‹ Traité des poisonsChapitre 100 sur 109 · ARTICLE IV · texte numérisé non relu

ARTICLE IV

Des moyens propres à distinguer si le poison a été introduit dans le canal Corn pendant la vie ou après la mort.

1108. Parmi les crimes commis jusqu’à ce jour, il n’en est aucun qui inspire autant d'horreur que celui qui consiste à introduire dans le rectum d’un cadavre une substance vénéneuse quelconque, dans le dessein d’accuser un homme innocent d’avoir été l’auteur de l’empoisonnement, et compromettre ainsi son honneur et son existence. Rien ne peut égaler une atrocité pareille , et nous étions loin de croire qu’elle eût été commise jusqu’au moment où nous avons punous procurer diverses procédures de la cour criminelle de Stockholm , dans lesquelles il est faitmention d’un cas de ce genre. La médecine légale embrasse peu de questions d’une aussi haute importance.

Que l’on suppose un individu attaqué tout-à-coup d’une maladie slave , Spontanée, qui succombe au bout de quelques heures , et dans le rectum duquel. on -injecte, peu d'instans après la mort, une dissolution corrosive. Le bruit se répand qu'il a été empoisonné, et les magistrats nom- ment un expert pour vérifier le fait. Celni-ci procède à l’ouverture du corps , reconnaît l’existence du poison au moyen de P analyse chimique , et découvre une inflammation plus ou moins vive des tissus sur lesquels la substance vénéneuse a été appliquée. S'il ne réfléchit pas que le poison a pu être introduit dans le rectum après la mort, et qu'il ignore les moyens de constater ce fait, il prononce que l'individu a périempoisonné , et sacrifie une victime innocente à la vengeance d’un vil assassin !

Il nous à donc paru essentiel d'entreprendre un travail

à cet égard , afin de pouvoir établir des caractéres propres à distinguer si le poison a été introduit dans le canal digestifavant ou après la mort. Nos expériences ont été faites sur les cadavres des hommes et des chiens ; nous les avons multipliées et variées : tantôt la substance vénéneuse a été : introduite immédiatement après Ja mort, tantôt une demi-

heure , une heure, deux heures, vingt-quatreheures après,

afin de pouvoir établir l’altération que les tissus éprouvent dans ces différentes circonstances. Nous avons cru utile de

borner nos essais aux matières corrosives, les narcotiques, les narcotico-âcres ne déterminant POI de lésion locale

après lamort, ou n’en produisant qu’ une très-légère, ana-

Jogue à cellés des premières.

Expériences faites avec le Sublimé corrosif.

Expérience 1°. Un gros chien caniche a été pendu à huit heures trois quarts du matin; cinq minutes après, on: a introduit dans le rectum un gros de sublimé corrosif sous Ja forme de PORTE et de petits fragmens. On a fait l’ouverture du cadavre le lendemain à deux-heuresfé l’ aprèsmidi. Les gros intestins ne contenaïient point de matières fécales : mais le rectum offrait une altération remarquable depuis l'anus jusqu’à quatre wavers de doigt au-dessus ; il était extérieurement d’une belle couleur blanche ; la tunique séreuse était opaque , épaisse , dure , et semblable, jusqu’à un certain point, à une aponévrose; les vaisseaux du méso-rectum étaient légèrement injectés en rouge noirâtre; la membrane musculeuse était blanche comme de la neïge. On voyait surla tuuique muqueuse correspondante à la portion lésée la majeure partie du sublimé corrosif employé ; cette tunique était rugueuse, comme granuleuse, un peu durcie , et présentait plusieurs plis d’un rose clair, imitant, par leur disposition , des ramifications veineuses ; ces plis

étaientsépaiés par des portions d’une couleur blanche d’albâ- ‘tre: enétendantsur la maïn cette membrane interne, on pou vaitfaire disparaître les rugosités et larendre lisse. Immédiatement au-dessus de ces quatre travers de doigt, les intestüins offraient leur’couleur naturelle, et les membranes étaient minces et molles au toucher , en sorte qu'il ÿ avait une ligne de démarcation parfaitement tranchée entre les parties sur lesquelles le sublimé avait été applique et celles qui n'avaient pas été en contact avec lui. On mit dans l'eau les portions d'intestin attaquées par le sublimé, et vingt jours après il ne s'était manifesté aucun signe de putré: faction. On Îles soumit à l'analyse chimique après les avoir fait bouillir long-temps dans l’eau, et on en retira'du mer: cure métallique, preuve que la préparation mercurielle avait été décomposée, transformée en proto-chlorure de mercure , qui s'était intimement combiné avec la matière animale. (Foyez tom. 1, 82, pag. 111.)

