‹ Traité des poisonsChapitre 10 sur 109 · DU GAROU · texte numérisé non relu

DU GAROU

2°. Que, dans le'cas contraire , elle détermine une mort prompte qui ne paraît pas dépendre de son absorption, mais de l’action locale énergique qu’elle exerce, et de l’irritation sympathique du système nerveux ;

3°, Qu'elle détruit rapidement la vie lorsqu'on lPapplique sur le tissu cellulaire , et que ses effets sont analogues à ceux d’une brülure étendue qui ne produirait point d’escarre. È

Du Garou (daphne gnidium ).

826. Cet arbrisseau appartient à l’octandrie monogynie de L..et à la famille des thymélées de Jussieu, On l'appelle aussi vulgairement sain-bots.

Périgone ( calice) en tube gonflé et resserré à l’ouverture, et qui.semble tenir lieu de corolle dont les fleurs de cette plante manquent; blanchätre ou rougeâtre , divisé en quatre lobes et couvert d’un duvet presque cotonneux, supporté par un pédoncule pubescent : huit étamines à filets courts, insérées et enfermées dans le tube du calice : un style court à stigmate en tête: un ovaire. Le fruit est une baie ovale ou sphérique, renfermant une pulpe succulente, sous laquelle se trouve une coque mince à une loge et à une seule graine : fleurs petites, en panicule peu étalé : tige de deux à trois pieds, divisée dès sa basc en plusieurs rameaux efilés, abondamment garnis de feuilles lancéolées, linéaires, très-glabres , terminées par une poïnte aïguë, éparses, nombreuses , très-rapprochées les unes des autres , et presque embriquées vers le sommet des rameaux. Le garou croît dans les licux arides et montueux des provinces méridionales,

Caractères de l'écorce. Fragmens trés-longs peu épais : très-flexibles ; épis brun, lisse, jaunâtre à sa face interne. Cette écorce n’a point d odeur;sa cassure est fibreuse, | sa saveur àcre et brûlante.

Action du Garou sur l'économie animale.

Expérience 1°. À huit heures du matin, on a fait avaler à un chien de moyenne taille un gros et demi d’écorce de garou réduite en poudre fine. Aussitôt après, la bouche de l'animal s’est remplie d’écume, et il a poussé des cris plaintifs. À dix heures et demie, il a vomi des matitres alimentaires mêlées de quelques portions liquides , et il a refusé les alimens ; il était un peu abattu; les battemens du cœur étaient un peu plus accélérés qu'avant l'opération. Le lendemain, il allait bien et mangeaït avec appétit. Le jour suivant, à neuf heures du matin, on a détaché et percé d’un trou son œsophage ; on a introduit dans l'estomac 3 gros de la même poudre enveloppés dans un cornet de papier, et on a lié l’œsophage. À trois heures , il paraissait très-abattu sans se plain dre ; il n’avait point eu de selle, et les organes des sens et du mouvement conservaient toutes leurs facultés ; les battemens du cœur étaient fréquens et légèrement intermittens, A six heures du soit, il était couché sur le côté, dans un grand état d’abatiement , et ne pouvait se tenir sur ses pattes qu'avec la plus grande difficulté. Lorsqu'on essayait de le faire marcher, il retombait pour se coucher de nouveau sur ke côté. Les battemens du cœur étaient peu sensibles ét lents ; l'animal ne présentait aucun signe de convulsion ni de paralysie. IL est mort à onze heures du soir.

Ouverture du cadavre. L'estomac était distendu et d’une couleur rouge livide à l'extérieur. En l’ouvrant on remarquait qu’il contenait une assez grande quantité de sang veineux fluide , mêlé avec un liquide filant et noirâtre dans lequel était suspendue une partie de la poudre ingérée: La membrane muqueuse de ce viscère était d’un rouge noirâtre dans plusieurs points , noire dans d’autres, et offrait çà et là un très-grand nombre de petits ulcères; la portion qui

DU GAROU. Un

avoisine Le pylore était dure, comme tannée ; les tuniques musculeuses et séreuses, très-rouges , étaient séparées par ‘une certaine quantité de sang noir foncé; lépanchement de ce fluide était encore plus abondant entre la membrane muqueuse et la tunique soujacente. L'intérieur du duodé2 num était enflammé , et la rougeur diminuait dans les auires intestins grêles à mesure qu’on s’éloignait de l'estomac. Le rectum était très-enflammé ; sa membrane muqueuse offrait généralement une couleur rouge-cerise ; les poumons , un peu durcis , étaient moins crépitans que dans Pétat naturel,

Expérience n°. À deux heures on a fait une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien; on a saupoudré la plaie avec 2 gros de garou finement pulvérisé , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture : l’animal a poussé des cris aigus dans le même instant de l'application de l’écorce. Le surlendemain , à huit heures du matin , il n’avait offert aucun symptôme remarquable ; il était abattu et restait dans un coin du laboratoire ; cependant il pouvait marcher assez librement. A dix heures, sa sensibilité était diminuée ; et à deux heures il se tenait couché sur le côté sans donner le moindre signe de sentiment par l'agitation la plus violente ; ses inspirations étaient rares et profondes. Il est mort à quatre heures. Le canal digestif n’offrait aucune trace d'altération; l’inflammation, assez étendue dans le membre opéré, était accompagnée d’une infiltration sanguine abondante.

