longues; style plus long quoique court aussi ; stigmate à 2 lobes inégaux.

propriétés, usages. — L’odeur du Marrube est aromatique, frag rante, agréable, comme musquée ; sa saveur est chaude et un peu àcre. On emploie les feuilles et les sommités fleuries à titre de stimulant dont l’action, suivant les circonstances, se porte ou sur les organes pulmonaires, ou vers la peau ou à la matrice, etc. En eflet, cette plante est expectorante, sudorifique, ou emméuagogue, suivant que, au moment de son administration la nature tend à se débarrasser par les bronches, les sueurs ou tes menstrues, des principes dont l'expulsion était retardée par manque d’énergie organique. Étant stimulante, elle doit être nuisible lorsque les organes sont le siège d’une véritable inflammation. Le Marrube convient encore dans les cachexies, la chlorose, les scrofules, les fièvres marécageuses, etc. Gilibert l’estime une des meilleures piaules de l’Europe.

M. le docteur Furnari prétend que c’est uu des médicaments que l’on peut employer avec le plus de succès contre les afiections arthritiques et rhumatismales : il le nonne eu Infusion ou en exlrart- Cet extrait est une matière particulière qu'il nomme marrultine.

bien qu’il convienne dans presque toutes les maladies atuniques, le Marrube est surtout efficace dans les catarrhes pulmonaires chroniques, l'asthme humide, lu phthisie.

A l’extérieur, on peut employer son infusion connue tonique, antiseptique et détersive, dans les engorgements œdémateux, les ulcères sordides, la gangrène, etc.

récolte. — Le Marrube est commun aux lieux incultes, sur le bord des routes, ues fosses, dans les décombres; il montre ses fleurs très- odorantes pendant tout l'été. On peut le récolter avant ou pendant la floraison : il vaut mieux néanmoins cueillir la plante avant ■que les tiges lloi itères se développent. Séchée, elle se reconnaît à ses tiges quadrangulaires, munies de beaucoup de fouilles qui sont alors ridées et courbées en dessus, de manière que leur face intérieure, qui est blanche-tomenteuse, devient la plus apparente. L’odeur est faible, mais la saveur reste la même.

préparations, dosés. — Infusion sommités ou feuilles; : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau ; — 30 à tiO gr. pour l'extérieur. Extrait : 1 à 4 gr. Poudre : 1 à 4 gr. Sirop : 30 à 60 gr. Vin (30 gr. pour 1 kilog, de vin blanc) : 60 à 100 gr.

PLANTES MEDICINALES.

MARUM. Teucrium marum, L.

(Fam. Labiées; genre Gebmandrki.)

Noms r ulg. : Garmandrée- maritime, Patite-Herbe-anx -Chats.

description. — Sous-arbrisseau peu élevé, 35 centim. au plus; à tiyes dressées, nombreuses, grêles, rameuses, cotonneuses et trèsblanches. Feuilles opposées, très-petites, nombreuses, ovales-pointues, entières, blanchâtres, surtout en dessous. Fleurs purpurines, disposées en épis allongés, terminaux; calice recouvert d’un duvet blanchâtre, campanulé, à 5 dents ; corolle dont la lèvre supérieure est nulle, la lèvre inférieure grande, dressée, à trois lobes terminaux et deux dents pointues à sa base ; étamines 4, remplaçant la lèvre supérieure; style à stigmate bifide.

propriétés, usages. — Le Marum est doué d'une odeur aromatique agréable, pénétrante, qui rappelle celle de la mélisse ou de la citronnelle, et d’une saveur amère, âcre et piquante. C’est un excitant à lu manière de la sauge, du romarin, de la menthe, mais beaucoup moins employé. Cependant ou a célébré ses merveilleuses propriétés. « Cette plante, dit Bodard, mérite le premier rang parmi les cordiaux. Son parfum suave et doux la rend supportable à presque toutes les constitutions; on peut donc la considérer comme un médicament nervin, diaphorétique, diurétique, emménagogue, selon les organes atteints plus particulièrement de la faiblesse à laquelle il remédie. Succédané du camphre, dont il recèle une grande quantité, il s’oppose à la putridité, augmente la sécrétion de la bile, favorise les fonctions digestives, ranime l'appétit et remédie à la lenteur du système circulatoire. »

Le Marum a été considéré par quelques médecins inattentils, au nombre desquels se trouve Hufeland lui-même, comme propre à guérir les polypes des fosses nasales, et surtout à en prévenir le retour, étant prise en poudre. « Une jeune paysane de onze ans, rapporte J.-IL KopJ>, qui en prit 3 à 5 prises par jour, vit son polype disparaître le treizième jour ; ayant reparu à quelques mois de là, le même moyen le lit disparaître de nouveau; mais le Marum fut continué cette fois après pour qu’il ne revint plus, ce qui arriva. » Reste à connaître la nature du polype, qui sans doute était muqueux.

régolte. — On peut recueillir la Germandrée maritime, qui habite le midi de* la France, pendant toute la belle saison; sa culture n'a lieu que dans les jardins botaniques, où ou la recouvre d’un

grillage, afin de la préserver des ravages que lui causent les chats, animaux qui se roulent dessus (comme sur la Cataire) avec une sorte de volupté furieuse. Sèche, cette plante ne perd rien de ses qualités, et elle excite encore les chats à se vautrer dessus. Comme ses feuilles tombent en cet état, on la trouve presque toujours, chez les herboristes, réduite à des paquets de tiges fermes et ligneuses dans leur partie inférieure.

préparations, doses — Infusion (feuilles) : 8 à 30 gr. par kilog. d’eau. Poudre : 1 à 2 gr. dans du vin, du miel ou un électuaire. — On la prise comme sternutatoire ou pour guérir les polypes muqueux des fosses nasales. Extrait : 1 à 2 gr., en pilules ou dans du vin. •

MATRICAIRE. Alatricaria pàrthenium, L.

(Fam. Composées.)

Sont tulg. : Espargoutte.

La Matricaire (pi. xl, 2) est une plante bisannuelle de 30 à 00 cent, de hauteur environ; ses lig'es sont dressées, rameuses, cannelées, pubescentes ou glabres suivant la culture. Feuilles alternes, pétiolées, larges, pinnatiséquées à segments ou lobes oblongs, obtus, inégalement incisés, dentés. Fleurs en capitules nombreux, disposés eu corymbe terminal. Fleurons du centre jaunes et hermaphrodites à o dents ; demi-ileurons de la circonférence blancs, femelles, à 3 dents : dans les premiers, 5 étamines et 2 styles, etc. Involucre à folioles étroites; réceptacle convexe.

propriétés, usages. — La Matricaire répand une odeur aromatique forte, désagréable ; sa saveur est amère-piquante, très-prononcée. C’est un médicament tout à la fois tonique, fébrifuge, stimulant-antispasmodique, emménagogue, antiventeux. Ses usages sont ceux de la Camomille ; mais lorsqu'il faudra agir plus particulièrement sur l’utérus, dont les fonctions seront ralenties ou suspendues par défaut de ton ou de vitalité générale, lorsqu’on aura à combattre les névroses, telles que l’hystérie, l’hypochondrie, la migraine , les spasmes, etc. , on devra la préférer à celle-ci. Le temps où l’on considérait chaque végétal comme possédant des propriétés spéciales pour telle maladie ou tel symptôme est passé; cependant il ne faut pas trop généraliser non plus; et quand Cliomel nous dit que, employée en cataplasmes, la Matricaire fait cesser ou calme la migraine, cela vaut au moins que nous expérimentions ce

PLANTES MEDICINALES.

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moyeu avaut de le condamner. — Selon Pauli, pour se mettre à l'abri des piqûres d’abeilles, il suffit de se munir d'un bouquet de cette plante odorante.

récolte. — L'époque de ia floraison (juin-août) est celle de la récolte. On cueille les sommités eu conservant une partie des tiges et des feuilles. La Matricaire simple est préférable à la double, laquelle cependant est, pour ainsi dire, la seule que l’on trouve dans le commerce. Elle se sèche comme la camomille.

préparations, doses. — Infusion (fleurs vertes) : 2 ou 3 pincées par kilog. d’eau. — (fleurs sèches) : 4 à 16 gr. et plus pour même quantité de liquide. Poudre : 1 à 4 gr. dans du vin, du miel, etc.

MATRICA1RE-CAMOM1LLE. Uatricaria chamutmlla, L.

(Fâm. Composées.)

C’est la Camomille ordinaire (pl. xl, 3) qui croit dans les moissons, les lieux pierreux, aux bords des chemins, etc. Plante de 2 à 6 défini., à tige dressée, très-rameuse supérieurement ou même dès la base, glabre. Feuilles bi-tripinnaiiséquees à segments étalés, pim épais et plus larges que ceux de la camomille romaine. Fleurs en capitules nombreux, solitaires au sommet des rameaux; fleurons jaunes, tubuleux, hermaphrodites, à limbe a-lobé au centre du réceptacle, lequel est conique-aigu et creux(l); demi- fleurons blancs, femelles et fertiles à la circonférence (mai-juillet), lnvolucre à folioles oblongues, etc.

propriétés, usages. — Ce sont ceux de la Camomille romaine. L'usage de cette plante comme stomachique, antispasmodique, fébrifuge et anthelminthique, remonte aux temps les plus reculés : r 'était la Camomille des anciens, mais aujourd’hui elle est oubliée jKiur la Camomille noble ( Anthémis nobilis), dont l’arome est plus prononcé et agréable et l’action plus marquée.

MAUVE. Ualta sylvettris, L.

(Fam. Malvàchks.)

Nom vuly. t Mauve sauvage.

C’est la grande Mauve. (V. la fig., t. I, p. 338.) Plante herbacée, à tiges nombreuses, dressées, rameuses, pubescentes; à feuilles alter-

(1| Ce fleuron représenté »nr la figure est groni d’nnc manière disproportionné par rapport au demi-flenron qni mi voit fc côté.

ne», pétiolées, réniformes, les inférieures présentant 5 ou 7 lobes obtus, crénelés, avec 2 stipules à leur base. Fleuri purpurines, axillaires, ayant un long et mince pédoncule; calice double, l’intérieur monosépale à 5 divisions, l’extérieur composé de 3 petites folioles, elc. Fruit consistant en 8 capsules ou plus, disposées circulairenlent, monospermes et indéhiscentes.

propriétés, usages. — Cette plante est à peu près inodore dans toutes ses parties ; sa saveur est herbacée, mucilagineuse. Elle est extrêmement employée, et dans les mêmes cas que la guimauve ; seulement elle se donne plutôt à l'intérieur, tandis que celle-ci sert le plus souvent pour fomentations et injections. Ses fleurs surtout sont usitées, en infusion, dans les catarrhes pulmonaires, les irritations des bronches et du larynx, les inflammations du poumon, etc. Elles font partie des espèces pectorales. Les feuilles et les tiges supérieures se font bouillir pour préparer des cataplasmes émollients, des lotions et fomentations de même nature. — Ce que nous avons dit de l’abus des émollients, à l’article Guimauve, est applicable ici.

La Mauve était plus estimée des anciens pour ses qualités nutritives que pour ses propriétés médicales. Pythagore la conseillait comme propre à favoriser l’exercice de la pensée.

La Mauve a feuilles roules (if. rotundifolia), appelée Petite Mauve, est moins élevée; tiges couchées, faibles; feuilles arrondies, très-peu lobées, plissées; fleurs blanches ou uu peu rosées, peu grandes, etc. Elle jouit des mêmes propriétés absolument que la grande Mauve.

récolte. — Ces deux espèces sont communes aux lieux incultes. Leurs fleurs peuvent se récolter pendant presque tout l'été. Elles se trouvent en abondance dans le commerce. On les reconnaît, quand elles sont sèches, à leurs pétales un peu grands, d’un beau bleu clair dans la grande Mauve, de couleur blanchâtre dans la petite Mauve; à leur calice épais et d’un vert blanchâtre, ce qui les distingue de la violette, dont le calice est plus petit. — Les feuilles doivent être cueillies au mois de juin ou de'juillet pour être conservées. — Quant à la racine, on la néglige, parce qu’elle est beaucoup moins mucilagineuse que celle de la Guimauve, dont les feuilles, par opposition, sont moins émollientes que celles des Mauves.

v réparations , doses. — Infusion (fleurs) : une pincée ou petite poignée par 500 gr. d’eau. Décoction (feuilles) : quantité voulue de feuilles que l’on applique cuites en guise de cataplasmes; — ou que Ton fait bouillir pour obtenir une décoction plus ou moins chargée

300 PLANTES MEDICINALES.

de principes mucilagineux, pour lotions, fomentations , injections.

MELÈZE. Tinus larix, L.

(Fbiii. Conifères.)

Le Mélèze est un grand arbre qui croit dans les parties élevées des Alpes; son tronc, droit, peut atteindre 23 mètres d’élévation, a Ses feuilles sortent par faisceaux de bourgeons écailleux et globuleux ; elles deviennent alternes par l’allongement du jeune rameau renfermé dans chaque bourgeon; elles sont linéaires, pointues, assez molles, et tombent de bonne heure, caractère remarquable qui ne s’observe, parmi les Conifères, que dans ce seul genre. »

Le Mélèze fournit la térébenthine de Venise ou de Briançon , Laquelle suinte des entailles que l’on pratique à son écorce, et dont nous parlerons lorsque nous ferons l'histoire du pin, lequel produit, de son côté, une autre espèce de térébenthine, celle dite de Bordeaux.

La manne de Briançon est aussi une exsudation du Mélèze; elle contient de la mannile , principe chimique caractéristique de la manne.

MEL1LOT. Trifolium melilotus, L.

= Faui. Lèauminriises.)

■Vom j rulg. : Trèfle de cheval, Mirlirot.

description (pl. xxvi, 3.) — Plante annuelle, herbacée, de 40 à 00 cent, de hauteur. Tiges droites, herbacées, rameuses, glabres. Feuilles alternes, pétiolées, trifoliées, dentées, avec 2 stipules à la base du pétiole. Fleurs jaunes, très-petites, disposées en petites grappes unilatérales, un peu pendantes. Calice à 3 divisions aiguës; corolle papiliouacée, deux fois plus longue que le calice; étendard réfléchi, carène plus courte que les ailes; 10 étamines diadelphes. Gousse saillante hors du calice, à 1-3 graines.

propriétés, usages. — Le Mélilot répand une odeur agréable, assez forte, qui se prononce encore davantage par la dessiccation . C’est une de ces plantes dont les anciens se sont plu à exagérer les vertus : pour eux, en eflet, elle était émolliente, béchique, résolutive, carminative, anodine; ils l’employaient en tisane dans Jaçolique, les vents, la dyssenterie, la dysurie, rhiflamra»,!oa des viscères du bas-ventre; ils l’associaient souv<-

our l'iutérieur, soit pour l’extérieur, eu fomentations contre la colique venteuse, etc.

Aujourd'hui, on ne fait plus usage du Mélilot, si ce n’est en lotions ou en collyres légèrement résolutifs.

récolte. — Le Mélilot est très -répandu dans les prés et es bois, où ses fleurs se montrent presque tout l’été. On se sert des sommités fleuries, qu’on recueille au moisde juin ou de juillet, on en fait des paquets, des guirlandes, et on les porte au séchoir; les fleurs conservent facilement leur couleur et leurs propriétés.

préparations, DOSES. — Infusion : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau pour tisane (rarement employée). Décoction : on applique le Mélilot cuit en cataplasme, ou bien l’on se sert de sa décoction en fomentations, etc. Eau distillée : employée pour collyre .

MÉLISSE. Melissa officinalis, L.

(Fam. Labiées.)

iVunu rul'j. ; Mélisse dos jardins, Citronnelle, Citronnde, Herbe de citron, Piment des Ruches, l’onchirade.

description — La Mélisse (pl. xliv, 2) diffère du thym par son calice dont l’intérieur est nu , de l’origan par ses fleurs qui sont accompagnées de bractées et réunies en tête. C’est une plante vivace, plus ou moins pubescente; à tiges de 00 à 80 cent., dressées, rameuses, carrées et cassantes; feuilles opposées, pétiolées, ovales-pointues, crénelées en scie, moins vertes en dessous qu’en dessus, un peu pubescentes. Fleurs blanches ou jaunâtres, à courts pédoncules, disposées en verticilles ou gloinérules axillaires, munies de bractées et regardant toutes du même côté. Calice tubuleux à 2 lèvres, la supérieure tronquée, bi-dentée, l'inférieure à 2 dents plus longues et aiguës. Corolle à tube grêle, arqué, dépassant le calice ; lèvre supérieure bilide, l’inférieure trilide, dont le lobe moyen est arrondi et plus grand que les autres(t); 4 étamines’didynames, c’est-à-dire dont 2 sont plus courtes, rassemblées sous la lèvre supérieure ; ovaire quadrilobé, surmonté d’un style filiforme à stigmate bifide.

propriétés, usages. — La Mélisse est très-odorante; l’arome de ses feuilles est agréable et rappelle celui du citron, surtout lorsqu’elles sont fraîches et qu’on les froisse entre les doigts; leur saveur est aro-

(1) La corolle détachée et ouverte que représente le dessin eit privée de ses lèvres ; cette ligure est spécialement destinée & faire voir les étamines.

PLANTES MEDICINALES.

matique, chaude, analogue encore A celle du limon. Cette plante jouit d’une immense réputation comme tonique-stimulante et antispasmodique. Elle ranime les fonctions de l'estomac, remonte les forces générales, stimule les actions vitales, et partant est très-propre à dissiper les vertiges, la migraine, la défaillance, la syncope, les étourdissements par cause nerveuse, c’est-à-dire ceux qui ne sont f>as le résultat de la pléthore.

A chaque page, pour ainsi Sire, l’on trouve dans les auteurs qui ont précédé nos contemporains les mots de nervins, céphaliques et exhilarants. Pour faire comprendre le sens qu’on attachait à ces expressions et celui qu’elles doivent avoir encore aujourd’hui, nous citerons quelques fragments du Traité de thérapeutique de MM. Trousseau et Pidoux, relatifs à ce sujet.

« Le mot nervin a constamment servi à désigner les agents qui refocilient directement et agréablement l'ensemble du système nerveux, ou plutôt encore quelque portion de ce système. Ce sont moins les névroses, l’élément spasme, qui en réclament l'emploi, que les débilités, les atonies des nerls, surtout des nerfs encéphalorachidlcns...Les nervins sont donc des médicaments qui ont la propriété de réveiller et de maintenir l'action nerveuse des organes et des appareils de la vie de relation, et c'est surtout en les appliquant directement aux parties débilitées elle-mémes qu'ils ont la réputation d'ètre utiles, bien que leur usage interne et les ellets qu’ils produisent par l'intermédiaire de la circulation aient très-souvent été utilisés dans le même but. Leur emploi externe s’éteud aussi h toutes les névralgies des membres et des organes des sens.

a Sans doute, ajoutent ces auteurs, les progrès de l'anatomie pathologique ont dû considérablement limiter le nombre des cas où l’usage des nervins jiaraissait autrefois indiqué. C'était surtout dans les paralysies des mouvements volontaires et des organes des sens qu’on administrait ces médicaments, et les recherches modernes n’ont laissé à la plupart de ces paralysies que le rang de symptôme d'affections organiques le plus souvent inamovibles de l’encéphale. Mais il ne faut pas s’autoriser de cet important progrès pour repousser dune manière absolue les modificateurs du système nerveux.

« Si la qualification de céphalique devait s’étendre à tous les médicaments qu'on peut employer dans les maladies de la tète, il faudrait l'exclure à jamais du langage médical; mais si on veut bieu la restreindre à quelques agents thérapeutiques qui par la voie de l’ollaclion, et plus rarement par la bouche, dissipent facilement et

d’une manière instantanée et directe bon nombre de céphalalgies, mais surtout qui stimulent rapidement, et agréablement le cerveau, en tant surtout qu'organe servant à la manifestation des facultés du principe pensant, cette qualification pourra être tolérée sans inconvénient. Or, sans qu’ils aient jamais ainsi formellement énoncé l’espèce de propriétés que nous reconnaissons ici aux médicaments céphaliques, les auteurs qui se sont servis de ce mot lui ont implicite ment assigné le sens que nous venons de dire. Il est évident que, pour agir de celte façon, les céphaliques doivent être doués d’unp odeur agréable et en même temns un peu diffusible et pénétrante, et, sous ce rapport, la Mélisse tient un des premiers rangs : l’immense réputation de la fameuse Eau des Carmes en fait foi.

« Reste à parler de la propriété exhilarante attribuée à certains médicaments. Cette expression a encore plus vieilli que les deux précédentes. Elle porte avec elle sa définition et équivaut à celle de médicaments réjouissants. Existe-t-il des agents autres que les alcooliques capables de produire la gaieté, de dissiper l’ennui, d’ouvrir à l’imagination un avenir tout plein de délicieuses illusions, etc. V Nou6 n’oserions pas le prétendre. Tous les remèdes qui soulagent ou rétablissent la santé sont bien suivis de ces heureux effets, et rendent au malade ia joie et l'espoir; mais U ne s’agit pas ici des moyens quelconques qui dissipent la tristesse en faisant cesser un état morbide qui l’avait produite. Pour mériter le titre d’exhiiarant, un médicament doit réjouir l’àine directement, d’une manière comme spécifique, et lorsque les affections tristes, mélancoliques, sont, si on peut aiusi parler, essentielles, idiopathiques. Ces remèdes seraient, par conséquent, principalement applicables au traitement des atrabilaires, deshypochondriaques...

« Quoi qu'il en soit, la Mélisse est annoncée par un grand nombre de très-anciens auteurs comme par beaucoup des plus modernes pour un des meilleurs exhilarants. Sérapion prétend « qu’elle 6le a toutes inquiétudes et imaginations du cerveau et principalement « celles qui procèdent d’humeurs mélancoliques ; » Avicenne « qu’elle a réjouit le cœur et fortifie les esprits vitaux.:. »

a 11 est au moins sans inconvénient de prescrire l’inlusion de Mélisse ou quelques gouttes d'eau des Carmes dans un verre d'eau sucrée contre les divers accidents cérébraux ou feypochondriaques que nous venons de mentionner... Nous croyons aussi par analogie pouvoir en recommander l’usage aux vieillards dont les facultés intellectuelles vacillent et s’affaissent Comme les membres, comme tou-

tes les fonctions qui dépendent de l’encéphale. La Mélisse M larde, la cataire, le basilic, sont les labiées les plus rapprochées de la Mélisse par leurs propriétés. » (Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique.)

récolte. — La Mélisse croit dans le midi de la France, quelquefois aux environs de Paris, au voisinage des habitations; on la cultive dans les jardins. Elle se cueille en mai ; si on la récolte plus tard, il faut avoir soin de la choisir encore en fleurs; dans tous les cas, celle qui est bien garnie de fleurs et qui n’est point trop grande est la meilleure. On la sèche entière, sans les racines pourtant, après l’avoir mondée et disposée en guirlandes. Aprè la dessiccation, son odeur a diminué, mais sa saveur citronnée caractéristique reste prononcée.

préparations, nosES. — Infusion : 4'à 12 gr. par kilog. d’eau. — « Des médecins recommandables disent en avoir conseillé avec succès l’usage, le matin à jeun et en guise de thé, aux vieillards gras et apathiques. » Eau distillée : 30 à 126 gr. eu potion. Alcoolat (sommités récentes de mélisse, 1 ; alcool à 80 degrés, 3 ; eau distillée de mélisse, 1 faites macérer pendant 1 jours et distillez pour retirer 6 parties 1/2 d’alcoolat) : 2 à 8 gr. en potion. Alcoolat compost (Eau des Carmes) : 1 à 4 gr. en potion ou sur un morceau de sucre imbibé. L'Eau des Carmes est composée de plusieurs autres médicaments plus excitants que la Mélisse, et doit être considérée comme un stimulant beaucoup plus fort que ne jiourrait être une préparation de cette plante.

La Mélisse uatarpe (pi. xvn, 5) (J lelitis melissojihyUwn), Mélisse sautage, Mélisse des bois ou des montagnes, Mélisse puante, Mélissot, est une plante de 30 cent, au plus, à tige simple, carrée, velue, dressée ; à feuilles grandes, ovales-aiguês, crénelées, atténuées en jiétlole. — Fleurs blanches, 1-2 à l’aisselle des feuilles; calice plus grand que le tube de la corolle à 3-4 divisions; corolle tubuleuse (labiée) ; lèvre supérieure entière, l’inférieure trilobée; 4 étamines didynames, etc. (mai-juin). Kacine noueuse, traçante.

Cette plante s’emploie dans les mêmes cas que la précédente, dont elle possède les propriétés à un plus laible degré cependant. Son odeur citronnée est moins agréable, et la saveur de ses feuilles laisse dans la bouche une légère amertume aromatique.

MELON., Cuatinis melo, L.

Cette plante est trop connue pour qu’il soit nécessaire do la décrire ;

il suffit de renvoyer à la famille des Cucurbilacées, genre Courge, dout elle fait partie (t. I, p. 288).

On sait combien son fruit est savoureux, doux, sucré. Son usage convient peu aux tempéraments lymphatiques et froids; mais il peut produire des eftets avantageux chez les personnes irritables, bilieuses ou affectées de maladies chroniques, de dartres, de néphrite et de cystite. Ou peut appliquer la pulpe crue sur les brûlures, ou la faire cuire pour en préparer des cataplasmes émollients. Mais elle est généralement recherchée comme aliment. Ce sont sur* tout les semences que l’on emploie : on les dépouille de leur enveloppe et on les triture, comme on fait des amandes, pour obtenir des émulsions qui sont fort utiles dans les inflammations des organes géuito-urinaires.

MENTHE. Menta crispa.

(Fam. Labiées.)

i\om» culy. : Menthe crépno, Menthe frisée.

description. — Les Menthes se ressemblent assez : nous en avons donné les caractères différentiels (t. 1, p. 187). Celle-ci atteint 60 cent, environ; ses tiges sont dressées, herbacées, tétragones, velues, rameuses. Feuilles opposées, presque sessiles, arrondies, un peu cordiformes, d'un vert foncé en dessus, blanchâtres pubesccntcs en dessous,crépues, dentées en scie. Fleurs petites, purpurines ou violettes, disjiosécs par verticilles en épis terminaux, etc.

propriétés , usages. — Odeur fragrante très-agréable, saveur chaude, aromatique. A l'exemple de la plupart des Labiées, elle renferme un principe amer un peu âcre, soluble dans l’eau, de nature gommo-résineuse, et un autre aromatique, volatil (huile volatile). Propriétés toniques, stomachiques, cordiales. Elle est utile dans les atonies, les flatuosités, les spasmes, les coliques venteuses, la chlorose, l’aménorrhée, l’hystérie, etc. On s’en sert à l’extérieur en fomentations, en cataplasmes pour hâter la résolution des tumeurs; sur les seins pour dissiper le lait après le sevrage?

« En général la Menthe crépue peut être employée avec avantage, soit intérieurement, soit à l'extérieur, dans tous les cas où la médication tonique est nécessaire. A cet égard, on doit être bien plus porté à lui accorder la propriété aphrodisiaque qui lui est attribuée par plusieurs observateurs qu'à lui reconnaître la singulière vertu de détruire la faculté fécondante du sperme humain qu' Aristote et

Hippocrate lui attribuent, je ne sais trop sur quel fondement, a moins qu'on n'admette qu’elle empêche la fécondité, par cela même qu'elle excite trop vivement aux plaisirs de l’amour. » (Flore médicale.

Linné admettait qu'il était impossible de faire du fromage avec le lait des vaches qui avaient brouté la Menthe crispée. Cette opinion va trep loin; tout au plus cette plante, immergée dans le lait, peut • elle en retarder la coagulation.

poses. — La Menthe crépue s’administre comme la Menthe poivTée, dont l’histoire suit, sauf qu’étant un peu moins active, ses doses peuvent être un peu plus fortes.

MENTHE POIVRÉE. Mentha piperUa, L.

(Kam. Labiées.)

Aorm raff. : Menthe, Menthe anglaise.

description (pl. XL, 5). — Plante de 40 à 60 cent., légèrement pubescente. Tiges droites, quadrangulaires et fermes, à rameaux opposés et axillaires (1). Feuilles opposées, obiongues-lancéolées, pétiolées, dentées en scie, d’un vert foncé en dessus, plus pèle en dessous. Fleurs violacées ou rougeâtres, disposées en glomérules munis de bractées étroites, petites, et formant un épi court et serré A la partie, supérieure de la tige. Calice campanulé-renflé A îî dents linéaires; corolle infundibuliforme à 4 divisions égales, la supérieure un peu plus large etéchanerée; 4 étamines, divergentes, plus courtps que la corolle, quelquefois la dépassant un peu. Ovaire à 4 lobes, style à stigmates.

propriétés, usages. — « La saveur de cette labiée est très-aromatique, chaude, poivrée et camphrée, laissant dans la bouche une sensation de fraistrès-prononcée et fort agréable ; son odeur est trèsdiffusible, balsamique, intense, et cette propriété lui reste entière après la dessiccation. La Menthe poivrée contient une huile essentielle extrêmement abondante et une quantité considérable de camphre. »

On peut l'employer avantageusement comme tonique, stimulant’ antispasmodique, emménagogue, vermifuge, carminatif, etc., sui’ vant les cas. Ainsi elle ranime les fonctions digestives dont la len • teur et la débilité ne dépendent pas de l’inflammation; elle combat

(I) On n’a représenté qu'une nommité lleuric.

les fièvres nerveuses primitives (maladies d'ailleurs rares et d’un diagnostic difficile), ainsi que les fièvres typhoïdes revêtant la forme nerveuse; elle est recommandée surtout comme antispasmodique et médicament diffusible dans tes gastralgies, les palpitations, les tremblements nerveux, les migraines, etc.; chez les jeunes filles chlorotiques, dans les cas de menstruation difficile avec coliques, frissonnements, spasmes ; enfin la Menthe est indiquée dans les flatuosités, les météorismes nerveux de l'hystérie et de l’hypochondrie, et son usage procure quelquefois l’expulsion des vers intestinaux.

Quelles sont les propriétés qu’on n’a pas attribuées à cette plante? Son infusion chaude est encore excellente dans la période du froid des fièvres intermittentes, au début du choléra, dans tous les flux excessifs qui paraissent être dominés par un état spasmodique et nerveux, grave et profond, et au milieu desquels surviennent îapidement la réfrigération, la petitesse et l’irrégularité du pouls, une grande inertie des fonctions respiratoires, l’extinction de la voix, le sentiment d’une chaleur brûlante concentiée dans quelque cavité splanchnine, des contractures ou des convulsions partielles, etc. - (Trousseau et Pidoux.)

La Menthe poivrée et la Menthe crépue ont donné lieu à confusion. Celle-ci, nous venons de le. voir, a été considérée comme aphrodisiaque; celle-là, au contraire, passe pour être anaphrodisiaque aux yeux dps anciens. Sans doute la grande quantité de camphre que contient la Menthe poivrée légitime cette dernière opinion; mais pourquoi Dioscoride et, après lui, Galien, en ont-ils parlé plus tard comme d’une plante qui invite au jeu d’amour? Ces deux manières de voir, quoique opposées, ont peut-être quelque chose de juste : Hippocrate dit qu’elle diminue les désirs vénériens lorsqu’on en fait souvent usage : dans ce cas, eu ellet, le camphre porte son action sur l’appareil génital; d’un autre côté, si on n’en prend qu’en passant ou qu’à de longs intervalles, elle peut exciter cet appareil par ses propriétés excitantes naturelles et par l’effet de l’idiosyncrasie du sujet.

Dès la plus haute antiquité, la Menthe a été signalée comme diminuant la sécrétion laiteuse. Suivant Desbois, de Rochefort, prise en infusion et appliquée en fomentation sur les seins, elle empêche une nouvelle sécrétion de lait et s’oppose aux accidents des affections dites laiteuses, accidents mal déterminés et maladies non généralement admises. Ici se trouve encore l’observa' ion de Linné et de plu-

sieurs autres auteurs, affirmant que les vaches qui mangent de la Menthe dans les pâturages ont un lait plus séreux. Ce qu'il y a de certain, disent MM. Trousseau et Pidoux, c’est que la coagulation du lait est retardée lorsqu’on y dépose quelques feuilles de Menthe. On peut donc conseiller cette plante aux nourrices à l’époque du sevrage, pourvu toutefois qu'elles ne satisfassent pas l'appétit que ce médicament ne manquera guère de développer par son action tonique et stomachique.

On a proposé les lotions avec une infusion très- chargée de Menthe poivrée pour guérir la gale : ce moyen n’est pas à dédaigner.

récolte. — La Menthe poivrée est originaire de la Grande-Bretagne; elle croit naturellement dans quelques parties des Pyrénées, quelquefois dans le voisinage des habitations, mais elle est fréquemment cultivée dans les jardins. Le momeDt de la récolter est le mois de juillet . On emploie la plante beaucoup plus souvent sèche que fraiche. On doit opérer sa dessiccation promptement. Il faut rejeter cette plante sèche si les épis ne sont plus rouges ni les feuilles vertes, si l'odeur et la saveur, qui se conservent parfaitement, sont équivoques ou faibles.

riiÉr a rations, doses. — Infusion (sommités sèches) : une pincée chaque fois pour 1 ou 2 tasses d’eau chaude et sucrée. — Infusion plus chargée pour fomentations contre la sécrétion laiteuse, la gale, sur les contusions, les ecchymoses. Eau distillée : 30 à 128 gr. pour véhicule de potion. Sirop : 30 à 60 gr. comme édulcorant. Huile essentielle : 1 goutte sur un morceau de sucre qu’on fait prendre aux femmes dans les accès d'hystérie. — Le docteur Duval prétend que le meilleur moyen de faire cesser la syncope est de frictionner les gencives avec quelques gouttes d’essence de menthe. Pastilles de menthe : tout le monde sait qu’elles doivent leur saveur à l’essence de cette plante.

MÉNYANTHE. MeuyanLlies trifoliatu , L.

(I'am. Gentianéeh.)

A. » rulrj. : Tri-Ile d’eau, Trèfle des castors, Miuiantbc trifoliée.

description (pl. xvi, 2). — Plante herbacée, vivace ; à souche horizontale, rameuse, épaisse, munie d’écailles membraneuses engai nantes laissant des cicatrices annulaires. Tige nulle. Feuilles trifoliées, ovales-arrondies, glabres et dentées, portées par de longs pétioles alternes, engainants vers le bas. Fleurs blanches, réunies

en grappes pluriflores ou en épi presque globuleux au sommet d’un pédoncule commun. Calice campanulé à 8 divisions dressées; corolle campani forme à 5 divisions lancéolées,, aiguës, munies de longs cils blancs en dedans; 8 étamines à anthères droites; ovaire globuleux, style persistant terminé i>ar un stigmate bilobé. Capsule à une loge plurisperme.

propriétés, i sages. — Les feuilles du Trèfle d'eau sont d’une amertume très-grande, franche, d’une odeur presque nulle'. On les emploie comme toniques, antiscorbutiques et antiscrofuleuses dans une foule de cas qu’il est facile de prévoir. On les a dites fébrifuges, antigo utteuses et an tidart reuses. C’est un médicament actif, avantageux dans les atonies et les affections cachectiques en général, mais dont il est difficile de préciser l’action spéciale, s'il en a une. 11 parait cependant avoir plus de succès dans le scorbut que dans les autres affections. Son administration ne doit avoir lieu que dans 1 ps cas où les organes digestifs sont exempts d'inflammation, car pour peu qu’on en élève la dose, i! cause des vomissements et des évacuations alvines.

récolte. — Le Trèfle d’eau ou Ményanthe trifoliée abonde dans les lieux humides, les marécages, les étangs, où il montre ses fleurs en avril-mai. On peut se servir de celte plante à l’étal frais pendant toute la belle saison ; on récolte ses feuilles à la lin de l’été pour les conserver; bien séchées, elles ont encore leur forme et leur amertume, ne sont pas trop jaunes ni tachées, et restent assez flexibles.

préparations, poses. — Infusion ou décoction (feuilles) : 18 à 30 gr. par kilog. d’eau. Suc exjmmé : 30 à 60 gr., et même 106 gr.

MERCURIALE. Mercunalis unnua, L.

(i’am. Euphorbiacées.)

Acms iut<j. : Mercuriale «unuelle, Foirole, Foirandc, Foiraudc, Ciiquenlil, Ortie bâtarde, Cagarelle, Rinberge.

iiescription (pl. Lvn, 3). — Plante annuelle, dioïque, de 20 à 50 ou 60 c. Tige dressée, herbacée, anguleuse, rameuse à rameaux opposés, glabre et lisse. Feuilles opposées, pétiolées, ovales-lancéolées, lâchement dentées, glabres, molles Racine blanche, petite, fibreuse. Fleurs verdâtres, les mâles et les femelles sur des individus séparés. Chez le sujet mâle elles sont petites, par petits paquets espacés formant des sortes d’épis nus, axillaires, grêles, longuement pédonculés; calice à 3 sépales concaves, ovales-pointus, étalés: corolle

nulle; 8-12 étamines, quelquefois plus, à filets libres assez longs, anthères didymes. Dans l'individu femelle, fleurs réunies par 2, sur des pédoncules courts et axillaires : calice corolliforme à 3 divisions profondes ; ovaire hérissé de pointes, surmonté de 2 styles frangés en dedans, à stigmate pointu, et accompagné de 1-3 filets d'étnmines avortées. Capsule à 2 coques monospermes, hispides (1).

propriétés, usages. — Sa vo u r herbacée, fade, comme visqueuse et un peu âcre ; odeur faible mais désagréable, fétide. La Mercuriale fait partie des plantes émollientes et relâchantes; elle est connue surtout pour son action laxative depuis les temps les plus reculés : Hippocrate, dit-on, en recommanda l’usage au roi Antigone pour se purger; Dioscoride, Galien, Oribase, l’employaient habituellement â litre do purgatif, etc. Il est probable, cependant, que son nom aurait disparu des ouvrages de matière médicale, si on n'en avait pas fait un miel (miel mercurial ou mieux miel de mercuriale), lequel est une assez bonne préparation pour rendre les lavements laxatifs, et qu'on emploie très-souvent. Cela ne veut pas dire qu’elle serait oubliée des gens du peuple, qui en font encore un assez fréquent usace en tisane, lavements et cataplasmes.

Les propriétés de cette plante ne sont ce|>cndant pas encore parfaitement déterminées, puisque Desbois, de Rochefort, l'indique comme un assez bon diurétique ; Linné, comme un hypnotique ; d’autres, comme un emménagogur, un désobstruant; enfin, dans certaines parties de l’Allemagne, on la mange en guise d’épinards. Si nous ajoutons qu’on lui a attribué des vertus imaginaires, telles que de favoriser la conception, de décider le sexe de l’enfant, de guérir les dartres, les hydropisies, etc., nous ferons croire presque qu’elle n’est bonne à rien, précisément parce qu’elle est propre à trop d’usages.

récolte. — La Foirole étant une des herbes les plus communes dans 1rs jardins négligés, le long des murs, où elle montre ses fleurs jaunes verdâtres tout l’été, cela dispense de la laire sécher, d'autant mieux qu'on lui ôterait ses propriétés. Il faut la cueillir avant la floraison, ou toujours rejeter la plante qui est montée à graine ou qui commence à jaunir.

PRÉPARATIONS, doses. — Décoction (plante sans la racine) : une

(1) Lob S figures détachées font voir tous ces détails; colle do gaucho représente une fleur mâle grossie ; colle du milieu une flenr femelle; la troisième, a droite, lo fruit.

poignée pour I kilog. d'eau, comme tisane purgative. M. Dubois, de Tournai, dit connaître une dame qui n’a point de meilleur remède pour vaincre la constipation à laquelle elle est sujette que la décoction dont il s’agit. Cette décoction peut être employée en lavement . Extrait : 4 à s gr. à l'intérieur; 16 gr. en lavement (Lemolt). Miel mercurial : on le prépare dans toutes les pharmacies. A la dose de 60 à 120 gr., dans un lavement, il produit un eflet assez énergique ; mais comme les pharmaciens y mêlent assez souvent du séné, cet effet ne peut être rapporté à la mercuriale seule.

La Mercuriale vivace ( Mercurialis perennis) est une plante vivace. Tiges simples, dressées, de 20 à 40 cent. Feuilles pubescentes sur les deux faces. Fleurs femelles à long pédoncule. Capsule plus grosse que dans la Mercuriale annuelle; floraison en mars-mai. Tels sont les caractères distinctifs de cette espèce, qu’il ne. faut pas confondre avec la précédente, parce que son action vénéneuse vst à craiudre.

MKUM. Athamenlha meum, L.

(Fam. Orbeu-iféres.)

.Vomi rulfi, : Fenouil des Alpes, ,Et)m»e A feuilles capillaires.

C’est une plante à liges cannelées, un peu rameuses, huutes de 3o ceutim. environ. Feuilles tripinnatiséquées, à découpures capillaires plus fines que celles du Fenouil. Racine grosse comme le doigt. Fleurs blanches petites, en ombelles terminales, avec involucre et iuvolucelles de plusieurs folioles linéaires. Chaque tige porte 3 ou 4 ombelles dont une seule est fertile, celle du milieu, les autres étant mâles et stériles par avortement du pistil.

propriétés. — Cette plante, qui croit dans les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, etc., où elle llcurit en juin et juillet, est douée d’une odeur diffusible pénétrante lorsqu’on l'écrase, et d’une saveur aromatique âcre, plus prononcée encore dans les graines. On a employé ses racines comme excitant aromatique, dans les atonies, les flueurs blanches, les fièvres intermittentes ; mais ce médicament est aujourd'hui délaissé, quoiqu’il fasse partie de la thériaque.

MILLEFEUILLE. Achillaa mille/olium, I..

(Fam. Sy.ninthÉrées.)

Sunu ml y. : Herbo aux coupure», Herbe aux charpentiers, aux voituriers, Herbe militaire, Sonrcil-de- Vénus, Achilléine, etc.

La Millefruille est très-commune dans les lieux incultes, les pre»

secs et les champs où elle fleurit tout l’été; quelquefois elle est eu! tïvée dans les jardins.

description (pi. xl, 3). — Plante vivace, de 60 cent, environ ; à tiges dressées, roides, cannelées, simples, excepté dans leur partie supérieure où naissent les rameaux de l’inflorescence. Feuilles longues et étroites, molles, pubescentes, bipinnatiséquées, à segments très-nombreux, linéaires et courts-raucronés. Fleurs blanches ou d’un rose lilas, disposées en capitules très-petits et nombreux qui forment des corymbes terminaux compactes. Fleurons du centre tubuleux, hermaphrodites, très-petits, au nombre de 6-8 environ, à limbe 3-lobé; demi-fleurons de la circonférence femelles et fertiles, à 3 dents dont la moyenne est peu distincte, au nombre de 5 le pi us souvent et ayant la languette écartée en dehors, de manière que le capitule a l'apparence d’une fleur à 5 pétales blancs, avec des parties jaunes au milieu, quoique les fleurons et les demi-fleurons soient de même couleur. Involucre allongé (1) composé d’écailles imbriquées; réceptacle presque plan. Akènes ovoïdes dépourvus d’aigrette.

propriétés, usages. — La Millefeuille a une odeur aromatique qui n'est pas très-agréable; sa saveur est amère, un peu acerbe, plus prononcée dans les fleurs que dans les feuilles. Cette plante est sur la limite des toniques-amers et des toniques-stimulants; elle peut aussi être considérée comme astringente, antispasmodique; si l’on s’enrapporteaux éloges qu’en ont faits les médecinsde l’antiquité, elle serait bonne dans les flux muqueux et sanguins, la phthisie, les suppressions, les maladies nerveuses, les coliques d'estomac, celles de matrice après l’accouchement, celles qu’occasionne la gravelle, et surtout dans le pansement des plaies.

F,n réalité, la Millefeuille possède-t-elle des propriétés que l'expérience a confirmées? Il est certain que son action tonique peut être mise à profit dans la débilité des fonctions, les fièvres intermittentes ; qu’elle parait être efficace dans la leucorrhée, les hémorrhagies utérines, les cours de ventre; et comme elle est légèrement stimulante, elle peut, par l'effet de l’idiosyncrasie des malades, agir sur le système nerveux comme antispasmodique, sur la matrice comme etnménagogue, tandis que, chez d'autres femmes, elle provoquera peut-être une suppression des menstrues à cause de son astringence.

M. le docteur Hichait, de Soissons, a essayé de réhabiliter la Millefeuille en publiant le résultat de ses expériences (Abeille médicale ,

(1) Qui ne se voit pas sur la figure.

année 1830). Il la regarde comme très-utile dans les lièvres éruptives, les menstruations difficiles et douloureuses, etc. « Son infusion, dit-il, est un puissant calmant du système nerveux; elle calme la douleur sans augmenter l'inflammation et fait cesser la fièvre symptomatique; ces heureux effets me l’ont fait adopter comme boisson principale chez toutes les femmes en couches, disposées généralement aux irritations nerveuses et aux inflammations. J eu fais aussi un heureux usage au début des maladies, durant le trouble nerveux qui les précède, et souvent cette infusion a suffi pour rétablir la santé. » Le même praticien ajoute qu'il a eu beaucoup à se louer de l’usage de l’infusion et de la décoction de Millefeuille, qu’il employait en boissons, lavements, topiques et bains d’enveloppe1, dans une épidémie de dyssenterie très-grave.

C’est principalement à titre de vulnéraire et cicatrisante que la Millefeuille a acquis de la réputation, nous ne dirons pas parmi les médecins, mais parmi les campagnards. Appliquées sur les plaies et les coupures, ses feuilles constituent un remède populaire qui certainement a plus contribué à retarder les cicatrisations qu’à les favoriser. Nous ne pouvons trop le répéter, ce n’est qu’exceptionnellement et chez les sujets très-lymphatiques que les plantes de la nature de celle-ci offrent quelque utilité dans le pansement des solutions de continuité. .

r réparations, D06ES. — Infusion (sommités fleuries) : 2 ou 3 fortes pincées par kilog. d’eau. Feuilles (pilées) : on en applique une quantité voulue sur les coupures et les plaies; — (cuites) : appliquées de la même manière. Elles ne retardent pas assez la guérison pour ne pas conserver leur vieille réputation de cicatrisantes, a Ces feuilles légèrement pilées et mises dans le trou de l'oreille calment souvent la douleur de dents : c’est un remède éprouvé par des praticiens dignes de foi. » (Chôme!.)

Décoction : « Simon Pauli assure avoir connu des femmes enceintes qui s’étaient garanties de l’avortement par l’usage de cette décoction. » Suc : a Six onces, dit encore Chomel, avec autant de celui d'ortie (U. dioica), pris en 2 doses, à 1 heure l'une de l’autre, m’ont réussi plusieurs fois pour arrêter une hémorrhagie survenue par l'ouverture de quelque vaisseau sanguin qui se dégorgeait dans le canal intestiual. »

PLANTES MEDICINALES.

UlLLEPEllTCiS. Uypericum perforatum, L.

(Foin. Hypéricinbbs.)

A'omt » ulÿ. : Millepertuis perforé, Herbe de Saint-Jean, Herbe aux piqftres, Trescalau, Chasse-Diable.

description (pi. xxiv, 6; et 1. 1, p. 343). — Tiges dressées, fermes, ordinairement rameuses, cylindriques, avec des entre-nœuds, offrant deux lignes peu saillantes, atteignant un mètre de haut. Feuilles opposées, sessiles, oblongues, à points transparents nombreux. dus à des vésicules remplies d’une bulle essentielle qui simulent des petits pertuis. Fleurs jaunes, en panicules terminales înultiüores; S sépales linéaires- pointus; ü pétales longs, marqués sur les bords de très-petits points noirâtres ; étamines nombreuses, hypogynes, saillantes, dont les filets sont réunis par la base eu 3 faisceaux. Ovaire libre à 3 loges ; 3 styles divergents, à stigmate simple et très-petit. Capsule à 3 loges polyspermes, trivalve.

propriétés, usages. — L'odeur du Millepertuis est peu prononcée, à moins qu'on no froisse les feuilles entre les doigts; su saveur est amère, styptique, un ;>eu résineuse et salée. Cette plante est une de celles qui ont regu le plus d'éloges et auxquelles les anciens se sont plu à accorder une foule de propriétés imaginaires et contradictoires. 11 est arrivé ce qui ne manque jamais de se produire en pareil cas, qu’à l’engouement exagéré a succédé un abandon complet et peut-être injuste; car, disent Mérat et Delens, « il serait utile de s’assurer par des expériences nouvelles et bien faites des propriétés réelles de cette plante active et si répandue chez nous. » tjuoi qu'il en soit, le Millepertuis est uu stimulant balsamique qui parait agir sur le système broncho-pubnonaire et sur l’appareil urinaire, suivant les circonstances. M. Cazin dit l'avoir employé avec avantage en infusion dans les affections catarrhales pulmonaires chroniques, dans l’asthme et même la phthisie; il l’a souvent mêlé à la racine d'aunée, au lierre terrestre, au lichen pulmonaire ou au lichen d’Islande, dans les maladies chroniques de la poitrine. « Les cas où ces combinaisons sont indiquées, ajoute ce praticien avec raison, ne peuvent s'apprécier qu'au lit des malades; les principes généraux s’établissent, en thérapeutique, dans les livres; l’application de ces principes subit les modifications suggérées par l'état particulier du sujet, et c’est ce qui constitue la pratique. »

Le Millepertuis peut encore être très-utile dans les catarrhes de

la vessie, du vagin et de l’urètre, lorsque l'eau de goudron et la térébenthine ont l’inconvénient de causer un surcroît d’irritation : cette action favorable s'explique par ses propriétés résineuses. Dioscoride, Etmuller et une foule d’autres considéraient cette plante comme un puissant diurétique propre à guérir l’ischurie, la néphrite calculeuse, mais ces vertus touchent au côté fabuleux de son histoire, ainsi que ses propriétés vulnéraires et cicatrisantes. — Dirons-nous enfin qu’on a prescrit la tisane de Millepertuis pour rappeler l’écoulement menstruel, et même pour ranimer le travail de l'enfantement et favoriser la délivrance?