Expérience n°. À neufheures du matin ; on introduisit dans l'intestin rectum d’un chien bien portant 48 grains de sublimé corrosif sous la forme de poudre et de fragmens. Âu bout de trois minutes, l'animal poussa des plaintes , et rejeta quelques matières fécales teintes de sang. Un quart d'heure après , il poussa des cris plainufs et parut agité. Le lendemain on recommença l'expérience , et on introduisit la même dose de poison : l’animal succomba au bout de dix heures. On ‘en fit l’ouverture le jour suivant. Les intestins étaient enflammés dans l'étendue de dixhuit pouces, en commençant par l'anus, Loin d'offrir la couleur blanche et l'épaisseur dont nous avons parlé, la membrane séreuse était rouge, très-injectée et nuince; on ne retrouvait plus de sublimé corrosif dans l’intérieur des intestins (ilavait été probablement rejeté par les selles) ; la membrane muqueuse paraissait d’un gris noirâtre dans les deux travers de doigt qui sont immédiatement au-dessus

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de l'anus; cependant , en la détachant et en la plaçant entre l’œil et la lumière, on voyait qu’elle était d'un rouge excessivement foncé, La portion qui était immédiatement placée au-dessus, et qui s’étendait jusqu’à la hauteur de huit à neuf pouces, était aussi d’un rouge très-intense , et se détachait facilement par le frottement; la rougeur diminuait ensuite d'intensité, et n’était plus sensible à Ja hauteur de vingt à vingt-deux pouces ; mais cette diminution s’opérait d’une manière graduée, et n’offrait point, comme dans l'expérience précédente, une ligne de démarcation tranchée entire les parties saines et les parties lésées. La membrane musculeuse était d’un rouge vif dans toute l’étendue des portions affectées. Il est aisé de voir que, dans cette expérience, l’altération organique ne s'était point bornée là où le poison avait été appliqué, mais qu’elle s'était étendue beaucoup plus loin.

Expérience si. Un gros chien caniche a été pendu à midi. Trois quarts d'heure après, on a introduit dans le rectum trois onces d’une dissolution concentrée de sublimé corrosif, On en a fait l’ouverture le lendemain à deux heures de l'après - midi. Presque tous les gros intestins avaient été en contact avec la dissolution ; leurs tissus étaient blancs et épaissis; la membrane muqueuse présentait pluieurs bandes en zig-zag, d’une belle nuance rose, qui contrastait avec la couleur blanche des autres portions. Immédiatement au - dessus de la partie avec laquelle le poison avait été en contact, l'intestin était dans l’état naturel, en sorte qu'il y avait une ligne de démarcation purfaitement tranchée , phénomène qui n'existe jamais lorsque cette substance vénéneuse a été introduite pendant la vie.

Expérience 1Y°. Un petit chien a été pendu à midi. Une heure et demie après, on a introduit dans le rectum un gros de sublimé corrosif réduit en poudre fine. L'ouverture

CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. Gas du cadavre n'a été faite qu’au bout de quatre jours. L'al- : tération cadavérique s’étendait seulement jasqu’à trois travers de doigt au-dessus de l'anus; les membranes muscu- Jeuse et séreuse étaient d’un blanc d’albâtre, épaisses et durcies; la tunique muqueuse offrait des franges roses, comme dans l'expérience 1°, qui étaient séparées par des portions recouvertes de sublimé corrosif et de protochiorure de mercure d’une couleur grisâtre. Il y avait encore ici une ligne de démarcation excessivement trancheée entre les portions sur lesquelles le sublimé avait été appliqué et celles qui n'avaient pas été en contact avec lui. :

