‹ Traité des poisonsChapitre 12 sur 109 · DE L'EUPHORBE · texte numérisé non relu

DE L'EUPHORBE

Ouverture du cadavre. L'estomac était très-volumineux; il paraissait d’un rouge noiraire à l'extérieur. En l’ouvrant on voyait qu'il contenait une très - grande quantité d’un fluide rouge, sanguinolent, mêlé de poudre d’euphorbe, Les trois membranes qui composent ce viscère, et surtout la membrane muqueuse, étaient noires, ou du moins d’un rouge excessivement foncé; le duodénum, le jéjunum, l’iléon , peu altérés, étaient recouverts d'une grande quanüté d’un fluide brun qui se détachait facilement; le colon, et principalement le rectum, étaient le siége d'une altération remarquable ; la membrane muqueuse qui fait parüe du dernier de ces intestins, d’une couleur rouge de feu dans sa moitié inférieure, présentait trois bandes longitudinales de deux lignes de diamètre, :saillantes, d’un rouge noirâtre, et séparées par quelques petits ulcères ; dans sa moitié supérieure elle était noire comme du charbon, et offrait aussi quelques petits ulcères, Le colon, très-affecté , l'était cependant moins qüe le rectum. Les poumons ne paraissaient pas avoir été sensiblement altérés.

- Expérience n°. À huit heures du matin, on a fit une plaie à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille; on l’a saupoudrée avec 2 gros d’enphorbe finemerit pulvérisé, et on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. Le lendemain, l’animal était un peu abattu ,ne poussait aucun cri plaintif, et conservait l’usage de ses sens et de ses mouvemens. Îl est mort à onze heures et demie du soir L’estomac, le canal intestinal et les poumons étaient sains. Le membre opéré était très-enilammé; la rougeur et l’infilitration sanguine s’étendaient depuis l'extrémité inférieure des os de la jambe jusqu’à la cinquième côte sternale. Il n’y avait point d’escarre.

Francis Dashwood dit (Philosophical Transactions, p. 662, ann. 1760) que madame Willis prit par mégarde,

dix-huit jours après son accouchement, 2 onces à teinture d’euphorbe préparée avec 2 gros de camphre, 2 oùces d’alcool rectifié et 2 gros d’euphorbe. Immédiatement après, elle éprouva une violente suffocation , une douleur cui sante et intolérable dans l’estomae. M. Willis administra, quelques minutes après, une très - grande quantité d’eau tiède qui occasionna des vomissemens abondans. La malade se plaignait cependant d’une chaleur brûlante à l’estomac : alors on fit prendre ahernativement de l'huile et de l’eau : les vomissemens continuèrent d’avoir lieu. Quelque temps après, M. Dymock ordonna une once de vin d’ipécacuanha, qui procura des évacuations abondantes par haut et par bas; les matières des évacuations étaient huileuses et camphrées. Le lait et une potion opiacée ne tardèrent pas à rétablir le calme. Les phénomènes occasionnés par cette potion doivent à-la-fois être attribués à l’euphorbe et au camphre. (oyez article Campl re.)

Expérience 11°: À huit heures du matin, on a introduit dans l'estomac d’un chien très - fort et de moyenne taille 8 onces de suc provenant des feuilles fraîches de l’euphorbia lathyris (épurge), et on a lié l’œsophage. Trois quarts d'heures après, l’animal a fait des efforts pour vomir, et il avait eu trois selles; il n’a éprouvé pendant la journée que de l’abattement. Le lendemain, à six heures du matin, il continuait à faire des efforts de vomissement ; l'abattement avait augmenté, et l’animal se tenait couché sur le ventre sans chercher à se mouvoir : cependant il conservait la faculté de marcher librement. À onze heures il à eommencé à agiter ses paltes d’une manière convulsive; il a expiré à midi. On l’a ouvert le lendemain. Les poumons étaient li-

vides, denses, gorgés de sang; le rectum présentait çà et là

des taches rougeàtres; les tre portions du canal digestif étaient saines, | |

Sprægel rapporte qu l fit avaler à un chat 20 grains de

(DE L'EUPHORBE. Cl DS suc d’épurge mêlé à un peu de lait, qui occasionnérent de vives secousses dans la tête, de la toux, des éternuemens, des tremblemens et des convulsions dans tout le corps. L'animal ne tarda pas à être purgé , dès-lors la toux cessa, la respiration devint gènée et accompagnée de sifflement; il fit des efforts infructueux de vomisse-

ment; il devint immobile, ses yeux étaient fermés. On

Jui donna du pain avec du lait et des racines ; il les vomit aussitôt, toussa de nouveau et finit par se rétablir. Le même auteur appliqua sur son visage du suc d'épurge qui excita des pustules semblables à celles de Ia fièvre ortiée.

On a vu ce poison, administré imprudemment comme purgatif, occasionner des vomissemens et des déjections alvines sanguinolentes. Appliqué sur les cheveux, les poils et les verrues, il les a fait tomber : ce qui prouve qu’il est excessivement âcre.

Expérience 1v°. À sept heures du matin, on a donné à un petit chien robuste 5 onces de suc frais d’euphorbia cyparissias : on a lié l’œsophage. L'animal a été plusieurs

fois à la selle pendant la journée. Le lendemain il était

abattu. Le jour suivant il l'était davantage, tout en con-

servant le libre usage de ses sens et du mouvement. Il est

mort dans la nuit. Le rectum offrait quelques taches légèrement rougeâtres ; les autres organes paraïssaient sains.