Le Millepertuis a été employé presque exclusivement A l’extérieur, par certains médecins, comme vulnéraire, sous forme de Uniment, de baume, d’onguent, d’emplâtre pour résoudre les tumeurs, les ecchymoses, les contusions, etc.

récolte. — Cette plante vivace se trouve dans les endroits secs, les lisières des bois, aux bords des chemins, où elle est et fleurit en juin-août. Il faut choisir les sommités qui n’ont pas les fleurs complètement ouvertes. On sèche la plante entière, privée de ses racines qui sont dures, ligneuses, ramifiées, jaunâtres. Api ès la dessiccation, on lui retrouve toutes ses propriétés. En vieillissant les feuilles jaunissent et les fleurs perdeut de leur couleur.

préparations, doses. — Infusion (sommités fleuries) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Eau distillée : 30 à 125 gr. en potion. Huile d’hypericum (de fleurs de Millepertuis) : employée à l’extérieur à dose ad libitum dans les cas de contusions, de plaies : remède autrefois trè3-vanté, mais qui est réellement sans effet. Les feuilles et les fleurs macérées dans l’huile d'olive passaient jadis pour un excellent vulnéraire , tiès-propre à favoriser la cicatrisation des plaies simples et des ulcères. Suc : Haller dit que ce suc tiré de l’herbe broyée et infusée dans le vin lui parait mériter la préférence comme vulnéraire-cicatrisant.

MOMORDIQUE. Momordica elaterium , L.

(Fam. COCURBITACÉES.)

iVonu ru Ig. : Concombre d'âne, Concombre sauvage, Ecballie, K la té rie.

description (pl. xviii, 5). — Plante vivace, hispide, sans vrilles, dont le nom spécifique, elaterium, veut dire ressort, parce que son fruit indéhiscent, de la grosseur d’une noix, hispide, se détache subitement au point de jonction avec le pédoncule, au moindre con-

tact, lors de sa maturité, eu lançant au loin ses graines. On emploie le suc de ses fruits et la racine.

propriétés, usages. — Toutes les parties du Concombre sauvage ont une saveur très-amère. Le suc épaissi des fruits (extrait connu généralement sous le nom d ’Elatérium) est une substance extrêmement amère, àcre, qui agit à la manière des purgatifs les plus énergiques. Ce médicament est peu usité chez nou3, mais il parait qu'il n’en est pas de même en Angleterre, où le docteur Thompson s‘en sert comme du meilleur de tous les hydragogues. Il a procuré entre les mains de Bright deux guérisons de néphrite albumineuse compliquée d’hydropisie. — Gilibert a vu t grains (20 centig.) d élatérium chasser le ver solitaire.

La racine de Momordique est un purgatif assez doux, suivant Loiseleur -Deslongchamps. — Du temps de Pline, on l’appliquait cuite dans du vinaigre sur les tumeurs goutteuses.

récolte. — Celte plante croit aux lieux stériles et pierreux des contrées méridionales de la France.

préparations, doses. — Extrait ou élalérium : 2 à 13 cent. 2 ou 3 fois par jour en observant ses effets (Vaidy). — Gilibert a vu chasser le ver solitaire avec 20 cent, de ce produit. Racine desséchée : 2 à 3 gr. (Loiseleur). LYJafmne, principe actif de l'élatérium, serait, suivant Bird, un purgatif bien préférable à l’élatérium lui -même dans tous les cas où le3 drastiques sont indiqués, tels que les hydropisies essentielles, les maladies cutanées : 3 millig. toutes les 2 ou 3 heures.

MORELLE.' Solanum nigrum, L.

(Fana. Solanées.)

.Vomi rulg. : Morclle noire, Jlorette, Mourette, Crève-Chien, Herbe aux magiciens, Raisin de loup.

description (pl. liv, t). — Plante annuelle, de 20 à 60 cent. Tige rameuse, glabre, anguleuse, dressée ; rameaux étalés. Feuilles ovales-pointues. pétiolées, sinuéesou lâchement dentées, molles et succulentes, d’un vert foncé, un peu plus pâles en dessous Fleurs blanches, petites, en petites ombelles pendantes, 3 6-ûores sur un pédoncule commun. Calice petit à 3 dents, persistant; corolle à S divisions ovales-aiguës qui s'ouvrent en rosette, puis se recourbent sur le calice (I); S étamines; style fllilorme à stigmate obtus. Baies

(t) Le dessin représente une ombelle do 6 fleur», dont 4 en bouton» et 4 ouverte» de manière A montrer te dernier degré do l'épanouissement dans l’nne.

globuleuses, luisantes, d'abord vertes, puis jaunâtres, rouges et noires à la maturité complète.

propriétés, usages. — La Morelle a une odeur vireuse et une saveur douceâtre. Les opinions ont varié sur son mode d’action : cela tient à ce qu’on n’a pas assez tenu compte des parties qu’on a employées. En effet, les feuilles et les tiges ne sont guère qu’émollientes, tant quelles sont jeunes surtout; on les a même fait servir d’aliment. Plus tard on y remarqua une propriété narcotique, qui est surtout prononcée dans les fruits ; mais ceux-ci n'ont jamais occasionné la mort, comme ceux de la belladone, avec lesquels on peut les confondre.

La Morelle n’est usitée qu’en décoction, pour lotions, injections, fomentations, cataplasmes, etc., dans le traitement des phlegmasies, des cancers de matrice, des dartres vives, des hémorrhoïdes, des ulcères douloureux, etc.

récolte. — Cette plante est très-commune dans les haies, les décombres, les lieux cultivés, aux bords des chemins, où elle fleurit tout l’été. On en fait la récolte à l’automne, lorsque les fruits sont en maturité, si l’on veut obtenir do cette plante une action calmante, narcotique. On la fait sécher à l’étuve; ses propriétés sont plus manifestes après la dessiccation.

préparations, doses. — En poudre : 5 à 10 centig. et plus. Infusion : 60 gr. par 1000 gr. d’eau. Suc exprimé : 30 à 50 gr.

MOURON. Anayallis airensis, L.

(Fsm. PninucAcÉEs.)

Noms tulg. : Mourut] des champs, Mouron rouge.

description. — Plante annuelle, haute de 30 cent, environ. Tiges faibles, courbées, quadraqgulaires, rameuses, tortueuses et glabres. Feuilles opposées, sessiles, pointues. Fleurs rouges, axillaires, longuement pédonculées, se montrant tout l’été. Calice à 5 divisions; corolle rotacée à 5 divisions ovales-rondes, a étamines courtes; style filiforme, stigmate en tête.

propriétés, usages. — Le Mouron des champs, qu’il ne faut pas confondre avec le Mouron des oiseaux ou Morgeline, est inodore, mais d’une saveur amère, un peu acerbe et nauséeuse. On lui a attribué jadis, on ne sait pourquoi, des propriétés curatives dans une foule de maladies diverses et de nature opposée, telles que les obstructions, l’hydropisie, la goutte, le cancer, l'épilepsie, la mélanco-

lie, la rage, la peste mômel etc. ; mais aucun des faits relatés u'a pu soutenir l’examen d une observation saine et dégagée des idées hypothétiques des temps reculés.

Le fait est cependant que cette plante n’est pas sans action ; bien au contraire, Orûla a prouvé par ses expériences que son extrait peut, à la dose de 12 gr., donner la mort à un chien, en enflammant l’estomac. Les troupeaux ne la mangent pas, et ses graines tuent les oiseaux. Quant à ses propriétés médicales réelles, on peut direqu’eiles sont encore iuconnues.

Le Mouron bleu ne dittère du rouge que par la couleur des fleurs qui varie du bleu au blanc, par des tiges plus droites et plus rameuses.

MOURON DES OISEAUX. Alsine media, L.

(Fain. Diantbacées ; genre Stellaire, D. C.)

,Vom ru/g, : Morgeliüe.

Cette herbe, dont les caractères spécifiques sont indiqués au genre (t. I, p. 299), est très commune au pied des murs, au bord des fossés ombragés, dans les vignes négligées, etc., où on la recueille pour la donner aux petits oiseaux, aux serins de Canarie.

Bien que sans saveur, pour ainsi dire, et sans odeur, les anciens l’ont considérée comme très-utile en médecine. Us lui attribuaient une foule de propriétés. Par exemple, Dioscoride estime que son suc apaise les douleurs d’oreilles; elle calmerait les tranchées chez les enfants (Kœnig) ; diminuerait les douleurs et le flux immodéré des hémorrholiies, étant appliquée eu poudre (Tournefort) ; arrêterait les crachements de sang, rétablirait les forces des malades épuisés, etc.

La Morgeline peut être employée en cataplasmes émollients, légèrement résolutifs. '

MOUSSE DE CORSE. Fucus helminthocorton, L.

(F»m. Algues ; genre Varech.)

Noms tulg. ; Mousse de mer, Varech vermifuge, Coralline de Cône.

description (pl. lx, 3). — Plante marine consistant en une petite touffe de quelques centirn. de hauteur, d’un roux fauve, d’une consistance comme cartilagineuse, composée de libres entremêlées, te-

naces, ayant pour base une petite callosité dure. Les fructification s sont des tubercules situés sur les côtés des rameaux et sessiles (t).

propriétés, usages. — Odeur marécageuse, désagréable; saveur salée sans amertume. L’emploi de ce varech contre les vers était connu des anciens, et pourtant il n’y a pas un siècle qu’il est répandu en France. La Mousse de Corse, à la vérité, semble regagner le temps perdu, car c’est aujourd’hui un des vermifuges les plus utiles chez les enfants, auxquels elle convient, en effet, par son innocuité sur les organes digestifs. Elle n’expulse pas toujours les ascarides, encore moins le ténia, mais elle tue constamment les lombrics» et l’on peut dire qu’elle est douée d une action vermicide spécifique.

Les fièvres vermineuses, c’est-à-dire les fièvres causées par la présence des vers, sont rares; elles existent comme conséquence de l’irritation gastro-intestinale due à ces animaux ou comme complicationd’autres phlegmasies, plutôt quecomme phénomène sympathique pur et simple. Par conséquent, du moment qu’il y a réaction générale dépendante d’un état phlegmasique de la muqueuse intestinale, c’est cet état qui doit attirer l’attention, et les vermifuges stimulants, toniques ou purgatifs, ne doivent venir qu’après l’emploi des émollients. Cependant, comme il n'est pas toujours facile de résister aux désirs des parents qui, croyant que tout dépend des vers, veulent en débarrasser tout de suite leurs enfants sans souci du reste, on peut mettre en usage la Mousse de Corse qui, heureusement, ne parait pas susceptible d’augmenter l’irritation, et qui, nous le répétons, est précieuse sous ce rapport.

récolte. — « Les recherches de M. De Candolle ont prouvé que la Mousse de Corse du commerce n’est point un médicament homogène formé par une seule plante, mais qu'au contraire c’est un mélange de différentes espèces de varechs, de céramions et de corallines. Cependant, comme le varech vermifuge y prédomine, on rapporte en général la Mousse de Corse à cette plante. »

préparations, doses. — Décoction : 4 à 15 gr. daDs 250 gr. de lait sucré ou d’eau. Poudre : t gr. pour les enfants au-dessous de six ans;

2 à 4 gr. aprè; cet âge. On la fait prendre dans de l'eau, du lait, du bouillon ou du vin ; on en saupoudre du pain que l'on recouvre de beurre, de miel, de confitures. Les pharmaciens en préparent des biscuits, des dragées, etc.

Il) Elles sont rendnes visibles sur la figuro détachée qui représente nne des tiges grflcs divisée en dichotomies irrégulières.

PLANTES MEDICINALES.

MOUTARDE NOIRE. Sinapis nigra, L.

(Fara. Cruciféhis.)

description {V. la fig. 1. 1, p. 3H). — Plante bisannuelle, atteignant 90 centim. de hauteur; à tige dressée, rameuse, glauque et glabre. Feuilles grandes, sessiles, lyrées, les supérieures entières, lancéolées. Fleurs jaunes, petites, en longues grappes terminales, Siliques grêles, dressées et appliquées contre la tige.

propriétés, usages. — Les semences sont les seules parties employées. Entières, elles sont inodores, mais lorsqu’on les brise elles répandent une odeur assez forte, pénétrante. Elles fournissent une farine d’une couleur jaune verdâtre, mêlée de petits points noirs provenant de l’enveloppe, et dont l'aspect est huileux, etc.

Les graines de moutarde contiennent pour éléments principaux de leur composition : sinapisine, matière blanche cristallisable particulière; huile fixe, albumine, matières colorantes, etc. Aucun de ces produits ne possède l’âcreté si remarquable qu’on leur connaît, parce qu’en effet celte âcreté est due à l’huile volatile qui se développe par la réaction des divers éléments les uns sur les autres, lorsqu’on y ajoute de l’eau surtout.

La Moutarde noire est tonique, stimulante, antiscorbutique et purgative, selon les doses ; mais son emploi est presque exclusivement consacré à la médication externe, où elle agit comme rubéfiante. — Cependant on a reconnu que ses semences produisent quelquefois de bons ellets dans les fièvres intermittentes, les fièvres putrides, les atonies, les aflections scorbutiques, les engorgements atoniques, les hydropisies, certains catarrhes chroniques du poumon. En parlant des préparations et doses de ce médicament, nous reviendrons sur ce sujet; mais nous dirons de suite que, suivant Ray, la Moutarde pulvérisée et mêlée dans du vin blanc sauva la vie à un grand nombre de malheureux atteints du scorbut pendant le siège de La Rochelle. « Je l’ai employée, dit M. Cazin, dans un cas de scorbut très-grave, chez un enfant de 14 ans, que Bavre, maire du village de Parenty, me présenta au printemps de 1842. Cet eDfant, appartenant à une famille indigente, avait des hémorrhagies nasales coninuelles et très-abondantes, les gencives engorgées et saignantes, le corps couvert de taches, d’ecchymoses, la face jaune et bouffie, le pouls faible et les pieds œdémateux. Désirant satisfaire à l’indication la plus pressante, celle do modérer les hémorrhagies, je lis admi-

nistrer à ce malade une forte décoction d’écorce de chêne par demitasses fréquemment répétées. L’écoulement du sang diminua de moitié environ dans l'espace de 5 jours; mais il fallait attaquer le scorbut. Je préparai à cet effet la bière sinapisée (32 gr. de semence de moutarde concassée dans t kil. de bière), que je fis prendre à la dose de 4 à ü onces par jour. L’amélioration se manifesta dès les premiers jours. Les taches scorbutiques s’effacèrent graduellement, les hémorrhagies s'éloignèrent et cessèrent eniin, et au bout de 40 à 30 jours de l’usage du médicament, l’enfant fut complètement rétabli. »

Les usages externes de la Moutarde sont généralement connus. L'on fait avec la farine de cette semence, délayée dans l’eau, des cataplasmes appelés sinapismes qu’on applique sur la peau pour y ap- . peler la chaleur, un certain degré d’excitation, dans le but d'opérer une révulsion.

Les indications des sinapismes sont très-nombreuses. On les ap plique : 1» sur les points pleurodyniques (affections rhumatismales douloureuses des muscles de la poitrine) et sur les parties quelconques qui sont le siège de douleurs de même nature ; 2* aux jambes, aux cuisses, dans les cas de congestion vers la tête, dans la dernière période des maladies pour ranimer les malades, ou lorsqu’il est nécessaire de provoquer une éruption qui tarde trop à se faire, d'arracher un malade à l'engourdissement comateux des fièvres typhoïdes graves, de. la fièvre cérébrale, de l’empoisonnement par les narcotiques, etc.; 3” on les promène sur la surface du corps pour réchauffer les malades atteints de choléra, pour soulager les asthmatiques dans leurs accès de suffocation, etc., etc.

Les varices, les infiltrations séreuses, les irritations dartreuses de la surface cutane’e, etc., sont des contre-indications à l’emploi des sinapismes.

Que si ces topiques, appliqués pendant trop longtemps ou sur des parties trop sensibles, ont occasionné de la rougeur et des douleurs vives, des excoriations, là vésication môme, MM. Trousseau et Pidoux proposent l'application d’un cataplasme de mie de pain délayé î dans une décoction concentrée de plantes narcotiques, ou mieuj celle d’un linge enduit d’une couche légère du topique suivant :

Onguent pnpuleum 13 gr.

Extrait de belladone 1

Extrait de datura stramonium .) de chaque 30 cent.

Extrait de jusquiatnc !

récolte. — On rencontre !a Moutarde dans les lieux incultes un peu humides, dans les terrains arides et pierreux, les décombres, dans les Île3 de la Marne, aux environs de Paris, etc.; mais elle est cultivée pour l’usage culinaire et pour les besoins de la médecine. Toute la graine de Moutarde que l’on trouve dans le commerce est due à la culture, laquelle est très-facile. La meilleure est celle qui est piquante, chaude et amère au goût, pesante et noire. La farine se présente, comme nous l’avons dit déjà, avec une couleur jaune mêlée de. points noirs; elle répand une odeur d’autant plus prononcée qu’elle est plus récente : aussi est-il très-important de ne la préparer qu’au fur et à mesure des besoins, ou de la demander dans les pharmacies qui peuvent en avoir un plus grand débit.

préparations, doses. — Graines (entières) : 10 à 15 gr. comme excitantes, stomachiques; et comme fébrifuge à la dose de 1 à 5 cuillerées administrées dans la pyrexie (Bergius, Cullen, Bœrhaave), moyens infidèles et non sans inconvénients graves, malgré l’autorité de ces médecins. — (concassées) : 15 à 30 gr. comme purgatives. Décoction (graine concassée) t t S gr. pour 730 gr. d'eau. Le docteur Savy, de Lodève, l'employait avec succès dans une épidémie de fièvre putride maligne, après les vomitifs : les malades en prenaient une demi-tasse à café de demi-heure en demi-heure. Cette décoction a réussi à M. Cazin contre les vers lombrics. Bière sinapisée (32 gr. de moutarde dans t kilog. de bière) : t?5 à 160 gr. par jour comme antiscorbutique puissant (Cazin). Huile volatile : l’application d’un morceau de flanelle imbibé d’un mélange de i partie de cette essence sur 20 d’alcool produit en 2 ou 3 minutes une trèsvive rougeur à la peau, voire même la vésication. Poudre ou farine : on en met de 50 à 200 gr. dans un pédilme ou un manuluve pour le rendre irritant. — On en délaie une quantité voulue dans de l’eau tiède ou môme froide pour sinapismes. — Trois choses ont singulièrement retardé la connaissance des véritables effets de ces topiques sur la peau : 1° la croyance où l’on était qu’il fallait employer le vinaigre pour rendre la farine de moutarde plus active, ce qui est une erreur capitale; car cet acide, au contraire, en mitige les propriétés excitantes; 2° la sophistification malheureusement trop fréquente de cette précieuse farine avec celle de lin ou avec le son , la sciure de bois, etc.; 3° sa préparation trop ancienne. Il faut employer l’eau tout simplement dans la préparation des sinapismes, et encore faut-il qu’elle ne soit pas trop chaude : 30 ou 40 degrés, voilà la meilleure température. — L’application d’un sinapisme ne doit ja-

mais durer plus d’une heure, et le plus souvent l’eflet est produit bien plus tôt, lors même que le patient ne se plaint pas d'en éprouver de la douleur.

Modtarde blanche («inapis alba). Espèce fort commune dans les champs cultivés, aux environs de Paris. Ses graines sont plus grosses de moitié que celles de la moutarde noire, de couleur jaunâtre, ne fournissant pas d’huile volatile ; ses tiges sont moins élevées; feuilles plus lobées, siliques hérissées de poils, étalées et terminées par une. corne longue, ensiforme.

La graine de Moutarde blanche est devenue depuis quelque temps un remède populaire pour combattre la constipation, développer l'appétit et dépurer le sang, disent les intéressés vendeurs. Elle purge, en eilet, sans coliques, et se montre utile à ceux qui ont les digestions laborieuses par faiblesse du canal intestinal, principalement chez les vieillards qu’une constipation habituelle tourmente. Quant à ses propriétés dépuratives, elles sont plus imaginaires que réelles : il parait cependant que des dartres, des rhumatismes chroniques ont été favorablement modifiés par l’usage longtemps continué de la Moutarde blanche. Cette graine se prend entière, dans un peu d’eau à la dose de I ou 2 cuillerées, le soir, comme purgative, ou d’une demi-cuillerée avant le repas, comme stomachique.

La Moutarde sauvage ou sanve ( Sinapis arvensis), qui croit trèsabondamment dans les moissons, pourrait être prise pour la Moutarde noire, à cause de la couleur de ses graines; mais leur grosseur tient le milieu entre les deux précédentes, et leurs propriétés sont beaucoup moins actives, outre que la plante est velue et ses siliques ho • rizontales multangulaires, renflées et trois fois plus longues que la corne terminale.

MUFLIER. Antirrhinum ma jus, L.

(Fam. ScROFUL AIDÉES.)

Aon» c ulg. : Mufle de veau, Gueule de loup ou de lion, Muflier dee jardins.

description (pl. xlt, t).— Plante herbacée vivace ; tige de 30 à 70 c., dressée, simple ou un peu rameuse, glabre en bas, pubescente supérieurement; feuilles opposées, lancéolées, entières, atténuées en court pétiole, un peu épaisses. Fleurs purpurines, plus rarement blanches, en grappes terminales munies de bractées courtes. Calice à ü divisions profondes, ovales-orbiculaires très-courtes, velues. Corolle grande, irrégulière, à tube large, bossu en dehors à sa base, à

limbe en gueule : lèvre supérieure bifide, à lobes un peu réfléchis en dehors ; lèvre inférieure à 3 lobes, à la base desquels se trouve UDe éminence ou palais jaune qui bouche l’ouverture de la corolle ;

4 étamines didynames contenues sous la lèvre supérieure (i), anthères bilobées et jaunes ; style simple sur un ovaire ovoïde biloculaire. Capsule oblongue avec des trous au sommet, ayant quelque ressemblance avec une tête de veau.

propriétés. — Le Mufle de veau est inodore, d’une saveur amère.

Il fait l'ornement des jardins, et n’est pour ainsi dire jamais employé en médecine. Ses propriétés sont d’ailleurs mal déterminées : on l’a indiqué comme émollient et résolutif à l’extérieur, mais il parait être plutôt stimulant. On peut s’en servir tant qu’il est irais pour résoudre certaines tumeurs qui ont besoin d’être légèrement stimulées. — « Vogel dit que, dans quelques pays, le vulgaire attribue à cette plante le pouvoir de détruire les charmes ou maléfices. » récolte. — On trouve le Muflier sur les vieux murs, dans les lieux stériles, où il fleurit en juin -septembre. On le cultive dans les parterres où l’on peut se le procurer plus facilement.

MUGUET. Convaliaria maialis, L.

(Fam. Asi'ARaginées.)

Noms culy. : Muguet de mai, Lis des vallées.

Description (pl. xi, 5). — Plante vivace, haute de 15 à 20 centim., composée de 2 feuilles radicales, ovales-lancéolées, amplexicaules, qui finissent en bas par une espèce de pétiole formé par leur engainement, et d’uue hampe grêle, naissant du pied de ce bouquet de feuilles et portant à son sommet une douzaine de fleurs blanches, petites, en forme de grelot, pédonculées, alternes, regardant du même côté, munies d’une courte bractée à la base du pédoncule. Calice pétaloïdc (périanthe simple), à limbe 6-denté; 6 étamines insérées à sa base; style plus long qu’elles. Baie sphérique à 3 semences, devenant rouge à la maturité.

propriétés, usages. — On connaît l’odeur agréable des fleurs du Muguet, peut-être moins leur saveur, qui est amère, et que l’on retrouve dans les autres parties de la plante. On a conseillé ces fleurs, comme antispasmodiques, dans les convulsions, l’épilepsie, les ver-

(1) Cette lèvre étant, sur la figure détachée, fendue par lo milieu dans toute la longueur du tube, nous permet de voir les étamines.

tiges, etc. Senckenberg père et fils ont préconisé les baies contre l’épilepsie idiopathique et les fièvres intermittentes.

Les fleurs de Muguet ont surtout été employées comme stemutatoires ; l’on prétend avoir guéri des céphalées, des fluxions chroniques aux oreilles et aux yeux par l'excitation et l'écoulement nasal que produit leur poudre prisée en guise de tabac.

On cueille ces fleurs au moment où elles s’ouvrent; la racine se récolte en toute saison, car elle est vivace. En se desséchant, la plante perd de son énergie.

récolte. — On sait que le Muguet vient dans les lieux couverts humides et que ses fleurs se montrent dans le mois de mai.

préparations, doses. — Infusion (fleurs vertes) ; 8 à 20 gr. par kilog. d'eau. Extrait alcoolique : 2 gr. en pilules, purgatii. Poudre (baies) ; 2 à 16 gr. comme antiépileptique. — (fleurs) : quantité voulue comme sternutatoire. — Voici la composition d'une poudre sternutatoire : fleurs de Muguet, 60; café moulu, 30; sucre blanc, 45.

MURIER. Morue.

(Fam. Ukticées.)

description. — Le Mûrier comprend un assez grand nombre d’espèces d'arfcres lactescents, originaires de l’Asie Mineure, mais naturalisés en Europe. Feuilles alternes, simples, souvent découpées. Fleurs monoïques, les mêles disposées en chatons cylindriques pendants, les femelles réunies en un chaton court (Y. 1. 1, p. 133). Après la floraison les calices se renflent, deviennent pulpeux, se convertissent en autant de baies monospermes réunies sur un réceptacle commun, et semblent ne former qu’une seule baie qui porte le nom de Mûre, et qui ressemble à une framboise, ou au fruit de la ronce bleue que l’on nomme aussi vulgairement mûre, mouron.

Le JluniEn noir {Morus niÿra) est un arbre haut de 8 à 10 mètres, au tronc épais, à l'écorce rude, aux branches longues; feuilles alternes-cordiformes, pointues, dentées, rudes en dessus, pubescentes en dessous, d’un vert sombre.

propriétés, usages. — On emploie le fruit et l'écorce de la racine du Mûrier. Les mûres ont une saveur aigrelette, sucrée; elles sont alimentaires, mais dédaignées, parce que leur parfum est moins agréable que celui des fraises et des framboises, et que leur couleur noire tache le linge et les doigts. On peut en préparer des boissons rafraîchissantes qui conviennent dans les mêmes cas que les gro-

seilles. Mais c’est principalement sous forme de sirop qu’on les emploie en médecine. Le sirop de mûres est, en effet, un remède populaire, banal, contre tous les maux de gorge; il sert à édulcorer les tisanes et les gargarismes astringents, dont il augmente l’action, vu qu’il est préparé avec des fruits qui n’ont pas atteint leur maturité.

L 'écorce de la racine du Mûrier a une saveur acerbe et amère. Outre ses usages comme tonique-astringente, on prétend qu’elle est anthelminthique, et même qu’elle fait rendre le ver solitaire. On peut donc en essayer l’emploi comme succédané du grenadier et du kousso, qu'il est plus difficile de se procurer.

récolte. — Le Mûrier fleurit en avril, ses fruits sont mûrs au mois d’août; mais 11 faut les récolter avant leur maturité pour en faire un sirop, ainsi que l’écorce de la racine, qu’on emploie en décoction à la dose de 15 gr. par 500 gr. d’eau.

Le Mcrier blanc (Monts albus) est un arbre originaire de la Chine, haut de 8 à 10 mètres, que l’on cultive en grand sur tous les points du midi de la France pour faire servir ses feuilles à la nourriture des vers à soie. Ses fruits sont blanchâtres ou roses. Ce Mûrier donne un grand nombre de variétés bien connues des sériculteurs.

Les anciens connaissaient les deux espèces noire et blanche. Pour expliquer cette double couleur, les poètes feignirent que le Mûrier avait été teint du sang de Pyrame et de Thisbé, et que les mûres qu’il jortait devinrent alors rouges, de blanches qu elles étaient auparavant.

MYRTE. Myrtus communie, L.

(Fstn. Myrtacéks.)

Arbrisseau du midi de l’Europe, du bassin de la mer Méditerranée, cultivé dans nos contrées en caisses, et que l’on rentre l’hiver dans l’orangerie. Végétal élégant, consacré à Vénus chez les anciens, et qui servait à couronner les amants heureux. De là, sans doute, les rêveries que l’on a débitées sur ses propriétés merveilleuses.

Toutes les parties du Myrte répandent une odeur aromatique et sont douées de propriétés toniques-astringentes. On le donnait dans les diarrhées, la leucorrhée, les hémorrhagies, les faiblesses d’estomac. Garidel (Hist. des pl. de la Provence, t723) indique une liqueur huileuse, préparée avec les baies de Myrte pilées et un peu

d'eau-de-vie, comme propre à raffermir certains organes relâchés. Cette préparation et beaucoup d'autres encore sont oubliées aujourd’hui.

NARCISSE DES PRÉS. Narcissus pseudo-narcissus, L.

(Fam. Ahartllidées.)

Nomswlg. : Narcisse de» bois, Narciwe sauvage. Faux narcisse, Aianlt, Porilloo, Fleur de coucou, Jeannette, Clochette des bois, Chaudon,

description (pi. xii, 2). — Plante bulbeuse, vivace, à oignon obiong, de la grosseur du pouce et luisant. Tige de 30 cent, environ à 2 angles saillants, nue, nniflore. Feuilles radicales, allongées en forme de lame d’épée, au nombre de 3-0, lisses, vertes, plus courtes que la tige. Fleurs d’un jaune soufré, grandes, solitaires et penchées sur la hampe, renfermées avant leur développement dans une spathe monophylle qui s’ouvre sur le côté et persiste ensuite. Périanthe tubuleux jusqu'à la moitié de sa longueur où il se divise en deux limbes : l’extérieur à 6 languettes ovales-lancéolées; l’intérieur (couronne) campanule, de la longueur des divisions, d’unbeau jaune, lobé au sommet d'une manière inégale et ondulée. Etamines 0, insérées au tube au dessous de la couronne; style un peu plus long qu’elles, terminé par un stygmate triiide. Capsule subglobuleuse ' trigone.

propriétés, usages. — Les bulbes et les fleurs de Narcisse sont employés en médecine. Us n’ont presque aucune odeur; mais la saveur est amère, un peu âcre dans les premiers, comme sucrée et assez agréable dans les secondes. Bien que classée parmi les vomitifs, cette plante est plus souvent employée comme antispasmodique, antidiarrhéique, etc.

La propriété vomitive du bulbe de Narcisse a été reconnue par Pline, Dioscoride, Galien, Clusius. Niée depuis, elle s’est manifestée ensuite par l’effetd’une méprise : l’oignon en question ayant été pris pour un poireau et mis dans la soupe, les personnes qui en mangèrent eurentdes vomissementsconsidérabtes. Loiseleur-Deslonchamps trouva cette propriété faible, et jeta encore une fois le médicament dans le discrédit.

Les fleurs de Narcisse jouissent aussi de la faculté de produire le vomissement, ainsi que l’ont constaté Veillechèze, Armet, Lejeune, Orfila. Cependant, Loiseleur la croit encore très-peu énergique, et M. Caventou, qui a expérimenté la poudre et l’extrait sur lui-même,

n’a pu obtenir d'effet vomitil. En présence d’assertions si contradictoires le jugement reste en suspens : les préparations ont-elles été mal faites, la plante varie-t-elle de propriétés suivant le sol où elle croit?... En tout cas de nouveaux essais doivent être tentés.

Mais ces mêmes fleurs paraissent exercer une action prononcée sur le système nerveux : découverte qui est encore due au hasard. Une demoiselle de Valenciennes, vaporeuse et en proie à des convulsions, ayant passé la nuit dans une chambre où se trouvaient un grand nombre de fleurs de Narcisse, se réveilla calme et sans avoir été prise de ses attaques. Le docteur Dufresnoy fit recommencer l’expérience, qui répondit à son attente, et lorsque, trois jours après, les fleurs ayant été retirées, il vit les accidents se renouveler chez la même malade, il ne put douter alors des eflets du Narcisse.

Dufresnoy lit préparer un extrait qu'il administra, comme antispasmodique, à des épileptiques. Depuis, le Narcisse a été souvent employé par d'autres médecins dans la coqueluche, la chorée, l’épilepsie, où ses succès, du reste, n’ont pas été très-convaincants.

On doit encore au hasard de connaître la propriété antidiarrhéique du Narcisse. Loiseleur-Deslongchamps, à qui l'on doit un travail complet sur cette plante et ses variétés, ayant donné comme vomitif 2 gram. 60 cent, de la poudre de fleurs à une femme qui avait une diarrhée depuis huit jours, celle-ci n’eut aucun vomissement, mais son dévoiement cessa pour ne plus revenir. Ce médicament a été mis en usage avec avantage par Lejeune, dans une épidémie de dyssenterie. Enfin, Loiseleur a constaté dans le Narcisse une propriété fébrifuge qui n’a guère été mise à profit, que nous sachions, depuis les expériences de ce savant médecin botaniste.

Pour ne pas laisser le lecteur dans une indifférence trop grande, terminons en disant que M. Cazin, dont l'opinion est généralement basée sur des expériences, a adopté dans sa pratique le Narcisse « comme vomitif doux et expectorant analogue à l ipécacuanha; » il s’en est très-bien trouvé dans les affections catarrhales pulmonaires, dans l’asthme et dans quelques diarrhées chroniques.

On récolte les bulbes en tout temps, les fleurs pendant la floraison (mars-avrii). On trouve le Narcisse dans les prés et les bois.

PRÉPARATIONS, DOSES. — Infusion (fleurs) : 1 à 3 gr. par 12a gr. d’eau, par cuillerées dans la coqueluche. Poudre (feuilles et fleurs) : i à 8 gr. dans de l’eau, contre la diarrhée, la fièvre intermittente. — (bulbes) : 1 gr. 50 cent, à 2 gr., comme vomitif. Extrait : to à 30 cent, et plus, dans l'épilepsie, la coqueluche, la chorée. — A la

dose de 4 à 6 gr., cet extrait tue les chiens en enflammant l’estomac (Orflla).

NÉFLIER. Alespilus germanica, L.

Petit arbre, des Rosacées, dont le fruit, appelé nèfle, vulgairement c.. de chien, a une saveur astringeute, très-âpre et désagréable avant sa complète maturité, laquelle n’arrive qu’au milieu de l'hiver, où alors ce fruit est recherché par certaines personnes, quoiqu’il ne paraisse pas sur les tables somptueuses.

On a fait une tisane astringente avec le bois de Néflier coupé en morceaux et bouilli quelque temps. On a cru les semences bonnes pour la gravelle, réduites en poudre et infusées dans du vin blanc. — Aujourd’hui le Néflier est tout à fait négligé en médecine.

NÉNUPHAR. Nymphaa alba, L.

(Fain. Nymphiacéss.)

Noms ru Ig. : Nénuphar blanc, Lis des étangs, Blanc d’eau, Volet, Lune d’eau,

Baratte, etc.

DESCRiTTtON (pl. XXU, 4). — Plante aquatique, vivace, ù rhizome souterrain, rameux, donnant naissance à des tiges ou mieux des pétioles longs qui conduisent chacun à la surface de l'eau une feuille grande, arrondie-cordiforme, à limbe coriace et entier. Fleurs blanches, très-grandes (pl. xxii, 4), solitaires, nageantes au haut d’un gros pédoncule. Calice à 4 sépales libres, herbacés ou colorés; corolle à pétales très-blancs, au nombre de 15 environ, insérés sur deux rangs au moins sur toute la surface externe et inférieure de l’ovaire;- les intérieurs plus courts et paraissant finir en se changeant en étamines. Celles-ci, en nombre indéfini, hypogynes, paraissent quelquefois s'insérer à la surface de l’ovaire par la soudure de leur partie inférieure avec un disque trè3-développé. Stigmate sessile. Fruit ressemblant assez à une capsule de pavot.

propriétés, usages. — Odeur presque nulle dans les feuilles, désagréable dans les fleurs; saveur nauséabonde, amère, astringente dans la racine, qui contient une grande quantité de fécule, unie à un principe un peu âcre et narcotique. Les propriétés médicamenteuses de celle ci sont mal déterminées : c’est un astringent pour les uns, un rubéfiant pour d’autres; quelques auteurs prétendent avoir arrêté des fièvres intermittentes en en appliquant des tranches épaisses et fraîches sur la plante des pieds.

PLANTES MEDICINALES.

Les fleure paraissent posséder une vertu narcotique et sédative. Depuis la plus haute antiquité, on leur a attribué une action anti. aphrodisiaque qui les a fait employer pendant longtemps dans les cloîtres et les couvents pour réprimer les désirs vénériens, et même, prétendait-on, pour abolir la faculté génératrice. Cette erreur, comme tant d’autres, s'est dissipée au flambeau de l’observation et des connaissances physiologiques, et le fameux électuaire de chasteté est tombé dans l'oubli. On ne voit pas d'ailleurs que les paysans suédois, qui font entrer la racine de nymphœa dans la fabrication de leur pain, aient perdu de leur fécondité.

récolte. — Elle peut se faire en toute siison pour la racine, qui est très-grosse, et que l'on coupe par rouelles pour la sécher. Les feuilles se cueillent dans leur temps; leurs propriétés disparaissent presque entièrement après la dessiccation. On n'emploie de nos jours ni les graines ni les feuilles.

préparations, doses. — Décoction (racine) : 13 à 30 gr. par kilog. d'eau. On peut doubler la dose. surtout si on emploie la racine sèche. Sirop (fleurs) : c’est le sirop de nymphœa, employé comme émollient, calmant, anti-aphrodisiaque.

Le Nénuphar jaune (Nymphœa lutea) est plus petit; il a 3 sépales au lieu de 4; ses pétales sont jaunes; il habite plutôt les eaux courantes. Du reste, il possède les mêmes propriétés que le Nénuphar blanc.

NERPRUN. Rhamnus catharlicus. L.

(Film. Rhamnkes.)

A'onu ru Ig. : Nerprun cathai tique, Noirprnn, Epine de cerf, Bourg-Epine.

description (pl. lvti, 4). — Arbrisseau pouvant s'élever à la hauteur de 2 et 3 mètres. Tige très-rameuse, rameaux souvent opposés et terminés en pointe épineuse à leur sommet. Feuilles opposées, pétiolées, ovales-aiguës, dentées, glabres, d'un vert clair en dessous. Fleurs d’un jaune verdâtre, très-souvent diuïques, petites, réunies en général plusieurs ensemble le long ou au sommet des rameaux latéraux qui sont courts, et à l'aisselle des feuilles (1). Calice tubuleux à sa base, à limbe 5-lobé, étalé; corolle à 4 pétales dressés, très-

(t) Le rameau représenté porte des fruits i mais on peut voir une Heur mâle daus la petite figure détachée de gauche; dans oelle de droite un fruit divisé de manière & montrer ses 4 noyaux.

petits et linéaires ; 4 étamines dans les fleurs mâles ; ovaire globuleux, à style quadrifide au sommet dans les fleurs femelles. Pour fruit, nuculaine noir, globuleux, indéhiscent, contenant 2-4 noyaux durs, ovales.

propriétés, CSAGE3. — Le Nerprun est inodore. Ses baies, qui sont seules employées, ont une odeur peu agréable lorsqu’on les écrase, et une saveur âcre, amère et nauséabonde. Elles ont été reconnues purgatives par le père de la médecine. Les habitants de la campagne en font un fréquent usage, prises en nature, pour se purger. Les médecins y ont aussi recours très-souvent, mais sous forme de sirop, soit dans les hydropisies essentielles, les dartres chroniques, la colique de plomb ; soit pour agir révulsivement sur le canal intestinal dans les cas d’apoplexie, de manie, etc. ; car, en eflet, le Nerprun est un drastique d'une action aussi sûre qu'énergique.

Suivant Homberg, les grives qui se nourrissent de ses fruits acquièrent une propriété purgative; d’aprè3 Mizauld, les fruits des cerisiers ou pruniers greflés sur cet arbrisseau deviennent évacuants. — La couleur usitée en peinture sous le nom de vert de vessie se prépare avec les baies de Nerprun.

récolte. — Le Nerprun habite les bois, les taillis humides, les haies, et fleurit tout l’été. C'est en octobre qu'on fait la cueillette de ses fruits, qui sont noirs, de la grosseur d’un pois, lisses et brillants, et que l’on doit employer à l’état frais.

préparations, doses. — Sirop (fait avec le suc des baies) : 30 à 60 et 80 gr. dans une potion ou dans de la tisane. Ce sirop est d’un emploi très-fréquent, et la seule préparation que prescrivent le3 médecins. Suc : 15 à 30 gr. Décoction : 4 à 12 gr. pour 250 gr. d’eau.

Les paysans se purgent en avalant 10 à 20 baies avec le potage. 11 vaut mieux les prendre seules, et, afin de prévenir les coliques qu’elles déterminent habituellement, avaler par-dessus un verre de décoction de racine de guimauve miellée.

Gilibert piétend que 2 baies prises chaque matin éloignent les accès de goutte.

N1GELLE. Nigella damascena, L.

(Fam. Kenonculéks.)

Noms vulg. : Cheveux de Vécus, Patte d’araignée, Nigelle de Damas.

description (pl. xli, 2). — Plante annuelle croissant dans nos moissons, dans les champs sablonneux, maigres et calcaires. Tiges

dressées-rameuses de la hauteur de 1-3 décim. Feuillet bi-tripinnatiséquées à segments très-étroits, presque capillaires. Fleurs d’un bleu clair et cendré, solitaires à l'extrémité des rameaux, entourées d’un involucre multiséqué (t) (juin-août). Calice étalé à S sépales ungulculés, colorés et caducs; 5 pétales unguiculés, présentant audessus de l’onglet une fossette nectarifère, couverte par une écaille, au niveau de laquelle ils se coudent brusquement. Ovaire composé de 5 carpelles soudés jusqu’au sommet; 5 styles recourbés en dehors. Capsule ovoïde, globuleuse, terminée par 3 cornes; graines chagrinées.

propriétés. — « Les semences de la Nigelle de Damas, qui ont, dit-on, un peu l’odeur de la fraise, passent pour fortifiantes, carminatives, céphaliques, emménagogues, diurétiques, etc., en infusion vineuse à la dose d'un gros (4 gr.). On les emploie en Orient dans les alléchons catarrhales, l’asthme pituiteux, les vertiges, la céphalalgie, pour rétablir les règles, etc.; elles entrent dans plusieurs médicaments composés, aphrodisiaques ou condimentaires. Cette espèce est souvent confondue avec la iV. saliva, végétal de l’Orient, dont on emploie les graines, sous le nom d 'Abésodé, comme condiment. Dans le midi de la France, ou elle croit et est quelquefois cultivée dans les jardins, on lui donne le nom de Toute-Épice. »

La Niqelle des champs ( Nigella arvensis), improprement Nielle, Be distingue de la Nigelle de Damas par l’absence d’involucre ou de collerette, par ses carpelles non soudés jusqu’en haut, etc. Ses semences, réduites en poudre, sont un sternutatoire énergique.

NOYER. Jugions regia, L.

(Fam, Jgglandïks.)

Nous ne ferons pas la description de cet arbre, très-connu, et dont les caractères génériques sont indiqués au tome 1, p. 126.

propriétés, usages. — Le Noyer est un des arbres les plus utiles dans les arts, en économie domestique et en médecine. Considéré sous ce dernier rapport, qui nous iutéresse spécialement, il ofire un médicament astringent, tonique, antiscrofuleux, vermifuge, adoucissant, ou laxatif, selon les parties employées et les cas où on l’administre.

(1) Sur la figura on na voit que 2 feuilles j les linéaments qui entourent 1a fleur •ont précisément «eux d* l’involuere qui lui forment comme une collerette.

Parlons d’abord des feuilles. Baudelocque, en 1 833, le docteur Négrier, d’Angers, en 1841-1844, et d’autres médecins, ont constaté leur efficacité dans les maladies dites scrofuleuses, les engorgements non ulcérés ou abcédés, les gonflements et caries des os, les ophthalmies et autres allections dépendant du principe strumeux. Or, il résulte des divers essais tentés par M. Négrier pendant plusieurs années : 1° que les maladies scrofuleuses sont, en général, radicalement guéries par l’usage des préparations de feuilles de noyer; 2° que l’action de ce médicament est assez constante pour qu’on puisse compter sur la guérison des trois quarts des cas; 3“ qu’il faut de 20 à 25 jours, selon la nature des symptômes, pour que les effets du traitement soient sensibles; 4° que ce traitement exerce une action prompte sur les ulcères, les plaies fistuleuses; 5° qu’il guérit plus sûrement que toute autre médication les ophthalmies scrofuleuses.

Quoique d’autres expériences tentées par des médecins de bonne foi n’aient pas confirmé pleinement les résultats annoncés par M. Négrier, nous n’hésitons pas à les déclarer fort encourageants et à reconnaître l’important service qu’a rendu cet habile médecin à la médecine des campagnes, où l’on ne peut se procurer facilement l’huile de foie de morue, ni les préparations iodurées et autres antiscrofuleux.

Toutefois, l’emploi des feuilles de Noyer remonte à une époque plus reculée. Plusieurs auteurs anciens leur ont attribué une propriété vermifuge. Frère Côme guérissait l’ictère en faisant prendre chaque jour à jeun une infusion préparée avec un verre de vin blanc et 4 gr. de ces feuilles séchées au four et pulvérisées.

Mais c’est surtout à l’extérieur que leur usage a été le plus vanté : on se sert de leur décoction pour modifier les ulcères atoniques, indolents, blafards, scrofuleux ; pour faire des injections détersives dans les trajets fistuleux, dans le vagin contre les ulcérations du col de la matrice et les ilueurs blanches. M. Dubois, de Tournai, dit s’étre bien trouvé, dans différents cas de teigne, de cataplasmes de feuilles de Noyer cuites et de leur décoction concentrée employée en lotions. « Je puis même citer, dit-il, & l'appui de ce traitement, un cas de guérison de teigne faveuse qui avait résisté à tous les moyens employés. » {Matière médicale indigène, p. 105.)

Le brou de noix, qui n’est autre chose que le péricarpe du fruit, est doué d’une saveur amère et piquante, d’une odeur forte et aromatique, et contient beaucoup de tannin. On en prépare un extrait

qui est purgatif et vermifuge, et qui a paru très-efficace en gargarisme contre l'angine et le gonflement chronique des amygdales. — On en fait aussi une liqueur de table réputée stomachique.

L 'écorce de la racine de Noyer (l'intérieure) est émétique. Trempée pendant une heure dans du vinaigre, elle devient vé3icante, douée d’une action prompte et sûre.

L' huile de noix peut être prescrite comme laxatif, surtout en lavement. Elle peut servir de véhicule pour liniments calmants et autres.

La poudre des chatons, au dire d’Alexandre, savant bénédictin, fait cesser la dyssenterie.

récolte. — Elle se fait à différentes époques suivant les parties : pour les feuilles, pendant toute la belle saison; pour les fleurs et les chatons, au printemps; pour le brou, au mois de juillet. On trouve encore des feuilles de Noyer séchées dans les boutiques l’hiver.

. préparations, D03ES.— Infusion (feuilles sèches ou fraîches) : 5 gr. par 300 gr. d’eau, en tisane. Extrait (de feuilles) : 50 centig. en pi - Iules; — (de brou) : 2 à 8 gr. Décoction (feuilles) : 30 à 30 gr. par kilog. d’eau, pour lotions, injections, collyres, etc. — (brou) : mêmes doses et usages.

On prépare le collyre qui donne de si beaux résultats à M. Négrier en ajoutant à 200 gr. de décoction de feuilles de Noyer f gr. d’extrait de belladone.

Pour gargarisme, 4 gr. d’extrait de brou de noix dans 60 gr. d’eau distillée. — Le docteur Baker l’emploie, avec plein succès, à l’aide d'un pinceau, sur les amyitdales engorgées.

NUMMULA1HE. Lysimachia nummularia, L.

(Fam, Paint lacées; genre Lïsikaouï.)

Noms vulg. ! Lytimaqne, Monnoyère, Herbo-aux-Êcus, Herbe à cent maux, Herbe à tuer lea montons.

La Nummulaire (pl. xxvii, 2) est une plante herbacée, vivace, haute de 30 cent, environ, à tiges rampantes, couchées, simples ou peu rameuses, glabres. Feuilles courtement pétiolées, opposées, ovales-arrondies, entières, glabres. Fleurs jaunes, grandes, axillaires-solitaires (juiu-aoùt); calice à 5 divisions ovales-aiguës, cordées à la base; corolle à S pétales; S étamines courtes à filets soudés à la base; style filiforme dépassant les étamines; capsule globuleuse à 10 valves.

La Nummulaire est à peu près sans odeur ni saveur. Cependant combien de propriétés ne lui a-t-on pas accordées? c’est au point qu’on lui a donné le nom d 'Herbe à cent maux. La diarrhée, la dy&senterie, la leucorrhée, l’hémoptysie, le scorbut, sont principalement celles qui en réclamaient l’emploi. Aujourd’hui c'est une plante abandonnée.

Sa recolle se fait pendant toute la belle saison dans les prairies et les bois humides, aux bords des fossés et des mares. On la fait sécher comme à l’ordinaire.

La Lysimachie vulgaire, vulg. Chasse-bosse, dont les tiges sont dressées, les feuilles moins arrondies, lancéolées, moins grandes, les fleurs en panicule terminale, la racine rampante, etc., était employée dans les mêmes cas et particulièrement comme résolutive à l’extérieur.

ŒILLET ROUGE. Dianthus caryophyllus, L.

(Fam. PiANTHAcéss.) >

Nom» mlg. : Œillet A ratatia, Œillet à bouquet.

Cette fleur, figurée dans l’atlas (pi. xxr, 4), a subi des métamorphoses infinies dans sa couleur, son volume et sa forme ; elle croit naturellement dans les lieux pierreux des contrées méridionales de la France, et est cultivée dans les jardins comme ornement.

L’Œillet rouge est la variété usitée en médecine; ses pétales ont une odeur suave comparée à celle du girofle ; le reste de la plante est à peu près inodore et insipide. Ces pétales sont estimés sudorifiques, toniques et cordiaux; mais c’est un médicament peu énergique, qui a dû être abandonné à cause de cela. Il n’est resté pour ainsi dire, dans la matière médicale, que le sirop d’œillet, qui sert à édulcorer les potions cordiales.