Expérience v°. Un peut chien fut pendu à midi. Le lendemain, à onze heures, on introduisit dans le rectum un gros de sublimé corrosif réduit en poudre fine, et on fit l'ouverture du cadavre le jour suivant, à midi, c’està-dire, vingt-cinq heures après lintroduction de la substance vénéneuse, Il n’y avait d’altération sensible que dans les quaire travers de doigt au-dessus de l'anus; les membranes musculeuse et séreuse étaient blanches comme la neige, épaisses et dures ; il y avait au-dessus de la tunique interne une couche grisätre mêlée de points blancs, et formée par du muriate de mercure au minimum (protochlorure de mercure) et par du sublimé corrosif : cette couche grisâtre était tellement adhérente à la membrane muqueuse , qu'il était impossible de détacher l’une sans l'autre. Du reste, cette membrane offrait la même couleur grise, et ne présentait aucune zone rose ni d'un rouge clair.

Expérience vie. La même expérience, répétée trois fois sur des cadavres humains, a fourni des résultats analogues. Nul doute que si l'injection eût été faite quelques minutes après la mort, et même une heure après, lorsque la vie n'était pas encore détruite dans les petits vaisseaux

sanguins du rectum, nous n’eussions déterminé les zones rougeäires qui, dans cette circonstance , se sont constamment manifestées sur les cadavres des chiens. Nous n’avons point songé à faire ces expériences sur les cadavres humains, parce que nous sommes convaincus qu'il pour- . rait y avoir du danger si par hasard l'individu n’était pas encore mort.

Expériences faîtes avec l’Acidée arsénieux (arsenic du | comnrmerce. )

Expérience x'°. Un petit chien robuste a été pendu à dix heures du matin. Cinq minutes aprés, on a introduit dans le rectum un gros d'acide arsénieux sous la forme de poudre et de fragmens. On l’a ouvert le lendemain à midi. Il y avait une altération cadavérique marquée dans les quatre travers de doigt qui sont immédiatement au-dessus de l’anus, c’est-à-dire sur toutes les parties où le poison avait été appliqué; la membrane muqueuse était d’un rouge assez Vif; la portion correspondante à l'endroit où la tunique séreuse se replie pour se porter sur la vessie, offrait une tache d’un rouge noiïrâtre, large comme une pièce de vingt sous, formée par du sang veineux extravasé; ioutes les autres parties lésées étaient recouvertes d’acide arsénieux; les autres tuniques paraïissaient dans l’état naturel, et 11 était impossible de découvrir la moindre altération dans les portions d’imtestin placées immédiatement au-dessus de celle sur laquelle la substance vénéneuse avait été appliquée, en sorte qu’il y avait une ligne de démarcation excessivement tranchée. |

Expérience n°. À neuf heures du matin, on introduisit dans le rectum d’un chien bien portant 48 grains d’acide arsénieux, sous la forme de poudre et de fragmens; six minutes après, l'animal fit une selle solide peu abon-

dante, dans laquelle se trouvaient presque tous les fragmens du poison. Deux jours après, on recommença l’expérience, avec cette différence que l’acide arsénieux était parfaitement pulvérisé. L'animal perdit lPappétit, tomba dans l’abattement, et mourut dix jours après la première expérience. Le pourtour de l'anus était excorié , les tégumens détachés, en sorte qu'il Y avait une plaie assez étendue. La membrane muqueuse du rectum offrait dans les deux travers de doigt placés immédiatement au-dessus de l’anus, une couleur grise-verdâtre intérieurement. La surface correspondante à la tunique musculeuse était rouge. Au-dessus de cette portion, cette membrane était d’un rouge vif dans l'étendue de six ou sept pouces, et la rougeur diminuait à mesure qu’on approchait des intestins grèles, en sorte qu'il n’y avait pas, comme dans l’expérience précédente, une ligne de démarcation tranchée. Les tuniques musculeuse et séreuse du recium offraient une couleur rouge dans les parties voisines de l'anus. Expérience ii°. Un chien de moyenne taille a été pendu à midi; le lendemain, à une heure de l'après-midi , on a introduit dans le rectum un gros d’acide arsénieux réduit en poudre fine, et on en a fait l'ouverture le jour suivant, vingt-cinq heures après l'introduction de la substance vénéneuse. La membrane muqueuse correspondante aux deux travers de doigt placés au - dessus de l'anus offrait deux taches rouges , comme-des pièces de vingt sous, sur lesquelles étaient placé l’acide arsénieux. Les autres tuni- . ques étaient dans l’état naturél; le reste du canal digestif ne présentait aucune altération, en sorte qu'il y avait une ligne de démarcation excessivement tranchée entre les parties affectées et celles sur lesquelles le poison n'avait pas été appliqué.