Vicat dit que le garou a occasionné une diarrhée mortelle.

Les daphne mezereum , cneorum, etc. , produisent àpeu-près les mêmes effets. Linnæus rapporte qu’une demoiselle , atteinte d’un fièvre intermittente, périt hémoptoïque pour avoir pris douze baies de daphne mezereum , qu’on lui avait administrées dans le dessein de la purger. Gitora suecica , n°, 338.) |

Quelqu'un ayant fait prendre du bois gentil (daphne mezereum ) à un hydropique, celui-ci fut tout-à-coup attaqué d’un cours de ventre continuel et accompagné de douleurs insupportables : il eut en outre, pendant six semaines , des vomissemens qui revenaient tous les jours avec une violence extrème, quoique, pendant tout ce temps » on ne cessät d’avoir recours aux meilleurs-remèdes pour les calmer. ( Vicar, Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse, p. 140.)

827. Les faits que nous venons d'exposer nous portent à croire,

1°. Que l’écorce du garou n'est pas absorbée ;

2°, Qu'elle détermine une inflammation locale trés-énergique , et une irritation sympathique du sytème nerveux , auxquelles on doit attribuer les phénomènes meurtriers qui suivent son administration : |

. 3°. Qu'elle parait agir sur l’homme comme sur les chiens.

Du Ricin.

828. Le ricin (ricinus communis ou palma-christi ) est une plante originaire des Indes et de l'Afrique, de la monœcie monadelphie L., et de la famille des tithyÿmaloïdes.

Caractères. Fleurs unisexuelles, disposées en épis paniculés et terminaux, les inférieures mâles , les supérieures femelles. Fleurs mäles: calice à cinq divisions profondes : étamines nombreuses : filets rameux, réunis en un faisceau à leur base. Fleurs femelles : calice découpé en trois segmens : ovaire presque sphérique, surmonté de trois styles fendus en deux et à stigmates simples. Fruit: capsule verdàtre, couverte d’épines molles, à trois sillons, à trois valves et à trois loges monospermes: tige rougeâtre, rameuse, cylindrique, fistuleuse, lisse : feuilles palmées, à lobes pointus et dentés en scie, à pétioles glanduleux.

DU RICIN. 49 4 = PR k Caractères des semences. Oblongues , aplaties, ovalaires , obtuses à leurs extrémités : teste cassant, mince, lisse et Ho daEÈté de noir, d’une saveur très-àcre : AUTRE blanchâtre, fade, huïleuse.

Action du fruit du Ricin sur l’économie animale.

Expérience 1°. A Huit heures du matin on a donné à un petit carlin assez robuste 30 grains du fruit du ricin , le plus divisé possible. Au bout de vingt minutes , il a vomi sans effort quelques matières blanches, filantes et liquides, dans lesquelles on remarquait le fruit avalé. À neuf heures, il a eu une selle en partie liquide , en partie solide, et il n’a plus éprouvé d'incommodité ; il a très-bien mangé dans le courant de la journée. Le lendemain , à midi, on a introduit dans son estomac un gros et demi du même fruit suspendu dans deux onces d’eau , et on a lié l’œsophage afin d'empêcher le vomissemént. Une heure après, il n'avait fait aucun effort pour vomir, etii n’avait point eu de déjection alvine; il était abattu. A quatre heures , il a eu une selle solide; il se plaignait beaucoup, et il est mort à six heures.

Ouverture du cadavre. L’estomac contenait un peu de matière fluide dans laquelle nageaïent des portions du fruit du ricin ; la membrane muqueuse de ce viscére qui tapisse le grand cul-de-sac était peu enflammée, maïs facile à se détacher en lambeaux; le canal intestinal et les poumons n'offraient aucune altération remarquable.

Expérience n°. À neuf heures du matin, on a introduit dans l'estomac d’un chien 2 gros du fruit du ricin, écrasé et enveloppé dans un cornet de papier : on a lié l mat Res afin d'empêcher le vomissement, Au bout de trois heures, l'animal a eu deux selles , et il avait déjà fait plusieurs fois des efforts infructueux pour vomir. À quatre heures du soir

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