La récolte se fait naturellement pendant la floraison, en juinjuillet. On délivre souvent dans les boutiques les fleurs munies de leur calice ; mais les pétales doivent être mondés, car ce sont les seules parties employées.

ŒNANTHE. Œnanthe fislulosa, L.

(Fam. Ombbllifèrss ,)

Nom» m Ig. : Persil de» marais, Filipendnle.

description. — Plante aquatique, à tige grosse, cylindrique, fisuleuse, glabre, rameuse , presque nue, haute d’environ 50 centi-

m PLANTES MÉDICINALES.

mètres. Racine* fibreuses, rampantes, un peu tuberculeuses à leur origine. Feuilles à pétioles fistuleux, longues, deux fois ailées. Fleurs blanches, en ombelle composée de 3 rayons soutenant chacun une ombellule plane très-serrée. Pas d’involucre; involucelles à plusieurs folioles. Les fruits offrent une tête globuleuse, hérissée par les dents du calice et les styles persistants.

propriétés , usages. — Les racines sont les parties employées ; elles consistent dans des espèces de tubercules fusiformes suspendus à de longues fibres, et dont la figure est analogue à celle des navels. Ces tubercules contiennent de la fécule, un peu de sucre, plus un principe très-délétère. Aussi ont-elles donné lieu à de nombreux empoisonnements en raison de leur ressemblance avec la racine du panais ou de toute autre nourriture.

Thérapeutiquement parlant, c'est une substance Acre et irritante, qui a été préconisée indistinctement dans une foule de maladies de nature différente, telles que l'épilepsie, le* scrofules, la leucorrhée, la dyssenterie.

Aujourd’hui ce médicament dangereux est abandonné.

doses. — La racine d'CEnanthe, desséchée et pulvérisée, a été administrée en suspension dans le vin, à la dose de 4 grammes.

L’GEnànthe safranée (Œ. crocata), dont les tubercules sont réunis en botte, contient un suc lactescent qui passe au jaune safran, et qui est très-vénéneux.

L’OEsakthe fimpreneluère (Œ. pimpinelloides) , qui croît aux environs d’Angers, parait n’avoir rien de vénéneux. Ses tubercules seraient au contraire nourrissants : les paysans les appellent méchant.

Quant à rQENAETH£-PHEHAXDRiB, V. au mot phelulndre.

OGNON. Allium cepa, L.

(Fam. Liuacéis.)

Nom pu Ig. : Ognou blanc.

Tout le monde connaît cette plante potagère, qui atteint plus d’un mètre de hauteur. Racine composée d’écailles ou tuniques charnues superposées qui constituent le bulbe, et d’une partie inférieure appelée plateau, d’où naissent des radicules blanchâtres qui sont les véritables racines. Du bulbe naît une hampe fistuleuse, ventrue inférieurement, glabre et nue. Feuilles radicales, également fistuleuses, arrondies, pointues, d'un vert-glauque. Fleurs blanches.

DESCRIPTION ET USAGB. 343

nombreuses, en ombelle globuleuse terminale ; 6 pétales oblongs peu ouverts ; 0 étamines, dont 3 Intérieures beaucoup plus longues, 3 extérieures plus courtes, élalées ; style court (Juin-août).

propriétés, usages. — L’Ognon (c’est-à-dire le bulbe) répand une odeur piquante qui excite le larmoiement quand on le coupe; Ea saveur est âcre, alliacée. 11 contient une huile volatile irritante, une grande quantité de mucilage et d’autres principes encore. La cuisson lui enlève son principe volatil âcre, et alors il devient alimentaire, émollient, résolutif. Cultivé dans les pays chauds, il est plus doux que dans les contrées froides, à tel point qu’en Egypte, en Italie, en Espagne on peut le manger cru.

En médecine, l'Ognon est excitant, diurétique, expectorant, incisif. Comme diurétique et lithontrlptique, il doit être pris en quantités considérables aux repas, assaisonné de toutes les façons, ce qui parait avoir réussi à plusieurs graveleux ; ou mieux on en prend le suc à la dose de 60 à 120 gr. Le célèbre Hallé en fit usage inutilement pendant plusieurs mois avant de subir l’opération de la taille à laquelle il succomba. — Ce bulbe est adoucissant, pectoral ; on en prépare des tisanes béchiques et un sirop que l’on donne dans les rhumes, les catarrhes et autres inflammations de poitrine. — Les buveurs croient qu’il dissipe l’ivresse.

A l’extérieur, l’Ognon s'emploie de plusieurs manières. Pilé cru et appliqué sur l’hypogastrc, il active les fonctions des voies urinaires, mais il irrite un peu la peau ; on peut s’en servir comme de l’ail, quoiqu’il soit beaucoup moins actif, pour opérer une révulsion à la plante des pieds : ce moyen se trouvant partout sous la main, il mérite d’être noté. — Le cœur d’un Ognon, employé en suppositoire, est un assez bon moyen pour rappeler les hémorrholdes supprimées. — L’Ognon cuit est très-usité, dans les campagnes, pour cataplasme émollient-maturatif, sur les furoncles, le panaris, les abcès froids, etc.

Nous ne mentionnons pas les vertus imaginaires que les anciens attribuaient à l’Ognon, pour lequel d’ailleurs ils avaient une espèce de vénération.

préparations, doses. — Ognon cru : mangé avec réserve, il stimule les fonctions digestives. — On pourrait mettre à profit son action sur les yeux pour stimuler ces organes dans les cas où on se sert pour cela du baume de Fioraventi ou de l'alcali volatil. —

« Fernel et Ambroise Paré assurent qu’un ognon éeraié avec un peu de sel et appliqué sur la brûlure toute récente en apaise la douleur

et empêche qu’il ne s’y forme des cloches. — Dans la migraine on applique avec succès sur la tête, des ognons partagés en deux et imbibés d’esprit-de-vin. — L’ognon pilé et raélé avec du beurre frais apaise les douleurs des hémorrhoïdes. — Le jus d'ognon dont on a imbibé du coton, mis dans l’oreille, en dissipe le bruissement. » (Chomel.)

Ognon cuit : M. Cazin dit avoir vu des paysans obtenir les meilleurs résultats de sa pulpe cuite sous la cendre, pilée et mêlée dans une tasse de décoction chaude d’extrait de réglisse. — On emploie en cataplasme les ognons blancs cuits sous la cendre, dont on fait une pulpe à laquelle on ajoute parfois du saindoux, de l’huile, etc., comme maturatife et calmants. — « Un ognon coupé par rouelles, infusé dans un demi-setier de vin blanc, pris les trois derniers jours de la lune, est un remède éprouvé par la néphrétique (gravelle). » C’est encore Chomel qui indique ce remède, rendu singulier par ia condition de son administration soulignée par nous.

L’Ognon rouge est plus âcre que l’Ognon blanc et sans usages en thérapeutique.

OLIVIER. Olea europœa, L.

(Fiun. Jasminées. )

description (v. lafig. 1. 1, p. 482).-- Arbre de grandeur médiocre, à feuilles opposées, persistantes, oblongues, entières, vertes en dessus et blanchâtres en dessous. Fleurs blanches, petites, disposées en petites grappes axillaires, présentant les caractères indiqués au genre (t. I.p. 183).

propriétés, usages, — L'Olivier parait avoir été un des premiers arbres cultivés par les hommes. Les anciens lui attribuaient une origine divine et l’avaient en vénération. Ses usages sont en eflet très-nombreux et importants. En médecine, on en emploie les fruits, les feuilles et l'écorce.

Le fruit (olive) contient une huile grasse abondante, laquelle provient du péricarpe charnu et non des graines, et qui est très-usitée soit comme assaisonnement dans l’art culinaire, soit comme adoucissant, émollient et laxatif en médecine. Elle peut remplacer l’huile d’amandes douces, pour émulsions, liniments, et est utile dans les inflammations de poitrine et celles des organes génito-urinaires. On l'administre très-souvent comme laxative, soit par la bouche, soit

en lavement ; dans le premier cas elle est en même temps vermifuge. Les anciens l’employaient en onctions pour assouplir les muscles, et aussi pour combattre certaines maladies telles que l’ascite et l'anasarque; mais aujourd’hui ces onctions sont abandonnées, quoiqu’elles guérissent la gale , sans le secours d’autres remèdes. Ou verse souvent de l’huile d’olive sur les cataplasmes, au moment de les appliquer, pour rendre leur action encore plus émolliente. Enfla cette huile entre comme principal ingrédient dans une foule d’onguents et d’emplâtres ; elle fait la base des huiles odoriférantes ; les prêtres catholiques s’en servent pour sacrer la tête des rois, et dans le sacrement de l’extrême-onction.

Le fruit n’est mangeable qu’après macération dans une lessive alcaline, et alors qu’on le conserve dans de la saumure avec différents aromates. 11 est alors savoureux, mais d’une digestion difficile.

Le3 feuilles de l'Olivier sont inodores, mais amères, astringentes et toniques. L’emploi le plus sérieux qu'on en ait fait, c’est pour combattre les fièvres intermittentes ; mais, bien qu’elles puissent, sous ce rapport, rendre d’importants services dans la médecine des pauvres, nous conseillons de recourir plutôt, si cela se peut, aux autres succédanés du quinquina, qui sont la gentiane, le saule, le chêne et la petite centaurée.

L’écorce de l’Olivier jouit des mêmes propriétés que les feuilles.

Il nous reste à mentionner le suc concret qui découle spontanément de l’Olivier dans les pays chauds et qui est connu sous le nom de gomme d'Olivier. Cette substance gommo-résineuse est tombée en désuétude, en médecine, après avoir été préconisée contre maints états morbides.

récolte. — Ce chapitre demanderait quelques développements qui ne peuvent trouver place ici. On sait que l’Olivier est abondant dans le midi de la France. On croit que les Phocéens l’apportèrent à Marseille 680 ans avant Jésus-Christ.

préparations, boses. — Décoction (feuilles, écorce), 15 à 60 gr. par kilogr. d'eau. Extrait : 2 à 4 gr. Huile d'olive : 15 à 60 gr. et plus, pure ou mêlée à l’eau par un mucilage.

Un pharmacien, M. Faucher, a essayé de remettre en honneur les propriétés fébrifuges de l’Olivier. Dans ce but il a eu la pensée de préparer un extrait hydro-alcoolique de feuilles, qui a paru utile contre les affections intermittentes. M. Faucher propose d’employer cet extrait sous forme de pilules (4 gr. pour 24 pilules, dont 4 à 6 ou 8 par jour), et sous celle d’un sirop qu’il prépare.

ONOPORDE. Onopordum acanthium, L.

(Fam. SyNANTHÉRÊB5.|

Noms culÿ. ; Onopordon, Pst-d’Ane, Chardon-Acanthe.

description. — Plante bisannuelle, herbacée, à tige élevée, grosse, robuste, épineuse, dont les larges feuillet, épineuses, ont quelque ressemblance avec celles de l’Acanthe. Fleurs purpurines, en capitules globuleux, solitaires, ou 2-3 à l’extrémité de la tige et des rameaux (Juin-septembre). Involucre à folioles lancéolées et terminées par une épine robuste; réceptacle nu, alvéolé. Fleurons égaux, hermaphrodites.

propriétés. — Le suc de cette plante a été vanté par plusieurs expérimentateurs contre les ulcères cancéreux de la face. Borellus prétend avoir guéri par ce moyen un paysan qui portait un chancre aux narines; Stabl assure même s’ôtre guéri en 14 jours d'un chancre commençant à la face, lequel avait résisté à tout autre médicament. Nous pourrions citer d'autres témoignages en faveur de l’Onopordon dans ces maladies ; mais ce qui fait douter de ces vertus anticancéreuses, c’est qu’EUer observe qu’il échoue dans le cancer du sein, parce que, dit-il, cette affection a plus de malignité. 11 est plus raisonnable de croire que les ulcères de la face qui ont cédé à son usage n’étaient point de nature cancéreuse. — Suivant Poiret, la décoction de la racine serait spécifique dans les blennorrhagies commençantes.

Le réceptacle des fleurs de l’Onopordon est susceptible d’être mangé comme celui de l'artichaut; la racine jeune et les tiges écorcées sont aussi alimentaires. — Cette plante fait les délices des Anes, auxquels elle cause des vents, au dire de Pline.

ORANGER. Citrue aurantium, L.

(Fam. Aürantiacbes.)

description. — Il n’est personne qui ne connaisse le port de l’Oranger, du moins de nos orangers en caisse : mais que cet arbre diffère de lui-même suivant qu’il croit librement sous un climat propice ou dans les serres! Quant à ses caractères spécifiques, nous renvoyons à la famille des Citracées, dont il constitue un genre.

propriétés, usages. — Les médications tempérante, antispasmodique et tonique trouvent de précieuses ressources dans l'Oranger.

Pour la première, il n’y a de tempérant dans ce végétal que le suc de son fruit, appelé orange. Ce suc rafraîchit, désaltère, adoucit les âcretés de la gorge. On en prépare une limonade agréable, appelée orangeade, utile dans les maladies fébriles et inflammatoires, en générai, un sirop très-employé pour édulcorer les tisanes et les potions,

L'écorce du fruit de l’Oranger, icorce d’orange, connue dans le Codex sous le nom de flavedo , est ionique, stomachique, et, ditron, vermifuge et fébrifuge. On en prépare un sirop considéré comme cordial, des liqueurs de table réputées digestives, etc. Le curaçao de premier choix est préparé avec l’écorce très-odorante et chaude de l’orange amère, fruit du Bigaradier [Aurantium amarum), et qui est de beaucoup la plus estimée. — Le zeste, ou partie blanche de l’orange, est amer, et a été conseillé dans la dysurie.

Les fleurs de l’Oranger répandent au loin une odeur aromatique des plus suaves, mais leur saveur est amère. Elles sont légèrement stimulantes et d’une action qui se porte spécialement sur le système nerveux, dont elles calment les désordres ou la tendance à l’aberration fonctionnelle. On les emploie journellement, soit en infusion, soit plus souvent sous forme d’eau distillée, dans les cardialgies, les coliques nerveuses, l’oppression, les spasmes, et dans cette foule de maux plus ou moins réels ou imaginaires, qui, sous le titre général de vapeurs, font le tourment des femmes hystériques et des hommes hy pochond riaques .

Les feuilles d’Oranger, qui ont une odeur beaucoup moins marquée que les fleurs, mais en compensation une saveur plus amère» ne sont pas moins usitées que les fleurs, et dans les mêmes cas, principalement en infusion, laquelle est tonique, aromatique, en même temps qu’antispasmodique. Bue avant le repas, ou même mêlée avec le vin, elle est très- propre à remédier aux accidents produits par la débilité de l’estomac et de l’intestin; apiès le repas, elle facilite la digestion, calme les maux de tête, dissipe la flatulence ; enfin elle constitue une tisane très-convenable dans la période algide des fièvres intermittentes, des dyssenteries et du cheléra. Mais on ne doit pas oublier que cette boisson, comme l’eau de fleurs d’oranger, est un peu excitante, échauffante, comme dit le peuple, et qu’elle ne convient pas lorsque les voies digestives sont le siège d’une irritation franchement inflammatoire, ce qui, pour le dire en passant, est plus rare qu’on ne pense.

récolte. — Originaire de l’Inde, l’Oranger a été introduit d’abord en Arabie, en Egypte, de là en Italie et en Provence, où il se cultive

en pleine terre. Dans l’intérieur et le nord de la France, on le plac« en caisse pour en orner les jardins l'été, on le rentre en serre pendant l'hiver, où il végète, manque de vigueur et ne produit pas de fruits mûrs.

On cueille les fleurs et les feuilles d’oranger sur les arbres de nos serres, ou, ce qui vaut mieux, sur ceux qui croissent en pleine terre dans le Midi. Les premières doivent être dépouillées de leur calice, et demandent beaucoup de soins pour leur conservation ; les feuilles doivent être choisies vertes, en bonne végétation; il faut rejeter celles qui sont jaunes, tachées ou tombées. On pourrait les employer fraîches, mais on les trouve en abondance séchées dans le commerce.

Quant aux oranges, les plus Anes et les plus estimées sont celles dont l’écorce est comme criblée de petites vésicules qui la rendent transparente et qui contiennent une huile essentielle appelée neroli, laquelle s’en échappe par la pression et, quand elle traverse la flamme d’une bougie, s’enflamme en répandant une odeur agréable.

préparations, doses. — Infusion (fleurs) : 4 à 16 gr. par kilog d’eau. Eau distillée (de fleurs) : on l’ajoute aux boissons par cuillerée, ou aux potions, soit comme aromate, soit comme véhicule. Sirop (de fleurs) : on le prépare avec l’eau distillée et le sucre ; il sert à édulcorer les tisanes et potions calmantes. Infusion (feuilles) : 4 à 15 gr. par kilog d'eau. Poudre (de feuilles), 2 à 8 gr. Huile essentielle (de feuilles) : 2 à 6 gouttes.

ORCHIS. Orchis mascula, L.

(Faro. Orchidées.)

Noms rulg. : Testicule d« chien, Testicule de prêtre.

description (pl. xxvn, 3 ). — Plante de 35 cent, de haut, vivace, à tige droite, simple, arrondie, glabre, nue supérieurement, munie dans la moitié inférieure de feuilles alternes, oblongues, engainantes, d'un vert clair, souvent tachetées de noir. Racine formant 2 tubercules ovales, gros comme des noisettes, surmontés au collet par quelques fibres radicales. Fleurs irrégulières, purpurines, grandes, disposées en épi terminal et dont les caractères spécifiques sont indiqués à la famille. Corolle à 6 pétales, dont 3 extérieurs réfléchis servant de calice; 2 intérieurs plus longs, réunis en voûte; l’inférieur en lèvre pendante, quadrilobée au limbe, éperonnée à l'autre extrémité, etc.

propriétés, cs ares. — Les tubercules de la racine, seules parties de l’Orchis employées, sont d’une odeur nulle ou légèrement hircine, d'une saveur mucilagineuse; ils contiennent une matière alimentaire, connue sous le nom de Salep, qu’on en extrait en les soumettant à une préparation particulière qu’il est inutile de décrire ici. Le meilleur Salep est celui qui provient des Orchis d’Orient, où il est usité comme un puissant analeptique, propre à réparer les forces épuisées par l’abus des plaisirs vénériens, par les maladies, et où même il passe pour aphrodisiaque. En France, ce produit est considéré comme une excellente fécule, très -nourrissante et légère, que l’on donne en potages aux convalescents et aux personnes affectées d’inflammation gastro intestinale chronique.

Comme plante médicinale, l’Orchismâle est sans intérêt. Rappelons seulement que dès la plus haute antiquité, l'ignorance et la crédulité lui ont attribué la vertu de ranimer les facultés viriles épuisées, par cette seule raison que ses tubercules ressemblent à deux testicules.

« La solution aqueuse de Salep communique en peu d’heures au linge qui en est imbibé une raideur analogue à celle produite par la gomme arabique ou mieux la gomme adragante; ce qui s’accorde parfaitement avec l’opinion de Berzélius et de Lindley, qui considèrent cette substance comme une véritable gomme ; c’est ce qui nous porte à croire que le Salep pourrait être substitué avec avantage à l’amidon et à la dextrine dans la confection du bandage pour les fractures. » (Dubois, de Tournai.)

récolte. — L’Orchis croit dans les bois et fleurit dans le mois de mai. Les bulbes de cette plante sont cueillis à la fin de l’année. « Après leB avoir privés de toute souillure et les avoir soumis, pendant quelques raiuutes, à l’action de l’eau bouillante, on les suspend & un fil, à la manière des grains de chapelet, et on les expose à l’action du soleil ou dans un four, pour les dessécher. Ils sont ensuite répandus dans le commerce sous le nom de Salep ou Salep de Perse.

ORGE. Hordeum vulgare.

Plante céréale, annuelle, de la famille des Graminées, connue de tous, parce qu’elle est une de3 plus cultivées, surtout dans le Nord et les contrées stériles, pauvres, à terrains maigres.

Ses semences nourrissent le pauvre et servent à préparer sa boisson dans les pays où le blé et la vigne ne peuvent réussir : elles sont

350 PLANTES MEDICINALES.

donc extrêmement utiles comme alimentaires, outre qu'elles rendent d'éminents services en médecine, étant employées sous les différentes formes que nous allons faire connaître.

Les graines de l’Orge peuvent être employées eu nature pour préparer, par décoction, soit des tisanes émollientes et rafraîchissantes, dont l'usage remonte à la plus haute antiquité et qui sont très-utiles dans les maladies inflammatoires, les fièvres, les irritations chroniques, soit des gargarismes, etc. Mais, dans la matière médicale, on ne connaît que l’Orge mondé et l’Orge perlé : le premier formé par les grains dépouillés de leurs écailles florales; le second dfl aux grains privés de leur tégument propre au moyen de procédés de mouture assez compliqués.

La farine d’orge fait un pain grossier, lourd, mais rafraîchissant et assez substantiel. En médecine, on en prépare des cataplasmes adoucissants, beaucoup moins usités que ceux de farine de lin.

L’Orge germée sert à la préparation de la bière, boisson saine, nourrissante, antiscorbutique quand le houblon entre dans sa composition, et qui n’est jamais employée comme médicament. Cependant on en prescrit souvent l’usage aux personnes affectées de gastralgies, de gastrite légère, pour remplacer le vin aux repas.

Le malt (Orge fermentée et préparée pour former la bière) est antiscorbutique en décoction.

préparations. — Décoction (orge entière) : une poignée • pour I kilog. d’eau; après quelques bouillons, on jette cette première eau, pour ensuite faire cuire le grain dans même quantité de nouvelle eau : de cette façon, la boisson est aussi douce que si on avait employé l’orge mondé. — (Orge mondé ou orge perlé) : une cuillerée pour 500 gr. d’eau. Cataplasme (farine) : quantité voulue.

• ORIGAN. Origanum vulgare, L.

(Fam. Labiées.)

Nam s milg. : Grand-Origan, Marjolaine, Marjolaine sauvage, etc.

description (pl. xii, 3). — L’Origan commun, qu’il ne faut pas confondre avec l’O. dictame (V. Dictame de Crète), est une plante herbacée, vivace, haute de 60 cent, environ; à tige droite, raide, pubescente, rameuse supérieurement, souvent rougeâtre. Feuilles opposées, pétiolées, ovales, pubescentes surtout en dessous et aux borda. Fleurs roses, rarement blanches, petites, disposées en petits capitules au sommet de pédoncules opposés et alternes le long et en haut

de la tige, et dont l’ensemble forme une panicule serrée. Ces fleurs sont munies de bractées ovales, colorées. Calice à 5 dents à peu près égales, tubuleux-campanulé, à plusieurs nervures; corolle tubuleuse beaucoup plus longue, grêle, bilabiée : lèvre supérieure plane, échancrée; l'inférieure étalée à 3 lobes presque égaux, celui du milieu échancré ; étamines 4, divergentes, les inférieures un peu plus longues que la lèvre supérieure. Akènes 4, ovoïdes-subglobuleux.

propriétés, usages. — L’Origan a une odeur aromatique qui rappelle celle du serpolet, et une saveur chaude, amère, un peu âcre. C’est un stimulant stomachique, et un expectorant, auquel les anciens attribuaient beaucoup d’autres propriétés que l'expérience basée sur des faits mieux observés n’a pas confirmées. Cette plante trouve son application tout simplement dans les cas où les aromatiques en général sont indiqués. On peut donc la donner contre les glaires, l’atonie des fonctions digestives, la chlorose, les alléchons catarrhales, l’asthme, et aussi comme diaphonique et emménagogue.

Les habitants de la campagne en font un fréquent usage, tant à l’intérieur qu'à l'extérieur. Ils en préparent des cataplasmes, des décoctions pour lotions et fomentations résolutives, des sachets, etc.

récolte. — Elle se fait pendant que la plante est en fleur, c’està-dire vers le mois d’août. La dessiccation ne change pas ses qualités : on peut toujours la reconnaître à ce que « chaque pied forme une seule branche par le bas qui augmente de volume en montant jusqu'à former une grosse touffe de fleurs pressées, vertes et un peu rougies ou jaunes à l’extrémité de chacune. » Les herboristes la remplacent souvent par la Marjolaine, qui lui ressemble sous tous les rapports. Elle croit dans les bois, les haies, sur les collines.

préparations, doses. — Infusion (sommités fleuries) : 1 ou 2 fortes pincées pour 750 gr. d’eau. — 15 à 30 gr. dans du vin pour l’extérieur. Poudre (sommités sèches) : 2 à 4 gr. par jour. Huile volatile : un peu de coton imbibé de quelques gouttes se place dans le trou de la dent cariée pour calmer les douleurs.

Les habitants de la campagne sèchent de l’origan nouvellement cueilli, réchauffent en le remuant à sec dans une poêle sur lo feu, et l’appliquent chaudement sur les parties atteintes de rhumatisme musculaire chronique. (Gacin.)

O. Marjolaine (Origmum Matjorana). Quelques botanistes font du genre Marjorana une espèce d’Origan. Cette plante, comme il

■vient d’être dit, ressemble beaucoup à la précédente. Elle contient beaucoup de camphre. Les anciens lui attribuaient des propriétés merveilleuses contre certaines maladies; maie elle n’en a pas d’autres que les Labiées en général. Elle entre, comme l’Origan commun, dans la composition de la poudre sternutatoire, du sirop d’armoise et du baume tranquille,

Dans le langage symbolique des fleurs, un brin de Marjolaine signifie toujours heureux.

ORME. Ulmus campestris, L.

(Fam. Urticacèes.)

Somt ru/g. : Orme pyramidal, Orme commun.

Nous croyons inutile de décrire cet arbre que tout le monde connaît ; ses fleurs, verdâtres, un peu rougeâtres et très-petites, s’épanouissent dès lévrier-mars , souvent même mûrissent avant que les feuilles soient développées; ses fruits consistent en des samares orbiculaires, minces, glabres, à une seule loge uniovulée.

propriétés. — L’écorce intérieure des rameaux de cet arbre constitue-t-elle ua tonique-astringent ou un sudorifique ? agit-elle plutôt comme altérant ? il faudrait d’abord savoir si elle a une action réelle. Elle était tombée dans l'oubli, depuis Dioscoride, qui l’avait recommandée comme astringente, lorsque plusieurs médecins la soumirent à de nouveaux essais et prétendirent en avoir obtenu les résultats les plus heureux dans les affections dartreuses. « Alors, dit Gauthier, le débit en fut si grand que plusieurs marchands y firent fortune ; il n’y avait pas de maladie que l’on crût capable de lui résister. » Alibert fut le premier à détruire cette réputation usurpée, et aujourd’hui, l’Orme, comme médicament, est de nouveau oublié, ou à peu près, malgré les efforts de M. Duvergie qui a Cherché à le remettre en honneur.

récolte. — L'écorce de l’Orme doit être détachée avant la floraison pour être conservée.

préparations, doses. — Dicoctim (écorce intérieure des rameaux): eo à 125 gr. par kilog. d’eau réduite à la moitié par l’ébullition. Cette préparation est la meilleure ; elle agirait encore plus efficacement si on l’édulcorait avec le sirop suivant.

M. Devergie a voulu revenir à l’usage de l’Orme ; il a fait préparer un sirop composé ainsi : écorce très-divisée, 500 gr.; alcool, i litre ; après 48 heures de macération à froid, on décante l’alcool.

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puis on le remplace par 125 gr. d’eau dans laquelle macère cette écorce encore pendant 48 heures. On distille l’alcool jusqu’à résidu de consistance sirupeuse, on y ajoute le macératé aqueux, puis du sucre et de l’eau en quantité suffisante pour faire un sirop. — On en donne de 2 à 6 cuillerées par jour dans l’eczéma chronique, surtout chez les jeunes personnes d’un tempérament lymphatique.

ORONGE. Amanila aurantiaca, L. ,

Ce Champignon, qui appartient au genre Amanite, et dont nous avons indiqué les caractères principaux (V. la fig. 1. 1, p. 64', crott dans les bois, surtout dans le midi de la France, sans être rare aux environs de Paris ; il est comestible, délicieux. Les Romains l’estimaient beaucoup et lui attribuaient des vertus aphrodisiaques.

La fausse Oronge ( Amanita mutcaria, fig. p. 64, L I) est vénéneuse, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer. Paulet en a conseillé la poudre contre les ulcères cancéreux. Le docteur Reinhard, en Allemagne, l’a essayée contre l'épilepsie, la paralysie et plusieurs autres maladies graves. Ces essais n’ont point éié répétés en France.

ORPIN. Sedum lelephium, L.

(Fun. CftASSULACKBS.)

Noms vulg. : Reprise, Orpin-Reprise, Joubarbe-des-Vignea, Graasette, Herbe à la reprise on aux charpentiers.

description (pl. xxxh, 4). — Plante herbacée, vivace, de 30 cent, environ, à tiges dressées, robustes, simples inférieurement, donnant naissance en haut aux rameaux de l’inflorescence. Feuillet sessiles, éparses, oblongues, planes, charnues, dentées, d’un vert glauque. Fleurs roses-purpurines, en corymbe terminal, serré. Calice à 5 dents aiguës ; corolle à 5 pétales ouverts en étoile, aigus, à nervure moyenne plus foncée ; 10 étamines, plus longues que les pétales; 5 carpelles ; capsules 5 contenant beaucoup de petites semences.

propriétés, usages. — L’Orpin n’a point d'odeur ; ses feuilles sont insipides, un peu visqueuses. Ses propriétés médicales sont peu connues, difficiles à classer : nous les mettons au nombre des astringents-vulnéraires ; et, en effet, cette plante jouit d’une immense réputation populaire comme cicatrisante, infaillible pour la reprise des plaies. Ce sont les feuilles qu’on emploie fraîches, ou macérées

dam l'huile d’olive, ou pilées ; mais les médecins n’y ont jamais

recours.

aicoiTB.— >L’Orpin-Reprise se trouve dans les bois élevés, les taillis, les vignes où il fleurit depuis juillet jusqu’en septembre. Cette plante s’emploie fraîche et ne se sèche point ; par conséquent, on la cueille dans la belle saison, selon les besoins. On la trouve, macérant dans l’huile, chez les herboristes.

ORSE1LLE. Lichen rnccella, L.

. (Fam. Lichskéks.}

description. — Tiges ordinairement rameuses, droites, presque cylindriques, présentant la forme d’un petit arbrisseau d’environ 5 à 6 ce' tim. de haut, à ramiflcatio.is aiguës eu forme de cornes, d’un blanc cendré, poudreux. 11 règne le long des rameaux des scutelles ou tubercules épars, sessiles, alternes, hémisphériques , de couleur noirâtre, quelquefois farineux et blanchâtres.

propriétés, usages. — Ce végétal est doué d’une saveur salée, un peu âcre et légèrement amère, mais est inodore. De composition analogue au lichen d’Islande, il pourrait servir comme lui en médecine, une fois dépouillé de son amertume par l’ébullition. De Caudolte dit qu’on s’en sert, à Elle de France, pour faire des bouillies alimentaires.

Toutefois l’Orsellle est peu employée dans l’art de guérir. Mais elle est extrêmement précieuse pour la teinture. On en retire une matière colorante rouge, de nature résineuse, par le procédé suivant: « Après avoir réduit la plante en poudre très Une, et avoir passé cette poudre au tamis, on l’arrose pendant quelque temps avec de l’urine de l’homme, à laquelle on ajoute de la potasse ou de la chaux, et on la conserve ainsi dans des tonneaux. Dan3 cet état, cette matière, livrée au commerce sous le nom de pdte d’Orseille, communique sa couleur pourpre à l’eau, par l’ébullition, et va servir à teindre en pourpre différents tissus. »

récolte. — Ce lichen croit sur les rochers, dans l’Auvergne, aux environs de Nice, dans les lies de l’Archipel, les Canaries, etc.

préparations. — On pourrait administrer l’Orseille à la dose de 32 gram. en décoction dans un kilogr. d’eau convenablement édulcorée. On pourrait en faire une gelée, etc.

ORTIE. Urtiea urens, L.

(Faœ. Urticacées.)

Noms «u Ig. : Ortie brûlante, Ortie grièche, Petite-Ortie, Ortie piquante.

description (V. la. flg. t. 1, p. 131). — Plante annuelle, de 50 cent . de haut., recouverte de poils dont la piqûre est cuisante. Tige dressée, rameuse, anguleuse. Feuilles opposées, ovales, profondément dentées, à pétioles munis de très-petites stipules. Fleurs verdâtres, petites, monoïques, les mâles et les femelles réunies dans une même grappe. Calice quadripartit ; 4 étamines dans les fleurs mâles ; segments du calice inégaux dans les femelles, avec un ovaire surmonté d’un stigmate sessile. Akène recouvert par le calice.

propriétés, usages. — L’ortie piquante n’a qu’une odeur, faible, une saveur herbacée, légèrement aigrelette et astringente. Elle a été employée à l'intérieur dans l’hémoptysie, la diarrhée, la métrorrhagie, etc. On en avait abandonné l'usage, lorsque le D' Ginestet, de Cordes-Tolosane, a de nouveau fixé l’attention sur elle en publiant cinq cas d’hémorrhagies utérines arrêtées presque instantanément par l'usage de son suc. Un rapport très-favorable fut fait a l’Académie de médecine sur ces observations, par M. Mérat, qui depuis a employé avec un succès complet le suc d'Ortie dans un cas d’épistaxis rebelle aux autres moyens, survenue chez une jeune femme au moment d’accoucher. Ginestet lui-même a poursuivi ses essais avec le même bonheur dans les autres flux sanguins et la leucorrhée atonique, etc.

L’Ortie est couverte de poils ou aiguillons qui versent dans les piqûres qu'ils font à la peau une liqueur âcre qui cause une vive cuisson, avec accompagnement d'une éruption vésicuieuse. On a mis cette propriété à profit pour agir révulsivement sur une partie du corps, en fouettan t celle-ci avec une poignée de cette plante fraîche (ce qui constituait ï urtication), pratique oubliée depuis qu’on possède le sinapisme, l’emplâtre de poix de Bourgogne, le vésicatoire, etc., mais qui peut rendre encore de grands services dans l’apoplexie comateuse, la paralysie, le choléra, le rhumatisme chronique. — L’urtication a encore été mise en usage par le libertinage pour réveiller un instant des désirs auxquels succède bientôt une atonie encore plus prononcée.

M. Cazin dit avoir vu employer quelquefois avec succès, contre l’incontinence nocturne d’urine chez les enfants, un remède popu-

PLANTES MEDICINALES.

liai

laire composé de la manière suivante : t6 gr. de semence d’Ortie pilée ; 60 gr. de farine de seigle ; l’on mêle et Ton fait avec un peu d’eau chaude et du miel une pâ'e dont on forme 6 petits gâ’eaux qu'on fait cuire au four ou au foy< r sur une pierre plate Tous les soirs, pendant 15 ou 20 jours, l’enfant mange un de ces gâteaux.

récolte. — On peut recueillir l’Ortie biû>ante pendaut toute la belle saison pour la dessécher ou s’en serv'r à l’état frais. Sèche, elle offre encore ses aiguillons, mais ils ne piquent plus.

F séparations, DOSES. — Infufïon ou décoction : 30 à 60 gr. parkil. d’eau. Suc exprimé: 60 à 125 gr. contre la métrorrhagie.

Ortie dioïque (Vrtica dioica). Grande Ortie vivace. Cette espèce s’élève à plus d’un mètre de haut Ses tiges sont qu-idrangulaires, rameuses, hérissées de poils à base glanduleuse. Fleure disposées en grappes longues, pendantes, d’un vert blanchâtre, les mâles et les femelles portées sur des pieds différents.

Cette Ortie peut remplacer la précédente au point de vue thérapeutique.

On peut retirer de son écorce une espère de chanvre propre à divers usages économiques. Soumise à l’opération du rouissage, cette substance filamenteuse fournit un fil qu’on emploie à toutes sortes d’ouvrages.

L'Ortie jeune et tendre peut être employée dans nos cuisines comme aliment : faible ressource en temps de disette. On l'emploie aussi à la nourriture des vaches; après la dessiccation e'ie peut être mêlée au fourrage des bestiaux. La volaille aussi peut être nourrie de cette plante fraîche, cuite et réduite en pâte.

L’Ortie globuleuse [U. pUulifeid ) égale la précédente en hauteur, mais sa tige est cylindrique et ses fleurs femelles forment des chatons globuleux ou en forme de capitules.

OSEILLE. R umex acetosa, L.

(Fam. PoLTfiONACÉEs; genre Rumu.)

L’Oseille croit naturellement dans les prés, mais on a cultive dans les jardins. Elle fleurit en juin et juillet, et ses fleurs sont petites, verdâtres, disposées en panicule rameuse et terminale, etc.

Les feuilles d’Oseille ont une saveur aigrelette due à 1 ’oxalate de potasse qu’elles contiennent en notable quantité, et qu’elles fournis-

Di<

sent aux arts, comme la Surelle. Leurs propriétés sont analogues à celles de cette dernière ; elles entrent dans la préparation des sucs d'herbes antiscorbutiques ; on en fait des bouillons rafraîchissants et laxatifs, et pour l’extérieur des cataplasmes maturatifs sur les tumeurs scrofuleuses. Elles sont l'antidote des substances âcres, dont elles neutralisent très-rapidement les effets. C'est au docteur Missa qu'on doit la connaissance de cette propriété ; ayant voulu goûter un jour de la racine d’arum, il ressentit bientôt dans la bouche une douleur forte, avec gonflement intense des parties, contre lesquelles les adoucissants avaient été sans effetj mais lç hasard ayant voulu qu’il mâchât quelques feuilles d’oseille, tous les accidents se dissipèrent comme par enchantement.

On a vanté la racine d’oseille comme diurétique.

On sait les usages de cette plante potagère dans les cuisines.

OSMONDE. Osmunda regalis, L.

Noms vulg, : Fougère femelle, Fougère royale, Fougère fleurie.

Cette Fougère (pl. xli, 4), dont le nom vient d ’Osmunder, synonyme de Thor, divinité celtique à laquelle était dédiée l'espèce dont nous parlons, habite les bois marécageux, les fossés des prairies bourbeuses. Sa souche ou racine est épaisse, rampante, donnant naissance à des feuilles toutes radicales, grandes, hautes de 30 cent., bipinnées, à divisions opposées ; folioles stériles allongées, alternes, étroites, ovales-obtuses, glabres, pétiolulées, marquées sur leur face inférieure de nervures assez apparentes (1) ; folioles fructifères disposées en panicule terminale, couvertes dans toute leur étendue par les sporanges rapprochés en groupes arrondis (2) (juin-septembre).

propriétés. — L’Osmonde royale a été estimée vulnéraire, astringente, diurétique, efficace pour les hernies, les chutes, les blessures, la pierre, etc. Mais ces propriétés, signalées dans l'antiquité, sont tout aussi imaginaires que celles de la Lunaire (Osmunda lunoria), qui, au temps d’Hermès, passait pour avoir des rapports avec la lune, à cause de la forme de ses folioles en croissant, et pour produire des eff. ts merveilleux. Cependant le docteur Aubert, de Genève, a publié, en 1813, un mémoire sur l’efficacité de l'extrait de racine d'Osmonde dans le carreau, l’engorgement des ganglions

(1) Ces nervures ne ee voient pas sur la dessin.

(1) On s figuré nn sporange grossi laissent échapper le» spores.

PUNIES MEDICINALES.

lymphatiques chez les enfants rachitiques ; et, le croiraitron? plus récemment, Heidenreich a cherché à réhabiliter l’usage de cette plante dans le traitement des hernies.

préparations, nosEs. — Décoction (racine) : 30 à 45 gr. par kilog. d eau contre le rachitisme (Aliioni). Extrait : 8 à 16 gr. chaque jour pendant 2 ou 3 mois, en plusieurs fois, délayé dans du lait, contre le rachitisme (Aubert). Pour guérir les hernies, faire digérer pendant 8 jours 8 gr. de racine concassée dans 500 gr. de vin ; boire le produit de cette digestion en 2 fois dans la même journée ; en même temps prendre 2 fojs le jour une cuillerée à café de la plante en poudre et appliquer sur la tumeur herniaire des compresses imbibées de la décoction (Heidenreich). Ce médecin rapporte 50 cas de hernies simples guéries radicalement à l'aide de cette médication. (Joum. de chim. midic., 2" série, 1843.)

Les gens de la campagne font coucher leurs enfants noués sur des paillasses faites de feuilles de fougère.

PAQUERETTE. Bellis perennit , L.

(Fam. Composées. )

Nom ru Ig. : Petite Marguerite.

Plante herbacée, annuelle, de 5-20 cent., à liges courtes, on touffes. Feuilles radicales, disposées en rosette, obovales-spatuléa6. Fleurs radiées, en capitules solitaires à l'extrémité de pédoncules nus, axillaires et presque radicaux. Demi-fleurons de la circonférence femelles, plus longs que le calice, blancs, quelquefois rosés ï la pointe ; fleurons tubuleux hermaphrodites, jaunes. Akènes un peu velus, nus ou sans aigrette.

propriétés. — La Pâquerette est sans odeur ; la saveur des fleurs est un peu sucrée, celle des feuilles est amère, un peu acerbe. Elle n’est cependant pas usitée, quoiqu'on pourrait en préparer des boissons et injections quelque peu astringentes. Elle a été prônée autre* fois dans la phthisie pulmonaire, la goutte, les scrofules, etc.; mais elle est réellement sans propriétés bien marquées.

récolte. — Elle se fait pendant toute la belle saison, où la plante se voit en fleurs dans les prés et sur les gazons ; sèche, elle ne perd rien de sa saveur ni de sa çouleur.

PARIÉTAIRE. Parietaria o/jicinahs, L.

(Fam. Ubticacïis.)

No mi eu Ig, : Perce-Muraille, Caste- Pierre, Paritoire, Herbe des ravi rai lies, Herbe de Notre-Dame, Eapargoule, V itriole, Panatage.

La Pariétaire (pl. nvm, 4) est commune dans toute l'Europe, au pied et dans les fentes des vieux murs, où elle est vivace.

description (pl. xiatii). — Plante herbacée, ressemblant à l’ortie» poussant dans les fentes des murailles des tiges ascendantes, cylindriques, rameuses, cassantes, un peu velues. Feuilles alternes, pétiolées, entières, ovales-oblongues, velues, un peu rudes sur les deux faces. Fleurs verdâtres, très-petites, polygames, C’est-à-dirè mâles et femelles réunies dans un involucre commun à plusieurs folioles, et situées à l’aisselle des feuilles, au nombre de 3 à S, dont i femelle et les autres hermaphrodites. La fleur femelle, qui occupe le centre, est composée d’un calice monosépale tubuleux à 4 divisions aiguës et rapprochées, et d’un ovaire libre, uniloculaire, terminé par un stigmate poilu ; les fleurs mâles rangées autour ont, de plus, 4 étamines incluses, à filets recourbés et élastiques, qui se redressent lorsqu’on les touche avec une pointe (t). Akène ovoïde, lisse, petit, enveloppé par le calice, qui se referme sur lui.

propriétés, usages. — Saveur herbacée, un peu salée, parce que la plante contient une quantité très-notable de nitrate de potasse; odeur nulle. Action émolliente, rafraîchissante et diurétique.

La Pariétaire est d’un emploi fréquent, populaire ; on l'administre pour augmenter la sécrétion urinaire et guérir par là l’hydropisle ; comme émolliente et diurétique dans la gravelle, la colique néphrétique, les affections fébriles, les rétentions d’urine, etc. On en prépare des cataplasmes émollients.

Les anciens s’en servaient pour guérir la fièvre intermittente ; Dioscoride l’appliquait, comme résolutive, sur les tumeurs gottt-

(1) Los deux petites figures détachées représentent : l’une, 1 fleur femelle avec son calice ouvert pour faire voir le pistil ; l'autre, un g'omérule de 5 fleurs, dont 4 hermaphrodites k calice étalé (on ne voit bien qne les 2 qui sont placées en avant), et 1 femelle au centie, avec son calice fermé. On remarquera qne les étamines sont recourbées sur elles-mêmes, et qu'il y en a une de redressée dans la fleur de droite.

m PLANTES MEDICINALES.

teuses. Enfin on a vanté ses prétendues propriétés anticalculeuses, par cette considération, sans doute, qu’elle croit entre les pierres et qu'elle les brise pour y végéter. Les modernes, Barbier et Cazin entre autres, ne voient dans cette plante qu’un médicament presque inerte. — On assure, disent Mérat et Delens, que, répandue sur les tas de blé, elle en écarte les charançons.

récolte. — On peut employer la Pariétaire fraîche pendant tout l’été ; celle qui a poussé au bas des murailles est préférable comme émolliente ; celle des décombres, des fentes de murs, est plus riche en sel de nitre et partant plus diurétique. Elle doit être séchée promptement et à l'étuve, si on veut la conserver.

préparations, doses. — Infusion : 18 à 30 gr. par kilog. d’eau. Décoction : mêmes quantités. Suc exprimé : 30 à 100 gr. Eau distillée : « On en fait prendre, dit Chomel, à la dose de 2 onces, avec autant de lis, 1 once d’huile d’amandes douces et autant de sirop de limon, pour la colique néphrétique; ce remède m’a souvent réussi. »

PAR1SETTE. Paris quadrifolia, L.

(F»rn. AsrABAGINÉES.)

Nom tuf g. : Herbe A Paris, Pariette, Raisin de renard , Etrangle-lonp , Morclle à 1 feuillet.

description (pi. liv, 2). — Plante herbacée, vivace, de 30 cent, au plus. Racine horizontale, traçante, soutenant une tige unique, dressée, simple, arrondie, ferme, feuillée au sommet seulement. Feuilles au nombre de 4, sessiles, disposées en croix au haut de la plante, ovales, entières, glabres, à 3 nervures ramifiées. Fleur unique, verdâtre, assez grande, sur un pédoncule terminal. Périanthe à 8 divisions presque libres: 4 externes calicinales ovalesallongées, 4 internes plus étroites, alternant dans l’intérieur des premières; étamines 8 à anthères allongées et attachées à la partie moyenne du filet; ovaire supère de 4 carpelles, 4 styles et 4 stigmates. Fruit noirâtre, tétragone à 4 loges (<).

propriétés, csaoes. — La Parisette a une odeur vireuse, narcotique et désagréable. C’est un poison pour certains animaux, notamment les chiens et les poules. On l’a employée dans les fièvres in-

(1) Ce irait oocupe lo centre de la fleur tur la plante figurée ; la fleur détachée donne nne idée plue exaoto dee proportions de l'ovaire.

termittentes, l’aliénation mentale, l'épilepsie, la coqueluche, mais tout reste encore douteux dans l'appréciation de ses propriétés. Ce qu’on remarque de plus tranché dans ses effets, c’est son action vomitive, à laquelle on devrait sans doute ses faibles succès dans les lièvres intermittentes. Si elle a été utile dans l’épilepsie, la coqueluche, c’est comme narcotique et antispasmodique, à moins qu'on ne l'ait administrée à doses altérantes.

De nouveaux essais doivent donc être entrepris sur cette plante médicamenteuse, que l'on trouve d’ailleurs assez rarement dans les bois et les lieux ombragés, où elle fleurit en juillet-août.

préparations , doses. — Poudre (racine) : 1 gr. 30 cent, à 4 gr., comme vomitive. — (feuilles) : 6 cent, à 1 gr. 30 cent., progressivement, comme narcotique, antispasmodique, altérante. — (fruits) : 30 à 60 cent, et plue.

PASSERAGE. Ltpidium latifolium, L.

(F»m. Caticiriftis.)

Nom tu Ig. : Passerage k grandes feuilles, Grande-Passerage.

description (pl. xu, 5). — Plante herbacée, vivace, atteignant 4 mètre 50 de hauteur; à tige robuste, dressée, rameuse supérieurement, glabre. Feuilles un peu épaisses, d'un vert glauque, ovalesoblongues, celles du haut ovales-lancéolées, atténuées en un court pétiole. Fleurs petites, blanches, eu grappes denses rapprochées en panicuie terminale. Calice à 4 folioles ovales-arrondies, caduques; corolle à 4 pétales égaux en croix, unguiculés ; 6 étamines étalées, presque égales ; style très-court, stigmate en tête. Silicule terminée en pointe à son sommet, suborbiculaire, pubescente.

propriétés, usages. — La Grande Passerage a une saveur &cre, pénétrante, poivrée, plus prononcée dans les feuilles que dans les autres parties. Son odeur est celle des Crucifères. Elle est fortement stimulante et antiscorbutique ; elle pourrait remplacer le cochléaria et les autres plantes à propriétés analogues; mais cependant on ne l’emploie que rarement, sans doute à cause de son activité qui pourrait avoir de grands inconvénients si elle était administrée sans précaution.

Le professeur Williams a constaté les bons effets de cette plante contre l’asthme, la bronchite, l’hydropisie et surtout l’hypertrophie du cœur. Elle ne diminue pas le nombre des pulsations comme la digitale , mais elle modère leur violence, ce qui la rend très-recom-

mandable dans l'hypertrophie avec hydropisie. Cette opinion est partagée aussi par un autre médecin anglais, le docteur Sylvestre.

Les feuilles et les racines de Passerage appliquées sur la peau ne tardent pas à produire de la rubéfaction. Aussi les anciens les employaient-ils pilées et mêlées avec du beurre, en applications externes contre la sciatique, les névralgies, les douleurs rhumatismales chroniques. On a mis aussi cette pommade en usage pour guérir la gale et faire mourir les poux.

récolte. — La Grande-Passerage se trouve aux bords des rivières, dans les lieux ombragés, herbeux. Elle fleurit en juin-août. Sa récolte doit se faire dans la saison où la plante est encore couverte de ses feuilles. 11 faut toujours l'employer fraîche, car sèche, elle n'a plus de propriétés. La racine, au contraire, peut être utilisée en toute saison, parce qu’elle est vivace.

Le genre Passerage comprend les espèces suivantes, qui jouissent de propriétés analogues, mais moins actives, et qu'à cause de cela on préférera pour l’usage interne.