Expérience 1v°. Gette expérience, répétée trois fois sur des cadavres humains , a offert des résultats analogues.

Expériences faites avec le Vert-de-gris.

© Expérience 1°. Un petit chien a été péndu à midi; im médiatement après, on a introduit dans le rectum environ un gros de vert-de-gris pulvérisé, et on a fait l'ouverture du cadavre querante-huit heures après. Le canal intestinal offrait son aspect ordinaire, excepté dans les deux derniers travers de doigt placés immédiatement au-dessus de l'anus: l’intérieur de cette portion du rectum contenait tout le poison employé; les tuniques qui le composent étaient un peu épaissies et d’une couleur bleue verdätre , en sorte que le vert-de-gris paraissait s'être intimement combiné avec les membranes. Îl n'y avait aucune trace d'inflammation ni d’ulcération. ù

Expérience n°. À neuf heures du matin, on a introduit dans le rectum d’un carlin bien portant 48 grains de vertde-gris pulvérisé; deux jours après on lui en a remis 28 grains. L'animal est tombé dans l'abattement et à expiré à la fin du huitième jour. Ouverture du cadavre. L’estomac offrait, près du pylore, deux taches noirâtres formées par du sang extravasé dans le chorion de la membrane muqueuse; la moitié inférieure du colon et le commencement du rectum présentaient plusieurs plaques rouges de la grandeur de petits pois; le reste du canal digestif était sain, excepté la fin du rectum; on voyait un peu audessus de l'anus deux ulcères larges comme des pièces de dix sous, à bords épais, relovés, séparés entr’eux par une multitude d’autres petits ulcères. Les parties de cette portion d’intestin non ulcérées étaient chamarrées de taches d’un vert bleuäire foncé, et d’autres d’une couleur rouge. j

Expérience 1°. Un chien caniche a été pendu à midi ; vhe heure et demie après , on a introduit dans le rectum un

gros de vert-de-gris pulvérisé ; on a fait l’ouverture du cadavre le lendemain à deux heures : il n°y avait que la partie inférieure du rectum , où le vert-degris avait été appliqué, dont les tuniques fussent teintes en bleu verdâtre par le poison; on ne découvrait pas la moidre trace de rougeur ; le reste était dans l’état naturel.

Expérience 14°. On a introduit du vert-de-gris dans le rectum de deux cadavres humains, vingt - quatre heures après la mort; on en a fait l'ouverture trente-six heures

après, et on a observé les mêmes phénomènes que dans l'expérience précédente.

Expériences faites avec l’ Acide sulfurique.

Expérience 1°. Un petit chien a été pendu à midi; cinq minutes après, on a injecté dans le rectum environ 6 gros d’acide sulfurique concentré à 66°. Louverture du cadavre a été faite le lendémain à deux heures. La surface extérieure des gros intestins, depuis Panus jusqu’à douze travers de doigt au-dessus, était épaissie, d’une couleur blanche, et parsemée d’une multitude de vaisseaux injectés en noir et. durs, comme si le sang eût été décomposé par l'acide sulfurique. La membrane muqueuse correspondante à toute cette portion était jaunâtre, et se détachait facilement sous la forme de flocons lorsqu'on la frottait légèrement avec le scalpel; la tunique musculeuse était blanche; if n’y avait aucune trace de rougeur; V’acide sulfurique n’avait point noirci et charbonné les tissus avec lesquels ilavait été mis en contact immédiat. On voyait, près de l'anus, quelques matières fécales que l'acide avait attaquées; la portion des intestins placée au-dessus de la partie altérée était saine et comme dans l’état naturel.

Expérience n°. La mème quantité d'acide sulfurique concentré fut injectée daus le rectum d'un ss chien.