Vicat fait mention d’un homme qui eut le visage écorché pour s'être frotté avec le suc de cet euphorbe. ZLamotte parle d’un clystère préparé avec cette herbe qu’on avait prise en place de mercuriale, et dont l'effet fut mortel.

Il y a un très-grand nombre d’espèces d’euphorbe qui sont vénéneuses : telles sont leuphorbia antiquorum , l'euphorbia canariensis, l'euphorbia tirucalli, l'euphorbia peplus , l’euphorbia helioscopia , V'euphorbia verrucosa ,. l’euphorbia platiphytlos, Veuphorbia palustris ,

l'euphorbia hiberna , l'euphorbia characias , l'euphorbia amygdaloides , l'euphorbia sylvatica, l'euphorbia exigua , l’'euphorbia mauritanica , Vl’'euphorbia nerifolia , l'euphorbia. esula.

Scopoli dit que cette derniére espèce a déterminé la mort chez une femme qui, une demi-heure auparavant, avait avalé 30 grains de sa racine. Dans d’autres circonstances, le même auteur a vu la gangrène de l'abdomen ct la mort suivre de près l’application imprudente de l'ésule sur le bas-ventre. Il fait encore mention d’une personne qui, ayant les paupières fermées, permit qu’on les frottât avec le lait de cette herbe : l'inflammation ne tarda pas à se déclarer, et fut suivie de la perte de l'œil.

©83r. Il résulte de ces faits,

1°. Que l’euphorbe exerce une action locale très -intense, susceptible de déierminer une vive inflammation ;

2°. Que ses effets meurtriers. dépendent de l'irritation sympathique du système nerveux plutôt que de son absorpton ;

3°. Qu'il parait agir sur l’homme comme sur les chiens. De la Sabine.

832. La sabine (juniperus sabina), rangée par Jussieu dans les conifères, appartient à la diœcie monadelphie de L. | |

Fleurs mâles : disposées en petits chatons ovoïdes et sessiles, composées de trois rangées d’écailles verticillées , au nombre de trois à chaque rangée. Ces chatons comprennent environ dix fleurs; savoir, neuf verticillées trois à trois, et la dixième terminant le chaton. Les écailles sont peltées , larges, couchées les unes sur les autres, et fixées à l’axe du chaton. par des pédoncules trés-cowr'ts : la. fleur n'a point de corolle; mais on y voit *

UDE LA SABINE. on de quatre à huit anthères presque sessiles et à une loge. Fleurs femelles : en chatons globuleux, formés de trois écailles concaves , rapprochées ; à la base de chacune d’elles est un ovaire dont le stigmate est béant. Le fruit est une petite baie d’un bleu noirâtre , à-peu-près ronde, charnue ou succulente, formée par la réunion des écailles du chaton femelle , qui se sont épaissies et agglutinées ; elle a à son sommet trois petites pointes ou éminences produites par les écailles supérieures de ce chaton, et elle renferme trois semences osseuses, oblongues, angu- Jaires sur un côté et concaves de l’autre : arbrisscau de six à dix pieds , dont l’écorce est rude et un peu rougeàtre, très-branchu ; feuilles très-petites, très-serrées les unes contre:les autres , -app'iquées sur les rameaux, ce qui les fait paraître embriquées ; à pointe aiguë, érigées, opposées alternativement , décurrentes à leur base : celles de l’extrémité des rameaux supérieurs sont un peu lâches ; elles ont toutes une odeur forte, pénétrante, et un goût amer, aromatique et résineux. Cet arbrisseau croit dans les provinces méridionales et dans le Levant, etc.

Action des feuilles de Sabine sur l’économie animale.

Expérience 1"°. On a introduit dans l'estomac d’un gros chien 6 gros de sabine en poudre, et on a lié l’œsophage. Au bout de cinq minutes il a poussé des cris plaintifs. Dix minutes après, les douleurs abdominales paraissaient très-vives, et l'animal s’efforçait de vomir. Il est mort dans la nuit, seize heures après l’ingestion de la substance vénéneuse, L'’estomac contenait une assez grande quantité de sabine libre, qui conservait son odeur aromatique ; la membrane muqueuse, peu rouge, était cependant enflammée ; on voyait près du pylore un petit ulcère. La face interne des intestins , tapissée d'une matière mucoso-

bilieuse , n’offrait point d’altération sensible , excepté dans le rectum , où l’on voyait quelques taches rougeûtres.

Expérience n°. La même expérience a été répétée sur un petit chien, avec 4 gros de sabine. L'animal est mort ireize heures aprés l'opération , et on a trouvé l’intérieur de lestomac d’un rouge vif; le rectum était aussi un peu enflammé. :

Expérience su°. À trois heures et demie on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste; on a saupoudré la plaie avec 2 gros de poudre fine de sabine, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Le lendemain, à midi , P’animal ne présentait aucun symptôme remarquable ; il est cependant mort dans la nuit. Les poumons et l’estomac étaient sains ; le duodénum offrait, près du pylore , une tache circulaire noirâtre , d’environ une ligne d'épaisseur , formée par du sang extravasé; la membrane muqueuse, qui faisait partie de ce cercle, était d’un rouge foncé dans toute sa texture. Il y avait dans la membrane muqueuse du rectum plusieurs taches d’un rouge obscur. Le membre opéré était infiltré et très-enflammé.

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