Petite-Passerage ( Lepidiutn ibeiis), Chasserage. Plante bisannuelle, de 60 cent, environ, commune aux lieux arides, sur le bord des chemins. Tiges dressées, arrondies, glabres, à rameaux écartés. Feuilles seseiles, petites, étroites, surtout au haut de la tige, entières, les radicales pétiolées, en rosette, découpées, caduques. Fleurs blanches, petites, en panicule très- écartée; 2 ou 6 étamines, etc. (juin, septembre, octobre).

Cette plante est antiscorbutique, comme le cresson dont elle a la saveur. Elle a été annoncée dans plusieurs gazettes, dit Willemet, comme propre û broyer la pierre et à évacuer les graviers. — C’est elle surtout qu’ont employée les médecins anglais dans l’hydTopisie.

On doit la cueillir avant la floraison et ne l’employer que verte. Dans le commerce on la confond souvent avec la Grande- Passerage, ce qui est un tort, puisqu’elle est beaucoup moins active. Au reste, ni l’une ni l’autre n'est prescrite par les médecins.

Passerage sauvage ( Lepidium ruderale), Nasitor, Cresson des décombres. Plus petite (10 à 30 cent.). Tige dressée, très rameuse, rameaux étalés. Feuilles radicales étalées en rosette, pétiolées, pinnatiséquées, les inférieures de même forme, les supérieures sessiles, linéaires; pétales très-courts, souvent nuis (mai-septembre). — Cette variété, qui croit dans les lieux stériles et froids, les ruines, etc., est antiscorbutique comme les précédentes. En Russie, le peuple la considère comme un puissant fébrifuge.

DESCHIPTIUN ET USAGE. 363

Passerage cultivée ou Cresson alénois (Ltpidium sativum ). Nasilor. Tige dressée, rameuse, glabre, glauque, de 3-6 décim. de hauteur. Feuilles radicales, étalées eu rosette, pétiolées, pinnatipartites, les supérieures sessiles, linéaires, indivises; les pédicelles fructifères serrés contre la tige, etc.

Cultivé pour ses feuilles alimentaires qui remplacent le Cresson de fontaine.

PASTEL. Isatis tincloria , L,

(Fom. Crucifères.)

.Vomi vu Ig, : Pastel des teinturiers, Vouède,

description (pl. xlii, 1). — Plante bisannuelle, haute de 40 à 80 centim. Tige dressée, raide, rameuse en haut, glabre, hérissée à sa base, dont les rameaux sont disposés en cçrymbe. Feuilles radicales oblongues, atténuées en pétiole, entières, ordinairement velues, les caulinaires lancéolées-sagittées, glabres ou à peu près, sessiles-embrassantes. Fleurs jaunes, petttes, en grappes terminales. Calice à sépales étalés réfléchis; pétales en croix; étamines 6, dépourvues d’appendices. Silieules oblongues-obtuses, atténuées à la base, presque pendantes à l’extrémité de pédicelles allongés-flliformes.

propriétés, usages. — a Les feuilles de cette plante sont piquantes et âcres comme celles des Crucifères en général : aussi les suppose-t-on antiscorbuliques. Les paysans provençaux s'en servent dans la jaunisse. Lemery dit que ses feuilles pilées, appliquées sur les poignets, guérissent les lièvres intermittentes, ce qui pourrait être vrai dans quelques cas si elles causent de la rubéfaction ; on les présente aussi comme résolutives. » (Mérat et Delens.)

Le Pastel, soumis à des préparations particulières, donne une couleur bleue analogue à l’indigo, que l’on emploie dans les arts. Les anciens Bretons s’en servaient pour se teindre le corps.

récolte. — Cette Crucifère se trouve dans les lieux arides, pierreux, les carrières, les décombres, sur les Vieux murs. Ses fleurs se montrent en mai-juin.

PATIENCE. Ruine x patientia, L.

(Faœ. Poltgonées; genre R un ex.)

A'otnj eu Ig. i Patience des jardins, Grando-Patienoe, Parelie, Dogue.

description (pl. xlvi, 3). — ; Plante de 1 ni. 30 environ, vivace, à

tige robuste, dressée, cannelée, un peu rameuse en haut, jaunâtre. Feuillet ovales lancéolées, très-grandes et allongées, minces, mais à fort pétiole engainant, entières, un peu ondulées, glabres. Racines très-grosses, longues et pivotantes Fleurs verdâtres, petites, disposées en faux verticilles dépourvus de feuilles bractéales, formant des sortes d’épis terminaux. Périanthe à 6 divisions dont les 3 internes deviennent très-grandes ; les 3 externes sont réfléchies ; 6 étamines à anthères bilobées, ovaire à 3 styles capillaires (l). Fruit triangulaire recouvert par les folioles du calice.

propriétés, usages. — La racine de Patience, seule partie de la plante usitée, a une saveur amère, un peu âpre, une odeur faible ; elle contient du soufre et de l’amidon. Elle est réputée tonique, diaphorétique et dépurative. Comme tonique, on l’administre dans la débilité des voies digestives, les engorgements lymphatiques, Fietère, l’état cachectique produit par les miasmes marécageux et les fièvres intermittentes, etc.; mais son action est faible.

C'est comme dépurative que la Patience a été le plus employée et vantée. Elle peut être utile, en effet, dans le traitement des maladies dartreuses, telles que l’eczéma, la teigne, la lèpre, etc.; quant à la paralysie, l’esquinancie, la pleurésie, la dyssenterie, elle ne peut être d’aucun effet contre ces affections, bien que Munting ait assuré le contraire. D'autres médecins la considèrent comme apéritive et fondante.

Wauters est encore un enthousiaste des vertus incertaines ou mal appréciées de cette plante. ■ Les ulcères aux jambes, dit-il, le scorbut, les éruptions cutanées et les fièvres intermittentes sont quatre maladies auxquelles les habitants peu aisés des pays marécageux sont sujets ; ils trouvent sous la main un remède très-approprié à ces maux dans la Patience sauvage qu’on trouve en abondance dans les fossés, le long des ruisseaux et dans les eaux stagnantes. »

récolte. — La Patience croit abondamment dans les lieux humides, et est cultivée dans les jardins de la campagne, où elle est en fleurs presque tout l’été. La racine peut être recueillie en toute saison, étant vivace. 11 vaut mieux l’employer fraîche que sèche ; mais si on veut la conserver, il faut l’arracher à l’automne et la choisir grosse au moins comme le doigt. On la reconnaît à son écorce brunâtre et ridée en travers, à sa couleur jaune rougeâtre à l'intérieur. On la coupe en rouelles et on la fend pour la faire sécher.

(ij L* petite figure déuohée montre, en effet, eee organee, maie non lee t divine*! dn cetiee qui sont Met.

préparations, doses. — Décoction : 30 à 60 gr. par kllog. » Les gens de la campagne, dit Cazin, mettent de la racine de patience dans presque toutes les tisanes : ils la regardent comme propre à purifier le sang. » — Une forte décoction sert en lotions sur les ulcères et pour effacer les pustules, les squames de la peau.

Pulpe : la pulpe de cette racine s’applique utilement sur les ulcères de mauvais caractère. On en prépare dans les campagnes une pommade pour guérir la gale, en méiant sa pulpe bouillie dans du vinaigre avec de la graisse de porc et des fleurs de soufre.

Patience sauvage ou a feuilles aigues (Rumex acutifolius). Elle diflère de la précédente par ses petiies dimensions, mais non par ses propriétés, qui sont les mêmes absolument.

Patience aquatique ( Rumex aquations) ou Herbe britannique, Parelle dts marais, O -exile aquatique. Racines fort grosses, jaunâtres à l'intérieur ; mêmes propriétés.

Patience crépue ou frisée (fi. cris;us). Feuilles frisées ; racine d’un rouge-brun au dehors.

Patience des Alpes (fi. alpinus). Plante bisannuelle dont les proportions sont très -grandes, etc.

Toutes ces espèces peuvent être substituées à celle dont nous venons de faire l'histoire.

Patience sanguine (R. sanguinexis), Oseille rouge, Sang-dragon. Feuil es rougeâtres, à pétioles et à nervures d’un ronge de sang. Plutôt astringente, acerbe, qu’apéritive ou diaphorétique. Quelquesuns, dit Chomel, prétendent que son extrait, mis dans le nez, rétablit l'odorat.

PAVOT. Papaver somniferum, L.

(Fam. Papa vé racées.)

Nom» pu Ig. : Pavot blanc, Pavot de» jardin». Pavot somnifère.

description (pl. liv, 3). — Plante annuelle, à tige cylindrique, simple, forte, glabre, de 60 cent, à 1 mètre de hauteur et plus. Feuilles alternes, amplexicaules, glauques, à dents inégales sinuées ou ondulées. Fleurs pourpres, violettes, panachées ou blanches, grandes, terminales et solitaires, inclinées sur la tige avant leur épanouissement. Calice à 2 sépales herbacés et glabres ; corolle à 4 pétales, marqués à l’onglet d’une tache violette. Etamines très-

PLANTES MÉDICINALES, nombreuses, à filets blancs et anthères jaunes; stigmates 8-15, disposés en rayons et soudés sur un plateau lobé qui déborde le sommet de l’ovaire (t). Capsule globuieuse-oblongue, uniloculaire, glabre, s’ouvrant par des pores au-dessous du plateau stigmatifère. Semences petites, réniformes, blanchâtres, extrêmement nombreuses, Insérées sur 8 à 14 demi-cloisons ou trophospermes.

FKorRtÉTÉs, usages. — Le Pavot a une odeur nauséabonde et une saveur amère et âcre. On emploie ses capsules ou têtes comme calmant, anodin, narcotique, pour remplacer l'opium, qu’elles fournissent d’ailleurs, dans les cas nombreux où ce dernier est indiqué. Les graines servent à préparer l'huile d'œillette, qui n'est pas non plus sans utilité en médecine.

L’opium est le suc épaissi fourni par les capsules du Pavot blanc auxquelles on pratique des incisions. Cette récolte se fait en Asie- Mineure, en Perse, en Egypte et dans l’inde. En France, néanmoins, on ne trouve guère que trois espèces commerciales de ce produit : 1* l’opium de Smyrne, qui est le plus pur et le plus riche eu morphine ; 2“ l’opium de Constantinople ; 3* celui d’Egypte, qui a reçu le nom de thébaique, nom que portent encore certaines préparations pharmaceutiques. Ajoutons à ces trois espèces principales l’opium indigène, qui doit nous occuper spécialement.

L’opium indigène est celui que l’on récolte en France d’après le procédé usité en Asie-Minture. L’idée première de cette récolte appartient à Belon ; Loiseleur-Deslongchamps fut ensuite un des premiers à s’occuper d’expériences, et l’on sait que li. Aubergier se livre depuis plusieurs années, dans le Cantal et l’Auvergne, à des essais suivis qui ont donné des résultats très-encourageants et un produit aussi riche en morphine que l'opium de Smyrne, lequel en contient 15 à 17 pour 100. On craint seulement que les frais de culture et d’extraction ne soient tels que l’opium indigène ne puisse jamais lutter avec avantage sur la place avec l’opium exotique.

Les principes trouvés dans l’opium sont très-nombreux : parmi eux nous ne citerons que la morphine, la narcotine et la codéine, parce que ce sont les ptus importants en thérapeutique. Nous ajouterons encore qu’en thèse générale on peut dire qu’un opium est d’autant plus pur qu’il a une odeur plus forte, plus vireuse, une saveur âcre, amère et nauséeuse.

La morphine est une matière blanche solide, en aiguilles prisma-

(1) Ce» objet» »» voient »nr la figure détachée dépourvue de pétale».

tiques, insoluble dans l'éther et dans l'eau, inodore, d’une saveur très -amère, etc., qui constitue le principe actif de l’opium. On l’emploie en médecine, combinée avec un acide sous les noms d’acétate, d ’ hydrochlorate et de sulfate de morphine. Tous ces sels ont une saveur amère et agissent sur l’économie de la même manière que l'opium, mais avec beaucoup plus d'énergie.

La narcotine et la codéine sont deux autres alcalis de l’opium auxquels des praticiens ont donné une certaine importance en les employant isolément aux usages médicaux.

L'opium est le type des narcotiques. Son ingestion h forte dose produit la somnolence, le coma, le collapsus moral et physique parfois des nausées et des vomissements, des mouvements convulsifs, la contraction des pupilles (la belladone, la jusquiame, la stramoine, produisent, au contraire, la dilatation), et lorsque la mort en est l’effet, on trouve à l’autopsie les vaisseaux cérébraux engorgés, les poumons engoués, rouges, violacés, le cœur plein d’un sang noir ; le corps se putréfie facilement, etc. Quelquefois cependant on ne trouve aucune lésion, surtout lorsqu’on a employé quelque sel de morphine.

L’opium se consomme en très-grande quantité dans tout l’Orient pour produire une sorte d'ivTesse et des sensations agréables, comme on fait du chanvre dans l’Inde, du tabac en Europe, etc. C’est de plus un des plus précieux agents de la matière médicale. Un volume ne nous suffirait pas pour traiter de ses usages thérapeutiques avec tous les détails qu'ils comportent ; aussi nous bornerons-nous à une simple mention.

L’opium excite le système circulatoire en même temps qu’il est sédatif pour le système nerveux. S’il émousse la sensibilité et s’il calme la douleur et produit le sommeil, il élève en même temps le pouls ,* il l'accélère dans l'état de santé, mais le régularise, au contraire, s’il était accéléré auparavant. Par suite de cette influence sur la circulation, il favorise le mouvement des fluides vers la périphérie, et, faisant cesser le spasme de la peau, relâchant les oriflce8 vasculaires par son action narcotique, il devient sudorifique. Chez les individus très-excitables, parce que sa propriété sédative a beaucoup moins de prise que sa faculté stimulante, il augmente souven1 *' excitation sur ces idiosyncrasies.

Q’où il suit que l’action de l'opium n’est pas aussi simple qu'on peut le croire, et que ses effets ne peuvent être sûrement déterminés à priori. Néanmoins, considérant les choses en général, on pres-

crit ce médicament dans les affections nerveuses, telles que les névralgies, les gastralgies, l'hystérie, l’éclampsie, les convulsions, la chorée, dans le delirium tremens, où son action est puissante, le tétanos, et dans tous les cas où l’élément douleur prédomine, que cette douleur soit purement nerveuse ou la conséquence de l’inflammation. du cancer surtout, etc. L’opium combat l’insomnie, mais k condition que cet état ne se rattache pas à une affection cérébrale grave, qu’il dépend, au contraire, de la faiblesse ou d'une affection douloureuse. 11 est d’une précieuse ressource dans la phthisie, les toux quinteuses, l’emphysème pulmonaire, l’asthme, les dyssenteries et diarrhées, les maladies des organes génito-urinaires, etc., outre qu’il constitue le correctif presque indispensable de certains médicaments actifs que l’économie tolérerait plus difficilement, ou même pas du tout, sans son adjonction, tels que le mercure, le tartre stibié, etc.

Cependant l'opium est contre-indiqué dans les inflammations viscérales aiguës, avant l’emploi des saignées dans la tendance du sang à la putndité (fièvres malignes graves, purpura hemorrhagica, empoisonnements par les venins et les matières putrides, etc.); dans la vieillesse affaiblie avec tendance à la stase du sang ; chez les sujets affectés d’hémorrhagie ou d’inflammation au cerveau ; chez les nouveau-nés que la dentition tourmente eu qui sont agités, menacés de convulsions, etc.

récolte. — Le Pavot est originaire de l’Orient; naturalisé dans toute l'Europe, il est cultivé dans les jardins pour l’agrément, et dans le nord de la France pour l’huile qu’on extrait de ses graines Plus on s’approche du Midi, plus les Pavots ont d’activité ; le plus ou le moins de chaleur et de lumière qu’ils reçoivent, la qualité de la terre, la culture, etc., modifient aussi beaucoup leurs propriétés. Dans tous les cas, il vaut mieux les récolter avant la maturité parfaite des graines. Les capsules se sèchent facilement, et il n’est aucunement nécessaire qu'elles contiennent leurs graines pour les usages de la thérapeutique.

F réparations, doses. — 1° Capsules. — Décoction : i ou 2 têtes coupées en quatre et dont on a jeté les graines, par kilog. d’eau, pour injections, lavements, fomentatiuns, etc. — Les injections d’eau de pavot se font dans le vagin pour calmer les coliques utérines, les douleurs du cancer de la matrice, etc. — Les lavements s’administrent dans les cas de dyssenterie, de diarrhées, de coliques, etc, — Les fomentations trouvent leur application dans les

irritations cuisantes delà peau, le prurit des parties génitales, l'inflammation des organes du bas-ventre, etc.

L’infusion de capsules de pavot est employée & l’Intérieur, par le peuple, contre les rhumes, les douleurs d’estomac, les coliques. — Les nourrices ont la fâcheuse habitude quelquefois d’en ajouter à la bouillie des enfants pour calmer leurs coliques ou les faire dormir. Il est résulté de nombreux empoisonnements de cette pratique dictée par l’ignorance ou le désir d’ôtre plus libre des soins de l’allaitement.

Le sirop de pavot blanc ou sirop diacode (16 p. d’extrait alcoolique de pavot dans 125 d’eau distillée, le tout mêlé à 1500 de sirop simple) est précieux en ce qu’il exerce une action sédative très-prononcée, sans donner lieu à cette excitation, cette stimulation si fréquemment observée avec les opiacés proprement dits. On le donne à la dose de 8, 16, 32 gr. et plus, en potion, contre les rhumes, les toux nerveuses, les affections nerveuses, les douleurs d’estomac et d’entrailles, les coliques accompagnées de cours de ventre.

L’easfraif alcoolique n’est employé que pour la préparation du sirop diacode. « Nous croyons savoir, dit M. Martin-Lauzer, qu’il entre dans des préparations secrètes pour la toux, et particulièrement dans des pâtes pectorales, ce qui est une addition moins dangereuse que celle de la morphine. »

2° Opium brut (opium du commerce) : 5 à 10 cent, et plus en pilules ou potion. Extrait (opium purifié, extrait thébaïque, aqueux ou gommeux) : 1, 2, 3, 4 et 5 centig. et plus. C’est la préparation la plus employée, soit en pilules, potion ou en pommade. Laudanum de Sydenham (vin d’opium composé) : 10 à 20 gouttes à l’intérieur ou en lavement ; — quantité voulue à l’extérieur sur un cataplasme émollient ou en frictions. Préparation très en vogue. Laudanum de Rousseau (vin d’opium obtenu par la fermentation): 4 à 10 gouttes à l’intérieur. 7 gouttes équivalent à 5 cent, d’extrait, tandis qu’il faut 18 gouttes de laudanum de Sydenham pour la même dose. Sirop d'opium (sirop d'extrait d'opium) : 15 à 30 gr. en potion. Cette dernière dose contient 5 cent, d’extrait. Très-usité. Sirop de karabé : c’est le sirop précédent auquel on ajoute 2 gouttes d’esprit volatil de succin par30gr.Assez usité. Morphine (acétate ou hydrochlorate): là3cent. en pilules ou potion. — 5 cent, par la méthode endermique, c’està-dire sur la surface d’un vésicatoire. Sirop de morphine : 15 à 30 gr. en potion. Sirop de codéine : 30 gr. Médicament cher, très-employé dans la médecine des enfants.

Ou prépare avec les semences du pavot somnifère, variété à graine noire que l'on cultive en grand dans le Nord pour cet usage, une huile appelée vulgairement huile d'œillette, huile blanche, dont on fait un commerce considérable, pour la préparation des aliments. Elle est inodore, d’une saveur douce, ténue, légère, ne se coagulant qu'à 10 degrés au-dessous de zéro; l’huile d'olive, avec laquelle on la mélange très-souvent et dont elle usurpe le nom dans le commerce, a au contraire la saveur du fruit qui la fournit, et se congèle à 6 degrés au-dessus de zéro.

L’huile d’oeillette (mot dérivé d ’alivello ou oliellô, petite huile) pourrait se donner comme purgative pour remplacer celle de ricin. On en met souvent 2 à 4 onces dans un lavement pour le rendre laxatif. M. Dubois, de Tournai, propose de la substituer à l’huile de foie de morue, qui est si répugnante à prendre, pour combattre les affections rachitiques et scrofuleuses. Sur 12 enfants affectés de rachitisme qu’il a soumis à l’usage de l’huile d’œillette, 1 2 ont été guéris après un traitement de 3 mois et demi (terme moyen); 3 ont obtenu une amélioration très-grande, voisine de la guérison ; 3 n’ont éprouvé qu’une amélioration passagère ; chez les autres, la médication a été sans effet. M. Dubois ne croit pas que l’huile de morue doive son succès à l’iode, parce qu’elle n’en contient que 18 centig. par litre. « Si cela est vrai, dit-il, pourquoi recourir à cette manière dégoûtante et trois fois détestable d'administrer ce médicament ? »

L’huile d’œillette se donne à la dose de 2, 3 ou 4 cuillerées à bouche par jour.

PÊCHER. Âmygdalus persica, L.

(Fam. AarcDitLSES ; genre Phonie*.)

description. — Arbre originaire de la Perse, abondamment cul» tivé en Europe et connu de tout le monde. (Voir ses caractères spécifiques, 1. 1, p. 330.)

phop&iétés, usages. — Les fleurs et les feuilles sont usitées en médecine, principalement à titre de purgatif, quoiqu’elles soient susceptibles de développer une action vénéneuse due à l’acide prussique qu’elles contiennent, si on les prend en trop grande quantité. On a encore conseillé les feuilles comme diurétiques (Dower), anthelminthiques (Willeraet), fébrifuges (Burtin) , etc. La seconde

écorce infusée dans du vin blanc sert dans les campagnes à couper la fièvre.

« Les feuilles de pêcher perdent de leur vertu par la dessiccation ; cependant les feuilles à peine développées et recollées au printemps, séchées avec soin et enfermées ensuite dans des boites, ainsi que le pratiquaient Coste et Willemet, ont conservé, dit M. Cazin, une énergie constatée par leur effet purgatif et vermifuge. » préparations, doses. — Infusion (feuilles) : 30 à 45 gr. par 50 gr. d’eau ou de lait, comme purgatif, anthelminthique, etc. — (fleurs sèches) : 15 à 30 gr. par 500 gr. d’eau. Sirop (de fleurs) : c’est un purgatif doux très-employé chez les enfants à la dose de 15 à 30 gr. On a vanté la poudre de noyaux de pêches contre la fièvre intermittente.

PENSÉE. Viola tricolor, L. Viola arvensis, D. C.

(Fara. Violarièrs. )

Nom» tulg. : Pens<!e sauvage, Herbe de la Trinité.

DESCRIPTION (pl. xxi, 5.) — Plante annuelle, de 15 à 25 cent., à une ou plusieurs tiges rameuses, ascendantes, herbacées, glabres Feuilles radicales pétiolées, ovales, cordées à la base, les caulinaires sessiles, ovales-oblongues; stipules divisées en lobes inégaux. Racine fibreuse, chevelue. Fleur* jaunes ou tachées de violet, solitaires, inclinées sur de longs pédoncules axillaires, 5 sépales oblongs prolongés à la base; 5 pétales irréguliers, dépassant à peine le calice, l’inférieur prolongé en éperon; 5 étamines, dont 2 entrent dans la* cavité de l’éperon, étayant toutes leurs anthères réunies; stigmate sortant entre les anthères. Capsule ovale-oblongue, trigone, glabre.

PROPRIÉTÉS, usages. — Toutes les parties de la Pensée sauvage ont une saveur amère. Cette plante jouit depuis longtemps de la réputation d’être dépurative, très-utile dans le traitement des maladies de la peau, telles que teigne muqueuse, eczéma. Impétigo. Elle était cependant oubliée lorsque Strack, de Mayence, constata son efficacité dans les gourmes ou croûtes de lait chez les enfants. On parlait de ses vertus d’une manière très-favorable, mais voici que d’autres expérimentateurs, Chambon entre autres, vinrent déclarer n’en avoir retiré aucun résultat satisfaisant. Nous dirons, pour notre compte, que nous croyons à ses propriétés, mais que, pour agir efficacement, elle doit être administrée pendant un mois au moins et à dose un peu concentrée.

La racine de Pensée sauvage est émétique, comme celle de la violette; on l’a proposée pour remplacer le quinquina, que nous devons à l’étranger.

récolte. — On peut la faire pendant toute la belle saison, si l’on veut employer la plante verte, ce qui est d’ailleurs bien préférable. Pour la conserver, il faut la sécher à l'étuve et promptement, sans quoi la végétation s’y continue.

préparations , doses. — Décoction (l'herbe avec ou sans les fleurs) : 1 petite poignée pour un kilog. de lait ou d’eau. Infusion (poudre sèche) : 2 à i gr. dans une tasse de lait à prendre chaque matin. Suc (de la plante fraîche) : 60 à 123 gr. Sirop : 30 à 60 gr. comme édulcorant..

Pendant l’usage de la Pensée, l’urine prend une odeur fétide, comme l’urine de chat.

PERSICAIRE. Polygomm hydropiper, L.

(F«m. Poltgonkks; genre Renoues.)

Noms vulg. : Poivre d'eau, Renouée âere ou brûlante, Pensicaire (tore, Curage, Piment d’eau.

description. — La Persicaire-Poivre d’eau (pi. xrv, 3), ainsi nommée de ce que ses feuilles ressemblent à celles du pécher, est une plante annuelle, de 30 à 80 cent. Tige dressée, rameuse souvent dès la base. Feuilles lancéolées, atténuées en un court pétiole. Fleurs d’un blanc rosé, en épis grêles presque filiformes, lâches, arqués, pendants, avec des petites bractées écailleuses. Calice à 4 sépales, chargé de points glanduleux. Point de corolle; 6 étamines incluses; pistil bifide. Graine renfermée dans le calice.

propriétés. — Le Poivre d'eau est sans odeur, mais sa saveur est âcre, piquante, poivrée. Appliquée fraîche sur la peau, cette plante est, dit-on, rubéfiante et vésicante ; on l’a employée aussi comme détersive sur les ulcères atoniqucs; comme résolutive en lotions, gargarismes; comme antipsorique, sialagogue, etc. En résumé, c’est un médicament peu connu, qui demanderait de nouveaux essais. C'est plutôt à l’intérieur qu’on l’a mis en usage à titre de diurétique et lithontriptique, et pour guérir la cachexie, la jaunisse, la chlorose.

Les vétérinaires emploient la Persicaire âcre beaucoup plus souvent que les médecins ; ils en usent pour déterger les ulcères qui

surviennent à la couronne du sabot, et dans les gonflements lymphatiques des articulations, après l’application du feu (Cazin).

Bulliard dit que dans les campagnes on se sert des graines du Poivre d’eau en place de poivre. — Cette plante teint les laines en jaune.

récolte. — La Persicaire est très-commune dans les lieux humides, les fossés, aux bords des eaux, fleurissant en juillet-octobre. On peut en faire la récolte pendant tout l’été, même au moment de la fructification, car les graines ajoutent à l’action irritante de la plante. Celle-ci perd une grande partie de ses qualités par la dessiccation. Il vaut donc mieux l’employer à l’état frais.

préparations, doses. — Infusion (plante entière) : 5 à 15 gr. par kilog. d’eau, à l’intérieur, comme diurétique, etc. Rarement employée. — 15 à 30 gr. par kilog. d’eau en lotions détersives, antipsoriques, antiscorbutiques, résolutives, etc. Poudre (feuilles) : 1 à 4 gr. à l'intérieur, en pilules. Suc : 2 à 4 gr. dans une boisson appropriée.

Persicaire douce ( Polygonum persicaria). Cette plante ressemble beaucoup à la précédente; elle en diffère par ses fleurs roses, assez grosses, en épis oblongs, cylindriques, compactes et dressés ; par l’absence de points glanduleux sur le calice et de saveur poivrée, etc. On l’a considérée comme astringente, détersive et antiseptique, propre à guérir la goutte vague, le rhumatisme, le scorbut, la jaunisse, la diarrhée, les flueurs blanches, etc. Mais il existe une grande confusion dans les auteurs, causée par la ressemblance des différentes espèces de Persicaire, que l’on a prises l’une pour l'autre le plus souvent.

Persicaire amphibie (Persicaria amphibium). Tiges submergées, rameuses, radicantes, nageantes ou terrestres (car il y a la variété notons, et la terrestre). Feuilles pétiolées,ovales-oblongues. Fleurs roses, disposées en épis compactes, oblongs, cylindriques, solitaires et terminaux. Etamines saillantes, style bifide (juin-septembre).

La Persicaire amphibie possède une racine qu’on estime sudorifique, propre à remplacer la salsepareille (Burtin). Coste et Willemet disent qu’ils lui ont vu guérir des dartres anciennes dont on eût peut-être inutilement attendu la guérison de la salsepareille. Dans plusieurs provinces, les herboristes et les épiciers la vendent pour cette dernière. Elle présente l’avantage d’être moins chère, et peutêtre est-elle tout aussi efficace. M. Cazin l’a expérimentée; il dit

PLANTES MEDICINALES.

qu'au moyen de sa décoction concentrée (100 gr. pour 1500 gr. d’eau réduite à 1 kilog.), prise pendant un mois à la dose de 4 verres d’heure en heure le matin, il a guéri une large dartre syphilitique chez un ouvrier de trente ans qui, un an auparavant, avait subi un traitement mercuriel mal dirige.

PERSIL. Apium pet roselinum, L.

(Fam. OuDBLLtrÈRES.)

description. — Plante de 45 à 60 cent., à tige simple, fistule use, striée, glabre, émanant d’une racine conique, blanche, assez grosse, un peu rameuse. Feuilles décomposées à folioles profondément incisées en lobes aigus, glabres, les supérieures devenant de plus en plus simples, etc. Fleurs jaunâtres, petites, en ombelles de 15 ou 16 rayons (juillet-août). Involucre de 6-8 folioles, ombellules de 8-10, toutes linéaires. Fruits ovoïdes, allongés, veinés longitudinalement.

propriétés, usages. — On utilise en médecine les semences, les feuilles et la racine, qui ont une odeur et une saveur que chacun connaît. Leurs usages toutefois diffèrent un peu. La racine, qui fait partie des cinq racines apéritives, est donnée en décoction comme stimulant-diurétique ou sudorifique, pour combattre l’hydropisie Ou faciliter l’éruption de certains exanthèmes. — Les semences sont réputées carminatives; considérées ainsi, elles agissent à la manière de l’anis, du fenouil, de la coriandre, etc. — Mais ce sont surtout les feuilles qu’on emploie tant à l’intérieur qu’à l’extérieur dans les divers cas que voici :

A l’intérieur, on a proposé le suc de Persil dans la syphilis, la blennorrahagie, la fièvre intermittente, l’hydropisie, l’ictère, les engorgements des viscères abdominaux. L’extrait a surtout été essayé dans l’affection vénérienne par Papin et , après lui, par Cullerier.

A l’extérieur, les feuilles pilées sont appliquées, par le peuple, sur les engorgements laiteux des mamelles, les contusions, etc. Leur propriété lactifuge n'est rien moins que démontrée ; leur action excitante peut, au contraire, activer la sécrétion des glandes mammaires, tandis qu’elle sera favorable pour résoudre certains engorgements froids , qui restent stationnaires faute d’un coup de fouet qui ranime la vitalité des vaisseaux absorbants.

récolte. — On recueille les semences du Persil à l’automne ; on arrache ses racines au printemps ou à la fin de l’été pour les con-

server. Quant aux feuilles, on les emploie toujours vertes, et on s'en procure facilement en toute saison et dans tous les jardins.

préparations, DOSES. — Décoction (racine fraîche ou sèche) : 15 à 40 gr. par kilog. d’eau. Infusion (semences) : 4 à 8 gr. par kilog. d’eau. Poudre (id.) : 1 à 2 gr. Suc (des feuilles): 120 à 140 gr., comme fébrifuge. — M. Dubois, de Tournai, dit avoir fait cesser des écoulements blennorrhagiques en administrant de ce suc une cuillerée à soupe le matin et autant le soir. — En 1832, plusieurs soldats belges, affectés de l’ophthalmie épidémique régnante, eurent recours aux instillations du suc du persil, qui fit avorter le mal (Cuoier). Huile essentielle : 2 ou 3 gouttes par jour contre la blennorrhagie ; ce moyen a réussi au professeur Lallemand dans des cas où la maladie avait résisté aucopahu et à la térébenthine. Cota-, jplasme : se fait avec les feuilles confuses. Remède résolutif et antiaiteux populaire.

PERVENCHE. Vinca minor, L.

(Fam. Apocyxkes.)

A'onu vulg. : Petits-Pervenche, Violette- des- Sorciers, Petit-Pucelage.

description (pl. xxix, 5). — Plante vivace, sous-frutescente, à tiges de 2-8 décim., sarmenteuses, glabres, les florifères courtes et dressées (1), les stériles très-longues et couchées. Feuilles opposées, ovales-lancéolées, courtement .pétlolées, glabres et luisantes, ordinairement 4 à la fin de la tige. Fleurs bleues, quelquefois blanches, solitaires sur un pédoncule assez long et axillaire (mars-juin) : calice 5-fide ; corolle tubuleuse à S lobes obliquement tronqués, tube élargi et pentagonal au-dessus de l’insertion des étamines, gorge fermée par des poils, par les anthères conniventes, et couronnée par une membrane annulaire à 5 plis opposés aux lobes de la corolle. 5 étamines incluses, insérées au milieu de la hauteur du tube ; style à 2 stigmates, l’un au-dessus de l'autre, etc.

propriétés, usages. — La Pervenche est sans odeur; ses feuilles ont une saveur amère qui n’est point désagréable. Elle est réputée vulnéraire et astringente, employée dans le crachement de sang non accompagné de fièvre, les flueurs blanches ; contre l’esquinancie, en gargarisme; dans le pansement des plaie3 et des ecchymo-

(1) Elias août iigurées sur la planche dans des proportions trop grandes en égard aux autres plantes.

ses; et contre les engorgements laiteux du sein en applications topiques.

Cette plante a quelque célébrité : en Italie on en fait des couronnes qu’on dépose sur le cercueil des jeunes filles. Sa vue charmait J. -J. Rousseau. Madame de Sévigné recommandait souvent à sa fille la bonne petite Pervenche contre les douleurs de poitrine dont elle se plaignait; enfin son nom de Violette de Sorciers rappelle quelques emplois mystérieux qu’on en a faits.

récolte. — La Pervenche peut être recueillie en toute saison, parce quelle est vivace et toujours verte. Elle ne change pas de forme par la dessiccation. On la trouve dans les bois, les lieux humides et ombragés, où elle se multiplie facilement par les nombreux rejetons qu’elle pousse.

préparations, doses. — Décoction (plante verte) : 30 gr. par 500 gr. d’eau. — (plante sèche) : 15 gr. pour la même quantité de véhicule. — Les femmes de la campagnes ont foi dans cette tisane pour prévenir les maladies laiteuses. Cataplasme (plante cuite) : en application sur les mamelles pour ramener le lait (remède populaire).

La Grande-Pervenche (Vtnca major) peut être employée aux mêmes usages. C’est un sous-arbrisseau du midi de la France, qui sert aussi à faire des tonnelles, à garnir des bas de murs, etc.

PETITE-CENTAURÉE. Erythrea centaurium, L.

(Fam. Gentiankks; genro Erythrée.)

Noms eu Ig. : Chironde, Herbe au Centaure, Herbe & Chiron, Herbe & la £èvn, Fiel de terre, etc.

description (pl. xxxiii, 1). — Plante herbacée, bisannuelle, assez jolie, haute de 30 cent, environ. Tige dressée, rameuse à rameaux opposés, et marquée de lignes saillantes. Feuilles ovales ou oblongues, les radicales disposées en rosette. Fleurs petites, roses, en cymes rapprochées en corymbe. Calice à 5 divisions linéaires; corolle infundibuliforme, à limbe 5-partit ; étamines 5, se roulant en spirale apres la fécondation. Ovaire allongé, mince. Capsule allongée, enveloppée par le périanthe persistant.

propriétés, usages. — La plante offre une amertume franche, prononcée, persistante dans toutes ses parties, mais est sans odeur. Elle fait partie des espèces amères cl est considérée avec raison

di

comme un bon Ionique, réputé efficace dans l’atonie des organes, les affections scrofuleuses, la dyspepsie, la fièvre muqueuse, dans tous les cas où la gentiane est indiquée.

La Petite-Centaurée est une de nos plantes médicinales les plus usitées. C'est surtout comme succédané du quinquina qu’elle attire l’attention; mais on a exagéré ses propriétés fébrifuges. Elle causerait les plus grandes déceptions si on comptait sur elle pour couper la fièvre intermittente dans les contrées marécageuses où la quinine se montre elle-même impuissante, mais elle est propre à relever l’organisme, à combattre l'influence paludéenne, à prévenir le retour des accès, une fois que la fièvre a cédé à l’écorce du Pérou. Et comme c'est un remède très-peu cher, que l'on trouve même partout presque sous ses pas, il est précieux dans la médecine des pauvres.

Cette plante était et est peut-être encore réputée vermifuge et antigoutteuse. Elle serait en outre, suivant le crédule Chomel, « propre à emporter les obstructions des viscères, faire couler la bile par le ventre, guérir la jaunisse, désopiler le foie, pousser les ordinaires, fortifier l’estomac et faire mourir les vers. » récolte. — La Petite-Centaurée, qu’il ne faut pas confondre avec la Grande-Centaurée (elles ne sont pas de la même famille), croit dans les bois, les prairies, et fleurit en juin-septembre, époque où l’on peut se la procurer. On doit en opérer la dessiccation rapidement. Pour ménager la couleur de ses fleurs.etlui conserver toutes ses propriétés, on l’enveloppe dans des cornets de papier.

préparations, doses. — Infusion (sommités fleuries) : 15 à 3 gr. pour 1 kilogr. d’eau. Poudre : 2 à 4 gr. et plus dans du vin. Extrait : 1 à 4 gr. en pilules. Suc : 30 à 50 gr.

PETIT-HOUX. Ruscus aculeatus, L.

(Fam. Asparaginées.)

Noms vutg. : Houx -Frelon, Fragon, Fragon piquant, Myrte tauvage ou épineux, Housson, Brute, Buis piquant.

description (pl. xlviii, 3). — Ar Juste d'environ 00 cent, à 1 mètre. Tiges rameuses, striées, vertes, flexibles, munies de feuilles alternes nombreuses, ovales-allongées en pointes piquantes, presque sessiles, entières, épaisses, fermes, d’un vert foncé. Fleurs dioïques blanches, petites, solitaires et sessiles dans l'aisselle d’une petite écaille sur le milieu de la face supérieure des feuilles, composées

d’un calice pétaloîde à 6 divisions ovales, dont 3 plus petites, étroites et pointues : dans les mâles il y a, au milieu, un godet formé par les filets staminaux réunis, muni de 6 anthères réunies sur son bord (1); dans les femelles, ce godet est sans anthères, ou celles-ci sont avortées (2); ovaire, style et stigmate obtus contenus dans le godet (3). Baie globuleuse rouge, à 3 graines,

propriétés, usages. — La racine, seule partie employée, est sans odeur, ainsi que le reste de la plante ; sa saveur, d'abord douceâtre, devient amère en la mâchant plus longtemps. Elle a été mise au nombre des diurétiques, puisqu'elle a fait partie des racines apéritivcs, et on l’a prescrite dans les hydropisies, les maladies des voies urinaires, et aussi comme apéritive ou fondante dans les obstructions , la jaunisse, la chlorose, les tumeurs scrofuleuses. Aujourd’hui c’est un médicament inusité. — En Corse, dit-on, on torréfie les graines de Ruscus et on les emploie en guise de café, dont elles auraient le goût. — On peut manger au printemps les rejetons comme on mange les asperges.

récolte. — Le Petit-Houx croit dans nos bois, à l’ombre, ressemblant à un petit myrte. Ses fleurs paraissent deux fois, en mai et en septembre. Sa racine, qui est d’un blanc fauve, formée d’une souche irrégulière hérissée de longues radicules, s'arrache en septembre pour être séchée et conservée. Il faut la choisir pesante, compacte.

préparations, doses. — Décoction (racine) : 30 à 60 gr. et plus par kilog, d eau. Infusion à froid : 60 à 100 gr. dans 1 litre de vin blanc.

PEUPLIER. Populus nigra, L.

(Fora. Saucinéss.)

Peuplier commun. Peuplier noir.

description. — Cet arbre est abondant dans nos prairies, nos bois humides, où il s’élève à une hauteur de 20 mètres quelquefois. Ses caractères génériques sont ceux précédemment indiqués. Disons cependant que les fleurs, qui sont dioïques et en boutons résineux ou gommeux, naissent avant les feuilles ; que les mâles sont en chatons

(1) Voir la petito figure de droite, qui est dépourvue de son calice.

(2) Voir la petite figure de gauche.

(S) Ce pistil est figuré au-dessus du godet mâle.

allongés avec corolle urcéolée, entière, 16 à 24 étamines ; les femelles éparses sur des chatons plus minces et plus longs, avec un ovaire surmonté d’un stigmate quadriflde, sans étamines, etc.

propriétés. — Le genre populus comprend plusieurs espèces dont les propriétés médicales varient ; elles sont, en effet, diurétiques, sudoritiques, toniques ou expectorantes, etc.

On a employé les bourgeons du Peuplier noir, qui contiennent beaucoup de résine et sont par conséquent un peu excitants, soit comme sudorifique dans la goutte, les rhumatismes chroniques, les maladies de la peau ; soit comme diurétique dans les maladies de la vessie, la gravelle, ou enfin comme vulnéraire, balsamique, dans la phthisie pulmonaire, les catarrhes, etc. Aujourd’hui leur usage est subordonné à celui de l’onguent populeum, dont ils font partie et qui doit ses propriétés calmantes et adoucissantes aux feuilles de morelle, de jusquiame et à la graisse qui en font la base.

récolte. — On cueille ces bourgeons avant leur épanouissement; leur odeur et leur saveur sont balsamiques. Par la dessiccation ils perdent la première, ainsi que l’enduit gommeux de leurs écailles, qui deviennent sèches et luisantes.

préparations, doses. — Infusion : 30 gr. et plus par kilog. d’eau. Elle convient dans les mêmes cas que l’eau de goudron, dont nous parlerons à l’article Pin. Onguent populeum : employé en onctions sur les gerçures des mamelles, les hémorroïdes douloureuses, les brûlures, les fissures et crevasses des lèvres, de l'anus et des mains, etc.

Le Peuplier Tremble ( Populus tremula.) possède des propriétés toniques, amères, fébrifuges, analogues à celles du saule, et qui résident également dans l’écorce de ses jeunes rameaux, d’ou l’on a extrait la salicine et un autre principe alcaloïde, appelé populine.

Le Peuplier blanc ou de Hollande ( Populus alba) offre à la médecine : ses feuilles qui ont été administrées comme fébrifuges ; ses rameaux et sa racine, qui fournissent une écorce amère antifébrile.

Le Peuplier baumier ( Populus balsamifera), arbre d’Amérique cultivé dans nos départements du Nord, offre à la thérapeutique ses bourgeons et ses jeunes rameaux, lesquels sont recouverts d’un enduit résineux d’une odeur agréable , et qui agissent sur les membranes muqueuses à la manière des substances résineuses. Ces

bourgeons sont utiles dans les catarrhes de la vessie, l’urétrite et la

bronchite chroniques.

Les campagnards considèrent les feuilles de cet arbre comme un vulnéraire souverain. Ils les appliquent entières ou froissées sur les coupures, les ulcères, les plaies. Que ces solutions de continuité guérissent plus ou moins vite, cela ne les préoccupe pas, puisqu'ils ont appris de leurs pères à s'en servir.

PHELLANDRE. Phellandrium aquaticum, L.

(Fara. OvBELMFiRES ; genre Œnanthb.)

Noms eu Ig. : Phellandre aquatique, Fenouil d’eau, Ciguë aquatique, Ciguë- Phallaudre, Millefeuillo aquatique, Persil de» fou».

DESCRIPTION (pi. LIV, 4). — Plante de plus d’un mètre, vivace. Tige dressée, cylindrique, striée, assez grosse, rameuse, creuse intérieurement, et dont la partie inférieure' est renflée , marquée de nœuds d'où naissent des feuilles radicales verticillées. Feuilles pétiolées, décomposées, pinnées, à folioles pinnatifldes, glabres, d’un vert foncé. Fleurs blanches, en ombelles terminales, pas d’involu* cre, mais involucelles de 7-8 petites folioles. Calice à 5 dents; corolle à S pétales cordiformes réfléchis en dedans; 5 étamines. Fruit ovale, strié, couronné par les 2 stigmates et les dents du calice (t).

propriétés, usages. — Le Phellandre n’est odorant que quand on le froisse entre les doigts ; sa saveur est aromatique, chaude, rappelant celle du persil, dont il a aussi un peu l'odeur très-active, délétère même. Cette plante se rapproche de la grande-ciguë. On la dit très-nuisible aux chevaux, auxquels elle cause, dit-on, une paraplégie lorsqu’elle se trouve mêlée dans le foin en proportion quelque peu considérable. Cependant son usage thérapeutique a commencé d’abord dans la médecine vétérinaire.

Nous ne pourrions dire à quelle classe de médicaments le Phellandre doit appartenir : est-il narcotique, excitant, altérant, ou diurétique ? Tout ce que nous savons, c’est qu’on l’a employé dans les catarrhes pulmonaires, l’asthme, les scrofules, le scorbut, certaines maladies nerveuses, l’hydropisie, la fièvre intermittente, et surtout la phthisie pulmonaire. Ce n'est que dans cette dernière affection qu’il a donné lieu à des essais suivis et de quelque valeur.

(i) La tige florifère figurée porte aussi des fruits; l'ou voit de plue un fruit détaché.

DESCRIPTION ET USAGE. 38t

Hertz, de Berlin, fut un des premiers à en proclamer l’efficacité. Thuessinck, en Hollande, Franck, à Wilna, Hufeland, Hanin et une foule d’autres, affirment en avoir obtenu les meilleurs résultats dans les toux chroniques, la phthisie ulcéreuse, les fontes tuberculeuses, la consomption pulmonaire (ce sont leurs expressions). Mais Thompson est plus près de la vérité lorsqu’il dit que ce médicament ne guérit pas la phthisie bien confirmée, qu'il en arrête seulement les progrès.

M. Michéa a publié, en 1848, trois faits remarquables à l’appui de l’efficacité des semences de Phellandre dans plusieurs affections de poitrine, telles que la phthisie, l’asthme et le catarrhe pulmonaire. M. Sandras, un an après, écrivait ceci : « On ne peut, à cause de l’obscurité des signes réels de la phthisie commençante, êtresùr que c’est bien cette maladie que l’on a enrayée. Comme médecin, J’ai, grâce au phellandre, éprouvé quelquefois une vive satisfaction en voyant revenir à la vie commune des malades qui réunissaient à mes yeux toutes les probabilités de la phthisie commençante ; mais, comme homme de science, je me garderais bien de soutenir que mon diagnostic probable ait été posé sur une tuberculisation réelle dans les cas où le phellandre employé au début m'a réussi. » Voilà qui s'appelle parler en homme sage.

En résumé, il parait indubitable que les semences de Phellandre retardent les progrès de la phthisie pulmonaire ; que, quand cette maladie est à une période avancée, les malades.se sentent mieux dès qu’ils en font usage. « Us se conservent merveilleusement, dit M. Sandras, sous tous les rapports pendant des mois qui, sans ce traitement, seraient dévolus à la consomption. » Si le Phellandre n’enraie pas la fonte des tubercules, disent MM. Trousseau et Pidoux, au moins il calme la toux et rend l’expectoration plus facile et moins abondante, a II faut reconnaître, dit le docteur Rothe, de Guhran, que ce médicament confient des principes narcotiques doux qui calment comme l’opium, sans donner lieu aux effets consécutifs désagréables qui accompagnent l’administration de ce dernier. »

Nous ne parlerons pas des autres usages du Phellandre, parce qu’on manque de fait3 capables d’en démontrer les avantages dans les hydropisies, le scorbut, le cancer, l’asthme, la coqueluche, l’hypochondrie, voire même dans la fièvre intermittente, où ce médicament a été mis au-dessus du quinquina par Ernsting.

préparations, doses. — Infusion (semences) : 4 à 18 gr. par kilog. d'eau. Poudre : i à 8 gr; en électuaire ou en pilules. M. Sandras 1

dotme I gr. tous les soirs, ou matin et soir, suivant les cas ; il n’a pas été au-delà de 2 gr. Quand elle est prise une heure avant le repas ou deux heures après, elle ne trouble ni les digestions ni aucune autre fonction, et peut être supportée sans fatigue pendant des mois entiers. Sirop : 2 à 4 cuillerées à bouche par jour. M. Michéa donne la préférence à cette préparation.

11 convient souvent, dit M. Cazin, d’associer au phellandre les balsamiques, le lichen d’Islande, les fleurs d’arnica, les feuilles d’hyssope ou de marrube blanc, ou bien encore le quinquina, etc.

PIED-D’ALOUETTE. Delphinium consolida, L.

(Fam. Renoncülacéks.)

Nomt tu Ig. : Dauphiaelle det prés, DaaphiDell&Consoude.

Cette plante (pl. xxix, 3) est annuelle et croit en abondance dans les moissons. Ses tiges sont rameuses, difluses, pubescentes, hautes de 30 & #0 cent. Feuilles presque sessiles, découpées en lanières étroites, peu nombreuses. Fleurs bleues (variétés roses et blanches), irrégulières, en épis lâches au haut des rameaux, s'ouvrant en juinaoût, et présentant leg caractères assignés au genre.

Les propriétés du Pied-d’Alouette sont mal déterminées. Les sommisés fleuries ont été administrées contre les vers, les obstructions, la rétention d’urine. Cette plante doit son nom de consolida à ses prétendues vertus vulnéraires ou propres à consolider les cicatrices des plaies. On en a beaucoup vanté l’infusion pour collyres astringents. Les semences sont employées en teinture, contre l’asthme, en Angleterre.