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très-bien portant; il ne tarda pas à éprouver des douleurs cruelles et périt pendant la nuit. Ouverture du cadavre. L'intestin rectum et la moitié inférieure du colon étaient tellement amincis par la destruction de leurs tuniques muqueuse et musculeuse, qu’au moindre contact ils se déchiraïient et ne pouvaient être séparés que par fragmens. Ces lambeaux, d’une couleur grise cendrée, étaient parsemés à l'extérieur d’une multitude de petits vaisseaux injectés en noir et durcis; on voyait sur leur surface interne, des matières fécales altérées, que l’on pouvait enlever facilement. Alors on trouvait un enduit épais, brun-grisatre, reste des deux tuniques muqueuse et musculeuse qui avaient été gangrenées : cet enduit pouvait être séparé à l’aide d’un couteau. La moitié supérieure du co- Jon offrait à l’intérieur une couche jaune floconneuse, produite probablement par la matière jaune de la bile qui avait été mise à nu par l'acide sulfurique; la membrane musculeuse correspondante à celte portion paraissait grise par sa face muqueuse, et d’un rouge foncé par la face séreuse ; elle était aussi parsemée de vaisseaux injectés en noir; enfin la tunique séreuse était d’une couleur cendrée; le cœcum et l'iléum offraiert une ‘altération analogue, mais moins intense; les autres portions du canal digestif étaient saines. : ,

Expérience in°. Un gros chien caniche a été pendu ; vingt-quatre heures après, on a introduit dans le rectum environ 6 gros d’acide sulfurique concentré, qui a porté son action principale surdes matières fécales qui se trouvaient en assezgrande quantité : aussi celles-ci étaient-elles noires, tandis que les tissus n'étaient que légèrement grisatres,

Expériences fuites avec l’ Acide nitrique.

Expérience 1°°. À midi , on a introduit dans le rectum d’un chien bien portant 5 gros d'acide nitrique du commerce (eau forte ) : immédiatement après , l'animal s’est agité, le ventre s’est tuméfié, et il souffrait considérablement. Il a expiré huit heures après. L'ouverture du cadavre a été faite le lendemain matin : la moitié inférieure du rectum offrait intérieurement plusieurs points rouges placés sur un fond jaune ; la membrane musculeuse était d’une couleur cramoisie, et la tunique séreuse d’un très-beau jaune. La moitié supérieure de cet intestin était d’un rouge foncé et présentait quelques points ulcérés ; la portion du colon placée immédiatement au-dessus du rectum était dans l’état naturel dans l'étendue d'environ trois pouces ; le reste du canal intestinal jusqu’au pylore était d'une couleur rouge foncée intérieurement, et on y voyait plusieurs plaques noiïrâtres formées par du sang noir extravasé.

Expérience n°. Un petit carlina été pendu à midi; six minutes aprés, on a introduit dans le rectum 5 gros d’acide nitrique du commerce, et on a fait l'ouverture du cadavre le lendemain à onze heures. Le rectum, etenviron la quatrième partiedu colon,présentaient l'aspect d’un tuyausolide, d’une belle nuance jaune, excepté près de l'anus, où sa couleurétait blanche. Enle fendant, on voyait que la membrane muqueuse correspondante à cette portion avait été détruite et transformée en flocons d’unjaune serin , que l’on pouvait détacher avec la plus grande facilité ;les deux autres tuniques étaient jaunes, excepté dans la partie Ja plus voisine de l’anus ; immédiatement au-dessus de ce tuyau, le colon, moins aliéré , offrait intérieurement , dans l'étendue d’environ deux pouces , une espèce de cylindre jaunâtre formé par la membrane muqueuse , et assez épaissi pour que l’on

püt le détacher et l'enlever tout d’une pièce. La portion de cet intestin voisine du cœcum était aussi un peu jaune : du reste , il n’y avait aucune trace de rougeur ni d’inflammation dans le canal digestif.

Expériencein*. M. Tartra introduisit à onces d'acide ni rique du commerce dans un estomac vide, isolé du cadavre , et continu à l’œsophage et au duodénum ; il le laissa séjourner pendant douze heures , et il vit qu'il se dégagenit beaucoup de gaz. Le grand ao digE et la haie courbure de l'estomac offrirent dans le même instant des taches très-larges , qui d’abord parurent blanches à l'extérieur de l'organe, devinrent bientôt jaunes , et s’étendirent au bout de quelques heures , en sorte que les parois de l'estomac avaient l'aspect graisseux, jaunâtre à l’intérieur comme à l'extérieur. Dans une autre expérience, l’acide séjourna pendant quatre jours dans le ventricule, et l’altération fut portée trés-loin. Ce viscère s’en allaït en pièces au moindre contact ; il aurait pu être réduit aisément en une espèce de pâte grasse sous les doigts, et d’un très-beau jaune.