Les fleurs de Pied-d’ Alouette fournissent une couleur bleue qu’on a fixée au moyen de i’aiun dans l'art de la teinture.

PIED-DE-CHAT. Qnaphalium dioicum, L.

(Fam. Syiuntbkrébs.)

Goaphalc dioîque.

description. — Plante vivace, herbacée, petite, formant gazon ; & tiges simples, dressées ; à feuilles sessiles, étroites, lancéolées, les radicales étalées en rosette, spatulées, obtuses au sommet, rétrécies à la base, blanches ou velues en dessous. Fleurs dioïques, blanches ou rouges, disposées eu capitules réunis 3-0 au sommet de la tige.

s’épanouissant au mois de mai, où elles figurent le pied d’un chat ; les mâles sont plus larges que les femelles, qui ont un involucre longuement cylindrique.

propriétés, usages. — Les fleurs de Pied-de-Chat ont une odeur et une saveur très-faibles. Elles sont adoucissantes, bécbiques à la manière de la violette, mais beaucoup moins usitées, quoique longtemps on ait vanté leur propriété astringente et incisive.

récolte. — On cueille les fleurs de Gnaphale au mois de mai dans les lieux arides, secs et sablonneux ; on les fait sécher après les avoir mondées. On les trouve encore chez les herboristes, parce que le peuple les venge de l’oubli des médecins en les demandant quelquefois : il faut les y choisir munies de beaucoup de languettes, de fleurons et de peu d'aigrettes velues.

préparations, poses. — Infusion (fleurs) : 3 à 4 pincées pour 500 gr. d’eau. Les herboristes mélangent souvent les capitules du Piedde- Chat avec les autres fleurs pectorales.

PIGAMON. Thalictrum flav’um, L.

(Taxa,. Rexonculacèks.)

Noms tu Ig. : Fausse-Rhubarbe, Rhubarbe des pauvres, Rue des prés,

description (pl. lyii, 5). — Plante herbacée, vivace ; à tige dressée, sillonnée, haute de 60 à 1 50 cent. Feuilles alternes bi-tripinnatiséquées, à pétiole élargi à sa base, à segments 2-3-lobés ; feuilles supérieures à segments étroits, linéaires. Fleurs jaunâtres, en bouquets compactes au sommet des rameaux, dressées. Calice à 4 sépales colorés, caducs ; corolle nulle ; étamines en grand nombre, dépassant le calice, dressées; 4-10 carpelles sur un réceptacle étroit ; style court, persistant.

propriétés. — La racine de Pigamon, qui est jaunâtre, rampante, inodore, d’une saveur douce mêlée de quelque amertume, et ayant quelque rapport avec celle de la rhubarbe, est réputée purgative ; les feuilles sont laxatives. C’est un médicament peu employé d'ailleurs, quoiqu’on l’ait encore prescrit comme diurétique, apéritif, désobstruant.

D’autre part, Tournefort dit que, de son temps, ces racines étaient usitées contre la diarrhée, et M. Cazin, au contraire, prétend que leur décoction, à la dose de 25 gram. dans 500 gram. d’eau, provoque des selles sans coliques.

Concluons que le Pigamon ne mérite aucune confiance.

PILOSELLE. Hieraciumpilosella, L.

(Fam. Composkis; genre EpgfiviiRE.)

Noms tulg. s Epervière-Piloselle, Oreille-de-Souris.

description (V. la flg. t. I, p. 222). — Petite plante herbacée, sans tige, ayant au collet d'une petite racine des rejets rampants velus, feuiilés. Les feuilles sont obovaies-oblongues, entières, tomenteuses en dessous, vertes et poilues en dessus. Fleurs jaunes, en capitules assez gros et solitaires à l’extrémité de hampes, qui sont dressées, grêles, velues, de 10 à 20 c. Involucre imbriqué, pu* bescent, chargé de poils noirs et rudes ; demi-fleurons hermaphrodites, en comet3, terminés par une languette tronquée à 5 dents.

propriétés, usages. — La Piloselle est inodore, un peu amère et acerbe. Elle doit à la crédulité ou aux rêves des anciens d’avoir été vantée pour guérir la gravelle, l'hydropisie, la fièvre tierce, les ulcères internes, jusqu’aux hernies.

Toutefois, suivant M. Faivre d’Esnans, l’infusion des fleurs de Piloselle produit de bons effets dans les affections hépatiques. « Elle a de plus, dit ce médecin, une spécialité assez remarquable. C'est de faire cesser presque instantanément le sentiment de fatigue que l’on éprouve à la suite d’une longue marche ou d’un exercice violent des bras. »

récolte. — Il est préiérable d’employer la plante verte; mais on peut la cueillir toute l’année pour la conserver, car elle fleurit tout l'été; elle se trouve dans les lieux secs, les coteaux arides, les gazons. On la trouve encore chez les herboristes, sèche et reconnaissable à la forme et aux longs poils de ses feuilles. — Quant aux fleurs, il importe, suivant M. Faivre d’Esnans, qu’elles aient été recueillies par un beau temps, au moment de leur épanouissement et desséchées de suite en plein soleil.

préparations, doses. — Infusion ou décoction : une petite poignée par kilog. d’eau.

PIMENT. Capsicum annuum, L.

(Fam. Sulà.ncks.)

Noms oulg. : Piment annuel, Piment des jardins, Poivre long, Poivre d’Inde, Corail des jardins.

description (V. la fig. 1. 1, p. ni). — [Originaire de l’Inde, cette

plante est cultivée dans nos jardins ponr l'usage culinaire. Elle offre une tige dressée, cylindrique ; des feuilles alternes, à long pétiole, ovales, lancéolées-aiguës, entières ; des fleurs blanches, petites, solitaires, pédonculées, latérales; des fruits ovoïdes, globuleux, lisses, d’un rouge vif ou jaunâtre, variés de forme et de grosseur, à 2 loges plurispermes.

usages. — Le Poivre long est un puissant excitant dont la saveur est extrêmement âcre et piquante. Dans les contrées méridionales, on en fait un fréquent usage comme assaisonnement ; eu France, on le met dans le vinaigre pour accompagner les cornichons, etc. — On pourrait l'utiliser en médecine en le réduisant en poudre et en préparant des cataplasmes rubéfiants. — Il parait qu'en Angleterre on l'emploie quelquefois dans les fièvres éruptives-languissantes pour activer l'éruption.

En 1855, M. Allègre a proposé le Capsicum annuum, soit en poudre, soit en extrait, et pris à l’intérieur, pour guérir les hémorrhoïdes. Un rapport a été fait sur ce sujet à l’Académie impériale de médecine, concluant en faveur de ce moyen. « Un des succès les plus remarquables, dit le rapporteur, M. Robinet, a été obtenu par l’un des membres de la commission, qui a eu beaucoup à se louer d’avoir eu recours à ce moyen. Un membre, M. Jobert, de Lamballe, a dit avoir essayé le médicament, et que presque tous les malades auxquels il l’a prescrit en ont éprouvé un soulagement considérable et presque immédiat. »

doses. — On le prescrit contre les hémorrhoïdes, en poudre, à la dose de 50 cent, â t, 2 et même 3 gram. ; en extrait, à celle de 75 ou 80 centig.

Le Capsicum minimum est une espèce à petits fruits, cultivée dans le midi de la France, et qui a une force beaucoup plus grande encore que le Piment ordinaire. Le gosier est emporté lorsqu’on le mâche, et plusieurs jours après on le ressent encore.

PIMP1NELLE. Pimpinella saxifraga, L.

(Fam. 0*bellif£be3.)

Nom tulg. : Pctit-Boncage.

description. — Plante vivace. Tiges de 20-70 centimètres, cylindriques, rameuses, finement striées. Feuilles pinnatiséquées à segments dentés ou incisés. Fleurs blanches en ombelles à rayons nombreux presque égaux, lnvolucre et involucelles nuis. Fruit glabre, comprimé.

propriétés, usages. — La racine du Pelit-Boucage contient une huile extrêmement volatile, d’une odeur forte, un peu désagréable, et des principes résineux. Cette plante se recommande, dit le docteur Smith, de Varsovie, pour l’usage interne dans les atonies du canal intestinal, les flatuosités, la fièvre typhoïde, la bronchite chronique, les hydropisies passives, etc. Elle favorise la digestion, la sécrétion de la muqueuse frappée d’atonie, augmente la sécrétion de l’urine, facilite l'expectoration et purifie le saDg dans certaines affections.

La teinture de Pimpinelle aurait, suivant le même observateur, une action presque spécifique contre l'inflammation de la gorge, c’est-à-dire des tonsilles, de la luette et du pharynx, et contre l’extinction de la voix. Au dire de Gunther, en outre de ces propriétés antiangineuses, la plante en question (poudre de la racine et teinture sous forme d’électuaire) est efficace dans la phthisie laryngée, au point de vue du soulagement et de la prolongation de la vie des malades.

préparations, doses. — Le docteur Smith prenait, pour des maux de gorge, un morceau de sucre, y versait 60 à 100 gouttes de la teinture et le faisait fondre dans la bouche, répétant cela 5 à 6 fois par jour. Contre la phthisie laryngée, il se sert de l’électuaire suivant : poudre fine de Petit- Boucage, 8; sel ammoniac, 4; racine de réglisse pulv., 3 ^teinture de Pimpinelle, 6; miel rosat, 9. — 4 à 5 cuill. à café par jour, en avalant lentement.

A l’extérieur, une infusion ou une décoction de la racine du Boucage (8 à 12 gr. sur 200 pour 100 de liquide en y ajoutant de la teinture de la même racine et du miel) peut être employée comme gargarisme dans l’angine chronique, dans la surdité, dans les maux de dents, d’oreilles. La racine s'emploie en masticatoire dans la paralysie de la langue.

Quant au Boucage majeur { Pimpinella magna), Harnisch dit qu’il a guéri des hydropisies, des rhumatismes, la goutte, des éruptions chroniques de la peau et des affections hystériques.

PIMPRENELLE. Potcrinm sanguisorba, L.

(Fam. Rosacées.)

Description (pl. xxx, 6.)— Plante vivace, de 40 à 90 cent., à tiges dressées, sillonnées, anguleuses, un peu rameuses en haut. Feuilles imparipinnées à 11-17 folioles arrondies et dentées, d’un vert glau-

que en dessous, munies de stipules dentées. F leurs verdâtres mêlées de pourpre, disposées en épis terminaux subglobuleux très-compactes, ordinairement polygames, les femelles à la partie supérieure de l’épi, les mâles et les hermaphrodites au-dessous. Dans celles-ci les étamines dépassent le calice, qui est à 4 divisions, caduc, et sont pendantes après la fécondation; dans les femelles il y a 2 styles à stigmate en pinceau. Deux akènes enveloppés par le calice induréhérissé.

propriétés,' usages. — Les feuilles de Pimprenelle sont odorantes-aromatiqucs, d’une saveur amère, un peu styptique et poivrée. Elles sont usitées comme condiment sur les salades. On les a vantées comme diurétiques, astringentes et vulnéraires. On leur a trouvé, à ce qu’il parait, des propriétés galactophores, c’est-à-dire propres à activer la sécrétion du lait, étant appliquées sur les seins d’une nourrice.

La Pimprenelle est à la fois apéi itive et astringente; Chomcl concilie ces deux vertus opposées en faisant le raisonnement suivant : « Une plante est réputée apéritive lorsqu’elle a la propriété de diviser et d’inciser les matières qui sont arrêtées dans les intervalles des fibres de nos viscères et de leur procurer la fluidité nécessaire pour rentrer dans le torrent des liqueurs par la voie de la circulation ou pour s’échapper, par l’insensible transpiration, par les pores de la peau. Cette même plante devient astringente lorsqu’ayant dissipé et emporté les obstructions, comme je viens de l’expliquer, elle donne lieu aux fibres de reprendre leur ressort, lequel, étant rétabli dans son état naturel, resserre les embouchures des veines et des vaisseaux capillaires. » Ceci est de la théorie faite d’imagination.

récolte. — La Pimprenelle croit dans les prairies élevées, les pâturages montueux, les lieux incultes, au bord des chemins, et fleurit tout l’été. On la cultive fréquemment dans les jardins potagers.

PIN CULTIVÉ. Pinus pinea, L.

(Fam. Conifères.)

ftoms ails. '• Fi» à pignons, Pin pignier, Pin de pierre, Pin d'Italie.

description. — Arbre extrêmement commun en Italie, aux environs de Rome, dans les contrées maritimes du midi de la France, qui, parvenu à un certain âge, présente la forme d'un vaste parasol. Tronc simple divisé supérieurement en un grand nombre de

branches qui, par leur disposition, figurent comme une espèce de dôme de verdure. Feuilles toujours vertes, géminées, longues et étroites, pointues, fermes, formant toufle aux extrémités des rameaux. Chatons de fleurs mâles réunis plusieurs ensemble et formant une sorte de grappe dressée; chatons femelles réunis 2 ou 3 ensemble, au-dessous de3 précédents. En maturité, ils sont volumineux, ovoïdes, obtus; à la base interne de leurs écailles sont fixés 2 fruits ovoïdes, durs, osseux, appelés pignons doux, qui renferment une amande blanche (amande de pin), laquelle n'est en maturité que deux ou trois ans après la fécondation.

propriétés, usages. — Les amandes du Pin sont d'une saveur agréable qui rappelle celle delà térébenthine; elles contiennent beaucoup de fécule, une huile douce facile à rancir, et sont nourrissantes, recherchées des classes peu aisées en Italie. Leur usage et leur réputation en médecine remontent à la plus haute antiquité pour la guérison des maladies de poitrine. Elles agissent comme béchiques, balsamiques, sont par conséquent légèrement stimulantes dans la phthisie, les catarrhes pulmonaires chroniques, la leucorrhée, le catarrhe de vessie, etc., lorsque les muqueuses sont dans un état de relâchement, d’atonie complet, et que leur sécrétion semble se perpétuer avec cet état.

récolte.— « Le Pin à pignons fleurit au mois de mai; cependant les fruits, qui sont produits entre les écailles des cônes, appelés pommes de pin, mettent souvent plusieurs années à mûrir. Pour recueillir ces fruits, on étend les cônes à terre sur des toiles. On choisit le commencement du printemps et le temps qui précède le lever du soleil. Au bout de peu de jours, les écailles s'ouvrent par la chaleur, et en secouant un peu les pignons sortent. » (Gauthier.)

préparations, doses. — Emulsion (d’amande de pin) : on la prépare comme celle avec des amandes douces. Décoction (fruits entiers récents) : 30 à GO gr. par kilog. d’eau ; préparation peu usitée. Infusion (bourgeons) : 20 à 30 gr. par kilog. d’eau. Sirop (de bourgeons de pin) : 30 à 125 gr. en potion. Substances résineuses. (Il en est parlé ci-dessous.)

Pin maritime (Pinus maritima), Pin de Bordeaux. Cette variété est commune sur les bords de la Méditerranée, dans les provinces méridionales, les terrains sablonneux des Landes, e!d. Son tronc est élevé, rarneux; ses feuilles sortent par paires d'une même graine, offrant à leur base une écaille dont le sommet est réfléchi. Les cônes sont ovoïdes, allongés, courtement pédonculés, souvent opposés 2 à

2; le sommet des écailles est renflé et se termine par une sorte de pointe ou crochet.

Ce que nous venons de dire sur les propriétés et usages du Pin à pignons s’applique entièrement au Pin maritime. Nou3 devons ajouter seulement que les amandes de ce dernier sont plus petites, moins dures, mais qu’elles ont une odeur térébenthacée bien plus prononcée et très-désagréable, qui les fait très -rarement employer.

Pin sauvage (Pinus sylvestris). 11 est très-répandu dans toutes les parties montagneuses de la France. Feuilles d’un vert glauque. Cônes pendants, coniques, assez petits, etc.

Les trois variétés de Pins dont il vient d’être question, et quelques autres encore, tels que le Fin mugho, le Pin de Venise (V. Mélèze), produisent, ainsi que les Sapins et les Térébinthacées, des matières résineuses connues sous les noms de térébenthine, goudron, poix, colophane, baumes, dont il nous reste à faire l’histoire.

Térébenthine. — La térébenthine est une substance demi-liquide, visqueuse, d’une odeur résineuse forte et pénétrante, d’une saveur, amère et âcre, insoluble dans l’eau, soluble dans l'alcool, l’éther et les huiles, qui découle, sous forme de suc résineux, volatil, soit spontanément, soit d’incisions faites aux Pins, aux Sapins, au Mélèze et à plusieurs végétaux de la famille des Térébinthacées.

Dans le commerce on en distingue plusieurs espèces : 1° La térébenthine de Venise, qui est produite par le Mélèze : c’est la plus rare à l’état de pureté, et la plus estimée ; comme ses caractères ne sont pas très-nettement fixés, la spéculation ne se fait pas faute de la sophistiquer. 2* La térébenthine de Bordeaux, qui provient du Pin maritime; elle est plus colorée, épaisse, d'une odeur désagréable et d’une saveur âcre et nauséeuse. 3’ Latérébenthine de Strasbourg, qui découle du Sapin commun; elle est peu colorée, très- fluide, transparente, d'une odeur agréable qui rappelle celle du citron. 4“ Les térébenthines de Chio, du Canada, appartenant aux Térébinthacées.

Plusieurs auteurs ont analysé les térébenthines; ils les ont trouvées composées d’une résine dissoute dans une huile volatile. Cette huile, qui peut être séparée des principes dissous, est l’essence de térébenthine dont nous faisons l’histoire un peu plus loin. Ses proportions varient de la manière suivante :

Térébenthine de Venise 18 à 2a p. 100

— de Bordeaux 12 —

— de Strasbourg.... 33 —

La térébenthine exerce sur l'économie une action stimulante qui se porte principalement sur les membranes muqueuses des voies urinaires et respiratoires; sur les premières particulièrement. Elle diminue les flux muqueux abondants et quelquefois les suppurations anciennes qui épuisent les malades, effets reconnus dès la plus haute antiquité. A l’extérieur, elle est employée en pommade, en emplâtre, etc. Spécifions davantage.

1° Le catarrhe chronique de la vessie, surtout lorsqu'il ne se complique ou ne dépend pas de calculs, de maladies de la moelle épinière, de rétrécissement de l’urètre, ni d’affection de la prostate, est sinon guéri, du moins toujours amélioré par l'usage de la térébenthine. Sous l’influence de ce médicament, on voit diminuer, soit la sécrétion muqueuse caractéristique de ce catarrhe, laquelle dépose par le refroidissement de l’urine, et qui, quand on transvase cplle-ci, adhère aux parois du vase ou s'écoule en formant une colonne non interrompue de mucus, à la manière de blanc d'œuf (catarrhe muqueux), soit Ja matière blanchâtre, trouble, bourbeuse, qui se mêle au liquide urinaire et offre l'aspect du pus (catarrhe muco-purulent). Comment agit la térébenthine pour amener ce résultat? Cette question n’est pas indillérente; car à côté des avantages se trouvent des inconvénients.

Trois circonstances se présentent chez les individus soumis à la médication en question : 1° ou bien la térébenthine développe toute son action physiologique, tous ses effets généraux et particuliers (excitation épigastrique, nausées, éructations, céphalalgie, stimulations de la vessie et augmentations des accidents du côté des voies urinaires) ; 2° ou bien l'action du médicament reste incomplète, s'épuisant tout entière sur le tube digestif quelle se borne à stimuler vivement, provoquant de nombreuses évacuations par haut et par bas, avec la matière desquelles est rejetée la plus grande partie de ce médicament, lequel n’a, pour ainsi dire, pas agi sur la vessie; 3" ou bien enfin le malade n'éprouve aucun des effets précédents ; mais cependant l'odeur de violette imprimée à Turine atteste que la térébenthine a été absorbée, et qu’elle a agi sur la muqueuse de l'appareil urinairejen en augmentant la sécrétion ; mais (cette action étant de tout autre nature que l’irritation morbide que Ton combat, elle fait taire celle-ci, se substitue à elle, ce qui amène bientôt une modification dans l’action sécrétoire muqueuse traduite par une diminution de son produit. C’est ainsi que MM. Trousseau et Pidoux, au livre desquels nous empruntons ces considérations, expliquent

l’action de la térébenthine dans le catarrhe vésical, la rapportant à la médication substitutive.

l)'où il suit : 1” que la térébenthine ne doit être employée que quand les symptômes inflammatoires ont cédé, assez du moins pour que l’excitation causée par elle ne la ranime pas avec ses caractères propres; 2° qu'il n’en faut pas cesser l’usage dès que les matières catarrho-purulentes ne se manifestent plus dans les urines, parce que, les catarrhes vésicaux s’amendant presque toujours dans les temps secs et chauds, cette amélioration peut n’être que passagère ; que d'ailleurs il faut laisser à la térébenthine le temps de modifier la vitalité de l’organe malade. Comme conséquence, on se gardera d’attribuer à ce remède un succès ou une impuissance qui dépendent d’influences toutes difiérentes.

2“ La térébenthine modifie les catarrhes pulmonaires chroniques, mais beaucoup moins efficacement que le catarrhe vésical. C'est surtout dans ces bronchorrhées très-abondantes qui épuisent les malades âgés et cacochymes qu’elle convient ; dans les catarrhes ordinaires, on préfère les substances résineuses connues sous le nom de baumes. On s’explique maintenant comment les anciens, qui ne savaient pas aussi bien distinguer les difiérentes affections de poitrine que les médecins d’aujourd'hui, la découverte de l’auscultation n’existant pas, ont cru que la térébenthine (ainsi que beaucoup d'autres substances d’ailleurs) guérissait la phthisie pulmonaire: c’est que pour eux tous les sujets qui expectoraient abondamment et dépérissaient étaient des tuberculeux.

3° Les autres catarrhes, tels que ceux de l’urètre et du vagin, sont moins bien modifiés par la térébenthine que par le baume de copahu, qui lui-même agit avec moins d’efficacité dans la vaginite que dans l’urétrite.

4° A l’extérieur, la térébenthine a été mise en usage comme dessiccative, détersive, antipurulente, dans les plaies et les ulcères cutanés dont la cicatrisation est retardée ou empêchée par la formation exagérée du pus. C’est même la constatation de cette propriété siccative qui a donné l'idée de l'employer à l’intérieur. Elle entre dans les divers onguents usités dans le pansement des solutions de continuité et dont l’action est excitante, détersive, propre à stimuler favorablement les surfaces blafardes, molles et suppurantes.

Appliquée sur la peau, la térébenthine la rubéfie et ofire une ressource dans les rhumatismes musculaires, les douleurs locales, les points pleurodyniques, dans la bronchite, la coqueluche, etc. —

Enfin cette substance a quelquefois été employée en vapeur dans le rectum pour combattre le ténesme qui accompagne la dyssenterie.

La térébenthine se distingue en molle ou pure, et en cuite ou privée de son huile essentielle. Térébenthine de Venue (cuite) : 2 gr. en pilules de 20 cent. On les prend une à une toutes les 2 heures dans le catarrhe de la vessie, et on élève progressivement la quantité jusqu’à 4, 8, 12 et 16 gr. de térébenthine par jour. — La térébenthine molle se donne à moitié dose à peu près. En lavement : 4 à 16 gr. délayés dans de l’eau tiède à l’aide d’un jaune d’œuf. Oitguent digestif : se prépare avec 2 parties de térébenthine, un jaune d'œuf et quantité suffisante d'huile d’hypéricum. On le mêle au cérat ou on l’emploie pur dans le pansement des plaies.

Huile essentielle de térébenthine. — Cette essence est le produit de la distillation de la térébenthine. C’est un liquide incolore, d’une odeur forte et pénétrante, inflammable, insoluble dans l'eau, soluble dans l’alcool, pouvant dissoudre les résines, les baumes, le camphre, les huiles essentielles. Ses usages dans les arts sont nombreux, mais c’est sous le rapport thérapeutique que nous avons à l’étudier.

L'huile essentielle de térébenthine est un médicament très-désagréable à prendre, mais très-actif, qu’on a recommandé dans un grand nombre de maladies, parmi lesquelles nous citerons les névralgies, la sciatique particulièrement, les convulsions, le tétanos, le ver solitaire, les coliques hépatiques , la fièvre puerpérale, les hémorrhagies, les rhumatismes, etc. — Dès le temps de GalieD, l'clfîcacité de cette substance dans le traitement des névralgies avait été constatée. Récamier la tira de l’oubli dans lequel elle était tombée, en l’expérimentant dans la sciatique; puis M. Martinet publia, en 1824, un travail complet sur ce médicament, d’où découlent les conclusions suivantes :

« 1“ C’est dans les névralgies sans altération du nerf que l’on obtient le plus de succès, et particulièrement dans celles qui sont idiopathiques et permanentes.

« 2’ Toutes choses égales d’ailleurs, plus les caractères névralgiques sont bien dessinés, plus les douleurs sont vives, quels qu’aient été les manques de succès par d'autres moyens, plus les chances sont favorables.

« 3° C’est dans les névralgies des extrémités inférieures et dans la sciatique plus particulièrement que ce médicament semble confirmer sa supériorité.

* 4* Des observations prouvent cependant que l’on peut en retirer de grands avantages dans les névralgies des extrémités supérieures, alors même qu’il y aurait paralysie. » Quant à dire comment agit la térébenthine, si c’est par une action purgative, diurétique, sudorifique ou spéciale, personne n’osera le faire : il y a des faits qu’il faut accepter tels quels, et auxquels toute explication satisfaisante manque.

L’essence de térébenthine a été recommandée comme vermifuge par plusieurs praticiens ; on l’a administrée plus particulièrement contre le ténia (ver solitaire) ; mais pour qu’elle réussisse, il faut qu’elle soit donnée à dose élevée (30 à 60 et 90 gr.). C’est à la pratique angl lise que nous devons les premiers essais de ce téniafuge, qui constitue un médicament assez efficace, d’un prix minime, et qui conséquemment doit être popularisé dans la médecine des pauvres.

. Un autre médecin anglais, le docteur Smith, a publié, en 1830, un mémoire sur l’emploi de l’huile essentielle de térébenthine dans le traitement des hémorrhagies , notamment l'épistaxis et l’hémoptysie ; il la donne à la dose de 30 gouttes dans de l'eau édulcorée avec le sirop d’orange ou tout autre sirop aromatique.

Bien antérieurement,- nos confrères d’outre-Manche, MM. Kinneir et Douglas, avaient proposé cette substance contre la fièvre puerpérale. Son efficacité est niée chez nous; MM. Trousseau et Pidoux estiment que ces médecins n’ont réussi que parce qu’ils n’ont eu affaire qu’à ces engorgements stercoraux du cæcum et de la portion sigmoïde du colon qui occasionnent le gonflement du ventre, des coliques plus ou moins vives, et consécutivement des entérites, des inflammations phlcgmoneuses des fosses iliaques, mais non à la péritonite puerpérale proprement dite.

Ce môme médicament a été employé contre le tétanos , l 'épilepsie, la fièvre intermittente, toujours par les Anglais. Comme il est trè3> infidèle dans ces affections, nous n’en dirons pas davantage.

A l’extérieur, l’essence de térébenthine est employée comme révulsive dans les névralgies, les rhumatismes chroniques. M. Em. Rousseau dit en avoir obtenu des avantages incontestables dans le traitement des convulsions chez les enfants. 11 a publié plusieurs observations qui démontrent son efficacité, étant employée en frictions tout le long de la colonne vertébrale et même sur les membres simultanément. Il ajoute que cette substance lui a été d’un grand secours dans l’épidémie de choléra (1849). Nous engageons donc nos

lecteurs à ne pas négliger un médicament si actif et si facile à se procurer, quoique, à la vérité, fort désagréable à prendre.

doses. — Huile essentielle de térébenthine : 50 cent, à t gr.; 2 à 10 gr. comme antinévralgique; 10 à 6j gr. comme téniafuge. Onia prend en émulsion, dans du lait sucré ou dans de l’eau aromatisée.

Huile essentielle de térébenthine solidifiée par la magnésie : 75 cent, à 1 gr. dans les catarrhes pulmonaires chroniques, pour remplacer les balsamiques dont le prix est très-élevé.

Formules diverses ; essence de térébenthine, 8 gr.; miel rosat, 120 gr.; 3 cuillerées de ce miel par jour contre la sciatique (Récamier).

— Huile essentielle de térébenthine, 30 gr.; sirop de gomme, 30; eau distillée de menthe, 250 ; contre le ver solitaire (Marc).

— Huile essentielle de térébenthine, 4 gr.; teinture de muriate de fer, 10 gouttes; à prendre dans un peu d’eau et réitérer toutes les deux heures, mais à dose moitié moindre, contre l’épistaxis chronique (Smith).

— Huile essentielle de térébenthine. 6 gr.; infusion de roses, 225 gr.; sulfate de magnésie, "250 gr.; manne, 16 gr.; ajoutez, suivant les cas, teinture de digitale, 6 gr.; à prendre 2 cuillerées à bouche toutes les 4 heures, dans l’hémoptysie, l'hématémèse, l'enlérorrhagie.

Goudron. — Le goudron est un produit résineux, mou, tenace, brun-noirâtre, d’une odeur forte et empyreumatique, d’une saveur âcre, désagréable, qui s'obtient en brûlant les bois de Pins épuisés par les incisions, de telle sorte que leur résine puisse s’écouler et être recueillie.

Cette substance est tonique, stimulante à la manière de la térébenthine, et les circonstances où on l’emploie ne diflèrent pour ainsi dire pas de celles qui réclament l’usage de cette dernière. Elle s'administre en solution dans l’eau, en fumigations et en pommade.

L’eau de goudron est fréquemment mise en usage dans les catarrhes pulmonaires, où elle a cet avantage sur la térébenthine, que la période inflammatoire n'est pas une contre-indication à son emploi. Cette boisson est très-utile dans les flux muco-puru lents en général, dont elle diminue l’abondance, modifie la nature en môme temps qu’elle développe l’appétit et augmente les urines. — On emploie l’eau de goudron en injections dans la vessie, pour combattre le catarrhe vésical, surtout lorsque la térébenthine prise à l'intérieur échoue. Ces injections sont encore très-utiles dans les

trajets flstuleux, les foyers de suppuration, dans le conduit auditif affecté de flux catarrhal à la suite de fièvres éruptives.

Les fumigations de goudron sont d'un emploi très-fréquent dans les maladies des bronches, des poumons et du larynx, et c'est avec raison. Elles ont été très-vantées, à Berlin, contre la phthisie pul monaire ; mais, sous ce rapport, elles ne méritent qu’une faible confiance. Cela n’empêche point qu'elles constituent un précieux remède pour les pauvres, qui ne peuvent se procurer les baumes de Tolu, de Benjoin, à cause de leur cherté.

Le goudron est employé en pommade contre le prurigo, le lichen, le psoriasis, l’eczéma, la gale. « Pour les maladies chroniques de la peau, dit M. Cazenave, l’emploi du goudron, mis assez souvent en usage, a été suivi sinon de succès merveilleux, au moins le plus ordinairement de bons résultats. W'illan et Batcman l'ont recommandé contre l’ichtyose. Je l’ai vu, dans un assez grand nombre de cas, à l’hôpital Saint-Louis, employé par M. Biet dans le traitement des affections squammeuses et aussi dans celui du prurigo. J’ai vu rarement obtenir par ce moyen seul des guérisons complètes, mais souvent des améliorations promptes et positives... »

Eau de goudron: elle se prépare de plusieurs manières : l°en faisant infuser pendant plusieurs jours 1 partie de goudron sur 8 d'eau, filtrant et conservant dans des bouteilles cachetées ; 2° en battant du goudron dans quatre fois son poids d'eau pendant quelques minutes; 3° en faisant macérer pendant 10 à 12 jours 1 partie de goudron sur 16 d'eau, ayant soin de remuer de temps en temps le mélange avec une spatule de bois. La dose à prendre est de 500 à 1000 gr. par jour, coupée avec du lait.

Fumigations de goudron : « On met évaporer à un feu doux une livre de goudron auprès du malade, en évitant qu’il ne bouille, parce que les vapeurs erapyreumatiques lui seraient plus nuisibles qu’utiles, « Ou bien l’on met tout simplement dans la chambre du malade un vase contenant du goudron liquide, que l’on a soin de remuer de temps en temps avec une spatule afin de dégager une plus grande quantité de vapeur.

Pommade au goudron : elle se compose de 4 parties d’axonge et

1 partie de goudron; on y mêle quelquefois une petite portion da laudanum. Très-employée contre le psoriasis, l'eczéma, la teigne, la gale, l’herpès. 11 faut en continuer l’usage généralement pendant

2 ou 3 mois pour modifier avantageusement le psoriasis.

Sirop de goudron : faites digérer au bain-marie pendant 12 heures.

PLANTES MEDICINALES.

en agitant de temps en temps, I partie de goudron et I d’eau de rivière ; laissez refroidir, décantez et filtrez ; ajoutez à la liqueur le double de son poids de sucre, et faites fondre à une douce chaleur. Une cuillerée à bouche de ce sirop représente un verre d’eau de goudron.

Poix. — La poix commune ou noire est une substance résineuse, molle, odorante, fusible, inflammable, se concrétant par son exposition continue à la chaleur et perdant alors sa saveur et son odeur, qui se prépare en brûlant les entailles faites aux pins et les filtres de paille qui ont servi à la préparation de la térébenthine. On appelle poix blanche ou de Bourgogne la poix purifiée, fondue au feu, et passée à travers un lit de paille.

La poix de Bourgogne s’emploie à l'extérieur pour exciter la suppuration des furoncles, et comme rubéfiante de la peau, et révulsive dans les cas de douleurs rhumatismales, de lumbago, de toux chronique ou quinteuse. L'emplâtre de poix agit dans les allections catarrhales de la poitrine, non-seulement comme excitant-révulsif, mais encore comme substance contenant de la térébenthine, laquelle se dégage et est absorbée par la peau sous l'influence de l’application continue et de la chaleur produite.

On étend sur un morceau de peau de grandeur voulue, à l'aide d'une spatule, de la poix de Bourgogne préalablement ramollie par la chaleur pour qu’elle soit plus malléable ; puis on applique Y emplâtre soit sur le point douloureux, soit pour entretenir à la poitrine une excitation favorable chez les catarrheux. Quelquefois on le saupoudre d’émétique afin de le rendre plus révulsif, cas où son application devient douloureuse en 2 ou 3 jours à cause des petits boutons pustuleux que fait naitre le tartre stibié.

Colophone ou Colophane. — C’est le résidu de la distillation de la térébenthine. Elle entre dans la composition de plusieurs emplâtres. On s’en seit, réduite en poudre, en application sur les piqûres de sangsues, les coupures, comme absorbant des parties aqueuses du sang, pour faciliter ainsi la coagulation du cruor et arrêter l'hémorrhagie.

Créosote. — On donne ce nom à une huile volatile pyrogénée que Reichenbach a découverte dans le produit de la distillation du goudron. C’est un liquide un peu gras au toucher, d’abord un peu incolore, mais devenant brun sous l’influence de la lumière, dont la saveur est âcre, brûlante, très-caustique, et l’odeur pénétrante, désagréable, rappelant celle de la fumée de certains bois. Elle pos.

sède la propriété de conserver très- longtemps les substances animales, ce qui lui a valu son nom, dérivé de */»»*{, chair, uupuv, conserver ; et c’est à la créosote qn’elle contient, selon Reichenbach, que la fumée doit son action conservatrice sur les viandes exposées à son contact.

On a cherché à utiliser cette substance pour combattre et arrêter la névrose, la carie, la gangrène, mais on n’a obtenu que des succès douteux. Aujourd’hui elle n’est plus guère employée que contre la carie dentaire; une goutte à peine portée dans la dent creuse à l’aide d’une petite boulette de coton imbibée, fait cesser la douleur instantanément. 11 faut avoir soin que le liquide ne touche pas la muqueuse, tant à cause de son action caustique que de sa saveur très-désagréable.

PISSENLIT. Leonlodon taraxacum, L.

(Fam. Syxantbérkes.)

Nom culg. : Dent de lion.

Plante vivace, acaule (v. la fig., 1. 1, p. 221). Feuilles toutes radicales, longues, profondément découpées, à lobes inégaux. Souche épaisse terminée en racine pivotante. Fleurs Jaunes, en capitules terminaux, solitaires sur des pédoncules radicaux (hampes) nus, fistuleux. Involucre à folioles linéaires bisériées, les extérieures étalées, les internes ne se renversant qu'à la maturité des graines ; réceptacle nu ; demi-fleurons hermaphrodites, quinquéfldes; 5 étamines synanthères, laissant passer un style à 2 stigmates roulés en dehors. Akènes surmontés d'une aigrette.

propriétés , usages. — Le Pissenlit est sans odeur ; sa saveur est amère, due à un suc blanchâtre dans lequel la chimie a découvert du nitrate de potasse, des sels de chaux, etc. Le nom qu’il porte indique leî propriétés qu’on lui suppose d’augmenter la sécrétion urinaire. On l’a recommandé, en eflet, comme diurétique et apéritif, dans les hydropisies, les obstructions et la jaunisse. C’est en môme temps un léger tonique dépuratif, analogue à la chicorée, et qui est indiqué dans les débilités de l’estomac, à la fin des fièvres muqueuses, dans les affections scorbutiques, dartreuses, etc. Le grand Frédéric, d’après le conseil de Zimmermann, en fit usage pendant longtemps pour une hydropisie de poitrine, et en éprouva du soulagement.

On consomme beaucoup de Pissenlit en salade ; les paysans ont

foi dans scs vertus et l’emploient dans toutes les maladies. C’est un médicament presque oublié aujourd’hui, après avoir été trop préconisé autrefois.

On récolte cette plante en toute saison dans les prairies, où elle croit en abondance, et on l'emploie toujours fraîche. Les racines et les feuilles sont usitées ; il faut les choisir bien développées.

préparations, doses. — Décoction et infusion (racine) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. Suc exprimé (feuilles) : 50 à 125 gr. Extrait i à 10 gr. en pilules. On en prépare de3 bouillons, des salades.

PIVOINE. Pceonia ofpcinalis, L.

(Fam. r.ENONCCLACKES.)

Noms nilg. : Pivoine mâle, Pivoine femelle, Péone, Pione, Herbe chute, Rose sainte.

description (pl. xuv, 3). Plante vivace, haute de 60 cent, environ. Tige dressée, rameuse, glabre, un peu glauque. Feuilles grandes, deux fois ailées, à folioles trilobées, ou simples et ovales -lancéolées, glauques en dessous. Racines grosses, longues, fusiformes, réunies en une sorte de paquet. Fleurs d’un rouge violacé, très-grandes, solitaires et terminales. Calice à S sépales inégaux, concaves, foliacés ; corolle à 5 pétales très-grands, ovales-obtus et concaves ; 30 à 100 étamines plus courtes que la corolle, et dont plusieurs se convertissent en pétales par la culture ; 2 à 5 ovaires surmontés dautant de stigmates épais, sessiles, irréguliers et de couleur pourpre. Capsules uniloculaires, polyspermes, renflées à leur base et cotonneuses ; graines noirâtres.

propriétés, usages. — L’odeur des fleurs est un peu nauséeuse, forte et désagréable ; leur saveur est amère-acerbe. L’odeur de la racine est aromatique, vireuse et pénétrante. La Pivoine est une de ces plantes qui ont été chex les anciens l’objet d’une sorte de culte ; ils la traitaient de divine, d’émanation de la lune, et ils la croyaien propre à éloigner les mauvais esprits, à préserver des malheurs, etc. Ses vertus médicales n’étaient pas moins extraordinaires ; elle passait pour guérir les plaies les plus meurtrières, les morsures de serpents, l’épilepsie, etc. Galien lui-même pensait qu’il suffisait de la porter en amulette pour faire cesser cette dernière maladie, ce que Kernel et Willis n’ont pas craint de répéter après lui. Les poètes ont supposé qu’elle tirait son nom d’un certain Pœon, qui en fit usage pour guérir Plulon d’une blessure que lui avait faite Hercule.

Néanmoins il faut reconnaître que la Pivoine a quelquefois été utile dans certaines maladies nerveuses, telles que la chorée, l’éclampsie des enfants, l'épilepsie, les tremblements, l’incube ou cauchemar : du moins c'est l’opinion de Chomel, Gilibert, Peyrilhe, Tissot, Roques, etc. Mais il faut ajouter que cette plante fait partie de presque tous les composés antispasmodiques connus, ce qui empêche d’apprécier au juste ses véritables propriétés. On devrait, disent Mérat et Delens, employer toujours la racine en décoction à l’état frais (on peut s’en procurer toute l’année), peut-être alors lui trouverions-nous ces vertus si prônées contre l’épilepsie et l’action sédative sur le système nerveux qu’on lui a accordée, ainsi que ses propriétés contre les engorgements des viscères, etc.

récolte. — La Pivoine habite les prairies et les bois montueux des provinces méridionales et du centre de la France. On la cultive pour la beauté de ses fleurs, qui doublent avec une grande facilité. Elle fleurit en mai-juin.

Les racines de Pivoine, étant vivaces, peuvent s'arracher en toute saison pour l’usage thérapeutique. Nous ne sommes plus au temps superstitieux où les pratiques les plus extravagantes présidaient à cette récolte. Leurs tubercules sont assez riches en fécule. La dessiccation leur fait perdre une partie de leur saveur et les rend inodores. On trouve encore chez les herboristes les graines sèches, grosses comme de3 pois, enfilées en chapelets, et encore demandées par les femmes du peuple pour faire des colliers préservatifs des convulsions à leurs enfants.

r réparations, doses. — Infusion ou décoction (racine, fleurs ou graines) : 13 à 30 grammes par kilog. d’eau. Mais presque toujours c'est la racine qu'on emploie. Sue (de la racine fraîche) : 20 à 30 gr. Poudre (racine) : 2 à 4 gr. — (Semence) : 1 à 2 gr.

PLANTAIN. Plantago major, L.

(Fam. Plaxtagixées.)

Grand Plantain,

description (pl. xv, 2). — Plante vivace, herbacée. Tige nulle. Feuilles grandes, larges, ovales, étalées en rosette sur la terre, à pétioles larges, creusés en gouttière en dessus. Fleurs d’un blanc sale ou jaunes, petites, disposées en long épi, porté sur une hampe nue et ferme; calice à 4 divisions courtes, ovales-obtuses ; corolle à 4 dé-

coupures aiguës; 4 étamines, longues ; style moins long, à stigmate simple.

propriétés, usages. — On emploie les feuilles. Elles sont d’une saveur herbacée, un peu amère, faiblement hypnotique. Cette plante contient du mucilage en assez grande proportion et doit être considérée comme émolliente ; cependant c'est plutôt comme astringente qu’on l’a employée dans les diarrhées, les écoulements muqueux du vagin et de l’urètre, les hémorrhagies, et à l’extérieur en collyre, en lotions sur les ulcérations, etc. Les anciens lui ont attribué des propriétés aussi nombreuses quimagiuaires ; cela n'a rien d’étonnant. Mais faut-il prendre au sérieux Perret, croyant à son efficacité dans la fièvre intermittente et la démontrant par des faits ; Desbois, de Rochefort, prônant ses feuilles eu application extérieure pour combattre les ulcères chroniques et scrofuleux, etc.? On peut, dans tous les cas, répéter leurs expériences, en ne perdant pas de vue que la nature fait le plus ordinairement tous les frais de la guérison.

récolte. — Elle peut se faire pendant toute la belle saison ; pendant toute l’année pour les racines, qui sont vivaces.

préparations, doses. — Décoction (plante entière verte ou sèche), 30 ou 60 gr. par kilog. d’eau pour lotions, collyres, gargarismes. En infusion pour tisane. Eau distillée : quantité voulue pour collyre.

On peut remplacer le grand Plantain par le Plantain moyen et le Plantain lavé, qui ne sont ni moins communs ni moins actifs, si toutefois il y a quelque action bien marquée dans ces plantes : la première a les feuilles ovales ; la seconde les a lancéolées, outre la différence de l’épi, ainsique nous l'avons indiqué dans la Botanique.

Le Plantain des sables ( Plantago arenaria) se distingue par ses feuilles opposées, sessiles, très-étroites, allongées, pubescentes ; par ses 4 bractées opposées en croix à la base de chaque épi, son calice de 4 sépales épais, renflés à leur partie supérieure, etc.

Le Plantago psyllium (pl. xxvi, 5) ne diffère du précédent que par ses épis non environnés de bractées à la base, par ses feuilles un peu denticulées, et toutes ses parties moins pubescentes.

On emploie à peu près indistinctement les graines de ces deux dernières espèces, qui sont extrêmement riches en mucilage, soit dans l’industrie pour apprêter certaines étoffes, soit en médecine pour préparer par décoction des collyres émollients.

PLANTAIN D’EAU. Alisma plantago, L.

(Fam. Ausmàcbes.)

Nom» mily.: Flûteau, Flûteau pîantaginé, Flûteau-Trigone, Pain de crapaud.

Description (pl. x, 3). — Plante vivace, à tige dressée, nue, cylindrique, haute de 40 à 50 cent., simple en bas, divisée supérieurement en rameaux florifères verticillés et formant une sorte de panicule rameuse. Feuilles radicales disposées en rosette, ovales-oblongues, un peu cordiformes, à 5-7 nervures longitudinales, et à long pétiole engainant. Fleurs de couleur rose pâle, nombreuses, petites (Juin- septembre). Calice à B divisions étalées dont 3 internes pétaloïdes ; ordinairement 6 étamines ; carpelles nombreux formant autant de capsules monospermes, indéhiscentes.

propriétés, usages. — La racine de Plantain d’eau a de l’àcreté, et pourtant les avis sont contradictoires à son endroit. Dcbaen l'a préconisée comme diurétique, propre à remplacer le raisin d’ours ; Wauters, pour combattre l’hématurie, les douleurs néphrétiques, la rétention d’urine. Haller la croyait vésicante, et, inconséquent, il l’appliquait sur les hémorrhoïdes. On lit dans l 'Encyclopédie botanique qu’elle empoisonne les bestiaux ; ailleurs, que les Kalmouks en mangent les tubercules. De nouvelles expériences sont donc nécessaires.

Et ses propriétés antihydrophobiques 1 Elles ont été prônées par Lewshin, qui affirme que depuis 25 ans (il écrivait cela en 1817) qu’on fait usage de la poudre de V Alisma plantago contre la rage, en Russie, son efficacité ne s’est jamais démentie. Sans se prononcer sur les faits publiés, Orfila conseille de donner aux personnes affectées de cette épouvantable maladie, immédiatement après les avoir cautérisées, deux prises, à 3 heures d’intervalle, de 24 grains (1 gr. 30) de la racine de cette plante : à cette dose, dit-il, le remède est sans danger et peut-être serait-il de quelque utilité ( Toxicol. , 3e édition).

récolte. — La racine du Plantain d’eau se recueille pendant l'été; on la fait sécher à l’ombre et puis on la pulvérise. On la trouve dans les lieux aquatiques, marécageux, au bord des étangs, etc.

préparations, doses. — Poudre (de la racine) : 2 à 4 gr., soit infusée dans le vin, soit amalgamée avec un sirop ou sous forme de bols. 2 ou 3 doses suffiraient pour guérir I’iiydrophobie déjà déclarée.

POLYGALA. Polygala mlgaris, L.

IFiim. PüLYGALÉES.)

.Vont» ru Ig. : Laitier, lL-rba au lait, Polygalou.

description (pl. xxrv, 3). — Plante vivace, de 10 à 30 cent.; à tiges herbacées, droites ou rampantes, formant toufles. Feuilles alternes, étroites- lancéolées, sessiles, les inférieures plus courtes que les supérieures. Fleurs bleues le plus souvent, disposées en grappes terminales lâches (mai-juillet). Calice à 3 divisions, dont 2 trèsgrandes en forme d’ailes, souvent colorées comme la corolle, et constituant la partie la plus apparente de la fleur. Corolle de S pétales soudés en tube à leur base ; 2 de ces pétales sont égaux et forment une sorte de lèvre supérieure bifide; t autre pétale, découpé en lanières extrêmement étroites, forme comme une lèvre inférieure; les 2 autres pétales sont latéraux. Etamines 8, diadelpbes, renfermées dans une sorte de carène concave formée par le pétale inférieur. Style simple, dilaté, à stigmate concave et comme à 2 lèvres, dont la supérieure est dressée et beaucoup plus longue. Capsule comprimée, cordiforme.

propriétés, csages. — L’odeur du Polygala commun est presque nulle ; sa saveur est amère, et comme sucrée dans les racines et les fleurs (Gauthier). Cette plante a été indiquée comme pectorale, expectorante; on l’a beaucoup vantée dans le traitement delà phthisie pulmonaire. Elle passe aussi pour être sudorifique, stomachique et légèrement émétique. Les anciens pensaient qu’elle augmentait le lait des bestiaux ; cependant Rochefort dit qu'on la prescrit dans les maladies laiteuses... De nouveaux essais doivent être tentés sur les propriétés médicamenteuses du Polygala commun, qui a moins de réputation que l’espèce suivante, avec laquelle d’ailleurs il est souvent confondu.

Polygala amer ( Polygala amara) (pl. xlix, 5), moins élevé. Tiges nombreuses, étalées-redressées, glabres. Feuilles inférieures obtuses, les supérieures lancéolées, alternes, etc. Fleurs bleues, rarement blanches, en grappes terminales (t), etc. Capsules cordiformes, comprimées, s’ouvrant en 2 valves.

Toutes les parties de cette plante, la racine surtout, qui est vivace, rameuse, blanchâtre, sont d’une amertume très-prononcée. C’est un

(1 ) Ce? grappes sont coustituc’es sur la planche par des fleurs et des fruits.

médicament tonique dont l’action se porte principalement sur les organes respiratoires ; mais si la dose en est quelque peu élevée, il provoque presque constamment la purgation, ce qui le rend utile dans certaines hydropisies dépendant d'un embarras de la circulation centrale, surtout quand il y a en môme temps embarras des bronches, hydrothorax, etc. Coste et Willemet prétendent qu’ils en ont retiré les plus grands avantages dans la phthisie pulmonaire ; mais rien ne prouve qu’ils aient eu affaire à de véritables tuberculeux ; d’ailleurs, ils associaient le Polygala au lait, aux mucilagineux et même à la saignée.

Suivant Gauthier, le Polygala amer, étant plus actif que le P. vulgaire, ne doit être administré que dans les cas où manque toute la réaction fébrile, tandis que ce dernier peut être donné dans les diverses phases des affections de poitrine.

récolte. — Le Polygala est commun sur les pelouses élevées, les coteaux calcaires, dans les bois montueux, les bruyères, les prairies sèches. L'espèce commune fleurit un mois plus tard que l’amère, et on la récolte pendant la floraison. On arrache la racine du premier en hiver et au commencement du printemps. On vend habituellement les deux espèces l’une pour l’autre ; comme aussi l'on ne craint pas de les mélanger au P olygala senega (P. de Virginie), dont les propriétés sont plus actives, ce qui constitue une véritable sophistication de cette dernière plante. Cependant, si l’on en croit Bodart, on peut remplacer la plante exotique par l’indigène. « Pourquoi, dit-il, aller chercher le Polygala en Virginie, tandis que la nature a placé son congénère auprès de nous, le P. vulgaris? »

préparations, doses. — Infusion (semences du Polygala commun): 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. On coupe cette tisane, préalablement édulcorée, avec le lait.

Décoction (racine du Polygala amer) : 30 gr. par kilog. d’eau. — Poudre : 60 cent, à 2 gr., comme purgatif.

On peut se servir de lait ou de vin pour ces préparations et y joindre des substances béchiques ou amères, selon que l'on se sert de l’une ou de l’autre variété.

POLYPODE. Polypodium vulgare, L.

Nom tulg. : Polypode de chêne.

Cette Fougère, qui se rencontre sur les vieux murs, le tronc des vieux chênes, a des feuilles de 20 à 60 cent, de longueur, longtie-

ment pétiolées, pinnatipartites, à lobes alternes,, oblongs-Iancéolés, obtus, presque entiers ou finement dentés, un peu confluents à la base, etc.

Sa racine, qui est noueuse, cassante, d’une saveur sucrée, est réputée purgative, désobstruante et vermifuge depuis Hippocrate, mais à peu près abandonnée de nos jours. Suivant M. Cazin, elle convient parfaitement pour purger les enfants, qui la prennent sans répugnance en décoction à cause de sa saveur sucrée ; elle est aussi de quelque utilité dans les affections catarrhales pulmonaires. — 60 à 100 gram. par kilogr. d’eau.

POLYTRIC. Polytricum commune, L.

Nom v ulg. : Percc-Moossc.

Cette Mousse (pi. a, 5) croit à l’ombre sur les rochers, contre les vieilles murailles, dans les puits, aux bords des fontaines et des ruisseaux.

Plante inodore, d’une saveur presque nulle, et cependant estimée des anciens comme sudorifique, apéritive, emménagogue, etc. Nous l’eussions passée sous silence, si, dans ces derniers temps, on n'eût essayé de la tirer de l’oubli. M. Bonnafoux, médecin à Confolens, a publié dans la Revue médicale (1836) le résultat de ses essais sur l’action emménagogue du Polytric. Entre autres observations, on en trouve une qui tendrait à prouver que la chlorose et même des affections plus graves ne seraient pas un obstacle à la réussite du médicament. « Une demoiselle de 20 ans, dont les règles étaient supprimées depuis une année, était arrivée à un état chlorotique d'autant plus alarmant que le poumon droit était le siège d’une affection fort grave. Elle prit pendant deux mois la décoction de Perce-Mousse, et bientôt scs règles reparurent. L’état du poumon s’était en même temps fort amélioré. »

En décoction : 4 gr. par 600 gr. d’eau, jusqu’à réduction d’un tiers, donnée avec du lait eu 3 fois dans la journée. Continuer pendant 1 ou 2 mois.

POMME DE TERRE. Solanum tuberosum, L.

(Fam. Solamées; genre Moselle.)

Nom eulfi, : Morelle tnbéreuee.

Originaire du Pérou, cette plante précieuse est cultivée en Europe

depuis la fin du rvi* siècle. Ou sait combien d’eflorts persévérants a dû faire Parmentier pour la répandre et la populariser.

Communément, on entend par pomme de terre non les liges ou les feuilles, ni le fruit, mais les tubercules qui se développent aux racines. Ces tubercules sont charnus, riches en fécule très-pure et abondante, et constituent un aliment aussi nourrissant que salubre.

Sous le rapport médical, ils sont émollients, analeptiques et antiscorbutiques. Cette dernière propriété est démontrée par la rareté du scorbut parmi les personnes qui en font usage dans les voyages de long cours : elle résulte non d’une vertu particulière, spéciale, mais de la salubrité même de la substance essentiellement nutritive de la pomme de terre. Roussel de Vauzèmes avance que « le procédé le plus actif pour se traiter du scorbut, à quelque période qu’il soit arrivé, consiste à manger des pommes de terre crues. » Nauche assure que la décoction légère de l’espèce rouge avec la réglisse est avantageuse dans les catarrhes pulmonaires, intestinaux, et surtout utérins, ainsi que dans la gravelle.

Les usages extérieurs sont plus importants. La pomme de terre râpée constitue un topique réfrigérant excellent pour les brûlures du premier et du second degré. Ce topique a guéri, suivant Roussel, des ulcères scorbutiques très-graves aux jambes. On fait avec sa fécule des cataplasmes adoucissants qui doivent toujours remplacer ceux de farine de lin dans les maladies de la peau, les éruptions douloureuses, les dartres vives, les excoriations, les gerçures, les rougeurs, etc., parce que ces derniers sont rarement faits avec une farine bien fraîche et de parfaite qualité. (V. Lin.) Cette fécule est encore très-usitée, à l’état sec ou de farine, pour saupoudrer les excoriations de la peau chez les enfants et les personnes grasses.

Les feuilles et les tiges de la Morelle tubéreuse possèdent les propriétés de la Morelle noire, de la Jusquiame et de la Belladone, mais à un degré beaucoup moins prononcé. On peut donc, à défaut de ces dernières plantes, s’en servir pour préparer par décoction des injections, des fomentations, des lavements et des cataplasmes.

préparations, doses. — Cataplasme (fécule) : 00 gr. pour 500 gr. d’eau. — Mettez l'eau sur le feu, et quand elle entrera en ébullition, versez-y brusquement la fécule que vou3 aurez délayée préalablement dans 60 à 100 gr. d’eau froide; faites jeter un ou deux bouillons, et retirez du leu.

PLANTES MEDICINALES.

POMMIER. P y rus malus, L.

(Faro. Rosacées.)

Arbre fruitier dont on cultive un grand nombre de variétés.

On emploie le fruit et l’écorce. La pomme est très-acide avant sa maturité, propriété qu’elle doit à l'acide maliqtie : alors elle est in digeste, engendre des vers, des coliques, la dyssenterie. Mûre, au contraire, elle est alimentaire, agréable et saine ; cuite et sucrée, elle constitue un aliment léger pour les convalescents. — On prépare par décoction de la Pomme de reinette une tisane rafraîchissante, utile dans les inflammations gastriques, pulmonaires, rénales, etc. — On fait une gelée, un sucre, dits de pomme. — La pulpe cuite sert quelquefois pour cataplasmes antiopbthalmiques.

Mais le principal usage des fruits du Pommier est de préparer, par fermentation, le cidre, boisson saine et agréable qui remplace le vin dans la Normandie, la Picardie , la Bretagne, où la nature a refusé la vigne. On a remarqué que, dans ces contrées, il y a moins de calculeux que dans celles où l’on fait usage du vin.

Vicorcc du Pommier passe pour tonique et astringente ; on peut l’employer en décoction pour combattre la fièvre intermittente.

La phloridzine, principe nouveau retiré de l'écorce de la racine du Pommier, du Poirier, du Prunier, etc., est une matière cristalline blanchâtre, d'une saveur amère et astringente, que plusieurs médecins qui l’ont expérimentée regardent comme un fébrifuge excellent. Suivant le prince Louis-Lucien Bonaparte, elle n'agit d’une manière énergique que là où les sels de quinine échouent, et elle s’est montrée sans effet dans les cas où le sulfate de quinine aréussi.

La phloridzine s'administre à la dose de 25 à 73 cent. — On peut se la procurer en faisant bouillir pendant trois heures environ une partie d’écorces fraîches de racines de Pommier dans 8 p. d'eau de pluie; on décante, on verse sur le résidu une quantité d’eau égale à la première, et on fait bouillir de nouveau pendant deux heures. Le produit de ces deux décoctions, évaporé jusqu’à réduction d'un tiers, laisse déposer, au bout de vingt -quatre heures de repos, une grande quantité de cette substance sur les parois du vase.

POTIRON. Cucurbita pepa, L.

Noms vulg. : Citrouille, Pepon h gros fruit.

Originaire de l’Inde, cette Cucurbilacée est cultivée dans les jardins potagers d’Europe pour les usages économiques.

La chair du Potiron est rafraîchissante, un peu laxative; elle n'est pas employée en médecine, quoiqu’on pourrait en faire des cataplasmes. Les graines peuvent servir aux mêmes usages que celles du melon et de la courge.

POURPIER. Portulaca oleracea, L.

(Fam. Pobtolacées.)

description (pl. xxm, 3). — Plante annuelle, charnue, à tige couchée, rameuse, glabre. Feuilles opposées ou les supérieures éparses, ovales-oblongues, sessiles, épaisses, charnues, glabres.

Fleurs jaunes, sessiles, réunies plusieurs ensemble dans les aisselles des feuilles supérieures, s'ouvrant entre onze heures et midi en juillet et août. Calice comprimé, à 2 divisions inégales, rapprochées en capuchon au-dessus de la capsule qu'elles enveloppent; 5 pétales obovales, soudés inférieurement, etc.

propriétés. — Le Pourpier est inodore, d’une saveur mucilagineuse, fade ou très-peu acide. 11 est rafraîchissant, calmant, beaucoup plus employé d’ailleurs comme aliment que comme médicament.

récolte. — Toute la plante est usitée, sauf la racine. On doit s’en servir avant la floraison et l’aller chercher dans les lieux gras et humides, mais surtout dans les jardins où on la cultive. On ne la sèche jamais.

préparations. — Le Pourpier entre dans les bouillons, de même •que la laitue. On en fait des décoctions. On en donne le suc exprimé à la dose de 12 à 16 gr. L’eau distillée sert quelquefois encore de véjiicule aux potions tempérantes.

PRÈLE. Equisetum arvense, L.

(Fam. Equisltacées.)

Koms rulg. : Quoue de olieval, Queue de renard.

La famille des Equisitacées est composée uniquement du genre Prêle, végétaux vivant dans les prés et les champs humides.

description (pl. x, 1). — Plante vivace, de 30 à 43 cent. Tiges creuses, striées, les unes stériles (1), grêles, à cannelures profondes,

(11 Figure i.

munies aux articulations de verticilles de 10-12 feuilles ou rameaux longs et articulés; les autres fructifères (1), plus grosses, paraissant les premières au printemps, simples, nues, droites, hautes de 20-25 cent, environ, renflées, à gaines plus larges et à dents plus profondes et plus aigues, dépourvues de rameaux verticillés, se détruisant après la maturité, de l’épi. Fructification en épi terminal, conique, ventru, jaune, formé de capsules ombiliquées contenant des globules à filets élastiques, etc.

usages. — La propriété diurétique des espèces du genre Prêle, dit Richard, a été connue des médecins les plus anciens ; mais on y avait fait peu d'attention. Cependant le professeur Lenhossec, de Vienne, a tenté de nouvelles expériences avec ces végétaux, et a de nouveau constaté leur propriété diurétique, qui serait beaucoup plus développée dans les espèces E. hyemale et E. limosum que dans les autres.

L’Equisetum hyemale renferme une forte proportion de silice, ce qui le rend propre, étant sec, à polir les bois et les métaux.

préparations. — La plante doit être employée sèche plutôt que fraîche, en décoction, à la dose de 8 à 12 gr. par 500 d’eau. On en donne toutes les 2 heures 1 ou 2 cuillerées aux enfants, et de 100 à 200 gr. aux adultes. Ces végétaux aquatiques n'ont rien d'irritant pour les voies digestives. Ils ont été mis en usage aussi comme astringents dans les hémorrhagies.

PRIMEVÈRE. Primula officinalü, L.

(Faro. Pbimi lackes.)

Noms ru Ig. : Herbe il la paralysie, Primerolle, Coucou, Orcillc-d'Ours, Braycttc, Brayes-de-Coucou .

description (pl. xvn, 6). — Plante vivace, herbacée, sans tige. Souche horizontale et rameuse d’où naissent un grand nombre de libres et une toufle de feuilles radicales, pétiolées, oblongues, obtuses, dentées, velues et ridées; du centre de ces feuilles s’élève une hampe simple, florifère, de 1 à 3 décimètres de hauteur. Fleurs jaunes, en sertule, à calice tubuleux 5-denté; corolle à peine plus longue; 5 étamines incluses;, style filiforme, stigmate globuleux. Capsule uniloculaire, multivalve.

propriétés, usages. — Les feuilles et les fleurs de la Primevère sont antispasmodiques à la manière du caille-lait et du tilleul.

|1) Figure ».

« Comment concevoir, dit Gautier, qu’une herbe sans odeur, dont la saveur se perd par une simple infusion, et qui ne peut produire aucune action stimulante, puisse guérir la paralysie, dont les causes nombreuses et si diverses cèdent avec tant de difficulté aux moyens les plus actifs, quand elles n’y sont pas tout à fait rebelles? Cette réflexion donne la mesure de la confiance que l'on doit accorder à la Primevère dans la paralysie, explique l’oubli dans lequel elle est tombée et excuse les auteurs modernes de matière médicale qui n'en font plus même mention parmi les médicaments. » — La racine de cette plante a une odeur forte, fragrante et une saveur amère et styptique : on l’emploie en décoction dans les campagnes contre la gravelle et les vers. Chôme! lui attribue la propriété de faire disparaître les vertiges, l'hémicranie et autres symptômes nerveux qui résultent de la suppression des règles.

On récolte la Primevère dans les bois, les prés, le long des baies, pendant la floraison, c’est-à-dire en mars.

La Primevère oreille-d'ours, variété cultivée, n’est pas douéè de propriétés plus énergiques.

PRUNIER. Prunus domestica. L.

(Fam. Ahygdalkes.)

Nous ne voulons point parler de cet arbre ni de ses variétés que tout le monde connaît. (V. t. I, p. 330.) Nous devons dire seulement qu'il fournit un médicament laxatif dans scs fruits séchés au four, et connus sous le nom de pruneaux.

Les pruneaux constituent un aliment léger, agréable; ils ont de plus l’avantage de rendre le ventre libre lorsqu'on les mange ' cuits. Le jus de pruneaux, c’est-à-dire l’eau qui les a fait cuire, est purgatif pour certaines personnes, à la dose d’un demi- verre. Quelquefois on y ajoute un peu de séné ou de jalap pour augmenter son action. On ne se sert pas des beaux fruits pour cet usage : on préfère ordinairement les petits pruneaux noirs ( pruneaux à médecine), qui fournissent un jus plus foncé en couleur, et d’une propriété relâchante et purgative plus marquée. Mais souvent on prépare une tisane plus légère en faisant bouillir 6 à 10 pruneaux dans une livre d’eau qu’oirédulcore avec du miel ou du sucre. Moyen très-convenable chez les personnes irritables, les enfants, les lcromes ci dans les irritations gastro-intestinales.

La gomme qui suinte de l'écorce du Prunier a toutes les propriétés de la gomme arabique et pourrait être employée aux mêmes usages.

PTARMIQUE. A chilien ptarmica, L.

(Fam. Composées; genre Acbiu.ee.)

Nom tuUj. ; Herbe h éternuer.

Plante de 40 à 80 cent., à tiges dressées, simples, rameuses en haut. Feuilles linéaires -lancéolées, très-finement dentées, sessiles, glabres. Fleurs blanches, en capitules disposés en corymbes terminaux, irréguliers j demi-fleurons au nombre de 8-12; involucre hémisphérique à folioles entourées d’un rebord scarieux, brunâtre (juillet- septembre).

Cette plante est douée d’une odeur aromatique et d’une saveur âcre. Ses feuilles ont une analogie d’action avec celles de la Pyréthre ; ses racines mâchées provoquent l'éternûment et la salivation.

Elle croit aux lieux humides.

PULMONAIRE. Pulmonaria o/Jicinalis.

(Fam. BuUbaginées.)

Nomt v uUj, : Herbe aux poumons, Herbe de cœur, Herbe au lait de Notre-Dame, Pulmonaire des bois.

description (pl. 1, 2). — Plante vivace, de 30 centim. de hauteur. Tige simple, anguleuse, couverte de poils rudes. Feuilles oblonguesaiguës, marquées de taches ou plaques blanchâtres, surtouten vieillissant; les radicales sont en rosette, rétrécies en pétiole ; les caulinaires plus étroites, sessiles, semi-amplexicaules, toutes velues. Fleurs bleues (variétés à fleurs rouges, blanches), réunies plusieurs ensemble au haut de la tige, sur de courts pédoncules. Calice à 5 divisions ; corolle infundibuliforme, à gorge dépourvue d'appendices, à S lobes; 5 étamines. Ovaire 4-carpellaire. Fruits à 4 noyaux agglomérés, uniloculaires, monospermes.

propriétés, usages. — La Pulmonaire est inodore, sa- saveur est raucilagineuse, légèrement nitreuse, et à peine styptique. On l’a recommandée comme adoucissante et béchique dans les inflammations des bronches et des poumons, l'hémoptysie, la phthisie pulmonaire. Ses propriétés sont très-peu marquées, niées même par certains auteurs. Mais les habitants de la campagne croient encore quelle a été donnée à l’homme pour prévenir ou guérir ses maladies de pou-

DESCRIPTION ET USAGE. Il I

mons, et cela par la raison que ses feuilles sont marquées de taches semblables à celles que présentent ces organes ou leurs abcès. — On dit que cette plante est potagère dans le nord de l’Europe.

récolte. — La Pulmonaire croit sur les hautes montagnes ; on la trouve aussi sur le bord des chemins et dans les prairies. Le moment de la recueillir est celui de la floraison (le mois d'avril). Sécbée, elle devient noirâtre , fragile, un peu plus astringente ; tandis que verte, elle est mucilagineuse et émolliente, distinction qu’il ne faut pas oublier.

préparations, doses. — Décoction (fleurs et feuilles vertes): 30 gr. par kilog. d’eau, comme pectorale adoucissante. — (plante sèche) : mêmes quantités, comme légèrement astringente dans l’hémoptysie.

« Les campagnards, dit M. Cazin, composent, avec la pulmonaire, le chou rouge, quelques ognons blancs, du mou de veau et une suffisante quantité de sucre candi, un bouillon que j’ai moi-môme employé avec beaucoup de succès dans les affections de poitrine, surtout quand elles sont accompagnées d'un état fébrile, de difficulté d'expectorer, d’irritation bronchique, de douleurs, etc. »

PULSAT1LLE. Anemona pulsatilla, L.

(Fam. Renoncocàcéks; genre Anémone.)

Xonu ru Ig. : Coquclourdo, Herbe nu vent, Fleur de Pâques, Teigne-Œuf, Passe-Fleur, Passe-Velours.

L'Anémone pulsatille (pl. Lvm, 4) est une plante vivace, couverte de longs poils soyeux; à tige de 10 à 40 cent., cylindrique, velue, uniflore. Feuilles radicales pétiolées, composées de folioles plusieurs fois pinnatifldes, à segments très-étroits, linéaires, aigus, et dont 3, caulinaires, formant un involucre éloigné de la fleur. Fleur (f seule à l’extrémité de chaque tige), d'un bleu violet, grande, un peu penchée. Calice corolliforme de 5 à 15 sépales, velus-soyeux ; pas de corolle ; involucre composé de feuilles sessiles, divisées en segments linéaires; étamines nombreuses; carpelles nombreux, étalés, groupés sur un réceptacle hémisphérique, et terminés par le style, qui est quelquefois longuement accru, plumeux (1).

propriétés, usages. — La Pulsatille est, comme toutes les Anémones, extrêmement âcre, vésicante ; iDgérée dans l'eriomac, à forte

|l) Ainsi quo le ruoutre 1a petite figure détachée.

dose, elle cause tous les accidents d’un empoisonnement par les substances corrosives, et, appliquée à l’extérieur, irrite, rubéfie et même ulcère la peau. Le célèbre médecin de Vienne, Storck, soumit cependant ce médicament dangereux à des essais suivis. C’est l'Anémone des prés qu’il employa, parce que cette variété, d’ailleurs trèsvoisine de notre Pulsatille, se présentait plus facilement à lui. 11 l’administra dans l’amaurose, la cataracte, les taies de la cornée, la paralysie, les ulcères opiniâtres, la syphilis et surtout les dartres, où certainement elle n’agissait guère autrement que comme altérant, d’autant mieux que c'est dans ces dernières aflections qu’elle a oflert les résultats les plus favorables. La préparation que préférait Storck était l’extrait, qui, nous devons le dire, ne s’est pas montré aussi utile entre les mains des autres expérimentateurs, tels Richter, Bergius, etc. Cependant Bonnel de la Brageresse a, depuis, essayé de prouver que le meilleur moyen de combattre le vice dartreux, c'est de faire usage de l’extrait de Pulsatille, médicament qui aurait procuré de grands avantages à Joachim Deramen, dans le traitement d’une maladie d’une autre nature, la coqueluche.

I.es paysans ont l'habitude de s'entourer les poignets de feuilles de Coquelourde pilées, pour se guérir de la fièvre intermittente; ces applications ne sont pas sans-danger si elles durent trop longtemps. Elles suppléeraient aussi aux sinapismes et aux vésicatoires, si on avait un pressant besoin de ceux-ci et s’ils manquaient.

récolte. — La Coquelourde habite les lieux arides, les bois sablonneux, les prés secs, et fleurit dès le mois d’avril jusqu’en juin. Cette plante doit se récolter un peu avant la floraison, afin qu’elle soit douée de toutes ses propriétés qui vont en diminuant, et sont comparativement très-faibles après la dessiccation. N’oublions pas qu’à l’état frais la Pulsatille est extrêmement active, et qu’il importe de l’employer avec prudence.

p réparations, poses. — Infusion (feuilles) : 8 à (2 gr. par kil. d’eau. Cette boisson a été donnée dans les engorgements des viscères abdominaux, l’hydropisie, etc. Extrait : Storck l’employait à la dose de 1 à 2 grains (8 à 10 cent.), jusqu’à 1 gr. en augmentant progressivement. — IJeramm en administrait drt 1;4 de grain à 1 grain Ij2 (1 à 7 cent.), suivant l’âge du sujet, dans la coqueluche : il prétend avoir prescrit ce remède pendant dix ans à tous les malades affectés de coqueluche qu’il a eus à soigner, et n’avoir échoué qu’une fois.

Les vétérinaires appliquent souvent les feuilles pilées de Coquelourde sur les ulcères sanieux, atoniques ou gangréneux des chevaux.

PYROLE. Pyrola rotundifolia, L.

(Fam. Ericinées.)

Plante vivace, herbacée, de 30 à 50 cent. (pl. xxxn, 5). Tige simple, nue. Feuilles arrondies, entières, coriaces, persistantes, disposées en rosette, longuement pétiolées. Fleurs blanches ou d’un blanc rosé, en grappe dressée, à pédicelles recourbés, paraissant en juin-juillet ; calice à 5 divisions lancéolées ; corolle à 5 pétales obovales, connivents; 10 étamines penchées, à filets arqués; style long, réfiéchi, arqué ascendant au sommet ; stigmate élargi. Capsule à 5 loges polyspermes.

La Pyrole croit dans les endroits couverts des bois raontueux. Sa saveur est amère, acerbe, et elle fait partie du vulnéraire suisse. On l’estime astringente, vulnéraire, utile contre les diarrhées, les crachements de sang, la leucorrhée, etc., mais elle est à peu près inusitée.

Infusion : une pincée par tasse d’eau. Poudre : 2 gr.

QUINTEFEUILLE. Potentilla reptans, L.

(Fam. Rosacées; gcnro Fotentille.)

description (pl. xxxi, 4). — Plante herbacée, vivace, à souche épaisse d'où naissent des liges très-longues, grêles, presque filiformes, rampantes, stolonifères, portant des rosettes de feuilles au niveau des nœuds, lesquelles feuilles sont pétiolées et composées de 5-7 folioles ovales-dentées, un peu pubescentes en dessous. Fleurs jaunes, parfois blanches, solitaires, latérales, ou opposées aux feuilles, dont les pédicelles dépassent celles-ci. Calice à 5 divisions, muni d’un calicule ; 5 pétales dépassant le calice; le reste comme dans l’Argentine.

propriétés, usages. — La racine est la partie employée ; elle est inodore, ainsi que la plante entière, mais d'une saveur astringente assez prononcée. On l’emploie en tisane daDS les flux atoniques muqueux ou sanguins ; en gargarismes, dans les maux de gorge, les ulcérations de la bouche, etc. Sa propriété antifébrile a été établie par Hippocrate, reconnue par Scnac, Chomel, et depuis eux par les campagnards ; mais elle est dédaignée par les médecins, qui ont à leur disposition des fébrifuges indigènes moins infidèles.

récolte. — Lorsqu’on veut conserver la racine, qui est de la gros-

seur du doigt, longue, couverte d’une écorce brunâtre, d'une couleur rougeâtre en dedans, on doit l’arracher en automne. La plante est commune dans les champs, aux bords des chemins, dans les pâturages, les fossés, où elle fleurit en juin-août.

préparations, D03ES. — Décoction (racine) : 30 gr. par 300 gram. d’eau. Poudre (racine sèche): 6 à ta gr. en pilules ou autrement.

RADIS. Raphanus, L.

(Faro. Crucifères.)

Le Radis cultivé (R. salivas), à racine globuleuse ou napiforme d’une couleur rose ou blanche à l’extérieur, toujours blanche intérieurement; — la petite Rave [R. vulgaris), variété de la précédente, à racine globuleuse, déprimée ou oblongue, blanche, rose ou rouge; — le Radis noir (R. niger), raifort des Parisiens, à racine volumineuse, dont l'épiderme est noir, rugueux, la chair dure et très-piquante, sont des végétaux alimentaires, stimulants et antiscorbutiques. — La Ravenelle [R. raphanistrum), dont la racine est grêle, pivotante, infeste les moissons, et ses graines, mêlées au blé, causent, en Suède, des épidémies cruelles d’une maladie appelée raphanie.

RAIFORT SAUVAGE. Cochlearia armoracia, L.

(Fam. Crucifères; genre Cochlearia.)

A'om» rulg. : Grand-Raifort, Cochléaria de Bretagne, Cran, Moutarde des capucins, M. des Allemands, Moutardelle, Rave sauvage, etc.

description (pl. XLII, 2). — Plante vivace, de près de l mètre d’élévation. Tige dressée, rameuse en haut (1), creuse, glabre, cannelée. Feuilles radicales très-grandes, dressées, à longs et gros pétioles cannelés, ovales-lancéolées, un peu ondulées et d’un vert brillant ; feuilles caulinaires inférieures oblongues, ordinairement pinnatiüdes (2) : les supérieures lancéolées, entières ou crénelées. Racine renflée, charnue. Fleurs blanches, en grappes rapprochées en une panicule terminale, présentant les caractères du genre, 4 pétales en croix, longuement unguiculés; 6 étamines tétradynames. Silicules longuement pédicellées, subglobuleuses, à valves non carénées.

(1) On n’n dessiné qu'un rameau, qui i>ortc (leurs et fruits.

(2) La seule qni soit figures.

propriétés, usages. — C’est la racine que l’on emploie ; elle est inodore tant qu'elle reste intacte ; mais brisée ou divisée, elle répand une odeur vive, ammoniacale, et sa saveur est piquante, chaude, amère, brûlante, qualités qu’elle doit à une huile volatile aussi âcre que celle de la moutarde, et qu’elle perd par la coction et la dessiccation. Cette racine est antiscorbutique, diurétique et antiasthmatique dans quelques circonstances, vomitive à haute dose, rubéfiante à l’extérieur, mais avant tout elle est fortement excitante. Les feuilles ont des propriétés analogues, mais à un moindre degré.

Comme antiscorbutique, le Raifort sauvage jouit d’une réputation justement acquise, qui doit primer celle du cochléaria lui-même : aussi entre-t-il dans la bière, le vin et le sirop antiscorbutiques du Codex, lesquels sont prescrits journellement aux enfants scrofuleux, rachitiques, dont les actions vitales sont languissantes, etc.

Comme diurétique, cette plante a été employée avec succès par Sydenham, Hufeland et d’autres, dans les hydropisies. Sydenham en conseille particulièrement l’emploi dans les collections séreuses qui succèdent aux fièvres intermittentes. C’est un dc3 médicaments qui ont offert le plus d’avantages dans le traitement de la néphrite albumineuse chronique, pour combattre le symptôme le plus rebelle, l’infiltration séreuse. « J’ai vu, dit M. Rayer, l'hydropisie diminuer, ou même quelquefois disparaître complètement par l’action diurétique de la tisane de raifort sauvage. Plusieurs malades ont refusé de continuer cette boisson, parce qu’ils la trouvaient désagréable et qu’elle leur fatiguait l’estomac. J’en ai vu d’autres qui, malgré la persévérance avec laquelle ils en font usage, n’en ont retiré aucun soulagement. Cependant de tous les diurétiques, c'est celui dont l’usage m’a paru offrir généralement le plus de chances de succès. » ( Traité des mal. des reins.) Martin Solon confirme cette opinion : « Nous pensons, dit-il, que le Raifort sauvage convient surtout dans les cas d’hydropisies accompagnées d’urines albumineuses lorsque l’on peut attribuer l'affection à un état blafard et atonique des reins, avec tendance au ramollissement. »

Le Raifort parait porter quelquefois son action stimulante sur les bronches et agir comme expectorant dans les catarrhes chroniques, l’asthme pituiteux, l’engorgement des voies respiratoires.

Il agit comme purgatif et vomitif à dose élevée. Etmuller nous apprend qu’une femme hydropique fut guérie au moyen d’une infusion dans du vin blanc de la racine de Raifort avec du cresson ha-

PLANTES MEDICINALES.

ché et pilé dans un mortier ; ce mélange la purgeait par le haut et par le bas. — Le Raifort serait encore avantageux dans la leucorrhée et l’aménorrhée (Brennecke), la goutte (Bergius), le rhumatisme (Cullen), l’aphonie (Lanzoni).

Enfin, employée à l’extérieur, la racine de Raifort sauvage peut remplacer la moutarde lorsqu’il s'agit d’agir révulsivement sur la peau. L’action de ce sinapisme est prompte et peut aller jusqu’à la vésication.

récolte. — Le Raifort croit naturellement dans les fossés, aux bords des ruisseaux, dans les lieux humides de la France, principalement eu Bretagne. On le cultive dans les jardins, où il est connu sous le nom de radis noir. Ce nVst qu’après la floraison qu’il convient de se procurer la racine de Raifort, dont l’activité est encore plus grande lorsqu’elle a atteint sa deuxième année. Si l’on se servait des feuilles, il faudrait, au contraire, les cueillir avant l’apparition des fleurs. Dans tous les cas, ces parties ne doivent être employées qu’à l’état frais. La racine est renflée, d’un blanc jaunâtre à l’extérieur, plus blanche intérieurement et fibreuse : il faut rejeter celle qui est ligneuse.

préparations, doses. — Infusion (racine coupée par fragments) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Digestion : 30 gr. dans un litre de bière, avec addition de sirop simple. Hufeland a constaté les vertus de ce diurétique dans les hydropisies. Macération (8 à 16 gr. par 500 gr. de vin blanc ou de bière) : 30 à 100 gr. par jour. Suc : 15 à 30 gr. dans du vin, comme antiscorbutique. Sirop : c’est la préparation qui a guéri les deux cas d'aphonie (enrouement ou extinction de la voix) dont parle Lanzoni. Teinture : 8 à 16 gr. en potion. Racine crue : coupée par morceaux ou râpée, on en peut faire le même usage que de la moutarde pour assaisonner les aliments. Sinapisme : racine et feuilles fraîches pilées.

RAISIN D’OURS. Dca ursi, L.

L’histoire de cette plante a déjà été faite sous le titre de Busserole (v. tome II, page 141), mais nous devons y revenir pour réparer un oubli.

11 s’agit de consigner dans cet ouvrage les faits qu’a publiés M. Harris, ou du moins leurs résultats, relativement à l’action de l'Uva ursi sur l’utérus dans certains cas de lenteur excessive du travail de l’acccuchement. Lorsque cette lenteur tient à la faiblesse

propre de l’organe gestateur, cette plante remplacerait avantageusement le seigle ergoté.

MM. les docteurs de Beauvais et Gauchet ont fait connaître aussi (les faits témoignant de l’efficacité du Raisin d'ours pour réveiller la contractilité utérine dans les circonstances susdites. 11 est désirable que l’expérience commune confirme les assertions de ces médecins, et mettent au service des accoucheurs une substance aussi efficace que dépourvue de tout danger.

doses. — Infusion : 16 à 20 gram. pour 1000 gram. d’eau, faire infuser pendant une heure, et administrer une tasse ordinaire toutes les demi-heures.

RÉGLISSE. Glycyrrhiza glabra , L.

(Fam. Légumineuses. )

Nom tulg. : Bois doux.

description (V. la iig. p. 273). — Arbrisseau de 1 à 1 m. 60 de hauteur. Racines longues, rameuses, étendues. Tiges dressées, glabres. Feuilles alternes, pétiolées, imparipinuées à 13 folioles ovales, opposées, entières, visqueuses. Fleurs violettes, purpurines, petites, en épis grêles axillaires. Calice tubuleux à étendard droit, lancéolé ; carène formée de 2 pétales distincts; 9 étamines réunies, et une isolée. Gousses aplanies, contenant de 3 à 6 graines.

propriétés, usages. — La Réglisse a une odeur fade, une saveur douce, mucilagineuse et sucrée, qui devient amère si on prolonge la mastication. On emploie la racine, dont les propriétés sont rafraîchissantes, béchiques, adoucissantes et diurétiques ; elle apaise la soif et convient dans toutes les pyrexies. On en fait un grand usage dans les hôpitaux et dans la médecine des pauvres pour édulcorer les tisanes adoucissantes ou délayantes. On en retire un extrait appelé jus de réglisse, sucre noir, qui, purifié, est utile dans les rhumes. Séchée et réduite en poudre, la réglisse est employée par les pharmaciens pour rouler des pilules et leur donner une consistance convenable.

récolte. — Elle se fait en Italie, en Espagne, dans le midi de la France aussi, où. croit naturellement la plante, au printemps et à l’automne, mais pas avant sa troisième année; on fait sécher cette racine au soleil ou au grenier. Elle est brunâtre à l’extérieur, jaune au dedans, flbrilleuse, longue. La plus estimée est celle qu’on retire d’Espagne ou d’Italie.

préparations, doses. — Infusion à froid (racine) : 8 à 16 gr. par SOO gr. d'eau. Il faut la gratter, lui enlever son écorce qui donnerait de l'amertume, et la fendre en quatre ou en six selon sa grosseur. 11 faut au moins six heures de macération dans l’eau froide. Inftssion à chaud : mêmes quantités. La tisane a une saveur plus forte, qui devient même âcre si l’ébullition est prolongée. Décoction : elle est encore moins agréable que l’infusion, parce qu elle contient le principe oléo-résineux âcre et amer de la racine. — Quand on remplace le miel ou le sucre par la réglisse dans les tisanes, il ne faut ajouter celle-ci qu’au moment où la décoction est terminée et presque froide. Extrait : on le mâche et on le fait fondre dans les tisanes. — Les paysans préparent un looch domestique avec une infusion de graine de lin, 15 gr. d’extrait de réglisse et 1 cuillerée de miel ; ils y ajoutent quelquefois la pulpe d'un ognon cuit sous la cendre et triturée avec le mélange.

REINE DES PRÉS. Spirea ulmaria, L.

(Fam. Rosacées ; goure Spmés.)

Noms tulg. : Ulmaire, Spirée-Uimairo, Ornière, Vignette, Herbe eux abeilles, Petite-Barbe -de-Chèvre.

description (pl. xxxn, 3). — Plante herbacée, vivace, haute de i mètre environ. Tige dressée, simple, ferme, anguleuse et glabre, donnant naissancÆ supérieurement aux rameaux de l'inflorescence. Feuilles grandes, fortement nervurées, stipulées à la base du pétiole, ailées, à 5-9 paires de folioles-ovales dont les dents sont denticulées, la terminale plus ample, presque trilobée; petites folioles dentées entre les grandes : toutes les feuilles sont vertes en dessus, pubescentes et blanchâtres en dessous. Fleurs blanches, très-petites, et très-nombreuses, disposées en corymbes multiflores terminaux. Calice 5-lobé-réfléchi pourvu de calicule; corolle à 5 pétales arrondis; étamines nombreuses; 5-8 carpelles glabres contournés en spirale les uns autour des autres; autant de capsules oblongues.

propriétés, usages. — L’odeur des fleurs est assez prononcée, mais douce et agréable; celle de la plante nulle; la saveur des feuilles et de la racine est un peu acerbe. La Spirée-Ulmaire était considérée par les uns comme un astringent léger, par d’autres comme un faible sudorifique, lorsque M. Obriot, curé de Trémilly (Haute-Marne), vint affirmer qu'elle réussissait parfaitement dans les hydropisies. « Pour moi, dit-il, qui ai commencé à en connaître

les propriétés vers 1810, elle est diurétique, sudorifique, vulnéraire, dessiccative, rafraîchissante; efficace dans les hydropisies, utile pour les femmes au retour de l’âge, utile encore dans les gastralgies et la goutte » (Extrait d’une lettre écrite à l’auteur.) Nous ne savons si M. Obriot a fait une étude particulière de la médecine, et nous ne voulons pas faire remarquer ce qu’il y a de contradictoire dans les propriétés qu'il attribue à la Reine des prés ; mais un médecin des hôpitaux de Lyon, M. Tessier, a voulu en expérimenter l’action diurétique. « Chez un détenu de la prison de Perrache affecté d’hydropisie liée à une affection des voies digestives, après avoir inutilement eu recours aux autres médicaments connus et employés dans ce cas, il prescrivit la décoction de Reine des prés à la dose d’un litre par jour. Dès le troisième jour, le malade urinait plus que de coutume. On continua le médicament, et son effet se prononça davantage encore. Au bout de seize jours, l’usage de la plante est suspendu, et aussitôt Turine devient moins abondante. On revient à la même tisane, et la sécrétion urinaire augmente de nouveau. En somme, cette plante fut administrée pendant dix semaines, et grâce à son action persistante, le liquide disparut sans que le malade en éprouvât aucune fatigue. »

M. Tessier cite plusieurs autres cas d’hydropisie, plusieurs variétés de cette maladie dans lesquels la môme plante a produit des résultats semblables. De ces divers faits il est résulté, pour M. Tessier, cette opinion, que la Spirée-Ulmaire jouit de propriétés diurétiques incontestables; qu’elle est aussi un peu astringente et tonique, qu’elle est agréable au goût et ne produit ni fatigue de l’estomac, ni aucun troubla dans les fonctions du système nerveux. Il parait que toutes les parties de la plante, la racine, la tige et les fleurs ont semblé moins actives que les autres parties.

récolte. — La Spirée-Ulmaire orne nos prairies et nos bois humides, le bord des eaux, où ses bouquets de toutes petites fleurs blanches s’étalent en mai, juin et juillet. On doit la récolter dès le début de la floraison.

préparations, doses. — La Spirée-Ulmaire est employée en décoction (1 litre par jour); en infusion aqueuse ou vineuse; sous forme de sirop et de teinture alcoolique.

PLANTES MEDICINALES.

RENONCULE. Ranonculus acris, L.

(Fam. Renonculacées.)

Noms tu Ig, : Renonoule des prés, Bouton d'or, Grenouillette, Patte-de-Loup, Herbe à la tâche, Jauneau, Codron, Clair-Bassin.

description (pi. lix, 3). Plante herbacée, vivace, de 35 à 70 cent. Tige dressée, un peu velue, rameuse et fistuleuse. Feuilles velues, les radicales à long pétiole élargi à son insertion sur la racine, palmatipartites, à 3-5 lobes incisés, dentés ; les caulinaires à lobes plus étroits et à pétiole plus court ; les supérieures subsessiles, à 3 découpures linéaires. Racine simple, presque horizontale, à libres radicales naissant de sa face inférieure. Fleurs d’un beau jaune doré, sur des pédoncules minces, terminant les rameaux. Calice à 5 divisions un peu redressées, ovales, pubescentes (t) ; corolle à 5 pétales ovales-arrondis, un peu onguiculés, munis au-dessus de l’onglet d’une fossette nectarifére ; étamines nombreuses, plus courtes que les pétales ; carpelles nombreux, agrégés, glabres, à stigmates courbés au sommet. Fruits rendus pointus par la persistance du stigmate.

propriétés, usages. — La Renoncule âcre est inodore ; sa saveur est corrosive. Tout ce que nous allons dire de ses usages en médecine pourra s’appliquer aux autres variétés, dont les principales sont mentionnées ci-dessous.

Les Renoncules exercent presque toutes une action rubéfiante, vésicante et même caustique sur les parties avec lesquelles on les met en contact. L’inflammation qu’elles développent à la peau est bientôt suivie d’une éruption de nombreuses vésicules remplies d’une sérosité âcre et qui se convertissent en véritables ulcères si le contact se prolonge; toutefois, ces phénomènes sont moins douloureux qu’on serait porté à le croire, et ils se dissipent assez promptement sous l'influence des adoucissants, principalement de l'application des feuilles de bouillon-blanc écrasées (M. Dubois, de Tournai). Ces plantes, en conséquence, sont très-propres à remplir, dans la médecine rurale surtout, une foule d’indications réclamant l’emploi des révulsifs externes, qu’on n’a pas toujours sous la main. Si les médecins en ont pour ainsi dire abandonné l'usage, c’est qu'ayant été employées quelquefois sans prudence et saus discernement, elles

(1) La figura détachée représente ce calice, ainsi que les étamines et les carpelles, sans les pétales.

ont occasionné des accidents inflammatoires et gangréneux, lesquels 6ont faciles à éviter, et dont on s’est d’ailleurs exagéré la gravité.

Les Renoncules ont été appliquées sous forme de teinture, de macération dans l’huile, d’eau distillée, de feuilles fraîches pilées, etc., soit sur les poignets pour guérir la lièvre intermittente (Sennert), les maux d'yeux, soit sur les régions affectées de douleurs rhumatismales chroniques, soit pour guérir la sciatique, les maux de tête invétérés, etc. — Ou a renoncé à l’usage interne de végétaux aussi âcres, et l’on a eu parfaitement raison.

récolte. — La Renoncule âcre croit spontanément dans les prés et lieux humides, sur la lisière des bois, où elle est assez commune et fleurit au milieu de l’été. — On cultive dans les jardins une variété à fleurs doubles sous le nom de Bouton d’or. On doit la récolter avant la fructification si l’on veut que la plante jouisse de toute son énergie. 11 est presque inutile de dire qu’il faut l’employer à l’état frais.

préparations, doses. — Plante pilée : en application sur les parties que l’on veut irriter, rubéfier, enflammer ou corroder. Il n’est pas toujours facile de limiter l’action des Renoncules, et c'est là leur plus grand inconvénient. Voici le moyen que propose M. Dubois, de Tournai : « On prend une planchette de bois de grandeur variable, de quelques lignes d’épaisseur ; on pratique à son centre une ouverture proportionnée à l’étendue de la plaie que l’on veut établir; ensuite on colle sur l’une de ses faces, au moyen de la colle de Flandre, un morceau de toile peu serrée. Quand on veut se servir de ce petit instrument, on l’applique sur la peau par la face qui est recouverte de toile, l’on place dans son ouverture une certaine quantité de renoncule écrasée, et on retient le tout en place au moyen d'une bande roulée. *

D’après le docteur Polli, la macération de la Renoncule dans l’huile pendant six jours, appliquée sur la peau à une température de 60 degrés, produit une rubéfaction prompte ; — la teinture alcoolique faite à froid est très-active ; — l’eau distillée est la préparation la plus énergique ; elle peut donner lieu à une mortification superficielle, précédée de phlyctènes. C’est surtout dans la sciatique que ce médecin italien emploie ces agents : il affirme que, dans 30 cas environ qu’il a traités, il n’en a pas vu un seul qui s’y soit montré rebelle.

Renoncule scélérate (Ranonculus sceleratus), Renoncule des ma-

rais, Grenouitlette d’eau, Herbe sardonique, Mort -aux -Vaches (pl. lix, 4). Plante annuelle de 25 à 70 cent. Tige dressée, flstuleuse, rameuse, épaisse, striée. Feuilles radicales, pétiolées, glabres, 3-5 lobées, à lobes obtus, incisés ; les caullnaires sessiles, lancéolées, incisées sur les bords, les supérieures tout à fait entières. Fleurs jaunes, assez petites et nombreuses, formant une sorte de paniculo foliacée, lâche ; pétales dépouryus d’écaille au devant de la fossette nectarifère; carpelles très-nombreux ; fruits extrêmement petits et nombreux, formant un capitule ovoïde qui s’allonge après la floraison.

Cette espèce, qui croit abondamment sur le bord des étangs et des marais, où elle fleurit en mai-août, est une des plus actives, et il paraîtrait que ses fleurs seraient les parties les plus énergiques. On dit qu’elle cause des empoisonnements qui provoquent un rire particulier, comme sardonique, d’où l'un de ses noms vulgaires. Son suc étendu de beaucoup d’eau a été proposé comme diurétique; quant à ses usages externes, ce sont ceux de l’espèce précédente. La dessiccation lui fait perdre presque toute son âcreté.

Renoncule bulbeuse (Ranunculus bulbosus), Bassinet, Clair-Bassin, Pied-de-Coq, Pied-de -Corbin, Rave de Saint-Antoine (pl. xxii, 5). Plante vivace de 30 cent, environ. Racine bulbifère, donnant naissance à une ou plusieurs tiges dressées, rameuses, velues, striées. Feuilles velues, les radicales pétiolées, à pétiole dilaté à sa partie inférieure, triséquées avec lobes trilobés et dentés, les caulinaires subsessiles, les supérieures divisées en segments linéaires entiers. Fleurs jaunes, assez grandes, solitaires sur chaque division de la tige (mai- août) ; calice velu, réfléchi sur le pédoncule ; pétales ovales, arrondis, obtus. Fruits lisses et glabres, à bec courbé au sommet comme les carpelles, réunis en tête arrondie.

Cette plante croit dans les pâturages, les haies, les bois, les lieux humides. Son bulbe parait être la partie la plus corrosive. Pilé et appliqué sur la peau, il y détermine la vésication plus sûrement et avec moins de douleur que les cantharides, suivant Haller. Les mendiants l’emploient souvent pour se faire venir des ulcères à la peau, et se donner un titre de plus à la charité publique. On s’cn est servi pour empoisonner les rats, et on a vu des enfants périr pour en avoir mangé. Cependant il parait qu’on peut en retirer une fécule douce.

Renoncule flammule [Ranonculus flmmulus). Flammette, Petite-

Douve, Petite- Flamme. On trouve cette espèce sur le bord des mares et des ruisseaux. Racine fibreuse. Tige de 33 cent, environ, un peu couchée, fistuleuse et rameuse. Feuilles lancéolées, aiguës, denticulées et glabres, atténuées, en un pétiole allongé, araplexicaule. F leurs jaunes, solitaires et terminales (juin-octobre) ; calice velu ; corolle assez petite; carpelles et fruits lisses à bec court.

Cette espèce est une des plus àcrçs du genre. On a employé ses feuilles et surtout ses fleurs, qui sont plus actives, pour remplacer les cantharides dans la pose des vésicatoires. Leur application sur les poignets aurait, suivant de graves autorités, produit de bons effets dans les fièvres intermittentes.

Renoncule-Ficaire ( Ranonculus Ficarius ), Ficaire, Petite-Chélidoine, Herbe aux hémorrhoides à cause de ses racines composées de granulations, etc. Tige de 10 à 20 cent. Feuilles épaisses, luisantes, crénelées, à pétiole dilaté inférieurement! Pleurs jaunes, à pédoncules allongés (avril-mai); 3 sépales ; 6 pétales ; carpelles nombreux en capitule globuleux, à bec presque nul.

Cette plante habite les endroits humides ou ombragés de nos haies. Fraîche, elle est vénéneuse, âcre ; cuite, on peut, à ce qu’il parait, la manger comme les épinards. Racines âcres et vénéneuses. Usageç thérapeutiques abandonnés.

Les espèces thora, arvensis, reptans, sont également douées de propriétés très-irritantes. La première, qui croit sur les hautes montagnes de la France, est si vénéneuse que, si l’on en croit des historiens, les Gaulois en empoisonnaient le fer de leurs flèches.

RHAPONT1C. Rheum rhaponticum, L.

(Fam. Polygonkks ; genre Rhubarbe.)

Nom) ni Ig. : Rhubarbe des Moines, Rhubarbe à Maquereaux ou à Tartes, Rhubarbe anglaise.

description (v. la fig. p. 147). — Plante haute d'un mètre environ. Tiges fortes, grosses, charnues, glabres, un peu rameuses, d’un vert jaunâtre. Feuilles alternes, les inférieures pétiolées, très-larges, ovales-cordiformes, légèrement pubescentes en dessous et sinuées sur les bords, les supérieures petites, sessiles. Fleurs d’un blanc verdâtre, petites, en grappes formant une panicule terminale, et paraissant en mai-juin. Calice à 3 ou 6 divisions, donnant attache à 9 étamines ; ovaire surmonté de 3 stigmates épais, peltés, simples.

Akène à 3 angles saillants et membraneux, enveloppé à sa base par le calice peu développé.

propriétés, usages. — La racine de Rhapontic est un toniqueastringent, et un purgatif à dose plus élevée. Elle peut être employée comme la rhubarbe de Chine, dans l’atonie du canal digestif, les gastralgies, les obstructions, la chlorose; comme astringente dans la dyssenterie, la leucorrhée ; comme purgative quelquefois, en n'oubliant pas que son effet évacuant peut être suivi d'un effet contraire, la constipation, à cause de son action styptique.