Expérience 1v°. Ces expériences offrirent des résultats analogues lorsque l’acide fut introduit dans l'estomac faisant encore partie intégrante du cadavre : cependant toutes les parties voisines de l’estomac étaient secondairement atteintes dans le cas où l'acide était en assez grande quantité, ou qu’il séjournait long-temps dans ce viscère.

Expérience v°. Avant d'introduire Pacide nitrique , M. T'artra injecta dans l'estomac divers liquides , tels que l’eau , le vin , l’eau-de-vie, du lait , du bouillon : dans ces cas, l’action du caustique affaibli fut beancoup moïns intense; quelquefois la membrane muqueuse parut peu affectée ; le plus souvent elle avait une teinte jaune , semblait Jégèrement épaissie , onctueuse sous les doigts , et se séparait aisément des membranes plus extérieures. IE est évident que Paltération des tissus devait aussi être moindre

lorsque l'estomac contenait des alimens solides sur lesquels l'acide nitrique exerçait son action.

1109. Il résulte des faits qui viennent d’être exposés,

1°, Que le sublimé corrosif, l'acide arsénieux, le vertde-gris et les acides sulfurique et nitrique, introduits dans le rectum quelques minutes après la mort des animaux, donnent lieu à des altérations de tissu qui simulent, jusqu’à un certain point, celles qui se développent par l’ingestion de ces mêmes substances pendant la vie.

Qu'il est cependant facile de les distinguer constamment aux caractères suivans : Æ. Dans le cas où le poi- ‘son a été introduit après la mort, on le retrouve en assez grande quantité à peu de distance de l'anus , à moins qu’il n'ait été employé sous la forme de dissolution; tandis qu’il est peu abondant s’il a été introduit pendant la vie, vu que la majeure partie a été expulsée par les selles qu'il détermine, BP. L’altération des tissus ne s’étend jamais qu’un peu au-delà de la partie sur laquelle le poison a été appliqué après la mort, en sorte qu’il y a une ligne de démarcation excessivement tranchée entre les portions affectées et celles qui ne l'ont pas été, phénomène qui ne se rencontre jamais dans l’autre cas. En effet, ces poisons agissent sur -le vivant en déterminant une forte irritation à laquelle succède une inflammation d’une intensité variable, mais qui s'étend toujours bien au-delà de l’endroit où ils ont été appliqués, et qui décroit insensiblement à mesure que l’on s’éloigne du point le plus enflammé, en sorte qu’il n’y a jamais une ligne de dé. marcation parfaitement tracée. C. La rougeur, l’inflammation, l’ulcération et les autres lésions sont portées infiniment plus loin lorsque le poison a été introduit pendant la vie, que dans le cas où il a été appliqué après la mort ; ainsi si, à l’examen du cadavre, on trouvait le rectum ou l'estomac recouvert d’une assez grande quantité

636 .. DE L'EMPOISONNEMENT d’un de ces poisons ,. et que la lésion fût peu marquée, il ÿ aurait de très-fortes raisons pour croire qu'il a été appliqué après la mort. |

Que parmi ces poisons il en est quelques-uns qui déterminent des lésions tellement caractéristiques lors-. qu’on les applique après la mort, qu'il est impossible de se méprendre : tels sont le sublimé corrosif et l’acide n1trique.

4°. Que lorsqu’ an. les fntroduit dans-le canal ART vingt - quatre heures après le décès de l'individu, ils ne développent plus de rougeur ni d’inflammation, parce que la vie est entièrement détruite dans les capillaires, et par conséquent qu'il n'est plus permis de confondre ces cas avec le véritable empoisonnement.

50, Enfin qu’ils peuvent encore développer des phénomènes inflammatoires lorsqu'ils sont appliqués une ou deux heures après la mort; mais qu’il suffit des considérations que nous venons d'établir pour porter à cet égard un jugement exact.

Nous omettons à dessein de parler des expériences de Savary relatives à l'application des caustiques sur la peau pendant la vie et après la mort, les résultats de ce travail ne nous paraissant pas d’une application directe au sujet dont nous nous occupons.

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