Les tiges de cette plante sont d’une acidité agréable ; coupées par morceaux et cuites, elles remplacent en Angleterre les groseilles à maquereaux, et on en fait aussi des poudings. — On peut préparer avec leur pulpe des cataplasmes qui seront résolutifs ou maturatifs selon les cas.

récolte. — La Rhubarbe rhapontic croît naturellement en Allemagne ; elle ne vient guère en France qu'au moyen de la culture, laquelle estd’ailleurs assez facile. Laracinede cette plante est grosse, épaisse, spongieuse, un peu rameuse ; on la trouve sèche dans les boutiques, venant d'Allemagne. Quand on la récolte dans nos jardins, il faut la diviser par fragments et la faire sécher à l'air. Sèche, elle est moins jaune à l'intérieur, inodore, d’une saveur un peu amère, et moins active qu’à l’état frais.

Les Rhubarbes sont des végétaux de la Chine que l’on a essayé de cultiver en Europe et en France. On a réussi jusqu'à un certain point ; mais les racines que l’on obtient sont très-inférieures à celles qui nous viennent d’Asie, et qui sont d'ailleurs plus compactes et plus lourdes.

préparations, DOSES. — Infusion (racine) : 15 à 30 gr. par kilogr. d’eau. — En décoction, môme dose. Poudre : 1 gr. comme toniqueastringent; 4 à 15 gr. comme purgatif.

RICIN. Ricinus communie, L.

, (Fam, Ecprorbiacées.) ftoms cul ij. ; Palma-Cliristi, Kikt.

description (pl. lviii, 1). — Plante de 1 à 2 mètres, à tige dressée, cylindrique, flstuleuse, rameuse, glabre. Feuilles très-amples, alternes, palmées, à 7-9 lobes ovales-lancéolés, dentés et glabres ; pétiole long, gros et creux, stipulé à la base. Fleurs monoïques, disposées en épis allongés terminaux portant les fleurs femeliesau som-

inet, les mâles à la base. Mâles : calice à 5 divisions ovales-aiguë3, réfléchies; étamines extrêmement nombreuses dont les filets forment plusieurs faisceaux grêles et raraeux dans leur partie supérieure (I) ; pas de rudiment d'ovaire. Femelles : calice à 5 divisions étroites-lancéoléeg, caduc; ovaire globuleux, libre, chargé de tubercules terminés par une pointe extrêmement fine et acérée ; style court terminé par 3 stigmates profondément bifides, velus, plumeux. Capsule globuleuse, à 3 côtes saillantes, arrondies, glauques et chargées d’épines. 3 loges monospermes; graine de la grosseur d’un haricot, ovale-oblongue, dure, grisâtre, ombiliquée, luisante, tachetée de rougeâtre.

propriétés, usages. — La plante est sans odeur; sa saveur est un reu amère et vireuse. Les graines fournissent une huile grasse qui est la seule partie de ce végétal donton fasse usage. Convenablement préparée et fraîche, cette huile est un purgatif doux, dénué d'àcreté, et qui ne produit pas de coliques. On l’administre dans tous les cas où l’on veut provoquer des évacuations alvines sans causer de l'irritation au canal intestinal, et surtout sans augmenter celle qui existe déjà. Ce laxatifconvientdansla péritonite, la métrite, la hernie étranglée, l’inflammation de l’estomac et des intestins accompagnée de constipation opiniâtre ; pour procurer la liberté du ventre, évacuer les vers lombric? après l'administration du vermifuge, outre qu’il est lui-même anthelminthique; pour décider la convalescence vers la Un des maladies aiguës avec tendance à la constipation, etc. Mais, nous le répétons, l’huile de Ricin ne convient dans ces divers cas qu’autant qu'elle est récente, douce, de bonne qualité enfin.

En nature, la graine de Ricin agit plus énergiquement : elle produit souvent des vomissements en même temps que des selles. — • Cette propriété vomitive, âcre, et même presque vénéneuse, réside, dit-on, dans l’embryon. — Les feuilles sont émollientes, et non vénéneuses ou âcres comme on l’avait cru.

récolte. — Originaire de l’Inde et de l'Afrique, le Ricin s’y montre à l’état d’arbre de JO à 15 mètres; cultivé en Europe, il n’est plus qu’herbacé et annuel, fleurissant en juillet- août après une croissance extrêmement rapide. On prépare l'huile de Ricin par le moyen de

(t) La figure détachée montre 9 petits faisceaux qu'il faut considérer comme formés chacun de plosieurs filets-, à chacun d'eux correspond un groupe d'anthères qui en cachent les divisions.

l’expression ou par l'eau bouillante; ce dernier procédé lui fait perdre un peu de son àcreté; mais elle devient, avec le temps, rance, irritante et drastique. La meilleure est celle qui a une saveur douce, une odeur nulle, qui est incolore, limpide, peu visqueuse. Quand elle est rougeâtre, d’une odeur nauséabonde et d’une saveur très-âcre, c’est qu’elle est vieille ou sophistiquée. Comme l’alcool la dissout facilement à froid et ne dissout pas les autres hui es Axes avec lesquelles on la mélange, on se sert de ce liquide pour s’assurer de sa pureté. Nous donnons le conseil de ne s’adresser, pour ce médicament, que dans les pharmacies qui peuvent en avoir le plus grand débit.

préparations, doses. — L'huile de Ricin se donne à la dose de 15 à 60 gr., soit pure, soit dans du bouillon, ou du thé, ou de la tisane de fougère. La meilleure manière de la faire prendre consiste à en préparer un» sorte d’émulsion dans un jaune d’œuf ou avec de la gomme, un sirop ou toute autre substance capable de la rendre miscible au liquide aqueux qui lui sert de véhicule; en outre, pour empêcher le vomissement quelle produit quelquefois, on ajoute à la préparation de l’eau de menthe ou de fleurs d'oranger. Semences : à la dose de 4 à 6 elles agissent comme drastiques; quelquefois même elles causent des symptômes d’empoisonnement. On peut faire avec les feuilles de Ricin des cataplasmes émollients.

ROMARIN. Rosmarinus o/)i cinalis, L.

(Fam. Labiées.)

.Vomi eu Ig. : Romanion, Roumains, F.neensier, Herbe-atix-oouronues, Romarin dos troubadours.

description (pl. xlh, 2). — Arbuste de t m.àlm. 50, à rameaux nombreux, anguleux, opposés, droits, minces de couleur cendrée. Feuilles sessiles, opposées en croix alternative, étroites, à bords entiers roulés en dessous, blanchâtres à la partie inférieure. Fleurs d’un bleu pâle, en verticilles ou glomérules axillaires, formant épi au sommet des rameaux. Calice à 2. lèvres, dont l’inférieure est bifide ; corolle bilabiée; lèvre supérieure bilide, relevée; lèvre inférieure réfléchie, à 3 lobes très -profonds, dont le moyen est plus grand, arrondi; étamines 2, plus longues que la lèvre supérieure, attachées au haut du tube de la corolle, redressées et rapprochées l’une de l’autre; ovaire quadiilobé, style plus long que les étamines. Quatre graines nues.

propriétés, usages. — Le Romarin est très-aromatique, d’une odeur forte, camphrée, agréable ; d’une saveur chaude, amère, aromatique et piquante. On peut l’employer avec avantage comme stimulant, antispasmodique et nervin, dans les atonies, les dyspepsies indépendantes de toute inflammation; dans la chlorose, lesscrofules, les affections nerveuses ou hystériques, les vertiges, les fièvres typhoïdes avec adynamie et prostration, etc. M. Cazin le regarde comme un des meilleurs excitants antispasmodiques que l’on puisse opposer au* fièvres continues graves; il dit l'avoir adopté définitivement dans le traitement de ces maladies, lorsque les symptômes ataxiques dominent; il le joint quelquefois à l’écorce de saule ou à la racine d’aDgélique.

A l’extérieur, on emploie l’infusion aqueuse ou le vin de Romarin comme tonique, résolutif, antigangréneux; on en prépare des bains fortifiants pour les enfants. On en prépare quelquefois des sachets propre à résoudre les œdèmes , les tumeurs scrofuleuses du cou, etc.

Cette plante est célèbre dans les champs provençaux, les fabliaux les temoni des troubadours, les chansons érotiques. Les anciens l’ont nommée herbe aux couronnes, parce qu’elle entrait dans la compositions des bouquets.

récolte. — Le Romarin habite les collines pierreuses, les basses montagnes du Languedoc et de la Provence, les bords de la Méditerranée. On le cultive dans les jardins, où il fleurit au printemps. On cueille les fleurs ou sommités fleuries avant la floraison ; les feuilles en tout temps, parce quelles sont toujours vertes. On les monde et on les fait sécher.

préparations, doses. — Infusion (fleurs) : 1 ou 2 pincées par kilog. d’eau. — (sommités) : 10 à 20 gr. par kilog. d’eau.

Alcoolat ou Eau de la reine de Hongrie : cette teinture a été considérée comme une panacée, car la superstition voulait que la reine dont elle porte le nom l’eût préparée elle-même d’après une recette que lui avait remise un ange. Elle était employée à la dose de 4 à 8 gr. en potion, ou à l’extérieur en frictions sur les parties paralysées ou affectées de rhumatisme. L’eau de Cologne l'a remplacée dans les boutiques de parfumeries, l’eau de mélisse dans les pharmacies. Huile essentielle : i à 8 gouttes sur du sucre ou en potion.

Le Romarin fait partie du vinaigre des Qualre-Voleurs , de l'orviétan, de Y alcoolat de mélisse, du sirop de slœchas, du baume Opodeldoch, etc.

RONCE. Jiubus fruticosus, L.

(Fam. Rosacées )

Nonu n ilg. : Ronce des haies on commune, Ronmi, Mflrier sauvage.

description. — Arbrisseau très-commun dans les haies, les bois, les buissons; à tiges très-longues, sarmenteuses, anguleuses, couchées ou dressées, munies d’aiguillons forts, crochus ou droits. Feuilles à S -7 folioles, les supérieures à 3-5 folioles dont la face inférieure est pubescente ou tomenteuse. Fleurs rosées ou blanches, à 5 pétales étalés, et 5 divisions calicinales étalées ou réfractées après la floraison /disposées en grappes terminales lâches, se montrant en juillet-septembre, etc. Le fruit se compose de carpelles nombreux, peu adhérents au réceptacle, espèces de grains noirs à la maturité, luisants, appelés mûres sauvages ou de renard, mourons.

propriétés. — Les feuilles et les tiges tendres de la Ronce sont douées de propriétés astringentes, et constituent le remède banal du peuple pour guérir les maux de gorge. — On les emploie en décoction, soit pour gargarisme auquel on ajoute ordinairement du miel rosat, soit pour tisane dans la diarrhée chronique, les flueurs blanches.— Les fruits peuvent être considérés comme tempérants, parce que leur saveur est un peu acide et agréable.

ROQUETTE. Brassica eruca , L.

(Fam. Crucifères.)

Nom ru/g. : Chou-Roquette.

description (pi. xlii, 4) . — Plante annuelle haute de40à80cent. Tige dressée, cylindrique, rameuse, rude, velue inférieurement. Feuilles lyrées, pinoatipartites, glabres, un peu charnues, à lobe terminal très-ample, ovale-arrondi, denté, les latéraux oblongs. Fleurs d’un blanc bleuâtre, ou jaunâtre, en grappes terminales lâches, dressées, à court pédoncule, paraissant en avril-juin , et une seconde fois en automne. Calice à 4 folioles droites, conniventes, allongées, dont 2 plus courtes; Corolle à 4 pétales en croix, longuement onguiculés; étamines 6, tétradynames, ayant 4 petites glandes nectarifères à leur base. Sitique dressée, bivalve et pluriovulée fi).

propriétés, usages. — La Roquette a une odeur forte, surtout

(1) L« rameau figuré porte de« Heurs et des fruits.

lorsqu'on la froisse entre les doigts; une saveur piquante, âcre. Elle est stimulante, antiscorbutique. Les anciens poètes ou médecins lui ont fait une réputation d’aphrodisiaque qui n’est pas solidement établie :

Excitet uf veneri tardos Eruca maritos.

En Italie, dans le midi, ses feuilles servent d'assaisonnement. Leur usage doit avoir plus d’inconvénients dans les contrées où les ordres monastiques sont nombreux, si la plante excite les fonctions génératrices. On l’a conseillée pour la paralysie de la langue; mais c’est tout simplement un antiscorbutique actif, tombé dans l’oubli.

récolte. — La Roquette croit dans les champs incultes, les carrières, les décombres, principalement dans le midi de la France. Elle ne se sèche pas et s’emploie à l’état frais.

La Roquette sauvage (Sisymbrium tenuifolium), fausse Roquette. — Plante vivace, de 30 à 60 cent. Tiges rameuses, difluses, glabres, lisses, comme les feuilles, qui sont longues, pinnatifides, à foliole terminale allongée. Fleurs jaunes, en grappes terminales allongées, etc. — Mêmes propriétés; odeur forte et fétide dans les feuilles froissées, douce et agréable dans les fleurs; diurétique et apéritif dans l’hydropisie ; expectorant, incisif dans les catarrhes. La graine peut remplacer celle de moutarde pour sinapismes.

ROSAGE. Rhododendrum ferruginum, L.

{Fam. Ericinkks.)

Noms vutg. : Rosage ferrugineux, Laurier-Rose des Alpes.

description (pl. xvm, 2). — Joli arbrisseau qui croit dans les lieux élevés des Alpes et des Pyrénées. — Tige de 30 à 60 cent., divisée en rameaux tortus, munis à leur extrémité supérieure de feuilles ovales-lancéolées, courtement pétiolées, entières, persistantes, d’un vert foncé à leur face supérieure, velues et comme ferrugineuses en dessous.

Fleurs rouges, assez grandes disposées en bouquets à l’extrémité des rameaux, s’épanouissant dans les mois de juin-juillet. Calice court S-denté ; corolle évasée, inclinée en bas à 5 lobes un peu inégaux, etc.

propriétés. On doit à Villars de connaître les propriétés sudorifiques de cette plante. Ce qui a porté cet auteur à la soumettre à

des essais, c’est qu'il avait vu que les habitants du nord de la Russie employaient, avec une sorte de succès, les feuilles du Rhododtndrum chrysanthum, espèce originaire de ces contrées, dans les rhumatismes chroniques, les dartres anciennes et la syphilis.

doses. — Si l’on manquait des autres sudorifiques, on pourrait donc employer le Rosage ferrugineux en infusion (feuilles et tleurs) à la dose de 4 à 8 gr. par kilog. d’eau.

ROSEAU A BALAIS. Arundo phragmites, L.

(Fam. Ouamwéks.)

description. — Plante de 1-2 mètres, à tiges dressées, robustes. Veuilles lancéolées-linéaires, engainantes, à stries fines, glabres. Rhizome traçant, émettant souvent des tiges stériles couchées. Rieurs rougeâtres, en panicule ample, composée de petits épis minces; épillets 4-3- flores (août-septembre); glumes carénées aiguës, l'inférieure beaucoup plus petite, etc. (Voir au genre, 1. 1, p. 91.)

propriétés. — Le Roseau à balais n’a pas d'odeur; les feuilles et les fleurs ont une saveur sucrée, ainsi que le3 racines, qui ont des pousses succulentes. Cette racine a été conseillée comme sudorifique dans la goutte, le rhumatisme et la syphilis chroniques.

C’est au bord des eaux, des marais, qu’il faut l'aller récolter. Elle se vend sèche dans les boutiques, en morceaux légers, creux, de couleur jaune-paille, et à grandes rides longitudinales.

Décoction : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. On croit que cette racine entre dans la composition du fameux rob Laffecteur.

ROSIER. Rosa gallica, L.

(Fam. Rosacées.)

Noms nul g. : Rose rouge ou de Provins, Rosier de France.

Le Rosier de France (pl. xxxi, 2) croit spontanément dans les provinces du Midi; on le cultive dans celles du Centre et du Nord. — Genre trop connu et trop nombreux en espèces pour que nous ayons à faire autre chose qu’à renvoyer à ses caractères génériques. (Voir 1. 1, p. 26t.)

propriétés, usages. — La Rose de Provins est moins odorante fraîche que sèche. On emploieses pétales, qui sontdoués de propriétés astringentes, amères et toniques : 1° à l'extérieur, en lotions, iujec-

tious, collyres; 2° à l’intérieur, sous forme de tisane, de conserve, etc. Dans le premier cas, on l'oppose à la leucorrhée, à la diarrhée, à l’ophthalmie, à la phthisie, principalement à la blennorrhagie passive, aux ulcères atoniques et blafards; dans le second cas, on l’administre dans les débilités de l’estomac dues aux llueurs blanches, dans les dyssenteries chroniques, les flux atoniques, etc.

récolte. — Les Roses rouges se récoltent au mois de juin, quand elles sont encore en bouton; car, épanouies, elles ont moins de propriétés. Opoix, pharmacien à Provins, avait prétendu que celles des environs de cêtte ville étaient supérieures à toutes les autres; mais cette opinion a été réfutée, et l’on sait que le commerce tire surtout la Rose de France des environs de Metz, où elle est fort belle. On sépare les pétales du calice, et on les sèche promptement h l’étuve ; puis on les conserve dans des boites de bois garnies de leurs couvercles. Le temps les décolore un peu et diminue leur odeur. On doit rejeter tous les pétales qui seraient peu rouges, peu odorants et peu amers et styptiques. 11 faut savoir, au reste, que leur couleur rouge n’est pas générale, que l’onglet reste jaune.

prébarations, boses. — La Rose de Provins s’emploie de plusieurs manières et fait la base de plusieurs préparations pharmaceutiques dont voici les noms et usages. Infusion (pétales) : 8 à 18 gr. par kil. d’eau en tisane. — 15 à 60 gr. par même quantité d’eau pour injections, lotions, collyres. Infusion vineuse pour fomentations, injections, pansements de plaies et ulcères blafards. Poudre : 2 à 8 gr. dans un véhicule approprié. Conserve (1 partie sur 2 parties de sucre) : 4 à 30 gr. comme stomachique, tonique-astringent, et même antiphthisique, caron attribue à cette préparation la vertu de guérir la maladie de poitrine. Sirop: 36 à 60 gr. dans un véhicule approprié. Vin (1 partie de pétales sur 16 de vin rouge) : quantité suffisante pour lotions, injections. Miel rosat : 30 à 00 gr. comme édulcorant pour gargarismes astringents.

Rosier a cent feuilles (R. centifolia). Ses fleurs sont magnifiques, mais moins odorantes que celtes de l'espèce suivante. On en prépare une eau distillée très-employée pour collyres astringents , soit seule, soit à titre de véhicule de médicaments plus actifs, tels que le sulfate de zinc, l'acétate de plomb, le nitrate d’argent.

Rosier des Quatre-Saisoxs ou de Damas (Rosa damascena, R. bifera). Ses fleurs répandent une odeur délicieuse, due, comme dans les autres espèces, à une huile volatile connue sous le nom d’essence

ou huile essentielle de rose, et qui sert principalement dans l’art du

parfumeur. Elle est susceptible de se solidifier ( beurre de rose).

Rosier de Chien (Rosa canina). Champêtre, et ainsi nommé parce que l’on a vanté sa racine contre la rage. Ses fleurs ont peu d’apparence;mais ses fruits,appelés cynorrhodons, ont servi àpréparer une conserve qui a été très-employée comme astringente et tonique dans les diarrhées, l’affaiblissement intestinal.

Rosier du Bengale (flosa indica). Cette jolie espèce, à feuilles luisantes persistantes, fleurit depuis le printemps jusqu'aux gelées en pleine terre. Une de ses variétés a des pétales qui sentent le thé (Rosier à thé).

Rosier sauvage ou des haies (Rosa eglanteria), Églantier (pl. xx,5). Arbrisseau formant un buisson épais ; feuilles à pétioles pubescents, 5-9 foliotées, doub'ement dentées ; fleurs d’un beau jaune, etc. — Une variété de cette espèce a les pétales d’un rouge éclatant ( Rose ponceau).

Le nom d’ÉGLANTiER s’applique aussi au Rosier de Chien, dont les feuilles sont à 5-7 folioles, les fleurs blanches ou d’un blanc rosé, etc., et dont nous avons fait mention plus haut.

Le nombre des espèces du genre Rosier est si considérable qu'il devient impossible au plus savant botaniste de se reconnaître dans ce dédale. Linné n’était pas éloigné de croire qu’il n'y avait qu'une espèce de rose, variable à l’infini sous l’influence d’une longue culture et des greffes successives, espèce qui serait l’Églantier.

Les Rosiers que nous venons de passer en revue sont d’une utilité minime en médecine. Cependant on prépare avec les pétales de la rose à cent feuilles et de la rose de Damas surtout : 1“ le sirop de rose pile, qui est un purgatif doux très-usité dans le traitement des maladies de l’enfance ; 2” l'eau distillée et l’essence de rose, déjà mentionnées. La conserve de cynorrhodons n’est plus usitée aujourd’hui. Les semences du fruit des Rosiers sont couvertes de poils velus qui s’attachent à la peau ; d’après Ménage, on faisait la plaisanterie d’en mettre dans les lits, d’où le nom vulgaire de gralte^ul que portent ces fruits. On a conseillé d'employer ces poils ou soies à l’intérieur, comme vermifuge.

Le Ridéguar est une production accidentelle développée sur les Rosiers, à la suite de la piqûre de l’insecte qui porte le même nom. Cette substance spongieuse a joui bien gratuitement de propriétés astringentes et autres tout à fait imaginaires.

ROSSOLIS. Drosera.

(Fam. Dbuséracées.)

Le RossolLs ou Drosère est une plante vivace, marécageuse, dont nous avons indiqué les caractères génériques il la page 300 du tome premier.

, Nous la mentionnons ici pour signaler une communication qu’a faite M. Curie à l’Academie des sciences, touchant son action physiologique et thérapeutique, action qui aurait été déjà entrevue au dix-huitième siècle.

M. Curie résume ainsi son mémoire :

1° Administrée à des chats pendant un temps prolongé, cette plante a déterminé chez ces animaux la formation de tubercules pulmonaires et le développement anormal de diverses parties du système lymphatique (ganglions lymphatiques, plaques de Peyer, vésicules closes, acinis de la rate, etc.).

2° Administrée à la dose de 4 à 20 gouttes d'alcoolature à des malades atteints de tubercules, elle m’a paru constituer un puissant remède et guérir la maladie d’une manière presque constante toutes les fois que l’état général était favorable, confirmant ainsi la vérité de la loi des semblables en thérapeutique.

RUE. Buta graveolens, L.

(Fam. Kutacèes.)

Noms eu Ig. : Rue odorante, Rue commune. Rue des jardine, Rue puante,

Rue sauvage.

description (pl. u, 2). — Arbuste d’environ i mètre de hauteur parsemé de points glanduleux contenant une huile volatile trèsodorante. Tige rameuse dès sa base, rameaux supérieurs herbacés, glauques. Feuilles éparses, alternes, 2 fois ailées, glauques, à folioles cunéiformes, un peu épaisses et charnues. Fleurs jaunes, en corymbe paniculé rameux. Calice à 4 divisions aiguës, étalé ; corolle à 4 pétales (quelquefois 3) ovales, à bords sinués et relevés en f->rme de cuiller ; 8 ou 10 étamines saillantes; insérées à la base d’un disque hypogyne jaunâtre (1). Ovaire fendu en 4 ou 3 parties, ru-

(1) La figure détachée représente une fleur sans pétales, le calice, les 8 étamines, le disque et l’ovaire 4 ou 5-lobé.

PLANTES MEDICINALES.

gueux et glanduleux à sa surface ; style central plus court que les étamines ; stigmate simple. Capsule globuleuse à 4 ou 5 côtes rugueuses, s’ouvrant par leur partie supérieure et interne (1).

propriétés, usages. — La Rue se fait remarquer par son odeur forte, stimulante, désagréable, et par sa saveur âcre et piquante. Quand on la manie un peu de temps, elle détermine une éruption à la peau. On l’a employée dès la plus haute antiquité dans l’aménorrhée, les affections nerveuses et d’autres affections encore que nous allons passer en revue tout à l’heure.

La Rue est emménagogue ; elle exerce une action congestive sur l’utérus, qui peut être très-avantageuse dans l’aménorrhée chlorotique ou par atonie, mais qui aurait des effets fâcheux dans les cas où la matrice serait le siège d'un état phlegmasique. Donnée à une dose un peu forte et continuée pendant longtemps, elle peut enflammer le canal Intestinal, la matrice, et par suite donner la mort. Cette plante est une de celles que certaines filles emploient pour faire disparaître les preuves d’une coupable conduite. Pline connaissait ses propriétés abortives, car il en défendait expressément l’usage aux femmes enceintes.

La Rue a été préconisée dans l’hystérie, l’hypochondrie et l’épilepsie ; mais les éloges qu'en ont faits les anciens sous ce rapport n’ont pas trouvé faveur auprès des modernes. — Galien la recommandait contre les flatuosités ; — Hippocrate la considérait comme résolutive, diurétique et alexitère, etc.

Les usages extérieurs de la Rue se sont multipliés. Des lavements avec sa décoction constituent un bou remède contre les ascarides vermiculaires. — La poudre et la décoction de cette plante tuent les poux. — De l’huile dans laquelle on a fait infuser de la Rue peut détruire fort bien l’insecte de la gale.

« Les feuilles de Rue, broyées et appliquées sur la peau, produisent une rubéfaction. C’est ce qui a fait employer cette plante en épithème sur les carpes (poignets) contre les fièvres intermittentes. On s’est servi, dit-on, avec quelque succès de l’introduction du suc de Rue, plus ou moins étendu d’eau, dans le conduit auditif, pour remédier â des surdités atoniques ou nerveuses. » Les Romains, et Rosenstein, après eux, cherchaient à fortifier la vue en faisant arriver sur les yeux la vapeur de la Rue.

(1) On voit sur lu planta figurée un fruit dont les 4 parties se séparent, et d’autres fruits moins avancés.

« Le fameux antidote de llithridate, dont Pompée trouva la formule dans la cassette de ce prince, était composé, dit-on, de vingt feuilles de Rue contuses avec des noix sèches, deux figues et un peu de sel. Quand on se représente le roi de Pont, avalant, chaque matin, un semblable mélange, avec la ferme conviction d’ètre à l’abri de tout empoisonnement pendant le jour, pourrait-on s’empêcher de rire, si l’on ne réfléchissait que l’ignorance et la crédulité figurent honorablement parmi les nobles qualités des héros ? »

récolte. — La Rue croit naturellement dans les lieux montueux et arides des contrées méridionales de la France ; on la cultive dans les jardins. La Rue sauvage est plus active que celle que l’on cultive. 11 faut récolter les tiges munies de beaucoup de feuilles avant que les fleurs soient ouvertes. Leur dessiccation, qui ne diminue en rien pour ainsi dire leurs propriétés, doit être faite avec soin et complètement. — Les semences sont aussi employées.

préparations, doses. — Infusion : 2 à 10 gr. par kilog. d’eau; édulcorer et prendre par tasses. — 10 à 30 gr. par kilog. d'eau, pour lotions, fomentations, fumigations, injections, etc. Poudre : 50 cent, à 3 gr. en bols ou pilules. — Quantité suffisante pour saupoudrer les ulcères. Sirop : 15 à 30 gr. comme édulcorant. Extrait : 50 cent, à 2 gr. Huile essentielle : 10 à 50 cent, sur du sucre ou en pdtion.

, SABINE. Juniperus sabina, L.

(Fam. Conifères ; genre Genévrier.)

Noms eu Ig. : Sabinier, Savinier.

description tpi. U, 3). — Arbrisseau d’environ 4 mètres de hauteur, à feuilles extrêmement petites, squammiformes, dressées, imbriquées sur la tige, opposées, ovales -aiguës, non épineuses. Fleurs dioïques : chatons portés sur de petits pédoncules recourbés et écailleux ; organes de la fructification comme dans le genévrier. Fruits pisiformes, ovoïdes, charnus, d’un bleu noirâtre, renfermant un ou deux petits noyaux.

propriétés, usages. — 11 y a une analogie de propriétés entre la Rue et la Sabine. Les feuilles de cette dernière sont douées d’une saveur amère et âcre, d’une odeur forte, aromatique, rappelant la térébenthine, parce que, en effet, elles contiennent beaucoup de résine et d’huile volatile. Administrées à hautes doses, elles déterminent l’inflammation de l’estomac, des vomissements, des coliques, des déjections mélangées de sang, et l’accélération du pouls, etc. ;

PLANTES MEDICINALES.

à doses modérées, elles portent spécialement leur action sur l’utérus.

Les propriétés emménagogues de la Sabine sont plus marquées que celles de la Kue. Son action va quelquefois jusqu’à déterminer de fortes congestions irritatives de la matrice et de violentes ménorrbagies : son emploi doit donc être proscrit non-seulement lorsqu’il y a présomption de grossesse, mais encore lorsque l'absence des règles se rattache à un état d’éréthisme et d'irritation de la matrice. Tout le monde est d'accord sur ce point, excepté M. Dieu, qui conteste à cette plante toute vertu abortive (Ifat. méd., 1. 111, p. 258).

La Sabine provoque des hémorrhagies utérines ; cependant plusieurs auteurs la regardent comme un remède très-efficace contre les ménorrhagies. Il y a là quelque chose de contradictoire sans doute ; et pourtant on comprend très-bien que dans les cas d’hémorrhagie par inertie de la matrice, la Sabine, comme stimulant spécial, agisse sué cet organe à la manière du seigle ergoté, c’est-à-dire en faisant cesser l'atonie qui favorise l’écoulement sanguin, provoquant la contraction des fibres musculaires et par suite l'occlusion des vaisseaux béants. Sauter et Aran sont parvenus à arrêter des pertes au moyen de cette pratique, et à empêcher des fausses couches imminentes.

La Sabine a été mise en usage par divers médecins contre la goutte chronique (Hufeland), le rhumatisme (Brera), l'ischurie des femmes en couches (Rau), les fièvres intermittentes (Gilibert), la blennorrhagie passée à l’état chronique (Sauvan), etc.; mais ces médications n’ont point été répétées de manière à fixer l’attention sur elles. C’est peut-être un tort.

Cette plante est plus connue comme vermifuge. « Ray donnait le suc des feuilles mêlé avec du lait et un peu de sucre; Bulliard prescrit les feuilles cuites dans du lait. Un cataplasme de son et de décoction de Sabine, appliqué sur l'abdomen, a suffi, chez un enfant de trois ans, pour obtenir l’expulsion de treize lombrics dans l'espace de trois jours. »

A l’extérieur on a employé, en outre, la Sabine en poudre pour raviver les ulcères blafards ; la décoction en lotions, injections ; l’huile essentielle, contre les douleurs névralgiques, etc.

préparations, doses. — Poudre (feuilles) : 50 cent, à 1 gr. en bols, pilules ou électuaire. — Quantité voulue comme cathérétique. Infusion : 1 à 8 gr. par kilog. d’eau. — 15 à 30 gr. pour lotions antipsoriques (contre la gale). Extrait : 50 cent, à 1 gr. Huile volatile :

4 à 10 gouttes en potion. On prépare une p ommade en raclant 2 parties de poudre avec 5 parties d’axonge ou de eérat.

SAFRAN. Crocus sativus, L.

(Fam. Iridacée9-)

description (pl. li, 4 ). —Plante sans tige, de 1S à 20 centim., formée d’un bulbe arrondi, gros comme le pouce, brun à l'extérieur, blanc et charnu en dedans. Feuilles radicales, dressées, étroites, linéaires, creusées en gouttières, vertes en dessus et blanches en dessous. Fleurs violettes, marquées de veines purpurines, grandes, portées chacune sur une hampe courte qui sort du milieu des feuilles (septembre-octobre). Périanthe caücinal à long tube et 6 divisions: à la base des trois divisions externes s'attachent les 3 étamines; style long, simple en bas, partagé supérieurement en trois divisions portant 3 stigmates renflés, roulés en cornet, de couleur jaune, qui dépassent les étamines. Ovaire arrondi auquel succède une capsule ovale à 3 loges.

propriétés, usages. — « La substance répandue dans le commerce sous le nom de Safran du Gâtinais, n’est que la partie supérieure du style et les stigmates du crocus sativus, et peut-être de quelques autres espèces confondues et cultivées avec lui. Le safran est d’une couleur jaune rougeâtre, d’une odeur forte assez agréable, d’une saveur un peu amère et piquante... 11 doit être placé parmi les médicaments stimulants et antispasmodiques. A petite dose, il excite les diflérentes fonctions, tandis qu’il en pervertit la marche quand il est administré à des doses un peu considérables, telles que 3 à 3 grammes. 11 détermine alors tous les symptômes et tous les accidents de l’ivresse, une congestion cérébrale plus ou moins forte, le délire, etc. « (A. Richard.)

Le Safran (stigmates) passe pe ur tonique, stimulant, antispasmodique, sédatif, et surtout emménagogue; toutefois, ses propriétés ont été singulièrement controversées. Il s’administre à petites doses comme stomachique. A doses plus élevées, il devient antispasmodique et sédatif, propre à combattre l’hystérie, les spasmes, les coliques nerveuses, l’hypochondrie, etc. Cette substance exerce une action spéciale sur l’utérus; c’est un médicament en quelque sorte populaire, auquel les femmesont souvent recours pour rappeler leurs règles. Les considérations auxquelles nous nous sommes livré en parlant de la médication emménagogue sont applicables ici.

Nous n'cn finirions pas si nous voulions passer en revue tous les usages thérapeutiques et économiques auxquels on a soumis le Safran du Gàtinais. On l’a vanté contre la chlorose (M. Dieu) ; à l’extérieur, comme résolutif, anodin ; pour dissiper les engorgements, calmer les vomissements nerveux, guérir les gerçures du sein. Roque a cru lui trouver une propriété aphrodisiaque. — On se sert du Safran pour préparer des couleurs fines et colorer une foule de produits dans les arts. On a donné le nom de polychroite à sa matière colorante, qui a été extraite par MM. Bouillon-Lagrange et Vogel.

récolte. — La plante, originaire d’Orient, est cultivée en grand dans plusieurs départements de la France, surtout en Gâtlnais, pour ses stigmates qui constituent une substance assez chère : aussi n’est-il pas rare de la trouver sophistiquée dans le commerce. Quand il est de bonne qualité, il est homogène, d’un beau rouge, ni trop mou ni trop sec, d’une odeur aromatique pénétrante, colorant fortement la salive en jaune doré, etc.

préparations , doses. — Infusion théiforme : une pincée ou l gr. pour t tasse d’eau; ou bien 2 à 3 gr. par kilogr. d’eau bouillante. Poudre: 1 à 2 gr. Sirop : 30 gr. en potion. Teinture : on en prépare une très-active en faisant digérer pendant 5 ou 6 jours 30 gr. de safran dans 500 d’$lcool. On met du safran sur les cataplasmes pour les rendre anodins et résolutifs. Cérat safranê (2 à 4 gr. pour 32 gr. de cérat) : employé contre les gerçures, les excoriations, dans le pansement des brûlures, etc.

Le safran entre dans le vin d’opium composé (laudanum de Sydenham), les pilules de cynoglosse, l’élixir de Garus, l’élixir de longuevie, les pilules de Rufus ; dans divers emplâtres, etc.

SAGITTAIRE. Sagittaria sagittifolia, L.

Noms tulg. : Fléchièrc, Flfeclia d’ean.

Cette plante (pl. xxvn, 4), de la famille des Alimacées, croit au bord des eaux, dans les prés inondés, en Europe et jusqu’en Sibérie. Elle a des racines qui portent des tubercules farineux dont on peut tirer une sorte de fécule que Martius compare à celle d’arrow-root; les Kalmouks du Volga ne prennent jamais de provisions quand ils vont à lâchasse dans les bas-fonds, parce qu’ils se nourrissent de ces racines crue» ou cuites. On mange aussi au Japon les tubercules de cette plante, si remarquable par la forme sagittée de ses feuilles.

d'après Tunberg. (Dict. unie, de nuttière médicale). — On ne connaît jusqu’ici aucun usage médical delà Fléchière.

SALICA1RE. Lithrum salicaria, L.

(Farn. Lythrariéks.)

description. — Plante de 60 à 125 cent. Tiges dressées, rameuses en haut, carrées. Feuilles opposées, rarement verticillées par 3, sessiles, lancéolées, un peu pubescentes. Racine très-grosse, ligneuse, donnant naissance à des pivots épais. Fleurs d’un rouge purpurin, rassemblées par 4-10 sur des pédoncules communs axillaires, trèscourts. Calice tubuleux pubescent, strié, à 8-lî dents bisériées; 6 pétales insérés au sommet du tube ; 12 étamines, ou moins par avortement; style filiforme, stigmate en tête. Capsule oblongue polyspermo.

propriétés. — La plante est insipide, inodore à l’exception des fleurs qui ont une saveur un peu sucrée. On la croit astringente, propre h combattre les hémorrhagies, la diarrhée, le crachement de sang ; mais elle n’est employée que par le peuple, qui ne l’a pas encore oubliée tout à fait.

récolte. — C’est dans les prairies humides, les endroits marécageux, au bord des ruisseaux, où elle montre ses belles fleurs vers le mois de juin-juillet, qu’il faut aller cueillir cette plante vivace dont on trouve encore les feuilles et parfois les sommités fleuries à l’état de dessiccation dans les boutiques.

préparations, doses. — Infusion (feuilles) : 8 à 16 gr. par 500 gr. d’eau.

SAN1CLE. Sanicula europœa, L.

(Fam. Ombelupéres.)

description (pl. xxxi, 3). — Plante herbacée, vivace, haute de 30 cent, environ. Racine noueuse, assez grosse, très-brune. Tiges simples, grêles, nues, ou ne portant qu’une ou deux feuilles. Fe villes radicales, longuement pétiolées et disposées en rosette, luisantes, glabres, palmées ou profondément divisées en 3 ou U lobes dentés ou incisés, dents terminées par une soie raide. Fleurs blanches, petites, hermaphrodites et mâles entre-mêlées, la plupart étant mâles cependant, disposées en ombelle composée de 3 ombellules arrondies.

avec involucre et involucelles; calice à 5 lobes foliacés ; 5 pétales réfléchis; 5 étamines ; 2 styles ; fruit globuleux hérissé de poiutes.

propriétés, usages. — La Sanicle est peu odorante, d'une saveur un peu acerbe, amère, surtout dans la racine. Elle a été singulièrement vantée comme vulnéraire, astringente, propre à guérir le caucer, les ulcérations intérieures, les contusions, les fractures et les plaies; c’était une sorte de panacée chirurgicale pour les anciens auteurs, ce qui avait donné lieu à ce proverbe sans rime et sans raison :

Qui a la bugle et lu sanicle Fait aux chirurgiens la nique.

Cette plante peut être de quelque utilité comme faible astringent, dans les diarrhées et dyssenteries, les flueurs blanches, les hémorrhagies, les ulcérations des parois buccales; mais, à tort ou à raison, elle est tombée, malgré son antique renommée, dans un oubli dont personne ne cherche à la venger. — Dans quelques cantons, dit M. Cazin, les cultivateurs la donnent, sous le nom à' Herbe de Deffant, aux vaches qui viennent de vêler, afin de favoriser 1 expulsion de l’arrière-faix.

récolte. —La Sanicle croit dans les lieux ombragés et montueux, les buissons, les bois, et fleurit en juin-juillet. Sa récolte peut se faire pendant toute la belle saison ; séchée, la plante, qu’on trouve entière dans les boutiques, ne perd rien de sa saveur ni de scs propriétés. Elle fait partie du mélange connu sous le nom de vulnéraire suisse.

SAPIN. Pinus picea,L.; Abks peclinala, D. C.

(Fam. Conifères. !

caractères. — Arbre très-rapproché du Pin. Ces deux genres diffèrent l’un de l'autre : 4° par leur port : les Pins forment le plus souvent une tête touffue, tandis que les Sapins ont une forme pyra* midale; 2° par leurs feuilles: elles sont solitaires dans les Sapins, et non géminées ou fasciculées comme celles des Pins ; 3° par leurs organes reproducteurs : dans les Sapins, les chatons mâles sont axillaires, simples et leurs cônes ont des écailles planes, minces, mais non renflées à leur sommet comme dans les Pins.

propriétés, usages. — Le Sapin fournit les substances résineuses dont nous avons parlé à propos du Pin ; on en retire la térébenthine

dite de Strasbourg. Les usages dans les arts et l'industrie de ces arbres ont déjà été signalés. (V. 1. 1", p 122.)

En thérapeutique, on emploie les bourgeons de Sapin dans les affections catarrhales des bronches et des voies urinaires surtout, dans les hydropisies, le scorbut. «L'infusion des bourgeons de sapin s’emploie dans les mêmes circonstances que l’eau de goudron, et il est certain qu’elle jouit d’une action antiscorbutique justement célèbre. Ses propriétés diurétiques ne sont pas moins fondées. La bière sapinette ou antiscorbutique, dans la composition de laquelle entrent ces bourgeons, fait suffisamment foi de cette qualité précieuse. » (Trousseau et Pidoux.)

récolte. — Ce sont les boutons en chatons que l’on cueille avant leur développement, aux mois de février ou de mars. Us ont la forme de petits cônes pointus, couverts d’écailles rougeâtres, minces, luisantes. Us contiennent beaucoup de résine qui leur communique une odeur de térébenthine et une saveur amère résineuse. Us se conservent très facilement secs Seulement, dans le commerce, on les trouve souvent confondus avec ceux du faux sapin, espèce dont les feuilles sont éparses, nombreuses, presque tétragones, étroites et piquantes, et avec les bcurgeons de quelques pins.

doses.— Infusion : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau. Décoction : mêmes quantités.

SANTOL1NE. Artemisia santonica, L.

(Fam. Composées; genre Armoise.)

description. — Plante atteignant un mètre de haut et formant buisson. Tiges à demi couchées, produisant un grand nombre de rameaux redressés, anguleux, étalés, glabres, d’un vert blanchâtre. Feuilles alternes, découpées-linéaircs , vertes-blanchâtres. Fleurs petites, en grappes nombreuses mêlées de folioles petites, linéaires, simples.

propriétés, usages. — 11 n’est question que des semences, au point de vue médical. Leur odeur est fortement aromatique, flagrante ; leur saveur amère, un peu âcre. Elles sont toniques, stimulantes, stomachiques, vermifuges, antihystériques, si l’on en croit les vieilles pharmacopées. Ce qu’il y a de sur c’est que dans certaines contrées elles jouissent, parmi le peuple, d’une très-grande réputation dans une foule de maladies, et qu’elles sont l’une des

substances les plus employées par les bonnes femmes, les charlatans, les ignorants de toute classe.

récolte. — La plante est originaire de la Tartarie et de la Perse , mais naturalisée dans le midi de la France. On sait ce qu’il faut faire pour en recueillir les semences et les faire sécher.

poses. — Infusion (semences), 2 à 4 gram. pour 500 gr. d'eau. En jioudre elle peut être prise en pilules, bols ou électuaire.

SAPONAIRE. Saponaria officinalis, L.

(Fam. Dianthàckes.)

Noms rulg, : Savonairc, Savonuièro, Herbe à Toulon.

description (pl. xlvi, 4). Plante de 00 cent, environ, herbacée, vivace. Racines longues, noueuses, traçantes. Tiges dressées, rondes, portant des nœuds au niveau desquels elle est gonflée, et des sillons opposés à ces nouûres. De celles-ci naissent des rameaux et des feuilles opposées ; ces dernières sont ovales-lancéolées, simples, glabres, marquées de 3 nervures longitudinales. Fleurs blanches ou rougeâtres rappelant pour la forme celles de l’œillet, formant des fascicules disposées en panicule. Calice tubuleux, cylindrique, allongé, 5-dcnté, sans calicule ; corolle à 3 pétales longuement unguiculés, à limbe étalé un peu échancré, munis ou non d’écailles audessus de l’onglet ; 10 étamines (i); 2 styles droits. Capsule s’ouvrant au sommet par 4 valves.

trop riétés, usages. — La Saponaire est inodore, sauf scs fleurs qui répandent une odeur douce et agréable ; sa saveur est herbacée, amère, acerbe ; la racine, d’abord douceâtre et gluante, finit par laisser de l’àcreté dans la bouche. Toutes les parties peuvent être employées. On ne s'explique pas très-bien leur manière d’agir, mais on sait par expérience qu’elles sont toniques, sudorifiques, dépuratives.

Les feuilles et les tiges sont usitées de préférence : 1° comme léger tonique, dans la débilité des organes digestifs, la chlorose ; 2° comme apéritif, fondant, dans l’ictère, les obstructions du foie et de la rate à la suite des fièvres intermittentes; 3° enfin, comme sudorifique et dépuratif, dans les dartres anciennes, les rhumatismes et gouttes chroniques, la syphilis constitutionnelle, etc.

(1) La petite figure do gauche représente un pétale détaché avec ses lames longitudinale;-, saillantes sur les côtés, et 2 étamines; celle de droite est le pistil grossi.

La Saponaire a reçu de grands éloges, même de la part des modernes. Alibert, par exemple, la tenait en grande estime, a 11 arrive souvent, dit- il, que les maladies vénériennes résistent à l'administration du mercure ; les symptômes, loin de diminuer, semblent acquérir une nouvelle intensité. La Saponaire, donnée dans ces circonstances, produit d’excellents effets. J’ai souvent occasion de l’administrer dans le traitement des dartres furfuracéeset squammeuses, et j’ai eu lieu de me convaincre, par un grand nombre d’observations, que cette plante précieuse n’était pas assez employée par les praticiens. »

La Saponaire mousse avec l'eau comme le savon, ce qui la fait employer pour dégraisser les étoffes, blanchir le linge, et ce qui,, peut-être, a fait naître l'idée de ses propriétés fondantes, parce que l'on sait que le savon les possède.

récolte. — Les bords des chemins, les berges des rivières, les vallées, les vignes sont l’habitat ordinaire de la Saponaire. Les sommités se recueillent en juin, les racines en septembre. Les premières, disposées en guirlandes, sont portées au séchoir ; les secondes, mondées, lavées et coupées en petites parties, sont étendues sur des claies dans une étuve.

préparations, roses. — Décoction (tiges avec les feuilles) : 30 à 60 gr. par kilog. d’eau. — (Racine) : mêmes quantités. Suc exprimé (feuilles) : 50 à 200 gr. à prendre le matin à jeun. Extrait : 2 à 8 gr. en pilules. — l-es anciens trouvaient avantageux de bassiner les surfaces dartreuses avec la décoction.

SARRIETTE. Satureia hortensia, L.

(Fam. Labiées.)

Notai vutg, : Ssriette des jardins, Sauriette, Savourée, Sadréa,

description (pl. xin, 5). — Plante annuelle, de 20 à 30 cent, environ. Tige dressée, raide, rameuse au sommet surtout, poilue, d'un vert rougeâtre. Feuilles opposées, lancéolées-linéaires, atténuées à la base en un court pétiole, les jeunes pubescentes. Fleurs d’un blanc rosé, ou lilas ponctué de rouge, assez petites, disposées par 2-3 à l'extrémité de pédoncules axillaires (juillet-août). Calice tubuleux, strié, à 5 dents ; corolle tubuleuse et bilabiée, à lèvre su[>érieurc droite, échancrée, l’inférieure étalée à 3 lobes, dont le moyen est légèrement plus grand et émarginé ; étamines 4, rapprochées par

paires sous la lèvre supérieure, les 2 inférieures plus longues ; style sétacé à 2 stigmates recourbés.

propriétés, usages. — La Sarriette est très-aromatique ; son odeur est forte, pénétrante, agréable d’ailleurs; mais sa saveurest piquante, presque caustique. Elle se rapproche du tliyra,du serpolet, du pouliot par ses propriétés, qui sont stimulantes, toniques. On l'a employée autrefois à titre de antispasmodique, carminatif, expectorant, vermifuge ; mais aujourd’hui elle est complètement inusitée, peutêtre parce qu’elle est d'un emploi assez fréquent en cuisine. Cependant cette plante parait devoir être très-utile comme vermifuge et antipsorique.

récolte. — La Sarriette croit dans le Midi de la France, mais on la cultive facilement dans les jardins du Centre et du Nord.

doses. — Infusion (sommités) : 4 à 8 gr. pour "50 gr. d’eau, à prendre par tasses dans la matinée, contre les vers (F. Dubois). — 15 à 30 gr. pour 1 kilog. d'eau en lotions deux fois le jour contre la gale.

Sarriette des montagnes (Sat. niontana). Plante sous-frutescente, à odeur aromatique pénétrante. Elle peut remplacer avantageusement la précédente, mais est plus rare.

SAUGE. Salvia offlcinalis, L.

(Fam. Labiées.)

Nomt du Ig. : Petite-Sauge, Sauge franche, Herbe sacrée. Sale, Thé de France,

description (pl. xiili, 2). — Plante sous-frutescente. Tige quadrangulaire, pubescente, rameuse. Feuilles opposées, ovales-Iancéolées, pétiolées, linement denticulées sur les bords, à surface comme chagrinée ; les jeunes, toment 'uses- blanchâtres. Fleurs d'un rose lilas, ou violacées, disposées en une sorte d’épi formé de verticillesou glomérules rapprochés; bractée cordiforme-aiguë à chaque fleur. Calice, tubuleux à 5 dents égales très-aiguës ; corolle bilabiée ; lèvre supérieure en forme de casque, non comprimée ; l’inférieure à 3 lobes dont le moyen est plus large, émargiué, échancré ; les latéraux courts et réfléchis (1) ; gorge garnie de poils. Etamines 2, à filets très-courts, articulées avec un connectif transversal qui porte à ses deux extrémités une loge fertile ; 2 étamines supérieures rudimentaires, ou

(1) La petite ligure détachée représente la corolle fendue dans toute sa longueur entre le lobe moyen et le lobe latéral gauche.

DESCRIPTION ET USAGE. 44o

nulles (1); style dépassant longuement la lèvre supérieure de la corolle; akènes 4, ovoïdes trigones.

propriétés, usages. — La Sauge est aromatique, chaude, toniquestimulante, propriétés quelle doit à une huile essentielle, à du camphre, un principe amer et de l'acide gallique qu’elle contient. Elle agit comme excitante, antispasmodique, emménagogue, diaphorétique, cordiale, céphalique, etc., suivant les circonstances et les doses.

Les anciens ont célébré cette plante, dont les vertus étaient audessus de tout éloge, ainsi que le prouve le vers suivant :

Ctor moriatwr Homo cui Salvia cretcU in horto?

Selon Bomarre, les Chinois recherchent autant notre Sauge que nous leur thé.

De nos jours, cette immense réputation est bien déchue ; car voici à peu près quels sont les services réels qu’elle peut rendre. « L’infusion de sauge, dit Deslandes, provoque de la chaleur dans l’estomac, excite notablement la sécrétion urinaire', modifie le système nerveux, etc. » La Sauge était considérée comme un alexipharmnque ou chasse-poison, comme agent préservatif des maladies putrides ou infectueuses. Elle peut, en eflet, être employée utilement dans les affections typhoïdes à forme muqueuse, a L’infusion de sauge ou teucrium, disent MM. Trousseau et Pidoux, imprime plus de résistance et de stabilité au système nerveux frappé de stupeur et d’ataxie, active en même temps la circulation et rend de la fièvre aux malades, fièvre nécessaire, indispensable dans une certaine mesure, sous peine de décomposition prématurée de l’organisme, et de mort par empoisonnement miasmatique et défaut de réaction, ou sous peine de prédominance exclusive des accidents nerveux et de mort par réaction vicieuse. »

La Sauge a donc une action marquée sur le système nerveux. Un l'a placée parmi les céphaliques et les nervins et on en a éprouvé les bons effets dans les tremblements des membres, les vertiges, les paralysies, les fièvres adynamiques.

Salvia confortât nervos manuumque tremorem tollit.

Cette plante est antidiarrhéique, comme la plupart des aromati- (t) On les aperçoit snr 1» fignre.

ques. Quelques auteurs la regardent presque comme un spécifique

contre le muguet des enfants, étant employée en tisane, lotions et

gargarismes.

Elle jouit de la propriété d’activer les fonctions de la peau, d’exciter la sueur, et cependant on l’administre aussi pour arrêter les sueurs débilitantes, immodérées. Cette contradiction n'est qu’apparente : lorsque les forces vitales se concentrent à l’intérieur et qu’il n’y a pas de tendance expansive vers la peau, la Sauge, en activant la circulation, provoque ce mouvement centrifuge des courants; que si, au contraire, les sueurs trop abondantes résultent d’un état de faiblesse générale, d’un manque de vitalité ou d’harmonie organique, la Sauge, en rétablissant l’équilibre, les fait cesser. M. Cazin, dont le nom revient chaque fois qu’il s'agit d’expérimentations sur les vertus des plantes indigènes, assure que l’inlusion de Sauge, administrée à froid, lui a réussi pour diminuer les sueurs nocturnes et les diarrhées colliquatives des phthisiques ; il l’a aussi administrée avec succès, édulcorée avec le sirop de coing^dans les diarrhées abondantes des enfants à la mamelle. Van-Swieten lui donne des éloges contre les écoulements abondants de lait qui tourmentent certaines nourrices à l'époque du sevrage.

A l’extérieur, la Sauge n’est pas moins précieuse. « Ses vertus cicatrisantes sont indubitables, disent MM. Trousseau et Pidoux, et nous avons vu plusieurs fois les ulcères atoniques des jambes se fermer, se couvrir d’un tissu cutané nouveau par l’application de compresses imbibées de vin cuit avec la Sauge et le miel, et même d’une simple décoction de Sauge. Les pansements ainsi faits sont aussi fort utiles aux ulcères scrofuleux des joues. 11 est encore trèscertain qu’il suffit de toucher les aphthes des enfants, des temmes grosses, avec un pinceau trempé dans une décoction vineuse de Sauge pour les voir disparaître. »

« Dans les nombreuses maladies contre lesquelles je la recommande, dit Gauthier, il ne faut pas oublier que toutes les fois que les malades sont d’un tempérament sanguin, ou sont excitables, et que la maladie a un caractère inflammatoire, on doit proscrire la Sauge, dont alors les ellets seraient fâcheux. Cependant les cas où elle est utile sont si fréquents qu’on peut la considérer comme une des meilleures plantes que nous connaissions. Ses propriétés ont paru si remarquables aux anciens qu’ils lui ont donné le nom de salvus ou sateere, sauver, » d’où celui de Sauge.

récolte . — La Sauge habite les contrées méridionales de la France.

On la cultive dans les jardins, où elle lleurit en juin-juillet. On récolte les sommités fleuries au temps de la floraison, les feuilles avant la pousse des tiges florales. On trouve ces parties dans le commerce, et on les reconnaît aussi bien sèches que vertes, à l’aspect cendré et chagriné des feuilles, aux tiges carrées, surtout à l’odeur aromatique, qui prend plutôt de la force qu'elle ne diminue après la dessiccation. La Sauge, qui croit naturellement dans le Midi, est plus active que celle qu'on cultive ; cette dernière néanmoins est la seule employée pour ainsi dire.

préparations, doses. — Infusion (feuilles) : 15 à 30 gr. par kilog. d'eau pour tisane ; — 30 à 60 gr. pour même quantité d’eau, en lotions, fomentations, gargarismes toniques, antiseptiques, résolutifs. Vin : GO à 100 gr. Poudre: 1 à 4 gr. Suc : 4 à 1 6 gr. Huile essentielle :

2 à 12 gouttes et plus en potion.

Sauge des prés (Salvia pratensis ). Tige herbacée, dressée, haute de

3 à 8 décim. Feuilles ovales, doublement crénelées, ridées ; les radicales très-simples, cordées, en rosette ; les caulinaires plus petites, sessiles. F leurs bleues : calice à lèvre supérieure 3-dentée ; corolle assez grande, beaucoup plus longue que le calice, etc. (mai-juillet). — Mêmes propriétés.

Toute-Bonne ou Orvale ( Salvia sclarea). Tige dressée, très-rameuse, velue, laineuse, de 4 à 8 décim. Feuilles opposées, très-amples, ovales -oblongues, crénelées-dentées, épaisses et rugueuses. Fleurs d'un bleu lilas : calice à dents pointues ; corolle grande dépassant le calice, à lèvre supérieure courbée en faux ; style dépassant de beaucoup la lèvre supérieure de la corolle (juin-août). — Mêmes propriétés.

Sauge iiormin ( Salvia horminum). Fleurs bleues ou pourpres, eu verticilles soutenus par de larges bractées colorées qui la caractérisent. — Ou lui a attribué des propriétés aphrodisiaques et antiophlhalmiques qui ne sont qu’imaginaires.

Sauge des bois (Teucrium scorodonia). C’est une Germandrée (v. SCORDllM).

SAULE. Suite alba, L.

(Fam. Salicacées.)

Nous avons indiqué suffisamment les caractères du genre Saule et de ses principales espèces. (V. tome I, p, 128.)

propriétés. — Toutes les parties du Saule blanc offrent une saveur amère et styptique, mais une odeur faible. Son écorce est riche en tannin, et jouit de propriétés toniques, astringentes, fébrifuges. Sa réputation comme fébrifuge est grande et méritée.

Le bois du Saule est employé à la confection des cercles de tonneaux, de la poudre à canon, pour aiguiser et polir les couteaux ? Les jeunes rameaux produisent, au printemps, une espèce de coton ou duvet qui pourrait remplacer la ouate. Les feuilles servent de nourriture aux bestiaux. L’écorce tanne les cuirs.

récolte. — Il faut que cette écorce soit prise sur des branches de 3 ou 4 ans, desséchée avec soin et conservée à l’abri du contact de l’air et de l'humidité.

doses, — Poudre d’écorce de Saule : 4 à 10 gr. comme tonique ; 20 à 32 gr. comme fébrifuge. Extrait : 4 à 0 gr. Infusion vineuse ou aqueuse : 60 gr. pour 1,000 gr. de véhicule.

SAXIFRAGE. Saxifragagranulata, L.

(Fam. Saxifiucackes.)

A’oms tu Ig. : Casse-Pierre, Perce-Pierre, Rompt-Pierre.

description (pl. xx, 2). — Plante herbacée, vivace, de 30 cent, environ de hauteur. Tige dressée, grêle, pubescente, peu rameuse. Feuilles radicales à longs pétioles, réniformes, velues ; celles de la tige plus petites, lobées, sessiles, cunéiformes; les florales 3-lobées ou linéaires. Souche donnant naissance à des bulbilles nombreuses mêlées aux libres radicales. Fleurs blanches, assez grandes, en corymbe terminal, courtement pédicellées (avril-juin). Calice 5-fide, soudé avec l’ovaire, persistant ; corolle à 5 pétales ovales-obtus; 10 étamines; ovaire à 2 carpelles, 2 styles. Capsule biloculaire, bicorne.

propriétés, usages. — La Saxifrage a une saveur herbacée, un peu amère et acerbe ; pas d’odeur. Les anciens la croyaient puissamment diurétique, propre à broyer la pierre dans la vessie (saxum frango), sans doute à cause de la ressemblance de ses racines tuberculeuses avec des calculs. De nos jours on l’a complètement oubiiée. — Elle croit dans les pâturages, les endroits découverts des bois sablonneux, aux lieux arides. Ses parties les plus actives sont sans doute les racines.

Saxifrage de Sibérie ( Saxifraga crassifolia). Feuilles obovales très-amples, épaisses, persistantes. Fleurs d’un beau rose, etc.; fré-

quemment cultivée dans les parterres. — On a conseillé d’employer ses feuilles pour remplacer celles du lierre, dont l'odeur est désagréable, et celles de poirée qui se dessèchent promptement, dans le pansement des vésicatoires et des cautères.

SCAB1EUSE. Scabiosa arvemis, L.

(Fam. Dipsacées.)

description (ul. xlvi, 5). — Plante vivace, herbacée, de 30 à 50 cent, de hauteur. Tige dressée, rameuse, ronde, poilue et Üstuleuse. Feuilles opposées, pinnatiüdes, velues en dessous, les inférieures à pétiole ailé, lobe terminal plus grand que les autres, allongé. Fleurs bleues, ou d’un rose lilas, formant des capitules solitaires sur de longs pédoncules, et dont l'involucre est à plusieurs folioles allongées. Chaque fleur se compose ainsi : calice double, l'interne à 4 dents courtes, l’externe formé par des poils (1) : corolle tubuleuse, plus grande quand elle est à la circonférence du capitule qu’au centre, à limbe évasé divisé en 4 lobes inégaux; 4 étamines; style plus long que la corolle dans les fleurs du centre du capitule. Fruit environné par le calice extérieur, et terminé par 8 soies longues et raides.

propriétés, usages. — Les feuilles de Scabieuse ont une saveur amère astringente. Elles ont été très- recommandées contre les maladies de la peau, particulièrement contre la gaie, d’où lui vient, même son nom (Scabies). On alla plus loin : on crut à ses heureux effets dans la pneumonie, la pleurésie, la phthisie, les catarrhes ; mais ses propriétés sont réellement très faibles et insignifiantes, quoiqu'on en prescrive encore très-souvent l’emploi comme dépuratif, antidartreux.

récolte. — La Scabieuse est très-commune dans ‘les champs, les prés, le long des chemins. Elle fleurit en juin-août et c’est l’époque où on la récolte.

doses. — Infusion : 30 à 60 gr. par kilog. d'eau. Suc : 80 à 125 gr., seul ou avec d'autres dépuratifs.

SCABIEUSE-SUCC1SE. Scabiosa. succisa, L.

A'otn ru Ig. : Mors ou Remors du Diable.

Cette Scabieuse, qui croit dans les prés un peu humides et les

(1) Voir la ligure détachée.

clairières des bois, s’élève à une hauteur de CO cent, à t mètre et plus. Tiges dressées, rameuses en haut, arrondies, pubescentes. Feuiltes pétiolées, oblongues, lancéolées, opposées, sessiles, entières, velues. Hacine verticale, très-courte, à libres radicales épaisses, avec une échancrure dans le milieu qui la fait paraître comme mordue, d’où le nom de Mors du Diable. Fleurs bleuâtres, rarement blanches, toutes égales, à corolle à 4 divisions, réunies en tète sur un réceptacle garni de paillettes, s'épanouissant en juillet-octobre.

propriétés. — La Succise s'emploie dans les mêmes cas que la Scabieuse des champs, dont elle possède d’ailleurs les propriétés, saut qu’elle est un peu plus astringente et amère, et que son action est, sans doute à cause de cela, un peu plus marquée. Cependant on l’a conseillée dans moins de maladies qu’elle.

« Cette espèce de scabieuse est aussi fort bonne pour les femmes qui perdent leurs règles et qui sont tourmentées d'engorgements à la matrice, de coliques sourdes, d’écoulements de couleur suspecte. On prend une demi-poignée de feuilles et déracinés sèches de cette scabieuse fort commune dans les bois; on la fait bouillir dans 3 demi-setiers d’eau, réduits à chopine ; on en donne soir et matin un grand verre. * (Chomel.)

SCEAU DE LA VIERGE OU TAM1ER. Tamnus communie, L.

(Fam. Aspahagi.vées.)

Noms vu Ig. : Tamo, Tamùier, Vigne noire, Conienrrée noire, Vigne sauvage, Racine vierge, Sceau de Notre-Dame, Herbe aux femmes battues.

C’est une plante vivace, à lige grêle, sarmenleuss, volubile, atteignant 20-30 cent. Feuilles alternes, à long pétiole, ovales, cordées, acuminées, luisantes. Fleurs d’un blanc jaunâtre ou verdâtre, petites, en grappes axillaires grêles et assez lâches (mai-juillet). Les baies, en maturité, sont rouges, de la grosseur d’une petite cerise.

propriétés.— La racine de cette plante, qui est tubéreuse, noire, âcre et amère, est réputée purgative et diurétique à petite dose. Nettoyée et écrasée, elle est estimée résolutive, propre à dissiper les traces des contusions, d’où le nom fort peu galant d'herbe aux femmes battues donné à la plante. — Dans certains pays on en accommode les jeunes pousses en salade, a Les guérisseurs de campagne, dit M. Cazin, font manger les premières pousses de cette plante comme les asperges, pour diminuer la rate pendant ou après les lièvres intermittentes. »

Le Sceau de Notre-Dame croit dans les haies, les (lieux ombragés, les taillis, buissons, bois humides.

SCEAU-DE-SALOMON. Convaltaria polygonatum, L.

(Fam. Asparagixêes; genre Muguet.)

Nom « ilg. : Muguet anguleux, Grenouillet, Signet.

description (pl. xxxii, 1). — Plante vivace, herbacée, de 30 à 60 c. de hauteur. Tige simple, anguleuse, arquée, munie, du côté convexe, de feuilles alternes, sessiles, ovales-oblongues, glabres, marquées de nervures longitudinales, et d’un vert glauque ; soucheracine traçante, épaisse. Fleurs blanches, un peu verdâtres, à pédoncules axillaires recourbés, de manière que ces fleurs sont penchées du côté opposé aux feuilles. Périanthe simple, tubuleux, urcéolé, à limbe divisé en 6 dents dressées; 0 étamines, insérées sur le milieu du tube ; ovaire à 3 carpelles, style indivis, filiforme. Baies d’un noir bleuâtre, à 3 loges contenant chacune une graine.

propriétés, usages. — Le Sceau- de -Salomon, y cempris ses fleurs, est inodore. Sa saveur, généralement peu marquée, est douceâtre, mucilagineuse, très-peu acerbe dans la racine, qui est la partie employée le plus souvent. Cette racine péut être rapprochée, pour ses propriétés, de celle de la Grande Consoude, et peut la suppléer. Elle a été jadis très-usitée, soit à l’intérieur contre la goutte, la gravelle, les hémorrhagies, etc.; soit à l’extérieur, en cataplasmes ou lotions sur les contusions, les ecchymoses, le panaris, les maladies de la peau. 11 parait que les cultivateurs la donnent quelquefois hachée dans l’avoine des chevaux atteints de farcin.

récolte. — Ce muguet croit dans les bois, le long des haies, fleurit au printemps. La racine, étant vivace, peut se récolter en tout temps. Elle est épaisse, charnue, traçante, blanchâtre, présentant à sa surface supérieure les cicatrices qui correspondent à la base des tiges détruites. Il est aisé de la reconnaître à ces caractères dans les boutiques, où l’on peut la demander.

préparations, doses. — Infusion (racine) : 13 à 30 gr. par kilogr. d’eau. Faite dans la bière, cette infusion constitue, d’après Herman Palmer, un bon remède contre la goutte. Infusion vineuse : 30 gr. de racine coupée par morceaux pour 300 gr. de vin blanc; on laisse infuser pendant vingt-quatre heures. Chomel dit avoir guéri les descentes chez les enfants en leur administrant ce breuvage en 3 prises, en continuant pendant 8 ou 13 jours, et appliquant sur la hernie la

racine pilée. H ajoute même que des personnes plus avancées en âge s'en sont fort bien trouvées. Cataplasme (racine pilée ou cuite) : on l’applique sur les contusions, les ecchymoses, les hernies. — Dans quelques campagnes on regarde comme infaillible, pour guérir le panaris, la préparation suivante : racine de Sceau-de-Salomon, 60 gr.; saindoux, 60 gr.; eau commune, un verre. On fait cuire jusqu’à ce que la racine puisse s’écraser facilement ; puis on fait prendre au doigt malade un bain d'un quart d’heure, et l’on applique ensuite la racine en cataplasme ; on renouvelle chaque jour le remède (Cazin). Eau distillée : elle décrasse le teint et l’embellit, suivant les anciens auteurs.

SC1LLE. Scilla maritima, L.

(Fam. Liliacées.)

Nomtvulg.: Grande-Seille, Seiponle, Squille rouge, Cliarpeutaire, Ognon marin.

description (pi. XLvm, S). — Plante bulbeuse, de 66 cent, à t m. Bulbe ovoïde, arrondi, de la grosseur des deux poings, iormé intérieurement de tuniques charnues et blanches, recouvert extérieurement de membranes minces d’une couleur brune foncée. Les fouilles sont radicales, lisses, luisantes, d'un vert foncé, ovales-lancéolées, aiguës, un peu onduleuses. La hampe , qui pousse toujours avant les feuilles, est droite, élancée, simple. Fleurs blanches, pédonculées, formant un long épi terminal en couvrant la moitié supérieure delà hampe, accompagnées chacune d'une bractée linéaire. Calice pétaloïde à 6 divisions profondes, presque étalées; 6 étamines à peu près aussi longues que le calice, à la base duquel elles sont insérées; style terminé par un stigmate obscurément trilobé. Capsule trigone, triloculaire, Irivalve.

propriétés, usages. — Le bulbe de Scille, à l’état frais, a une odeur vive, pénétrante, une saveur âcre et amère ; les émanations qui s’en échappent irritent les yeux et les fosses nasales. Son principe actif, appelé scillitine, est âcre, volatil; selon M. Tilloy, pharmacien à Dijon, la scillitine n’est qu’un mélange de sucre incristallisable et de deux matières, l’une extrêmement âcre, l’autre très-amère : il y a, en outre, dans laSciile de la gomme, du tannin, des sels, etc.

La Scille est un médicament d’une grande énergie ; à hautes doses, elle agit à la manière des poisons nartico-âcres, en irritant fortement les organes digestifs et portant dans le système nerveux une

perturbation profonde. Mais , à dose plus faible , elle agit comme diurétique et expectorant. Un mot sur ces deux modes d’action.

« La propriété diurétique de la scille est encore plus évidente que l’expectorante. Nous avons peu de substances qu'on puisse lui comparer sous ce rapport ; pendant sou administration, les urines augmentent en quantité, sans doute par suite de son action sur le système urinaire, dont elle redouble l’activité. Aussi est-ce un des moyens dont on a fait le plus fiéquemment usage dans les hydropisies et de beaucoup préférable aux drastiques. Toutes les fois que l’accumulation séreuse ne tient pas à un vice organique indestructible, la scille la dissipe. Dans la leucophlegmasie, l’ascite, l’hydrothorax, etc., on l'emploie fréquemment, sinon toujours, avec un succès complet, du moins constamment avec un soulagement du malade. » (Mérat et Delens.) Pour expliquer les bons efiets de cette plante, on ne considère généralement que son action sur la sécrétion urinaire ; mais, selon l'école italienne, l’augmentation de cette sécrétion serait secondaire à l’influence exercée sur la circulation centrale. « La scille, dit M. Dieu, en réprimant l’action du cœur et des artères; en détruisant l’éréthisme des extrémités capillaires des artères, qui sécrètent, alors moins de liquide ; en conjurant la phlogose des veines, qui reprennent ainsi leur faculté absorbante; en anéantissant, en un mot, la condition pathologique, cause efficiente de la collection de la sérosité, détermine la cessation de la sécrétion morbide, permet aux veines d’absorber le liquide sécrété et de le transporter dans le torrent circulatoire; le sang est à son tour dépouillé de son excès de sérum, soit par l’émonctoire rénal, soit par le système cutané. »

La Scille est un puissant expectorant. Administrée à doses petites et renouvelées, elle se montre d’une utilité, incontestable dans les bronchites chroniques, l’asthme humide, vers la fin des pneumonies, toutes les fois enfin qu'il y a des crachats visqueux à expectorer, et que, en même temps, la fièvre a cessé : c’est donc un médicament incisif, c'est-à-dire propre, selon le langage des anciens, à diviser les molécules morbifiques pour en faciliter l'expulsion, surtout à favoriser l'exhalation et l’expuition des mucosités bronchiques. Elle apaise aussi la toux , favorise l’absorption des liquides épanchés, hâte la résolution, et lors même qu’il y a de l’inflammation ou des tubercules pulmonaires, elle soulage encore en calmant l’état pblegmasique des organes.

récolte. — La Scille croit sur les bords sablonneux de l'Océan et

de la Méditerranée, près de Quiilebœuf en Normandie (Hanin) ; elle est très-commune sur les plages maritimes de la Sicile. On procède à sa récolte en automne, o On n’emploie que les écailles du bulbe, lorsqu’elles ont été préalablement desséchées ; on rejette les plus extérieures, qui sont sèches, et les plus intérieures, qui sont presque inertes. Leur couleur est rosée quand elles sont sèches : on les désigne alors communément sous le nom de sqvammes de scitle. • préparations, doses. — Poudre (scille séchée à l'étuve): 15 à 40 centig., en pilules ou autrement. Il ne faut augmenter la dose que progressivement, car elle occasionne quelquefois des vomissements et de la cardialgie. tin peut l’associer à un narcotique ou à un aromatique pour prévenir ces effets. Poudre composée (poudre dite incisive) : scille pulvérisée, 1 partie ; soufre lavé, 2 ; sucre, 3; mêlez. On en donne de 10 à 25 cent. Oxymel scillitique (préparé avec le miel et le vinaigre scillitique) : 8 à 30 gr. dans de la tisane ou une potion favorable à la diurèse ou à l’expectoration. Fin (scille, 1 ; vin de Malaga, 16) : on fait macérer pendant 12 jours. Employé surtout à l’extérieur. Décoction : employée à l’extérieur comme diurétique, au moyen d'applications de flanelles imbibées et recouvertes de taffetas gommé. Ce moyen est précieux lorsque l’état des voies digestives s'oppose à l'administration de la scille à l’intérieur.

SCOLOPENDRE. Asplénium, scolopendrium, L.

(Fam. Foccines.)

Nom iulg. : Langue -ie- Cerf.

description. — Plante sans tige, composée d'une racine petite, fibreuse, de laquelle naissent des feuilles disposées en touffe, de 3-6 décimètres, assez longuement pétiolées, un peu fermes, glabres, d’un beau vert, et luisantes en dessus, oblongues -lancéolées, aiguës, inégalement cordées à la base à oreillettes obtuses, entières du reste, ramifications des nervures secondaires renflées au sommet et n’atteignant pas le bord de la feuille.

propriétés. — Les feuilles de Langue-de-Cerf n'ont aucune odeur; leur saveur est très-faible, plutôt sucrée qu’acerbe. Leurs propriétés médicales sont, par conséquent, fort peu actives, difficiles à rattacher à une classe de médicaments déterminée. Elles ont été considérées comme désobstruantes, pectorales, astringentes, puis abandonnées après avoir joui d'une certaine réputation. Eu définitive, il ne faut voir dans la Scolopeudre qu’un très-faible astringent, auquel

on préférera une foule d'autres non moins faciles à se procurer.

récolte. — Cette plante se trouve sur les vieilles murales, dans les puits, les fentes des rochers humides, etc. On la cueille au commencement de l’automne pour la sécher et la conserver. Elle peut être employée verte ou sèche.

doses. — Infusion ou décoction : iO à 25 feuilles par 500 gr. d’eau ou de lait.

SCORPIONE. Myosotis scorpioides.

■ Cette Borraginie du genre myosote (pl. xxvn, 5) est, dit-on, antiophthalmique en cataplasme sur les yeux. Suivant Gmelin, elle serait employée en Sibérie contre les affections syphilitiques.

« Lémery assure que le Myosotis (sans dire lequel) est détersif, rafraîchissant, astringent, et que sa racine est bonne contre la fistule lacrymale. »

SCORSONERE. Scorsonera hispanica.

Nom rt ilg. : Salsifis noir ou d’Espagne.

Cette plante, de la famille des Synanthêrées , croit naturellement dans les prés du midi de la France, où elle est bisannuelle. Tige dressée, rameuse à sa partie inférieure, glabre. Feuilles alternes, sessiles, lancéolées, entières. Fleurs grandes, jaunes, composées de demi-fleurons hermaphrodites; involuere formé de deux rangées d’écailles, ce qui distingue surtout cette espèce de la précédente.

La racine de Scorsonère qui est pivotante, allongée, noirâtre en dehors, blanche en dedans, a une saveur douce et sucrée ; c’est un aliment agréable. Quant à ses propriétés médicales, elles sont insignifiantes, ou plutôt nulles, quoiqu’on Tait vantée autrefois pour combattre une foule de maladies.

SCORD1UM. Teucrium scordium, L.

(Fam. Labiées; genre Germandrée.]

Nom vulg. : Germandrée aquatique.

DESCiumoN (pl. xxxviii, 5). — Plante vivace, haute de 1 0 à 60 cent., à tiges herbacées, couchées-radicantes à la base, puis dressées, pubescentes, grisâtres, creuses, carrées, rameuses (1). Feuilles oppo-

(1) On n’a représenté qu’un rameau Heuri.

sées, sessiles, oblongues, fortement dentées, d’un vert blanchâtre qui devient plus tard plus foncé. Fleurs purpurines ou violacées, au nombre de deux dans l'aisselle des feuilles. Calice petit, tubuleux, poilu, à a divisions lancéolées (I); corolle à lèvre inférieure trilobée, dont le lobe moyen est beaucoup plus grand, concave ; lèvre supérieure remplacée par 2 dents, entre lesquelles sortent les étamines et le pistil (2) ; étamines 4, rapprochées, parallèles. Akènes obovaies, glabres.

propriétés, usages. — Le Scordium est amer ; ses feuilles froissées entre les doigts répandent une odeur alliacée, ce qui engageait Rusbec à s’en servir dans la peste, ainsi que d'autres médecins dans les fièvres malignes, les typhus, les maladies contagieuses ; car cette plante a joui de toute antiquité d une réputation antipulréfiante. Galien raconte que les cadavres se corrompent moins vite aux lieux où elle croit.

Le Scordium est tout simplement tonique, un peu plus excitant que la Germandrée ; il aiguise l'appétit, facilite la digestion ; stimulant les actions vitales, il peut agir comme carminatif, emménagogue, diurétique, ou anthelminthique, etc., selon les circonstances . de son administration et l’idiosyncrasie des sujets. Cette incertitude touchant ses propriétés est sans doute la principale cause de sou abandon. Cette plante eutre dans la composition du diascordium, électuaire auquel elle a donné sou nom, et qu'on emploie comme tonique-astringent et légèrement calmant, car il contient un peu d’opium.

récolte. — La Germandrée aquatique croit dans les lieux marécageux, les prairies humides, au bord des étangs, des fossés, où elle fleurit tout l'été. On la recueille pendant la floraison. En séchant, la plante perd en grande partie son odeur alliacée, quoiqu'elle se conserve assez bien du reste ; quand il n'y a plus trace de cette odeur, elle doit être rejétée. Le Scordium qui croit dans le Midi a probablement plus d’action que celui des autres parties de la France.

tréparatioxs, doses. — Infu: ion (sommités) : 3 ou 4 pincées par pinte d'eau, à laquelle on peut ajouter un dixième de vin, comme tisane tonique, stimulante. Suc : 15 à 30 gr. Diascordium : vieil

(1) On peut lhs compter sur 1» petite figure détaohée représentant le pistil et le calice.

(2', L’antre figure montre U corolle ouverte pal une i MCI ‘ion longitudinale du côté de la lèvre supérieure, qui manque.

électuaire polypharmaque dans lequel entre le scordium : 2 à 8 gr. en bols ou potion, comme astringent-calmant contre la diarrhée.

Scordium appelé vulgairement Sauge des bois ( Teuerium scorodonia), Germandrée sauvage. Plante vivace, à plusieurs tiges rapprochées, de 3-6 décim., herbacées, dressées, pubescentes, rameuses en haut. Feuilles opposées alternativement en croix, oblongues-cordiformes, ridées, blanchâtres à la face inférieure, dentées. Fleurs jaunâtres, solitaires à l’aisselle de bractées opposées, disposées en grappes terminales, nombreuses (juillet-septembre). Corolle dont la lèvre supérieure est remplacée par 4 étamines purpurines et I styie à stigmate bifide ; 4 graines nues au fond du calice.

Propriétés analogues à celles du Scordium. Cette plante a été employée comme antivénérienne et antihydropique, mais elle est tombée dans l’oubli.

SCROPHl'LAIRE NOUEUSE. Scrophularia nodosa, L.

(FatD. SCROFULASIÉES.)

iïonu tu Ig. : Scrophulaîre de» bois, Grandc-Sorophulaire, Herbe aux Uéinorrhoîde».

description (pl. xvii, I).— Plante de 60 à 90 cent., vivace, à tiges robustes, dressées, glabres, quadrangulaires, rameuses en haut (!). Feuilles opposées, pétiolees, ovales-lancéolées, les supérieures moins larges, cordiformes à la base, inégalement dentées, glabres, un peu blanchâtres en dessous. Fleurs d'un brun rougeâtre ou pourpre foncé, disposées en une panicule non feuillée formée de petites grappes opposées. Calice petit à 3 lobes arrondis, herbacés ; corolle monopétale à tube court, renflé, dont le limbe est à 4 découpures, comme bilobé : la lèvre supérieure plus longue, bilobée, l’inférieure à 3 lobes plus petits; 4 étamines très-courtes, didynames, une cinquième étant avortée (2). Capsule globuleuse acuminée à 2 loges plurisperraes.

propriétés, usages. — Cette plante qui est amère et d'une odeur forte, nauséeuse, a joui d’une réputation populaire très- grande dans le traitement de deux maladies : 1° les scrofules, qui lui ont donné le nom qu’elle porte ; 2* les hémorrhoïdes, d’où l’une de ses dénominations vulgaires. — Pour ce qui concerne la première de ces af-

(1) Un rameau fleuri seul est figuré.

(li Aiusi que le montre la figure détachée.

fections, nous dirons avec Gauthier : «Dans le nombre des spécifiques, aujourd’hui très-restreint, on ne comprend plus la scrofulaire. Ce n’est pas qu'elle soit dépourvue d'action pelle produit au contraire une excitation n'ayant pas un caractère particulier qui la recommande plus que tout autre amer aussi actif ; il vaut mieux la remplacer par le houblon et la gentiane, dont les effets ne sont pas douteux dans les écrouelles, que de continuer de donner la scrofulaire sur la foi d’un nom ou plutôt d’un titre usurpé. »

« Quant au nom d 'herbe aux hèmorrhoides qui lui est presque aussi souvent donné, continue Gauthier, il n’est pas mieux justifié dans la pratique. Le raisonnement le plus simple, d’ailleurs, suffirait pour l’exclure du traitement des hèmorrhoides, même en ne la considérant que sous le rapport de son action locale. Ainsi les tumeurs héraorrhoïdales sont douloureuses ou indolentes. Dans le premier cas, la scrofulaire doit être exclue du traitement parce qu'elle est irritante ; ou que, si on l’applique en cataplasme ou sous forme d’onguent, l’abondance de la graisse dans celui-ci, ou de l'hu- 'midilé dans l’autre, fait qu’il n’en résulte que l'effet d’un émollient, et alors ce n’est plus la scrofulaire qui agit. » récolte. — La Scrophulaire se trouve dans les lieux frais, les bois humides, les fossés, aux bords des rivières et des ruisseaux. On recueille la plante avant la floraison, qui commence au mois dejuin, et ou arrache les racines à l’automne ou au printemps pour les sécher. Ces racines sont noueuses, rampantes, et c’est sans doute la ressemblance de leurs tubercules avec les tumeurs hémorrhoïdales quia valu à la plante sa grande renommée, à tel point qu’on a assuré qu’il suffisait d’en porter sur soi pour se guérir ou se préserver des hèmorrhoides. Sèche, la Scrophulaire reste amère, mais perd son odeur ; sa racine elle-même reste peu sapide.

préparations, DOSES. — Infusion (feuilles) : 15 à 30 gr. par kilog. d’eau ; — 30 à 00 gr. pour lotions. Décoction (racine) : mêmes doses. On applique des feuilles écrasées en cataplasmes sur les tumeurs scrofuleuses. On prépare un onguent en pilant les racines avec du beurre Brais et en mettant le mélange pendant 15 jours à la cave dans un pot de grès bien bouché. Excellent pour la goutte, les hémorrhoïdes, les dartres, la gale (Chomel).

SCROPHÜLAIRE AQUATIQUE. Scrophularia aquatica, L.

Somi «ii Ig. : Herbe du siège, Bétoiue d’eau.

description (pl. xliïi, 3). Plante vivace, du genre Scrophulaire, à tiges de 5-10 décim., quadrangulaires, robustes, lisses, glabres. Feuilles opposées pétiolées, ovales-obloDgues, légèrement cordées à la base, presque glabres, crénelées, un peu plus grandes que celles de l’espèce précédente. Fleurs d’un rouge brun ou de couleur de fer, en panicule non feuillée formée de petites grappes opposées (juinaoût). Calice à lobes suborbiculairss, membraneux aux bords ; corolle à limbe bilabié, lèvre inférieure trilobée; étamines 4, fertiles, la 5" réduite à un appendice occupant la base de la lèvre supérieure, etc.

propriétés, usages. — L’Herbe du siège, ainsi appelée parce qu’on en fit usage, dit-on, lors du siège de la Rochelle, pour guérir les plaies, est amère et d’une odeur désagréable. Les propriétés sont d’ailleurs analogues à celles de la Scrophulaire noueuse, sauf qu’elles sont plus actives. Selon M. De Candolle, ses feuilles sent purgatives, vomitives même à hautes doses. Bouillies avec le séné, elles corrigent sa saveur désagréable, mais en lui en communiquant une autre très-amère.

récolte. — La Scrophulaire aquatique habite les lieux humides, les fossés aquatiques : c'est là qu’il faut aller cueillir ses feuilles en été, et ses racines au printemps et à l’automne.

SMGLE. Secale cereale, L.

(Fam. Graminées.)

Originaire de l’Asie-Mineure, le Seigle est cultivé en Europe et connu généralement. La farine de cette céréàle fournit un pain gras, un peu dense, rafraîchissant. Ceux qui s'en nourrissent, prétend Cadet de Vaux, sont rarement atteints d’apoplexie.

Cette farine sert à faire des cataplasmes émollients et légèrement résolutifs. — M. Cazin emploie, dit-il, avec succès le seigle concassé en décoction pour combattre les constipations habituelles et rebelles.

Wauters, dans un travail sur les plantes indigènes qui a remporté le prix de la Société de médecine de Bordeaux, rapporte plusieurs observations de fièvres intermittenies guéries par le pain de seigle torréfié. Il ne faut pas oublier que cette maladie cesse souvent d’elle-

ISO PLANTES MÉDICINALES.

même, mais on doit aussi prendre en considération ce fait, cité par le même auteur, d'une fièvre quarte durant depuis plus de deux ans, et rebelle jusque-là au quinquina, qui céda à la décoction de 60 gr. de ce pain torréfié dans 300 gr. d'eau. « J'ai guéri par le remède de Wauters, dit M. Dubois, de Tournai, un vieux brigadier des douanes d’une fièvre tierce qui durait depuis plus de trois mois, et qui avait été infructueusement combattue par le sulfate de quinine et une foule d'autres fébrifuges. »

SEIGLE EHGOTÉ. Sphacelia segetwn, Léyeillé.

Noms tulg. : Ergot de Seigle, (Ion de Seigle.

Vergot de Seigle (pl. u , 3) est un Champignon, genre Sphacèlie, qui, suivant M. Fée, se développe à la base de la fleur des Graminées. Il se présente d'abord sous la forme de filaments, lesquels se dirigent de bas en haut et atteignent bientôt le sommet de l'o- • vaire. Selon M. Léveillé, cette production est à la fois formée par le grain malade et par un champignou parasite qui en occupe le sommet.

« Le seigle ergoté se présente sous l'orme de grains plus ou moins allongés, cylindracés, obtus, marqués d’un sillon longitudinal sur un de leurs côtés, ordinairement plus ou moins arqués, offrant de i à 3 cent, de longueur. Leur couleur ist brune, violacée, un peu pulvérulents, d’une odeur assez désagréable; leur texture est compacte. »

propriétés, usages. — Le Seigle ergoté donne lieu à des accidents très-graves, lorsqu’il se trouve mélangé en quantité notable dans les farines de seigle ou de froment ; ce sont des vertiges, des étourdissements, la gangrène des extrémités, et même la mort. On a donné le nom d 'ergotisme à la série de ces accidents. Tantôt la substance toxique agit plus spécialement sur le système nerveux ; de là le nom d 'ergotisme convulsif. Tantôt, au contraire, l’un des phénomènes prédominants est la gangrène, laquelle s’empare des extrémités, et particulièrement des extrémités inférieures : à cette variété on adonné le nom d’ergotisme gangréneux. On trouve dans les auteurs un grand nombre de relations d'épidémies que l’usage du seigle ergoté a souvent provoquées. Dans tous les cas, ce sont des accidents graves, qui souvent compromettent la vie des malades. Nous ne dirons rien des épidémies d’ergotisme qui se manifestent quelquefois parmi les populations peu aisées, dans les années très-

humides, où le seigle est envahi par l’ergot; épidémies dont on a d’ailleurs singulièrement exagéré les effets fâcheux.

Généralement, une substance quelconque jouit de propriétés d’autant plus puissantes que son action physiologique sur les organes est plus marquée : voilà pourquoi le Seigle ergoté est un médicament actif, précieux, héroïque ; les plantes qui sont presque sans odeur ni saveur, ne modifiant que faiblement l’action physiologique des organes, ne produisent que des effets thérapeutiques à peu près nuis. De toutes les vertus de l’Ergot de seigle, la plus puissante et la plus incontestable est, sans contredit, celle de solliciter les con tractions de la matrice dans le cas d’inertie de cet organe pendant ou après l’accouchement. Elle était bien connue des matrones et de quelques charlatans; mais aucun travail sérieux n'avait été publié sur ce sujet, lorsque, en Amérique, l'attention fut éveillée par le docteur Stearns. Presque en même temps Desgranges, de Lyon, puis Chaussier. Goupil, et, en Angleterre, Davies et Clark constataient les propriétés obstétricales du Seigle ergoté, et publiaient des mémoires où tous les faits venaient confirmer les assertions des médecins américains. Aujourd'hui cet agent a conquis tous les suffrages, sauf ceux de quelques médecins routiniers et entêtés.

On emploie ce médicament dans plusieurs cas qui sont, par rang d’importance au point de vue de l’utilité démontrée : l’inertie de la matrice dans l'accouchement, la délivrance tardive, la présence de caillots dans la matrice, les hémorrhagies utérines, certaines paralysies, certaines aménorrhées, leucorrhées, hémorrhagies, céphalalgies, etc.

Le Seigle ergoté convient dans le travail de l'enfantement lorsque, lé col utérin étant suffisamment dilaté, et le volume de la tête du fœtus proportionné aux dimensions du bassin, l'enfant est dans une position naturelle qui ne fait pas obstacle à sou expulsion, que la tête est descendue dans le petit bassin, etc., et qu alors il ne manque, pour que l’accouchement se termine, que des douleurs utérines. Dans ces cas, en effet, cet agent est tout-puissant ; son action est prompte, de peu de durée, mais souveraine; 10 à 15 minutes après l’administration, elle se manifeste, mais au bout d’une heure ou deux elle est complètement épuisée. Les douleurs provoquées sont vives, longues, presque permanentes. Ayant fait un relevé des observations publiées jusqu’en 1835, le D' Bayle a trouvé que sur 1,176 cas d’accouchements ralentis ou empêchés par l'inertie de la matrice, 1,081 ont été plus ou moins promptement terminés par l’emploi du

Seigle ergoté; dans U, le médicament a échoué; dans H, le succès a été modéré.

11 s’est élevé il y a 8 ans une grave question dont l’Académie de médecine a été saisie de par l’autorité supérieure, à savoir : si l’administration de l'Ergot est ou non exempte de tout danger pour la mère et pour l’enfant. La première conclusion du rapport que fut chargé de faire M. Danyau fut celle-ci : « Le Seigle ergoté, quels que soient d’ailleurs les avantages attachés à ce précieux médicament, peut, quand il est imprudemment administré, déterminer la mort de l’enfant et des lésions plus ou moins graves chez la mère. »

L’Ergot est encore indiqué lorsque l’arrière-faix (délivre, placenta) tarde à sortir, que la matrice ne se contracte pas pour l’expulser, ce dont on s’assure par le palper hypogastrique, et que le délivre devient, par sa présence, cause d’hémorrhagies abondantes. Le même agent est encore administré avec plein succès contre ces hémorrhagies, parce qu’il resserre les fibres utérines, rapproche les parois des vaisseaux béants et favorise l'expulsion des caillots retenus dans l’organe.

Le Seigle ergoté n’agit pas aussi efficacement dans les pertes utérines indépendantes de la grossesse et de l’accouchement. Cependant son emploi procure des résultats avantageux, et d’après les expériences tentées par MM. Trousseau et Maisonneuve, dans aucun cas l’hémorrhagie ne s’est montrée rebelle à son action, quel qu’ait été, du reste, l’état de l’utérus.

La manière d’agir de l’Ergot semble éloigner toute idée de propriété emménagogue. Pourtant ce médicament a été recommandé dans l’aménorrhée; on l’a aussi employé contre la leucorrhée; mais ces maladies dépendent de causes trop diverses pour que cet agent, pas plus qu’aucun autre, puisse avoir une action spéciale contre elles.

Le Seigle ergoté parait être un agent excitateur de la moelle épinière. Ducros, de Marseille, cite plusieurs cas de paraplégie guéris par l’usage de cette substance; Barbier, d’Amiens, Payan, ont publié des faits analogues. Allier a obtenu des résultats avantageux de l’administration de l’Ergot dans des cas où la vessie avait perdu sa contractilité -par suite, non d’une lésion de la moelle, mais de la distension immodérée de ses tuniques due à l’accumulation de l’urine.

Un agent aussi puissant a dû être essayé dans une foule de maladies; c’est efiectivement ce qui a été fait, avec des résultats très-di-

vers, dans les pertes séminales, les fièvres intermittentes, les épistaxis, les hémoptysies, les céphalalgies, l’hystérie, la chlorose, la diarrhée et la blennorrhagie chroniques, etc. — Enfin l'Ergot de Seigle a été considéré comme provoquant aux plaisirs de l’amour.

récolte. — Rien de particulier à dire, si ce n'est que l’on fait sécher l’Ergot à l'étuve, et qu’on le pulvérise au moment même de l’administration, sans quoi il perd ses propriétés actives. L’Ergot entier est lui-mème fort altérable ; il est nécessaire de le conserver dans des flacons bien secs et bouchés exactement. Il faut le renouveler tous les ans.

préparations, doses. — Poudre : 30 à 60 eentig., 4 à 8 fois par 24 heures. Infusion (ergot concassé) : 4 gr. pour 500 gr. d'eau, à prendre par tasse de 2 en 2 ou de 4 en 4 heures. La décoction se prépare avec des quantités pareilles et se prend de même. ■

L’Ergot peut être administré sans danger plusieurs Jours de suite.

SEL1N DES MAUA1S. Peucedanum palustre.

(Pain. OvSELUFÈRBS.)

description. — Plante vivace, haute de près d’un mètre. Tige glabre, cannelée, rameuse supérieurement. Feuilles inférieures à longs pétioles, tri-quadripinnatiséquées. Fleurs blanches, en ombelles de 20-30 rayons inégaux, avec involucre et involucelle à plusieurs folioles, etc.

propriétés, usages. — L’histoire du Selin est de date récente. En 1818, dit M. Herpin, on traitait à la Société physico-médicale de Moscou la question des remèdes populaires en Russie. Le docteur Trinius en prit occasion pour parler d’un traitement de l’épilepsie dont il avait eu connaissance de la manière suivante. Il avait été appelé, en 1806, auprès du seigneur d'Illens, en Courlande, qui l’instruisit des succès qu’un paysan d’un domaine de la couronne obtenait contre le mal caduc, au moyen d’une plante qu'il récoltait dans les environs; ce seigneur lui montra un de ses paysans, actuellement guéri, et que le docteur Trinius avait connu comme épileptique. Les tentatives de notre confrère pour obtenir à prix d’argent la communication de ce remède secret échouèrent complètement. Plus tard le médecin russe, après avoir vainement combattu l’épilepsie chez un de ses clients par des moyens rationnels, se décida à l’envoyer au paysan guérisseur. Celui-ci réussit, comme cela lui était déjà arrivé pour plusieurs autres, à la connaissance de

Trinius. Le patient avait promis à son médecin de dérober le secret de l’inventeur, mais il ne put tenir cette promesse ; tout ce qu’il put raconter, c’est que, un peu avant la date ordinaire de son paroxysme, le paysan lui avait administré, tous les soirs, dans un verre d’eau-de-vie commune, une poudre dont le véhicule masquait l’odeur et le goût. La série attendue d’attaques ne se montra pas; elles furent remplacées par des vertiges. On laissa reposer le malade jusqu’au paroxysme suivant, où l'on administra le remède de la même manière que l’autre fois, mais à doses croissantes ; il provoquait la nuit d'abondantes transpiratious. Le paroxysme manqua complètement, et la guérison du malade s’est soutenue.

Une année après, le docteur Trinius était en possession d’une racine, soustraite au paysan, assez fraîche pour être mise en terre et produire une plante qui, déterminée par un botaniste, se trouva être le selinum palustre de Linné.

récolte. — Le Selin croit particulièrement dans les prairies marécageuses du nord et de l est de la France et surtout du jura. Il n'est pas très-commun d’ailleurs. On recueille la racine, que l’on réduit en poudre. Cette poudre, de récolte récente et séchée à l’étuve, est d'une couleur grise tirant sur le jaune, d'une odeur aromatique et d’une saveur âcre, qui diminue par la dessiccation et se développe ensuite après quelques instants de mastication.

préparations, doses. — Dans le traitement du mal caduc, M. Herpin a l’habitude de formuler ses médicaments par semaine. Pour les adolescents et les adultes, la dose initiale hebdomadaire de Selin doit être de 30 gr., partagée en vingt prises ; on administre trois poudres par jour, une heure avant chaque repas, ou la dernière au moment du coucher. Si le patient éprouve des coliques ou de la diarrhée, on réduit, pour ce jour-là, le nombre des prises à deux et même à une seule; presque toujours le lendemain on peut revenir aux trois poudres.

L’accroissement hebdomadaire doit être de 13 gr., et il sera poursuivi jusqu’à ce qu’on parvienne à 120 gr., dose qui sera atteinte à la septième semaine, s’il n’y a pas eu d’arrêt dans la progression. Pour le huitième septénaire, on portera la dose à 123 gr., nombre rond. Si, pendant la période ascendante, les malaises gastro-intestinaux se renouvelaient plus d'une fois par semaine, on réitérerait la même dose le septénaire suivant. Cela est rarement nécessaire ; il est bien plus rare encore qu'on soit forcé, par la persistance des incommodités, de redescendre à 15 gr.

La dose maximum sera poursuivie pendaat six semaines dans un traitement normal, où l’on aura ainsi employé, en trois mois, 1,273 gr. de poudre de Selin.

Dans la seconde enfance, de sept à treize ans environ, on débutera par la dose hebdomadaire de 20 gr., et l’accroissement sera de 10 gr. par semaine ; on atteindra ainsi, en neuf septénaires, la dose de 100 gr., et, en la poursuivant pendant cinq semaines, on aura administré en trois mois 910 gr.

Pour les enfants plus jeunes, guidé par l’analogie, M. Herpin propose 10 gr. comme dose initiale, 5 gr. comme progression, 30 gr. comme maximum ; d’où résulterait l’emploi de 400 à 300 gr. en un trimestre.

Cette poudre peut se prendre facilement, délayée dans du sirop auquel on ajoute ensuite de l’eau.

En suivant la progression tracée dans cette posologie, on atteindra 1,278 gr. en un trimestre environ, et 1,730 en quatre mois. Ces deux termes serviront de règle chez les adultes : le premier, pour les cas favorables par le petit nombre antérieur d’attaques et la date récente de la maladie; le second, pour ceux d’un pronostic moins avantageux par les circonstances contraires. Pour les enfants, la quantité proportionnelle sera facile à trouver, d’après ce qui a été dit des doses à leur prescrire, il faut continuer la médication tant que l'amélioration va croissant. On changera de remède quand la marche restera stationnaire.

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